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 Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 12 Mai - 22:26

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 23 Mai - 17:52

Pourquoi je ne suis pas un homme ?!

Le matin où je suis née, mes onze sœurs, et tout le château d’ailleurs, ont entendu le crois de joie de mon Père « j’ai un fils ! ».

Et jusqu’à ma douzième année, j’ai été élevé comme tel : je portais des habits de garçon, je m’entrainais aux armes, je montais à cru, je participais aux chasses et les vassaux de mon Père m’appelaient « jeune seigneur Ambroise »…

Je suis née avec le Don. Deux de mes sœurs également. Nous fûmes toutes les trois éduquées par Mère. Mes deux sœurs ainées demeurèrent au château jusqu’à leur quinzième année. Ce qui correspondait à la fois à la fin de l’apprentissage et à leurs mariages.

Le jour de mes douze ans, ma vie bascula. Je m’entrainais à l’épée avec mon Maitre d’armes. Père rentra de la chasse et, distraction qui me couta cher, je fus désarmée et projetée dans un tas de foin. Je me relevai, en larmes à cause de ce que je qualifiai de « perfidie » de mon Maitre d’armes. Père me regarda et se figea dans l’horreur. Je l’entendis murmurer « une fille… pourquoi tu n’es pas née homme… »

Depuis, je porte les robes.

Les rumeurs accusèrent Mère de sorcellerie. Elle ne donna point de fils au Duc de Gascogne. Elle ensorcela ses sens et le trompa en faisant passer sa cadette pour un garçon…

Père était furieux. Mais on ne répudie pas une Jerbiton. Même le Duc de Gascogne ne peut se vanter d’avoir ce privilège. Alors pendant les deux ans qui suivirent, Père et Mère vécurent ensemble sans jamais se croiser. Le château était grand… Comme avant, Père engrossait les jolies et jeunes suivantes. A ma connaissance, il doit y avoir une bonne trentaine de ses bâtards rien qu’au château. Mère s’en est toujours moquée éperdument.

Comme avant, je pouvais m’entrainer aux armes, aller à la chasse et assister aux festins. Mais cette fois, je devais porter une robe et répondre au nom de « demoiselle Ambroise » ou de « Baronne de Marsans ». J’eus en plus un enseignement renforcé en arts-que-toute-jeune-fille-de-noble-naissance-doit-connaitre.

Mais c’est à l’épée que je me consacrais le plus. J’étais douée, selon certains. Mais je voulais, maintenant que j’y pense, montrer à Père que la fille que j’étais devenue était digne du fils qu’il pensait avoir perdu. En vain. Mes habits de garçon s’appelaient dorénavant « travestissement » et mon nom avait acquis une consonance féminine. J’étais courtisée par des troubadours de passage et avais des filles de chambre bien-comme-il-se-doit.

L’année d’après, Mère prit le voile et devint Abbesse d’un monastère. Je la suivi au couvent pour ma dernière année d’apprentissage.

De retour au château, une « bonne nouvelle » m’attendait. Père me serra dans ses bras et annonça solennellement : « ma fille, aux Rameaux, tu vas te marier avec … »
Je vis rouge et lui coupai la parole : « jamais »

Durant les quelques jours avant les Rameaux, un scandale fut étouffé : l’on surprit mon futur époux en galante compagnie de … son palefrenier. Alors qu’il jurait par tous les saints d’avoir eu l’honneur de la visite de sa promise la Baronne de Marsans… Soupçonnant là le fruit des enseignements de Mère (il n’avait pas tord, mais je ne lui en pouvais donner nulle certitude), Père me menaça de me déshériter, de me cloitrer au couvent, de m’enfermer dans mes appartements jusqu’au mariage…

Alors je partis.

J’ai repris mes habits d’homme et suis partie. Sous des noms d’empreint, je me suis engagée comme homme d’armes au service de différents nobliaux, car il fallait bien survivre.

Et puis il y a eu cet appel de la Terre Sainte. Une promesse stupide donnée à un Sarazin prisonnier dont j’avais eu la garde pendant quelques mois à Aix et qui me fit prendre gout aux poésies persanes et contes de Shéhérazade… De plus, je cherchais désespérément une Alliance qui pouvait m’accueillir sans pour autant me couper du monde. La Bibliothèque de Césarée, située au cœur du port du même nom m’est apparue chance et providence !




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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 2 Juin - 19:42

ritournelle de Gascogne



La lame coupe la lumière
L’éclat du soleil se brise
Le destrier mord la poussière
Le cuir de la selle crisse

Sous les sabots l’ocre poussière
Teint bannières et manteaux
Accueille-nous, ô Sainte Terre
Du Saint Sépulcre et nos tombeaux

Des forteresses hospitalières
Nos ritournelles volent au vent
Oripeaux et beaux rubans
De pèlerins et de trouvères

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 6 Juin - 19:35

Je l’avais entendu de loin, alors qu’on le portait. Il chantait à tue tête les refrains gascon si familiers à mon ouïe. Je me réjouissais par avance de bavardages que nous allions avoir, des nouvelles de ma terre qu’il ne manquera pas de partager… Mais on le porta en la salle des mourants. Vilaine blessure au ventre, de celles qui font agoniser l’homme des jours entiers…
La permission de m’occuper de lui me fut accordée, pour les quelques jours qu’il lui restait avant que Dieu ne le rappelle à lui.

« Na Marsans » (Dame Marsans), me dit le jeune Jaufré de Born, chevalier d’un petit castel en ruines et mon vassal, mon compagnon de jeux et de ritournelles. « Oc », souris-je et portai le doigt à mes lèvres, car les vérités qui s’offrent aux mourants ne sont point pour les oreilles profanes. Nous nous rappelions les chasses de Père et nos folles cavalcades à travers la lande, les escapades nocturnes à la recherche de bals de fées et de dragons à pourfendre…

Il me conta volontairement les nouvelles de ma chère Gascogne, et plus à contre cœur sa mésaventure en Terre Sainte. Mais tel est le sort de nos garçons désargentés qui partent chercher fortune loin de leur terre, qui défendent les caravanes de pèlerins et de marchands en déserts ocres de sang…

« Je vous vengerai », lui dis-je, car un Seigneur se doit à ses vassaux et à ses gens. Et depuis fort longtemps je négligeais ce devoir, ayant relégué à Mère la gestion de mes terres.

« Na trobairitz, à vous les chants, à nous le sang ;
A vous les louanges, à nous vos rubans,
Ce n’est pas la mort que le glas sonne,
C’est la bravoure des fils de Gascogne.
Na trobairitz, à vous le soleil, lune et ciel étoilé,
A nous l’espoir d’un doux baiser volé… »

« … attendez le peu qu’il reste de l’hivers,
Nul besoin de dérober, il vous sera offert !
Et puisque vous m’appelez votre Dame,
Il est plus que temps que je fasse chanter ma lame…. »

Je me joignis à un convoi de pèlerins, et serpentai la route avec eux quelques jours. Puis nous fumes attaqués. La nuit. Non loin du puits où le chevalier de Born avait livré sa dernière bataille. Les mercenaires criaient de courir. Les gens couraient… Une odeur ocre me monta dans les narines, la poussière chaude me piqua les yeux.

Combien étaient-ils ? Je ne sais. Mais certains hurlèrent aux maléfices d’Iblid et aux fantômes de mort. J’étais devenue une ombre dans la nuit, rapide et meurtrière comme la vipère des montagnes. Je scandais nos refrains gascons comme d’autres récitent des psaumes. Je chantais la vengeance et la colère de la Domna
Combien de brigands sont-ils morts ? Je ne sais. Mais surement pas assez pour venger tous ceux de mes terres, et trop pour un seul homme…

J’épargnai un seul, afin qu’il voit mon visage, celui du fantôme de la vengeance, celui du jeune Jaufré fils de Gascogne…

Le convoi était déjà reparti. Je rebroussai le chemin.

L’hospice de Césarée… Je pressai mes pas.

« Vous venez trop tard d’une aube», me dit un soigneur de l’Ordre et me mena dans la chapelle, « il est mort en chantant sa Domna, une certaine Demoiselle de Marsans… »

Je me penchai sur son visage jeune et cireux, les lèvres figées dans un sourire effronté, comme s’il continuait de défier la mort…
« Trobador, vous avez manqué à votre promesse… »

« Jonglar des mots et de l’épée, à vous ce chant;
J’ai fait vengeance, gardez mon ruban.
Ce n’est pas la mort que le glas sonne,
C’est la bravoure des fils de Gascogne… »

Ce n’était pas ma seule escapade des murs protecteurs de Césarée.

Quelques mois plus tard, j’ai eu vent d’une rumeur : les morts gascons se relèveraient de leurs tombes leurs spectres hanteraient leurs meurtriers…


Pourquoi est-ce à vous que j’offre ces dagues, ces ceintures richement brodées, ces rubans que j’ai pris sur chaque sarrasin qui tombe sous ma lame ?
Pourquoi est-ce à vous que je conte cela ? A vous qui dormez…
Pourquoi est-ce seulement en vos jardins que je trouve le repos après ces vengeances ?
J’erre dans l’Eden enchanteur
Des Riches Heures
Vos cobla (couplets) me désaltèrent
En mon désert
Je vous suis telle Tarasque
Sous un doux masque
Envoutée par votre Art
Assoupi jonglar
Et terrassée encore
Au cors... au cors...
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 9 Juin - 17:36

**Éternelle jeunesse" (partie 1)


L’aspect de Seigneur Cadwallon s’empire de jour en jour. Telle une fresque sur un mur qui se fissure, une peinture délavée par la pluie du temps qui ne cesse de s’accélérer.

Ce vieillissement lugubre m’est contagieux. Je me surprends à guetter un semblant de ride ou de cheveu blanchi su ma personne. Non, mon teint n’est point cireux. Ma peau n’est point flasque, ni creusée de sillons comme le sol du désert après un orage, ni burinée par le vent. Pourtant je sens presque le souffle affamé du néant, comme si sa bouche édentée me guette… Chronos, le dévoreur de ses enfants…

Seigneur Cadwallon travaille sur un « élixir » ; il me déconseille d’empreinte ce chemin tant que je suis encore si jeune… Mais si je ne le fais pas maintenant, une fois vieillie, ce sera trop tard ! Ce printemps je vais dépasser deux décennies de ma vie. C’est le début de la vieillesse, je me sens faner déjà, comme une primevère sous un soleil du temps devenu trop brulant.

Seigneur Cadwallon parle de Crépuscule, des rivages inconnus, des dangers, de la servitude éternelle face au Chronos et à la Grande Faucheuse… Car c’est bien de cela qu’il s’agit : tromper la Grande Faucheuse, arrêter le cours du temps sur son corps… Je connais le prix à payer : Mère m’avait déjà mis en garde. Je sais que peu à peu mon ventre deviendra aussi infertile que ce désert ocre que j’arpente à la recherche de signes. Certes, je dois donner un héritier à ma terre, un petit fils à Père, le prochain Baron de Marsans. Au moins un héritier… Plusieurs est encore mieux. Peut-être si je donne autant de petits fils que Père eut de filles, il me pardonnera de ne pas être un homme… Et accepter une alliance honorable pour ma lignée. C’est ce que j’aurais dû faire…

Seigneur ! Que nous sommes loin de ma Gascogne ! Loin des champs fleuris et des amusements, loin des forets ombragées et des sources coulant sur les flancs des montagnes et vallons comme des rubans tressés dans les crinières de nos montures aux jambes fines et nerveuses… Loin des jonglars et de leurs ritournelles…

Je m’allonge sur le sol ocre brulant et rocailleux, comme jadis dans les clairières verdoyantes, je tends mes mains pour caresser les brins de bruyère et de lavande sauvage, mais mes doigts n’effleurent que des épines desséchées… Insensée je suis que de rêver à un preux chevalier qui porterait mes couleurs en cette terre… Insensée je suis que d’avoir négligé mon devoir envers ma lignée et les miens…

Trois années que j’arpente les couloirs de la Bibliothèque et les ruelles de Césarée. Trois années que mon existence est aussi pieuse que celle d’une moniale cloitrée. Trois années que ma lame dort dans son fourreau couvert de rubans azur et or. Trois années que mon corps se dessèche comme un épis de blé arraché à un sol fertile… Je me meurs…

Je feuillète distraitement les Riches Heures de Tarascon. Un jardin merveilleux se déploie en lieu et place du désert. Mes pieds font ployer les herbes hautes des champs fleuris du Pays de Cocagne… je me penche sur une source étincelante et fraiche. L’eau ruissèle sur mes mains, mon visage, mes épaules, comme des éclats de soleil devenus gemmes… Noble Seigneur, astre de cette terre enchantée, saurez-vous m’envouter ?... Je ne vous voie point, et pourtant je sens votre souffle dans la brise fraiche qui fait s’incliner les corolles des fleurs en une discussion courtoise. J’entends votre voix dans les pastourelles que le rossignol conte à la mésange… Je revis…

Alors c’est cela : pour tromper la mort, je dois mourir. Pour tromper le néant, je dois m’y plonger et naitre à nouveau…

Je rentre, rêveuse, à la Bibliothèque. Ma dame de compagnie, la jeune Anouch Farakian, me prépare mes plus beaux atours. Elle a les mains qui tremblent à l’idée de me murer après de ceux qui dorment dans le Crépuscule. Mais telle était ma demande, tel était mon ordre. Anouch est le reflet du nom qu’elle porte : douceur suave d’une donzelle terrifiée à la vue d’une simple souris qui n’ose toucher une lame pourtant dans son fourreau par peur de s’y blesser ; ses doigts agiles dessinent des arabesques au fil d’or sur le lin fin… Cette jolie fille du Levant est intarissable sur les rumeurs et ragots flânés sur la place du marché et au port, et sur ses propres amourettes aussi nombreuses et éphémères que les pétales des marguerites qu’elle épluche par superstition. Elle me distrait grandement. Parfois elle m’atterre par sa frivolité…

Je suis couchée sur lit de fleurs à même le sol dans les caveaux du crépuscule. La dernière lueur de torche disparait alors que la dernière brique fine est enchâssée dans ce muret encore humide et imbibé d’essence de fleurs. Mes pinceaux et plumes seront prolongement de mes mains ; les encres seront les parures de cette nuit où je me plonge. Ma voix extirpera du néant la chanson de mon être… Je laisse mes doigts parcourir une dernière fois les enluminures des Riches Heures… Je sens mes paupières s’alourdir…

J’ouvre les yeux face au Néant.





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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 9 Juin - 20:42

****Éternelle jeunesse**** (partie 2 et fin)

Le vent me soulève et me porte. Je suis le vent et mes ailes se déploient, embrassant le Levant et le Couchant, car je ne suis qu’une poussière du soleil…

Ce soleil d’orichalque éblouissant effleure le néant de ses rayons et tisse les vallées d’émeraude et les montagnes aux pics de blancheur immaculée, les mers saphiréennes et les déserts brulants aux teintes d’agate de feu, les torrents bouillonnants d’aigue marine et de nacre et les lacs lapis-lazuli, les forêts malachite et les landes de tourmaline multicolore de fleurs…

Je glisse sur les arabesques de cette lumière étincelante…

Je voudrais chanter. Et la lumière me fait son, mot, lettrine ouvragée d’un lais qui balaye tel un souffle de vie ce paysage enchanté et enchanteur…

Ma parole sera pur néant.
Rien de moi, rien d'autrui,
ni amour, ni jeunesse.
Rien du tout.
Cela fut trouvé en dormant sur mon cheval.

Je ne sais l'heure où je suis né.
Je ne suis ni joyeux ni triste,
ni fuyant, ni familier.
Je n'y peux rien.
De nuit, une fée me l'a révélé
sur une haute montagne.

Par sa joie ma Dame peut guérir,
par sa colère elle peut tuer.
Par elle le plus sage peut sombrer dans la folie,
le plus beau perdre sa beauté,
le plus courtois devenir un rustre,
et le plus rustre devenir courtois.

Puisqu'on ne peut en trouver de plus noble,
ni en voir de plus belle, ni même en entendre parler,
je la veux pour moi seul,
pour que mon coeur y trouve fraicheur,
ma chair nouveauté,
sans plus jamais vieillir.

Si ma dame veut bien son amour donner,
Je suis prêt à le prendre et à rendre grâce,
et à le cacher et à le clamer,
et pour son plaisir, dire et faire,
et ce qui a tant de prix le chérir,
et pour sa louange m'élancer !

Puisque dans leur nouveauté vous voyez
fleurir et reverdir prés et vergers,
et chatoyer ruisseaux et fontaines,
l'air et le vent,
réjouissez-vous bien chacun de toute votre joie,
réjouissez-vous bien.


Guillaume de Poitiers, duc d'Aquitaine (1100-1124)


Je suis la chanson première du premier Trobar… Je le suis sur les routes et dans les festivités, dans les conquêtes de guerre et celles de la courtoisie… Je suis le chevalier qui fait danser son destrier sous le regard admiratif de la Dame dont il porte les couleurs, avant de l’élancer vers la victoire ou vers la mort… Je suis la Dame qui soulève délicatement le heaume du vainqueur et effleure ses lèvres… Je suis le pur élan de la carole qui fait danser dans la joie de l’éternelle jeunesse ; je suis la tendre pastourelle, élan du cœur et du corps… du cors…

Un seul mot pour nommer cet entrelacement sublimé fondu l’un dans l’autre de la voix et des mots, du son et de l’enluminure, de l’émotion et du geste, de la délicatesse et du panache, du jeu de la vie au sein du néant : la Fin’Amor…

***

Je suis une poussière de lumière dans la nuit… un écho d’une chanson dans le silence tangible d’une grotte… Un battement de cœur dans un corps immobile…

Je vous sens penché sur moi, mais ne puis vous percevoir… Je vous connais, mais ne peux vous nommer…

***

J’ouvre les yeux… Pourtant je reste aveugle. Ce parfum de roses me fait tourner la tête… J’entends un souffle. C’est le mien…

Je tâtonne… des fleurs éparpillées à même le sol, des roses…

Des murs de pierre froide… j’y frappe en vain… puis mes mains glissent sur une surface sèche et friable, comme une argile fine et friable… un interstice où l’air frais passe… j’y plonge ma main… le mur fin cède et tombe… je me glisse dans la brèche…

Je renais…

Un escalier… au loin, en haut, une lumière filtre… je monte…

Je renais…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Sam 14 Juin - 19:38

Croix occitane




croix cathare




croix gasconne



http://chroniques.pagesperso-orange.fr/chron-Croix.html

Il faut remercier l’érudite équipe du Conservatoire du Patrimoine de Gascogne de tenter d’effacer une hérésie qui touche à l’identité de notre Gascogne (1). En résumé, la Gascogne, qu’est-ce que c’est ?
C’est un ensemble de principautés, comtés et vicomtés qui, depuis le XIIe siècle, parlent une langue, le gascon, « sans doute l’aînée des langues romanes, constituée par du bas-latin appliqué sur un substrat euskarien » dans une aire géographique qui englobe, du nord au sud : le Médoc, le pays de Buch, le Bazadais, les Landes, le Labrit, le Marsan, le Maransin, la Chalosse, l’Armagnac, la Lomagne, l’Astarac, la Save, le Couserans, le Comminges, le Béarn et la Bigorre. On est loin de la perception des Français qui, pour les plus avertis, situent la Gascogne dans le seul département du Gers !
Le drame de la Gascogne, c’est qu’au moment où le territoire national se couvre de blasons et d’armoiries, au XIIe siècle, la Gascogne n’existe plus comme entité provinciale. Par bonheur, la pierre épigraphique d’Hasparren atteste de l’ancienneté des Vascons qui, au nom des peuples de la Novempopulanie, demandent à Rome d’être séparés des peuples celtiques, au IIIe siècle après J.C. La mort de Garsie-Sanche, chef des Vascons-Gascons, en 920, sonnera le déclin de l’autorité dynastique, pendant deux siècles. Et le Conservatoire de souligner, avec raison : « C’est insuffisant pour construire une conscience nationale solide ». Pas enseignée dans les Écoles républicaines, menacée dans sa langue, malmenée par l’Histoire, la Gascogne « souffre de ne pouvoir se rassembler autour d’un drapeau symbole d’une nation ». Même les grands médias nationaux l’ignorent et la traitent d’Aquitaine, Sud-Ouest, Midi-Pyrénées, Sud de Garonne. Aujourd’hui, quiconque n’ignore le pays Alsacien, Basque ou Breton, mais le Pays Gascon, çà commence et çà finit ou ?
Notre société est abreuvée d’images : logos, sigles et visuels pour les produits, firmes, villes et régions. Pourquoi ne pas identifier notre Pays à un emblème significatif qui fédérerait toutes les volontés identitaires ? D’origine historique, inédit, esthétique et facilement mémorisable, « cet emblème serait évocateur de l’identité gasconne » affirment nos chercheurs. Mais, à quel choix se résoudre ?
Les fausses identités sont connues : le Léopard de la suzeraineté anglaise, reconnu par les Aquitains et la Croix des comtes de Toulouse, acceptée sur les seules terres ramondines. Doit-on réunir tous les Gascons sous ces trompeuses bannières ? Non, il est temps de réagir et de proposer un symbole « qui serait favorablement perçu par l’ensemble de la population gasconne ». La naissance de cet emblème réunificateur a été laborieuse et, après vingt-neuf maquettes, la « Croix Gasconne » s’est formée à partir d’une vision de la casaque de la Première compagnie des Mousquetaires, commandée par d’Artagnan, qui réunissait croix de Gascogne et flammes des pays qui la composent. Restait à peaufiner la symbolique pour éviter les connotations religieuses et politiques. On observe que le centre de la Croix est laissé libre pour que chaque partenaire culturel, acteur de la vie économique, producteur régional, particulier, puisse apposer son blason de pays, logo de ville ou d’association, mais aussi sa marque, son label ou texte économique. Ainsi, l’identité de la Gascogne « ne se réduit pas à son seul patrimoine culturel mais participe à un ensemble dynamique d’activités ». Pour les héraldistes, voici la description de la Croix Gasconne : « Croix d’or à quatre branches d’égale longueur dont les extrémités se terminent en profil florencé, accompagnée de douze flammes d’or réparties par trois aux intersections des branches ».

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 16 Juin - 13:40



Je vous étreins
En vain,
L’insaisissable fuit…
Et dans les yeux
Le feu
S’estompe avec la pluie.

Je vous sourie,
Houri
Du Pardès occitan.
Mon cœur est pris,
Epris
Des épopées d’antan.

Rime enchâssée,
Versets
Enluminures d’or
Relient de flammes
Les âmes
Enlaçant cœurs et corps.

Je chante au vent
Devant
Mon épée des cantiques ;
Du Crépuscule
S’écoulent
Ritournelles et suppliques.

Dans les couloirs,
Hagards,
Passent des mages fous.
Et moi j’en rie,
Et prie
Pour être auprès de vous.

Pour vous trouver,
Je vais
Raviver les couleurs
Du ciel d’aurore
Et d’or
De vos rosiers en fleurs.


(en respectant autant que possible 4a / 2a / 6b / 4c / 2c / 6d )




*****************************************

pentamètres

Je désir’ la gemme,
Mais entre elle et moi
Vagues azuréennes
De la mer du Roi.

Je désir’ la fleur,
Mais entre elle et moi
Ronces. Défenseurs
Du jardin du Roi.

Je désir’ l’oiseau,
Mais ne puis l’avoir,
Tant l’envol est haut
Dans le ciel du Roi.

Je n’ose prier
Le Roi Tout Puissant
De me l’accorder,
Ce cœur étincelant.

Ce joyau caché,
Rose du jardin,
Epervier lâché…
Ne peut être mien.

Entre lui et moi
L’infini pouvoir
Des trois vœux du Roi :
Croix blanche et tabar noir.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 17 Juin - 12:05

Chère et douce Mère,

Je prie chaque jour le Seigneur pour vous et ma famille. Pouvez-vous seulement imaginer comme notre chère Gascogne me manque ! Et pourtant j’ai été bien accueillie dans l’antique port de César, dans la Bibliothèque par le Magistère et depuis peu dans la ville par le Commandeur.

Césarée est aussi ensoleillée que notre littoral, bien que le désert y soit plus proche, bien que les coutumes sarrasines y soient plus présentes. Les caravanes marchandes et les navires de pèlerins y succèdent et règlent le cours de la vie.

J’y ai déjà passé trois années, Mère, j’y ai grandi et atteint deux décennies… J’ai eu loisir de repenser à mon acte déshonorant envers Père et Vous-même, un acte irréfléchi. Et j’avoue éprouver quelques remords aujourd’hui, bien que ne le regrette point. Mais Père a raison : Marsans a besoin d’un homme pour la gouverner honorablement et d’héritiers.

Notre maison est riche de filles et de terres. Et il est vrai que la Maison de Béarn est moins prospère que la notre, mais riche en fils et preux chevaliers. J’ai certes avais fui l’alliance avec un bearnais, car il n’avait trouvé grâce à mes yeux, ni de corps, ni de cœur, ni d’âme.

Mais tous les fruits d’un pommier ne se valent point, et ici j’ai fait la rencontre d’un preux… Qui tout comme moi, cadet de sa famille, dont les armes portent la croix occitane, parti à l’appel de la Terre Sainte, afin de prouver sa valeur… Mon cœur pleure, Mère, car il me fut pris, avant même que je ne le connaisse, que je ne le croise, lui, à l’accent occitan su chantant, si loin des Pyrénées… Mais je ne ferai l’offense au Seigneur que de devenir la cause de la damnation éternelle de celui que j’ose chanter en silence. Et dans ce monde je n’oserai prétendre ravir à l’Hospice son plus grand guerrier…

Ainsi, je m’en remets à Vous quant à votre décision concernant l’avenir de Marsans.

Blason de Moissac (j’imagine, les lys sont plus tardifs...):



Mais je rougis m’apercevant que je ne fais que parler de moi… Mère, vous me manquez tant, et Père et sœurs également, et nos cours fleuries, et nos chasses, notre insouciance…

L’on murmure l’arrivée prochaine de la quatrième croisade, à l’appel du Saint Père,  mais les flots et les gens y sont calmes, comme une mer d’huile avant la tempête. C’est cette tempête et mes craintes que je voudrais partager avec vous, afin que vous les dissipiez par votre sagesse et vos conseils avisés.

(La suite est codée par Maitre Anastase « l’ombre », et apparait comme une suite de chiffres. Celui qui n’a pas la clef de codage ne peut comprendre le texte)

Certains rêves prémonitoires prédisent que Césarée va tomber aux mains des sarrasins et que la bibliothèque brulera… que faire de cet héritage que nous gardons ? Comment le protéger et le transmettre à ceux qui nous suivront ?

La politique de Venise semble trop ambigüe et oscillante entre les royaumes francs et les royaumes marchands d’orient.

Le Saint Siege durcira ses actes et paroles envers les Mages d’Hermès, tout comme les savants de la Jeune religion le font avec les Mages d’orient. Certains pourraient prochainement chercher refuge... (ou risquer la destruction).

J’ai pu en côtoyer certains, ces hommes au cœur noble, ces érudits héritiers de Salomon, ces troubadours d’orient… certains de leurs savoir sont plus avancés que les nôtres, l’on ne peut le nier : je pense à la médecine ou encore l’astronomie. S’ils nous demandent notre aide, pouvons nous décemment garder portes closes ? Est-ce honorer les enseignements de Bonisagus et de Jerbiton que de refuser l’aide chrétienne charitable à nos frères et sœurs en la magie ? Je ne blasphème point, Mère, mais raisonne comme chrétienne et comme mage, alliant amour et intérêt…
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MessageSujet: Orbi   Mer 18 Juin - 5:05

Ancelin
Le feu brûle la matière. Sa chaleur dégrade les substances avec l'action de l'air.
Le savoir ne peut brûler.
Son support se transmet, tangible ou intangible.
Et parfois le tangible se perd dans l'intangible.
Les couloirs ne mènent pas tous à leur extrémité.
De même que certaines portes sont des seuils qui s'ouvrent sur un ailleurs qui n'est pas de l'autre côté matériel de la porte.
La bibliothèque de Césarée n'est pas ce que nous en voyons.
Alexandrie avant, Memphis auparavant, Babylone ou Ur encore avant.
Je n'ai pas trouvé le lieu, mais je sens qu'il existe.
Quelle est la porte? Quelle est la clef?
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 18 Juin - 15:57

(suite de la lettre à Mère)

Un chevalier preux, Mère,
Porte mon ruban
Bleu comme ses yeux, Mère,
D’or de notre sang.

Mais entre nos cors, Mère,
Noir voile est dressé,
Orné de la croix, Mère,
Blanche immaculée…

Je ne puis songer, Mère,
A l’en arracher :
Ce s’rait déshonneur, Mère,
Et mortel pécher.

Je ne puis damner, Mère,
Son âme éternelle ;
Psaumes chanterai, Mère,
Non des ritournelles…
Et m’enivrerai, Mère,
Des chants occitans.

A la dérobée, Mère,
Aux saints sacrements,
Je l’embrasserai, Mère,
La paix du Seigneur
Ne peut consoler, Mère,
Ce chagrin du cœur…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 18 Juin - 17:57

Père : Lobo (Loup) comte de Gascogne

Mère : Flor  / Mère Clemence, Abbesse de Lum-Dieu à Fabas, et seigneuresse de Fabas (Isle-en-Dodon, non loin de Auch, terres de Comminges).

Filles (par ordre de naissance) :

Réjana Comtesse de Bigorre (veuve), Maison de Comminges-Bigorre

Loba, Comtesse de Brionne, maison de Lorraine-Armagnac

Cassienne, Baronne de Marestang, maison de Preissac (Gascogne)

Nanon  / sœur Luce, Abbaye de Royaumont (près de Paris)

Fabiola, comtesse d’Astarac (veuve), Vicomtesse de Fontrailles (veuve), Vicomtesse de Cogotois (veuve)
(NB : …un rôle particulier dans l'histoire de la France méridionale, entre les puissants comtés de Toulouse, de Foix, de Comminges et les royaumes de Navarre et d'Aragon. Aussi bien impliquée dans les croisades en Terre-Sainte dès 1099, que dans la cause cathare au XIIIe siècle…

Asalais, Duchesse de Solférino, Maison Gonzague (Italie)

Aélis, Duchesse de Montada (Castille)

Rosalie, Baronne de Pierrefonds (veuve)

Eulalia, Vicomtesse de Melun, Maison de Melun (Ile de France)

Sobeirana, Baronne de la Ferté-Langeron, Maison Andrault (Bretagne)

Petronille, Comtesse de Brienne , Maison de Brienne (Champagne)

Ambroise Baronne de Marsans


Dernière édition par Jezabel Charlotte le Mer 9 Juil - 10:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 18 Juin - 18:00

Mages :
Mère Clémence,
Rejana, Comtesse de Bigorre(veuve),
Aélis, Duchesse de Montada (Castille)
Ambroise

non mariées ou veuves :
Réjana
Fabiola
Rosalie
Ambroise

influences principales :
- pays occitan, Gascogne
- Castille
- Italie
- sphere religieuse
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 18 Juin - 19:36

Ambroise et ses 11 sœurs







et plus particulierement :

Réjane, l'Ainée





Aelis




et souvenir de Mère et moi

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 19 Juin - 20:05

Retraite dans le desert (partie 1)

***************


Je ne vois plus les étoiles comme avant…

Je ne veux plus voir de simples point lumineux dans le ciel, mais des silhouettes enchantées d’anciens dieux de légendes, d’animaux fabuleux et terrifiants, des combats et des ébats, des échos du passé et des mirages du futur…

Nous partîmes au crépuscule. Seigneur Ali s’était occupé de trouver trois chamelles dociles et nonchalantes, de prévoir des vivres et des tentes pour le voyage. « Vous verrez, Dame Ambroise » m’avait-il dit, « le désert avec les yeux d’un bédouin ».

Nous partîmes dans le désert profond, loin des villages côtiers, loin des routes des caravaniers et des pèlerins.

« Dieu… Que c’est beau… » Avais-je dit lorsqu’une par une les étoiles se firent diamants étincelants sur l’encre noir du ciel. L’horizon du désert se confondait avec la nuit, nous avions l’impression d’avancer sur le ciel replié comme un tapis de sable à nos pieds…



Le premier jour, nous campâmes : la chaleur nous brulait à la fois du ciel et du sol, suffocantes, aveuglante. Nous étalâmes un tapis sur le sable et nos chamelles agenouillées et somnolentes nous soutenaient les parois de la tente d’un blanc étincelant vue de l’extérieur et emplie de lumière à l’intérieur.
Les jours suivants, le désert de rocaille ocre faisant place à des dunes mordorées, il devint encore plus difficile d’avancer en plein soleil : nous campions toujours le jour et nous voyagions du couchant à l’aube.



Seigneur Ali se repérait au étoiles du ciel, comme s’il connaissant chacun des points de diamant, comme si son véritable royaume était ce ciel de nuit… Et je suivais, confiante, mon guide et maitre, semblable à un péri ailé dans ce désert enluminé d’or de diamants et de jais.

Nous arrivames à un ancien palais en ruines adossé à quelques montagnes de roche solitaires parmi les dunes mordorées. Nous cachâmes nos chamelles à l’ombre dans une grotte spacieuse où une source rafraichissante coulait dans un bassin qui chatouillait de ses reflets les parois. Un etroit et raide escalier montait…





Un palais en plein désert ! Une grotte à même le sommet du pic rocheux digne de Shéhérazade et de ses contes… Depuis son spacieux belvédère, l’on voyait le tapis ondoyant du désert s’étaler à nos pieds, et le ciel peuplé de mille merveilles était le plafond…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 20 Juin - 17:06

retraite dans le desert (partie 2 et fin)


Je vois les pics d’une haute montagne, entourée de forets sauvages… Le Mistral déchainé me rapporte des psalmodies… des râles … la fumée d’un bucher … des corps qui brulent… non, point des morts, mais des vivants !
La citadelle, jadis blanche et fière, est en ruines…
Et eux, brulent … les derniers défenseurs d’une foi clamée impure par des hommes…
Je cours vers eux, et pourtant le chemin se rallonge… Ils me tendent leurs mains, mais je ne puis les saisir…
Je vois leurs visages à travers les flammes, je les connais, je les aime…mais ne puis les nommer…
Je vois cet homme du nord, à la barbe sombre, derrière lequel se tient un autre mont fort et puissant, celui de la couronne… de sa lame coule le sang des miens … il me fixe, à travers les années non encore venues…

Le feu dansait, moi je courais vers un abri.
Mais les tombeaux étaient déjà occupés ;
L’air suffocant n’était que corbeaux et leurs cris ;
Et les champs de blé couverts de fleurs coupées …

Le feu dansait … Sur le parvis d’un monastère,
Barreaux grinçants aux fenêtres, murs épais,
Je suffoque, et l’on me dit « crois et espère »…

Et dans les yeux hagards, fixant le saint autel,
De l’hérétique exempt  de tout pêcher mortel,
Je vois l’Eternité… Son Amour… la Paix…


* * *

Désert …. Montagnes … un pic… ses flancs sont ensanglantés… des hordes festoient dans les tentes et à même les ruines de ce qui fut sous peu un palais de dentelle de pierre…


Telle une torche
La montagne s’embrase.
Larmes de pierre
Sur le sable s’écrasent…

Ses beaux jardins
Calcinés en dentelle :
Noire est la cendre
Du Pardès et du ciel…

Ailes tranchées,
Sanguinolentes épaves,
Sont les péris,
Enchainés et esclaves.

Et les barbares
S’en repaissent, enivrés…
Brule, Alamut !
Arriman t’a trouvée…


Brulent les pierres,
Rouleaux et parchemins,
Livres saints, sable
Vitrifié dans mes mains…

Brule l’encens,
Splendeur et innocence ;
Brule le Foi,
Et ses chants du silence…

Et les barbares
S’en repaissent, enivrés…
Brule, Alamut !
Arriman t’a trouvée…


Plus de Pardès,
De Péris, ni de Djinns…
S’en souvenant
Le soleil s’enlumine…

Et les barbares
Sont partis, dessoulés.
Pleure le ciel :
Alamut a brulé…

* * *

Je me suis réveillée dans mes appartements dans la Bibliothèque ; l’on me dit qu’un caravanier m’y mena, inconsciente et délirante de mauvaise fièvre.

Je ne m’en souviens pas.

Je me souviens d’avoir marché parmi les ruines et les cendres encore chaudes.  Je me souviens d’avoir été consumée sur un bucher avec les miens. Je me souviens d’avoir pleuré ceux que de la montagne de l’Orient…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 23 Juin - 22:45

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 24 Juin - 23:49

et voilà pour le Faucon Cresselette  Cool 


Réjane repartie, c’est un peu de moi qui a quitté la Terre Sainte, un peu de moi qui s’en est retournée en Gascogne…  Ma terre me manquait.

Saint Jean d’Acre me paraissait encore plus étrangère que des hameaux sarrasins. Même entre les murs protecteurs de Césarée, mon foyer depuis quatre années déjà, ou plus, je préfère en perdre le compte, je me languis du doux parler occitan, des monts boisés, des landes mauves de lavande et bruyère…

Et pourtant, j’avais de quoi me réjouir ! Ce « nonagénaire génois impotent souffrant de la goutte » n’était en fin de compte qu’une taquinerie sans conséquence de ma sœur. Je demeurais libre… Libre de galoper le long des jetées à la mer basse ; libre de joindre mon épée à celle des hommes, des chevaliers venus chercher gloire et fortune en ces terres ; libre de me perdre des jours entiers dans le désert sans en être réprimandée ; libre de fréquenter qui je souhaitais…

Au grand désespoir de Réjane, je continuais d’aider les Hospitaliers. Mais le regard des hommes avait changé : j’étais la Domna, non plus la servante aux jolies ritournelles… Peu, parmi ceux qui connaissaient mon nom, acceptaient de laisser parler la fatigue et la faiblesse en ma présence ; je soignais les pèlerins, les inconnus de passage… Comment pouvais-je les en blâmer… Il en est ainsi de notre fierté Gasconne !
Mais je m’entrainais souvent à l’épée avec le chevalier Alberic de Moissac…

Evrard m’avait reproché plus d’une fois mon manque d’attention lors de nos entrainements et combats amicaux avec Alberic. J’avoue avoir fait certaines erreurs par jeu… Mais à chaque fois que nos lames de bois se touchent, le même frisson me parcourt, comme si c’étaient nos mains qui s’enlaçaient… Et nos habitudes gasconnes reviennent si vite ! Nous partageons souvent la même coupe pour  nous désaltérer, la même cape pour se reposer à l’ombre, la même guiterne pour accompagner nos coblas
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Guiterne    
http://www.peyronelle.com/images/instruments/guiterne.png  
http://www.peyronelle.com/html/fiche_guiterne.html   )


Quelquefois, je me demande comment peut-on à la fois être un guerrier noble et fier, et un moine humble et obéissant… Pourquoi ce tabar noir de l’humilité m’apparait comme un voile infranchissable … Une double allégeance, un double serment de vassalité contradictoire ! Est-ce souhait de Dieu ? Où aliénation de la main d’hommes … Ces chevaliers, sont-ils des hommes ou des saints ?...

Je le lui ai demandé, une aube où nous sortîmes de Césarée, devançant ses gens, évaluer les dégâts et rechercher des possibles naufragés. Une tempête terrible avait fait s’écrouler des arbres et arraché des toits fragile de quelques hameaux ; la jetée était couverte de débris de bois, d’algues…

Nous trouvâmes des restes de coffres fracassés et vidés de leurs précieuses marchandises, des lambeaux d’étoffes ou de voiles emmêlés dans les algues… Un grand bout de mat brisé… Un cadavre boursoufflé attaché à ce radeau de fortune avec une cage en osier aux barreaux cassés et éventrée… Je vis un crabe sortir de la bouche violacée de ce noyé et détournai le regard. Qui était cet homme ? Qu’a-t-il fait pour mourir aussi misérablement, loin des siens, seul ?... Une vague fit ondoyer les algues à mes pieds. Je reculai.

Alberic s’avança dans l’eau, détacha le corps et le traina sur le rivage. Je le fixai, répugnée et honteuse à la fois. Était-ce la vue de ce cadavre défiguré, ou bien ma sensiblerie idiote qui m’écœurait le plus, mais je restais sans bouger. Pourtant Alberic avait raison : peu importe ce que cet homme était, il méritait une sépulture décente.

Alberic repartit vers le mat brisé et revint avec la cage en osier. Qu’avait-il à faire d’une cage broyée, me demandai-je, fixant les orbites énuclées du cadavre, qui semblait me demander la même chose.

« Dame Ambroise », répéta Alberic, « il est vivant. Nous pouvons le sauver… »
Le sauver ?... Nous ? …

Il me mit une chose pitoyable et ensanglantée dans les mains, les entourant des siennes. Je sentis les battements de cœur. Saccadées, rapides… Un œil rond s’ouvrit et me fixa, furibond. Une aile battit vainement ses plumes collées par le sang et blanchies au sel marin. Et dans un dernier sursaut un bec acéré de planta dans la paume de ma main.  

Je poussai un glapissement de surprise, tandis qu’Alberic éclata de rire. « Acceptez ce présent, N’Ambroise ! Car ce faucon est comme moi, perdu dans la tempête et échoué en Terre Sainte. Et comme vous, dont la beauté et la grâce n’en font qu’un combattant plus redoutable encore… »

Il riait, et le soleil levant en contrejour lui dessinait une mandorle d’or pale et m’éblouissait…  J’aurais voulu en cet instant lui tenir les mêmes propos que la nièce de Guilhem de Montpellier avait tenu à Gui d’Ussel : vous êtes un gentilhomme, bien que voué à l’Eglise ; et moi, je vous veux tant de bien que je ne peux m’empêcher de faire tout ce qui doit vous plaire. Je suis une noble dame, et vous pouvez m’avoir, à votre gré, pour maitresse ou pour épouse ; délibérez en vous-même à quel titre vous me voulez…

Pourtant je ne dis mot.

Je caressai les plumes ébouriffées de l’oiseau blessé et soutins son regard. Il me fixa, étonné. Alors je lui chuchotai ce que je ne pouvais dire, le portant à mes lèvres, pour un baiser que je ne pouvais ni voler ni accorder…

Je ne dis mot.

Était-ce l’étonnement ou bien les voix qui s’approchaient, mais Alberic cessa de rire lorsque le faucon prit l’essor sur mes mains jointes et s’envola avec un cri triomphant. Nous le vîmes planer, comme un saint esprit des cathédrales, sur l’or du soleil, tournoyer. Puis il revint et se posa sur le bras que je lui présentai. J’avais quelques souvenirs des chasses de Père, mais j’avais tout à apprendre. Nous avions tout à apprendre et à découvrir…

« Alba … » murmura Alberic.
« … de Margal » dis-je, dans un souffle.

Les silhouettes des hommes portant pelles et bannière de l’Ordre descendaient vers la berge…


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 29 Juin - 18:31

petit clin d’œil à la dernière partie, bien qu'anachronique  Wink 


Cantique des Cantiques
Spoiler:
 


Louise LABE (1524-1566)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Lab%C3%A9

sonnet XVIII:
 

traduction en français

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 30 Juin - 15:56

Retour à Césarée. dans les désert... (partie 1)

Je quitte Jérusalem seule… Sous l’œil des anges accusateurs et pourtant souriants d’une grimace qui me semble cruelle. Sous le mutisme accusateur et pesant de Cadwallon duquel me parviennent les échos du carnage de Constantinople. Sous le regard accusateur et détaché d’Ancelin en quête d’autres vérités que celles des âmes condamnées à errer en ce monde.

Sous la lueur des étoiles, mon coursier galope dans le désert. Qui fuis-je encore ?

La saison de la renaissance est sur sa fin, et pourtant j’ai froid. Froid, comme par une nuit d’hiver… Je regarde la noble bête boire avidement dans la source de cet oasis si prisé des pèlerins et des caravaniers. Il y a des rires et des chants autour d’un feu. Pourtant je reste à l’ecart…


* * * souvenir 1 * * *

Cet hiver, je partis dans le désert avec Rhys. Une nuit étoilée, comme celle-ci. Je le mis au défit de vivre ce voyage comme un homme, non point comme un mage. Car ne sommes-nous pas des hommes avant tout ?

Nous avions chevauché toute la journée, sans trouver de refuge. La lueur du soleil couchant trembla devant nos yeux rougis de sable et de fatigue.

« Oasis ! » avait-il crié d’un souffle d’espoir, éperonnant sa monture épuisée. Alba sortit la tête de sous ma cape et prit son envol vers le soleil couchant.
Je les suivis, priant qu’il ne s’agisse de quelque mirage, de quelque tour cruel des esprits du désert.

Je le trouvai agenouillé dans l’eau, puisant de ses mains cette eau, précieuse source de vie, la portant à la bouche de sa monture, essuyant ses narines brulées par le soleil et le sable de sa chemise ruisselante…

Mon coursier fléchit ses jambes, épuisé, lui aussi, et je me laissai choir dans l’eau. Alba dévorait quelque petite vipère, perché sur une branche dans les hauteurs. J’observais Rhys s’occuper des bêtes, avec une tendresse et une affection sincère que l’on peut surprendre chez ceux qui se croient seuls, préservés de tout regard et jugement humains…

Avec l’aimable autorisation du seigneur Cadwallon, j’ai commencé à lui enseigner les Arts du Verbe, la Magie enchanteresse de la Maison Jerbiton. Mais pour cela, il devait désapprendre… Quelle prétention et orgueil qui étaient miens que de vouloir lui apprendre, alors que moi-même je ne connaissais rien !...

Silhouette jeune et gracieuse, boucles blondes comme celles d’une jouvencelle, retombant sur des épaules et les bras sculptés par l’exercice des armes nobles, des yeux d’un bleu clair tirant sur le gris, comme la mer froide des iles inhospitalières du nord, de sa terre natale… Il ressemblait si peu à ces chevaliers Flambeau de son escorte. Il ressemblait si peu à Cadwallon…

Et pourtant, si Cadwallon pouvait le voir en cet instant à travers mes yeux… Il l’aurait vu jouer avec la lumière fragile des étoiles, ruisselant en gouttelettes étincelantes sur ses mains… Des mains d’homme, de guerrier. Il aime à en jouer, de ce contraste entre sa délicatesse et sa fragilité apparentes et sa souplesse meurtrière pour ses ennemis. Son corps s’est raffermi. Ses mouvements sont rapides et souples, comme un ondoiement d’une vipère dorée du désert. L’assurance viendra peu à peu…

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 30 Juin - 15:59

Retour à Césarée. dans les désert... (partie 2)


* * * souvenir 2 * * *



J’avais déjà surpris plus d’une fois les hommes à la Croix du Sud déplorer la « délicatesse » du jeune Flambeau, en rire à voix basses. Quelques jours auparavant, lors d’un entrainement, j’avais choisi l’homme qui en avait rit la veille pour un duel amical avec moi : j’avais parié qu’il serait à terre avant la fin de l’Alba de Bernard de Ventadour. Le choix de cette canso enjouée était doublement apprécié, par le jeune Albain en tant qu’hommage à sa Maison, et Alba en tant qu’hommage à sa personne ô combien vaniteuse.

Maintenant conseillez-moi, seigneur
vous qui avez savoir et bon sens:
une dame me donna son amour
je l'ai aimée longtemps
mais je sais maintenant en vérité
qu'elle a un autre ami intime
jamais de nul compagnon
la compagnie ne me fut plus pénible.

Sur une chose je suis dans l'erreur
et je ne cesse d'y penser
que je prolonge ma peine
si je lui donne mon accord pour cette affaire
et si je lui dis ce que j'en pense
je vois doubler mon dommage
quoi que je fasse ou ne fasse pas
rien ne peut servir à mon profit.

Si je l'aime dans le déshonneur
je serai la risée de tout le monde
et la plupart me tiendront
pour cornu et tolérant.
et si je perds son amitié
je me tiendrai pour un déshérité
par l'amour et que désormais Dieu me garde
de composer encore vers et chansons.

Je désarmai l’homme au troisième couplet ; au suivant, il reprenait son épée, pour la lâcher aussitôt ; je la lui redonnais, et ses jurons étouffés dansèrent comme une bannière rouge devant mes yeux. J’esquivai les coups suivants, feignant une faiblesse soudaine ; l’homme enrageait de ne point pouvoir venir à bout d’une « simple femme », d’une « saltimbanque du sud », comma m’avait savoureusement traduit Alba à la fin du combat. Je ne comprenais le sens de ses mots, mais en ressentais chacune des syllabes. Je sentis ma propre voix réguler ma respiration, scandant les rimes du doux parler occitan…

Puisque prostré je suis dans la folie
je serai réellement fou si je ne prends
de ces deux maux le moindre
M vaut mieux à mon avis
que j'ai la moitié d'elle
plutôt que de la perdre toute par folie
car je n'ai jamais vu un amant félon
tirer profit de l'amour.

Puisqu'elle veut un autre amoureux
ma dame je ne le lui défends pas
et si je le tolère c'est plus par crainte
que pour tout autre égard
si jamais quelqu'un doit être remercié
d'un service rendu contre son gré
je dois être bien récompensé
moi qui pardonne un si grand tort.


Je sentais sur moi les regards des hommes Flambeaux, leur silence inquiet. Je ressentais surtout le regard vrillé de Rhys ; il devait serrer les poings, sans avoir le droit de laisser paraitre une quelconque émotion. Savait-il que je me battais pour lui ? Savait-il comme il est difficile de remettre un homme à sa place de vassal sans l’humilier ? Savait-il que comme il est délicat de combattre à la place d’un autre, comme il était délicat de danser sur les deux tranchants de l’épée à la fois ? Savait-il que je combattais pour lui ?

Ses beaux yeux trompeurs
qui me regardaient si gracieusement
maintenant se portent ailleurs
et commettent une grande faute
mais ils m'ont ainsi plus honoré
que si devant mille personnes assemblées
ils eussent regardé davantage là où je suis
que sur tous ceux d'alentour.

Avec l'eau que pleurent mes yeux
j'écris plus de cent saluts
que je transmets à la plus gracieuse
et à la plus avenante
maintes fois depuis je me suis rappelé
ce qu'elle me fit en prenant congé de moi
je la vis cacher son visage
sans pouvoir me dire ni oui, ni non.


J’entendis Alba pousser un cri quelque part au dessus de nos têtes. Je relevai l’heaume de l’homme à terre, découvrant un visage rougi, un regard flou précédant une perte de connaissance.
« Je vous ai battu en homme, guerrier », lui dis-je tout bas, « douteriez-vous encore de la valeur de mon enseignement et de ceux que j’instruis en Guerrier et en Mage, vassal ? ».
Je le relevai de force, et l’inclinai en une révérence étudiée « Soyez remercié, noble chevalier Flambeau pour cette danse »…
D’autres arrivèrent et l’emmenèrent, chancelant.

Dame, à présent aimez
un autre et moi en secret
pourvu que j'en ai tout le profit
et lui les beaux discours.


Que m’importent les avis des Primus Flambeau et Jerbiton, s’ils désapprouvent cet enseignement jumelé. Peu m’importe que je sois accusée de dévoiler des secrets de l’Art de velours, ou de souiller la Flamme incandescente… Nous sommes trop loin de leurs palais… Ici, c’est le désert. Nous sommes sous le regard de Dieu. Et nous sommes nos propres spectateurs et nos propres jongleurs…

La flamme de Rhys était si inégale et vacillante, lors de sa venue. Une flamme instable peut devenir dangereuse. Elle peut se retourner contre les autres. Et aussi contre soi-même… Je ne fais qu’apporter douceur à ce vent qui fait danser la flamme de Rhys, je ne fais que mêler l’encens parfumé aux braises…

Je m’appuyai contre le mur. L’on me tendit de l’eau. Je bus et renversai le reste sur ma tête, les cheveux collants au front, la clavicule endolorie, surement cassée… Rhys me regardait. « Vous parliez de l’Art, n’est-ce pas, Dame Ambroise ? »
Je lui souris, surprenant une lueur de malice typiquement Jerbiton dans ses yeux gris comme un ciel d'orage.
«… à présent aimez
un autre et moi en secret
pourvu que vous en ayez tout le profit,
L’épée et les beaux discours »

Nous partîmes le soir même dans le désert…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 30 Juin - 16:11

Retour à Césarée. dans les désert... (partie 3)

Je me rappelle, j’étais restée dans cette eau fraiche jusqu’à ce que les claquements de dents me rappellent à la réalité de l’hiver. La nuit était tombée depuis longtemps ; le vent faisait trembler les roseaux, glacial. Aussi glacial que cette tristesse que je fuyais alors…

Et maintenant ? Je fuis encore !

Mon coursier a fini de boire. Il mâchouille quelques herbes, somnolent… Serai-je assez cruelle pour lui demander de reprendre la route cette nuit ?... Un peu de repos… Je me couvre de ma cape poussiereuse, et me blottis contre son flanc chaud…


* * * retour au souvenir 1 * * *

« Nulle magie, était notre accord ! Perdrez-vous aussi facilement, Seigneur Rhys ? », Mon ton se voulait moqueur, mais le claquement des dents le rendait comique. Rhys soupira et l’étincelle qui prenait naissance au creux de sa main se posa non point sur le tas des branches sèches, mais vola comme une luciole et s’abima dans l’eau.
« Vous en souffrirez plus que moi : vous êtes détrempée »
« Nulles magie ! », rajout-t-il, me voyant sur le point de tourner l’anneau forgé par Ancelin.

Quand froide bise souffle
De vers votre pays
Il me semble sentir
Un vent de paradis…


Je ris de bon cœur et me débarrassai de mes vêtements détrempés, m’enroulant dans les capes encore chaudes qui sentaient le sable.

Pourquoi vous mentirai-je ?
Je ne suis sur de rien,
Mais ne puis renoncer :
Elle m’a dit un jour :
« l’homme preux persévère ,
C’est le vil qui prend peur »…


Rétorqua du tac-au-tac Rhys par un autre couplet de Bernand de Ventadour, Il avait rallumé le feu avec quelque briquet retrouvé dans les affaires et s’assit à coté.

« Vous aviez raison, c’est de la magie que parlait la chanson… Ne soyez pas offensé si je m’adresse parfois à vous comme à un apprenti que j’aurai pu instruire…  »
« Alliance du Feu et de la Grace » souri-t-il, grelottant « tout comme jadis il y eut l’alliance du Feu et de la Glace… »
J’ai du avoir rougi : l’une des capes enroulées autour de moi était sienne. Je levai le pan de cette cape, sans me résoudre à y renoncer, et l’invitai à se rapprocher.

Ça me rappela les veillées devant la cheminée avec mes sœurs, les veillées des longues nuits d’hiver avec les chevaliers des environs et des troubadours de passage… Et Alienor d’Aquitaine, l’Alouette qui, selon une autre chanson du grand Ventadour, avait entouré du pan de son manteau le chevalier cher à son cœur… ça me rappela aussi la veillée après une chasse au faucon avec un certain chevalier cher à mon cœur… Alba m’avait offert sa première alouette, alors je l’avais embrassé, mais j’avais les yeux rivés dans ceux de l’homme dont il m’était le présent…

Je sentis le souffle de Rhys, les battements de son cœur, tout près… je m’arrachai à ce baiser, dans un sanglot étouffé.

« Vous ne pouvez… Vous me remercierez pour ce que je vous refuse… Vous le comprendrez demain, ou plus tard, peu importe, que vous refusant aujourd’hui ce plus petit tiers d’amour,  je vous sauve votre désir pour le plus grand tiers … »

« Ambroise, vous pleurez… »

« Je me marie pour Pâques… »


Dernière édition par Jezabel Charlotte le Lun 30 Juin - 18:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 30 Juin - 17:15

Retour à Césarée. dans les désert... (partie 4 )

Je galope encore… Je ne suis plus les routes arpentées par les caravanes, je me fie aux étoiles et prends le plus court chemin… Peu importe les dangers…

A celle que j’aime du cœur et de l’esprit,
Celle qui est ma dame, mon seigneur, mon ami,
Je dis en ma chanson – s’il lui plait de l’entendre –
Le grand pouvoir du plus petit tiers de l’amour,
Car cette petite part vainc princes, ducs et marquis,
Comtes et rois, et là où est sa cour,
On suit, non la raison, mais l’arbitraire pur,
Et on n’y jugera jamais selon le droit…


Ne me jugez pas !... Ou bien au contraire, jugez moi, sans concession ni pitié aucune… Vous  le savez, maintenant. Vous l’avez appris surement d’un badaud enivré…

Je vous imagine avancer dans le quartier marchand en liesse, entre les charrettes distribuant le pain, les tonneaux de vin et de bière, les jongleurs aux couleurs criardes, le pan de votre manteau noir tiré par quelque singe savant vite chassé… En quel honneur cette liesse ? – C’est un mariage princier, dit-on…

Et dans le port, vous avez vu la bannière de Venise joindre sa pourpre à l’azur de Gascogne… Et ce navire d’or scintillant comme un second soleil sur la mer… Peut-être vous avez bu le gobelet qui vous fut tendu, ou bien vous l’avez laissé à un autre…

Jugez-moi. Pour ce que j’ai pu vous chanter. Et surtout pour mon silence…

Je sais que vous ne m’entendez pas, mais c’est pour vous que je chante… Le plus petit tiers de l’amour…

Elle vit de plaisir, combat et se défend
Sans regarder à la naissance ni au rang…


Est-ce qu’un troubadour peut aimer ? Nous nous complaisons dans l’amour, nous nous aimons amoureux, nous nous écoutons chanter…

Est-ce vous que j’ai fui ? Est-ce pour vous que je rentre, seule et assoiffée ?

Au second tiers d’amour sont noblesse et pitié,
Et quand au tiers suprême si grande est sa puissance
Que plus haut que le ciel il élève son règne.


J’ai cherché ce tiers suprême dans les Eglises et les minarets, dans les prières  et dans le vertige des derviches, dans le vin et l’engourdissement des membres sur les dalles froides… En vain… Maitre Ancelin peut s’engager sur ce chemin désincarné, moi, je ne puis.

Je ne peux oublier les jardins enluminés, les rayons du soleil entrelacés en des chansons… Je ne peux me passer de ce parfum des fleurs irréelles, qui semblent vouloir glisser de la page et perdre quelques pétales dans le creux de la main… Je ressens sa présence dans chaque couloir de la Bibliothèque, je sens son parfum dans chaque rose, je crois voir ses traits dans chaque fresque…

Une religieuse parlerait ainsi de Dieu… Son règne est plus haut que le ciel, il est au-delà du ciel, à la lisière… Est-ce moi qui partirai le rejoindre ? Où bien un jour je pourrai le ramener, retisser l’enveloppe de chair de son âme enluminée de lumière ?...

Est-ce pour lui que je reviens ?

Je sais que plus jamais je ne pourrais quitter la Bibliothèque de Césarée, tant que sa présence s’y attache… Mais en cet instant, est-ce pour lui que je reviens, pour ce tiers suprême ?

Le crépuscule teint le ciel de pourpre… Alba crie que c’est les murailles de Césarée qui se découpent en dentelle miroitante et sombre…

Au second tiers d’amour sont noblesse et pitié…

Noblesse et charité chrétienne, noblesse et devoir…

J’ai été cruelle avec celui à qui je fus donnée. Je n’avais pas pensé un seul instant qu’il pouvait être aussi désemparé que moi, n’ayant nul choix que celui de servir les intérêts de sa Maison, le choix de l’obéissance…

Nous sommes tous jouets d’un intérêt supérieur…

Nous avions quitté la galère dorée pour un navire de guerre, les appartements y étaient plus exigus, spartiates, dirais-je. J’avais bu plus que d’accoutumée ce vin rouge ferré et âpre, terrifiée à l’idée de devoir partager la couche avec cet inconnu auquel j’avais refusé jusqu’au baiser, mais qui entre temps était devenu mon époux et seigneur.

Il était rentré dans la pièce alors que je nouais mes cheveux, lui tournant le dos. Je sentis son regard glisser sur moi. Je me retournai. Mais je n’ai pu soutenir son regard. Je baissai les yeux… Alba s’agita, indigné, sur son perchoir.
« Que souhaitez-vous, Dame Ambroise ? »
Une voix mesurée et calme.
« Ma famille souhaite … un … un … héritier … » m’entendis-je chuchoter.
« Et vous, que souhaitez-vous ? », répéta-t-il.
Je voulais parler. Crier ou pleurer, peu importe, mais pas un son ne sortait de ma bouche. Aucun son ne se bousculait, aucune mélodie, aucun chant…

« Demain, nous arriverons en vue de Constantinople », dit-il, ramassant des cartes sur une table basse, « je vais continuer d’étudier les stratégies possibles. C’est moi qui mènerai l’assaut pour Venise… »

Il prit les cartes et sortit dans le bureau adjacent.

Ne trouvant pas le sommeil, je m’étais levée, et restai de longues minutes à le regarder étudier les cartes, consulter des ouvrages traitant  d’arts militaires, des rapports griffonnés, des missives codées…

Il finit par s’apercevoir de ma présence, et leva la tête.
« Je ne sais si je peux vous faire confiance… »
« Le mariage n’est-il pas un serment de vassalité réciproque ? Je ne vous serai pas parjure, si c’est la question que vous vous posez… »
Il me fit signe de m’asseoir. Je jetai un coup d’œil aux cartes, mais je n’y comprenais toujours rien ou si peu…

« Alba, », appelai-je, « Alba pourra voler et vous pourrez voir par ses yeux… Il pourra survoler les assiégeants, sur terre et sur mer, et la cité. Cela vous sera précieux pour décider de l’offensive, n’est-ce pas ? »
Alba, indigné, me fit étalage de ses opinions sur les roturiers et marchands, ainsi que sur son absence totale de désir de voler au dessus d’une cité assiégée. Mais finalement accepta.
Domenico observa, amusé, cette discussion digne de fous entre un humain et un oiseau. « Et comment ferez-vous ? »

J’ouvris la fenêtre. J’embrassai mon faucon et  l’y posai.
« Fiez-vous à moi », dis-je. Mais je sens qu’il lui est aussi difficile de se fier à moi, qu’à moi de lui faire confiance. Alors je pris la dague posée sur la table, ornée d’un rubis. La mis dans la main de mon époux, la guidant, jusqu’à ce que la pointe de la lame me touche entre deux cotes, à gauche. « Vous serez libre de vos mouvements. Si vous vous sentez trahi, ne retenez pas votre bras. »
Puis, prenant une plume d’Alba, je la nouai avec un de mes rubans sur les yeux de l’homme.

Je me rappelle l’aube où Alba fut trouvé. Où il me fut remis, avec une pudeur et une affection cachée, la seul qui nous était permise… Je fredonne doucement un air à la mode rapporté par Réjane, y ajustant mes mots à moi…  

Alba s’envole vers le soleil levant. Je vois Domenico se soulever légèrement, chavirer. Je le retiens. Je sens la pointe de la lame glisser le long de ma cote, et une tache pourpre l’y suivre sur la soie blanche de ma robe… Je soutiens cet étranger qui ne parle point ma langue natale, mais à qui je suis liée dorénavant.  

Je sens que la magie lui fait peur et l’émerveille à la fois. Sa respiration est parfois saccadée, je sens qu’Alba lutte contre les vents, puis ralentit, s’apaise, lorsque le faucon plane, porté par les mains invisibles de quelques sylphes… Je vois sa main chercher quelque chose, fébrilement ; j’y mets une plume, et pose un feuillet vierge. Il griffonne des contours d’un port, des annotations, des initiales, croix… Il dessine à l’aveugle ce qu’il voit. L’assurance vient peu à peu… Il pose la plume. Je sens le retour d’Alba. Je dénoue le ruban. Son front est couvert de sueur. Ses pupilles sont dilatées : effroi ou simple acclimatation à la lumière de la pièce ? Il se lève, titube, prends la carte et sort, silencieux.

Je ne savais pas qu’il me craignait autant… parce que j’étais une Mage. Ou est-ce autre chose encore que la crainte ?...

« Je vous interdis de revenir blessé et encore moins de mourir à cette bataille, Seigneur Domenico. Je ne souhaite pas être veuve. »

Je ne l’avais pas revu depuis.
Un simple courrier par pigeon voyageur. Il était vivant…

Est-ce pour lui que je reviens ?...
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 30 Juin - 21:51

(le poeme du post precedent est de  Guiraut de Calanson)


Retour à Césarée. dans les désert... (partie 5 )


Les murailles de Cesarée. Les flancs de mon coursier se soulèvent, son souffle est court. Mon propre souffle est entrecoupé. Je décline mon identité aux gardes. Ma voix est roque. La lumière de leurs torches m’éblouit.

Les ruelles de Césarée… Un parfum familier d’épices du quartier marchand et de l’air humide et salé du port… Quelques badauds titubent déjà et s’engouffrent dans le portique d’une auberge… Des ribaudes me hèlent, trompées sans doute par ma manière de monter et ma lame au coté…

Alba fait un piqué du ciel et me frôle de son aile. Coure au port, N’Ambroise, me crie-il. Je ne me pose nulle question, je dirige ma monture épuisée au port… Des voix familières, une patrouille de gens de l’Hospice. Ma monture se cabre et hennit, surement un gros rat… L’un d’eux attrape la bride et m’aveugle avec sa torche. Je décline mon nom, gênée, leur demande de ramener ma monture épuisée à la Bibliothèque. Eux aussi semblent gênés, me saluent, continuent leur ronde de nuit. Je continue vers le port à pieds, dans ce silence qui s’attache maintenant à moi, comme une ombre dans la nuit…

Pourquoi je suis revenue ? Qui fuis-je ? Pour qui je reviens ?...

« Que souhaitez-vous, Ambroise ? »… J’entends cette question comme un écho…

Alba s’agite sur mon bras et bat ses ailes. Je lève les yeux vers ce navire à quais. Une bannière pourpre… Avec un lion ailé brodé d’or… Bannière d’une cité… Une autre, d’argent et de pourpre, armes d’une famille…

Des gardes, postés en faction, autour d’un brasero qui fait danser leurs ombres… Je m’approche, demande le nom du noble marchand de cette illustre famille qui séjourne sur ce navire. Les gardes rient grassement et me font comprendre que le prince-marchand Domenico Dandolo jettera quelqu’aumone aux mendiants à l’aube, et que je n’aurai qu’à patienter. Alba en perd sa voix de cette insolence et s’envole vers le bateau.

Est-ce ma cape élimée, couverte de sable et de poussière ? Ou sui-je réellement une mendiante venue du désert de ma fuite ?... Le sang bat à mes tempes… Fatigue ou colère qui monte ?... J’insiste et demande audience. Les gardes rient de plus belle et demandent le nom de cette seigneurie en haillons qui se prétend le droit de déranger leur seigneur.

Je me sens rougir. Je balbutie que je viens de la part de la Bibliothèque, ils me traitent de menteuse en haillons. L’un d’eux s’avance et me menace avec son arme. Je recule, rouge de honte et de rage… Je ne puis décemment me présenter sous mon vrai nom : nul ne me croirait. Et cela mettrait même ma Maison, mes Maisons, dans l’embarras : l’on peut tolérer une certaine excentricité à une jeune Mage, mais point cet accoutrement, ni …

Alba pousse un cri. Sur le navire, un homme avec une lanterne aboi un ordre, un ponton est passé, il se précipite vers moi, s’incline. Les gardes nous laissent passer… Alba se pose sur mon bras. Ses remontrances indignées me rappellent les sermons de Réjane. Je retrouve mon assurance. Je tourne l’anneau forgé par Ancelin, et sens le doux contact de la soie contre ma peau poisseuse sous la cape poussiéreuse…

Je croise une jeunette fardée… Sa robe aux couleurs criardes est trop précipitamment lacée. Le garde qui m’accompagne toussote, gêné. Elle accélère son pas, mais je l’arrête. Je la dévisage. Elle aurait bien pu inspirer une pastourelle : jeune, fraiche, joues rougies sous mon regard appuyé, seins fermes. Je l’ai déjà vu à la messe du dimanche. L’une des filles d’un armateur établi à Césarée… « Demoiselle », lui dis-je, « j’espère que vous avez pu donner entière satisfaction à cette personne dont vous quittez les appartements.» Je la vois blêmir et je continue « Et que vous ferez ainsi à chaque fois que cette personne aura besoin de vos services ». Je crois entendre Mère, mais c’est ma voix qui congédie cette bergère du port…

Un rire derrière la porte entre-ouverte. Le garde s’incline. Je rentre.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 1 Juil - 19:20

Retour à Césarée. dans les désert... (partie 6 : fin )

L’autre jour près d’une haie,
Trouvai bergère métisse,
Pleine de joie et d’esprit ;
Portant – fille de vilaine –
Cape, gonelle et pelisse
Et chemise de treillis,
Souliers et chausses de laine…

(Marcabru)

« Vous aurais-je manqué au point que vous cherchiez mes traits dans ce visage charmant… » dis-je me tournant légèrement vers la porte et laissant tomber ma cape. Alba pousse un cri indigné et vrille un œil furieux sur l’homme qui se redressé sur son lit ; la chemise de lin entrouverte laisse voir des bandages sur l’épaule et le bras. Une légère odeur de camphre me fait éternuer. Je m’approche du lit, incapable de cacher mon inquiétude.

Ah Dieu ! que ne distingue-t-on
D’entre les faux les vrais amants ?
Tous ces flatteurs et ces perfides,
Que ne portent-ils corne au front ?
Je donnerai tout l’or du monde
Et tout l’argent – si j’en avais –
Pour que ma dame sût combien
Je l’adore fidèlement…


Il attrape ma main et l’embrasse. Surprise par ces vers dans un occitan teint par un léger accent étirant certaines voyelles, je ne retire pas ma main, et m’assoie même sur le bord de ce lit. « Vous chantez le grand Ventadour ? »

Je vois à son regard que ma surprise l’amuse. C’était l’effet escompté. « Pour conquérir une cité, il faut une armée ; pour conquérir une dame, il faut parler le même langage qu’elle », il m’indique un ouvrage enluminé sur la table de chevet. Je le feuillète… Je le reconnais : c’est même moi qui avait recopié ces quelques chansons de Bernard de Ventadour ; je m’exerçais à l’art de l’enluminure, et avais fait plusieurs exemplaires de ces textes de mon enfance, dans différents styles d’arabesques.

« Comptez-vous me conquérir ainsi ? », pourtant je sais que ce semblant de défi lancé est aussi le début de mon consentement, de ma capitulation… J’effleure à peine son épaule, mais il grimace. Le savoir blessé me déplait… pourtant j’ai l’habitude des blessés, certains gémissants, d’autres plus silencieux, à l’Hospice…
Est-ce pour lui que je suis revenue ?...

« Puisque je sais que je ne puis vous acheter » Domenico lève les yeux vers le plafond d’un air faussement dévot. Il me raconte ses voyages de jeunesse dans le Languedoc, à la Cour du comte de Toulouse… Je ne sais qui a pu lui avouer mon amour pour les vers de ce troubadour. Il l’a appris. Peu importe comment. Cela me réconforte de croire qu’il ait pu chercher à me connaitre autrement que par l’estimation de ma dot.

Au second tiers d’amour sont noblesse et …

Noblesse et devoir ? Noblesse et fatalité ? Noblesse et jeux ?...

Je rie intérieurement à cette idée saugrenue que de se laisser courtiser par son époux et seigneur… et de le courtiser à mon tour…

Alba me jette un regard furibond, et fait semblant de dormir. Peut-être qu’il dort réellement, épuisé par ce voyage…

Est-ce pour lui que je suis revenue ?...

« Alors comment puis-je vous conquérir, Seigneur Domenico ? Avec ma lame ? Mes ritournelles ? Ou dois-je vous acheter ? Vous négocier ? »

« Est-ce ce que vous souhaitez, Dame Ambroise ? »

Il m’attire vers lui… Je crois déceler une étincelle complice dans son regard… Je pense que nous pourrons apprendre à nous connaitre… Je me surprends ce « nous », impensable il y a encore quelques jours… Oui, j’aurai à le conquérir, à le découvrir, à l’aimer de ce second tiers d’amour… Second tiers…

Je sens mon corps se tendre… Le cri d’Alba fondant sur sa proie résonne en mon esprit comme un sanglot d’un désir inassouvi… Margal… Alba de Margal… Son regard me suit… C’est un regard bleu, comme le ciel de l’aube, étincelant, comme l’écume des vagues azuréenne qui se brise sur les rochers… Le plus petit tiers de l’amour que je ne puis que chanter… Le tiers suprême de l’amour dans lequel je ne puis me fondre…

Je chuchote les vers de Bernart Marti, troubadour et peintre d’enluminures :

Ainsi je vais entrelaçant les mots
Et affinant la mélodie :
La langue est entrelacée
Dans le baiser…

A l’aube, je pars. Le navire va reprendre la mer. Je me dois de rester en Césarée…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   

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