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 Amsar "Samsara" Souadou

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 4 Sep - 20:31

(en italique : les pensées d'Amsar)



Arkham. Ghetto Nazaddi. Aube.



Une Nazaddi borgne, vêtue de loques brulées, monta silencieusement au second étage d’un immeuble vétuste du Ghetto. Elle s’arrêta devant une porte à la poignée de laquelle était accrochée une fleur à la tige brisée.

Elles sont au courant… Joe leur a dit.

Elle frappa. La porte s’ouvrit sans bruit.

« Alicia… » La Nazaddi borgne tomba à genoux devant son amie aux yeux rougis et gonflés et posa son front sur les pieds nus ornés de tatouages luminescents. « Alicia, ma sœur chérie, pardon ! Pardonne… »

Mais Alicia ne la laissa pas finir. Elle laissa ses genoux claquer contre les dalles du sol et releva son ami, la serrant dans ses bras.

« Amsar… Tu n’a rien à te reprocher. Vous avez fait ce que vous deviez ; elle s’est sacrifiée pour nous. Toi aussi tu as failli ne pas nous revenir. Joe m’a tout raconté… Je suis contente que tu sois là ! Viens…»
La Nazaddi borgne se releva et la suivi docilement.

Elle est ma sœur ! Comment ai-je pu ne serait-ce que penser que sa lignée est maudite … Elle me relève, moi, assassin de sa sœur de sang… Grandeur ! Grandeur et miséricorde dont je suis indigne…


Plus loin dans la pièce, une femme d’une cinquantaine d’années, qui serrait ses mains potelées à en faire pâlir les phalanges, et psalmodiait la Dernière Complainte devant les idoles de la famille Shan. Amsar s’agenouilla devant elle et s’inclina. Mais la femme regarda comme à travers d’elle, sans interrompre son chant.

Elle chante la morte de sa fille… Non, elle chante avec sa fille devenue Etoile…


Dans la chambre d’Alicia, Joe regardait pensivement une vieille photo : quatre enfants riant dans les bras d’un guerrier Nazaddi et de sa compagne, couronnée de fleurs.

Il reposa la photo dès qu’il vit Amsar. Alicia s’assit sur le lit près de son frère.

« Comment en est-on arrivés là ? », dit-il d’une voix sourde, évitant de croiser les yeux d’Amsar, « Est-ce toi qui a fait d’elle cette étoile ? Gladys était notre sœur… Et pourtant je crois que toi seule peux nous dire ce qui s’était passé. Et qui était-elle vraiment… »

La Nazaddi borgne s’assit sur le sol face à eux et leur tendit les mains, qu’Alicia agrippa étouffant un sanglot, et que Joe prit après un moment d’hésitation.

Comment leur expliquer… Sans trahir.

Gladys était ma sœur en tant que Guerrier Sacré, en tant que Sicaire. Un Assassin Sacré, quelle ironie… Nous étions de la même Ruche !

Elle obéissait aveuglement aux ordres. Exactement comme je le faisais, avant… Avant d’épargner un humain innocent. Qui est devenu un ami. Avant de choir sur cette Terre, sans mémoire, mutilée dans ma chaire et sur mon visage…
Et elle était restée une Sicaire…

Je suis une Marabout. Je dois prendre sur moi et trouver les mots.

Sans trahir.

Ni la cause. Ni sa mémoire d’Etoile. Ni ceux qui restent en vie…


« Je voudrais vous parler comme à ma famille, car c’est ce que vous m’êtes, pas dans la chaire, mais dans l’affection que vous m’avez toujours offert et que si, vous l’acceptez, j’aimerais vous offrir. Je ne vous dirai nul mensonge. Mais il est des choses qui nous dépassent tous, des secrets que je me dois de protéger… »

« Parce que tu es une Marabout aussi, pas seulement notre sœur… » Chuchota Alicia.

« Oui. Mais aussi pour respecter le souhait de l’Etoile qu’est Gladys. Je vous demande pardon par avance, car je vais parler beaucoup de moi. Puissiez-vous me juger ! » Ajouta la Marabout, touchant rituellement de son front les mains des ses amis, de sa sœur.

« Il y a quelques mois de ça, j’ai rencontré un humain. Des écrits impies voulaient m’attirer et me dévorer. Et il m’a sauvé. Quand je l’ai regardé, c’est le ciel que j’ai vu dans ses yeux.
Il m’a fait rencontrer d’autres personnes. Je vous passe les détails, mais mes absences dans le Ghetto sont dues à mon manque de temps chronique. Je travaille au Cyclopean. Et j’étudie aussi à l’Université Myscatonic. Les danses au Nostromo servent à payer la chambre du campus… »

Amsar esquiva un sourire triste en réponse à l’air médusé d’Alicia et de Joe.

ça fait si longtemps que je le cache… Assez de vivre dans la duplicité ! Mon masque est celui d’Al-Naïr la Lumiere. Pas celui de l’Eclipse de duplicité… Quelle ironie … La lignée Shan est l’Eclipse. Et pourtant Alicia est d’une sincérité rare avec moi…

« Je ne savais pas comment vous réagiriez, alors j’ai caché à tout le monde mes études. C’est un peu illégal, aussi, même si le Maire actuel est progressiste.

Mais pour en revenir à cet humain : un crime a été commis, et tout le désignait comme coupable. Il a dû se cacher. Il a été enfermé…»

Sa voix trembla, quand elle repensa à l’horreur qu’il avait vécut dans le Mausolée devenu portail vers La Nécropole au delà des Mondes…

« Il a été enfermé dans un lieu sombre, où un rituel noir était à l’œuvre. J’ai remonté la piste du véritable auteur de ce crime, je voulais qu’il paye pour les souffrances que l’Ange de mon cœur Yeelen n’Dusu a ressenti dans sa chaire et dans son esprit…

Car j’étais animée par la vengeance. Je ne ressentais que la haine pour celui qui l’a injustement fait accuser.

J’ai remonté les Masques de Guerre et les Masques Sacrés. Et le visage que j’ai vu m’a fait pleurer de rage et de déchirement, car c’était celui de votre sœur. »

« Mensonges ! » siffla Joe et saisit en bondissant la Nazaddi borgne à la gorge de sa main d’archanotech.

« Sois juge de mon âme devant les Etoiles qui nous ont vu naître… » Réussit à articuler la Nazaddi. Il desserra ses doigts glacés et se rassit. Elle acceptait son jugement. Alors il devait l’écouter jusqu’au bout.

« Alors je lui demandai : pourquoi ? Pourquoi lui ? Elle me répondit que cela aurait pu être lui aussi bien que tout autre, car il n’était qu’un fusible. Et que ce crime était destiné à protéger un secret. Je ne le connais pas. Ce que je sais, c’est que nos cousins sont prêts à mourir et à tuer pour le préserver. Et je vous demande de ne pas chercher à le découvrir, car cela serait contraire aux souhaits de l’Etoile Gladys. »

Le secret gardé par les Isolationnistes, et qu’un accord entre Ashcroft – sorciers de l’esprit – et Chrysalis – sorciers de Chaire – pourrait mettre en danger.

Un secret sur les Nazaddis, c’est certain.

S’agirait-il de nos origines ? Car nous sommes bien plus anciens que les Migos ne nous ont fait croire et que les Humains ne supposent ! Nos nécropoles sont anciennes. Et nos tombes fleurissent sous des étoiles inconnues loin de le Voie Lactée…

Ou bien un secret sur une descendance possible entre nos deux peuples ?

Gladys, tu répétais comme un refrain, que « nous ne sommes pas de la même espèce que les Humains ; nous ne pourrons jamais avoir de descendance ».

As-tu seulement pensé à ta sœur ? Tu ne le savais surement pas, mais elle aime un Humain. Un Humain de chaire, mais un Nazaddi dans l’esprit et l’âme.

Gladys, savais-tu seulement que ces paroles me faisaient plus mal qu’aucune lame de ton couteau ? Non, bien sûr que non…
Comment une gamine balafrée puisse avoir ce genre d’espoir ? Comment une Marabout, chose-liée-aux-esprits-invisibles, asexuée par définition et par le regard que la communauté porte sur elle, peut-elle rêver se lover entre les bras de son Etoile-compagne ?

Tu n’y pensais pas, Gladys, toi qui arbores sur tes traits une beauté des astres lointains, toi qui es l’arbre qui a donnée neuf branches nouvelles…


« Et ma haine et mon désir de vengeance ont laissé place à la tristesse.

Le jour même où je discutais avec elle, le sombre rituel de la prison, où l’Ange du Soleil était enfermé, avait abouti et avait appelé une malédiction incarnée sur Arkham. Une malédiction qui allait s’abattre sur nous, nos cousins.

Et j’ai demandé à Gladys son aide. Et elle a accepté de l’offrir. Pour les Nazaddis. Car le sacrifice de l’un d’entre nous n’est rien, s’il protège nos familles et ceux que nous aimons. »

Et pour laver l’affront fait à mon orgueil maudit que d’attenter à la liberté et à la vie de l’Ange de mon existence…

Oui, il est des causes pour lesquelles on peut tuer.

Un jour, Benedict Ashcroft m’a demandé : « Et vous, jusqu’où va votre loyauté ? ». Est-ce que j’étais prête à tuer pour les Ashcroft ?

J’ai tué pour la cause des Nazaddi. Evidemment ! J’étais Sicaire. Nous avions des ordres, une cause à défendre. Qu’importaient nos vies !...

J’étais prête à tuer pour mon Ange... Ou pour mon orgueil ?

J’étais prête à relâcher pour cette vengeance une Chose de Ténèbres Denses Incarnées et causer la mort de dizaines, de milliers d’innocents, aussi bien des Nazaddi que des Humains, car cette chose était insatiable…



« Et cette nuit, j’ai invoqué cette malédiction. Et Gladys lui a offert son corps pour la contenir et lui conférer la finitude qui nous est propre : le pouvoir de mourir et donc d’être renvoyée dans les Abimes Innomables.

Je l’ai serrée dans mes bras, comme une sœur dans les Etoiles. Et … et … »

Et c’est toi, Gladys, qui m’a sauvée !

Par ta pureté de Guerrier Sacré, par ton sacrifice, par ton pardon…
Par ton courage.

C’est toi qui m’as appris qu’il y avait des causes pour lesquelles on peut mourir. En mourant pour que nous vivions.
Toi, lignée Shan de l’Eclipse, tu m’as montré la pureté d’une âme-étoile qu’était ton cœur Nazaddi…
Un masque de tromperie, qui cachait un dévouement sincère… C’est toi qui es une sainte, Gladys…

Et moi… Je ne peux qu’expier mon aveuglement et mon orgueil, mon égoïsme et mes pensées indignes et contraires à l'ahimsâ…


La voix d’Amsar tremblait, entrecoupée de sanglots secs.

Alicia la fixait avec des yeux agrandis par la terreur et l’étonnement.

Joe lâcha la main de la Marabout et se tourna vers sa sœur.

« J’y étais, cette nuit. Elle dit vrai. Gladys s’est enflammée, comme une étoile, comme un soleil… Et j’ai senti son esprit me murmurer… Elle a dit « il est des choses pour lesquelles l’on peut tuer. Et il est des causes pures et sacrées pour lesquelles il est doux de mourir. Car la mort n’est que renaissance … ». Je me rappelle maintenant…Je me rappelle…»

« Toi, tu… tu… » Se tournant vers Amsar, Joe cherchait des mots. « Tu aurais pu … Tu aurais dû… »

Oui, j’aurais dû la sauver. J’aurais dû être ce réceptacle de la Ténèbres Dense destiné à être détruit… Moi qui suis déjà marquée par l’ouvrage noir, j’aurais dû agir en Marabout…

Mais je n’avais pas la force de renvoyer cette chose ! Et je ne savais pas que Gladys était une Sicaire-Nova. Un tagger capable de briller comme une étoile de lumière pure. Et le payer le prix de sa vie…

Elle le savait. C’est pour ça qu’elle se disait être prête à mourir.

C’est pour ça que Bokor a versé des larmes sous son masque.

Mais je ne peux vous le dire, sans trahir le secret des Sicaires !



Mais les mots ne venaient pas. Il donna un coup de sa main valide sur le lit, étouffé par le coussin, puis se leva et sortit précipitamment.

« Amsar … Alicia…»

Cette voix claire et encore jeune tira les deux jeune Nazaddi de torpeur. Une femme opulente d’une cinquantaine d’années se tenait dans l’embrasure de la porte.

« J’ai entendu la fin. Tu as la voix qui résonne la sincérité, Sankolo-den (Trad Enfant du ciel). Et qui résonne tout court », sourit Mama Shan à l’attention d’Amsar, entourant les deux jeunes femmes comme une mère qu’elle leur était. « Venez, nous allons chanter pour son Etoile… »


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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 5 Sep - 13:51


Le deuil, chez les Nazaddi, est un acte profondément personnel.

Personne ne vous demande d’afficher un air contrit et apathique d’un dépressif en mal de vivre. Personne ne vous demande de renoncer aux simples joies du quotidien ni de se comporter comme une âme en peine en public durant une période fixée par les normes sociales.

Rien de tout ça !

Nous croyons que toute mort est une renaissance :

Car « Toute naissance est la renaissance d'un ancêtre. »

Car « Ceux qui sont morts ne sont pas morts... les morts ne sont pas sous la terre. Ils sont dans l'ombre qui frémit. Ils sont dans l'eau qui coule. Ils sont dans l'eau qui dort. Ils sont dans la case, ils sont dans la foule. Les morts ne sont pas morts. »

Il y a la peine que nous éprouvons, car nous ne verrons plus la personne qui nous quitte sous sa forme familière. Et même lorsqu’elle renaitra, nous ne saurons nous reconnaitre, car tels sont les lois de Mawu, que certains d’entre nous nomment aussi Dharma. Car il est l’infini qui a autant de noms que l’infini a des facettes.

Et cette peine est notre. C’est le prix que nous payons de rester en vie. De ressentir pleinement la vie qui coule en nous, en notre chaire, notre souffle…

Celui qui meure ne disparait pas dans un néant, non. Il revêt une autre forme d’existence, sa Première Forme Originelle : une Etoile.

Alors les larmes deviennent superflues : comment être tristes de voir un être cher retrouver sa plénitude d’Etoile ?

Car, je le répète, nous sommes tristes pour nous et uniquement pour nous. Pour ce vide que crée le Départ, car nos esprits ne sont pas assez purs pour percevoir le scintillement d’une Etoile. Mais si nous écoutons nos cœurs, nous entendrons le chant de cette Etoile. Un chant à peine perceptible et pourtant plus puissant qu’aucun son qui sortirait de nos gorges.

Une Etoile ne peut se réjouir de notre tristesse.

Il est dit dans les anciennes légendes, que les Etoiles ont pleuré, elles aussi.

Une seule fois.

Et que leurs larmes ont créé la grande Rivière des Etoiles, source de toute vie, qui danse dans les espaces infinis, et dont nous percevons le scintillement lointain dans les yeux de ceux qui sont chers à nos cœurs.

Une Etoile est la célébration de la vie dans le libre scintillement de Lumière. Une Danse infinie dans l’hélice des Eternités. Notre existence est la célébration de la vie comme reflet du Ciel et des Constellations Lointaines qui nous ont vus naitre.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 5 Sep - 14:08

Une petite étoile est capable de guider le marin dans la mer, une seule étincelle peut toujours allumer un incendie gigantesque.
[Ivan Vazov, Les Feux qu’on éteint pas]



Un rêve sans étoiles est un rêve oublié.

[Paul Eluard]


Les étoiles n’ont leur vrai reflet qu’à travers les larmes.

[Vladimir Nabokov]




https://sites.google.com/site/rosesetsronces/recueil-des-roses-et-des-ronces-4/legendes-elfiques-des-hauts-plateaux/3

à la sauce Nazaddi, bien sur !


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 6 Sep - 20:40

Extraits des lettres d’Amsar à l’attention d’Elijah Scott, Art Mathers, Fatima ben Saïd, Stephen Shepard.






* * *

Ça ne m’a pas empêché d’observer le deuil de Gladys. Tout comme Alicia. Tout comme Mama Shan.

Tout comme Joe, surement. Car je ne l’ai plus revu depuis cette nuit. Ni dans cette partie du Ghetto. Ni lors de la Cérémonie. Mais je suis certaine qu’il y était. Je suis certaine qu’il écoutait nos chants et le rythme de nos danses. Sans se mêler aux Danseurs.

Bokor était là. La plupart des Anciens aussi.

Nous n’avions rien prévu, ni prévenu personne. Mais il est des rumeurs qui se répandent comme une trainée de poudre dans le Ghetto, et beaucoup de Cousins et Cousines étaient venus, ceux qui étaient proches des Shan ou d’Alicia, nombreux étaient ceux que je ne connaissais pas…






* * *

Alicia avait trouvé mes paroles réconfortantes.

Sa fine silhouette était comme une gemme démunie de tout ornement, drapée d’un voile noir de deuil, retombant sur le visage comme une volute d’ombre.

Le noir est la couleur de deuil chez nous.

Tout comme chez les Humains de l’Occident.

Le blanc est la lumière. Dans le noir de la nuit, dans le noir sidéral, la lumière est précieuse. C’est pour ça que nos robes de lin sont blanches. Et que les tatouages et peintures sur nos corps sont luminescents.

Le noir est la nuit, le vide, l’absence. Nos corps sont noirs ; enfants de la nuit sidérale que nous sommes.

Le deuil nous couvre du froid du vide. Le deuil est noir.

Moi aussi je porte le noir du deuil de Gladys. Je ne l’ai connu que très peu. Et pourtant je me suis sentie si proche d’elle… Nous étions de la même Ruche, ou bien de Ruches apparentées ! Nous étions liées dans notre chaire… Elle était ce que j’aurais pu être...

Je ne sais pas pour combien de temps.




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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 6 Sep - 20:41

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Extraits des lettres d’Amsar à l’attention d’Elijah Scott, Art Mathers, Fatima ben Saïd, Stephen Shepard.



* * *

J’ai failli aux cinq principes élémentaires de Yama, et surtout au premier d’entre eux, l’Ahimsâ, la compassion et l’affection que les étoiles nous ont légué.

J’ai aspiré à la vengeance, j’ai abandonné mon esprit à la haine, bafouant le principe de modération en tout acte et pensée de Brahmacharya. C’est comme si j’avais commis ce meurtre, comme si j’avais tué Gladys, moi, et non les Ténèbres, par ma haine, par mon orgueil, mon ressentiment…

Parfois je me demande si ce deuil est celui que je prétends qu’il est, ou bien celui de mes illusions sur moi-même. Jamais je ne me serais crue capable d’une telle pulsion meurtrière, destructrice.

Pourquoi ? Est-ce une résurgence de la personne que j’étais avant ? Est-ce que je redeviendrai cet Assassin sacré, cette fanatique meurtrière et suicidaire, que je revois dans mes cauchemars de souvenirs les mains ruisselantes de sang, le sien mêlé à celui de ses victimes…
Est-ce moi ?


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 6 Sep - 22:07



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Extraits des lettres d’Amsar à l’attention d’Elijah Scott, Art Mathers, Fatima ben Saïd, Stephen Shepard.


* * *
La Ruche rappelle toujours ses rejetons à elle. C’est vous qui l’avez dit. Et c’est ce que ressens également, comme une vérité marquée dans la chaire.

Pour l’instant, j’ai ces deux choix.

Revenir aux Sicaires. Revendiquer la place qu’est mienne. Expier mon absence et ma désobéissance au dernier ordre donné (qui était d’accomplir la vengeance sur un Humain, qui était innocent du crime dont les miens le rendaient responsable). Redevenir la main qui exécute sans poser de questions. Sans se poser de questions. Revêtir le collier de servage envers mon propre peuple…

Quoi de plus noble que de servir ses frères et sœurs ? Quoi de plus pur que de servir une cause qui nous dépasse tous ?

Mais cela suppose redevenir un sacrifié en sursis. Libéré du désir de vie. Libéré de tout espoir.

Je ne suis pas prête à mourir ! Je veux vivre !

J’ai vu le ciel dans vos yeux, et je veux vivre pour le contempler encore et encore. Je veux espérer qu’une nuit vous viendrez avec moi danser sur la Rivière des Etoiles. Et si les étoiles qui m’ont vu naitre ne veulent plus de moi, espérer que vous m’accueillerez dans votre monde du Soleil.

Alors reste ce second choix : vous rejoindre dans la Ruche de Benedict Ashcroft, ruche qu’il a crée par une connaissance puisée dans le Nécronomicon.

Il n’en sera que ravi, j’en suis certaine !

Les Ashcroft commencent déjà à ne plus voir ma présence. On ne remarque un meuble que lorsqu’on a besoin de quelque chose dans son tiroir. Il en est de même pour les serviteurs. Encore un peu et Benedict me demandera de lui apporter son café…

Et je lui dois déjà tellement !

Il m’a ouvert les portes de l’Université. Il me paye les études ; ma vie entière ne suffira pas à lui rembourser les 50 000 $ que coute une seule année.

Il m’emploie au Cyclopean. Il me permet de travailler sur le projet Eden. Et ce projet pourrait un jour, s’il aboutit, être le ciment d’une paix indestructible entre nos deux peuples. S’il aboutit, Alicia, ma meilleure amie, pourra donner vie à un enfant et offrir le plus beau présent du ciel à l’Humain qui sera bientôt son Etoile-compagne…

Le fréquenter m’ouvre des portes qui, sans cela, resteraient fermée à jamais. J’en suis consciente.

Je me surprends à être une personne si intéressée !



Benedict Ashcroft, en tant qu’être humain, me fascine. Je n’arrive pas à le cerner.

Je ne comprends pas ses motivations, en ce qui concerne ma petite personne. Je ne suis pas une Shaman aussi douée que son fils Jeremiah. Pour l’accueil de Shen Orbus, il m’a dit que c’est sur vos conseils qu’il m’a confié cette mission, sans arrières pensées.

Ni pourquoi il s’occupe tant de la communauté Nazaddi (outre le fait que ce sont des électeurs potentiels). Mais je ne minimise pas les actions qu’il a menées dans ce sens et je lui en suis reconnaissante.

Je n’arrive pas à comprendre comment il me considère. Parfois j’ai l’impression qu’il cherche expressément mon opinion sur une question, voir mon appui dans certaines situations.

Parfois c’est comme s’il se demandait lui-même jusqu’où va ma loyauté ; il m’a même posé cette question une fois. Je n’ai pas voulu répondre. Mais un jour, cette réponse sera exigée, non pas en paroles, mais en acte. Et elle s’imposera d’elle-même à moi, comme une évidence.

Benedict est un Shaman ancien. Puissant. Je me demande quelle part de lui il a sacrifié à l’autel des forces que l’on ne doit pas nommer. Quelle part de lui et quelles existences parmi ceux qui le côtoient, parmi sa propre famille.

Je ne puis le blâmer sur certaines choses qu’il a faites, surtout si les causes sont telles que je les imagine. Pas après ce que j’ai pu ressentir quand je vous ai vu enfermé dans ce portail vers le monde mort, injustement accusé par les Humains, instrumentalisé par les miens… Pas après cette haine qui m’a possédé, qui a failli me faire relâcher sur cette ville les Ténèbres Denses de l’horreur sans nom… Qui sait de quoi est capable un être si l’on lui enfonce une lame empoisonnée de vengeance dans le cœur…
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 7 Sep - 17:22

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Extraits des lettres d’Amsar à l’attention d’Elijah Scott, Art Mathers, Fatima ben Saïd, Stephen Shepard.


* * *

Gladys m’a fait replonger dans mon passé. Et nul avenir ne peut être construit sans un passé.

Et elle m’a offert un avenir. La lumière pure de son Etoile a lavé la souillure des ténèbres denses qui avaient passé à travers moi, à travers mon réceptacle de chaire, effaçant également tous mes tatouages. Donc mon passé.

Nos corps tatoués sont un livre ouvert de nos vies : chaque tatouage est une image d’un événement, d’un accomplissement, d’un choix, d’une déchirure, d’un combat…

J’ai maintenant une peau noire et lisse, comme une page vierge de toute marque.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 7 Sep - 17:41

c’était le temps de Fleurs

http://www.youtube.com/watch?v=R767GxyU_w0


Dans de grands vaisseaux aux rosiers pales
C’est l’espace glacé et silencieux
Qui berçait nos cœurs de Fleurs-étoiles
D’enfants sacrés et sacrifiés aux cieux

C’était le temps des Fleurs
On côtoyait la mort
Et chaque nuit avait un gout de miel
Quand nos couteaux dansaient
Nos chants s’entrelaçaient
On était vieux d’une enfance éternelle…

Et la Ruche nous abreuvait de brume
Au gout ferreux de rituels anciens
Combien j’ai passé de nuits sans lunes
A tracer des pentacles avec le sang

C’était le temps des Fleurs
On distillait la mort
Et chaque nuit avait un gout de miel
Quand nos couteaux dansaient
Nos chants s’entrelaçaient
On était jeunes et l’on vivait au ciel…

Et ce soir je suis devant la porte
D’un passé qui me rappelle à lui
Pour les souvenirs que la nuit m’apporte
Mon âme saigne les larmes de l’oubli



*****************************

Paroles de la Chanson : Le temps des fleurs

Dans une taverne du vieux Londres
Où se retrouvaient des étrangers
Mon coeur criblé de joie montait de l'ombre
Et nous écoutions nos cœurs chanter

Refrain
C'était le temps des fleurs
On ignorait la peur
Et chaque jour avait un goût de miel
Ton bras prenait mon bras
Ta voix suivait ma voix
On était jeunes et l'on croyait au ciel
La la la la la...
______

Et puis sont venus les jours de brume
Avec des bruits étranges et des pleurs
Combien j'ai passé des nuits sans lune
A chercher la taverne dans mon cœur

Refrain
______

Et ce soir je suis devant la porte
De la taverne où tu ne viendras plus
Et la chanson que la nuit m'apporte
Mon cœur déjà ne la connaît plus

Refrain


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 7 Sep - 22:28

un article de wikipedia sur les besoins fondamentaux de l'homme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Quatorze_besoins_fondamentaux_selon_Virginia_Henderson

Les quatorze besoins fondamentaux représentent un modèle conceptuel en sciences humaines et notamment en soins infirmiers. Ils font partie des courants de pensée infirmière et sont proposés par Virginia Henderson depuis 1947. La vision de l'interdépendance des besoins humains et de leurs satisfactions, issue de la pratique de Virginia Henderson, est fortement marquée par le courant behavioriste. Enseigné durant les études en soins infirmiers, le concept des quatorze besoins fondamentaux se base notamment sur l'expérimentation personnelle


Respirer.

Capacité d'une personne à maintenir un niveau d'échanges gazeux suffisant et une bonne oxygénation.

Boire et manger.

Capacité d'une personne à pouvoir boire ou manger, à mâcher et à déglutir. Également à avoir faim et absorber suffisamment de nutriments pour capitaliser l'énergie nécessaire à son activité.

Éliminer.

Capacité d'une personne à être autonome pour éliminer selles et urine et d'assurer son hygiène intime. Également d'éliminer les déchets du fonctionnement de l'organisme.

Se mouvoir, maintenir une bonne posture et maintenir une circulation sanguine adéquate.


Capacité d'une personne de se déplacer seule ou avec des moyens mécaniques, d'aménager son domicile de façon adéquate et de ressentir un confort. Également de connaître les limites de son corps.

Dormir, se reposer.

Capacité d'une personne à dormir et à se sentir reposée. Également de gérer sa fatigue et son potentiel d'énergie.

Se vêtir et se dévêtir.

Capacité d'une personne de pouvoir s'habiller et se déshabiller, à acheter des vêtements. Également de construire son identité physique et mentale.

Maintenir sa température corporelle dans la limite de la normale (37,2 °C).

Capacité d'une personne à s'équiper en fonction de son environnement et d'en apprécier les limites.

Être propre, soigné et protéger ses téguments.

Capacité d'une personne à se laver, à maintenir son niveau d'hygiène, à prendre soin d'elle et à se servir de produits pour entretenir sa peau, à ressentir un bien-être et de se sentir belle. Également à se percevoir au travers du regard d'autrui.

Éviter les dangers.

Capacité d'une personne à maintenir et promouvoir son intégrité physique et mentale, en connaissance des dangers potentiels de son environnement.

Communiquer avec ses semblables.

Capacité d'une personne à être comprise et comprendre grâce à l'attitude, la parole, ou un code. Également à s'insérer dans un groupe social, à vivre pleinement ses relations affectives et sa sexualité.

Agir selon ses croyances et ses valeurs.

Capacité d'une personne à connaître et promouvoir ses propres principes, croyances et valeurs. Également à les impliquer dans le sens qu'elle souhaite donner à sa vie.

S'occuper en vue de se réaliser.


Capacité d'une personne à avoir des activités ludiques ou créatrices, des loisirs, à les impliquer dans son auto-réalisation et conserver son estime de soi. Également de tenir un rôle dans une organisation sociale.

Se divertir, se récréer.

Capacité d'une personne à se détendre et à se cultiver. Également à s'investir dans une activité qui ne se centre pas sur une problématique personnelle et d'en éprouver une satisfaction personnelle.

Apprendre.

Capacité d'une personne à apprendre d'autrui ou d'un événement et d'être en mesure d'évoluer. Également à s'adapter à un changement, à entrer en résilience et à pouvoir transmettre un savoir.


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Sam 8 Sep - 21:23

Benedict Ashcroft parcourut rapidement le rapport sur les activités d’ Amsar Souadou, Chargée d’affaires culturelle junior chez Myscatonic, projet Eden, Cyclopean.

Le reposa.

Puis le reprit.

Quelque chose clochait.

Cette gamine avait une capacité de concentration digne d’un cadre bourreau de travail. Et ça, sans compter ses études à l’université Ashcroft.

Elle arrivait ponctuellement au Cyclopean trois soirs par semaine, vers 18 heures. Et repartait à 7 h le lendemain matin, en direction de l’Université, après une douche rapide et s’être changée dans le local prévu à cet effet sur l’étage où se situaient ses bureaux.
Elle était donc capable d’enchainer des journées de plus de 48 heures d’affilé … Ou bien elle dormait en cours ?

Il tapota sur son téléphone et eut rapidement l’emploi de temps détaillé d’Amsar Souadou.

1. Université Ashcroft.

Cours quatre jours par semaine. Présence discrète mais assidue. Temps libre dans la journée passé en bibliothèque ou dans les salles d’études. Etudiante discrète et sans histoires ; ne se fait pas remarquer.


2. Travail au bar de nuit.

Passe deux nuits ou trois nuits par semaine au Nostromo. Danseuse.


3. Activités liées au Ghetto Nazaddi.

Passe quelques heures toutes les nuits au Ghetto Nazaddi. Et deux à trois nuits complètes par mois.

S’investit dans la gestion de la nouvelle Ecole Zion.

Semble être à l’origine du projet « Solidarité Ghetto », porté par quelques étudiants du campus : des collectes de biens (vêtements, produits divers…) sont effectuées auprès de la déchetterie de la ville, lesquels sont ensuite triée par des bénévoles Nazaddi et redistribués gracieusement où à des prix symboliques aux habitants du Ghetto. En ont bénéficié notamment les refugiés du vaisseau.


4. Myscatonic.

Travaille au Cyclopean quatre à cinq nuits par semaine, et de jour tous les WE. Semble avoir des capacités de concentration exceptionnelles et une bonne résistance à la fatigue (certains enregistrements montrent une activité professionnelles de 45 heures sans interruption).

Dort surement dans son bureau (pas de demande de mobilier particulier si ce n’est des coussins de sol et des nattes tressées de lin).

Pratique des exercices de méditation et de relaxation (sophrologie ? yoga ?), ainsi qu’un culte animiste de sa communauté (prières pluriquotidiennes, idoles sur le lieu de travail).

Du fait du très faible éclairage dans ses bureaux, les caméras n’ont donné que des enregistrements approximatifs.


6. Remarque générales.

Les trajets sont effectués en scooter et à pieds.

Est végétarienne. Alimentation irrégulière. Souvent en sous alimentation (pratique le jeune, probablement pour des raisons religieuses).

Ne consomme pas de drogues, ni de médicaments, ni du memento.

Consomme occasionnellement : alcool, tabac, excitants (café, thé).

Employée discrète, sur la réserve, voire effacée.

Un arrêt maladie connu pour motif d’épuisement psychique et dépression sévère. Soins dispensés par un parapsychologue d’Arkham, Pr Random.

Impossible d’établir un profil médical et psychologique précis : refus catégorique de suivi médical par les médecins psychiatres et physiologistes travaillant en collaboration avec Myscatonic.


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 11 Sep - 15:34




Cyclopean. Bureau d’Amsar SOUADOU, Chargé d’Affaires Culturelles Junior




J’ai lu, et relu, et relu la liste de noms que m’avait communiqués Fatima. Mais ce n’étaient que des noms pour moi, des sonorités agencées plus ou moins harmonieusement et avec plus ou moins d’originalité.

Qui étaient les trois Humains que je cherchais ? Je ne connaissais pas leurs noms. Je ne me rappelais que de leurs voix, de leurs odeurs, du crissement de leurs chaussures sur la route, de leurs coups, de leurs mains tordant mon bras…


La jeune Nazaddi borgne frissonna à ce souvenir.

Elle avait passé la semaine à mettre devant les noms des adresses. Nombreuses se situaient dans les quartiers aisés de la ville, les quartiers « humains », dont le quartier irlandais. Elle a répertorié toutes les rues, l’agencement des habitations, des bars appelés « pubs ». L’accès à l’info sphère était anonyme depuis le campus. Et pour des données plus précises, elle avait fait une requête ou deux depuis Cyclopean.

Mais ça ne me dit pas qui étaient ces trois-là... Seul mon corps s’en souvient à la perfection, pas mon esprit que j’avais fait taire pour faire taire la sensation de la douleur. Le corps, lui, se souvient de tout… L’esprit se souviendra, au moment venu.

Elle a plongé ses doigts dans un pot de porcelaine blanche contenant une crème parfumée. Chrysalis, gamme Cinderella, coffret SunchildBeauty. Un euphémisme pour faire miroiter aux jeunes filles Nazaddi le rêve de vivre quelques heures dans la peau d’une Humaine, une enfant du Soleil.

24 heures, explicitait la notice. J’ai 24 heures pour retrouver dans ce faubourg Humain les trois que je veux.

J’ai dû danser quatre soirs pour me payer des crèmes Cinderella. Ça fait tout trole de dépenser d’un coup 1 300 $ pour des crèmes de beauté, mais au moins, j’aurais des stocks…

Teinture pour les cheveux, lentilles et un œil en verre assortis, crème remodelante pour la cicatrice, vêtements de rechange… Tout y est. Je ne suis pas aussi douée qu’Alicia ou que Vadim, mais à force de côtoyer les jeunes Humaines écervelées du Campus, je pense pouvoir faire « couleur locale »…

C’était le temps des Fleurs
On côtoyait la mort
Et chaque nuit avait un gout de miel
Quand nos couteaux dansaient
Nos chants s’entrelaçaient
On était vieux d’une enfance éternelle…


Les microorganismes d’origine xeno sans doute et modifiés par les laboratoires Chrysalis ont fait ce pourquoi ils ont été créés. Au bout d’une bonne heure, devant le miroir se tenait une jeune Humaine, grande, un peu malingre, à la peau pale comme celle d’une personne fuyant le soleil, aux yeux d’un bleu clair, presque délavé. Elle a rajusté une mèche crantée d’un blond platine, la faisant retomber sur un œil.

« Salut… », chuchota-t-elle à ce visage inconnu et étranger qui était le sien pour quelques heures, « mène-moi sur les danses pourpre de mon passé… »


* * *

Depuis sa place discrète et à l’ombre dans le bar du Cyclopean, le N°2 de la sécurité et connu sous le nom de Zack Simon avait une vue de choix sur le palier de l’ascenseur et les principales allées de l’étage désaffecté.

Il observa avec intérêt une jeune femme grande et pale sortir du bureau d’A. Souadou et refermer doucement la porte. Il ne se rappelait pas l’avoir vu y entrer. Mais il était au bar depuis peu, autant consulter les enregistrements.

Elle prit l’ascenseur et descendit jusqu’au Hall.

Zck Simon l’observa via les cameras en retransmission directe sur son moniteur holo. Elle passa sous les portiques. Rien de suspect n’a été détecté. Elle sortit et appela un taxi.

En visite surement pour cette Souadou. Zack Simon se resservit un verre de bourbon. Projet Eden peut-être ? Une cobaye ? Il était temps, Ashcroft s’impatientait…



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 11 Sep - 18:37

Arkham. Pub The CORCORAN’S Lounge Bar


« Et que fait une si charmante Miss comme vous ici ? »

Cette voix me fit sursauter.

L’homme était grand, d’une cinquantaine d’années. Costume de marque. Cheveux poivre et sel coupés courts. Parfum ambré, notes soutenues de The Man d’YSL. Vendu au ROYALTON à Arkham.

A travers mes lentilles je fixai ses yeux, d’un gris froid, comme le ciel de nuages bas d’hivers. Des yeux d’une intelligence vive. Des yeux affutés.

« Je bois un verre. Vous me l’offrez ? », lui souris-je, posant mes lèvres sur le rebord du verre, et le finissant cul sec, en faisant attention de ne pas faire claquer mes dents. J’ai vu tant de fois les jeunes femmes débiter ces platitudes au Nostromo !

Il fit signe au barman, qui apporta une bouteille de Golden Irish Whiskey. Lui servit un verre.

« Et pour Mademoiselle ? »

« Même chose », dis-je, faisant lisser mon verre vide.

Je l’ai vu esquisser un sourire. Il faisait partie de ces gens qui ne souriaient que de la commissure des lèvres. Ses yeux restaient froids.

« Vous fumez ? Mademoiselle … », il sortit un porte-cigarettes en or, massif surement, avec des initiales TM gravées. « Thomas O’Mailey », explicita-t-il, surprenant mon regard appuyé, « vous pouvez m’appeler Thomas »

« Alecto… », j’en pris une et aspirai nerveusement. « Alecto Shannon… Enchantée. »


http://fr.wikipedia.org/wiki/Alecto


* * *
C’est étrange d’être assise en face d’une personne que tout mon être abhorre.

Nous discutons calmement. Des platitudes sur des études, le travail, le temps, la société… Nous rions. Nous nous découvrons des opinions proches. Des gouts proches… Comme ce Whiskey irlandais, par exemple. Et c’est vrai qu’il est bon.

Le rejoignent une petite heure plus tard deux autres hommes, plus jeunes, qu’il me présente comme son fils, Finn, et son neveu, Donal. Ils ont la vingtaine.

Finn me jauge, des pieds à la tête. Je lui souris timidement. Je le connais, de vue. Il va à l’Université Ashcroft. Mon corps le connait aussi. Je regarde ses mains saisir le verre et le porter à ses lèvres, et je sens, comme une réminiscence, mon épaule se tendre sous la pression des mêmes mains. Je frissonne. Oui, c’est vrai qu’il fait froid. J’accepte en remerciant son manteau. Ou bien est-ce celui de Donal…

Je joue ce que mon nouveau visage me dicte de jouer : une Humaine de Washington (heureusement qu’on était passés par là récemment avec Elijah) en visite à Arkham pour le travail, recherches universitaires… Finn se propose de me faire visiter le campus. Me voilà ravie…

J’écoute attentivement Thomas O’Mailey me parler d’Arkham, son histoire, son évolution, ses monuments et ses habitants. Finn et Donal parlent peu en sa présence. Ils ne cachent pas leur aversion pour les Migos et leurs rejetons maudits les Nazaddis.

Je n’arrive pas à cacher mon aversion non plus, envers les mots qu’il prononce, mais il ne le sait pas. Il prend ces frissons de haine pour la peur et me rassure en disant que l’actuel maire connait des chutes de popularité, qu’il n’est pas soutenu par les autres conseillers de la ville et les représentants des quartiers, qu’il ne sera pas réélu car la population – humaine, ça va de soi – ne le laissera pas détruire cette ville…

Je me surprends à rire avec eux. Mais ce n’est pas moi. Ce n’est que ce nouveau masque de chair...

Je fais mine de partir.
J’ai pu trouver ce que je cherchais, après tout...

Ils échangent un regard complice et m’invitent à rester encore. J’accepte. Je les sens se détendre. Nous continuons la soirée au CORCORAN’S, autour d’une partie de billard. L’atmosphère devient plus désinhibée, alcool aidant ; il fait aussi plus chaud et l’air est enfumé.

Je ne sais pas jouer au billard. Finn m’apprend. Se sens sa respiration dans mon cou. Son haleine sent le vin des étoiles. Son père ne le remarque pas, ou bien ne souhaite pas le remarquer. Je sens mes entrailles se tordre de douleur, chaque fois qu’il pose ses mains sur mes bras. Mais je ris…

Mes mains agrippent le bois de la queue comme le manche d’une arme. J’en suis consciente. Je m’excuse pour ma raideur de débutante… Ils rient… Je suis assise sur le rebord de la table de billard et j’applaudis Finn… Il boit trop. C’est fou ce que les Humains boivent, comme alcool : Elijah, Art, les etudiants du campus…

Thomas O’Mailey m’observe d’un coin de l’œil, tout en consultant des documents de travail… Il porte une alliance. Il a une famille… Pourquoi il nous déteste tant ? Pourquoi il suffit d’un masque de chair pour que son regard change ?... Est-ce qu’il a senti en moi autre chose qu’une Humaine ? Est-ce qu’il est aussi chaleureux avec tout le monde ?

Des personnes viennent le voir. Des hommes, pour la plupart. Ils parlent à voix basse. Je n’entends pas, ou peu. Quelques noms de la liste de Fatima. Quelques noms ou surnoms inconnus… Je fais semblant de ne pas prêter attention…

Il est minuit passé. Je sens que la tête commence à me tourner. Donal discute avec un groupe d’Humains. Finn tint à peine debout. Il s’appuie sur moi pour marcher jusqu’au canapé Chesterfield et s’y écroule de toute sa masse, m’entrainant par la même occasion. Je pouffe de rire comme une pintade écervelée et me dégage en contorsionnant… O’Maley fait un signe et Donal vient m’aider à me relever…

J’ai la nausée. Est-ce ce que j’ai bu ? Est-ce le simple contact avec ceux qui m’ont rouée de coups il y a quelques mois de ça ?
Est-ce mon comportement qui me dégoute ?...

Je m’éclipse pour « repoudrer le nez » avec un de ces sourires enjoliveurs que j’ai déjà vu sur le visage d’Iris Church… J’oblique vers le bar et commande un taxi. Je recroise Finn. Il se propose de me raccompagner. Je décline poliment. Je lui tends le manteau ; non, je peux le garder ; merci…

Je sors attendre le taxi. Le froid de l’hiver me mord la peau. Je happe l’air vicié d’Arkham comme si je suffoquais. Le taxi arrive. Je monte. Je donne une adresse d’un hôtel dans le centre ville, pas loin du Cyclopean.

L’odeur de l’essence ravive la nausée. Je demande au taxi de s’arrêter. J’ouvre la portière et me laisse tomber dans la neige sale du bas coté de la route. Je vomis… Je rends le whiskey, les biscuits, tout ce qui était encore dans mon estomac. Les spasmes continuent. Je voudrais rendre l’air que j’ai respiré, je voudrais vomir les mots que j’ai dit, vomir mon rire… Je prends la neige, tant pis si elle est noire de poussière, et m’en frotte les mains, les bras…

Le taxi vient me voir. Je ne dois pas être ni mieux ni pire que ses autres clients ramassés ivre morts dans un bar. Je lui donne le premier billet que ma main trouve dans le sac, ça semble suffire. Il part.

Je continue à pieds. Le manteau des O’Mailey est foutu. Rien que le toucher me dégoute, il porte l’odeur des coups… je découpe le col, à peu près propre. Quelque chose tombe de la doublure. Je fouille dans la neige, mes doigts agrippent quelque chose de métallique. Un mouchard ? Je laisse le manteau sur le bas coté et oblique vers les habitations. Vers Cyclopean…


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 11 Sep - 18:52


Cyclopean. 01h12. Bureau de Zack Simon, Département Sécurité


Zack Simon consulta son téléphone. La sécurité du Hall signalait que la jeune femme blonde et pale était entrée au Cyclopean avec le pass d’A.Souadou et était dans l’ascenseur.

Il sélectionna les cameras de surveillance de l’étage désaffecté. Zooma sur la forme hagarde qui courait en titubant et laissant des flaques d’eau sale sur les dalles immaculées du couloir, vers le bureau de ladite Mlle Souadou. Ouvrit la porte.

Simon changea de camera. Depuis peu, il avait fait installer des capteurs ultrasensibles et infrarouges dans ce bureau, car par manque de lumière les enregistrements étaient souvent de qualité médiocre.

La forme était bien cette jeune femme blond platine et dont l’allure générale rappelait fortement Mlle Souadou. A un détail près : cette femme était humaine.

Il la vit s’approcher d’un miroir et faire glisser les doigts depuis le front vers la joue, dessinant l’emplacement exact de la cicatrice de Mlle Souadou.

Zack Simon enclencha l’enregistrement.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 11 Sep - 19:33

* * *
Cyclopean. 01h30. Bureau d’Amsar SOUADOU, Chargé d’Affaires Culturelles Junior

C’était le temps des Fleurs
On distillait la mort…


Dans une pièce plongée dans l’obscurité, une jeune Humaine pale chantonnait devant un miroir. Elle enleva l’œil en verre et mit un aérolithe noir dans l’orbite vide. Puis enleva la lentille, découvrant un œil cyanosé.

Et chaque nuit avait un gout de miel
Quand nos couteaux dansaient…


S’arracha les habits humains avec une mine de dégout non voilé et noua autour des hanches plates et juvéniles une peau de serpent agrémentée de colifichets menaçants. Elle tapa du pied et les grigris s’entrechoquèrent dans un cliquetis sinistre.

Nos chants s’entrelaçaient
On était jeunes et l’on vivait au ciel…


Tout en dansant, elle s’approcha d’un coin et ôta le linge sombre qui recouvrait une cage. L’un des trois coqs ouvrit un œil et s’ébouriffa le plumage noir. Elle rit et jeta des graines dans la cage.

Et la Ruche nous abreuvait de brume
Au gout ferreux de rituels anciens…
Combien j’ai passé de nuits sans lunes
A tracer des pentacles avec le sang…



* * *

Depuis son bureau, Zack Simon regardait, médusé, la jeune humaine se transformer en marabout spectrale Nazaddi. Puis les images commençaient à se brouiller et, intrigué, il se déplaça en personne.

Caché dans les ombres dans un recoin de la pièce, il entendit les chants roques sifflants sortir de cette gorge pale. Les pieds nus tambourinaient un rythme saccadé et hypnotique sur le sol nu d’archanotech. Il vit un masque noir où scintillaient des points lumineux comme des etoiles.

Il vit la sorcière bruler des vetements et s’enduire le corps nu de ces cendres. Il la vit égorger les coqs noirs avec un étrange couteau courbe, et boire le sang chaud. Et arracher les cœurs encore palpitants et les disposer dans des dessins étranges luisant sur le sol.

Il vit le corps diaphane de l’humaine s’assombrir dans les fumées de l’encens et les cendres, et laisser place à une silhouette d’onyx de Nazaddi.

Il vit le corps de la Marabout convulser de spasmes, puis s’immobiliser dans une raideur et un silence cadavériques.

Il attendit.

Une heure passa.

Il attendit encore.


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 12 Sep - 18:35

Arkham. Quartier Irlandais. Pavillon des O’Mailey. 04h45


Je suis le fantôme de ce joli pavillon d’Arkham…

Je suis Alecto à la main qui ne tremble point… Je suis Megaira suintant le ressentiment et la haine …. Je suis Tisiphone dispensant la vengeance … Je suis Kali la noire au collier des 51 masques d’ossements …

Je les vois… Vulnérables…

Comme l’était Esther !

Comme l’étaient mes cousins ! Vulnérables aux flammes, vulnérables aux coups, vulnérables aux humiliations…

Je les vois… Une famille… Une compagne… Des enfants, devenus grands… Devenus meurtriers et tortionnaires. Devenus incarnation de haine !

J’ai encore ces images des exécutions qui dansent devant mes yeux …

Haine que je bois et que je leur rendrai…

Vengeance que je suis pour les miens …

Je suis le fantôme de ce joli pavillon d’Arkham…




* * *


Extraits de rapport de la Police d’Arkham
L’incendie s’est déclaré dans la demeure de Thomas O’Mailey vers 05h30 du matin.

Les chambres où dormaient les O’Mailey avaient été aspergées d’essence et les portes fermées à clef ou bloquées de l’extérieur, ne laissant aucune chance à leurs occupants de s’en sortir.

Le corps de Thomas O’Mailey a été retrouvé à moitié calciné dans le jardin. Il avait réussi à sauter par la fenêtre. Mais il a été tué par arme blanche (couteau) par son fils Finn, alors qu’il criait à l’aide (témoignage d’une voisine, Mme X).

L’arme du crime a bien été retrouvée sur place et elle porte bien les empreintes de Finn O’Mailey.

Finn O’Mailey semble avoir perdu la raison et avoir été à l’origine de cet homicide quia touché toute la famille O’Mailey présente cette nuit dans la demeure.
Il a été retrouvé dans un état de délire par la police dans le jardin.
Son état de santé était critique (il s’était ouvert l’abdomen avec un couteau, causant des dommages irréversibles, aggravés par une consommation récente d’alcools et de Juce). Il est décédé avant que les secours n’arrivent.

En tout, nous avons dénombré 6 victimes ; deux femmes et 4 hommes.

Officiellement, l’enquête est en cours et la piste de l’accident est privilégiée (les feux de cheminée en hivers sont cause de nombreux incendies)

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 13 Sep - 17:45

Cyclopean. 06h05. Bureau d’Amsar SOUADOU, Chargé d’Affaires Culturelles Junior. Extraits des notes de Zack Simon

Le corps de Mlle Souadou donne digne de vie. Zack Simon nota mentalement l’heure.

06h10.
Elle se relève et en titubant se dirige vers un coin avec une bassine. Y verse de l’eau. Balaye son bureau en chantonnant en nazaddi. Puis nettoie méticuleusement le local. Elle chantonne toujours.

06h55
Elle sort discrètement du bureau. Avec le sac contenant les cadavres des poulets et les serpillères sales, qu’elle met dans les poubelles du couloir. Et un autre sac, surement avec des affaires personnelles.
Se dirige vers les salles d’eau de l’étage.
Se lave méticuleusement.

07h20
Elle sort des salles d’eau. En uniforme de l’Université Ashcroft. Retourne à son bureau. Ressort avec son manteau et son sac.
Prend l’ascenseur.
Devant le Cyclopean, prend le bus en direction du Campus.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 19 Sep - 20:19



" Dossier A. Souadou." Notes de Zack Simon, Département de Sécurité, Myscatonic. Cyclopean.


Ces semaine, Mlle Souadou a répété à trois reprises son « rituel » de déguisement en humaine. A chaque fois, elle arborait un visage, un style vestimentaire et une corpulence différents.

De plus, elle a subtilisé dans les laboratoires de Cyclopean les gants en spray et s’en couvre abondamment les mains avant de quitter son bureau. Visiblement, elle ne souhaite pas laisser d’empreintes.

Elle semblait connaitre les personnes à qui elle s’adressait et se comportait naturellement, comme toute jeune femme humaine.

Elle semble connaitre ses cibles à l’avance. Elle les repère et s’adapte à eux. Elle semble à l’aise pour jouer le rôle des humaines ( ce qui est étonnant, vu son coté réservé habituel).

Les point commun entre ses cibles est qu’ils sont connus pour leurs opinions politiques (proches de républicains et du Klan). Deux avaient des casiers judiciaires et étaient connus des services de l’ordre d’Arkham (bagarres, rixes de rue…).

Un autre point commun, est qu’il est à première vue, difficile d’établir un lien entre les trois faits divers.

1_Suicide de Mr X
S’est jeté du 4ème étage de son appartement.

2_Triple homicide ou double homicide et un suicide de Mr A, ses amis Mr B et Mme B.
Un vaudeville qui aurait mal tourné : Mr A et Mme B auraient été tués par Mr B. Ce dernier aurait éventré les victimes et leur tranché la gorge, avant de se donner la mort en plantant son propre couteau dans l’œil.

3_Accident de Mr Z et Mr W
La nuit du ** au ** ce de mois, Mr Z et Mr W, en état d’ébriété certain tous deux, marchaient, en compagnie de Mlle Souadou-humaine, sur le fleuve gelé. La glace a cédé, ils se sont retrouvés dans l’eau glacée. Le temps que les secours arrivent, les deux hommes ont eu le temps de subir un choc thermique et de se noyer. Le corps de la troisième personne (Mlle Souadou) n’a pas été repêché par les secours.
Le lendemain, Mlle Souadou a été vue au Campus dans la journée et au Cyclopean le soir sans rien d’anormal dans son état physique ou son comportement.




Notes concernant l’affaire Mr X. Police d’Arkham

La victime, Mr X, a été retrouvée décédé au pied de son immeuble. Selon les voisins et les témoins oculaires, il se serait jeté du balcon de son appartement situé au 4ème étage.

L’autopsie a montré que le décès est survenu suite à sa chute (crane brisé, dommages de la colonne vertébrale…). Les analyses ont également relevé un taux important d’alcoolémie et une présence de Juce dans le sang en quantités importantes (suffisantes pour provoquer un delirium tremens et/ou une perte d’équilibre qui a causé la chute).

La thèse de l’accident est à privilégier.







Notes concernant l’affaire Mr A, Mr B et Mme B. Police d’Arkham

Les trois cadavres ont été découverts dans une chambre d’hôtel à ***street par la femme de chambre venue faire le ménage. L’heure du décès est proche pour les trois victimes, ainsi que les causes des décès : blessures par couteau.

Mr A et Mme B ont eu les cordes vocales tranchées (ce qui explique que personne n’ait entendu des appels à l’aide). Mais c’est les blessures dans l’abdomen qui ont causé le décès. L’autopsie a montré que les coups portés étaient létaux, endommageant les organes (le foie, les intestins).

L’arme a été trouvée sur les lieux. Il s’agit d’un couteau à cran d’arrêt d’assez grande taille. Il a été trouvé planté, enfoncé jusqu’au manche, dans l’œil de Mr B et porte les empreintes de ce dernier. Il se serait suicidé ainsi, après avoir assassiné sa femme et un ami de la famille.

Les seules empreintes trouvées sur le lieu du crime sont ceux des victimes, et du personnel de l’hôtel (les personnes interrogées ont eu tous des alibis).

La piste d’un crime passionnel suivi du suicide de son auteur est à retenir.





Notes concernant l’affaire Mr Z et Mr W. Police d’Arkham
Le décès de Mr Z et Mr W, survenu dans la nuit de ** au **, est dû au choc thermique et à la noyade qui s’en est suivi dans les eaux du fleuve Myscatonic (voir compte rendu de l’autopsie).

Les secours étant arrivés trop tard sur les lieux pour sauver ces promeneurs qui s’étaient aventurés sur la glace fragilisée par la proximité des installations industrielles, nous ne pouvons que déplorer cet accident malheureux.
Il est à signaler qu’une troisième personne, une femme WASP, aurait été vue en compagnie de Mr Z et Mr W, plus tôt dans la soirée. Son corps n’ayant pas été repêché par les secours, nous supposons qu’elle a quitté les deux hommes avant leur promenade tragique.
La thèse de l’accident tragique est certaine pour le dossier de Mr Z et Mr W.

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 19 Sep - 23:49


Bureau d’Amsar Souadou. Cyclopean.

La jeune Amsar était immobile depuis plusieurs heures, assise en posture de lotus au centre d’une étoile en arabesques de vévés et de neuf bâtonnets d’encens. Devant elle finissaient de se consumer sur une natte de sable des éclats de bois et de sève.

La Nazaddi bougea lentement ses mains, les posa au dessus des braises encore rougeoyantes sur le sable et bascula tout son corps en avant, relevant les jambes en arrière, et ramenant les pieds vers la tête. C’était la posture de Vrakshasana, qui prenait appui sur les avant bras qu’Amsar avait posé sur les braises, la posture de l’arbre...

Comme un arbre qui s’écroule vers le sol qui l’a vu naitre… Voilà ce que je suis : un arbre, non, un roseau qui s’écroule, qui se ploie sous les réminiscences de mon passé et de ce que je suis…

Et la Ruche nous abreuvait de brume
Au gout ferreux de rituels anciens
Combien j’ai passé de nuits sans lunes
A tracer des pentacles avec le sang

Non, je n’accuse personne ! Je n’accuse pas ma Ruche, car elle n’y est pour rien. C’est moi qui a replongé mes mains dans le sang de la chaleur des sacrifices, de la pourpre de la vengeance. Et de l’ivresse du meurtre. Comme si c’était moi l’idole qui en était nourrie, l’idole qui prenait plaisir charnel et endotique à me repaitre de cette souffrance…

Car ils ont souffert ! Oui, ils ont souffert, comme en écho aux souffrances de ceux qui ont été torturés et brulés sur des croix enflammées… Mes cousins, mes frères, mes sœurs, mes enfants, mes anciens… Eux, ont souffert. Et ces humains ont payé et paieront. Mes cousins s’en chargeront et leur feront connaitre la danse des Fleurs-étoiles !

Quand nos couteaux dansaient
Nos chants s’entrelaçaient
On était jeunes et l’on vivait au ciel…

Et j’ai de nouveau les mains couvertes de sang… C’est ce sang impur que je lave, en plongeant mes mains dans la sève fondue. Elle me brule, je le sens. Mais je ne connais que cette façon de se purifier, d’expier le meurtre du sacrifice… Si mon acte a été juste, je ne garderai nulle trace de brulure. Si j’ai fait couler le sang d’innocents, le sable et la sève fondue couleront sous ma peau et cette nouvelle cicatrice sera un rappel de ma faute…

Et l’Ange de mon ciel ne me dira plus jamais « tu es une sainte »… S’il ne l’a déjà vu, il verra que l’ombre de mes danses de la Brillante AL-Naïr est la danse sombre de Kali la noire, l’assoiffée de sang, la vengeresse. Erzulie Freda l’aimante, la douce, cache Erzulie Dantor la destructrice…

Laquelle des deux suis-je ?

Je sens que c’est dans le ciel de ses yeux que je trouverai ma réponse… Mais je n’ose lever mes yeux vers ce ciel. J’ai peur de le souiller de ma simple présence, de mon simple regard… Il m’est comme une étoile aveuglante par sa pureté et sa bonté…

N’est-ce pas ainsi que les humains définissent leur Dieu ?
Et comme leur Dieu a crée les Humains à son image, et leur a insufflé une parcelle de lui-même, qui est l’âme divine, c’est que Stephen Shepard est un avatar de Dieu, une incarnation de l’étoile nommée Soleil…

Qui suis-je pour vous, Soleil de mon âme ?

Je vous veux. Je vous désire comme Etoile-compagne… Le souhaitez-vous ?...

Ce sont les paroles rituelles que se sont prononcés Paul et Alicia et que bientôt ils prononceront à nouveau, entourés des Neuf Feux du ciel, avant d’allumer dans leurs mains jointes le Dixième Feu.


Le soleil pale d’une matinée d’hivers passa timidement par la fissure de la fenêtre étroite dans le mur sombre d’archanotech. Glissa vers le centre de la petite pièce. Joua avec les teintes de gris des cendres froides et des mordorés du sable.

La Nazaddi rebascula lentement ses jambes en arrière et posa ses genoux peints sur le sol. Elle releva ses bras et les plongea dans l’eau de la bassine d’eau glacée, qui se teinta de la couleur grisée des cendres.

Les paumes des mains, la peau des avant bras était d’un ébène sombre immaculé, sans aucune trace de brulure ni cicatrice.

La Nazaddi sourit, et, faisant glisser la lame courbe de son couteau délicatement sur la peau nue de sa poitrine, continua les contours du dessin d’un ange. Le même ange que celui du médaillon qu’elle portait.
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 19 Sep - 23:50

posture de lotus


Posture Yoga GANDA BHERUNDASANA


posture du chameau






posture de Vrakshasana


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 20 Sep - 19:52



Bar à l’étage désaffecté. Cyclopean.

L’homme blond en costume gris clair examina attentivement les photos.

« Tu dis que c’est elle ? », il les remit dans l’enveloppe kraft et les tendit à son interlocuteur.

« Oui, c’est bien ta petite protégée de Nazaddi qui égorge les humains comme les poulets sacrificiels de leurs fêtes soi-disant rituelles du Ghetto », répondit d’un ton sarcastique le n°2 de la Sécurité de Cyclopean. « C’est bien elle qui se déguise en humaine, ou plutôt « humaines », vu qu’elle change de visage comme de gants. Je me demande d’ailleurs comment elle fait… Mais tu dois bien avoir un avis sur la question, non ? »

« Je n’en ai aucune idée, Zack », lâcha l’homme blond froidement, « et si cette explication t’intéresse, je ne peux que t’inviter à poser la question directement à l’intéressée. »

« Je l’ai fait. »

« Et ? … », le Responsable de la Sécurité des Ashcroft regardait fixement son adjoint de ses yeux bleu clair d’une douceur froide.

« Et elle m’a signifié clairement qu’elle pourrait postuler pour le Département de la Sécurité. », le n°2 but une gorgée de bourbon et rajouta d’un ton maussade « Mais je ne t’apprends rien, n’est-ce pas ? Tu le savais dès le début, n’est-ce pas ? Dès l’instant où cette balafrée de Nazaddi a mis les pieds dans le Cyclopean… »

L’homme blond garda le silence.

« Ashcroft demande des rapports réguliers sur elle. Il n’est pas encore au courant. Ni de ce qu’elle est. Ni de ce qu’elle fait. Ce qu’elle a fait en dehors de ses études et son travail ici, plus précisément. », se crut obligé de rajouter le n°2, « Tant qu’elle ne se fait pas passer pour moi pour faire ces boucheries, ça ne me concerne pas. Je n’aurais jamais cru qu’elle portait un symbiote métamorphe... Bonne comédienne. »

Le Responsable de Sécurité Stephen Shepard gardait toujours le silence.


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 20 Sep - 19:52

Bureau d’Amsar Souadou. Cyclopean.

La Nazaddi sourit, et, faisant glisser la lame courbe de son couteau délicatement sur la peau nue de sa poitrine, continua les contours du dessin d’un ange. Le même ange que celui du médaillon qu’elle portait.


* * *

Mon prix est le sang. Mon sang est le prix.

Ma peau est vierge de toute peinture, de toute histoire. Mon passé a été effacé. Purifié.

Je veux que ma chaire porte la marque du l’étoile la plus lumineuse de mon ciel de cette Terre : le visage le plus doux de Sol. Le visage de Dieu, qui, comme Mawu l’Unique, est éclaté en une infinité d’avatars et de visages, et qui a pour moi le traits adorés de son Ange…

C’est cet Ange que j’inscris dans ma chaire, cet ange que je porte en médaillon qu’il m’a offert et je porterai sur ma peau d’onyx, comme un éclat de la chaleur et de la pureté du ciel véritable.
Comme un lien qui me rattache au monde. A son monde.
Comme un vévé d’affection et d’adoration.

La lame du couteau est à la chaire de qu’une plume est à un parchemin…

Mon sang est mon encre... Le sang est mon prix... Le prix est mon sang…


Elle mit une goutte de suc d’Harmoniste sur la pointe et repassa la lame, en frissonnant à son contact, sur une entaille à peine perceptible d’où perlait une rosée de sang.

Depuis qu’elle a pu emprunter un Harmoniste à Ava, elle s’était faite un stock certain de ce suc, une sorte d’huile parfumée aux vertus hallucinogènes et aphrodisiaques.

Puis elle recueillit son sang mêlé au suc et reboutonna son kaftan Nazaddi de lin ajusté sur son buste et retombant à la mi-mollet sur un pantalon de lin aux bas resserrée à l’orientale. Ce kaftan était un présent d’Alicia. Ce kaftan, appelé aussi le takchita, avait appartenu à sa sœur Gladys, qui avait des gouts vestimentaires exquis et même luxueux.

La Nazaddi s’approcha d’une large cage en bois, éclairée par des lampes chauffantes. Le sable qui tapissait le sol irradiait la chaleur et le cobra, caché dans l’ombre symbolique du feuillage d’un buisson, était lové autour de son unique œuf.

Elle ouvrit la porte et entra dans la cage. Le cobra était nourri à satiété et était tellement habitué à la présence de bipèdes (il venait du Vivarium d’Arkham) qu’il ne prêta nulle attention à la présence d’Amsar et se focalisa avec plus d’intérêt sur une souris grasse qui était agitée sous son museau.

Amsar se coucha sur le sable chaud et caressa doucement l’œuf l’enduisant du suc d’Harmoniste mêlé à son sang. Ses gestes étaient aussi lents que les reptations du cobra gavé. Puis elle s’assit face à l’œuf et doucement chanta, se balançant au rythme qu’elle battait avec ses mains sur le sable. Le cobra roulé sur lui-même monta ta tête et déploya son capuchon, puis se balança au même rythme, comme hypnotisé, comme accompagnant ce chant.

Un ange intangible entra dans la pièce. Mais nuls yeux ne voient les anges.

Cela faisait plus de deux semaines qu’il n’avait plus de nouvelles d’Amsar. Depuis qu’elle avait travaillé sous les ordres directs de Zack Simon, son adjoint, sur l’enquête sur le Klan. Elle ne venait plus au duplex dans le centre ville. Elle ne l’appelait plus. Semblait même l’éviter. Peut être juste une impression… Il est vrai que le service des Ashcroft était plus que chronophage. Il était bien placé pour le savoir.
Et puis ces insinuations de Zack Simon. Et ces photos… ça ne pouvait être elle… est-ce qu’elle aurait été rappelée par les Sicaires ?
Alors toutes ces lettres, ce n’étaient que des mots ?

L’ange s’approcha de la cage.

Le cobra eut un mouvement de tête dans sa direction, mais reprit son balancement régulier. Les serpents ne craignent pas les anges…

Je sens mon cœur s’accélérer. Je chante, là, pour cette vie nouvelle qui n’avait encore jamais pris forme et je sens ses pulsations qui répondent à mon cœur.

Et cette chaleur au flanc…

Est-ce cet œuf qui m’appelle ?...


La Nazaddi posa ses mains sur l’œuf est battit le rythme du bout des doigts, sans s’arrêter de chanter à voix basse. Elle avait une voix qui descendait dans des tons graves veloutés et légèrement roque. Un timbre typiquement Nazaddi ; les Humaines avaient plus de facilité à monter dans les aigus des sopranos et leurs voix étaient généralement plus claires.

Je sens sous mes doigts un rythme qui me répond …

Sous les regards médusés du cobra, de l’ange et de la Nazaddi, la coquille de l’œuf se fendit, et quelque chose s’enroula autour du poignet d’Amsar. Elle s’arrêta de chanter. La chose s’immobilisa et, sortant une langue bifide, émit un sifflement.

L’ange avança, prêt à s’interposer.

« Tu veux que je chante encore ? », chuchota Amsar et reprit sa mélopée.

Le serpent fit le tour du poignet, puis remonta le bras dénudé suivant la veine. Il avait une couleur sombre des cobras, et une tache claire sur le front. Au toucher, il était doux comme le velours, ou comme une mousse.

Doux comme un Harmoniste …

L’ange recula, intrigué par l’attitude confiante d’Amsar et fasciné par cette chose qui ressemblait à un cobra et qui se lovait, pulsant étrangement, autour du cou de la jeune Nazaddi.

Le cobra-Harmoniste pulsa, puis se détendit comme un ressort et plongea ses crocs dans la veine de la chanteuse, qui poussa un râle sourd. Puis se leva lentement et sortit en titubant de la cage, en refermant soigneusement la porte. Elle s’arrêta, frôlant l’ange, et ferma son œil cyanosé en prenant une profonde inspiration.
Le cobra-Harmoniste pulsa étrangement et changea de couleur.

L’ange recula. Le voyait-elle ? Quel est ce serpent étrange ?

Harmoniste… Le premier cobra-harmoniste… Son venin semble avoir les mêmes vertus que le suc… Si mon esprit ne savait pas qu’il induit des hallucinations, tous mes autres sens me hurleraient qu’il est là, lui, mon ange… Que c’est son parfum que je respire… Que c’est son corps que je frôle…

La Nazaddi, gardant son unique œil fermé, plia lentement ses genoux jusqu’à ce qu’ils touchent le sol, croisa les jambes comme pour la posture du lotus et se laissa retomber en arrière, relâchant chaque muscle de son corps dans un abandon aux voluptés du poison du cobra-harmoniste.

L’ange se pencha au dessus de la jeune Nazaddi. Sa respiration passa de saccadé à ralentie. Le serpent étrange se lova autour de son cou et pulsait de différentes teintes bleutées au rythme des battements de son cœur.

« Eclipse… d’Yssey Myake… », chuchota la Nazaddi et sourit, sans ouvrir sol œil, « Yeelen n’Dusu, mon ange... »

« Amsar ? … » chuchota l’ange à son oreille.

« C’est bien la première fois que vous me parlez dans mes rêves » rit tout bas, comme pour elle-même, la Nazaddi, « Mais mon esprit sait que ce n’est qu’un rêve… C’est le cobra … Enfin, l’Harmoniste… Le cobra tue… en dansant… comme Erzulie aux visages de Freda la douce l’aimante et de Dantor la vengeresse… comme moi… je danse … et je … »

L’ange se releva et s’éloigna. Il en avait assez entendu. Il franchit la porte sans l’ouvrir, intangible et invisible aux yeux de ceux qu’il croisa dans les coursives.



Dernière édition par Jezabel Charlotte le Jeu 20 Sep - 20:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 20 Sep - 19:53














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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Lun 24 Sep - 15:18

quelques images de cobras pour mon premier COBRA-HARMONISTE



des bébés cobras : taille actuelle de mon cobra-harmoniste


















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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 25 Sep - 16:07

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 25 Sep - 17:51


SERAPHIN épisode 1



Ghetto Nazaddi. Arkham. 22h25



« Tu repars au Cyclopean ? », Paul Wilson, plus connu au Ghetto sous le nom de Marabout blanc ou d’Enfant du Soleil Tile-den, regardait son mentor borgne ranger soigneusement des affaires dans une sacoche, « Tu y vis, ou quoi ? Je ne te connaissais pas une telle dévotion au travail… enfin, aux Ashcroft… »

« Projet Eden. » la Marabout tourna vers lui son visage jeune et balafré d’une cicatrice, « Ma dévotion va au projet Eden. Parce qu’elle va à mon peuple. Et à ses enfants… Tous ses enfants… » Elle s’approcha de son apprenti et l’entoura de ses bras. « Et les Humains sont aussi nos enfants. Car notre peuple est plus ancien que toi ou moi ne pouvons l’appréhender… Veux-tu venir avec moi ? » Et face à la mine radieuse de Paul elle se crut bon d’ajouter « Seulement, c’est le royaume des Ashcroft, et je ne suis pas sure qu’un Wilson y sera bien vu sous son vrai visage. Le masque va de soi. Mais deux précautions valent mieux qu’une…»

Ils s’installèrent sur nattes sur le sol et la Marabout sortit des pots de crème. Cinderella, Chrysalis. Rapidement, les traits naturellement fins de Paul s’empâtèrent, lui donnant de l’âge et un air pochardé. Il éclata de rire se découvrant dans le miroir.

«Le but était de te rendre méconnaissable pour 24 heures, pas de te faire gager le concours de Mister bô-gosse », se moqua la Marabout « et comme tu m’as vu faire, tu pourras après t’arranger toi-même. Tiens, c’est un kit « Black Star », et au besoin tu feras un Nazaddi parfait ! Je veux bien t’amener dans l’antre de Mysca, mais je ne veux pas te voir prendre des risques inutiles. Et pas de Juce ! »

« Mais je… »

« Tu auras bientôt les yeux cyanosés, si tu continues à ce rythme ! »

« Toi, tu les as déjà cyanosés ! » répliqua ce dernier, visiblement vexé.

« Je ne bois pas de Juce… Et on ne parle pas de moi mais de toi. Le Cyclopean est là où je travaille. C’est pas la foire aux mômes, c’est pas le campus. Alors tu oublies les enfantillages…» le ton de la marabout était sec.

« Yes, Ma’am… »

« Paul… Je peux risquer ma place si on t’y voit ! Et je ne te parle pas d’un scandale possible surmédiatisé par le Maire rien que pour faire enrager ton Père… » Soupira d’exaspération la Nazaddi. « Si tu étais un des mes Cousins, tu serais déjà un guerrier, un adulte. Et considéré comme tel. Tu as presque 19 ans ! Mes cousins ont des familles, à cet âge ! » Elle se mordit les lèvres, mais il était déjà trop tard.

« La famille ! Les enfants… Comment tu peux m’en parler, toi ?! Alors que tu sais très bien que nous avons renoncé à ça… On sait très bien avec Alicia que nous ne pourrons pas … Qu’il n’y a pas d’enfants métis ! C’est même toi qui m’en avais parlé la première. Alors ça suffit, arrête avec cette histoire. Ou bien tu considères que c’est une raison suffisante pour retarder notre union ad vitam aeternam… Parce qu’au fond tu n’as pas le courage de refuser clairement de nous marier ?! »

« Le projet Eden, » chuchota doucement la Marabout, entourant de ses bras les épaules crispées de l’Humain, « il a pour objectif de briser les verrous génétiques… entre les enfants des étoiles et les enfants du soleil… c’est le présent que je voudrais vous offrir, à toi et Alicia… »




C’est la première fois que j’ai vu des larmes dans les yeux de Paul. Des larmes non pas de tristesse, mais de l’espoir.

Nous sommes partis sur mon scooteur au Cyclopean, je conduisais. Paul avait pris des dispositions par rapport aux cours, et sa famille, car je l’avais prévenu que ça risquait de prendre plusieurs jours. Je fis de même d’ailleurs, en envoyant un message au recteur Armitage.

Sur le trajet, je lui ai parlé de nos anciens Mausolés, de la Nécropole…
Des prêtres aux crocs de sang et du sacrifice de notre peuple aux ténèbres…
Du livre impie du Necronomicon et de la Lumière libre des Astres…


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