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 Amsar "Samsara" Souadou

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 22 Juin - 21:55




Amsar "Samsara" SOUADOU



MARABOUT SAMSARA

Marabout Shaman aux dons héréditaires transmis de Meres en Filles.

Professeur Marabout Samsara est reconnu par la communauté Nazaddi en tant que marabout aux puissants pouvoirs chamaniques, dont les capacités de desenvoutement et de guérison sont réputées.

Marabout Samsara est un spécialiste des plantes médicinales et notamment des racines qui accroissent la puissance sexuelle...
Disposant de puissants pouvoirs occultes pour imposer la fidélité entre époux, il intervient pour les mariages, les problèmes familiaux et la désaffection amoureuse. Et aussi :
- Cérémonies du désenvoûtement et protection contre les ennemis
- Interventions occultes contre la nuisance des forces obscures et pour
- Attraction de clientèle - chance - amour - emploi

DES RESULTATS FIABLES, RAPIDES ET GARANTIS !

Le Prof. Samsara reçoit tous les jours de 21.00h à 08.00h

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 22 Juin - 22:17

mes souvenirs d'enfant, c'est .......flou.
je crois avoir eu des parents, une fraterie, des onles et tantes et cousins et ailleuls ... mais je n'arrive plus à me souvenir de leurs visages. ce sont des ombres, des ombres dansantesn, des ombres spectrales....
avoir eu des joies et des peines d'enfant, comme tout le monde, mais là aussi, c'est des ombres floues ...

et puis je ne me rappelle plus. je me suis reveillés, avec une satanée migraine, nauseause, sous les couvertures sentant la canelle et la fumée, sur le vieus canapé de Mama Yshtar.
oui, la fameuse Marabout Mama Yshtar, connue dans toute la Arkham pour sa sorcellerie, son age canonique (elle etait tellement fripée qu'on aurait pu tres bien lui donner 80 ou 180 ans) et son mauvais caractere.
c'est elle qui s'est occupée de moi pendant toutes ces années.

bref, je m'etais reveillée, jeune fille et non plus enfant (j'avais douze ans, je le sais, c'est une certitude), avec une balafre à peine cicatrisée et cette pierre noire polie comme un miroir à la place d'un oeuil.

j'avais la "gueule de l'emploi", comme on dit : comme j'avais des talents certains ( Mama Yshtar me surnommait parfois "aimant à magie"), je suis devenue apprentie shaman marabout. et puis un jour, Mama Yshtar est partie en voyage au dela du dome-bouclier, au dela des constellations proches, et je voyais son corps fripé rester inerte pendant des jours et des jours, et puis devenir peu à peu intangible, flou ... et puis un matin il s'est dissout dans la lumiere du soleil levant.
c'etait il y a un an.

ça fait un an, donc, que j'ai repris l'affaire et suis Marabout confirmée. Samasara, c'est comme ça qu'on m'appelle dans le quartier. et je vis toujours dans le taudis de Mama Yshtar, en plein ghetto Nazaddi. bon, j'ai pas encore tant d'experience que ça, et les affaires sont dures. c'est la crise, comme on dit..... mais j'ai confiance !

et puis , quand j'ai trop le bourdon, je danse. je crois que j'ai toujours dansé, depuis que je suis née.... quand je me promene, je danse dans les ruelles sales et sombres du ghetto Nazaddi.
quand je travaille, je danse, rythmant les rituels.
quand j'ai besoin d'arrondir les fins de mois, je danse, dans des bars de nuit clandestins, vetue d'un masque (pour cacher ma balafre evidemment) et des habits "couleur locale".
quand j'ai juste envie d'etre moi, je danse ....

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 6 Juil - 19:37

post suivant. erreur.


Dernière édition par Jezabel Charlotte le Ven 6 Juil - 19:38, édité 1 fois
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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 6 Juil - 19:37

La lumière des torches, vacillante dans l’air humide, peignait les corps longilignes des danseurs de lueurs fantasques d’aurores boréales de mondes lointains et inconnus …

Lointains … voila ce que nous sommes ! Lointains à cette Terre qui nous accueille et pourtant nous repousse, dans un cruel « je t’aime – moi non plus »… lointains à ce peuple attirant et répugnant à la fois… lointains à ces odeurs acres de pollution acide qui empreignent désormais nos vêtements jusqu’aux pores de notre peau …

lointains … car jamais ils ne nous considèrent comme leurs « proches »… « Aime ton prochain comme tu t’aime », dit l’un de leurs textes les plus sacrés, mais nous ne sommes pas ce « prochain ». Alors ils n’ont pas à nous aimer !

la jeune danseuse au corps peint de glyphes balançait son corps dans un déhanchement hypnotique au rythme des tambours et des flutes des musiciens assis autour des danseurs. Un masque d’ébène cachait ses traits. Elle était juste un danseur parmi d’autres, juste une flammerole anonyme ondulant dans un brasier…

Nous vivons ici, cloitrés, parqué, craints, hais …

Et pour cela, nous les craignons … les haïssons même … comme eux se haïssent entre eux … tant de haine ! Et pour quel résultat ?!

La nuit dernière, on est venu me chercher. On a besoin de toi, m’a-t-on dit. Ils m’ont mené, les yeux bandés, à travers un dédale de sous terrains. Elle était là, ruisselante de sueur, gémissant de douleur …

"Elle avait voulu accueillir un symbiote, mais on ne sait ce qu’ils lui ont donné… "chuchota l’homme qui m’avait mené. Qui, « ils » ? il n’a pas pu ou voulu répondre.

J’avais pris sa main, et elle était glacée comme un marbre sans vie. Ses yeux révulsés pulsaient en un rythme étrange, tout comme cette boule au niveau du plexus solaire, qui, lorsque je la touchai, se rétracta puis s’élança, cognant contre les cotes. J’entendis un gémissement et un craquement caractéristique d’un os.

« Elle est possédée », m’entendis-je prononcer le verdict. « Tous, sortez ! Vous, restez là. Vous seul avez la force de raviver le peu de vie en elle. Restez, si vous en avez le courage. »

Qui était-elle pour lui, je ne sais. Mais il resta. Mais pas pour redonner vie au corps …


La danseuse rejeta sa tête en arrière et ouvrit l’œil sur un ciel de nuit.


Un ciel faux, avec de fausse étoiles sur le dôme. Tout comme son corps à elle était faux, une enveloppe vide qui abritait cette … chose.

Quand je suis rentrée dans son esprit, il ne restait plus rien d’elle. Rien que la mort, et les résidus de souffrance que son âme a du mener contre cette chose… avant qu’elle ne la dévore …

Je ne m’y connais pas en symbiotes, mais cette choses ne me semblait point en un être un. Je me retirais de cette enveloppe vide avant que cette chose ne s’attaque à moi.

« Elle n’est plus », dis-je me tournant vers l’homme d’une voix qui ne me ressemblait pourtant pas, même si elle sortait de ma bouche. « Lorsque je vous dirais, ôtez la non vie à ce corps et réduisez le en cendres ».

La danseuse laissa son corps choir dans les bras tendus vers elle et roula, de mains en mains, en cercle, comme une toupie balancée au vent, ponctuant le rythme par des battements de ses pieds nus. Les souvenirs de l’exorcisme lui revenaient par flash, par bouffées d’odeurs, de sons, de vertiges… elle avait fermé les yeux, mais ne pouvait fermer sa conscience ni son âme. « ferme au moins les yeux, Amsar », lui disait Mama Yshtar, « car l’esprit n’est pas re-formattable : une fois que tu as vu, une fois que tu sais, plus jamais tu ne pourras l’effacer de ton âme … »

Pourtant j’avais fermé les yeux … et quand je les avais ouvert, cette chose n’était plus ; à travers le poitrail déchiré de la femme, encadrés par des éclats d’os brisés, comme par des constellations étranges dans un sang noir et coagulé, des racines de pierre sombre sans reflet aucun s’entremêlaient aux organes desséchés et jadis vivants. Le cœur sombre avait fait éclater le cœur de chaire… je remontai une couverture, comme si un tissus pouvait rendre sa beauté et sa dignité à un corps mutilé. Elle ne bougeait plus. Ne gémissait plus. Elle me regardait, par delà le temps et la mort. C’est le ciel même qui me regardait, par la pureté d’un bleu étincelant. L’homme s’approcha et lui ferma doucement les yeux.

La danseuse se laissa choir sur les genoux et rejeta lentement le torse en arrière, accompagnant les tambours de battement de mains contre le sol couvert de sable. Les autres danseurs se succédaient autour d’elle, se penchant sans la frôler, comme des vents sidéraux autour d’une étoile lointaine … L’espace d’un instant, elle cru voir un regard bleu étincelant derrière un masque, une mèche dorée, échappée comme un rayon du soleil d’une éclipse… mais l’instant d’après, la vision n’était plus.

Les tambours se sont tus.

Les danseurs gisaient sur le sol, leurs corps formant d’étranges arabesques. Tous fixaient de leurs yeux le ciel. Ce ciel faux. Ce dôme, ce voile de protection et de mensonges… et pourtant, ce qu’ils voyaient, c’étaient des vraies étoiles…

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 6 Juil - 21:59

Je relis encore les lettres de Jeremiah A.

Je refuse de croire qu’il soit fou. Un fou ne peut ecrire de telles lettres. Un fou ne peut s’exprimer avec autant de lucidité… non pas fou, mais extra-lucude ! voilà ce qu’il me parait.

C’est etrange, mais je sens une certaine proximité, ou plutôt, un lien certain avec Jeremiah. Presqu’une affection… lui aussi a le don de voir les choses cachées. J’espere qu’il voit les vraies etoiles, depuis la chambre de sa cellule…

Il parle de pactes ! « mefie toi ! », disait Mama Yshtar, « mefie toi de ceux dont ton cœur se mefie, de ceux que ton ame fuit, de ceux que ton esprit repugne ». parfois, il est des choses à ne point evoquer, car le simple fait de les nommer les appelle. Mais rester aveugle ne protege pas : ne pas voir la riviere en crue ne protege pas de la noyade …

Quel est ce temple de YS ? et qui est le Maitre des Dimensions ?

Il me vient parfois des idées, et j’ai l’impression de les avoir lu dans un ouvrage, mais je ne sais pas lequel, ni quand, et seules des bribes de phrases et d’idées dansent devant mes yeux … il existerait plusieurs dimensions, mais une Unique Dimension.

Un etre existe dans sa dimension : il vit dans son present, possede son corps, respire l’air, a une histoire, des souvenirs, des espoirs… mais ce meme etre existe aussi auilleurs.

Que se passe-t-il lorsque nous dormons ? le sommeil est la petite mort, dit-on. Et chez nous, les Nazaddi, on dit que le sommeil est le petit voyage : le corps physique dort, mais notre ame, elle, ne connait nulle limite, et le dome n’est point un obstacle… et l’ame franchit le dome et voyage dans l’espace qui nous a vu naitre, dans autour des etoiles qui sont nos aileuls et nos descendants. Elle ne connait nulle prison et arpente les mille dimensions.

Le seul regret est que nous ne nous rappellons pas toujours de ces voyages … mais peut etre est-ce mieux ! notre finitude physique n’est pas prete et n’est pas conçue pour le merveilleux d’une telle odyssée.

Est-ce de cela que parlait Jeremiah ? pourtant il est humain ….. qui ne se considere plus comme tel.

Et moi, une Nazaddi, suis-je humaine ?

il faut absolument que je puisse le rencontrer, ce Jeremiah ....



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 17 Juil - 17:57

- « 40 dollars et pas un cent de plus ! », cracha avec un nuage de fumée de son cigare l’humain.
- « 70 ! » ma voix naturellement grave était roque, assourdie par un masque improvisé à la va-vite par Thalia Zornes, la serveuse chez NOSTROMO, le femme de Tom le taxi de nuit.
- « 50… » L’humain me jaugea de la tête aux pieds. Debout devant son large bureau, ma silhouette longiligne d’un mètre quatre vingt, drapée dans une robe charleston à franges lestées, se découpait dans la pénombre comme une idole de liane noire.
- « enlève ce masque . »
- « non … j’ai … jeux veux pas que ma famille sache… » je bafouillai la première explication venue. L’homme soupira. Il a dû entendre entre les mots de cette explication la plus commune des filles mineures voulant s’arrondir les fins de mois.
- « 50 dollars… », répéta-t-il, « si tu es douée. Si tu es douée, tu restes. Sinon tu retourneras dans ton taudis et que je te revois plus. J’aime pas les fainéantes. Et la première soirée, c’est le test. Donc rien ! Tu peux emporter les pourboires, si tu en as… tu montes sur scène dans 5 minutes.». L’humain mordit son cigare. L’entretien était fini.

Je sortis à reculons. Le sang battait à mes tempes. Thalia a dû avoir écouté à la porte, car elle m’a conduit sans rien dire dans une loge et me gratifiant d’un long boa de plumes sentant le talc parfumé, la fumée, et ce parfum de trac que je ne connaissais pas encore. Je me retrouvai sur scène, dans la rangée du fond de la douzaine de danseuses nazaddi. Et puis le rideau s’est levé. Et le jazz band s’est mis à jouer.

Je calquais sans mal les pas des danseuses de mon rang. J’avais besoin de cet argent. Il me fallais très exactement 500 dollars par mois. Pour ma chambre sur le campus.

J’avais pensé aux tripots clandestins, aux danseuses aux barres… bien sur, ça payait plus ! Mais je ne voulais pas côtoyer ce monde. Car la danse n’en était qu’un des aspects, et même la couverture. Et je ne voulais pas des autres aspects : l’illégalité, les drogues, le vin des étoiles, les Gambino… et les clients ! Combien de fois j’avais entendu des récits d’agression, de tentatives de viol, plus ou moins réussies … ça, je n’en voulais pas.
C’est pour ça que j’ai frappé à la porte du NOSTROMO, un bar select du quartier festif de Salem. Un lieu de fête, où les humains et nazaddi se retrouvaient. Et où un café en salle coutait 5$60… Et où chantait certains soirs Esther « Moonchild » Honey. Que ça voix était magique…

La nuit était bien avancée. Le jazz-band avait épuisé le répertoire officiel de la soirée et jouait à la demande des clients, dont les silhouettes fantomatiques évoluaient sur la pise de danse enfumée, marchaient dans la salle rejetée dans la pénombre… les danseuses ont quitté la scène et évoluaient parmi les autres clients, autour du bar. Ou se mêlaient aux couples gigotant sur la piste sur le rythme endiablé du Lindy Hop ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Lindy_Hop ).

Mon travail s’était presque fini… Alors je confiai au barman les chaussures à talon qui ont eu le temps de me faire une belle ampoule et rejoignis la piste de danse pieds nus. J’adoptai la posture de « danse des voleurs » et en quelques minutes ce jeu du vol-reconquête de partenaire a gagné la piste. Et puis un nouveau danseur est entré. Je distinguai mal ses traits, car la fumée me piquait l’œil et le tissu du masque improvisé était imbibé de sueur. Je regrettais de n’avoir pas pensé à mon propre masque ! Cet humain, je le sentais à son parfum, Fahreneit1881, son costume au tissus fin et soyeux, m’a subtilisée alors que j’étais lancée en l’air par mon partenaire, me rattrapant par le bras dans un mouvement fluide qui m’a fait pivoter deux tours dans l’air, avant que je ne glisse mes pieds nus sur le sol m’enroulant autour de lui pour garder l’équilibre. Je crois que j’ai vu ce genre de pas dans la danse classique de Nijinski…

La caisse claire a sonne un break d’un instant à peine, et quand la musique reprit, nous dansions seuls dans la Jam formée par les autres danseurs. Alors je m’abandonnais à la musique. Qu’ils me gardent ou pas, qu’importe ! Je dansais maintenant pour mon seul plaisir.

***

Le bar NOSTROMO fermait. Les derniers clients étaient partis dans la lumière pale du jour naissant. Les serveuses fatiguées essayaient les tables et montaient les chaises. Une danseuse se massait les pieds avec un mélange d’alcool et d’herbes artisanal. Elle avait retrouvé sa tenue sobre de tous les jours. La robe charleston était soigneusement pendue à un cintre.

Le cliquetis de la caisse cessa.

Des pas s’arrêtèrent devant elle. Des chaussures de cuir souple, de bonne facture. Pantalon à pinces noir. Une odeur forte de cigare.
La danseuse releva légèrement la tête. Les mèches blanches de ses cheveux détrempés lui collaient au visage.
-« ce soir, tu commence à 23 heures… », l’homme avait la voix enrouée, « quel est ton nom ? »
- « Al Na’ir …», dit la danseuse nazaddi à voix basse légèrement cassée. Ce nom d’étoile de la constellation de la Grue voulait dire « lumière » ou « brillante ». Mais elle garda pour elle ce commentaire. Les nazaddi portaient souvent les noms des étoiles.
-« Al Na’ir … », répéta l’humain, « procure-toi un masque décent. Tu as une tête à faire fuir les clients. Et maintenant, file ! ». Il fit tomber une enveloppe sur le sol et tourna les talons.
La nazaddi écouta son pas lourd et las s’éloigner. Puis ramassa l’enveloppe. Il y avait 50 dollars.




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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 17 Juil - 18:27

CHARLESTONE

http://www.youtube.com/watch?v=v3CvvkE3vqQ&feature=fvwrel


http://www.youtube.com/watch?v=TRveIIe4uAs&feature=related



*

LINDY HOP

http://www.youtube.com/watch?v=SwksiBWv5S4&feature=related


http://www.youtube.com/watch?v=LAAAV7BB1HU

http://www.youtube.com/watch?v=2kzFYQWhXxo&feature=related




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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 17 Juil - 19:35

Vaslav Nijinski

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vaslav_Nijinski



********************************************

Break dance

http://fr.wikipedia.org/wiki/Break_dance

http://www.youtube.com/watch?v=Ey8Ui63VgHs&feature=related

******************

danses traditionnelles africaines

http://www.youtube.com/watch?v=8ryExQ36XUY



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 17 Juil - 22:27

CHARLESTONE :

http://www.youtube.com/watch?v=yAeLCqoYuK4&feature=related


LINDY HOP :

absolument extra !!! http://www.youtube.com/watch?v=ahoJReiCaPk&feature=related


http://www.youtube.com/watch?v=NfvNkCRrx7Y&NR=1&feature=endscreen



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 20 Juil - 19:54

Le grondement sourd du tambour se répercuta par vaques saccadées sur les murs du grand hall d’un immeuble en ruines. Peu importe ce qui s’y trouvait avant, une banque ou une salle d’exposition peut être, la hauteur sous plafond, qui gardait des restes de mosaïque comme une relique de Pompéi, faisait un effet acoustique de premier choix !

L’humain prit une profonde inspiration et abattit ses mains à nouveau sur la peau tendue du tambour.

Au même instant, symétriquement, deux danseurs masqués s’élancèrent l’un vers l’autre, brandissant deux armes comme des sceptres de pouvoir suprême.

L’un était un humain, vêtu de pantalon fluide et d’un plastron de guerrier de l’antiquité.

Le second était un monstre hideux, vaguement humanoïde, au masque effrayant monté d’un crane d’une bête cornue.

Leurs armes de théâtre s’entrechoquèrent et commença la chasse, la traque, l’affrontement, alors que le joueur de tambour debout faisait peser la force de tout son corps dans le rythme saccadé et changeant, en improvisations étranges du « Sacre de Printemps ».

Les quelques rares spectateurs, juchés sur des colonnades écroulée, ou assis à même le sol, sentaient leurs tripes, leurs corps, vibrer, au rythme du tambour. Au rythme des pas des danseurs, lourds, ponctuant la danse-bataille, glissants, soulevant la poussière, aériens, comme l’envol de deux oiseaux étranges dans ce ciel confiné…

Le rythme du tambour s’accelera. Le musicien ne faisait plus attention aux meches de ses cheveux collés par la sueur sur le front, aux rougeurs sur les paumes de ses mains, à la tension dans les bras. Tout comme les spectateurs, il avait les yeux rivés sur les deux danseurs, accompagnant plus qu’orientant leurs mouvements.

La distance entre les danseurs s’amenuisait, et leurs corps se frôlaient, s’enroulaient l’un autour de l’autre dans une étreinte qui se voulait mortelle…

Et d’un couple masque hideux de Shuralé cornu tomba, relevant un autre masque, sombre de nuit parsemée d’étoiles. Et les loques difformes dévoilèrent un corps sculptural de femme vêtue d’une tunique courte de gaze par-dessus le body noir moulant de danseuse.

Et l’armure du guerrier antique tomba, et il serra contre son torse musclé la femme étrange, qui enroula ses jambes autour de lui, formant ainsi des deux corps entrelacés un cocon qui se figea sur le sol.

Le roucoulement du tambour se fit sourd, chuchotant.

Et puis se tut.

Lentement, les corps des deux danseurs se déroulèrent dans un silence complet. Et entre leurs bras entrelacés brillait une frêle chandelle, qu’ils levèrent au dessus de leurs têtes.

*****

Quelques jours avant

- « Vadim, est-ce que je peux essayer ton gommage ? »

Une jeune nazaddi balafrée porta un pot de crème à son nez et inspira avec délectation son parfum frai et suave.

Vadim Nijinsky, jeune homme grand, élancé, au corps sculpté comme une œuvre de Praxitele par la danse, aux traits réguliers et virils d’un dieu grec, était promu à une carrière exceptionnelle au ballet d’Arkham. Seulement, un fouille merde de journaliste et le directeur du ballet ont brisé ce rêve : l’un par son indiscrétion, l’autre par son aversion envers les « invertis ». Vadim s’est vu fermer toutes les portes une par une dans les troupes de renom. Il dansait maintenant au NOSTROMO, lui, pour qui la danse n’était pas un métier, ni même une passion, mais sa vie même…

- « Bien sur, beauté ! »

- « ne m’appelle pas comme ça ! C’est faux, j’ai une tête à faire peur, avec cette cicatrice. Et je ne te parle pas de cet œil de jucy-holic … »

La jeune fille lui donna affectueusement un léger coup de pied au mollet.

- « Aï ! Tu sais bien, j’appelle toutes les filles comme ça… Et puis tu m’as dit qu’il ne te trouvait pas hideuse ! » Le dieu grec lui fit un clin d’œil et commença à se tartiner avec une rondelle de concombre fraiche. « Rien ne vaut les recettes ancestrales ! »

- « Alors, tu penses quoi de mon idée de chorée de bataille entre les humains et les nazaddis ? Tu pourrais trouvez des costumes ? »

- « je pense … », Vadim fit une tête aigre d’un comptable flouté, « …qu’on va répéter ce soir ! »
Il se leva et attrapa au vol la nazaddi qui se jetait à son cou et la brandit comme une Gisèle à bout de bras.
- « j’ai déjà pensé à une musique : un ami qui est un as des percus va venir. Il est fan de Stravinsky. Et les costumes sont là, dans le sac. J’ai retrouvé un vieux costume de Shuralé de mes années d’école. Et comme tu es maigre comme un clou, ça devrait t’aller ! »



***********************************
Shurale :
http://www.mariinsky.ru/en/playbill/playbill/2012/3/11/1_1130/
http://en.wikipedia.org/wiki/%C5%9E%C3%BCr%C3%A4le
Şüräle
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Şüräle (pronounced [ʃyræˈle]; Cyrillic: Шүрәле, also spelled Shurale in English via Russian Шурале), is a male monster (a forest demon) in Bashkir and Tatar mythology. According to legends, Şüräle lives in forests. He has long fingers, a horn on its forehead, and a woolly body. He lures victims to a thicket and tickles them to death.

Şüräle closely resembles other similar characters from the folklore such as Arçuri of the Chuvashes, Pitsen (Picen) of the Siberian Tatars and Yarımtıq of the Ural Tatars.

Inspired by the Tatar folklore, Ghabdulla Tuqay wrote a poem Şüräle.[1] Şüräle was Tuqay's pseudonym.[citation needed]

The first[citation needed] Tatar ballet by Farit Yarullin had its name after Şüräle.

************************



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 24 Juil - 17:35

quelques reflexions sur le "transfert de conscience" et la Symbiose


J’ai finalement accepté la proposition de Stephen Shepherd.

Etait-ce parce que je n’avais pas dormi plus de trois jours d’affilé et que tout mon sens des réalités et des convenances était assoupi ? Ou parce que mon sens logique a parlé, car ça me faisait une sacrée économie de temps de trajets ? Ou tout simplement parce que … je n’en sais rien !

Quoi qu’il en soit, je pris les clefs quand il me déposa aux pieds d’un immeuble moderne et soigné dans le centre ville d’Arkham, à mi chemin entre NOSTROMO et le Campus. Et en plus il y avait le bus (j’en avais aperçu l’arrêt) !

Un agent de sécurité nazaddi, une logeuse … Escalier en marbre. Ascenseur. Comme je l’ai appris plus tard, s’y trouvaient des appartements de fonction des cadres de Myscatonic. Et quelques garçonnières de jeunes Ashcroft…

Je montai au dernier étage. La porte s’ouvrit silencieusement… Je laissai mes escarpins boueux à l’entrée et avançai, pieds nus sur un tapis épais et soyeux d’un blanc crème sur des dalles d’ardoise du salon, vers la baie vitrée sol-plafond sur les deux étages du duplex. Face à moi le Cyclopean. Au loin, les buttes où je distinguai le manoir des Ashcroft. A mes pieds, le centre ville, animé et grouillant à toute heure du jour et de la nuit.

Et autour de moi, le silence …
Je ne me rappelai pas avoir connu un tel silence. Dans le ghetto, il y a toujours des sons, des bruits, des discussions sur le pallier, des jeux dans les cours, de la musique … Ici, c’était le silence.

Je frissonnai dans ce silence, qui etouffait juqu’à mes pas et mes propres mouvements, et fis le tour de l’appartement.

Salon, cuisine ouverte… Meubles ultramodernes, sobres, minimalistes et intégrés au point de se rentre invisibles et se dissoudre dans ce silence. Je trouvai aussi un équipement audio, un holo-écran, le tout du dernier cri ; et une connexion au Réseau commun et au réseau privatif de Mysca.
Des enregistrements de films, encore sous plastique : des grands classiques, l’intégrale de Kurosawa. Il est fasciné donc par le Japon historique. Des rares œuvres d’art qui décoraient les lieux étaient des antiquités japonaises : sculptures, masques kabuki, estampe... Et des ouvrages de Buchido.

Chose intéressante, et un peu effrayante, je trouvai aussi l’intégrale des catalogues de Chrysalis, depuis la fondation de cette corporation.
Il m’avait mentionné son passé lié à cette corpo, brièvement. Seulement ce qui nous étreint à en étouffer est-ce seulement du passé, ou bien un présent par sa définition même ?

Il m’avait parlé de bribes de souvenirs liés à l’arcologie de Chrysalis, des jardins, des bêtes sauvages qui s’y promenaient en liberté… De son avenir tout tracé en tant que haut cadre… Des blouses blanches de ceux qui semblaient s’occuper de lui enfant… Et de son « échec » : il n’a pu tuer celui qui fut son ami, mais qui devint une abomination pour avoir relâché sans limites le symbiote qui était en lui. Et de cette dette de vie envers les Ashcroft.

Et de l’oubli…

Je continuai la visite. Je montai un escalier de métal brossé très aerien qui menait à l’étage.

Une salle d’eau. Parquet sombre sur le sol. Une cabine de douche avec un équipement complexe. Une baignoire d’angle, non, un jacuzzi d’angle ! C’est la première fois que j’en voyais un en vrai … Des lumières réglables à commande vocale. Des journaux récents, surtout presse économique.

D’autres portes : un bureau, une grande chambre avec un dressing… Tiens, il n’aime que des costumes clairs, du beige, du gris, du crème, tous taillés sur mesure… Deux chambres d’amis. J’ai posé mes affaires dans la plus petite ; elle était adjacente celle que j’identifiai comme sienne.

Toujours ce silence impersonnel et aseptisé. « Un appartement musée », avait il dit avec un léger sourire. Oui, un appartement fantôme. Etait-ce dû à sa rétribution au Symbiote ? A son travail de chef de sécurité du Cyclopean – ou plutôt de serviteur à vie des Ashcroft ? Vivait-il ailleurs ? Avec une famille, des amis ? Pourtant, il ne m’en a pas parlé…

Si éthéré, si irréel… Chaque fois que je le vois je doute de son existence physique dans le monde qui m’a trappée. Si intangible… Et pourtant, à chaque fois je suis sur le point de basculer dans un abime sans retour de l’appel des Choses qui rodent et m’attirent de par leur écrits impies, je sens ses mains sur mes épaules, qui m’arrachent à leurs griffes et m’ancrent dans le monde réel, son parfum qui a une fragrance si particulière sur sa peau (que j’ai fini par retrouver : Eclipse pour Homme, d’Issey Myaké, japonais, évidemment !) et qui m’apaise comme une décoction marabout…

Pourquoi il fait ça ? Mais parce que c’est son job ! Rien d’autre … Parce qu’il a cette gentillesse naturelle et désintéressée… Parce qu’il est un Esprit Gardien… Un Sorcier de la Chaire… Je divague…


* * *

Je me demande ce qu’un Tagger ressent.

Ce que je sais : on implante un Symbiote dans un corps d’un humain. Puis, il y a une sorte de négociation, de contrôle mutuel, d’accord, entre le Symbiote et l’Humain. L’un fait appel aux pouvoirs de l’autre. L’autre reçoit un prix, une sorte de compensation.
Le Symbiote fait partie intégrante de l’organisme de l’Humain. D’où l’appellation de « symbiose ».

Ça me fait penser à une sorte de possession « charnelle ».
Comme Stephen l’a si joliment dit « les tagger sont des sorciers de la chaire »…

Et définitive !
Un sorcier peut posséder un corps pour un certain temps, quelques minutes à quelques jours, voir des années, mais ce n’est que temporaire, et l’âme tend à retourner dans son corps d’origine, comme tirée par un cordon ombilical. Bien sur, si le corps d’origine est détruit, c’est une autre question. A vrai dire, je ne sais pas ce qui se passe si le corps du Shaman est détruit… Et je ne préfère vraiment pas l’expérimenter…

Je me rappelle, il y a quelques années de cela, lors de mes premières tentatives du rituel de Transfert de Conscience, appelé aussi « possession », je m’étais retrouvée piégée dans le corps d’une Humaine, une jeune blonde d’environ la vingtaine, si je m’en souviens bien.

Pour prendre possession de ce corps, je tendis mon esprit, comme des vrilles, vers le sien. Je le piégeai dans un recoin, l’étouffai, le muselai, l’assommai. Tout cela ne durait qu’une fraction de seconde, ma cible n’avait même pas le temps d’apercevoir de cette attaque insidieuse, n’étant pas elle-même shaman. Puis je déployai mon esprit à l’intérieur de ce nouveau corps. Je m’étirai jusqu’à son moindre recoin, sentant le moindre muscle, testant ses capacités. C’est un peu comme on essaye une robe, avant de passer en caisse. Ce corps m’avait plu. J’étais majeure et humaine de surcroit et pouvais faire ce qu’une fille majeure humaine peut : sortir le soir, boire de l’alcool, toiser un jeune nazaddi et le voir baisser les yeux comme le stipule la loi, entrer dans des lieux « interdits aux animaux et aux nazaddis »…

J’avais passé ainsi deux jours dans la peau d’une autre, avant de m’apercevoir que je ne pouvais plus en sortir. Evidemment, Mama Yshtar avait attendu que je l’appelle à l’aide. Et lorsque je suis venue en tant que jeune humaine dans le ghetto la nuit, j’ai essuyé des quolibets, des moqueries et des menaces…

Est-ce que le Symbiote se sent lui aussi piégé dans le corps humain ? Et s’il se sent asservi ainsi, comme le souhait d’être implanté ne vient pas de lui mais de l’humain, n’est-ce pas inéluctable qu’il cherche à dominer l’esprit humain, comme une sorte de revanche, de vengeance ?

Et une possession « harmonieuse » serait justement ce pacte, cet accord entre deux esprits qui partagent un même corps.

La Symbiose me semble même une « possession » plus évoluée qu’un transfert de conscience « standard » : l’Envouteur musèle l’esprit originel d’un corps, et il ne garde nul souvenir de la période de « possession » dans ce second cas. Alors que la Symbiose permet une cohabitation.

Je crois que le pacte est une condition sine qua non pour une véritable Symbiose (et non pas une « possession » charnelle). Chaque « colocataire » doit exister, vivre en synergie. Sinon, c’est dommageable pour les deux.

Si le symbiote est trop sollicité, alors la part humaine pourrait, je pense, se nécroser, à force d’être refoulée comme dans le cas de possessions standard.
Et si l’humain ne laisse jamais le symbiote s’exprimer, alors c’est le symbiote qui pourrait s’étioler.

Et il y a aussi à considérer le Pacte : je pense que le prix du Pacte est nécessaire au bon développement du Symbiote et à la bonne entente avec son humain. Et si l’humain ne remplit pas sa part du marché, alors le symbiote pourrait, à juste titre, se sentir offensé.
Et là, je vois encore deux issues possibles. La vengeance du symbiote sur l’humain, en l’évinçant du corps (encore de la possession). Ou bien le symbiote pourrait « déprimer », ne plus répondre aux sollicitations de l’humain, voir se laisser dépérir…

Cela ne m’étonnerait pas que le Symbiote considère le corps d’accueil comme sein propre et de ce fait le protège, lorsqu’il trouve les actions de l’Humain dangereuses. Et pourquoi pas, puisque si la mort de l’Humain équivaut à la mort de son Symbiote, alors… Qui aurait envie de disparaitre de la surface de cette Terre à cause des conneries d’un « colocataire » ?

Je me demande comment communique le Symbiote …

Comment communique le Symbiote et l’Humain partageant le même corps…

Et si le Symbiote peut communiquer avec d’autres humains, d’autres Symbiotes, d’autres êtres… En fait, non, la question est « comment le Symbiote communique avec d’autres êtres ? »…

Est-ce que vous me le direz un jour, Sorcier de la Chaire ?
Est-ce qu’un jour je connaitrai votre Pacte ?
Est-ce qu’un jour vous voudrez être libre et danser avec les étoiles ?...


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 24 Juil - 17:48


La porte sans grincer
S’ouvrit sur le silence
Sur une baie vitrée
D’hauteur de cathédrale
Et mes pieds nus par terre
Souillaient le froid des dalles
De ta vaste maison
Privée de ta présence

Echos impersonnels
J’errais de pièce en pièce
Guettant la moindre vie
Dans sa magnificence
J’écoutais résignée
Ce vide avec tendresse
Chant du musée fantôme
Privé de ta présence

(23/07/12)
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 24 Juil - 17:49



Sous le ciel grisé d’Arkham
Sonnent moultes carillons

Si une étoile est une âme
Pourquoi la souiller d’haillons

Des mensonges du grand Dôme
Sous couvert de protection

Chrysalide monochrome
De quelque impie papillon

(24/07/12)
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 24 Juil - 18:51




« Je vais pas tenir ! J’en puis plus … »

C’est ce que je m’étais dite et répétée les deux premières semaines.

J’ai des cours le jour. Quatre jours par semaine. Et aussi des devoirs, des recherches en bibliothèque, des dossiers à rendre…

Je donne des cours. Je forme, ou plutôt, j’essaie de former Paul Wilson. On a un cours en commun, le module « poésie », où il est auditeur libre. Alors on se retrouve après, sur les gradins du terrain où son frère s’entraine avec son équipe, et sous couvert de réviser ensemble, je le forme à la magie… tout comme Mama Yshtar me formait, « à la nazaddi ». Comme nous avons beaucoup de traditions orales, et que parfois j’ai du mal à trouver des équivalents en anglais, ça prend du temps. Et puis Paul est doué dans certains domaines qui ne me sont pas familiers : les rêves collectifs, des visions étranges …

Ça, c’est mes occupations « du jour ». Et il y a aussi les nuits !

Je danse deux à trois nuits par semaine. Trop inexpérimentée et trop inconnue. Alors pas le WE ! Et je me retrouve le dimanche soir, et le lundi soir. Parfois un autre jour dans la semaine, quand on monte un projet avec Vadim (et surtout quand j’ai besoin d’argent). Et il y a aussi des repet’ … quand je dis « soir », c’est de 23 heures à 5 ou 6 heures du matin…

On m’a passé à 75$ le soir. Je sais, c’est une misère, mais c’est mieux que les 50$ de mon début. Et de toute façon j’ai besoin de payer ma chambre sur le campus et les tickets de bus …

Il y a trois ou quatre nuits où je m’occupe comme je peux de mes voisins. Mon travail de « marabout » d’avant.

Et il y a une nuit ou un jour par semaine où je dors, tout simplement.

Ça fait trois semaines que les cours ont commencé. Et je tiens.



L’autre nuit, je suis allée danser au ghetto avec Alicia Shan. C’est ma meilleure amie. Et ma voisine. Et nous sommes rentrées ensemble. Elle m’a fait remarquer que je danse mieux, mais que je manque de souffle. Alors je lui ai dit que je travaillais de nuit dans le NOSTROMO. Et de jour en ville. Elle est certes ma meilleure amie, mais je ne me sentais pas prête de lui dire que j’allais à l’Université de Mysca…

Elle m’inquiète. Elle s’arrondit les fins de mois de sa famille comme Escort girl auprès des humains. Elle est jolie. Sociable. Et elle a quinze ans, ce que ces clients ne savent surement pas… Et l’on est considéré « adulte » chez nous à seize ans. Et selon la loi, à 21…

Ça me fait penser que bientôt sera mon anniversaire… Je ne sais si c’est le vrai. En tout cas c’est celui de mes papiers d’identité.

C’est drôle de compter son âge en années terrestres pour ceux qui ne sont pas nés sur Terre. Et nombre de mes cousins et cousines sont nés dans les étoiles… Nombre d’entre nous ne s’en rappelons pas de ce détail. Et j’en fais partie… Est-ce que ça fait partie des faux souvenirs et de l’effacement de la mémoire que subissent tous ceux qui franchissent le Dôme ?


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 24 Juil - 20:37

« Vadim, je t’en prie, j’ai besoin de ton aide… »

Une jeune nazaddi, fine comme une brindille d’un mètre quatre vingt, fixait ses chaussures de son unique œil et froissait nerveusement une enveloppe dans ses mains. Le danseur sculpté comme un dieu grec lui releva doucement le menton.

« Raconte… Tu as besoin d’argent ? »

« Non, l’argent, je l’ai » dit fièrement la Nazaddi, « est-ce que tu peux faire une course pour moi ? »

« Et pourquoi tu ne la fais pas toute seule ? C’est pas légal ? Tu as peur ? »

« Mais non, c’est tout ce qu’il y a des légal ! Seulement … »

« Seulement quoi, Amsar ? »

« Seulement c’est interdit aux chiens et aux nazaddis. Et c’est la seule boutique à Arkham qui vend ce parfum ! Et encore, ce n’est pas vraiment interdit aux chiens : j’y étais, hier après midi. Le portier est Humain. Et il ne m’a même pas laissé regarder la vitrine, brandissant au nez la pancarte. » Amsar parlait d’une voix sourde, « Et puis une femme est venue, avec son caniche porté par une servante – qui, elle, était Nazaddi, au passage – et il s’est incliné devant et l’a laissé entrer. »

Vadim se leva et serra dans ses bras la jeune nazaddi.

« Je vais y aller, ne t’inquiète pas. C’est moche pour toi. C’est moche tout court ; mais c’est légal. Et pourquoi tu veux absolument aller dans cette boutique… » Vadim recula, haussant les épaules. « C’est quoi son nom, déjà ? Tu peux aller acheter un autre parfum, et ailleurs, surtout. Autant ne pas cautionner ce type d’établissement…»

« Le Royalton. Dans le centre ville, vers les Buttes. », Amsar renifla dédaigneusement, « C’est les seuls qui vendent Eclipse d’Yssey Myake. J’aurais bien commandé par le Réseau, mais j’ai pas de compte bancaire… »

Elle tendit l’enveloppe à Vadim : « Il y a 220$. Je me suis renseignée sur le Réseau, ça devrait suffire pour un petit flacon… J’imagine ils ont les mêmes prix en boutique que sur le Réseau. »

« Je résume : un flacon d’Eclipse pour femme, d’Yssey Myake… »

« Pour homme ! » Amsar lui coupa vivement la parole et rajouta « Eclipse pour homme… ça m’étonne que tu ne connaisses pas ! »

« Mais, ma beauté, je ne suis pas une fille ! » riposta Vadim avec un gros clin d’œil.

* * *

(Deux jours plus tard.)

Fin d’un après midi. Par la trouée dans un ciel gris orageux les rayons obliques d’un soleil mordoré auréolaient Cyclopean d’une mandorle de sainteté.

Dans un bureau à l’étage élevé, une apparition angélique nimbée d’or de ses cheveux fins dans le contre jour, ouvrait méthodiquement le courrier. Factures. Prospectus publicitaires. Un avenant au catalogue de la corporation Chrysalis. Un colis qui ne portait nulle trace du passage à la poste. A l’intérieur, une boite avec un flacon de parfum 30ml. Eclipse d’Yssey Myake.


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 27 Juil - 17:07



« Amsar, tu me cache quelque chose ! Ne dis pas le contraire, je le sais … »

Deux jeunes nazaddi, allongées sur une natte sur le toit d’un immeuble du ghetto, profitaient de l’éclaircie nocturne pour prendre un « bain d’étoiles ». L’une d’elles, belle plante avec des formes naissantes et une chevelure sombre retombant jusqu’aux reins en tresse épaisse, alluma une fine cigarette.
La seconde, plus grande et plus maigre, tourna vers elle ton visage borgne et la fixa attentivement avec son œil cyanosé.

« Qu’est-ce qui te fait dire ça, Alicia ? »

« Ben … plein de choses ! tu ne viens plus me voir… et Mama trouve que tu as mauvaise mine ! tu n’est jamais là… tu as changé de style vestimentaire… tu ne viens quasiment plus aux Danses, ça fait deux semaines qu’on t’y a pas vu… »

« j’ai un travail en ville, je te l’ai déjà dit. »

« Danseuse au NOSTROMO, oui, je sais. Mais c’est de nuit. Et puis tu ne danses pas tout le temps... Et le jour ? »

« J’ai un autre travail. Chez les Humains… et les Humains sont du jour ! » sourit Amsar.

« Oui, oui… comme femme de ménage ? je ne te crois pas ! » Alicia pouffa de rire. « tu n’est même pas fichue de ranger ton apart ici, alors arrête de me mentir ! »

La nazaddi borgne garda le silence. Alicia était sa meilleure amie. Et pourtant, elle ne lui avait toujours pas dit pour l’Université. Ni pour Myscatonic.

« Et puis il y a aussi cet air cachottier, oui, celui-ci », renchérit Alicia. « avant, on se racontait tout un tas de choses, et maintenant… maintenant tu me mens ! je ne connais pas de travail qui puisse te rendre aussi claquée que ça : non mais tu t’es regardée ?!»

Amsar soupira.

« D’accord. Je ne travaille pas comme femme de ménage. Récemment j’ai rencontré quelqu’un et… »

La jolie nazaddi se tourna vivement.

« Tu as rencontré ‘quelqu’un’ ?! Mais fallait le dire tout de suite ! » Sa mine faussement boudeuse se changea en sourire et elle serra sa meilleure amie dans ses bras.

« C’est pas ce que tu crois », protesta faiblement Amsar. Et puis tant pis. Alicia sera aux anges pour une telle confidence. Et les soupçons seront levés… Et puis à qui d’autre se confier, si ce n’est pas à sa meilleure amie…

« D’accord. Tu as gagné. J’ai rencontré quelqu’un... »

« …et tu vas quitter le ghetto pour s’installer avec lui… »

« Et il m’a trouvé du travail en ville. » Amsar continua sur sa lancée. « Et je loue une chambre en ville parce que j’ai plus de 3 heures deux fois par jour à pieds. Et que je n’ai même pas l’âge pour conduire un scooteur ! Et de toute façon, j’ai pas les moyens de m’en acheter un…»

« Mais si c’est un jeune Nazaddi avec situation, comme ça semble être le cas – il vit en ville – tu n’as pas … »

« Il n’est pas nazaddi. » coupa Amsar sèchement.

« Humain ?! » dit Alicia d’une voix étranglée, s’étouffant avec la fumée.

« Humain… », chuchota Amsar. « Et tu ne devrais pas trop fumer : tu manqueras de souffle pour danser. »

Un silence gêné s’installa.

« C’est ta vie. » dit pensivement Alicia, « mon frère, il a une petite amie Humaine. Ils s’aiment… mais tu ne peux imaginer ce qu’ils ont enduré, et endurent encore, de sa famille à elle, et aussi de nos cousins… c’est aussi pour ça qu’ils se sont installés ailleurs. Et ils n’auront pas d’enfant. Tu le sais, ça ! Il n’y a pas d’enfants métis… Réfléchis, Amsar… Je sais que personne ici ne te considère comme petite amie potentielle. Et pas parce que tu as une tête…euh… étrange. Parce que tu es une Marabout ! C’est ça qui suscite le respect et la crainte. Mais pas l’affection. Pas l’amour en tout cas… Mais tu n’es pas obligée de lorgner du coté des humains pervers, tu n’es pas désespérée à ce point là quand même ! Je suis sûre qu’un Danseur… »

« Alicia… arrête de te faire des plans sur la comète… » Soupira Amsar. « Il est Humain. OK. J’ai compris. Ce n’est pas un type pervers. C’est juste une personne gentille. Et il n’y a rien entre nous. »

Elles ne s’attendaient pas à ça. L’une ne s’attendait pas à ce que sa meilleure amie lui mente et surtout qu’elle se lie avec un Humain. L’autre ne s’attendait pas à ce que sa meilleure amie ait un a priori aussi peu engageant.

« Je dois y aller. C’est bientôt l’aube, et je travaille le matin », Amsar se leva et donna une accolade à Alicia.

« Prends soin de toi », chuchota cette dernière. « Je garde ça entre nous ! Reviens vite… »



* * *

Je pris un bus de nuit à la lisière du Ghetto. Je descendis un arrêt avant, assez loin de l’entrée au Campus : l’aube n’était pas encore levée et l’air était encore pur pour une bonne marche. Je longeais la grille entourant les complexes sportifs, sur le bas coté de la route menant au vaste parking du Campus, devancée par de rares automobiles des gens trop matinaux ou trop couche-tard...

La discussion avec Alicia m’avait laissé un gout un peu acre dans la bouche. Avait-elle raison ? Surement que oui : à ma connaissance, il n’existait pas d’enfants métis humain-nazaddi…

Est-ce que ça signifierait que nous ne sommes pas de la même « espèce », comme le clament les républicains pro-Donner ?

Avons-nous été fabriqués par les Migos ?

Et puis une autre idée, complètement farfelue me traversa la tete : et si les humains qui sont partis lors de l’Egire ne sont pas partis seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps ? Nul ne sait où les a mené le Portail, après tout… Et s’ils étaient partis vers un passé lointain de la Terre où les nécropoles Migos étaient peuplées de Migos, et où les Choses qui dorment actuellement ne dormaient pas encore ?... et si nous, les Nazaddis, étions les descendants de ces Humains ?

En même temps, ça m’a paru si lointain, cette idée de descendance… Je n’ai même pas seize ans ! Alors chaque chose en son temps.

Quant à l’opprobre social : oui, elle avait raison. Et elle en était l’exemple même…

Je m’arrêtai face aux grillages, posai mon front contre le métal humide de rosée d’automne.

Que dirait Alicia si elle savait que j’y étudiais ?...


Des pneus crissèrent derrière moi et je me sentis projetée de tout mon corps contre la grille froide. Par reflexe, je m’agrippai pour me relever.
Une poigne forte tordit mes bras derrière le dos. Un souffle sentant un alcool fort et un écho de juce au dessus de ma tete.

« Bouge pas, salope ! »

Des portières qui claquent. Des rires.

« Eh, tu l’as eu ! Épinglée comme un cafard… »

« Ouais.. » l’homme rit et éructa dans ma direction « Rêve même pas ! C’est réservé aux humains, compris ? Pas aux sales migos de ton espèce ! »

Je poussai un cri. Qui s’est mué en hoquet de douleur et de surprise quand j’ai senti quelque chose dans mon bras craquer.

« Evite de crier, face de migo, ou tu ne pourras plus jamais te regarder dans un miroir », dit une voix jeune du nouveau venu.

Je sentis ses mains agripper ma nuque et enfiler sur ma tête une chose en tissus sombre, un sac.

Je me débattis.

Une douleur violente dans les reins. Je manquai soudain d’air : ils on serré les liens sur mon cou. Des mains me tirèrent sur le coté, puis lâchèrent. Je m’écroulai dans le noir.

Je les entendis discuter à voix basse. Ils étaient trois. Mais j’étais trop occupée à essayer de reprendre mon souffle pour distinguer les tenants de leur conversation entrecoupée de ricanements. Et à m’orienter dans ce noir.

J’essayai de ramper. Un coup dans le ventre me recloua au sol. Puis ils arrêtèrent de tergiverser. Des pas d’un seul s’éloignèrent.

« Tu fais moins la fière, sale rat de migo » marmonna l’aviné entre les dents.

« Gaspille pas ta salive pour cette saleté » le coupa le second, le jeune.

Je ne les voyais pas, je les sentais. Dans le royaume d’aveugles les borgnes sont rois, me dis-je, et ça m’a fait rire, malgré la douleur.

« Ah, tu le prends comme ça ! »

Des pas de l’aviné se rapprochèrent et il me décocha un second coup dans les reins. Puis un troisième. Et un quatrième…

Il dut y prendre gout, car j’entendis sa remarque d’un ton presqu’étonné sur un ver migo qui se tortillait par terre : il devait s’agir de moi.

Et puis quelque chose a heurté ma mâchoire. Puis une autre explosion de douleur dans la tempe…

* * *
La petite fille regardait le noir du ciel dans un hublot. Des cristaux minuscules d’étoiles. Une petite sphère bleue…

Et le reflet de son jeune visage dans la vitre, dont je ne distinguai que les yeux, deux puits d’un bleu vif sur un visage noir comme le vide sidéral. Et des mèches d’un blond platine.


* * *

Un temple aux dimensions cyclopéennes ouvrait sa gueule béante de crane évidé et vivant à la fois.

Je n’avais nulle manifestation physique et pourtant mon esprit s’engouffra comme un souffle d’air entre les crocs dégoulinant de poison noir cristallisé.

Comme guidée et invoquée par une injonction ne supportant nulle opposition, je parvins dans le cœur du Mausolée. Là, un être… non, une chose… ni vivante ni morte… ni du passé ni de l’avenir, mais fluctuant d’entre les volutes du temps… tendit sa griffe vers moi, vers mon œil…

Et me cria :

* * *

« Réveille-toi ! Amsar ! Réveille-toi enfin ! Lâche pas, merde… merde… »

Et la voix était étrangement familière.

Une odeur douceâtre et un gout métallique dans la bouche…

J’essayai d’ouvrir les yeux. Le noir.

J’essayai encore. Toujours le noir.

J’essayai de bouger. Une main attrapa mes doigts et la secoua comme pour l’arracher définitivement.

« Amsar ? Tu nous entends ? Réponds ! Serre-moi la main, si tu peux. C’est Paul. Paul Wilson. Et Damien est là, à coté. »

Je serrai la main.

Je n’avais plus mal, mais tout était si cotonneux … Sauf ce voile noir devant mes yeux.

Je raclais la gorge.

« Où… j’ai … quand… », les mots ne voulaient pas sortir.

Damien a dû comprendre ; ça sert, les cours de secourisme.

« Tu es dans l’infirmerie du campus. Je venais plus tôt ce matin pour un entrainement. Paul était avec moi. Nous t’avons trouvé près de la grille, à deux cent mètres de l’entrée. Tu es dans un sale état, tu sais », ajouta-t-il avec un rire forcé. « On a alerté encore personne, apart le Recteur Armitage : on attendait que tu te réveilles… l’ambulance va arriver sous peu … on va te conduire à l’hopital… »

« Merci… » Je réussis à articuler. Un progrès. Ma gorge me faisait mal. « Je vais bien »

« Tu es sous analgésiques. C’est ce qu’il y avait de plus fort ici. L’effet va bientôt se dissiper… Alors prépare-toi à avoir un peu mal… »

« Mes yeux … » je tournai la tête en direction de la voix, « enlever …bandeau… »

« Amsar… » la voix de Damien était gênée, « Tu n’as pas de bandeau… Tu as une sacré ecchymose, mais tu n’as pas de bandeau.»

« Paul … Sac … Crème… Pas hôpital… » J’essayai de me retourner, mais des mains me retinrent.

« Tu as surement des cotes cassées. Evite de bouger. Je vais chercher cette crème… Quelque chose me dit qu’elle sera plus efficace qu’un séjour à l’hosto… » la voix de Paul était inquiète, malgré un ton enjoué.

Des bruits de pas, fermeture zippée du sac. Encore des pas. Un parfum familier de cannelle et d’épices rares. Mama Yshtar disait toujours que quitte à faire un baume guérisseur, autant qu’il ait un parfum agréable…

Je pris le pot à tâtons. « Oui… stores ... ferme … partez…»


* * *

Je ne suis pas allée à l’hôpital. La crème suffit à guérir suffisamment des dégâts lourds : selon Damien, qui s’y connaissait grâce à sa passion pour le sport et les cours de secourisme, j’avais au moins deux cotes cassées, une belle hémorragie interne, bras démis, une rotule brisée et à vif et je ne sais quoi dans la colonne vertébrale qui m’empêchait de sentir mes jambes pendant plusieurs heures. D’ailleurs, le lendemain je boitais encore.

Par contre, je ne voyais toujours rien. Rien qu’un voile noir.

Je me sentais démunie face à la vie « normale », handicapée en quelque sorte. Je ne quittais plus le Campus et me reposais sur Marlene ou sur Nestor ou quelqu’un d’autre pour m’accompagner en salle de cours…

Personne ne me posait de questions. Officiellement, j’avais fait une mauvaise chute dans l’escalier de la bibliothèque le soir.

Et même moi, je ne cherchais pas à retrouver ces trois personnes. Pas dans l’immédiat. J’avais autres chose à faire : étudier.

C’est fou ce qu’on est dépendants de la vue ! Ma bonne mémoire m’aidait à suivre les cours, même si je prenais des notes à l’aveugle, par habitude. Et par curiosité. Je ne désespérais pas : l’infirmière du Campus m’avait dit que l’œil ne semblait pas touché, et que selon elle, j’avais un « choc traumatique qui s’est traduit pas une migraine ophtalmique ». Il est vrai que j’avais des sacrées migraines…

J’avais perdu la vue mardi matin. Mardi j’ai manqué les cours ; le lendemain, je me suis forcée à y assister. Comme si rien n’était. Je m’étais assise au fond, pour que personne ne remarque. Ça dut marcher…

Je ne pouvais plus danser au NOSTROMO. Mauvais pour les finances… Le loyer allait devoir attendre le temps que je trouve une solution de rechange rapide...

Mais je suis quand même allée à la répétition avec Vadim, jeudi.

J’ai dansé. A l’aveugle. Avant l’ouverture. Dans une salle vide… C’est une sensation étrange, comme planer dans le noir sidéral où nulle étoile ne brille… Sentir les mouvements par les déplacements de l’air… Se fier aux moindres bruits des pas, des tissus froissés, de la respiration…

Jusqu’à ce que je percute une table et m’étale avec un craquement sinistre du genou malmené et du verre brisé…

Et le gérant m’a interdit formellement de monter sur scène le soir.

Vadim me raccompagna avant le début de son travail dans le centre ville. Il n’a pas posé de questions. Il me laissa devant l’entrée de l’immeuble et repartit.

Je montai à l’aveuglette.

Toujours ce silence …

Toujours ce voile noir tout autour de moi…

J’ai dû faire tomber quelque chose… Un vase avec des fleurs… Je le redressai tant bien que mal, remis des fleurs éparpillées. Il y avait de l’eau sur le sol, je l’épongeai avec mes vêtements, c’est tout ce que j’avais sous la main… Pourvu que ça ne fasse pas une tache…

La frustration, l’impuissance, et cette sourde pensée que peut être je ne reverrai plus jamais les étoiles, plus jamais les visages de ceux que j’aime, me serrèrent la gorge. Alors, pour éviter d’autres dégâts, je rampai à quatre pattes jusqu’au tapis et m’y recroquevillai aux pieds du canapé. J’attrapai un coussin et y enfouis mon visage maudit, mes yeux aveugles, laissant libre cours à toutes ces larmes qui m’étouffaient…


* * *


J’ai dû dormir plus longtemps que prévu !

Lorsque j’ouvris les yeux, m’étirant dans le lit aux draps de satin couleur crème, l’horloge affichait 11 h 26. Nous étions vendredi. Je bondis du lit et me préparai en toute vitesse. Avec un peu de chance je ne manquerais pas mes cours !

J’ai couru en boitant jusqu’au bus. Qui était à l’heure. Campus. Bâtiment C. Je me faufilai dans la porte entrouverte et m’assis au fond.

Ce n’est qu’une fois en amphi que je réalisai que je voyais à nouveau.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 31 Juil - 22:06

suite à cette visite du satellite "NID D'AIGLE"

29/07/2012

J’ai fait un rêve étrange et entêtant
D’un vieux Château hanté dans les étoiles,
Et à nos pieds, du Dôme miroitant,
Voilant nos yeux du vide sidéral.

Dans le Château : fantômes et gisants,
Commémorant en boucle le carnage ;
Sorcier à moitié fou, prophétisant
La mort des hommes et sinistre esclavage ;

Et le silence… Où les seuls cris qui blessent
Sont ceux que l’on s’enfonce dans le cœur,
Quand devant nous s’enflamment et disparaissent
Les âmes étoilées en étoiles-fleurs ;

Quand nous croisons l’étonnement hagard
Et innocent de nos propres prunelles,
Comme un reflet des dimensions miroirs
D’une vie révolue, mais éternelle.

Et chaque pierre au Château condamné
Chante le deuil de ses enfants meurtris,
De paix assassinée et profanée,
Des larmes et du silence de nos cris.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 14 Aoû - 18:29




« C’est ta SŒUR », chuchota la voix sourde derrière le masque encadré de deux serpents segmentés formant des cornes à son disque de lune noire, « nous sommes tous Cousins, mais elle est ta sœur ! »

Le jeune Nazaddi regarda avec défiance la Marabout, puis baissa les yeux.

« Va », la Marabout le congédia d’un geste sec, puis, enlevant le masque étrange découvrit son visage balafré et sourit. « Donne à Alicia ce breuvage, ça soulagera ses migraines. Je passerai vers l’aube vous voir »

* * *

(Un mois plus tard)

« Tu pourrais donner des cours de danse à l’Ecole Zion, si tu voulais… »

La jeune Nazaddi à qui s’adressait cette proposition rejeta son buste en arrière et se pencha lentement, touchant le sol des mains.
« Tu dois garder les jambes tendues, c’est elles ton appui, pas uniquement le dos de Vadim ou le mien qui sera à la place du tabouret. Ensuite, tu bascules ton poids sur tes épaules et tes bras… »
Elle se fit arc de liane au dessus du tabouret inutile,
« … et tu bascules lentement une jambe, puis l’autre… »
La liane se déploya à la verticale puis, se repliant, tourna, et se releva dans une révérence
« … et tu te relèves ! Et quant à ta proposition, c’est juste que … enfin …»

« Juste que ça paie pas beaucoup. Je sais… »

« C’est pas ce que j’ai dit ! » la jeune grâce d’ébène donna une tape sur l’épaule de son amie, et monta son regard vers le plafond, faussement outrée, « juste que je n’ai jamais enseigné. Et c’est vrai qu’au Nostromo on gagne plus. Surtout depuis notre spectacle à l’expo florale… »

« Et là, ce que tu fais, c’est de l’enseignement ! » protesta sa grande perche d’amie en prenant place sur le tabouret, « on a déjà aménagé une salle avec des tatamis au sol. Tu pourrais y passer un soir par semaine… enlève ce tabouret, Alicia ! C’est une torture pour les lombaires… Je voudrais que nos gosses puissent connaitre et perpétrer nos traditions, notre culture… »

La perche plia un genou et le ramena pour appui sous la jambe tendue, se pencha en avant, touchant des mains son pied nu, puis redressa lentement son torse et, défiant les lois anatomiques, continua ce mouvement vers l’arrière, jusqu’à ce que ses mains agrippent la cheville de la jambe repliée.

« Respire ! » Alicia posa la main sur le plexus solaire de la perche.

La perche sourit, fronçant une petite ride au coin de son œil unique et s’immobilisa comme une goutte d’eau noire posée sur le coté, la respiration à peine perceptible.

« Notre culture, ce n’est pas uniquement le souvenir des guerres, ni l’asservissement par les Migos. Ça, c’est du passé. Nous l’honorons. Mais ce que nos danses de donba (jour de fête, trad.) célèbrent à chaque instant, ce n’est pas tant la commémoration et la mort. C’est la vie ! Nous dansons la vie. À chaque instant, avec chaque souffle, chaque mouvement, c’est la vie que nous célébrons. La vie qui nous a été offerte et que nous portons. La vie que nous pouvons et devons transmettre à notre tour. Notre vie propre. La vie de chaque être, de chaque créature, unis dans la communion des dolokulu (trad. étoiles, constellations). »

La danseuse borgne expira, et bascula la jambe tendue à la verticale, puis en arrière dans un grand écart, rapidement suivi par la seconde jambe, puis une roulade du reste du corps efflanqué. Elle savait qu’elle n’avait pas la grâce innée d’Alicia, cette beauté du Ghetto d’Arkham, mais une robe appropriée devrait cacher de ses plis sa maigreur juvénile, ses genoux et ses coudes un peu trop saillants, ses cotes, ses hanches trop plates…


« Je le fais en symétrique et Vadim entre en scène à ce moment-là ! » Alicia applaudit « et pour l’Ecole, c’est promis, je ferai un essai. Mais hors de question de me faire payer. C’est pour nos cousins ! »

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 14 Aoû - 19:45


L’Ecole Mohammed Zion me prenait pas mal de temps. Ce bâtiment refait à neuf, ou presque, respirait la vie et à chaque fois j’y allais avec joie.

Alicia avait accepté de donner des cours de dans et de musique.

Mama Shan y était cuisinière et veillait au quotidien des gamins.

Je m’étais arrangée avec les cousins qui travaillaient à la décharge des Buttes d’Arkham pour meubler convenablement les salles de cours, récupérer des vêtements, du matériel informatique… C’est fou ce que les gens peuvent jeter !
J’y ai même récupéré une moto, enfin, un scooter, avec espoir qu’Elihah m’aide à le réparer : comme ça, j’aurai un moyen de transport !

Nombre de nos cousins et voisins y donnaient de leur temps, de leurs efforts, ou simplement de leur présence et conseils, faisant de l’Ecole un lieu de vie pour la centaine de gosses qui y étudiaient. Et pour tous les autres qui commençaient à y venir pour des activités ponctuelles et pour les soins.

J’ai même envie de dire il y a eu un engouement pour cette Ecole ! En tout cas dans cette partie du Ghetto Nazaddi. Mais, à ma grande honte, je manquais de tempe et de forces pour m’occuper des autres quartiers du Ghetto.

* * *

Car il y avait des « jobs » que je n’ai pas énumérés à Bénédicte Ashcroft. Le pauvre ! Récupérer la mairie avec une trésorerie vidée… Encore un peu, il ira mendier auprès des italiens… comme son prédécesseur.

* * *

Certes, il y avait mon quartier. Job de Marabout habituel et l’Ecole Zion.

* * *

Et l’Université, avec des examens. J’y allais que pour les cours. Pour les cours que je suivais, et aussi pour former Paul Wilson.

Il y avait des associations indénombrables, pour le sport, les arts, bref, pour tout ! Mais je n’avais pas de temps à consacrer aux loisirs des étudiants. Et pourtant, j’aurais tellement aimé !

* * *

Et Nostromo. Apres l’expo florale de Meredith Ashcroft et vu le succès de notre spectacle, nous avons tous, Alicia, moi et Vadim, été augmentés. Je suis passée à 150$ par soirée. Il me fallait maintenant 4 soirs par mois pour payer la chambre au campus et le bus.

Mais je dansais deux ou trois soirs de plus. Par gout et par besoin. Les gamins avaient besoin de soins médicaux, de vaccins, et je ne pouvais laisser à la porte ceux qui n’étaient pas scolarisés officiellement… Les frais médicaux coutent cher.

* * *

Je continue aussi de danser aux Donbas, nos fêtes. Avec Alicia ; elle n’en manque aucune.

* * *

Et mon nouveau job de « Chargée d’affaires culturelles junior » chez Myscatonic. Avec un vrai bureau pour moi toute seule !

Une table, que j’ai plaquée contre le mur. Deux chaises, ma fois, confortables, pour des visiteurs éventuels : je préfère des coussins au sol. Penser à en ramener quatre, et aussi un tapis, et des statuettes. Ou sinon, demander l’autorisation pour un petit canapé ? Equipement informatique standard. Et un placard.

J’y suis une fois par semaine.

Dans le département de Meredith Ashcroft.

Des rumeurs disent qu’elle ne serait pas mariée pour une raison toute simple : elle préfère les femmes.
Cela dit, Jacob Ashcroft les aime aussi … refroidies ! Et de première fraicheur.

* * *

Et mon entrainement avec Stephen. Là, c’est en fonction de son planning. On ne prévoit jamais rien en avance. Et c’est mieux pour la discrétion.

Quand je suis en sa présence, j’ai l’impression d’irradier la chaleur, par vagues, depuis le flanc droit, se propageant jusqu’à l’extrémité des doigts, des orteils…

Parfois cette sensation devient presqu’insoutenable, quand nous sommes en contact direct ou quand il m’amène sur sa moto et alors l’Archanotech agit comme un amplificateur. La chaleur, mêlée de quelque chose d’autre qui n’est pas de moi, s’intensifie, comme des spasmes d’ivresse, qui résonnent dans chacune de mes terminaisons nerveuses, comme si j’étais un Harmoniste (voir NB).

J’ai l’impression de retrouver mon intégrité. Une plénitude insoupçonnée.

Je savoure ces rares moments de bonheur à l’état pur.




(NB : Harmoniste : mousse xénon, entre végétal et animal. Interdit par les lois américaines. Ne cesse jamais de grandir. Se nourrit de vibrations (musique, harmoniques, rythmes, battements de cœur…). Est une sorte d’animal de compagnie pour les nazaddis, affectueux, s’attache à une ou plusieurs personnes. Ne meure pas. Hiberne. Voire se fossilise. Se reproduit pas pousses. Secrète un suc parfumé aphrodisiaque et légèrement hallucinogène. S’utilise pour la fabrication de juce et des préparations de baumes shamaniques. )


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 17 Aoû - 17:55

Le bureau était en permanence plongé dans une semi-obscurité, et les statuettes Nazaddi placées dans les niches naturelles des murs en corail Archanotech veillaient au moindre intrus. Ces murs dénudés de tout artifice décoratif offraient une surface bitumeuse et quasi-organique au toucher, absorbant toute lumière inutile à son occupante, assise en tailleur sur des coussins sur le sol, et relisant une dernière fois avant envoi son rapport pour l’employeur, Bénédicte Ashcroft.


PS
Shen Orbus m’avait également parlé d’un « passager clandestin » dans ses bagages, et qui ne supportait nulle lumière. Possiblement une créature liée aux Migos. J’ai été ravie de la rencontrer à très court terme.

Restant à votre disposition pour tout complement d’information,

Amsar Souadou
Chargée d’affaires culturelles Junior
Myscatonic


Envoi.

La jeune Nazaddi rangea soigneusement l’ordinateur sur la table.

Ferma la porte à clef. Mais comme de toute façon cet étage était peu fréquenté, une âme pressée et égarée dans les méandres de Cyclopean avait peu de chances d’y frapper. Elle examina attentivement son nouveau visage temporaire et reposa le miroir avec un soupir de regret et de dégout mêlés.

Se dévêtit et traça des arabesques sur son corps efflanqué avec une cendre claire. Les Humains se paraient de leurs habits comme de masques, cachant leurs corps comme une réminiscence d’un pécher originel. Elle avait surpris parfois cette gêne atavique devant une nudité, même partielle, qu’elle soit sienne propre ou celle d’une autre personne.

Les Nazaddis vivant sur Terre – les seuls qu’elle connaissait, d’ailleurs – avaient en tout point adopté les coutumes vestimentaires des Humains. Mais les vêtements étaient avant tout des parures, destinées à rehausser et à mettre en valeur la personne. Pas un cache mais un embellissement. Les robes traditionnelles des danseuses en étaient bien la preuve : le fin tissu végétal de lin ou de chanvre traité avec des essences de plantes laissait deviner dans sa fluidité et sa mi-transparence les courbes du corps et les peintures luminescentes.

Ou bien son corps était-il trop laid pour inspirer autre chose qu’une gêne apparente qui masquerait un dégout profond ?…

Elle revêtit une tunique en chanvre plissée et noua une peau de serpent agrémentée de colifichets et de gris-gris sur ses hanches plates. Le seul vestige de l’humanité restait ce médaillon d’Archanotech blanchi, cet ange qu’elle portait en permanence.

Alluma l’encens devant les statues et, poussant les coussins dans un coin du bureau, s’allongea à même le sol nu de concrétions d’Archanotech de Cyclopean.

Frissonna de ce contact étrange et déconcertant.

Et, inspirant profondément, ferma son œil unique et entama une danse antique sur un rythme silencieux et saccadé, tendant chaque muscle, décrivant de ses mains des signes anciens, ondulant son corps filiforme en arabesques, ponctuant de ses pieds nus ces phrases muettes, articulant de ses lèvres des incantations inaudibles…

Car nul ne vous entend crier dans les étoiles…

Car ces musiques sidérales ne sont pas pour des oreilles terrestres…

Car son esprit et son corps allaient devenir un canal pour des forces que nul ne peut maitriser, que nul ne peut appréhender dans leur plénitude…

La Marabout borgne s’écroula à terre, et son corps de tendit, et l’œil d’aérolithe noire devenu sien s’ouvrit. Sa main attrapa une plume noire poisseuse et la plongea dans une encre ocre visqueuse.

Comme en écriture automatique, la main porta la plume à sa poitrine et appuya, traçant une étoile, avec un œil ouvert en son sein. Des gouttes de sang perlèrent sous la plume et se mêlèrent au rouge de l’encre. La Marabout poussa un soupir de soulagement et se recroquevilla sur le sol.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 29 Aoû - 10:08

Janvier 2086. Arkham. Mausolée des Premières Guerres Archanotech.

Je suis en haut de l’escalier, assise dans l’ombre de la nuit sur une marche, et je ne puis avancer plus loin.

Je le vois, à une dizaine de mètres de là où je me cache, adossé à une colonne, un fin filament de fumée d’élève de la cigarette qu’il tient. J’hume ce parfum familier, acre et chaud dans la nuit glacée. Je n’arrive pas à détacher mon regard de sa silhouette, auréolée d’un habit de lumière argentée. C’est le reflet des lumières de la ville sur la neige. C’est son aura de sainteté, à lui, l’ange de mon ciel, ses ailes de lumière …

Je n’arrive pas à avancer. Pourtant, c’est lui que j’étais venue voir.

Qu’est-ce qui m’en empêche ?!

* * *

Est-ce ma crainte de le voir après plus de deux mois d’absence sans nouvelle aucune ? J’ai peur qu’il croit que je l’ai abandonné. Dans ce monde, on marche ou on crève. Et B.Ashcroft était prêt à le lâcher à Chrysalis. Je le lui ai écrit. Je n’aurais surement pas dû…

Et moi-même… Partir en vacances à LA, sans même prendre de ses nouvelles… Je le croyais en fuite, quelque part sur cette terre, et le mausolée d’Arkham était le dernier lieu auquel j’aurais pensé…

Suis-je à ce point lâche ?

Après le départ de Céline Ashcroft pour le siège de Chrysalis en Chine, j’ai discuté avec Benedict Ashcroft. C’est lui qui m’a dit que Stephen était comme une âme en peine, un Quasimodo hantant les clochers de l’église. Et qu’il allait y rester, jusqu’à ce que j’envoie un rapport papier, avec des faits, des noms, des explications claires sur l’assassinat manqué de Shen Orbus.

Vous vous trompez, Benedict ! Il n’a rien d’un Quasimodo. C’est un ange du ciel. Seulement vous ne voyez pas ses ailes de lumière. Aveuglé par le Dôme, vous ne voyez pas le vrai ciel qui est dans ses yeux. Vous ne voyez plus ce bleu étincelant d’or, ce bleu des cathédrales, dont vous n’avez pas, comme tant d’autres humains, le secret. Car vos yeux sont tournés vers les ombres des caveaux, vers des idoles innommables…

Vous enfermez un être qui fut jadis un vagabond, qui en a gardé des séquelles. Il ne peut dormir deux nuits de suite dans un même endroit ; il me l’avait confié. Vous le saviez sans doute. Et vous l’enfermez dans une prison aux murs suintant la souffrance, le carnage et le ressentiment envers ceux de mon peuple ! Un lieu où il m’est difficile de me rendre…

Vous le saviez, n’est-ce pas ?! Vous saviez que les rêves de ceux qui dorment dans un sommeil cryogénique finiront par se mêler aux siens, et le submergeront de haine envers les Nazaddi, les Nés des Etoiles, que vous nommiez jadis des Abominations hideuses.

Est-ce pour ça que je ne puis avancer ? Parce qu’il me rejette pour ce que je suis de par mon sang, mon lignage? Parce qu’il a vu ce dont mon peuple est capable dans une descente vers les abimes de l’horreur insondable du vide sidéral… Je ne puis le blâmer si je lui suis un rappel des atrocités commises sur ses frères Humains.

Je ne vous en blâme pas non plus, Benedict Ashcroft, car vous aussi, vous portez votre fardeau, celui de votre lignage et celui que vous vous êtes vous-même bâti. Je ne veux pas vous juger. Vous serez un juge envers vous-même bien plus implacable. Et selon votre religion humaine, c’est votre Dieu qui peut seul vous juger…

* * *

Ce Dieu de miséricorde et d’amour des humains… Est-ce lui qui m’empêche d’avancer, de monter auprès de son ange ?

« Est-ce que les Nazaddi ont une âme ? »

Cette question, peut être purement rhétorique à ce moment-là dans la bouche du vieux Jésuite Père Guillermo m’avait frappée comme une vague de glace, roulant sur chacune des pores de ma peau à recherche d’un soupçon d’âme divine.

Selon les Ecritures, seul l’Homme, crée par Dieu à l’image de ce dernier, possède une âme.

Nous, les Nazaddi, croyons que tout être et toute chose ont une âme, cette parcelle d’éternité de Mawu, éclatée en des millions de vies, réunies en une danse cosmique par Erzulie l’aimante…

Autant dire que je ne me suis jamais posée de questions sur l’âme d’un Humain. Il en avait une. Tout comme un Nazaddi. Tout comme une fleur-papillon ; tout comme un caillou sur le sol ; tout comme une étoile…

Mais cette question devenait légitime pour un Humain. Surtout pour un Croyant. Comment appréhender un être semblable à l’Homme et pourtant différent, venu des étoiles lointaines et hostiles ?

Par son âme… Et s’il en possède une, par son appartenance à la vaste création de Dieu.

Et s’il n’a pas d’âme ?!

J’ai si froid d’un coup… Je frisonne. Ceux qui nous rejetaient – et nous rejettent encore – doutent de l’existence de notre âme, certainement.

Et si nous n’en avions pas ? Si elle nous avait été arrachée par les griffes des Migos ?

Je ne sais comment prouver qu’une âme existe ; je ne sais comment la montrer.

Est-ce que Stephen s’est posé cette question ?
Est-ce que les Sorciers de Chaire et les Sorcier d’Esprit ont une âme ?
Est-ce que j’ai une âme ?

Pourquoi est-ce si important pour moi tout à coup ?...

* * *

Je regarde cet ange spectral dans la nuit. Il s’allume une nouvelle cigarette. Nous respirons le même air. Nous foulons le même sol. Nos mains s’agrippent aux mêmes murs. Nous sommes dans la même maison, à une dizaine de mètres l’un de l’autre. Mais je ne puis avancer avers lui. Et lui ne me voit pas. C’est comme si nous vivions dans un même monde sans pouvoir se croiser. Sans pouvoir se frôler. Sans avoir un avenir ensemble…

Nous ne sommes pas de la même espèce ! Clament nombreux, de mes cousins et des Humains. Nous ne pouvons avoir de descendance commune. Et c’est un fait. C’est un fait cinglant pas sa cruauté, qu’on soit de deux espèces distinctes, ou bien que les Migos aient mis un verrou en notre chaire…

Elijah évacue cette question, me parlant de chevaux et de zèbres, de lions et de tigres…

Benedict Ashcroft me propose quant à lui de briser ce verrou, mystiquement ou par la science…

Et moi…

Moi, je pense à mon apprenti Paul Wilson et ma sœur Alicia Shan. S’il croit que je n’ai pas remarqué qu’il tourne autour de cette beauté du Ghetto ! Et que Mama Shan me demande d’une voix anodine entre deux bouchées de khalva ce que le Marabout Blanc préfère dans notre gastronomie…

Je pense au désir de vie entravé, au désir des cœurs rendus stérile, à un avenir dans la finitude…

Je vais sûrement accepter la proposition de Benedict. Faire des recherches. Lancer un programme pour concocter une sorte de « pilule de fertilité », un baume de sorcière que tant de personnes jugeront contre nature !

Mais si seulement ce baume pouvait créer une paix véritable entre nos peuples… S’il pouvait apporter un espoir et un avenir à ceux qui sont comme Paul et Alicia…

Alors oui, je crois que ça en vaut la peine.
Et pourtant…

Je pense à ce que peut ressentir l’Archano-technicien Ripley, mi-Homme mi-Nazaddi, fruit d’éprouvette d’un généticien fou désireux de contrecarrer les plans d’un dieu ou un Migo quelconques…

Je pense à ce qu’éprouverait un enfant né d’une telle union impossible… Que dirait un tel Premier-né à ses géniteurs ? Qui serait-il ?

Et les descendants des Taggers ? Sont-ils encore Humains ou Nazaddi ?

* * *

Je ne sais pas comment je suis née. Un Migo m’avait signifié clairement que j’étais différente des autres Nazaddis, dans ma chaire, donc génétiquement.

Soit j’ai eu deux parents, probablement des Premiers-nés, dont un était un Shaman/Marabout et un autre Sicaire. Ce qui m’a fait hériter et des talents de Marabout et des prédispositions pour accueillir un Symbiote, faisant de moi à la fois un canal pour des forces innommable et un hybride Nazaddi/Symbiote.

Soit je suis née dans une cuve Migo ou autre…

J’en avais parlé à Stephen. Il penche pour la première hypothèse. Et je ne sais pas pourquoi, mais je la préfère aussi. D’autant plus que le nom de Al-Naïr m’est familier dans des souvenirs, dans le masque que je porte, et dans mes traits, ressemblants à ceux de ce Seigneur des Etoiles…

Qui es-tu, Amsar ?

Quelle abomination es-tu ?

Quel être es-tu ?

Pourquoi cherches-tu ces réponses ?

Est-ce pour ton peuple, ceux qui te sont chers, ceux dont tu es responsable ?

Est-ce pour toi ?

Est-ce pour apercevoir ton reflet dans le ciel des yeux de ton ange que tu ne peux approcher ?

* * *

Je reste là, sur cette marche. Sans ressentir le froid. Sans ressentir quoique ce soit, si ce n’est une adoration, comme hypnotisée par cette apparition céleste de l’ange qu’il est. Si ce n’est une iridescence de chaleur par vagues, dans ma chaire et mon esprit… Et dans mon âme…

Je ne puis avancer…

Est-ce cette chaleur que ressens à chaque fois que je pense à lui ? Cette chaleur qui m’étreint des deux cotés, naissant à la fois en haut des cotées gauches, au niveau du cœur, et sous les cotes en bas à droite près du foie, près de la chrysalide déployée… Cette chaleur, devenue d’un coup spasme de brulure me clouant sur cette marche.

Je le sens, ça ne souhaite pas que j’avance plus loin. Ça irradie de douceur et d’une sorte de … d’affection. Ou est-ce moi ?

Il a son propre chemin. Ses propres questions, ses propres doutes. Il est certaines réponses qui l’attendent.

Je dois être patiente. Tout comme il l’a été avec moi.

Alors je reste. Sur cette marche.

Je vais seulement lui laisser ce bouquet de fleurs du sud et une petite lettre. Puis je partirai.

* * *

Il y a plus de deux mois, j’avais aussi laissé une lettre. Je me demande s’il l’a lue. Surement.
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 29 Aoû - 10:12


Lettre 1
A l’attention de Stephen de la part d’Amsar


Ange du Soleil,

Je ne puis vous demander pardon pour vous avoir entrainé par ma stupide peur dans une nouvelle fuite, une existence sans sécurité aucune. J’ai cherché mes frères, mais leur porte m’est restée fermée.

Ainsi, je voudrais tenter de réparer ma stupidité et mon égoïsme. Je vais accepter pleinement mon héritage. Je vais renouer avec mon passé.

Un jour vous m’avez nommé « sainte ».
Je suis heureuse de l’avoir été, ne serait-ce qu’un instant, à vos yeux.
Car vous ne verrez que trop vite et trop distinctement qu’il n’en est rien.

Si ce que j’entreprends réussit, les Taggers d’Arkham ont peut être une porte de salut face à Chrysalis. Du moins à court terme.
Je le fais pour mes frères. Et je leur demanderai les comptes plus tard. Ils n’avaient pas le droit de vous impliquer de cette manière.

Benedict vous lâchera pour cette erreur qu’il considère votre, s’il ne trouve pas d’autre coupable. Je regrette de vous le dire aussi brutalement, mais c’étaient ses propres paroles.

Fuyez, si vous le pouvez. Cachez-vous. Je vous en supplie, ne mourrez pas et ne prenez pas de risques inutiles.

Je vous apporte quelques affaires, et de quoi survivre quelques jours. Cette pierre, si vous arrivez à la vendre, devra vous apporter 1000 ou 2000 $, alors acceptez-la, je vous prie (même si elle vient de Chrysalis).

Je prie pour vous Mawu, souffle de Vie qui emplit toute chose et toute créature, et Erzulie Freda, cœur aimant des étoiles qui impulse la Grande Danse. Je crois qu’ils ont pour noms plus familiers Dieu et Sainte Mère.

Amsar


laissée au Mausolée, avant d'aller chez Pr Random,
avec le sac, le diamant à 10 000 $, des affaires, des cremes de Chrysalis et le bouton de rose de cristal eclos et imbibé de sang d'Amsar.
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 30 Aoû - 19:01

* * *
Lettre 2

Lumière de mon ciel, Yeelen n’San,

Merci d’être resté en vie.

Merci d’avoir été mon attache en ce monde, ce fil qui a retenu mon esprit et qui m’a empêché de basculer dans le gouffre de la folie.

J’ai passé deux mois en convalescence chez un confrère Humain. Et une dizaine de jours accompagnant un ami à la recherche de son passé et le mien. Vers la coté ouest, vers LA. Ces fleurs sont celles que j’ai trouvé le long de la route vers LA ensoleillé. Pour vous souhaiter bonne année.

Benedict A. veut de moi un rapport sur l’incident Shen Orbus. Il veut des noms, des faits… Une assurance pour sa coopération avec Chrysalis. Il ne veut pas de suppositions ni d’hypothèses. Mais des faits. Et selon lui, l’enquête remonte et se perd dans le Ghetto. Et en l’absence d’un tel rapport, il refuse de vous laisser quitter votre refuge.

Je ne sais que lui dire. Je ne puis trahir mes frères. Je ne sais même pas où chercher… Je ne peux me résoudre encore moins à vous laisser prisonnier du Mausolée.
Je continue de chercher. Peu importe le temps, peu importe les forces. Je ne puis vous laisser accuser à la place d’un autre.

Pour vous donner les dernières nouvelles d’Arkham :
Céline est partie à la Zigoura. Elle reviendra soit brisée, soit une Ashcroft.
Simon hante les ombres de Cyclopean. Son mauvais caractère me coupe toute envie d’y aller travailler. Et ça m’évite toute tentation pour la bibliothèque.

Et la prochaine fois, je vous apporterai les journaux. Je ne sais pas si Père Guillermo vous laissera les lire…

Est-ce que vous pensez que les Nazaddi ont une âme ? Selon les critères de votre religion… J’avoue cette question, même rhétorique, de Père Guillermo, me laisse perplexe…

Si vous pouvez me donner de vos nouvelles, j’en serai plus qu’heureuse.

Pardonnez-moi pour cette lettre emplie de futilités. Les mots ne me viennent que pour des choses de peu d’importance, pas pour l’essentiel.

J’espère seulement ne pas vous importuner avec ces lettres. Mais comme la télépathie ne nous est pas innée, ces mots restent un moyen simple et non-intrusif de vous parler.
De rêver de vous.
De rêver que je puisse de nouveau serrer vos mains et les réchauffer dans ces nuits froides d’Arkham. Que vous puissiez vous appuyer sur moi et vous envoler vers le ciel qui a couleur de vos yeux. Que cette maison de votre Dieu, votre refuge contre la vindicte et le servage de la Ruche-mère, ne vous soit pas une prison. Que vous puissiez dormir sereinement et que je puisse dévier ou prendre sur moi les cauchemars de ceux-qui-dorment-et-rêvent-les-guerres, mérités de par mon lignage et par les atrocités commises par mes cousins.

Rêver que disparaisse de nouveau cette barrière qui est entre votre monde et le mien. Cette barrière qui existait entre le Ghetto et le Cyclopean, et que vous m’avez aidé à franchir, me montrant le monde vu des Arcologies et des Buttes. Barriere entre Sorciers de Chaire et Sorciers d’Esprit, que vous avez brisé, me ramenant à ma plénitude.

Cette barrière qui vient de m’être montrée par Père Gillermo, entre votre Dieu et nos Esprits-Etoiles, entre ceux qui ont une âme divine et ceux qui en sont démunis. Cette barrière entre votre humanité rayonnante de pureté d’un ciel aveuglant du jour, et… et que les Nazaddi ne sont pas humains. Cette barrière entre votre innocence et ma culpabilité si justifiée par mes craintes stupides qui vous avaient mené dans cette prison.

Cette barrière dressée je ne sais par quelles forces, est-ce par moi, par vous, par la ou les réalités, par ce que l’on croit, par ce que l’on ne sait pas… Pardon. Je vous demande pardon d’avoir osé lever mes yeux vers vous.

Je comprends les gens qui viennent se recueillir dans ce Mausolée, et qui parlent d’un ange d’or et de lumière, venu du ciel en ces lieux. Car c’est ce que vous êtes, Yeelen n’San, Yeelen n’Dusu, c’est ce que vous m’êtes.

Amsar


Extraits du dictionnaire français – bambara :
N’ = mon, ma
Yeelen = la lumière
San = le ciel
Dusu, dusukun = le cœur


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 30 Aoû - 22:59

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 4 Sep - 18:58

Arkham. Ghetto Nazaddi. Aube.


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