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 "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mer 30 Déc - 18:46

PREFACE :

lettre de Dame Beherit de la Race Ancienne à la Grande Prêtresse Milady du culte de la Griffe Noire


*****

Lorsque j'étais encore jeune, et il y a de cela plusieurs siecles et presque un millénaire, une jeune femme me raconta une légende.

Vu la teneur de la légende qu’elle m’a confiée, c'etait probablement une créature des Jardins ou encore du Désir, car sa beauté etait grande et son histoire émouvante. Ou peut etre c'est une de ces histoires qui dates des temps oubliés où les hommes des betes et des dieux ne faisaient qu'un seul peuple....
Mais c'est à vous d'en juger, si cette femme était liée plus à la rose ou à ses épines.

Vous ne savez sans doute pas pourquoi les roses sont de tellement de couleurs, des blanches comme des flocons de neige ou de brumes, des roses comme la douceur de l’aube se levant sur un océan, des jaunes comme les soleils, et certaines sont rouges.

Je vais puiser dans ma vieille mémoire de serpent, et je vais vous raconter sa légende, pourquoi les roses sont rouges et pourquoi c'est ces roses qu'on l'on offre tout particulièrement à certaines personnes.

*****

Il y très longtemps de cela donc, vivait une jeune déesse (appelons-la Jeune Déesse tout simplement, pour plus de simplicité). Et elle aimait fixer le soleil jusqu’en avoir des larmes aux yeux, fredonner des chansons éphémères et les laisser envoler au clair de lune, accompagner du regard la naissance des aubes et la mort des crépuscules, courir les forets et les plaines avec ses quelques compagnons, à la recherche de quelque clairière inconnue ou de quelque gibier rare.
Et parmi ses compagnons de jeux et de chasses il y avait un jeune dieu, qu’elle
aimait à nommer pour elle-même son « grain de folie », beau comme un dieu, fragile comme un homme, amoral comme une bête des forets (appellons-le Jeune Dieu, toujours par ce soucis de simplicité).

Et un jour le Jeune Dieu partit à la chasse seul et alla s’aventurer dans les forets profondes.

Et là, il s’est passé quelque chose, l’evenement diffère selon les variantes de la légende.

Selon certaines versions, il eut un accident et tomba du haut d’une falaise
couvertes de ronces sur des pics rocheux que les vagues n’atteignent point.
Selon d’autres, il fut attaqué par une bête inconnue et effrayante qui déchiqueta son corps.
Selon d’autres encore, il tomba dans un terrible piège…

Mais quelle que soit la version, c’est mue par un sinistre pressentiment que
la Jeune Déesse s’est lancée à sa recherche, abandonnant ses jeux et oubliant même de lacer ses sandales.

Quelle que soit la version, elle trouva le corps ensanglanté du Jeune Dieu dans une clairière (ou sur une falaise, mais dans la version que m’etait contée, il s’agissait d’une clairière) verdoyante et paisible, où le sol tout entier était
recouvert de roses sauvages, blanches comme l’ecume de la mer sur les feuilles d’un profond vert bleuté. Et elle s’elança à travers cette mer végétale, et les épines cachées par le feuillage épais lui blessèrent les pieds nus et ses chevilles s’en furent lacérées.

Mais elle ne le ressentait pas, ne voyait pas que le chemin qu’elle se
frayait devenait une trainée sanglante qui recouvrait peu à peu la clairière et que la terre se gorgeait de ce sang, au gout émotions qu’elle se découvrait, au gout d’un amour qu’elle portait envers le Jeune Dieu sans jamais le dire, sans jamais s’en apercevoir elle-même, jusqu’à cet instant où elle le perdait…
Et lorsqu’elle serra le corps sans vie du Jeune Dieu dans ses bras, ce fut dans une mer de roses pourpres…

*****

Dans
certaines légendes et certaines versions, on nomme la Jeune Déesse Aphrodite et le Jeune Dieu Adonis. Dans d'autres, c'est d'autres noms qu'on les affuble. Mais peu importe, ma chère Milady, car certaines roses demeurent à jamais rouges... car ce n'est que la mort et ce qu'elle révèle, la lucidité de la souffrance, qui montre la nature sincère de nos sentiments...
Peut-être que dans la version de la légende de cette femme, le Jeune Dieu avait des yeux couleur émeraude ...

*****

(deux pétales de roses dans le parchemin, une blanche et une rouge)
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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mer 30 Déc - 18:55

***

Avant les Roses, il y a les Ronces.

***

La réalité est ce que l’on ne peut oublier.

***

Certaines roses sont rouges, comme le sang.

Le rouge du sang du cœur qui pleure par amour.
Le rouge du sang du soleil qui meure sur la ligne de l’horizon et qui est recouvert par le linceuil de la nuit.
Le rouge du sang des carnages qui eclaboussent le guerrier.
Le rouge du sang du monarque qui eclabousse l’assassin et le traitre.
Le rouge du sang de la proie entre les crocs du predateur.
Le rouge du sang de la victime qui coule de ses plaies sur les mains de son tortionnaire.
Le rouge du sang de l’offrande sur le poignard de son idole.
Le rouge du sang du martyre qui s’offre en sacrifice.

A chaque fois, ce n’est que du sang. Le sang rouge sur la main qui serre une rose et qui est blesée par ses ronces.
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mer 30 Déc - 18:57

***
Les larmes qui coulent sont amères mais plus amères encore sont celles qui ne coulent pas. (Proverbe gaelique).

Je n’aime pas pleurer en sa presence. Les larmes visibles sont une faiblesse. Et j’ai toujours voulu qu’il ne me connaisse que la force. La force de tout endurer, comme une pierre de granit, que n’erode nul vent ni tempete. Non, pas granit. Plutot du basalte. Pierre noire, luisante, comme si le noir profond de ses tenebres pouvait renfermer la lumiere des larmes qui ne coulent point.

Nous avons combattu cote à cote, toujours, jamais l’un contre l’autre. On a chassé ensemble. On a tué ensemble. On a failli mourir ensemble. On s’est toujours soigné nos blessures. On a bati quelque chose qui maintenant nous depasse et qui n’a plus besoin de nous. Sauf pour le defendre. Et nous le defendrons ensemble. Jusqu’à la mort, s’il le faut. Car il n’a jamais eu peur de mourir et moi, je n’ai plus peur maintenant.

Si nous mourrons, dans cet affrontement pour le destin de ce macrocosme, ce monde qui est le notre, le seul qui le soit, j’aimerais parfois, par pure faiblesse, d’embrasser la mort avant lui. N’est-ce pas cruel. Chaque fois qu’il partait au combat, je ne savais s’il me revenait ou bien s’il rejoigniat celle qui ne faisait que me le preter : la mort. C’est peut etre pour cela que je ne pleurais pas.

Je l’ai toujours su consacré à la vie, parce que consacré à la mort. Cela ne peut etre autrement pour l’enfant du crépuscule et des cavernes profondes. Celui qui a été pendu sur les branches de l’Arbre au-dessus des Tenebres ne peut que descendre dans les Tenebres. Celui qui a tant servi la Mort ne peut que revivre ayant reçu l’etreinte des Tenebres et faire revivre en donnant cette etreinte à son tour.
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mer 30 Déc - 18:59

***
Dans toutes les larmes s'attarde un espoir. (Simone de Beauvoir)

Il est mort deux fois. Déjà deux fois. Et les deux fois il est mort dans mes bras, et je regardais l’etincelle de ses yeux s’eteindre peu à peu, comme une etoile qui s’abimerait dans la mer…

La premiere fois, je n’ai pas pleuré. Pas tant que je le croyais mort. Ce n’est qu’avec l’espoir que les larmes sont revenues. Elles glissaient sur le tombeau et coulaient en diamands limpides. C’est peut etre cela l’espoir : le present est l’amere et l’avenir limpide.

La seconde fois, j’ai pleuré sa souffrance et la mienne. Des larmes de sang. Mais lorsque je le croyais mort, je n’avais plus de larmes. Etait-ce du desespoir ? Je ne le pense pas. Je le tenais dans mes bras et je tenais aussi son rêve. Lorsqu’on a un reve, qu’il soit le sien ou celui d’un autre, l’on ne peut etre desesperé.

Alors c’est peut etre cela, la serenité du sacrifice du martyre : cette confiance totale et aveugle que je ressentais, quand il posait ses levres sur les miennes, quand j’etais prete de sentir sa lame dans mon cœur, quand il m’offrait d’arracher ce secret qui precede la honte et le mensonge… Ils avaient tous deux confiance en moi lorsque je brisais le cœur de diamand de pureté absolue contre ce portail des tenebres. Premier sacrifice annonçant ceux à venir.

Pour le dernier, est-ce que j’aurai à m’offrir moi-meme ?…
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mer 30 Déc - 19:00

***
Le présent n'est pas un passé en puissance, il est le moment du choix et de l'action. [Simone de Beauvoir]

Le Ragnarok. La Fin de tous les Chants. La Fin du Monde. L’Eschaton…. Vous pensez vraiment que notre monde est condamné ?! Parce que certains l’ont decreté ? Parce que certains l’attendent et pour appeler la fin et la precipiter font des buchers funeraires destinés au vivants que nous sommes ? ou bien vous vous considerez dejà comme morts ?… non, pas morts, aneantis, de qui est pire. Aneantis comme n’ayant jamais existé.

Vous tremblez devant eux, vous avez peur, vous n’osez plus vous interposer ! Tels des lapins aveuglés par des phares d’une voiture ou charmés par un cobra etalant sur vous son ombre letale…

Ils n’etaient que quatre à s’interposer pendant le carnage, le massacre de ceux qui auraient pu devenir les defenseurs de ce monde … Auraient pu, s’ils etaient vivants ! Que quatre ! L’une parce que ce guerrier lui etait sacrifié par ses amis, ses compagnons d’armes Et ce guerrier rejoignit la mort sans que ce soit vous qui le laissiez mourir, vous, dissouts dans la foule, soulés de carnage, de sang et de lacheté. Le second guerrier, qui sauva son frere d’armes, fut sauvé à son tour par le courage de celui de son sang, le courage de s’interposer et de se battre pour ce qui lui est cher. Le troisieme guerrier le fut par un curieux tryptique de sentiments : la meprise, l’amour et desir de redemption ou quelque chose d’approchant.

Et les autres ? Au départ, ils etaient des milliers !… et en fin du carnage, il n’en restait que trois, trois fines lames, et un quatrieme, le Sacrifié, quatre cœurs nobles, dont le sang n’a pas été bu par l’Assassin couronné. Non, sa Hache de Destructeur ne s’est pas gorgée de leur seve.

Peut etre vous ne meritez que cela, vous entretuer à votre tour, pour le plaisir et le spectacle de ceux qui s’entretueront à leur tour et ainsi de suite, jusqu’à ce que ce Macrocosme n’ait plus de larmes à verser. Car ses larmes sont de sang, leur sang, votre sang, notre sang !

Pourquoi alors il en est certains qui souhaitent vivre ? Certains qui souhaitent la vie de ce monde. Et qui vont se battre pour cette vie…
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Jeu 31 Déc - 14:32

Les vrais amis sont ceux qui mêlent leur confiance réciproque, leurs pensées et leurs rêves, leurs vertus comme leurs bonheurs et leurs souffrances, libres de se séparer toujours et ne se séparant jamais. [Monseigneur Bougaud]

Enfin les trois etoiles etaient reunies ! Combien encore d’etoiles se joindront à ces trois-là ? Combien encore d’etoiles reste-t-il apres ce carnage, cette pluie d’etoiles filantes en plein jour, lorsque le ciel lui meme etait aveuglé et pleurait les larmes de sang…

Les lauriers de puissance du Platine sont maudits ; ce platine-là lui meme est maudit ; pire qu’un mensonge aux yeux de ceux qui se sont entretués et aux yeux de ceux qui se sont gorgés de ce massacre, c’est une trahison !

Et ce sang qui coulait dans l’arene, imbibant le sable de platine, le traversant et tombant sur le macrocosme en pluie de sang, en pluie d’etoiles de sang, de larmes de sang …

Combien seront-ils à entendre cet appel-là, cette complainte, ce chant d’agonie ?…
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Dim 3 Jan - 14:08

Aimer quelqu'un, c'est espérer en lui pour toujours.
[Gabriel Marcel]

L’Alphan se trompe. Quelle arrogance dans l’humilité, quel hubris sous masque d’objectivité scientifique, quels jeux de mots sur les « probablement », « possiblement »… Les propheties et les propheties dites « scientifiques » n’engagent toujours que ceux qui les ecoutent. Et la seule possibilité de verifier leur « veracité » est encore de les faire se tromper.

L’Alphan ne realisait surement pas, mais c’est du meurtre : vouloir tuer ainsi le reve de quelqu’un est du meurtre.

Surtout le mien, car c’est encore une des rares choses qui me rattachent encore à la vie. C’est entailler les racines qui me retiennent à ce sol sacré du Macrocosme et me nourissent de sa seve, de son sang, de sa souffrance.

Surtout le sien, car c’est toute sa vie maintenant, car c’est son etincelle toute entiere, chacun des battements de son cœur… Et son cœur est si entier ! Amoral, cruel, fragile et tellement entier dans son elan vers le reve. Et son etincelle est si pure ! C’est une etoile à elle seule, une etoile descendue du ciel inaccessible et incarnée parmis nous. C’est une de mes deux etoiles…

Nous irons ensemble tous trois jusqu’au bout. Jusqu’au bout de nos reves, de nos souffrances. Ce n’est pas une prediction, mais une promesse. C’est dans ses yeux que je verrai l’espoir du Jardin originel, le vert de cette Clairriere sacrée. Et puis, un jour, je le regarderai partir dans la lumiere, devenir cette lumiere qu’il a toujours porté en lui…

Et puis apres, qui sait, on peut toujours speculer : je reviendrai aupres de ceux qui me son chers, avec le souvenir d’avoir accompli ma destinée, car je serai enfin prete de revenir, et je me blotirai contre les tenebres recofortantes au fond d’une caverne …

C’est du meurtre que de vouloir tuer nos reves.
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mar 5 Jan - 10:35

La torture. Il y a quelque chose d'insoutenable et de vertigineux, la destruction de l'homme à l'état pur.
[Vladimir Volkoff, Extrait d'un Entretien avec Jean-Maurice de Montremy - Octobre 1990]


Lorsqu’un idealiste a les mains tachées de sang, c’est celui des fanatiques pour sa cause, son idéal. Lorsqu’un tortionnaire a les mains tachées de sang, c’est celui de la souffrance de ses victimes.
Pourquoi dans un cas l’on parle du sang versé « noblement », pour une « noble cause » et dans l’autre cas l’on detourne pudiquement les yeux et la conversation ?

Un idealiste peut-il devenir tortionnaire ?
Je me rappelle encore de cet episode lors du regne du Multocolore sur la Feerie. J’etais avec un jeune mage, pas encore un maestro mais dejà à la reputation sulfureuse melant sagesse et hubris dans diverses proportions. Et, naturellement, nous etions du coté des rebelles ; probablement par ideal de la liberté et l’aversion de la tyrannie et de la repression pour lui ; probablement par amour de la liberté, du jeu de la chasse et forcement des interets entrecroisés pour moi.

Notre petit navire volant de l’euros avait essuyé une embuscade, et nous avions un prisonnier, forcement detenteur d’informations. Et c’est là que l’idealiste a voulu jouer au tortionnaire. Seulement ce n’etait pas un jeu. Seulement le prisonnier a preferé se jeter dans le vide que de subir ce que les promesses de mille tourments lui faisaient miroiter.

Parce qu’il n’y a jamais eu de « passage à l’acte » proprement dit. Juste des menaces, des « suggestions »… Je ne vais pas cacher mon role tout aussi actif dans la proliferation de ces « suggestions », j’aurais pu continuer plus en profondeur, sans fausse pudeur, puisque à cette epoque l’un de mes menus plaisirs consistait à expedier à l’Empereur Multicolore ses Champions et autres dignitaires en colis de sapin en un ou plusieurs morceaux. Et que les paroles sont déjà une torture en soi. Ça, je le savais. Le Mage ne le savait surement pas. L’Idealiste se regardait les mains, comme si le sang de celui dont le corps gisait ecrasé plisieurs disaines de metres plus bas les avait eclaboussé physiquement et non seulement metaphysiquement.

Le sang, lui, etait reel. La culpabilité, elle, un pur produit de la morale. Or l’Idealiste etait profondement moral, mariné dans ses preceptes absolus et abstraits de bien et de mal comme une griotte dans l’eau de vie. Je me rappelle encore comme cela l’avait marqué. Et je ressentais sa haine tangible envers l’Empereur-Tyran, et que ce sang versé renforçait encore… cette haine qui le torturait…
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mar 5 Jan - 11:30

La chasse a toujours été la distraction favorite des hommes de guerre en temps de paix, c'est-à-dire dans les périodes plus ou moins brèves où la chasse à l'homme n'est pas ouverte.
[Claude Duneton]

C’est lui qui m’a inculqué le gout du sang. Ou plutot fait ressurgir en moi cette passion attavique, etouffée consciensieusement par le vernis polissé de la société humaine et la faiblesse d’angoissée. C’est lui qui m’a fait gouter à la premiere Devoration d’etincelle. C’est aussi avec lui que j’ai pris gout au jeu de la chasse. Cette veritable chasse eperdue dans l’ivresse du sang et l’extase de la mort ; où la proie et le chasseur sont tellement entremelés qu’ils s’echangent perpetuellement les roles et l’on ne sait plus les distinguer.

Cette chasse qui a duré plusieures années.
Nous ne pouvions qu’etre le trophée l’un de l’autre, personne n’avait plus le droit d’intervenir, et de nous voler cet instant d’etreinte extatique où le sang ecarlate de la proie et celui du chasseur se mele sur la neige bleme. Cet instant où je lui arrachais son etincelle et où son regard brillait d’une etrange fierté…

Cette etincelle fut liberé par celui à qui je l’ai remis, et c’est ainsi qu’il put revivre. Et c’est ainsi qu’a recommencé la chasse.

Non pas la chasse contre lui, mais pour lui. Car nous etions dorenavant liés. Et je remontais sa piste et ses caches une à une, jusqu’à son ecartellement et son aneantissement… jusqu’au neant.

Cette chasse qui a duré plusieurs années.
Et qui dure encore maintenant. Mais maintenant nous chassons ensemble.
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mer 6 Jan - 20:56

Personne ne sait combien de temps peut durer une seconde de souffrance.
[Graham Greene]

La sainteté n'est pas de vaincre la souffrance, mais de l'accepter.
[Jean-Paul Pinsonneault]

On n'est pas un homme tant qu'on n'a pas trouvé quelque chose pour quoi on accepterait de mourir.
[Jean-Paul Sartre]


C’est alors vrai qu’à l’heure de la mort il y a toujours un tunnel où l’on marche ?

La femme avançait, encadrée par deux gardes, dans ce couloir, et la distance qui la separait de la chambre du sacrifice diminuait avec chaque pas. Elle avançait, avec cette insoutenable legereté d’etres qui se savent, ou du moins, se croient, condamnés, cette serenité des martyrs et des camicases. Ou bien etait-ce de la peur ?

C’est donc cela que ressentent les condamnés à mort, losqu’ils marchent le long de ce couloir, de cette ligne verte ?
Vert comme le mensonge, comme la trahison …
Vert comme l’espoir …

Quelques heures auparavant, elle etait encore dans la cellule, retenue debout par des chaines au mur, et le Rouge lui annonçait sollenellement « Nous avons besoin de sacrifice. Vous allez etre sacrifiée pour que le portail des tenebres soit ouvert ». Et puis cette jeune femme qui lui offrait un chemin de fuite en echange d’une information sur celle qu’elle n’avait meme plus le desir de hair et qu’elle refusait, se sachant condamnée, et condamnant ainsi elle et l’enfant qu’elle portait…

Elle baissa la tete, et à defaut des mains, prises dans les chaines, effleurait du regard la rose de jaspe vert pale à ses pieds. Tout etait si calme… pas un son ne murmurait entre ces murs, pas un souffle de vent ne faisait voler les boucles noires de ses cheveux…

Et l’attente de ces dernieres heures etait si longue ! « Je prefere encore mourir de la main d’un ami… », c’est ce qu’elle lui avait dit, à l’ombre de l’arbre de la Sincerité. Elle esperait seulement qu’il se souvienne de cette confidence. Parce que quitte à etre sacrifiée… autant l’etre par sa main.

Et les derniers songes etaient d’une telle cruauté et d’une telle douceur ! Finalement, en depit de toutes les promesses et les esperances, le moment est peut etre venue, son moment, la fin de ses chants à elle …

C’est donc cela, ce calme des condamnés à mort ? Cette serenité rythmée par chaque pas ?

Elle marchait dans le couloir, sans opposer la moindre resistance.

Devant l’autel du sacrifice, sa cape glissa sur ses epaules, devoilant des boucles grises.
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Jeu 14 Jan - 18:29

L'apparence n'est rien ; c'est au fond du coeur qu'est la plaie.
(Euripide, L’Oreste)

Nous avons de la chance. Nous savons changer de peau. Comme des serpents qui muent, seulement eux, restent toujours les serpents. Nous, nous changeons d’identité. De peau, de couleurs d’yeux, de taille, de voix…

Alors, est-ce toujours nous ? Est-ce encore moi, cet etre ?… Femme ou homme, bete des forets ou ange ailé, apotre meurtri ou divinité au masque ricanant… Bafouant les regles du temps et des epoques, des cultures et des etiquettes… Courant indefiniment sur cette ligne de droiture courbe, cette liste de Moeubius… Est-ce encore moi ? Que reste-t-il de moi en cet etre ?

« La réalité, c’est ce qui ne peut etre oublié », dit un jour un ami.

Et meme cela, on peut le perdre. La memoire peut etre alterée, griffée, arrachée, dechiquetée… Pourtant que j’y tiens, à mes bribes de memoire ! Cette memoire, ce n’est pas dans la peau que je l’ai, mais dans le sang. Le sang des lignées, le sang de la seve des arbres sacrés, le sang des batailles, le sang que j’ai versé pour eux, le sang qu’ils ont versé pour moi, le sang de nos chasses sans fin, le sang de nos plaies qui suintent… Ce sang dont le gout ne me quitte plus jamais…

Oui, quelle que soit notre apparence, le cœur qui saigne sous la peau reste toujours le meme : le notre. Et meme si l’ « habit » deteint sur nous, notre comportement, nos manies et nos manieres, nos blessures et nos reves demeurent. Notre ame reste fidele à elle meme, dans sa grandeur et sa mesquinerie, dans sa force et dans sa miserabilité, dans le Lumiere de sa Rose et la Tenebre de ses Ronces…
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Jeu 14 Jan - 22:38

Un livre a ceci de particulier qu'il peut être interprété comme on veut.
[Sören Kierkegaard, Extrait de Le Journal d’un séducteur]

Une couronne d'épines, ce n'est qu'une couronne de roses d'où les roses sont tombées.
[Robert de Flers]


J’ecris sur les roses et leurs ronces.
Pourtant, je ne suis pas un Conteur. Je n’ai ni son style ni la fluidité du verbe. Pourtant, cette fois, j’ai envie d’abandonner les dictaphones et autres transcripteurs, les trames des rapports et communiqués officiels et d’ecrire « à l’ancienne », à la main, et sur du papier. « Comme un conteur », rient certains de mes amis.

Pourquoi j’écris sur les roses et leurs ronces ?
Parce que j’aime ces fleurs. Parce qu’elles ont une signification particuliere, dans ce monde en general et pour moi en particulier. Parce que nous sommes comme les roses : nos reves sont les petales de lumiere, et nos dechirures notre couronne de ronces.

Pourquoi j’ecris ?
Pour rendre hommage. A nous memes. A notre Macrocosme. Peu m’importe, que l’on soit dans les temps de l’Eschaton, que la fin du monde se rapproche, que personne peut-etre ne lira ces carnets – je ne cherche pas la gloire des ecrivains et des conteurs – et si vous les lisez, cela me suffit dejà…

Pour qui j’ecris ?
Pour moi. Soyons honnetes : c’est, en premier, pour soi qu’on l’on ecrit. Pour ceux qui sont morts à mes cotés, pour ceux qui sonts morts par ma main. Pour ceux qui sont encore et malgré tout et tous à mes cotés. Pour ma lignée, ascendante et descendante, comme une justification ou une explication de mes choix, comme un testament. Pour mes enfants. Pour les etoiles que nous sommes. Pour mes deux etoiles…

Peu m’importe si vous comprenez ce que j’ecris, je vous demande seulement de ne pas interpreter ni commenter : ne dites pas « l’auteur a voulu dire que… », car ce que je veux dire, je le dis. Je vous demande de ne pas oter cette sincerité de mes ecrits, qui, une fois sortis de mon bureau et lus, ne seront plus les miens.
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Sam 16 Jan - 13:31

Seule la force impose une vérité, et la force n'a rien d'intellectuel, elle contraint avec ses armes, par la torture, par le chantage, par la peur, par le calcul des intérêts, elle oblige les esprits à s'entendre provisoirement sur une doctrine.
[Eric-Emmanuel Schmitt, Extrait de L'Evangile selon Pilate]

Il s’etait presenté comme Empereur des Dix Mille Mondes. Il a juste ommis de preciser qu’il s’agissait de dix mille ruines… et que les habitants, parés d’etoffes de lourdes taffetas et de joyaux etincelants, en etaient reduits à manger ces meme gemmes, afin de ne pas mourir de faim… Neamoins, il avait ce cran de se presenter comme Empereur des Dix Mille Mondes.

A l’epoque, notre Macrocosme etait sous le reigne du Soleil Noir. Et voilà que se presentait une nouvelle opposition potentielle ! Le jeu allait pouvoir devenir plus intense encore !

Mail il choisit de s’opposer aussi bien au Soleil Noir, bien que feignant la soumission, qu’à moi-meme, et meme ouvertement. Bafouant les regles de l’etiquette, de politesse, de bienseance. Affichant ouvertement un mepris sans bornes pour les « basses castes marchandes», à comprendre les passeurs que nous etions.

Il pensait avoir de l’ambition, mais l’ambition sans les moyens n’est que pretention.

Et ce jeu, il m’amusait au depart. Un jeu d’opposition brute et frontale de sa part, à laquelle je repondais par des ripostes diplomatiques, par tierses personnes interposées, en un mot, par des ripostes courbes, et nous portions tous des masques à cette epoque. Et que les rayons memes du soleil d’or noir etaient courbes… Un jeu où tous les coups etaient permis. Un jeu qui n’avait qu’un but : nous distraire, dans cette comedie sanglante des alliances et des traitrises, dans ce bal masqué de la noire melancholie…

Lapereau qui se pretendait lion face aux predateurs que nous sommes ! Je m’attendais à … mieux !

Il raisonnait en termes d’aristocratie, alors meme que les consanguinités de la famille royale de son peuple en faisaient peu à peu une lignée degenerée.
Il raisonnait en termes de pouvoir, alors que ses terres n’etaient que ruines, et que des mains de fer gantées de velours les plus doux se refermaient sur les gorges de ses obligés de confiance.
Il promettait l’eternité et la jeunesse, alors que lui meme sortait d’un sommeil millenaire et connassait ce macrocosme moins bien qu’un oisillon nouveau-né ne connaisse la forêt de l’arbre de son nid.
Il pensait s’appuier sur sa puissance, mais son arrogance meme montrait à ses adversaires les limites de celle-ci…

Son etincelle fut la premiere à etre sacrifiée sur l’autel des portails de ce Macrocosme, ouvrant des chemins jusqu’ici oubliés vers des interstices, vers d’autres mondes … Alors qu’il meprisait tellement les passeurs …
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Lun 18 Jan - 1:41

La vraie beauté n'est pas celle qu'on a du plaisir à contempler, mais celle devant qui on doit fermer les yeux.
[Etienne Rey, Extrait de la préface de De l'Amour de Stendhal]

La beauté du monde, qui est si fragile, a deux arêtes, l'une de rire, l'autre d'angoisse, coupant le coeur en deux.
[Virginia Woolf]

Le bonheur est éphémère, il passe sans s'arrêter, il s'attarde parfois, l'espace d'une illusion, mais rares sont ceux qui savent le retenir, le garder. Il est si fragile, si vulnérable, il suffit de trois fois rien pour l'effrayer, le voir fuir à jamais.
[Fleurette Levesque, Extrait de Pourquoi ?]



Un jour, à travers mes errances dans les Hauts Plateaux de la Feerie, je rencontrais un Elfe. Il m’a paru à premiere vue aussi imbu de sa personne que le Narcisse mythologique et aussi esthete qu’un personnage des romans de la mouvance dilletante. Sur un visage juvenile, encadré de longues boucles d’un blanc laiteux, seuls ses yeux avaient cet eclat millenaire, et m’ont semblé meme empli d’une certaine tristesse reflechissant les couleurs profondes du coucher du soleil en haute montagne.

La tristesse du crepuscule de ce monde ou bien celle de son existence, il n’a pas souhaité donner une reponse tranchée à cette question, mais m’a chanté une ballade, dans une langue desormais oubliée. Et lorsque les repercussions de sa voix douce et etherée sur les pics enneigés des montagnes se sont tues, des milliers d’etoiles scibtillaient sur le velours noir du ciel, comme des flocons de neige eternelle.

Il a souhaité connaître la beauté de ce monde, et à travers et en elle, la Beauté absolue.

Alors il la recherchait à travers ce vaste Macrocosme.

Aussi bien dans les contrées lointaines et exotiques que dans chaque brin d’herbes folles en bordure des routes où ses pas le menaient. Aussi bien dans des jardins savants et sophistiqués de lys royaux et d’orchydées fragiles, que dans des jardins humains où chaque concubine de ces harems avait un port de tete aussi fier qu’un dahlia et le dehanchement fluide d’un coquelicot dans une brise legere. Aussi bien dans le cliquetis d’armes de batailles demesurées et heroiques que dans le regard timide d’une paysanne cueuillant des bleuets pour decorer sa chaumiere.

Et puis il a souhaité la representer et ainsi la connaître dans son paroxysme et à travers son cœur et ses yeux à lui.

Et alors il s’enferma dans un grotte sur une falaise inaccesible, avec les dix pigments colorés, les pierres precieuses et metaux rares, et erigea un ecrin infranchissable ni par les intemperies ni par des etres vivants ou morts ni par lui meme, et s’esttomperait une fois l’œuvre achevée.

Et des jours passaient, et des nuits. Des aubes et des crepuscules se succedaient. Puis des aubes et des crepuscules des saisons, des royaumes, des peuples… Mais pour lui le temps ne s’ecoulait plus, car le temps meme etait figé sur cette representation, sur ce visage de la beauté du monde.

Et lorsque ce visage devint celui de la Beauté, l’Elfe recula d’un pas afin de la contempler dans sa completude et dans sa nudité. Et ses yeux ont croisé le regard intemporel de son œuvre. Et l’ecrin tomba de lui meme. Et une bourrasque de vent fit voler les poussieres colorées qu’etaient devenus les pigments dessechés et les joyaux tombés en poussiere…

Et de la grotte ne restait plus qu’un promontoire sur une falaise, menaçant de s’ecrouler d’un instant à l’autre…

Alors l’Elfe accompagna du regard et de son cœur le vent coloré qui emportaint la Beauté vers le ciel d’un noir de nuit limpide. Et attendit jusqu’à ce que les etincelles des poussieres colorées se confondent avec les myriades d’etoiles et retombent sur le monde comme une presence ephemere. Et puis il quitta le promontoire de sa reclusion volontaire. Pour arpenter de nouveau les routes. Pour ressentir la presence de la beauté de ce monde. Pour ressentir la presence de ce monde…

Et ses yeux etaient commes les eaux pales des lacs gelés des hautes montagnes, ces lacs millenaires qui reflechissent l’eclat ephemere des etoiles et de notre monde.

***
Theodore de SERANNES, Dernier Elfe des Etoiles


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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mar 19 Jan - 20:48

Le soleil ne se lève que pour celui qui va à sa rencontre.
[Henri Le Saux]

On ne devrait jamais sortir indemne d'une rencontre, quelle qu'elle soit, ou du moins en sortir inchangé.
[Sylvie Germain, Extrait de Eclats de sel]

Il y a des instants qu'on voudrait voir durer la vie entière. Cela tient à une secrète plénitude, à un mystérieux apaisement en nous de l'inquiétude, cette autre forme du désir.
[ Jean-Paul Pinsonneault, Extrait de Les Abîmes de l'aube]



« Il etait une fois un pays lointain, où coulaient des fleuves de lait et de miel, où le soleil riait son esperance et la lune ne conaissait pas encore les larmes, où les differents peuples vivaient en paix, car il en est ainsi à l’aube d’un monde… », la Chatelaine tourna doucement la page…

Le feu crepitait doucement dans la cheminée, et sa lumiere rougeoyante baignait la piece dans des tons d’un conte antique. Ne trouvant pas le sommeil, et se sentant seule, dans cette demeure devenue immence en l’espace de cette nuit, la Chatelaine trouva refuge dans ce salon, aux armoieries anciennes, aux tapisseries sur les murs, desquelles la regardaient des licornes, des phenix, des lions ressemblant à des chats et des chiens qui tenaient plus des loups de la foret…

Elle s’enroula dans le vieux plaid ecossais sur le cuir chaud du fauteuil. Sur le dossier somnolait dejà son Chat, telle une divinité romaine du foyer, plissant les yeux vert emeraude sur les flammeroles dansantes de la cheminée…Et puis elle denicha ce livre. Certes, elle a depuis longtemps depassé l’age de lire des contes de fées. Mais qu’importe, puisque personne ne la regardait. Et un chat, ça ne comptait pas… Elle passa la main sur sa fourrure soyeuse d’or noir. Le Chat ronronnait. Sa presence etait rassurante et tellement comfortable…

Dehors, l’orage de printemps deversait les eaux du ciel et jouait aus feux d’artifices avec les eclairs à travers les nuages epais et sombres, mais le vent ployait les rares arbres de la lande, et les eclaits les manquaient invariablement.



« Satanée tempete ! Décidement, les dieux n’ont aucune pitié des voyageurs, aucun soucis pour leur bien etre … », pestant ainsi à voix basse, le voyageur, dont la cape d’un blanc ruisselant de boue dès la hauteur des genoux paraissait de plus en plus fantomatique à chaque eclair dans cette lande desolée, dirigeait energiquement ses pas vers les murailles protectrices de la demeure juchée comme un dragon assoupi sur la falaise.
Deux grands chiens-loups en marbre ou granit, difficilement identifiables dans l’eclat irregulier et saccadé de la tempete, encadraient l’entrée. Une main fine, gantée de velours blanc, trouva à tatons l’anneau sur la porte…



Quand on frappa à la porte, la Chatelaine sursauta, pensant que c’est la foudre qui s’abattait trop pres de la demeure. Mais l’on insista. Le Chat ouvrit un oeil, puis le second, puis se leva et de fort mauvaise grace accompagna la Chatelaine vers la porte.

« J’implore votre hospitalité et permettez-moi de me refugier dans la chaleur de votre foyer jsqu’à l’aube », la silhouette blanche, ruisselante l’eau, la boue, la fraicheur du printemps et des senteurs d’herbes et de fleurs humides, s’inclina dans une profonde reverence. Et lorsqu’elle se releva, la Chatelaine recula legerement de surprise, decouvrant un visage jeune, presque adolescent, aux yeux clairs obliques, auc longues boucles d’un blanc laiteux, desquelles pointaient les bouts d’oreilles plus fines encore que ceux d’un chat.
Le Chat fit le tour de l’etre, renifla les parfums etranges emanant de ses mains, et finalement frotta une bajoue, puis l’autre, sur les doigts fins, recevant les caresses comme son dû.



« Je suis un Elfe », dit le voyageur à la Chatelaine, d’un ton doux d’excuse de lui avoir causé l’embarras, tandis les yeux d’un bleu de crepuscule de celle-ci s’elargissaient encore plus de surprise. Mais l’instinct de l’hospitalité prit le dessus – on ne laisse tout de meme pas un voyageur trempé et visiblement affamé et fatigué, aussi elfe soit-il – et elle l’invita, tout simplement.
Et le Chat les suivit dans le salon et reprit sa place face à la cheminée.

L’Elfe etait jeune, encore un enfant. Il n’avait lui meme non plus encore jamais vu d’humains. Du moins il ne s’en rappellait pas. Il ne s’etait encore jamais aventuré aussi loin de chez lui, et il s’etait perdu. En fait, c’etait la premiere fois qu’il etait parti de chez lui, et cela faisait des jours et des jours qu’il marchait. En fait, il ne se rappellait plus du chemin, il ne se rappellait plus des terres qui l’ont vu naitre. Et pourtant il cherchait obstinement sa route…

La Chatelaine, elle non plus, n’avait encore jamais vu d’elfes, ou du moins elle ne s’en rappellait pas. Apres tout, les elfes ne sont pas vraiment sensés exister. Sauf peut etre dans de tres vieilles legendes ou dans des contes pour enfants. Du moins pas dans la vie reelle. Et puis zut ! Qu’importe, puisque personne ne la regardait discuter avec un elfe. L’Elfe qui lui parlait, à elle et à son Chat – mais un chat, ça ne comptait pas ! – des nymphes qui dansent à l’aube dans les forets cachées par les brumes, des fleurs qui se racontent mille rumeurs en se balançant au vent, des etoiles filantes qui se baignent par nuits claires dans les lacs miroitants des montagnes, des arbres majestueux qui etaient les chemins entre le ciel et la terre, et d’autres choses encore...



L’Elfe se sentait revivre. La douce chaleur du feu de la cheminée, la gentillesse attentionnée de la Chatelaine, l’eclat emerveillé de ses yeux bleu saphir, le vin chaud sentant le miel et la cannelle qui montait doucement à la tete… Est-ce à cela qui ressemblait le chez-lui ?…

Dehors, l’orage s’etait calmé, et le ciel limpide et degagé commençait à palir. La Chatelaine s’etait assoupie sur le fauteuil…
« Il est l’heure de repartir », dit le Chat, s’etira minitieusement, et fixa l’Elfe de ses prunelles emeraude. L’Elfe soupira. Alors le chez-lui ne se trouvait pas ici… « J’aimerais revenir ici. Un jour. J’aimerais revenir et lui ranconter d’autres histoires, et qu’elle me raconte ses histoires à elle… », il se leva et borda doucement la Chatelaine, « Je reviendrai … », il lui chuchota doucement à l’oreille.
« Il est l’heure, tu dois partir », repeta le Chat, se frottant avec insistance sur les genoux de l’Elfe, « et, peut-etre, un jour, tu reviendras… »

l’Elfe s’inclina ceremonieusement devant la Chatelaine endormie, puis devant le Chat. Et s’avança vers le balcon baigné des premiers rayons du soleil, et sa frele silhouette s’estompa peu à peu dans les teintes pastel dans l’aube naissante…



Le Chatelaine s’etira. Elle avait le soleil dans les yeux, ce qui la reveilla definitivement. Le Chat dormait, paisible, roulé en boule, à ses cotés. Le livre, elle l’avait encore entre ses mains. Elle a dû s’endormir en lisant… Pourtant le reve de cette nuit semblait si réel…



L’apres midi touchait à sa fin et le soleil d’été etait comme un vitrail de vieil or sur un ciel bleu des cathedrales. Les pas de l’Elfe soulevaient gaiment la poussiere de la route sinueuse à travers la lande. Il avait tenu sa promesse, il etait de retour.

Entretemps, il avait voyagé, à travers mille contrées, à travers mille royaumes… Il n’avait pas retrouvé le chez-lui, et au fil des voyages, les souvenirs de ce lieu s’estompaient peu à peu et ses cachaient au fond de son cœur, si profondement qu’il n’en etait meme plus certain. Mais il n’avait pas oublié cette promesse. Il venait lui raconter ces errances, et les splendeurs de ce qu’il a vu et cotoyé. Et aussi lui parler de la beauté de ces Hautes Montagnes, où il pensait s’installer et où il souhaitait l’inviter, elle et le Chat…

L’Elfe avait grandi, mais comme le temps ne s’ecoule point de la meme façon pour tout le monde, il n’etait qu’au printemps de sa vie.

L’Elfe marchait joyeusement. Dans le silence pesant de la lande, que ne troubalit nul chant d’oiseau, nulle brise de vent, nul chuchotement des vagues contre la falaise toute proche. Et le Château se dressait au loin, tout aussi silencieux…

Devant la demeure, sur l’un des chien-loups aussi immobiles que les pierres, une silhouette feminine lui parut familiere. Pourtant ce n’est pas par joie que l’Elfe accelera le pas, mais par un pressentiment autre…

« Te voilà de retour, comme tu l’avais promis… », la silhouette s’inclina devant l’Elfe et fit voler les soieries d’or noir de sa robe. « Elle n’est plus ici. Elle n’est plus… », la silhouette leva les yeux d’un vert emeraude et les vrilla sur ceux de l’Elfe, « D’ailleurs, il n’y a plus personne ici. Et moi-meme je vais partir. Parle-moi des contrées que tu as vues. Y en a-t-il qui me plairaient ? »

Et l’Elfe s’assit aupres d’elle et elle vit dans ses yeux clairs des paysages inconnus et merveilleux, et des chemins entrelacés comme les fils dans une pelotte de laine…
« Merci, l’Elfe »
Et l’Elfe vit dans ses prunelles d’emeraude l’esperance d’une nouvelle aube…
« Merci, Chat »

Et leurs silhouettes, l’une sombre et l’autre claire, rechauffées par les rayons obliques du soleil couchant, s’estompaient peu à peu dans les teintes sanglantes du crepuscule…

***
Theodore de SERANNES, Dernier Elfe des Etoiles


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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mar 2 Fév - 21:08

Ethylonomicon
ou Petit Traité d’Alcoolomancie à l’usage des Conteurs





Vous vous êtes toujours demandé pourquoi les Elfes sont grands, beaux, élancés, gracieux, éternellement jeunes, intelligents, esthètes … et pourquoi les Nains sont petits, trapus, bougons, rustiques … et toujours barbus ?
Alors je vais vous conter cette ancienne légende, qui remonte à l’aube des temps immémoriaux, à cette lointaine époque où les hommes ne connaissaient point encore les vertus de la noble pourriture des raisins…

Tout a commencé dans la Cité des Contes. Les anciens et sages Conteurs en ont eu assez de passer des soirées entre eux en société fermée. Alors ils ont convié pour une de leurs parties de ce jeu mythique, à savoir le Cartouche, des représentants des divers peuples légendaires, et notamment des Anciens Elfes et des Antiques Nains. Ne vous tromper point, les Anciens Elfes et les Antiques Nains n’ont rien à voir avec les Elfes et les Nains actuels. Et pour cause ! Tout se joua lors de cette partie.

En effet, les mises n’étaient point de simples objets, ni même des manuscrits enluminés, mais des valeurs, des vertus, des penchants…

Afin de mettre au maximum les chances de leur coté, et, à défaut de la sympathie du Dieu Hasard, les Nains ont demandé le soutien des plus grands Cartiers que sont les Conteurs et se sont engagés en remerciement et éternelle reconnaissance de porter la Barbe. Naturellement, flattés de pouvoir partager leur attribut légendaire, les Vielles Barbes se sont empressés d’accepter d’employer tous leurs talents en ce sens, et prièrent les Antiques Nains de ne point se restreindre à la Barbe, mais élargir leur dévotion également aux moustaches, favoris et autres pilosités de la partie inférieure de la physionomie. Et les Antiques Nains y virent des bons augures pour la partie de Cartouche à venir.

La délégation des Anciens Elfes, visiblement outrée par un tel comportement, – mais secrètement amusée, – décida également d’offrir un présent aux Conteurs, et honorer par la même occasion l’Eternelle Hospitalité. Or il se trouvait dans la délégation un jeune Ancien Elfe, qui revenait des Terres Chimériques, chargé de présents innombrables, ce qui est fort compréhensible pour les peuples cousins, car les Anciens Elfes et les Enfants de la Chimère le sont et l’ont toujours été et le seront, évidemment, toujours. Il y avait des armes belles comme des parures ; des bijoux pour lesquels des femmes et des hommes aux cœurs envieux sortiraient leurs armes ; des étoffes aux couleurs aussi éclatantes que les encres des Conteurs… et plusieurs dizaines d’amphores peintes contenant le nectar, non point celui des dieux, mais le nectar des vignes chimériques. Et alors d’un commun accord il a été décidé par les Anciens Elfes d’offrir le seul présent digne de l’occasion et des hôtes aussi prestigieux : lesdites amphores.

Et le soir tous se sont réunis dans la grande salle des Conteurs, aux colonnades peintes, aux murs enluminés, au sol vibrant de légendes en mosaïques et au plafond tellement haut que l’on aurait dit la voûte du ciel. Et les mets les plus fins et les plus légendaires défilèrent, car les Conteurs ont voulu, eux aussi, tout naturellement, faire honneur aux invités et se faire plaisir par la même occasion. Et le nectar chimérique, encore appelé « vin », coula à flots. Et la partie de Cartouche commença…

La Beauté fit mise en jeu. Puis l’Elégance, la Jeunesse Eternelle et l’Intelligence. Et les Anciens Elfes les emportèrent. Alors les Antiques Nains prirent ombrage et jetèrent des regards emplis de sous entendus aux Cartiers. Et c’est ainsi que les mises suivants, à savoir la Robustesse, la Force, l’esprit Rustique et Matérialiste, et la Bougonnerie en prime.

Et les esprits s’enflammaient, gagnés par l’entrain général et l’adrénaline du jeu. Et les coupes ne se désemplissaient pas, la noble pourriture des vignes chimériques appelée « vin » coulait à flots et échauffait les cœurs, les esprits, et les joues des joueurs…

Les Conteurs, absolument non habitués ni au goût si délicat du nectar « vin » ni à l’état de douce et euphorique « ivresse » qu’il semblait induire, s’en prirent tellement au jeu, qu’ils commencèrent à ne plus distinguer un Antique Nain d’un Ancien Elfe et vice versa, ou bien était-ce le contraire...

Et c’est ainsi qu’à l’aube, lorsque tous les joueurs – excepté les Anciens Elfes, bien entendu – gisaient étendus dans les bras les uns des autres et dans ceux de Morphée parmi les amphores vides, que la partie de Cartouche fut terminée.

Et c’est ainsi que deux caravanes repartirent de la Cité des Contes.

L’une vers les cavernes profondes, peuplées dorénavant des Nains petits, trapus, bougons et barbus… Car la promesse fut tenue par les Conteurs : les Nains remportèrent plus de la moitié des mises ; car tous le savent, les vertus aristocratiques et esthétiques sont moins nombreuses que les attributs populaires et plébéiens. Et tous les Nains arboraient, en gage d’éternelle reconnaissance, dès leur plus jeune âge la barbe, et parlaient même à la perfection la langue imagée du « conteur bourré ».

Et la seconde caravane reprit elle aussi les routes et remonta vers les Hauts Plateaux verdoyants de la jeune Féerie, chargés de présents des Conteurs et autres visiteurs de la Cité des Contes, émus et émerveillés par leur charme et leur grâce intemporelle.

Et les Elfes se rappellent encore cette histoire autour d’une coupe de quelque liqueur de fleur ou d’eau de la Rivière des Etoiles.

***
par Theodore de SERANNES, Dernier Elfe des Etoiles


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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Mar 2 Fév - 21:09

Une petite étoile est capable de guider le marin dans la mer, une seule étincelle peut toujours allumer un incendie gigantesque.
[Ivan Vazov, Les Feux qu’on éteint pas]


Un rêve sans étoiles est un rêve oublié.
[Paul Eluard]


Les étoiles n’ont leur vrai reflet qu’à travers les larmes.
[Vladimir Nabokov]





Vous savez à quoi ressemble une Etoile ? Sauriez-vous la reconnaître si vous la rencontriez au détour d’un chemin ? Mais vous restez sceptique quant à possibilité d’une telle rencontre. Car que ferait une Etoile ici-bas, alors que sa place est dans le Ciel des Ténèbres de la Nuit ?

Savez-vous seulement que parfois les Etoiles descendent du Ciel et se mêlent aux habitants de ce Monde ? Ce que je vais vous conter est la vie d’une de ces Etoiles descendue parmi nous. Ou, plus précisément, quelques instants de sa vie, car nul récit ne peut englober la plénitude d’une Etoile et nulle âme ne peut embrasser la splendeur de sa beauté.

C’est par simple curiosité que l’Etoile est descendue du Ciel. C’était une bien jeune Etoile, et bien naïve, pour laisser dans son cœur l’attachement vers ce Monde et ses habitants fleurir plus que ne l’autorisaient les lois immuables du grand Darma, et commettre telle imprudence que de s’incarner dans un corps fragile et éphémère car non éternel. Mais son amour pour le Monde lui semblait plus grand encore que la peur de la finitude.

Et l’Etoile se mêla aux bêtes des forets et des cavernes, aux oiseaux merveilleux et majestueux, aux fleurs des plaines et aux arbres antiques, aux dieux et déesses des clairières, aux hommes des petits villages et ceux des grandes cités… Elle arpenta les grandes routes des empires et des sentiers sinueux des âmes. Elle rit avec le soleil au zénith et pleura avec la lune décroissante. Elle chanta la joie des aurores et la mélancolie des crépuscules. Elle était accueillie partout comme chez elle, en vertu de la généreuse Hospitalité, et pourtant jamais reconnue pour ce qu’elle était véritablement, ou bien grâce à cela… Et partout elle apportait le réconfort aux cœurs blessés et l’apaisement aux âmes tourmentées.

Mais un jour elle attira l’attention des anciennes forces, aveugles et cruelles, qui s’emparèrent des cœurs des hommes envieux et torves et les lâchèrent sur les traces de l’Etoile. Et ils la traquèrent dans tout lieu. Et elle n’eut plus de repos ni abris, car la méfiance, l’hostilité, la peur des représailles, s’insinuaient dans les cœurs tels le venin annonçant l’avènement d’Eris. Et l’Etoile, fatiguée de fuir, lasse des persécutions, s’abandonna aux mains dépourvues de compassion de ses poursuivants, et fut prise et enfermée dans une cage aux barreaux tellement sombres et serrés qu’aucune lumière ne pouvait passer. Et le seul être qui lui rendait visite était son Geôlier, et la fixait pendant des heures de ses yeux froids où aucune émotion ne pouvait se refléter. Et toujours le Geôlier devenait Tortionnaire et faisait claquer le fouet aux pointes acérées de diamant sur l’âme meurtrie de l’Etoile…

Et un jour, le Geôlier devint le Bourreau : il la sortit de sa cage et mena sur l’échafaud. Et lorsque sa Hache s’abattit sur l’Etoile…

Vous savez comment meurent les Etoiles ?

Il y eut un éclat, une explosion de lumière pure de toutes les couleurs du spectre de son cœur, de son âme…

Telle l’apothéose d’une supernova dans son dernier cri d’espoir avant l’agonie. Telle une auréole de sainteté sur les icônes enluminées lorsqu’elles sont brûlées en autodafés. Telle une dernière larme avant que les yeux ne se ferment à jamais…

Et le coeur de l’Etoile, ce cœur empli d’affection illimitée pour ce Monde, éclata en mille gouttelettes. Et ils tombèrent comme la rosée en Aurores Boréales sur ce Monde et l’illuminèrent de sa Présence…

Et certains éclats se nichèrent dans des poitrines de certains êtres, tels des fleurs de lumière, des roses à l’éclat et la pureté originelle des Etoiles Calibanes. C’est ainsi que certaines étincelles portent en elles cette marque bien particulière, de l’affection de la Présence de ce Monde et de la tendresse des Etoiles du ciel.

Et les Etoiles pleurèrent le non-retour de l’une des leurs et son affection sans bornes pour ce Monde, et leurs larmes, étincelantes comme des diamants, douces et amères comme seule une tristesse sincère peut l’être, coulèrent le long des courants interstellaires invisibles et formèrent la Rivière des Etoiles (Tingilya Celusindi).

L’on raconte, sur les Hauts Plateaux Féeriques, que lorsque les Aurores Boréales enflamment les pics des montagnes enneigées et brûlent les eaux pales des lacs éternellement glacés, la Rivière des Etoiles brille d’un éclat particulièrement doux et mélancolique, car les Etoiles pleurent…

****
par Theodore de SERANNES, Dernier Elfe des Etoiles


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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:45

***

Elle porte le parfum des batailles,
Leur clameur s’attache à ses pas,
Comme l’étendard du feu sur la paille
Dont la naissance sonne le trépas.

L’offrande couronne le bûcher
Et elle ne peut s’en détacher…


Elle porte le parfum des carnages,
La charogne lui colle à la peau ;
Les vies se succèdent, en mille visages,
En fils entrelacés des oripeaux.

Et le couteau caresse le cœur
Sous les « kyrie » du Grand Ailleurs…

***
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:45

***

Elle a les mains ensanglantées,
Les ronces enserrent les deux poignets.
Et les cadavres arpentent ses nuits, hantées
Par le parfum tenace des grands charniers.

Elle a les yeux qui ne brillent plus : ils brûlent ;
Douleurs et joies entrelacées y sont immenses,
Illuminant ses voûtes du crépuscule,
Soleils et lunes dans les Ténèbres Denses.

Elle a le cœur écartelé entre deux roses,
Entre deux astres qui éclairent son horizon.
Plus pur est son éclat, plus forte est sa nécrose :
Etoile Mortifiée, tel est son nom.

***
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:46

***

Coure ruisseau, chante ruisseau
De la tombe jusqu’au berceau
Je remonterai les veines
De nos joies et de nos peines
Re-sculptant la lumière dense
Quand nos cœurs battent en cadence
Court chemin entre deux voies
L’ai abattu l’Arbre du Choix
Et si la Liberté m’abjure
La Solitude me sera parure
Pour n’avoir pu sacrifier
Pour vouloir les sanctifier
Ces instants de bonheur rare
Tant ce monde en est avare

Coure ruisseau, chante ruisseau
Coule de l’amphore du verseau
Coule, comme le sang de mes veines
Sur les acines de mes peines
De nos âmes frappées d’errance
De nos cœurs suinte la souffrance
En voulant détruire le choix
Roses et ronces s’offrent à moi
Ténèbres Denses et Lumière Pure
S’enlacent en moi, c’est ma parure
Leurs regards brûlent mon cœur
Troisième chemin, c’est la douleur
Des instants de bonheur rare
D’un retour entre deux départs

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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:46

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Hélas ! Je ne suis pas douée pour les récits glorieux,
Les épopées grandioses, ni autres styles de contes,
Et je n’ai pas, comme les sirènes, un chant mielleux.
Le sang – larmes de sang, rivières de sang – est ce qui compte.

Pour toi je l’ai versé, mon monde bien aimé,
Parfois c’était le mien, souvent celui des autres,
Coulant des chaires pendelantes sur mes crocs élimés
Et sur mes griffes noires de chasseur et d’apôtre.

Pour toi j’ai crucifié sur les racines voraces
Ceux, qui, une fois vaincus, ne peuvent se relever.
Et j’ai enseveli tous mes bonheurs fugaces,
Pour que plus rien n’empêche mon âme de te rêver.

Pour toi, Monde, tes Cavernes, pour tes Clairières sacrées,
Je donnerai mon sang, ma sève, goutte par goutte,
Mes illusions amères, mes larmes les plus sucrées,
Je resterai à toi, à jamais, coûte que coûte.

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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:51

AGONE

Fer contre fer et tous les cris dans un seul râle,
C’est l’agonie qui se relève en aube pale ;
Son sang ruisselle des plaies, coules en rivières,
Réunifiant tous ses amants dans l’étreinte mortuaire.

Main dans la main, y marchent à pas chancelants, deux sœurs,
Ivres de sang, baignées dans l’agonie, la Terreur et la Peur ;
Leurs yeux voilés boivent ce charnier et ses ravages.
Les suivent des près, riant de satiété, les corneilles du Carnage.

Ceux qui se sont entretués, un jour ont eu le choix :
Vivre une vieillesse au coin du feu ou mourir en grands rois,
Couverts de gloire et de médailles, chantés des épopées…
Tous ont choisi l’éternité d’une guerre, aucun ne prit la paix.

Sommes-nous ainsi, comme ce feu de paille,
Flambant d’une étincelle, brûlant nos rêves sur l’autel des batailles…
Pour les yeux des aèdes, l’éternité serait-elle à ce prix ?
La plus belle des légendes naîtrait-elle dans un dernier cri …



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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:51

Conte du Harem

Dans une contrée lointaine
Y’a mille ans
Régnait sur les mille reines
Un Sultan

Mais quand il prit une Favorite
Il s’en lassa bien vite

Le Sultan du grand harem
Très perplexe
Alla cueillir des chrysanthèmes
Par réflexe

Mais croisa la Médisance
Qui lui parla sans complaisance

La Favorite délaissée
Fut chassée
Car le Sultan fut berné
Et stressé

Par les rumeurs calomnieuses
Des Déesses envieuses

La Discorde s’en frottait
Bien les mains
Car son plan s’exécutait
C’est certain

Elle jouait les pièces noires
Aux échecs de Dame Histoire

Et son voile d’une blancheur
Eclatante
Cachait bien sa noirceur
Etouffante

Mais un jour un vent d’étoiles
Fit voler ses blanches voiles

Et sa laideur apparut
Au grand jour
Et la Favorite déchue
Fut de retour

Et les Déesses rirent de ce conte
Et la Discorde s’en alla cacher sa honte





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Theodore de SERANNES, Dernier Elfe des Etoiles
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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:53

L’Aube des Brumes de Sang


Lorsqu’ils avaient ouvert les yeux, le ciel n’était plus le même, l’air vibrait différemment, tellement il était limpide et intangible, les étoiles menaient d’autres danses, s’assemblaient en constellations inconnues formant des fleurs étranges et majestueuses … Seul le chant des étoiles, leurs chuchotements, rires cristallins, semblaient familiers… Mais comment était le ciel d’Avant ? Ils ne s’en rappelaient pas, ne s’en rappelaient plus.


Il y eut un éclat de lumière vive, et les Etoiles chantèrent à l’unisson, et ils ouvrirent les yeux, encore aveuglés par cet éclat trop vif, qui éblouissait encore leurs âmes et embrumait leurs mémoires. Leurs navires suivaient toujours leur route sur les flots éternels de la Rivière d’Etoiles, Tingilia Celusindi. Leurs navires aux voiles déchirées et pendantes, aux mats brisés, aux brèches colmatées, n’ont pas failli à la promesse des les mener vers le Monde Nouveau, et une voix chuchota son nom : Amar Eden. Et les voyageurs harassés répétaient ce nom comme un murmure d’espoir, se relevaient sur les pontons, leurs yeux pales buvant chaque goutte de lumière d’Elanor, l’Etoile-Soleil qui se levait à l’horizon, dévoilant des pics scintillants des hautes montagnes, Oron Arata… Et le murmure devint chant et le chant fut repris par les milliers de gorges…

L’Elfe ouvrit les paupières douloureuses, poisseuses de sang, sur le ciel. Ce ciel qui se teignait non plus de couleurs d’espoir, comme à l’aube de leur arrivée. Mais de pâleur mortuaire des Calaquendi, ces Elfes tombés sous les coups des Hravan, Hommes Sauvages, aux visages peints de sang de leurs proies, aux traits cachés par des crânes de bêtes sauvages, aux yeux fous et emplis de cruauté, de haine et de peur… Non plus de la douceur emplie de promesses de l’Amar Eden, nom qui pouvait se traduire par « Jardin Originel tant aimé » dans un dialecte local. Mais de carnages ensanglantés, comme si les couleurs pouvaient prendre la teinte de la souffrance et de l’agonie, comme si les râles de douleur étouffés étaient cette brume rouge…

Lorsque les nefs encore couvertes de la poussière d’étoiles s’étaient posées sur les Hauts Plateaux dont les glaciers éternels brillaient de mille ors sous l’éclat de l’Etoile-Soleil, les Elfes ont senti l’hostilité latente de Hravan, mais au début ce n’était qu’une observation. Et puis il y eut la première embuscade. Et puis la seconde. Et puis des nefs incendiées. Et puis tout Elfe était traqué et tué…

« A l’époque, nous ne savions point nous défendre, mais maintenant … », l’Elfe sourit essuyant sa lame couverte de sang ocre au parfum âpre et légèrement sucré. Maintenant les Elfes savaient se défendre : les étoiles ont entendu les complaintes des survivants et la tristesse muette et désespérée de ceux dont les yeux ne verront plus jamais les lumières des aubes ni des crépuscules. Et l’un de ceux qui jadis avaient guidé les nefs vers ce havre de paix renonça à son ancien nom et prit celui de Marcil Telimectar, l’ « Etoile à l’Epée du Ciel ». Et il fut le premier à exécuter cette danse envoûtante et macabre, inondant les champs enneigés de sang des Hravan, et les perce-neige qui éclorent sur son passage étaient écarlates… Et d’autres le suivirent. « Démons », c’est ainsi que les Hravan les nommaient, démons aux yeux obliques et sans pupille, démons aux oreilles pointues, démons ni hommes ni femmes… « Et Marcil dansait, tel un démon sur les nuages effilés des couchants, les brumes de sang des crépuscules, et les flammes pourprines froides dansaient dans ses yeux gris… et je dansais avec lui, sur les rayons obliques du soleil… »

« Démons nous sommes devenus », l’Elfe parcourut lentement l’horizon de ses yeux obliques et légèrement en amande, d’un bleu clair et opalescent, puis se releva lentement parmi les corps entrelacés des Calaquendi et des Hravan, unis dans le baiser fraternel et froid de l’anéantissement mutuel. Pourquoi tant de haine ? Et pourquoi elle déteignait si facilement sur tous ceux qui versaient le sang ? Même lui commençait à ressentir son étreinte destructrice. Pourtant Marcil l’avait prévenu : garde ton âme pure, ton cœur innocent, ton geste précis. Ne succombe pas à la fièvre du sang, à la tentation de boire cette rosée funeste… L’Elfe passa la langue sur ses lèvres : cette nuit-là, il avait transgressé cet interdit et s’était gorgé du meurtre, délecté des râles de souffrance, baigné dans les volutes de l’agonie…

Marcil désapprouverait. Pourtant, malgré le risque d’attirer la tristesse et la colère des siens, c’était une voie d’échappatoire possible à la toute puissante Discorde et son parfum de haine. Pour connaître les hommes, les comprendre, il fallait devenir l’un d’eux, l’un de ces Hravan : respirer comme eux la brume sanglante, se vêtir comme eux de peaux de bêtes crasseuses, manger comme eux les cadavres de leurs semblables et de leurs dieux bestiaux, haïr comme eux, tuer comme eux …

Et les Hravan étaient devenus forts. Leurs dieux bestiaux, gorgés du sang et de la chair des sacrifices, leurs prêtaient leur vitalité, leur force, leur soif de meurtre, en échange toujours du sang et d’autres sacrifices.
Et organisés. Depuis que les milliers de tribus affluaient sous la bannière de l’Homme-Cerf, la sauvagerie avait trouvé son incarnation, donc pouvait être muselée pour se renforcer et être relâchée au pinacle de sa fureur.
Et retors. Leurs plus grands Sorciers s’étaient réunis dans une Caverne profonde dans les entrailles du mondes, et avec les os, la chair et le sang des morts et des sacrifiés vivants, avec la glaise et les pierres et les métaux des veines de la terre, et d’autres choses encore, ont crée un peuple au corps petit, trapu et contrefait. « Un peuple des entrailles de leur terre, asservi pour la défendre, contre nous, les envahisseurs, les Etrangers, les Démons… », l’Elfe descendait le sentier rocailleux vers la vallées ombrageuse que les rayons obliques du soleil n’avaient pas encore atteint.

« Pourtant nous ne pouvions plus repartir ! La Pierre-Etoile, de lumière et ténèbres entrelacées et mêlées, celle-là même qui nous devait nous guider vers notre Monde Nouveau, était perdu, abîmée avec l’Arche royale dans les Ténèbres profondes… Nos nefs étaient détruites pour la plupart et celles qui restaient, étaient tellement abîmées qu’il aurait été suicidaire de les faire voler ; elles servaient de refuge à nos survivants. Et nous-mêmes ! Des milliers que nous étions, il n’en restait que quelques centaines de survivants réfugiés dans les hauteurs inaccessibles d’ Oron Arata, et les Démons Dansants, comme nous nous surnommions parfois nous-mêmes, menés par Marcil Telimectar, protégions les accès à nos refuges. Ce Monde promis et tant espéré, ce jardin d’Amar Eden, était devenu notre prison, et devenait, peu à peu, notre tombeau… », ces propos échangés avec Elda Elentari, la Haute Elfe dont le nom signifiait « Reine des Etoiles » résonnaient encore dans sa tête. C’est ce qui l’avait décidé à partir et se faire homme parmi les hommes…

Il les avait observé, les avait haï et tué, tout comme les Hravan avaient observé, haï et tué les Calaquendi. Mais il espérait garder son âme pure… Il espérait en une nouvelle aube… Il avait observé les bêtes des forets, dont les effigies ornaient les étendards des Hravan, dont les peaux couvraient leurs épaules et dont les crânes surmontaient les heaumes de leurs armures. Et ces bêtes étaient pures, leurs cœurs ne goûtaient que l’instant présent, leurs yeux brillaient comme des gemmes dans la nuit des forets profondes, comme les étoiles… Et lorsque l’Elfe a partagé ses chants avec ces esprits du vivant, comme il avait l’habitude de la faire avec les étoiles du ciel, ces esprits lui ont parlé de certains hommes-aux-visages-bestiaux et bêtes-aux-visages-humains et aux cœurs purs, comme les ténèbres de la Nuit Originelle et comme l’éclat de l’Etoile-Soleil…

L’Elfe s’arrêta quelques instants à la frontière si instable, la lisière qui ne cessait de reculer, déposa ses effets un à un, sa cape, sa robe, puis coupa ses longs cheveux blancs comme la neige et déposa sa lame par-dessus, « Marcil, ninya Meldir, ninya Meleth , garde mon âme pure, mon cœur innocent, et que ton geste soit précis… »

L’Elfe s’enfonça dans la Forêt profonde et la Brume Sanglante le recouvrit…






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MessageSujet: Re: "DES ROSES ET DES RONCES" , EXTRAITS / ecrits gnostiques   Ven 12 Fév - 1:54

La Nuit de la Danse des Etoiles


Te souviens-tu de cette aube, que les nôtres appelèrent plus tard l’Aube de la Rencontre ? La Forêt s’ouvrit et la première procession des Hravan s’avança, brandissant non plus leurs haches lourdes, leurs lames barbelées, leurs chaînes rouillées, mais des oripeaux d’où les emblèmes bestiaux souriaient une promesse de paix. Cette paix tant attendue !

Et des tentes furent dressées en terre de lisière entre les sommets enneigés où nous, les Calaquendi, étaient repliés et les forets profondes et sombre des Hravan.
Et les pourparlers durèrent jusqu’au crépuscule. Et à la première étoile, Elda Elentari et l’Humain arborant les milles symboles des mille Tribus, et d’autres représentants du Monde sortirent. Et derrière eux se tenaient, main dans la main, celle qui fut nommée cette nuit Elerrina, car elle fut « Couronnée avec les étoiles » et le jeune Prince, aux cotés duquel marchait l’esprit incarné des mille Tribus, des Hommes innombrables, des Dieux endormis et des Contes oubliés, qui fut nommé alors la Chimère. Et c’est par cette union première que fut scellée la paix.

Te souviens-tu de cette nuit, où tu m’as donnée mon nouveau nom, Elemmirë, l’Etoile messagère ? Celle qui parcoure sans cesse le ciel, celle qui est la première à partir à l’aube. Celle qui danse dans ce ciel, devenu notre, autour d’Elanor…

Et nous avons dansé sur la plaine de la Lisière, illuminée par les arabesques de flammes des célébrations crépitant au chant des Etoiles…Et nos Etoiles, Telimectar et Elemmirë, ont dansé dans le ciel, ondulant l’une autour de l’autre, sur les vagues de Tingilia Celusindi, la Rivière d’Etoiles, et leurs éclats entrecroisés, entremêlés, enlacés, tombaient en gouttelettes de rosée scintillante sur nos visages, dans nos mains…Et lorsque nous quittions ces flots étincelants, les feux de joie avaient refroidis, leurs cendres avaient volé au vent et leurs traces recouvertes par les herbes hautes et les fleurs sauvages. Car ce qui pour nous ne durait que le temps d’une danse, en ce Monde était rythmé par de nombreux cycles d’Elanor et Elithil, Etoile-Soleil et Etoile-Lune.

Nous avons alors marché sur les routes de ce Monde, mais aucun des visages ne nous semblait familier et parmi les Hravan peu se souvenaient de nous et l’Aube de la Rencontre n’était plus qu’une légende chantée lors des veillées au coin du feu.

Alors nous avons remonté les sentiers vers les sommets des glaciers éternels. Et aux pieds d’Oron Arata nous rencontrâmes ceux qui t’avaient suivi et avaient laissé danser leurs lames au coté de la tienne jadis et leurs descendants. Et à force d’abreuver de sang la terre, leurs âmes se sont rapprochées de la terre et leurs cœurs n’aspiraient plus à s’enivrer de la lumière éthérée des étoiles. Mais ni eux, ni les Calaquendi, dans les palais somptueux d’Oron Arata ne se souvenaient de nous, ni des Etoiles que nous étions. Et les Chants que nous adressions à nos Etoiles ne résonnaient plus parmi les pics enneigés et ne s’envolaient plus vers Tingilia Celusindi, la Rivière d’Etoiles. Car les Calaquendi les avaient oublié. Car les Voleurs de Rêves étaient venus arracher ces chants de leurs âmes et de leurs cœurs…

Te souviens-tu de ce crépuscule, où nous étions retournés à l’ancienne Lisière, dans la Clairière de l’Aube de la Rencontre, elle aussi, oublié de tout et de tous ? Mais nul chant ne s’envola de nos lèvres, car nos cœurs étaient las et attristés par l’oubli qui avait étendu son voile… Et nous restions silencieux, tout comme les étoiles l’étaient devenues pour les habitants d’Amar Eden…



Te souviens-tu de cette Déesse, aux traits effilés, venue te chercher ? Tu as plongé ton regard dans ses yeux d’un gris froid, terne, et tu lui as offert ta lame. Et alors elle accepta l’offrande et but l’éclat de ta lame, et celle-ci devint aussi froide et implacable et pure comme ses yeux…

Et elle t’a ordonné de la suivre, alors que les derniers rayons d’Elanor, l’Etoile-Soleil, s’étaient éteints. Et nous lui avions demandé de retarder ton départ à l’aube. Et elle accepta, car plus jamais nous ne devions nous revoir, tout comme le Crépuscule et l’Aube ne peuvent se rencontrer…

Sauf à la Fin des Temps… C’est ce que dit en souriant à la Déesse un jeune Dieu qui l’a rejoint peu avant l’aube. Notre dernière Aube…

Il était venu pour moi, disait-il, et ses yeux verts comme des émeraudes souriaient de malice. Mais non pas pour m’amener avec lui, car il ne souhaitait nul serviteur, nul disciple qui ne soit de son sang. Mais pour m’apprendre à danser sur les routes entrelacées de ce Monde Nouveau, sur les rayons obliques de ses aubes, sur l’arc infini de l’horizon, caressant, comme le corps d’un amant, les courbes d’Amar Eden, ce Monde Nouveau, toujours en changement…Pour que je redécouvre ses nouveaux visages, pour que je re-apprenne à l’aimer, tout comme lui disait aimer les Hommes. Pour que j’y trouve la splendeur d’une Etoile qui arpente ses routes et qui s’ignore elle-même, et qui a le visage de la Beauté Absolue…

Te souviens-tu du moment, où Elanor, l’Etoile-Soleil, allait apparaître sur l’horizon légèrement doré et où Elithil, l’Etoile-Lune ne s’était pas encore enfuie, ce moment où nous nous sommes quittés ? Tes pas te menaient vers le ciel sombre où scintillaient encore les dernières étoiles, tandis que je me tournais vers le sourire d’Elanor empli de nouvelles promesses…

Te souviens-tu ?...




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