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 Abaddôn d'Eubée

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Steph

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Date d'inscription : 25/09/2008

MessageSujet: Abaddôn d'Eubée   Jeu 25 Sep - 22:45

Dans la salle aux dimensions cyclopéennes, la psalmodie de la foule innombrable résonnait sous les voutes d'or pur et de vermeille. Dans des centaines de braseros ciselés et disposés de part et d'autre des immenses travées latérales, des volutes d'encens aux effluves poudrées et capiteuses s'élevaient, parvenant à peine à obscurcir l'éclat des murs incrustés de millions de diamants, de rubis ou d'émeraudes. Le fond de l'immense salle, dont la longueur dépassait les 5000 mètres, était dissimulé derrière une multitude de tentures faites des soies les plus fines, de lourds velours cramoisis brodés d'argent ou de fins tissages d'or. Combien étaient-ils ? Des centaines de milliers ! Sans doute plus d'un million ! A l'extrémité de la gigantesque pièce, au plus près du mur de draperie, se tenait un premier groupe d'hommes et de femmes. Tous étaient vêtus de tissus précieux et parés des plus incroyables bijoux. Tous étaient élancés, la peau à la fois légèrement cuivrés et translucides, les ongles et la bouche peints, les cheveux huilés et parfumés, parfois nattés parfois arrangés en d’extravagantes coiffures. Ils semblaient attendre dans un état de prostration quasi extatique, les yeux rivés sur la paroi de tissu qui se dressait devant eux. Derrière ce petit groupe, venait la foule innombrable, des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui, au vu des armures chatoyantes dont ils étaient revêtus, ne pouvaient être que des guerriers. Tantôt de rubis, d'émeraude ou de saphir, tantôt d'or ou d'argent moiré, tantôt translucide comme le cristal le plus pur, les armures renvoyaient un éclat tel à la lumière des immenses torchères, qu'il était à peine supportable. Leurs armes étaient toutes aussi étranges : lourdes épées dont les ombres éblouissaient, haches d'armes parcourues d'éclairs de ténèbres, grandes hallebardes émettant des ondes soniques menaçantes, lances affutées dont les surfaces miroitantes étaient parcourues de flammes bleues. Eux aussi semblaient dans un état quasi hypnotique, chantant inlassablement l'étrange psalmodie. Soudain un gong résonna et aussitôt, comme un seul homme, courtisans et guerriers se prosternèrent, face contre terre.

Alors dans un silence de mort, un mur de draperie s'éleva pour se perdre dans la voute quasi céleste de la salle. Six hommes, quasiment nus, le corps recouvert de la poudre des gemmes les plus rares faisait face à la foule. Ils entouraient un septième homme, dont l'ample robe translucide semblait flotter au rythme d'une brise magique. Il descendit les 7 marches qui le séparaient de la multitude et sa voix monocorde, sans émotion, mais surnaturellement puissante s'éleva :

"Peuple immortel d’Eubée ! Notre Dieu Empereur, Commandeur de 10 000 mondes, Roi éternel, Origine de toute chose, a daigné se pencher sur nos existences insignifiantes et s'adresser à nous"

La psalmodie reprit alors. Les nuages d'encens étaient tellement épais que l'air en devenait à peine respirable et tandis que d'immenses cornes de vermeilles vrombissaient au rythme de sourdes mélodies, on amena 6 enfants devant chacun des 6 prêtres. Alors celui qui semblait être leur chef se retourna face à l'extrémité de la salle toujours dissimulés derrière des voilages.

"Ô Abaddôn, Souverain des Dieux, Basileus Immortel, toi qui est la Vie et la Mort de toute chose, toi qui règne depuis toute éternité, toi qui commande hors du temps et de la matière, accepte le misérable sacrifice de ton peuple".

Et tandis que les enfants étaient secoués de rires frénétiques et hystériques, les 6 prêtres, devant la foule toujours prosternée, les violèrent en tranchant leur abdomen et en se repaissant de leurs entrailles.

Un nouveau silence de mort s'abattit sur la multitude tandis que le dernier mur de draperie s'élevait, dévoilant un dais cyclopéen dont les 4 immenses colonnes de porphyre disparaissaient dans les hauteurs insondables du palais. Une volée d'une centaine de marches de diamant pur menait jusqu'à un trône colossal. Assis, vêtu d'une robe tissée dans une matière mystérieuse qui semblait absorber toute la lumière pour la restituer dans un maelstrom aveuglant et malsain, se tenait un homme...ou plutôt une statue tant sa posture et ses traits n'avaient plus rien d'humain. Son visage était recouvert d'un masque doré fait d'un alliage mystérieux, à la fois solide et liquide, dessinant parfaitement les traits délicat de l’impérial visage et qui semblait parcouru de vagues au rythme de la respiration de la créature. Seul apparaissaient deux minces lèvres carmines figées dans un sourire cruel et des yeux améthystes fait de haine pure. Son front était orné d'un diadème forgé dans un métal à la fois noir et éblouissant et d'où s'échappaient de longs cheveux blancs pommadés et parfumés. Au centre du diadème, une gemme pourpre resplendissait et pulsait comme animée d’une vie propre. Les amples manches de sa robe révélaient des mains aux longs ongles paraissant taillés dans le cristal.

Le silence était tel que la vie semblait avoir déserté l'immense salle comme si un sombre mal avait transformé la foule en une armée de cadavres muets pour l'éternité. Puis soudain une voix mélodieuse s'éleva de la "statue humaine", une voix douce et enchanteresse, mais dont certaines intonations reflétaient la malignité primordiale.

"Mon peuple, voilà 10 000 ans que je règne sur 10 000 mondes. Voilà 10 000 ans que j'ai quitté le néant où j'ai enfanté les dieux et que je vous ai choisi, peuples élus, pour partager ma gloire éternelle. Nous avons soumis peuples, nations, mondes et plans entiers. Nous avons commandé dieux et démons. Mais il est temps pour nous de nous effacer. Dans mes sombres méditations, j'ai eu la vision de notre retrait. Comme nous avons régné sans partage pendant 10 000 ans, nous allons disparaitre 10 000 ans, effaçant toute trace de notre passage y compris dans les souvenirs, les cœurs, les âmes, les peurs et les rêves de tout ce qui vit à travers les plans. Alors quand ce temps de repos sera achevé nous reviendrons ; nous reprendrons la place qui nous revient et mon règne n'aura plus de fin".

Alors la créature ferma les yeux. En une fraction de seconde, la citadelle monde qui abritait le palais du Dieu Immortel Abaddôn disparut. En un éclair, toute mémoire, toute trace de ce règne de 10 000 ans, et des millions d’années des règnes qui le précédèrent, furent effacées à travers les plans. Et les hommes se réveillèrent libres comme tirés d'un rêve dont ils ne gardaient aucune mémoire...et 10 000 ans s'écoulèrent.


Et 10 000 ans s’écoulèrent…

…Il ouvrit les yeux. La poudre dorée dont on avait recouvert ses paupières closes s’effrita. 10 000 ans avaient passé et le Dieu Empereur se réveillait.

Le titanesque palais cité du Basileus était silencieux comme une tombe. Abaddôn traversa la grande galerie qui menait de la salle du « Repos Eternelle »où il avait rêvé pendant 10 000 années, jusqu’au Hall des Braves où des millions d’Abantes avaient, tout comme leur Roi, sommeillé pendant des siècles. Aucun bruit à travers les larges couloirs du palais… seules résonnaient sur les dalles de vermeille, les sandales délicates d’Abaddôn. Il s’arrêta devant les battants d'un lourd portail d'ivoire et prononça les paroles secrètes dans le langage sifflant des initiés eubéens. Ils pivotèrent dans un grondement sourd et une brise douceâtre chargée d’effluves d’herbes et de parfums moisis agressa ses narines.

Son peuple était là ! Il l’attendait ! Bientôt ses armées allaient à nouveau marcher à travers les plans, faisant ployer rois et nations sous leur puissance ! Il songeait déjà aux lourds Drakkars de l’Ether, cette centaine d’immenses vaisseaux de guerre eubéens, aux voiles tissés de diamant, pouvant contenir chacun plus de 10 000 soldats et qui, menés par le vaisseau amiral et ses 75 000 marins, le Pancreator, allaient soumettre comme jadis mers et océans. Il jubilait en visualisant les légions fanatisées de la Vérité Impériale, ces inquisiteurs, qui avait semé terreur et destruction afin d’imposer par la sorcellerie et le sang le seul vrai culte de l’Empereur Dieu. Et que dire de la puissance dévastatrice de la Cataphracte, ce corps de 100 000 cavaliers, lourdement équipés d’armures de gemmes et de lances aux flammes crépitantes, lancés sur leurs rapides montures ou leurs terribles éléphants de guerre. Et puis il pensa aux Cohortes Ecarlates, ces millions d’hoplites, qui avaient fait trembler la terre au rythme de leurs marches forcées…aux Légions du Sphinx, les divisions aériennes de l’Empire montées sur les redoutables et terribles créatures légendaires du même nom...aux assassins du Jardin de Jaspe qui semaient la mort parmi les ennemis d’Eubée…à la Horde de la Démence, troupeau informe et redoutable rassemblant tout ce que les plans comptait de monstres et que les seigneurs de guerre eubéens s’amusaient à lâcher sur les cités ennemies…

Abaddôn traça dans l’air les glyphes antiques et les millions de sarcophage s’ouvrirent dans un grondement assourdissement. Aussitôt, il fut saisi à la gorge par le nuages de puanteur qui s’en exhala telle une peste méphitique. Pour la première fois, le Dieu Empereur connut le doute et la peur…

Il s’avança et son hurlement de rage et d’angoisse résonna longtemps dans les kilomètres de couloir de son palais. Son peuple, ses armées, sa cour…ils n’en restaient rien que des momies pourrissantes tombant en poussière au contact de l’air.


Abaddôn était assis sur son trône sous l’immense dais de porphyre dont les colonnes semblaient disparaitre dans la voute tant les proportions de la salle étaient titanesque.

L’angoisse avait fait place dans son cœur à la colère, puis la colère s’était muée en fureur qui à son tour nourrissait un fleuve déchainé de haine charriant soif de vengeance et pulsions destructrices.

Combien étaient-ils désormais à se tenir devant lui…Où étaient donc le glorieux peuple d’Eubée, les terribles et cruels Abantes…ils n’étaient plus qu’une poignée, quelques milliers tout au plus. Il y avait là le Hiérophante Théobald, sous son masque solaire, gardien du culte de l’Empereur divinisé, jadis commandant aux inquisiteurs de la Vérité Impériale. A ses cotés se tenait le Grand Trésorier Achille et son masque d’Ibis gardien des richesses de l’Empire ; puis venait le duc Archibald Kaelt’as, sous son masque de scarabée, généralissime commandant autrefois aux millions de soldats engagés à terre ; puis le prince-amiral Agamemnon sous l’artifice de l’hypocampe qui faisait régner la terreur sur les mers ; la marquise Méhényt, empoisonneuse impérial…et quelques milliers d’autres, courtisans, guerriers, prêtres ou serviteurs…perdus, hagards…

Archibald se prosterna face contre terre :

« Mon Dieu et Roi, j’ose apporter à votre Divine Majesté une bien triste nouvelle. La plupart de nos armes ont été réduites à néant : nos bouches de feu ne sont que ferrailles oxydées ; nos vaisseaux de guerre, épaves pourrissantes ; de nos sphinx, j’ignore encore si certains ont survécu mais leur tour-nids de cristal présentent des signes inquiétants de délabrement ; quant à vos légions et autres cohortes, elles sont passées de millions d’âmes à quelques poignées de braves » (Olivier je te laisse déterminer ce qu’il reste)

Sous le masque d’or, les traits d’Abaddôn se crispèrent en une grimace de haine vindicative. Comment cela pouvait être !!! Ses sombres médiations n’avaient pu le tromper. Il était un dieu, Le Seule Vrai Dieu ! Les esprits de ses ancêtres lui avaient conseillé, depuis le Noun où ils vivaient dans la gloire, de plonger son peuple dans ce long sommeil…et maintenant lui, l’Empereur Immortel, régnait sur un cimetière.

Achille, s’approchant du trône, se plaqua sur les dalles de rubis

« Une bonne nouvelle cependant, Ô Commandeur Eternel de 10 000 mondes. J’ai pu m’assurer que les cavernes du trésor regorgeaient comme jadis d’or et des pierres et métaux les plus précieux. Il semble en effet que seuls vos forces armées et votre peuple aient subi les conséquences de cette sombre malédiction. Ni vos palais, ni vos trésors n’ont été touchés et… »

Comment donc ses plans avaient-ils pu échouer. Qui avait osé frapper Eubée ? Qui avait osé frapper le seul vrai Dieu ?!

Abaddôn leva la main dans un geste d’impatience et coupa net la tirade du trésorier. A quoi bon son palais-cité ? Vide, il n’était qu’un sinistre sépulcre ! A quoi bon ces montagnes d’or et de gemmes ? Ils n’avaient plus ni peuple à commander, ni armée à entretenir. Abaddôn frémit. Lui, le Basileus, ne pouvait renoncer. Il fallait agir. Sa voix mélodieuse alors, s’éleva :

« Voici quelles sont mes décisions ! Que cela soit écrit et accompli !

Je partirai dès demain, accompagné de deux de mes soldats d’élite et de ma fidèle Anamelech – à ces mots l’énorme tigresse albinos qui était lovée au pied du trône, s’étira en ronronnant. Je voyagerai incognito sous l’identité d’un maître sorcier venu de terres lointaines. Il faut en effet que je me renseigne sur le monde tel qu’il est. Mettez ce temps à profit pour, chacun dans votre domaine, faire un état précis de nos forces restantes et commencer à reconstituer nos effectifs... Envoyez également des ambassades discrètes aux 4 coins des terres connues et inconnues. Mais prenez garde ! Nous sommes devenus vulnérables ! Nul ne doit connaître notre position, nos forces ou nos faiblesses. Ne prenez aucune initiative politique sans mon accord. Je resterai lié à vous grâce aux Globes de Vérité dont vous disposez. Ainsi vous pourrez vous tenir informer de mes ordres. »

Ses yeux d’améthyste se révulsèrent tandis que son masque d’or se résorba dévoilant un visage délicat aux traits parfaits. Le Dieu Empereur se leva tandis que ses sujets se cachaient la face, n’osant porter le regard sur le visage à nu de la Majesté Suprême.

« Moi Basileus du Peuple d’Eubée, Dieu Empereur Immortel, je jure de me venger du démon qui osa Nous frapper de sa sombre magie. Notre vengeance sera à la mesure de Notre courroux ! Et quand Eubée aura reconstitué son antique puissance, les plans et les mondes, regretteront d’avoir jamais existé ! »



France – XXIème siècle

Dans l’antique château des Montmorency, l’agitation était à son comble. Un homme en blanc se pencha sur le lit où reposait un jeune homme amaigri dont l’étincelle de vie ne semblait être alimentée que par une multitude de machines.

« Il se réveille ! »

Le duc Léonard de Montmorency ouvrit péniblement les yeux. Des ombres s’agitaient au-dessus de lui. Puis il s’évanouit.

La voix se frayait un chemin difficile à travers un épais brouillard médicamenteux :

« Monseigneur ? Monseigneur ? M’entendez-vous ? Vous êtes ici en sécurité dans votre chambre. Une terrible explosion…dans votre avion privée…seul survivant…coma…10 ans. Monseigneur, m’entendez-vous ? »

Au pied du lit, un magnifique persan blanc ronronna…
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