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 Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 2 Juil - 16:17

Guiraut de Calanson ou Guiraut de Calanso (fl. 1202–1212) est un troubadour gascon de langue d'oc. De son œuvre nous sont parvenus cinq cansos, deux descorts, un congé, un planh et un vers.
http://en.wikipedia.org/wiki/Guiraut_de_Calanso

bon, c'est un peu anachronique, mais j'ai adoré...





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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 3 Juil - 19:07

Chanson (paillarde) du vassal gascon

spécial dédicace en heptasyllabes à tous les vassaux et suzerains  Laughing 

J’ai prié dans la chapelle
Sous votre regard sévère,
Répétant, en ritournelle,
Ce serment que j’devais faire.

Votre sceptre et votr’ couronne
Sont suzerains sur mes terres :
Vous m’avez donné mon nom,
Mon épée, gifle dernière…

Votre armure m’éblouit,
Je vous suis jusqu’en croisade !
Car votre vassal je suis,
Votre bras, votre troubade (= soldat).

Vous me conviez à votr’table,
Partageant gigots et fraises…
Je m’incline. Mais là… Oh, diable !
Le rite est que je vous baise...

Dans mon fort, je vous révère,
Vous admire… Ô Prince fier,
Comprenez : s’il faut qu’je baise,
C’est votr’Dame que j’préfère !
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 3 Juil - 21:01

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 3 Juil - 22:12

discussion avec l'Ombre du Crépuscule

« Que fais-tu tard dans la nuit ?
Au jardin des roses bleues
L’or enluminé sans bruit
Couvre ton corps silencieux… »

« J’ai dansé au Crépuscule,
Je n’ai dû que trop tarder.
Et mes pas de somnambule
M’y ramènent sans arrêt… »

« Que cherches-tu dans les ombres ?
Quel visage ? Il n’y a rien !
Ton Jardin sera décombres
Du grand bucher occitan. »

« Y chercherai-je une flamme ?
Une croix ? Un simple chant ?
Aurais-je vendu mon âme
Pour cet anneau vénitien ?...

Laisse-moi au moins étreindre
Le froid marbre du gisant ;
De roses enluminées ceindre
Ce front pale encor vivant ! »

« Prête à renoncer à l’Aube ?
Au plus petit tiers d’amour ? »
« Jamais ! » Le sol se dérobe
Sous mes pas. Pourtant je cours…

La jetée… Vagues refluent…
Je cherche… « Il n’y a personne ! »
Et pourtant, j’y avais cru,
A cette Alba qui résonne…

Noir manteau… Noire la mer ;
L’astre pale y peint la croix
De la canso éphémère,
De l’écho de nos deux voix…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 3 Juil - 22:14



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 4 Juil - 16:18

Le prix des trois vies


Encore un orage d’hiver… Les vitraux sont si sombres … J’ai besoin de lumière ! Entendez-moi, j’ai besoin de lumière !...

Est-ce ma voix qui est inaudible à ce point ? Non… Seigneur Cadwallon est refugié dans sa verrerie… Magistère Ancelin s’est surement enfermé dans l’Enfer… Evrard doit être quelque part en ville, ou bien il chasse avec Alba… Ma bécasse de femme de chambre, Anouch, est partie avec les autres au marché… Dame Taclabta est avec ses jumeaux, entre leurs jeux et leurs cris, elle ne m’entend pas …

Je me lève… Lourde et gauche. Je n’en puis plus ! L’air est si lourd que mes cheveux collent au front. J’ai l’impression non plus de respirer, mais de boire la mer… Cette mer qui s’étale à mes pieds …

La vue est majestueuse depuis les remparts de la Bibliothèque : le port, ses navires aux voiles triangulaires, son agitation permanente quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit ; et au delà du port, la mer…

Ses teintes sont de lumière pure : ils sont de la même nature que les vitraux du Seigneur Cadwallon. Cette eau, cette lumière liquide est aujourd’hui bouillonnante, les vagues sombres se dressent, menaçantes, et chargent le quai, puis se brisent en écume d’un gris incandescent, éclaboussant les caraques et les galères… Le ciel est si sombre … Ce crépuscule est si noir… Je crois presque discerner l’ombre du néant d’Arriman… J’ai besoin de lumière !

La foudre éclate le ciel par sa déchirure de lumière éblouissante. Je sursaute. Le tonnerre et la bourrasque me font ployer les genoux. Ou est-ce la douleur ?... Un second éclair tombe, tout près, s’abime dans la mer, la reliant au ciel d’un noir de poix.

Je ne peux plus me relever… Je crie… Je crois que le vent emporte ma voix quelque part au loin… là où il n’y a personne pour l’entendre… quelqu’un pleure, penché au dessus de moi ? Non… C’est seulement la pluie… Aussi salée que des larmes …

Est-ce des volutes d’encre que l’on ait versées dans cette mer si claire et limpide ? Est-ce le ciel qui se déverse sur moi ?... Lumière ! Je vous en supplie, j’ai besoin de lumière …

* * *

Je marche sur la berge après l’orage… Non, ce ne sont point les algues, mais les hautes herbes d’émeraude qui caressent mes pieds. Un ruisseau guide mes pas… Et vous. Enfin vous !

Je m’appuie sur votre bras, mais vous avez l’air soucieux. Vous m’amenez au bord d’une falaise. Quelque part en bas, sur un promontoire rocheux, un belvédère balayé par les vents, une forme agonise. Une forme familière, auréolé de flammes dorées vacillantes… des silhouettes accourent… s’affolent… elle semble crier, mais je n’entends nul écho. Ses traits sont déformés par une douleur, que je ne ressens nullement. Est-ce vraiment moi ?

« C’est vous, Dame Ambroise. Vous et nulle autre »…
Vous me souriez … Je voudrais m’abimer à jamais dans votre sourire !

« Est-ce cela que vous cherchez ? Souhaitez-vous vraiment partir dans le Crépuscule ? Vous ne pourrez m’y rejoindre, car je suis condamné à erre à la lisière, vous rappelez-vous ? »

Oui, maintenant je me le rappelle… Alors n’y a-t-il nul salut ?

« Vous pouvez me ramener à la vie, si c’est ce que vous désirez… Lorsque ce sera le moment… Lorsque vous serez prête… »

Lorsque je serai prête… En attendant, je me blottis contre vous et savoure cet instant de béatitude…

Au loin, sur ce promontoire, la femme se tord de douleur. Je porte la main à mon ventre. Je le vois tout à coup aussi rond que le sien. Mes jambes fléchissent… Vous me soutenez… ou je m’agrippe à vous, peu importe… Ces échos qui me parviennent de ses cris me déchirent de l’intérieur…

« Oui, vous allez donner naissance… Bientôt… N’oubliez pas, il y a un prix à payer ! »

Le prix ? Ni Mère ni mes sœurs ne m’en ont parlé… Quel prix ?

« Le prix de la vie est toujours la vie. Vous avez gouté à l’Elixir tôt, Dame Ambroise… Pourtant, certains de vos amis ont essayé de vous prévenir de ce que vous perdriez en échange de la jeunesse éternelle. Mais vous êtes une Jerbiton. Et vous avez conçu malgré la malédiction de l’Elixir. »

Oui, j’ai conçu. J’ai senti ces trois corps se former et grandir à l’intérieur de moi, j’ai senti les battements de leurs cœurs. J’ai senti chacun de leurs mouvements. Et maintenant je sens qu’ils aspirent à la lumière…

« Vous devez d’abord payer le prix ! Ou ils ne pourront ouvrir leurs yeux et contempler leur première aube… L’on dit que le Mage au Don de Velours, lorsqu’il arpentait encore ce monde, fut épris d’une Fée. Et l’on dit aussi qu’il s’est vu offrir, selon certaines légendes, ou qu’il déroba aux fées, selon d’autres, un rituel aussi précieux que l’Elixir. Depuis, ses descendants, de par le sang qui coule dans leurs veines, ont hérité de ce rituel qui permet de contourner la malédiction de l’Elixir. Mais il y a toujours un prix à payer : une vie pour une vie. Parfois plus, lorsque le Crépuscule étend ses vrilles plus fortes… »

Une vie pour une vie ?! Je repense avec effroi à ma folle cavalcade vers Césarée… Des visages défilent…

* * *

Le ciel est si noir ! Suis-je couverte d’un linceul ou du manteau noir ? Lumière ! J’ai besoin de lumière ! Priez pour moi, vous qui m’avez offert mon Aube…
Un instant je vois ce visage souriant, plein de vie. Dans une cellule austère, il prie… Un ruban bleu et or est noué sur le garde de son épée…
Un cris déchirant les tympans, une ombre passe devant cette vision et l’estompe.

* * *

« Est-ce lui que vous souhaitez offrir comme prix ? Sa valeur est bien grande : sa vie seule suffira pour payer ces trois vies que vous portez… »

Non ! non…

J’ m’écroule à terre. Un liquide ocre commence à teinter ma robe de soie azur…

Comme j’avais fière allure, lorsque le palefroi blanc m’avait mené sur cette galère dorée et ouvragée… Comme j’étais orgueilleuse de penser que je pouvais enfanter comme une simple femme, cette nuit où je m’étais présentée de mon plein gré devant le navire à la bannière pourpre et argent …

Une simple femme, comme cette charmante donzelle au visage encore poupin, qui connut la couche de mon époux quelques instants avant moi…

Je la vois, étendue sur des draps clairs, le font en sueur, à la lueur de quelques bougies… Des femmes s’affairent autour d’elle… Elle aussi avait enfanté cette nuit-là…

« Est-ce elle que vous choisissez ? Sa vie est peu de chose à vos yeux. A elle seule, elle ne saura racheter les trois vies… »

Votre voix est douce. Mais votre regard est triste. Vous ne faites que me mettre en garde, me conseiller… C’est à moi de payer le prix… Je le sais et ne vous en blâme point…

Je vois ce jeune corps déformé se tendre et s’affaisser… Une femme soulève une petite chose ensanglantée, inerte, silencieuse… L’enroule dans un linge… La jeune femme ne bouge plus. Elle semble gémir. Et puis s’apaise. L’on porte un miroir à ses lèvres… Un cri me parvient… Est-ce l’accoucheuse ?... Ou ces silhouettes qui font irruption soudainement dans la pièce ?...

* * *

Lumière ?... Des visages se penchent sur moi… Des bouches crient silencieusement…

Je suffoque… J’ai mal … Une main m’éponge le front, rajuste mes cheveux… Elle a des boucles d’un roux de soleil couchant sur le désert …

L’on me pose quelque chose sur la poitrine… Un battement de cœur… Des yeux d’un bleu sombre du ciel à la naissance de l’aube, encore voilé par la brume… Un autre battement de cœur… Ces yeux là sont un ciel plus clair, celui qui se confond avec le bleu de la mer après un orage… Je sens leurs souffles maladroits sur ma peau…

Mais une nouvelle douleur transforme mon sourire en une grimace… Que croyais-tu, semble me dire la Vierge du vitrail, nous avons été chassés du Paradis, alors tu enfanteras dans la douleur…

* * *

Je suis étendue sur l’herbe smaragdine, étendue dans vos bras… Le soleil enluminé m’inonde de sa lumière peinte. Je m’agrippe à votre bras, tandis que la tache ocre sur ma robe grandit… Comme une tache d’encre d’un rouge sombre sur une page parcheminée…

« Dépêchez-vous, il reste une troisième vie… »

Je vois l’accoucheuse prendre ce linge contenant un corps sans vie… Elle passe de pièce en pièce… Cette maison qui devait être un havre de joie quelques minutes auparavant est silencieuse de son deuil. Seuls les chiens hurlent dans la cour…

Elle sort de la maison. Qui est-elle ? Une parente ? Je ne le saurai surement jamais… Elle ne va point au cimetière : un sol chrétien ne saura accepter son fardeau… Alors la mer ? La mer prend tout être que l’on lui donne, elle ne refuse nulle offrande…

Je la vois braver le vent et s’approcher de la jetée… Le ciel est si sombre ! Sa robe est mouillée par la pluie salée, par l’écume des vagues… Elle avance encore… Une vague vient lui recouvrir les pieds… Elle glisse … Tombe… Son fardeau lui échappe des mains… Il est emporté par l’écume, aussi blanche que ces langes devenus linceul… La vague reflue… Je vois le corps de la femme se débattre dans la mer déchainée… En vain… En vain… Je ne saurai jamais qui elle était…

* * *

« Vous devez partir, Dame Ambroise… »

Vous me pressez de partir, et pourtant vous ne desserrez pas vos bras… Vous saviez qu’il y avait un prix à payer… Ne dites rien… C’est un secret de mages de notre Maison… Une ombre du néant enveloppée de velours…

Je ne vous dis point adieu… Pourtant je pars…Emportant votre souffle parfumé…

* * *

Un autre regard me fixe. Un ciel azur aux étincelles dorées… Un ciel de l’aube enluminée… Elle me sourit…

Je vois deux têtes aux bouclettes sombres boire avidement à mes fontaines de lait… Et cette tête aux boucles claires qui se repose souriant dans mes bras…

Second tiers d’amour… Le vrai secret de l’immortalité…

* * *

Au dessus de Césarée, les premières lueurs du soleil transpercent les nuages et inondent de leur lumière enluminée les contreforts de la Bibliothèque…



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 4 Juil - 16:51

mon ile : la Nouvelle Ambroisie

(et dans le civil : Délos, Iles cyclades)


http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9los

http://whc.unesco.org/fr/list/530

Délos (en grec moderne : Δήλος) est l'une des îles des Cyclades, en Grèce. Minuscule (3,5 km2), aride, inhabitée depuis longtemps, elle se situe en face de l'île de Rhénée (14 km2, inhabitée) et à proximité de Mykonos. Ses pentes sont douces et la colline Cynthe (Kynthos) ne dépasse pas 113 m. Le port a toujours été exposé aux vents qui, dès qu'ils se lèvent, rendent l'île inaccessible. Dans la partie basse se trouvait jadis un lac sacré d'eau douce, aujourd'hui à sec.

Elle a joué un rôle considérable en Grèce antique, lorsqu'elle avait de l'eau potable, tant sur le plan commercial que religieux, et son rayonnement a connu son apogée sur le plan religieux au VIe siècle av. J.-C. Le site de Délos a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1990.

Elle a connu plusieurs dénominations dans l'Antiquité : Lagia (l'« île aux lièvres »); Ortygie (l'« île aux cailles ») ; Prypile (« porte de feu ») ; Cynthère (l'« île de Cynthia », nom carien d'Artémis)1 ou encore Pélasgie (l'« île des Pélasges »). Son nom de Délos (« claire », « visible ») s'explique par la mythologie.


Selon la légende, Zeus immobilisa cette île, jusque-là flottante, pour que Léto, poursuivie sur terre et sur mer par la jalousie d'Héra, trouvât enfin un asile où elle pût mettre au monde ses jumeaux Apollon et Artémis. L'île était sacrée : il n'était pas permis aux femmes d'y accoucher ; on ne pouvait non plus y enterrer les morts.












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MessageSujet: Koukou   Sam 5 Juil - 6:59

Dame Amboise, vous n'êtes pas toute seule! Je suis là. Fidèle au poste!!!

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 8 Juil - 1:49

* * *

Vous m’avez fait miroiter
Un empire de lumière,
Des chemins des sept mers,
Vos caraques affrétées…

Mais voilà que le Roi meure,
Meure son autorité.
Fin de l’empire enchanté :
Vous quittez votre demeure…

« Noble Dame, acceptez
De mes mains cette couronne,
L’archipel que je vous donne,
Hommage à votre beauté »

Cher Ami, vous divaguez !
Qu’avez-vous donc à m’offrir ?
La couronne et ses saphirs
Sont la mer et ses rochers !

Quelques chèvres et oliviers
Sont votre nouveau royaume,
Quelques barques et quelques hommes …
Vais-je donc devoir mendier ?

« Noble Dame, votre grâce
Sera mon plus grand trésor,
Mon idole est votre corps… »
Il suffit ! Cela m’agace…

Vous avez voulu m’acheter,
M’enfermer dans votre cage.
Chanterais-je aux coquillages ?
Pour vous, ne voudrai chanter.

Je n’accepte ni couronne,
Ni rocher, ni votre nom.
Ne me faites nul sermon :
Je suis fille de Gascogne !

Je vous rends l’anneau d’argent,
Roi des iles des goélands,
Je vaux plus que tout votre or,
Ma parente est Aliénor.

Et pour votre effronterie
Craignez quelque sorcellerie :

Cherchez-moi dans tout visage
De ribaude ou de princesse,
Au combat et dans l’ivresse
De vos vains vagabondages !


************


Ce que nul chant ne précise,
C’est que vous m’avez conquise,
En un geste et pour un instant…
Mais m’avez perdue pourtant…

Permettez, je vous rends grâce
De m’offrir la liberté
Dans une étreinte fugace
De l’inconnue que j’étais.

Permettez, je vous honore
De ce chant, pour vous tout seul.
Ephémère est tout trésor
Comme d’un faucon l’envol.

Comme l’écume des vagues,
Ou la rage d’un duel,
Sur le pont d’une caraque
Avec, pour témoin, le ciel.

Vous partez… Je vous admire !
Emportez au moins ces fleurs…
La mer : votre seul empire
Et vos seul champs d’honneur…

Vous me chercherez, peut-être,
Sans jamais me reconnaitre :
Toute étreinte et toute ivresse
Seront extase et tristesse.



******************

cette chanson n'est nullement chantée par Ambroise, mais ....

Ambroise est partie sur son ile puis à Venise en cette fin aout. vers mi septembre, cette chanson fit son apparition dans les tavernes de Césarée...
c'est surement Evrard qui en a parlé : il a amené un soir un compatriote, et ce voyageur la chanta, après quelques verres / bouteilles .....

Ambroise est rentrée une semaine après. avec ces fameuses roses pourpres, et un oeil pétillant  drunken 

*******************

au cas où les nouvelles d'Italie sont :
Enrike Dandolo est mort à Constantinople. un nouveau Doge a été elu à venise (pas un Dandolo). les ragots parlent de la disgrace et de la decheance des Dandolo... l'heritier de cette famille a renoncé à son nom et est devenu roitelet des petites cyclades...


Dernière édition par Jezabel Charlotte le Ven 11 Juil - 13:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 14 Juil - 17:45

serai-je une seconde Alienor ?

certains commencent à m'appeler ainsi... Comme elle, je suis née d'une chanson en langue d'oc... comme elle je fus mariée à une couronne, comme elle j'obtins le divorce...

mais contrairement à elle, j'obtins la liberté... enfin, toute relative... Mais je ne porte nulle couronne, je peux chanter ! tant que je chante, je vis...

qu'ai-je voulu faire de moi cette nuit-là ? ai-je voulu mourir ? ai-je voulu plonger dans le Crépuscule final ?
j'ai refusé le mensonge d'un filtre, j'ai eu cette force ou cette folie que de renoncer à la magie... par affection pour un simple profane ?!
est-ce cela l'amour ?...
est-ce cela que je chantais jusqu'ici sans connaitre ?...

si c'est ainsi... je ne pourrai jamais reveiller le Reclus... sans le tuer. Je ne puis lui offrir cet amour inconditionnel et sans partage... "seul un baiser d'amour veritable pourra eveiller le Dormeur du Val... Nul ne peut d'amour veritable aimer deux etres à la fois..." Ai-je le droit de condamner ainsi à la mort celui dont l'epoir de renaissance m'avait appelé en terre Sainte, en Césarée ?!
qu'ai-je fait, Seigneur ?!
que dois-je faire ?...
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 15 Juil - 21:57


Certaines aubes, je ne peux détacher mes yeux de l’horizon… Le ciel se teint en couleurs iridescentes, irréelles… La mer est comme son reflet, mais plus douce encore, légèrement brumeuse au loin… Au loin… Sonnent les cloches… Les Laudes, office de l’aurore. Le vent ramène les bribes de chants depuis l’Hospice… J’y discerne sa voix… Ou est-ce le fruit de mon imagination…

Je n’ai pu retourner à l’Hospice depuis… Ni à la Source du Jourdan. En fait, si, je me suis rendue à plusieurs reprises à l’Hospice, mais jamais sous mon vrai visage. J’ai été la vieille paysanne venue offrir quelques corbeilles de fruits, la bigote qui a proposé son aide aux soigneurs, le colporteur venu porter quelques nouvelles du port, le guerrier franc qui était au sac de Constantinople… Jamais sous mon vrai nom, jamais arborant mon vrai visage…

Lâcheté ? Surement.

Et toujours le même pincement au cœur… Le même élancement… Le même frisson qu’au premier jour où je l’avais rencontré… Une fois, je lui ai servi l’eau… J’en ai renversé par terre, et me suis enfuie. Enfin, le gamin des rues de Césarée s’est enfui, rouge de honte, après avoir échoué à servir de l’eau à un Chevalier Hospitalier…

Lâcheté ? Oui, définitivement.

Seigneur Cadwallon parle de tendresse féminine, d’humilité, de pardon… Si j’avais plus de force, plus de courage, peut-être j’aurai pu demander pardon pour mes silences… Seigneur Dieu Tout Puissant, Vous, que lui il prie, vous savez comme j’ai honte... Vous savez à quel point je m’en veux, pour ce silence…

* * *

Je vais souvent au port. Il y a là un quai écroulé, nul navire n’y accoste. C’est là que se retrouvent les colporteurs épuisés des voyages, des troubadours, des voyageurs aux récits inépuisables, des jongleurs de toutes sortes… Et je me mêle à eux. Nous levons nos verres, et quand ils manquent, c’est une amphore qui passe de bouche en bouche…

C’est là que j’apprends les nouveaux chants de tout le pourtour de cette mer qui s’étale entre moi et mon pays… C’est là où je chante parfois, rythmant ma voix avec la sobre mélodie de la guiterne…

Parfois, en se quittant, on s’enquière de nos noms respectifs. Je ne cache nullement le mien : certains sont surpris, d’autres se disent honorés, ou heureux… Et ils partent, emportant mes chansons… Et je reste…

Et je continue de voyager sur les mélodies étranges et envoutantes d’autres chants, d’autres récits, d’autres légendes !...

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 16 Juil - 10:17

* * *

They gave her passion
They gave her soul
They gave her dreams
Full bowl…
All that she needed was love.

They gave her kingdoms
They gave her lands
They gave her jewels
Full hands…
All that she needed was love

They gave her treasures
They gave her wine
They gave her pleasures
Of any kind…
All that she needed was love

They gave her war
They gave her peace
They gave her promises…
She was not pleased,
Because all that she needed was love.

They gave her power
They gave her glory
They also told her
A boring story…
But all that she needed was love.

They tried to delight, then
They tried to threaten,
But her understanding
They could not get…
So they grew worried
They did not laugh
Because they had not got
Any kind of love…
Though all that she needed was love.

(1994 : oh ! les vieux textes qu'on ressort...)




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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 16 Juil - 14:40

Tristan EDINGTON

Le premier jour, je fus réveillée par cette écervelée d’Anouch Farakian : un fou tambourinait aux portes de la Bibliothèque et implorait audience avec « la Seconde Aliénor » !
Cette comparaison avec mon illustre parente ne fit qu’accentuer mon agacement d’être reveillée aussi brutalement. D’autant plus que j’avais prévu de me consacrer aux armes toute la journée et me devait être en forme.

Alors j’ai fait transmettre qu’Aliénor était unique, et que s’il souhaitait une audience avec, il fallait se rendre à l’Abbaye de la croisée des deux Royaumes et implorer son gisant.

* * *

Le lendemain, vers la Sexte (heure canoniale, 6eme heure du jour), Anouch vint me voir les bras chargés de fleurs coupées, des roses de toutes les couleurs, me disant que le parvis de la Bibliothèque en est couvert, précisant aussi la présence d’un chameau portant des rouleaux de tissus. Et que le fou de la veille, vêtu comme un prince, y est agenouillé, psalmodiant les poèmes de Jaufré Rudel et menaçant de finir comme ce grand troubadour…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jaufr%C3%A9_Rudel

http://www.trobar-aquitaine.org/fr/troubadours-jongleurs/jaufre-rudel



Je me rendis aux fenêtres. Il est vrai que ce jeune fou avait bonne mémoire, il est vrai aussi qu’il avait intériorisé ces vers au point de le chanter que j’ai cru voir un instant le Prince de Blaye lui-même…

Alors que le rossignol dans le bois feuillu,
donne de l’amour, en demande et en reçoit,
et qu’il lance son chant de jouissance et de joie
et qu’il regarde souvent sa compagne,
que les ruisseaux sont clairs et les prés riants,
alors, à cause de la nouvelle gaîté qui règne,
une grande joie vient se coucher dans mon cœur.



http://www.trobar-aquitaine.org/fr/troubadours-jongleurs/jaufre-rudel/57-troubadours-et-jongleurs/jaufre-rudel/les-cancons/62-quan-lo-rossinhols-el-folhos


Un jeune blondinet, aux boucles d’or pale tombant dans le dos… Frêle comme un pinçon, mais avec un aplomb certain dans la voix et dans son maintien…

Je suis désireux d’un amour,
– je ne connais pas de joyau plus précieux –
que je souhaite et désire ;
il me serait bon si elle [ma dame] me faisait un présent d’amour,
car elle est ronde, déliée et gracieuse
et sans rien qui la dépare,
et son amour est bon et de bonne saveur.

Je suis soucieux au sujet de cet amour
dans la veille et les songes du sommeil,
car c’est là que j’obtiens une joie merveilleuse,
car alors je connais la jouissance partagée dans la joie ;
mais sa beauté ne me vaut rien,
car aucun ami ne m’enseigne
comment je pourrais avoir d’elle bonne saveur.



Je l’avais déjà croisé dans le port… Vêtu de loques, il avait, dit-on, fui les Ordres et sa terre brumeuse pour venir en Terre Sainte, à Acre, puis à Césarée…

Il s’aperçut de ma présence et s’inclina.

« Je salue N’Ambroise de Marsans, Dame de ma plume et déesse de mes vers… », dit-il en latin parfait.

Anouch pouffa de rire. Un attroupement de badauds commença à se former autour. Je vis approcher une patrouille de l’Hospice…
Je m’éloignai de la fenêtre, laissant Anouch et son tact légendaire régler son compte à cet effronté : les fleurs pour toutes les chapelles et églises de la ville, les tissus à partager entre l’Hospice et le quartier Bysantin, et le chameau… qu’elle en fasse ce qu’elle  souhaite.
Je vis de loin Anouch sermonner le freluquet, le menacer de toutes les malédictions des démons et des djinns, vouloir le soulever sans aménagements pour le mettre dehors… Mais le blondinet lui tendit une rose pourpre d’un air enjoliveur et Anouch sembla se radoucir : elle accepta de sa main une liasse de feuillets…

Cette liasse, je la retrouvai le soir même sur ma table de travail.

Quand l’eau de la fontaine
s’éclaircit, comme elle a l’habitude de le faire,
et que paraît la fleur de l’églantine,
et que le petit rossignol sur la branche,
répète, module, adoucit
et embellit son doux chant,
il est juste que je module le mien.

Amour de terre lointaine,
pour vous tout mon cœur est dolent ;
je n’y puis trouver de remède
si je n’écoute votre appel,
par attrait de douce amour,
en verger ou sous tenture
avec la compagne désirée.

Puisque toujours le plaisir m’en est refusé,
je ne m’étonne point si je m’en consume,
car jamais il ne fut – car Dieu ne le veut pas –
plus noble chrétienne,
juive ou sarrasine ;
celui-là est vraiment repu de manne
qui gagne un peu de son amour.

Mon cœur n’en finit pas de désirer
celle que j’aime le plus ;
et je crois que mon désir me trompe
si la convoitise me l’enlève ;
car elle est plus poignante qu’épine,
la douleur qui guérit par la joie ;
je ne veux donc jamais que l’on m’en plaigne.



Rudel… Dans les marges de ses chants, je trouvai, griffonnés, des vers d’autres troubadours chers à mon cœur… D’autres m’étaient inconnus… En latin, occitan, grec, et d’autres parlers que je ne connaissais pas… Certains étaient d’une virtuosité musicale étonnante, d’autres tâtonnants… Des roses écloses dans toutes leurs splendeurs, et des bourgeons timides pleins de promesses… J’y trouvai même certaines références à mes propres compositions…

* * *

Je pris ces écrits et descendis au port. Ce quai écroulé jamais désert de joie et de vie… Il y était. Il jouait aux dés. Il avait du perdre ses beaux habits – tout comme je le soupçonnai tout à coup les avoir gagné aux dés aussi – et jouait sa chemise… s’il perdait, la mise suivante était sa guiterne… ou lui-même. Je ne savais ce que ce jeune chanteur allait miser.
Il perdit.
Il misa lui-même…
Avant que les dés ne soient lancés, je m’approchai et mis la main sur son épaule.
Il se retourna. « Je gagnerai », dit-il, « Je j’ai déjà gagné votre regard, alors j’ai tout gagné ! »
Les dés roulèrent. L’homme en face fit un double cinq et un six. Le silence se fit autour des joueurs. Le blondinet me sourit, mi-malicieux mi-solennel…
…un cinq et double six !

* * *

Nous sirotons une eau de vie de violettes. Ma réserve personnelle… La plage est déserte à cette heure calme, entre les Matines du milieu de la nuit et les Laudes de l’aurore…
La lune dessine un pont de lumière sur la mer d’huile, presque jusqu’à nos pieds…
Je l’écoute chanter. Une voix claire et cristalline, vibrante comme une corde… Une voix comme un bourgeon de fleur au printemps, pleine de promesses…

Je l’écoute, et la brume s’anime, à la lisière de ma vision, se peuple de créatures étranges et merveilleuses… De chevaliers affrontant des dragons, de Dames sylphides dansant sur les flots, de palais enchantés… Je me sens transportée tour à tour dans le château de mon Père, en Gascogne… dans les scriptorium poussiéreux d’un monastère sombre… dans une plaine enneigée fouettée de bourrasques de vent… dans les soutes crasseuses d’une galère… Terres enneigées du nord, terres verdoyantes du pays d’Oc, sel de la mer… tout tourbillonne !... Il m’emporte …

Il a le Don !...

Je l’interrompe brusquement, étouffant d’une main les cordes de sa guiterne.

« Qui êtes-vous ? »
« Mon nom est Tristan… Tristan Edington, septième du nom, pour vous servir »
« Les consonances ne sont point occitanes… »
« Anglaises, Trobairitz. Je viens du Wessex… J’ai fait ce voyage pour vous… Pour vous rencontrer. Je veux apprendre… auprès de vous… »

« Pourquoi moi ? Vous avez fait tout ce chemin, depuis Wessex, en Angleterre, rien que pour moi ? »
« Je suis tombé amoureux de vos chansons, de vos vers… Pardonnez-moi cette effronterie, mais c’est la vérité. J’ai passé toute ma vie à étudier les écrits, les Ecritures et les poésies de Virgile, les divagations de Platon et d’Aristote… L’on me destinait à entrer dans les Ordres… Mais un jour, des voyageurs sont arrivés, du sud. Je les ai écouté chanter, j’ai transcrit de mémoire ces vers et leurs mélodies… Lors de leur départ, j’ai couru à leur suite, suppliant de me confier le nom de l’auteur de ces chants… Et un nom me fut donné : le votre. Je me suis enfui du monastère, la veille de mon ordination. »

«  Et vous voilà ici, à Césarée… et je suis là, devant vous. »

« Acceptez-moi comme votre apprenti ! Apprenez-moi le secret des mots ! »

Son regard est suppliant. Limpide. Sans mensonge ni faux semblant.

« Je vous accepte en Apprenti, avec honneur et plaisir, Seigneur Tristan Edington de Wessex. Je vous enseignerai l’Art de chanter et l’Art de Velours… »

Je le sens rougir, je me sens le devoir de rajouter « Oui, l’Art de Velours, le Don qui vous fait gagner aux dés lorsque la cause fait vibrer votre cœur… le Don qui peuple les brumes et les ombres dansantes d’images de votre verbe et votre imagination…Imaginem…Creo…Muto… »


Dernière édition par Jezabel Charlotte le Mer 16 Juil - 16:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 16 Juil - 14:47

* * *

Des couleurs…
Du vermeil
Du bleu
Du soleil
Du feu…

Des lueurs
De bonheur
Colorées
Incolores
Dorées
Sans or.

Encore
Et encore
De plus en plus fort.

Puis tout disparaît
Dans une auréole dorée...


* * *

Des couches
Farouches
De rouge
Touchent
Le jaune
Monotone
Qui sonne
Dans le ciel
Couleur miel
Le soleil
Vermeil
Puis la nuit
Dévoile
Les étoiles
Très loin
Sans fin
Si belles
Dans le ciel.



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 18 Juil - 18:59

Hommage à alba :

http://infodoc.blog.free.fr/index.php?post/2010/03/05/Quelques-expression-ail%C3%A9es

Expressions utilisant toutes sortes de noms d'oiseaux :

Une hirondelle ne fait pas le printemps : 1/ D’un seul élément, on ne peut tirer de conclusions certaines ou générales. 2/ Une seule personne ne suffit pas pour atteindre un but commun. C’est ensemble qu’un projet, un match se gagne. C’est à deux qu’un mariage, une amitié fonctionne.

Expression d’Aristote, Éthique à Nicomaque (livre I, chapitre VI, 1098a) issue de la fable Le Jeune Prodigue et l’Hirondelle d’Ésope. - “Une hirondelle ne fait pas le printemps, un dissident libéré, fût-il candidat au prix Nobel de la paix, ne rend pas ce pays plus démocratique.”

Avoir une tête de linotte : Ne pas être capable de se rappeler des choses importantes, être étourdi.
- “Essaye de t’en souvenir malgré ta tête de linotte”.

Bayer aux corneilles : Ne rien faire et le montrer.
- “Tu pourrais m’aider au lieu de bayer aux corneilles”

Être bavarde comme une pie : Parler beaucoup et souvent pour ne rien dire.
- “Je n’aime pas aller chez ma tante, elle est bavarde comme une pie”

Siffler comme un merle : Être très gai.
- “Lorsqu’il sortait en forêt, il était heureux, il sifflait comme un merle”.

Être gai comme un pinson: Être toujours de bonne humeur.
- “Ma tante est resté très jeune et toujours gaie comme un pinson”.

Être chouette : Être sympathique, par extension : une situation agréable.
- "Chouette alors !" : interjection pour exprimer sa satisfaction.
- “Mon oncle nous a emmené au parc, il est chouette”.

Être un vieux hibou : Désigne un homme âgé et bourru.
- “Tu pourrais être un peu avenant, espèce de vieux hibou !”

Être fier comme un paon : Être vaniteux, imbu de sa personne.
- “Après avoir appris sa promotion, il est entré dans la salle fier comme un paon”.

Être innocent comme la blanche colombe : Être non coupable.
- “Tu penses que c’est moi qui ai fait le coup alors que je suis comme la blanche colombe”.

Être le dindon de la farce / être le pigeon : Être la victime d’une affaire.
- “Il a perdu la maîtrise du projet. Dans cette histoire, il a vraiment été le dindon de la farce”.

Être saoul comme une grive : Être ivre.
- “Après quelques verres, elle était déjà saoule comme une grive”.

Être un vautour : Personne qui s’approprie des biens matériels (généralement par des procédés malhonnêtes).
- “Dans le village, beaucoup de personnes ont été dépouillées par lui, c’est un vrai vautour”.

Être un vieux rossignol : Un objet qui ne se vend pas.
- “Lorsque je suis arrivé à la vente, il ne restait plus que quelques vieux rossignols”.

Faire (pratiquer) la politique de l’autruche : Ne pas vouloir voir l’évidence.
- “Ce rapport a fourni au gouvernement le prétexte pour pratiquer la politique de l’autruche”.

Avoir un estomac d’autruche : Être capable de manger n’importe quoi.
- “Il est bien le seul à pouvoir manger ça, il a un estomac d’autruche”.

Faire le pied de grue : Attendre debout longtemps.
- “Cela faisait plus d’une heure que je faisais le pied de grue dans la rue”.

Partir comme une volée de moineaux (perdreaux) : S’enfuir précipitamment.
- “Lorsque qu’elle arriva, les enfants partirent comme une volée de moineaux”.

Le chant du cygne : Une œuvre (action) de la fin d’une vie.
- “Ce livre était son chant du cygne, il est mort peu après”.

Le miroir aux alouettes : Désigne quelque chose qui fascine par une apparence trompeuse.
- “Le député estime que l’aide au développement est un miroir aux alouettes”.

Pousser des cris d’orfraie : Crier suite à une nouvelle.
- “Lorsqu’il lui annonça son départ, elle a poussé des cris d’orfraie”.

Répéter comme un perroquet : Répéter sans comprendre ce que l’on dit.
- “Essaye de dire quelque chose d’intelligent au lieu de répéter ce que je dis comme un perroquet”.

Être ravitaillé par les corbeaux : Habiter loin de tout.
- "Tu crois que je vais m’isoler dans ce coin perdu, ravitaillé par les corbeaux ?"

Être un corbeau : Être une personne qui fait de la délation (généralement par courrier). Ce sens remonte au film Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot, sorti sur les écrans en 1943, dans lequel une série de lettres anonymes signées "Le Corbeau" s'abat sur une petite ville française.
- “Dès que les journaux ont parlé de cette triste affaire, les gens du village ont commencé à recevoir des lettres de corbeaux”

Noir comme un corbeau : se dit souvent d'une personne qui a les cheveux noirs et le teint brun.

... et, sans perdre une plume, quelques expressions inspirées par les oiseaux ...


Y laisser des plumes : Perdre une partie de ses biens ou de ses privilèges dans une affaire.
- “Il est clair qu’il va laisser des plumes avec la perte de ce client”.

Voler dans les plumes/“rentrer dans le lard”/“rentrer dans le chou” : Attaquer violemment quelqu’un (au figuré).
- “Lorsque mon père va savoir ça, il va me voler dans les plumes”.

à vol d’oiseau : En ligne droite, pour une distance.
- “Nous sommes à 3 km à vol d’oiseau de la Tour Eiffel”.

Avoir des ailes : Se sentir léger.
- “Dans la descente, je n’étais pas fatigué, je me sentais pousser des ailes”.

Avoir un appétit d’oiseau (de moineau)/Manger comme un moineau :
Avoir petit appétit.
- “Je viendrai avec ma sœur, ne t’inquiètes pas, elle a un appétit* d’oiseau”.

Avoir un coup dans l’aile : Être en difficulté.
- “Après ses remarques, il était clair que le projet avait un coup dans l’aile”.

Avoir une cervelle d’oiseau (de moineau) : N’avoir que peu d’intelligence.
- “Sa femme est mignonne, mais elle a une cervelle d’oiseau”.

Battre de l’aile : Être proche de l’insuccès, de la fin, de l’échec.
- “C’est une initiative intéressante, mais par manque de moyens, elle commence à battre de l’aile."

Être comme l’oiseau sur sa branche : Se trouver pour très peu de temps en un endroit ou une situation.
- “Il est toujours entre deux avions, un vrai oiseau sur sa branche”.

Être un oiseau de mauvais augure / être un oiseau de malheur : Apporter de mauvaises nouvelles sans que cela soit justifié.
- “Tout va bien se passer, n’écoute pas les oiseaux de mauvais augure”.

Être un drôle d’oiseau : Être une personne peu sympathique.
- “Tu lui fais confiance ? Il m’a l’air d’être un drôle d’oiseau !”

Être (trouver - chercher) l’oiseau rare ; Être (chercher) une personne dont les qualités sont difficiles à trouver.
- “Je cherche l’oiseau rare qui pourrait nous sortir de cette impasse”.

L’oiseau s’est envolé : La personne ne se trouve plus là où on pense.
- “Lorsque les policiers arrivèrent sur les lieux, l’oiseau s’était envolé”.

Le petit oiseau va sortir : Se dit lorsqu’on prend une photo.
- “On sourit, on ne bouge plus. Attention, le petit oiseau va sortir”.

Rogner les ailes : Empêcher quelqu’un de faire quelque chose.
- “En lui retirant une partie de son équipe, on peut dire qu’il lui a bien rogné les ailes".

Se brûler les ailes : Échouer dans une entreprise.
- “En persistant dans cette attitude, tu vas te brûler les ailes”.

Voler de ses propres ailes : Agir seul, sans aide.
- “Ce n’est plus un enfant, laisse-le un peu voler de ses propres ailes”.



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 18 Juil - 23:52

Naissance de Rosa Atalenta


Je supporte de moins en moins la bigote aigrie que Seigneur Léonce Monomakhos nomme « ma douce tante », ou « dame Demetria », selon les circonstances.

Selon moi, elle tient plus d’un savant mélange d’une Héra des comédies antiques et d’un quaesitor protocolairement raidi. Ajoutez à cela une once de mortification, une pincée de reproches permanents et accompagnez d’une sauce amère de vertu moralisatrice exhibée, et vous l’aurez là, devant vos yeux. Vêtue de loques noires. Fouillant des yeux le moindre nouvel arrivant dans le port. Marmonnant des malédictions aux Francs et autre supports du diable. Ragotant sans cesse sur le comportement licencieux des jeunes femmes les jours du marché, allant jusqu’à les menacer avec sa canne…
Pourquoi seigneur Léonce s’encombrait d’une … chose… enfin, oui, chose pareille ? Cela me demeurait un mystère.

C’est grâce à cette « dame Demetria », d’ailleurs, que j’ai fait connaissance du Seigneur Léonce, un Byzantin, Capitaine de la toute naissante Garde de la Sainte Sophia.

Je me rendais au port, passablement agacée de la dernière discussion avec Dame Aure. Elle se prend pour ma nourrice ? Ou pire, Mère ?! Ou est-ce sa vieillesse qui la rend si donneuse de leçons ?... Et Anouch m’exaspère également, avec ses recommandations incessantes, sur les convenances, les bienséances, mon état et tout !... Certes, j’ai le ventre distendu. Certes, je ressemble à une jument essoufflée dès que j’enchaine quelques passes d’armes … Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à l’épée. Ni aux chasses avec Alba. Ni aux promenades dans le port. Ni aux fêtes sur le quai écroulé, où se rassemble toute la fine fleur des voyageurs et des poètes locaux…

C’est d’ailleurs là où je me rendais ce jour-là, seule, Tristan m’ayant perdu en chemin à conter fleurette à quelques donzelles du coin qui choisissaient des rubans... Et voilà qu’une vieille chouette me barre le passage et m’interpelle de quelques noms d’oiseaux bien choisis. Que me reprochait-elle ? Tout simplement d’avoir sollicité l’aide d’un homme se trouvant près de l’endroit où je comptais attacher mon âne. Oui, mon âne… Anouch avait menacé de plumer Alba – et la tête, et la queue – si celui-ci me laissait encore monter sur mon destrier.

L’homme m’aida à descendre, et je lui offris gracieusement ma main pour qu’il puisse me saluer convenablement. Je l’avais déjà aperçu à la Bibliothèque, mais nous n’avions jamais eu l’occasion de converser. Je lui proposai de m’accompagner vers ce quai, et nous discutions agréablement, chemin faisant.

Et la voilà qui me barre le passage ! Et me traite de dévergondée, de catin vénitienne, et d’autres noms encore, dont la véhémence et l’inexactitude lexicale flagrante aux yeux de tout fermier indigna – et amusa néanmoins – Alba, qui se posa sur mon poing avec un cri féroce. Féroce pour un faucon cresselette, toutefois...

Seigneur Léonce rougit. Puis blêmit, lorsqu’ignorant cette vielle corneille, je me tournai vers lui, expliquant calmement et d’un ton l’on ne peut plus détachée, qu’en effet, l’épithète de « vénitienne » aurait pu s’appliquer à ma personne quelque temps.

Ayant réveillé ces démons encore trop présents pour tout byzantin, je jugeai opportun de me présenter. « Ambroise de Marsans », lui dis-je avec mon plus doux sourire, « Représentante de la Bibliothèque auprès des Guildes de Césarée … J’imagine que mon appui vous est précieux si vous souhaitez que la Garde de Sainte Sophia soit acceptée en ville comme l’une des trois forces armées… »

Seigneur Léonce s’inclina, bafouillant des excuses pour le comportement de « Dame Demetria », sa vielle tante tant éprouvée par les massacres de Constantinople…
« Votre tante ?... Et comment voit-elle votre éloignement des prédications de père Nicéphore ? », dis-je tendant négligemment ma main vers cette vielle chouette qui me traitait de grue de port, faisant visiblement allusion à quelques Vénus locales des bas quartiers.

Avant que Seigneur Léonce ne puisse répondre, elle frappa ma main avec sa canne, y laissant une trace blanche. Je la regardai avec un certain amusement et un étonnement certain virer au rouge… Seigneur Léonce se précipita et saisit les bras de sa « douce tante ». Quelques badauds commencèrent à s’assembler.

C’était donc cela que certains pensaient de moi en cette cité… Une catin venitienne… Une catin… Je fixai les yeux rougis de la femme qui me crachait malédictions et injures, se débattant, en véritable crise de possession…

Je ne m’étais encore jamais posé la question de comment des gens du peuple, des hommes et femmes libres, des vilains, pouvaient percevoir une femme telle qu’Aliénor d’Aquitaine, Reine majestueuse de terres et cœurs de troubadours… Ni moi… Qui suis de son lignage et de son héritage doublement : par le sang et par certains cotés de ma renommée…

Pire : comment ces gens pouvaient percevoir une femme, arborant sans se cacher une lame au coté, montant les destriers en homme et non perchée en amazone, fréquentant des lieux de festivités traditionnellement réservés aux hommes et à leurs conquêtes rémunérées… Une femme chantant, buvant, se battant !... Mariée et divorcée… Une femme avec un ventre aussi rond que celui d’une jument prête à mettre bas, et qui ose néanmoins se montrer en public…

L’on m’avait déjà dit que je tenais beaucoup de mon aïeul Guillaume, comte de Poitiers, qui était par ailleurs grand–père d’Aliénor : sa joi de vivre et de chanter. Non pas « joie », gaité douce, mais bien « joi », l’exaltation inquiète et presque douloureuse de l’amour… Certains avaient même avancé que la Fin’Amor n’était pour ce Premier Troubadour qu’un habillage trompeur des divertissements et des désirs brutaux : il avait bien chanté son dilemme de choix entre ses deux juments préférées…

Ce qui est amusant, glorieux et valorisant pour un homme, serait péché, luxure honteuse et indécent pour une femme ?!
Lorsqu’un homme prend, de gré ou de force, il « prend », pourtant l’on dit de la femme qu’elle « se donne » ?...

En quoi manier l’épée pour une femme est blâmable, indécent et honteux ?

En quoi est-ce mieux de monter à cheval en amazone, les genoux serrés, perchée en équilibre fragile sur une selle douillette, ne pouvant se permettre que d’avancer à pas lent ? En quoi est-ce honteux que de serrer les flancs du coursier entre ses cuisses, l’éperonner et le pousser au triple galop, riant au vent de l’ivresse de la course ?

En quoi une femme qui se considérerait égale à un homme serait-elle pécheresse ? Pécheresse indécente et rabaissée au rang de catin … Et ce par ses semblables, ses sœurs en le Christ !...

Je n’avais jamais fait étalage de mes batailles, mais je ne m’en cachais pas spécifiquement non plus. Même en habits de femme, je continue de porter mon épée, ou bien la fais porter par un écuyer.

J’ai toujours respecté les règles strictes de la Courtoisie, dont la première est le secret de son alcôve. Et lorsque j’avais à me défier des bavardages entre compagnons d’armes, je veillais toujours à ce que le silence soit maintenu, par respect ou par magie…

Mes chansons ?... Mon habitude de ne point baisser les yeux ?...

Saint Paul l’apôtre a fait énormément de mal au dogme… A la vision de la femme dans ses propres yeux et dans celle des hommes…

Un frisson de dégout me parcourut l’échine. Je fixais toujours les yeux de cette bigote haineuse. Nous nous renvoyions le même mépris, le même rejet, la même incompréhension…

Le frisson de dégout s’amplifia soudain : et si lui , me voyait ainsi aussi … Je chassai aussitôt cette pensée. Et pourtant son écho resta, résonnant comme un battement sourd du sang aux tempes…

« Lâchez-la, je vous prie, Seigneur Léonce », dis-je, lui tournant ostensiblement le dos, « C’est… sans importance. Cette femme a succombé à la folie depuis longtemps… Accompagnez-moi jusqu’au quai, comme vous aviez accepté de le faire… Nous n’avons point terminé notre discussion. »

* * *

Je fais quelques pas. Les badauds s’écartent. Nous avançons… J’entends des chuchotements… Plus forts… Une femme se signe, regardant sous mes pieds… Seigneur Léonce s’arrête. Baisse les yeux. Blêmit.

« Gente Dame, vous… »

Mais je connais déjà la réponse : ce qui coulait le long de mes jambes n’était point la sueur. Cette odeur ferreuse et douceâtre… Ces empreintes ocre de mes pas sur les pavés… Je m’accroche à son bras pour ne pas m’écrouler car mes jambes fléchissent.

Pourquoi je saigne ?... Est-ce ma conduite si peu précautionneuse ?... Est-ce la haine de cette femelle ?...

Alba s’envole affolé. Il va chercher Tristan. Ou quiconque pour me ramener à la Bibliothèque…

Seigneur Léonce me soulève et me porte. Entre deux contractions, je m’entends m’excuser platement d’avoir sali son surcot neuf. Il rit et me parle de ses sœurs. Il se veut rassurant, mais sa tristesse est tangible : il ne les a surement plus revu depuis le sac de Constantinople…

Le rictus haineux de la vielle chouette me poursuit…

Il me porte jusqu’à la première auberge sur le chemin. L’aubergiste est un franc… Il tente de s’opposer, mais se ravise. Respiration entrecoupée, j’articule des ordres : eau bouillie, draps propres, chambre avec fenêtre…

L’on me porte à l’étage… J’entends la voix de Tristan. Il monte. Il est le seul dont j’accepte la présence… Il est désolé de n’avoir pu trouver ni Doula, ni une fille Farakian… Je lui demande de tendre un drap, comme un rideau. Il est certaines choses que je ne veux, je ne peux partager…

Le regard haineux me hante… De quoi ai-je peur ?!

« Chante pour moi, Tristan… Chante ! » je m’en remets à son chant pour chasser cette hantise…

* * *

Constantinople… Les fumées sombres se dissipent. Les ruines sont de nouveau des palais… Le sac n’a pas eu lieu. Pas encore…

Les jardins… Roseraie. Une femme fière et hautaine s’y promène avec un jeune garçon dans ses bras. Elle joue avec lui… Pourtant il n’est pas de son sang : elle est une servante, et lui fils du seigneur.

Je revois ces mêmes jardins des années plus tard. L’enfant a grandi : c’est un homme. Il arbore fièrement la tenue d’un capitaine de la Garde du Basilide. Il a des traits familiers…Léonce…


La femme en est si fière ! C’est elle qui l’a nourri de son sein. C’est elle qui a veillé sur lui nuits et jours… Je reconnais ses yeux… Cela ne se peut !...

« Offre-moi cette vie, veux-tu ? »

La voix vrille mes tympans et mon ventre se tend. Le sang coule, mais je ne le sens plus : j’entends les gouttes tomber l’une sur l’autre…

« Ou préfères-tu une autre vie ?... »

Je la vois, la Née des Flots, l’Enfant de l’Ecume et de la Magie… Pourquoi Tristan a choisi ce moment précis pour chanter Ovide ?...

Elle est Amante et Mère… Elle est Désir à jamais assoiffé, à jamais inassouvi…

« Tu m’as servi plus d’une fois… Alors je ne te réclame cette fois qu’une seule vie… qui m’offres-tu ? L’Amante ou la Mère ? »

Un instant je vois un autre visage… Un autre regard… Regard éteint. Brisé. Pourtant elle est encore jeune… Mais jamais plus la flamme ne pourra ranimer ces braises… Je vois un homme se lever de sa couche… Et elle, elle reste allongée, les yeux rivés au delà du plafond, quelque part vers le ciel… l’homme lui jette quelques piécettes et sort… Et elle reste là… à sa cheville, un bracelet lourd, forgé non point pour décorer, mais pour enserrer. Du bracelet descend jusqu’au sol une chaine…

« Les deux ! »

Ma voix se brise en un râle roque « Prends les deux… Libère-les… »


* * *

« Elle sera belle… Elle est belle… » Tristan tient dans ses bras ma fille et ne s’en lasse pas de la regarder. Il lui chante. Elle aime sa voix…

J’entends la voix d’Anouch, quelque part en bas, qui rouspète l’aubergiste…



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 22 Juil - 15:57

Da Pacem Domine

https://www.youtube.com/watch?v=M0d4qM7gCH8

Da pacem, Domine, in diebus nostris
Quia non est alius
Qui pugnet pro nobis
Nisi tu Deus noster.

Donne la paix, Seigneur, à nos jours, car il n'y a personne d'autre que Toi notre Dieu qui combatte pour nous.

1. Fiat pax in virtute tua: et abundantia in turribus tuis.

Da pacem, Domine, in diebus nostris
Quia non est alius
Qui pugnet pro nobis
Nisi tu Deus noster.

2. Propter fratres meos et proximos meos loquebar pacem de te:

Da pacem, Domine, in diebus nostris
Quia non est alius
Qui pugnet pro nobis
Nisi tu Deus noster.

3. Propter domum Domini Dei nostri quaesivi bona tibi.

Da pacem, Domine, in diebus nostris
Quia non est alius
Qui pugnet pro nobis
Nisi tu Deus noster.

4. Rogate quae ad pacem sunt Jerusalem:et abundantia diligentibus te.

Da pacem, Domine, in diebus nostris
Quia non est alius
Qui pugnet pro nobis
Nisi tu Deus noster.

5. Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, sicut erat in principio et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen


*******************************************

Dies iræ

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dies_Ir%C3%A6_(po%C3%A8me)

https://www.youtube.com/watch?v=Dlr90NLDp-0

avec paroles : https://www.youtube.com/watch?v=-fMHms5Cvsw


Texte original en latin
Spoiler:
 

Jour de colère, que ce jour-là
Où le monde sera réduit en cendres,
Selon les oracles de David et de la Sibylle.

Quelle terreur nous saisira,
lorsque la créature ressuscitera
(pour être) examinée rigoureusement

L’étrange son de la trompette,
se répandant sur les tombeaux,
nous jettera au pied du trône.

La Mort, surprise, et la Nature,
verront se lever tous les hommes,
pour comparaître face au Juge.

Le livre alors sera produit,
où tous nos actes seront inscrits ;
tout d’après lui sera jugé.

Lorsque le Juge siégera,
tous les secrets apparaîtront,
et rien ne restera impuni.

Dans ma détresse, que pourrais-je alors dire ?
Quel protecteur vais-je implorer ?
alors que le juste est à peine en sûreté…

Ô Roi d’une majesté redoutable,
toi qui sauves les élus par grâce,
sauve-moi, source d’amour.

Rappelle-toi, Jésus très bon,
que c’est pour moi que tu es venu,
ne me perds pas en ce jour-là.

À me chercher tu as peiné,
Par ta Passion tu m’as sauvé,
qu’un tel labeur ne soit pas vain !

Tu serais juste en condamnant,
mais accorde-moi ton pardon
avant que j’aie à rendre compte.

Vois, je gémis comme un coupable
et le péché rougit mon front ;
mon Dieu, pardonne à qui t’implore.

Tu as absous Marie-Madeleine
et exaucé le larron ;
tu m’as aussi donné espoir.

Mes prières ne sont pas dignes,
mais toi, si bon, fais par pitié,
que j’évite le feu sans fin.

Parmi tes brebis place-moi,
à l’écart des boucs garde-moi,
en me mettant à ta main droite.

Quand les maudits, couverts de honte,
seront voués au feu rongeur,
prends-moi donc avec les bénis.

En m’inclinant je te supplie,
le cœur broyé comme la cendre :
prends soin de mes derniers moments.

Jour de larmes que ce jour-là,
où surgira de la poussière
le pécheur, pour être jugé !

Daigne, mon Dieu, lui pardonner.
Bon Jésus, notre Seigneur,
accorde-leur le repos. Amen.

(plus tardif : mozart : https://www.youtube.com/watch?v=8MQf-86ikvM)
(ou verdi : https://www.youtube.com/watch?v=_jBLyIQvNf0)


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 22 Juil - 16:08

Salve Regina

https://www.youtube.com/watch?v=uv_2x6JmuaE

http://fr.wikipedia.org/wiki/Salve_Regina

Salve Regina (latin):
 

Salut, Reine, Mère de Miséricorde, Vie, Douceur, et notre espérance, salut.
Vers toi nous élevons nos cris, pauvres enfants d'Ève exilés.
Vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
Tourne donc, ô notre Avocate, tes yeux miséricordieux vers nous.
Et, Jésus, le fruit béni de tes entrailles, montre-le nous après cet exil.
Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie ! Amen.


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 22 Juil - 16:23

https://www.youtube.com/watch?v=aYhriBNcIz8

Le chant mozarabe est propre à la liturgie de la péninsule ibérique. Il occupe une place de première importance dans l'histoire de la musique occidentale à côté d'autres branches du chant liturgique latin qui, elles, se composent d'un répertoire complet spécifique et aujourd'hui bien connu comme le chant grégorien et le chant ambrosien.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 23 Juil - 16:58

Le Verbe et le Geste…

Le Souffle et le Mouvement…

Je lance mon coursier au galop… vite… plus vite encore…

Césarée est loin derrière… et le vent souffle à mes oreilles, ce vent qui vient de la mer et qui se mêle au vent du désert, créant cette brise si enivrante du rivage… la brise de l’aube…

Tristan est loin derrière… Mais il ose me suivre dans ces escapades, à cheval, et non à dos d’une mule comme un clerc… Je doute qu’un jour il devienne un guerrier comme Rhys… Sa plume est son arme la plus redoutable, déjà… Déjà il a dépassé dix-sept hivers… L’âge que j’avais en venant à Césarée…

Je m’élance, au loin, toujours plus loin, loin de cet horizon qui pâlit… les gouttelettes d’eau et d’écume salée éclaboussent les flancs de mon coursier blanc, comme né de cette écume…
Eclaboussent ma cape de lin qui ondule comme des ailes déployés sur quelque pégase… Eclaboussent mes pieds nus et la soie d’un pantalon ample à la mode sarrasine, comme des minuscules flocons de neige ou glaçons, fondant aussitôt…

Le Verbe et le Geste…

Je retiens les mors d’un cou sec et saute dans l’eau ; elle est glacée… Aussi glacée qu’un matin après une tempête… D’ailleurs c’est la même plage de sable mordoré… Mais il n’y a nul débris, nulle épave de navire, nul cadavre boursoufflé… Je frisonne… Pourquoi mes pas me mènent toujours en cet endroit ?...

Le coursier respire bruyamment, soulevant ses flancs, et marche lentement dans l’eau. Mais l’eau salée ne semble pas être à son gout : il se dirige vers la berge et hume les jeunes pousses…

Alba plane dans le ciel. Sa silhouette se découpe comme celle d’un paraclet dans la mandorle d’un soleil naissant…

L’aube m’a rattrapée…

Le Verbe et le Geste…

Et le souvenir…

C’est ici que nous nous sommes rencontrés, me fait savoir laconiquement Alba, et s’envole chasser faisant jouer les éclats du soleil sur ses plumes.

J’inspire cet air frais et salé… Oui, ce lieu est resté comme dans mes souvenirs de cette aube…

C’est sur cette plage que j’avais marché, avant de l’écrouler dans la nuit de mon Crépuscule… Et comme en souvenir, j’entends des bribes de chants rapportés par le vent…

Da pacem, Domine, in diebus nostris…

Et le ferme les yeux et reprends le chant…

Quia non est alius
Qui pugnet pro nobis
Nisi tu Deus noster…

…car il n'y a personne d'autre que Toi notre Dieu qui combatte pour nous…

…car il n'y a personne d'autre que Toi…

que j’ai pu chérir en silence…

Pourquoi vous ne m’avez pas attendu ? Pourquoi vous ne m’aviez point dit ces mots que… que moi-même j’avais tus…

Da pacem, Amor meus, in dies mei,
quia non est alius,
pro quibus pugnare volo…

Nisi tu… amor meus… Personne d’autre que toi… quia non est alius…

* * *

Huuue ! Non, nooon…

Un hennissement rétif, suivi d’un splash sonore me tirent de ma rêverie. Tristan se relève, dégoulinant, et court derrière sa jument d’habitude si docile, qui se joue de son jeune et inexpérimenté cavalier.

Je ne peux m’empêcher d’en rire. Alors Tristan, de toute sa mauvaise fois inculpe la jument de ses maux, et pour bien appuyer ses paroles, entame une ritournelle bien connu de mon aïeul, Guillaume de Poitiers :

Companho, farai un vers qu'er covinen,
Et aura-i mais de foudatz no-y a de sen,
Et er totz mesclatz d'amor e de joy e de joven.

E tenguatz lo per vilan qui no-l enten,
O dins son cor voluntiers non l'apren:
Greu partir si fai d'amor qui la troba a talen.

Dos cavalhs ai a ma sselha, ben e gen,
Bon son et adreg per armas e valen,
E no-ls puesc amdos tener, que l'us l'autre non cossen.

Si-ls pogues adomesjar a mon talen,
Ja no volgr'alhors mudar mon garnimen,
Que meils for'encavalguatz de nuill ome viven.



Spoiler:
 


J’en ris, tellement il imite bien un seigneur du sud vantard et aviné, mais lui fais remarquer, que cette ritournelle ne l’aidera nullement à dompter un cheval. À moins de devenir centaure, s’il adopte son sens littéral…
Tristan me regarde, faussement horrifié. Puis d’un coup reprend son sérieux. « Vous venez souvent ici ?... », dit-il. C’est moins une question qu’une affirmation.
« Oui… enfin, non… » Je ne sais que répondre, et je ne puis lui mentir, « c’est comme si quelque chose de moi est resté à jamais ici, à l’aube… comme des mots du silence… »
Il regarde vers les terres, au loin, mais ne dit mot.

* * *

Un groupe de cavaliers, faucons aux poings, rentrent après une chasse. Quelques lièvres, des oiseaux… L’un d’eux entame


Da pacem, Domine, in diebus nostris…

Et les autres reprennent la prière…

…Qui pugnet pro nobis
Nisi tu Deus noster…


Qui combattra pour nous … Pour la Terre Sainte… Pour Césarée…

Un tarde à revenir : son faucon vole haut dans le ciel. Il monte sur la colline, et se tourne vers le soleil aveuglant. Puis son regard descend vers le rivage miroitant au loin. C’est elle qui chante. Sa voix…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 23 Juil - 19:05

ce que j'aurai fait dans l'année :

- saison 1 : distillation de virtue en laboratoire principalement

- travail sur l'épée : quelques cours avec Zackarias, avant qu'il ne parte; entrainements

- education et enseignement : mes enfants et mes apprentis, dans les pures manieres Jerbiton ! l'art de velours, combiné à des manieres plus discretes de l'art du verbe et du geste...

- pour la bibliotheques : je reprends en mains, avec Tristan, le scriptorium !
les copistes, l'enseignement de l'ecriture, lecture et calligraphie, copie des cartes, copies des ouvrages sur commande...

- pour le jardin : je fais venir de gascogne des plants de roses, de violettes...
(avec demandes pour les apprentis d'Ancelin : faire les eaux de vie de violette; de rose, de jasmin...)

- demande pour les forges de Cadwallon (lorsque Abrogast reviendra...) : une cotte de mailles de bonne facture. (pas pour moi...) avec un enchantement +3 en force et +3 en energie.
super legere et comfortable (dans les 1 kg et peut se porter sur seule une chemise, entrave pas les mouvements)
inconvenient : ne marche que quand on combat avec son coeur (quand on est inspiré)
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 24 Juil - 18:30

Appartements d’Ambroise, suite à l’orgie des zélabias et la discussion pp 19 et 20 du post «réfectoire »
restent Ambroise, Tristan, les enfants.


« Vous pouviez composer sur le champ une ritournelle, et comme vos chansons se propagent comme une trainée de poudre dans le port, vous auriez pu ridiculiser ce guerrier du Nord, aussi puissant soit-il… »

« C’est parce que je le pouvais que je n’en ai rien fait et n’en ferai rien ! … Passez-moi le pot d’onguent, je vous prie… »

« Le pouvoir implique-t-il impuissance ou inaction, N’Ambroise ? », Tristan se lève, prend un pot avec une crème grasse sentant le camphre, « laissez-moi faire, vos mains sont trop abimées … »
Le jeune blondinet enlève délicatement les gants de dentelle serrée, défait les bandes de soie fine sur les paumes de la main. Aux anciennes cales se sont rajoutées des cloques et cales nouvelles, dues aux nouvelles méthodes de maniement de l’épée, aux nouvelles techniques d’entrainement…

« Vous devriez faire plus attention… à vos mains… Depuis combien de temps vous vous épuisez ainsi ? Un an ? »

« Deux… » Ambroise grimaça et retira la main. « Je sais, j’aurai dû arrêter plus en amont, compte tenu de la naissance de Rosa… J’aurai dû attendre plus de temps avant de reprendre, mais le temps me manque… Le temps nous manque. »

« Vous craignez plus que les attaques de sarrasins ? »

« Oui, Tristan, je redoute l’offensive ouverte des Mages de la Maison de Rome et de leurs Compagnons… Mansour manque de temps… Il aurait pu entrainer plus d’hommes, une centaine, peut être, doublant les effectifs de la Garde. Mais il a préféré se concentré sur ceux qui se battent non seulement avec leurs épées, mais avec leurs cœurs… Ceux pour qui Césarée est devenue la nouvelle patrie… »

« Et vous ? »

« Et moi ? » Ambroise hausse les épaules, attendant patiemment que son apprenti lui remette les bandelettes de tissus et les gants.

« Oui, vous… Vous aviez l’air de savourer les regards curieux, voire inquiets, que l’envoyé de l’Hospice et le Commandeur posaient sur Mansour… Et sur votre propre personne ! »

« Racontez-moi encore ce conseil des Guildes… Laissez-moi encore savourer ce délice… que nous fêtions si gaiement avec ces zélabias, ma foi, succulentes… oui, nous fêtions cette petite victoire en toute discrétion… Et je ne m’attendais nullement à ce que ce soit perçu… mais de là ! »

(Tristan) « Dois-je reprendre au moment où Seigneur Léonce vous présenta,  à Mansour d’Alicante, à mi chemin vers la salle du Conseil ? Vous étiez digne et gracieuse, avec votre faucon au poing, que vous n’avez point voulu quitter de toute la durée de votre présence au Conseil … »

(Ambroise) « N’en rajoutez pas tout de même! Ambroise était aussi digne et détachée qu’une Mage de sa qualité puisse être ! Et vous avez été parfait, car vous avez parfaitement suivi mes conseils et les remarques d’Alba… »

(Tristan) « Vous avez salué avec toute la courtoisie requise chacun des représentants des Guildes, avec une parole pour la Maison et gens de chacun… Vous semblez bien les connaitre ! Du fait de la présence de ce Mansour et du Seigneur Léonce, l’Hospice était représenté à la fois et par le Commandeur et par son Maitre d’Armes… »

(Ambroise) « …pas de noms, je vous prie … »

(Tristan) « … ledit Maitre d’Armes dont le regard passait de la personne de la Dame Ambroise (lui faisant face à la grande table) à la personne du réservé et humble Mansour…»

(Ambroise) « Lequel laissa seigneur Léonce exprimer son souhait de servir Césarée et son peuple… »

(Tristan) « Et des témoins furent appelés, qui tous attestèrent de l’intégrité, du courage et de la qualité de l’entrainement aux armes des membres de la Garde de la Sainte Sophia, qu’ils soient chrétiens, ou encore juifs ou sarrasins … Les représentants des Guildes qui avaient eu affaire à la Garde d’ailleurs n’en tarissaient point d’éloges…»

(Ambroise) « Ce qui laissa Mansour imperturbable, car sa seule réponse aux louanges fut « Je n’y ai nul mérite, car je ne fais qu’accomplir la volonté d’Allah »… »

(Tristan) « Et ce qui rendit le Commandeur encore plus curieux… Lui et un autre Guildien, qui lui demanda ouvertement une démonstration des talents de la garde. Et tous les regards se tournèrent vers Mansour et son vis-à-vis de l’Hospice.
Et Mansour se leva et s’inclina bien bas d’un respect non feint. Et il dit : quel honneur aurez-vous à vaincre un plus faible que vous ? Aucun, j’en ai bien peur. Et quel honneur aurai-je à vaincre vous, qui êtes au service de Césarée depuis plus longtemps que moi et qui êtes la force et le rempart de cette cité ? Aucun, j’en ai peur… Alors pardonnez-moi de refuser de croiser le fer contre vous, même par jeu, afin de satisfaire quelques curiosités par ailleurs bien justifiées. Mais si seigneur Léonce, qui a le commandement de la Garde souhaite relever ce défit amical, je ne m’y opposerai point. Et vous me verrez honoré que mon disciple de lame ait un enseignement aussi précieux que le votre… »

(Ambroise) « … Et seigneur Léonce Monomakhos s’inclina devant Mansour et devant le Commandeur,  se mettant ainsi à la disposition du Conseil… Et le Commandeur, sous le conseil de son Maitre d’Armes déclina le nécessité d’un combat… Et j’ai pu assister à un vote, à l’unanimité et deux abstentions prudentes, pour l’acceptation de la Garde de la Sainte-Sophia comme garde et protection de la cité de Césarée… »

(Tristan) «  Et Mansour jubilait en voyant cette joie et fierté qui faisait briller les yeux de la Garde et de byzantins de Césarée, quand la nouvelle leur fut annoncée publiquement… »

(Ambroise) « Et Dame Ambroise, aussi détachée qu’une mage respectable demanda congé au Conseil et se retira… »

(Tristan) « Et Mansour, déclinant poliment toute visite de courtoisie, sauta en selle et s’en alla également… et caché par un verger dans les hauteurs, il accompagna du regard le retour des Manteaux Noirs… »

Ambroise rit et jette un coussin sur son apprenti « Je ne vous permets pas ! »

Le jeune blondinet d’un air détaché prend sa guiterne. " Vous menez une vie monacale, N'Ambroise. vous vous consacrez aux copistes, et j'essaye de vous aider autant que je peux. vous veillez à vos enfants et les instruisez en tant que mages... Et moi également... et cet autre apprenti... et les byzantins... Une vie monacale ! seulement quand vous dites 'Seigneur', l'on peut entendre un autre nom..."

Il fait tinter les cordes. "Que je vous admire, parfois, vous, qui ne chantez que pour un seul... mais avec tant de voix... vos voix, et la voix de vos silences..."

Douce dame jolie,
Pour dieu ne pensés mie
Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement.

Douce dame jolie,
Pour (l’amour de) Dieu, ne pensez pas
Que nulle (autre) a pouvoir
Sur moi, que vous seulement


https://www.youtube.com/watch?v=adCO1TRBjRQ&list=PLK0dZyvBvOJXyqVTR3Q7ElRRNza0vZziE&index=3

« Je vous en prie, ne vous arrêtez pas… » Ambroise ferme les yeux, répétant silencieusement les paroles.

Qu'adès sans tricherie
Chierie
Vous ay et humblement

Tous les jours de ma vie
Servie
Sans villain pensement.

Helas ! et je mendie
D'esperance et d'aïe ;
Dont ma joie est fenie,
Se pité ne vous en prent.


(et songez) Que toujours sans tricherie
Chérie
(je) vous ai humblement

Tous les jours de ma vie
Servie
Sans viles arrière-pensées.

Hélas ! Et je mendie
L’espoir d’un réconfort
Et ma joie va s’éteindre
Si vous ne me prenez en pitié



Mais vo douce maistrie
Maistrie
Mon cuer si durement

Qu'elle le contralie
Et lie
En amour tellement

Qu'il n'a de riens envie
Fors d'estre en vo baillie ;
Et se ne li ottrie
Vos cuers nul aligement.

Mais votre douce domination
Domine
Mon cœur si durement

Qu'elle le contrarie
Et le lie
En amour grandement

Qu'il n'a d’autre envie
Que d’être à votre merci ;
Et ne (m') octroie,
Votre coeur, aucun soulagement.


Et quant ma maladie
Garie
Ne sera nullement

Sans vous, douce anemie,
Qui lie
Estes de mon tourment,

A jointes mains deprie
Vo cuer, puis qu'il m'oublie,
Que temprement m'ocie,
Car trop langui longuement.

Et ma maladie
Guérie
Jamais ne sera

Sans vous, douce ennemie,
Qui vous régalez
de mon tourment.

À mains jointes, je prie
Votre cœur, puisqu'il m'oublie,
Qu’il me tue, par pitié,
Car il a trop longuement langui.



Douce dame jolie,
Pour dieu ne pensés mie
Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement.

Douce dame jolie,
Pour (l’amour de) Dieu, ne pensez pas
Que nulle (autre) a pouvoir
Sur moi, que vous seulement



Que nulle ait signorie
Seur moy fors vous seulement…



Douce Dame jolie, aussi connu sous le titre de Douce Dame, est une chanson du XIVe siècle écrite par le compositeur français Guillaume de Machaut. Ce morceau est un virelai, appartenant au style de l'ars nova. C'est une des chansons médiévale les plus reprises de nos jours.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_de_Machaut
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 28 Juil - 14:10

Iblis…  La plus aimante des Djinas… Est-ce que seulement Ancelin et Cadwallon ont compris qu’il ne s’agissait point d’un amour filial, mais d’un amour qu’une femme peut éprouver pour un homme. Un  amour exclusif, entier et sans partage… Sacrilège ? Surement. Blasphème ? Certainement.

J’avais tellement envie de lui avouer que, moi aussi, je suis un peu comme toi… Moi aussi, je n’ai pu comprendre que l’on puisse préférer l’amour de Dieu à celui d’une femme que je suis. Moi aussi j’ai été jalouse de Dieu, et quelque part, je le suis encore. Et pourtant, c’est ce Dieu que je prie qu’Il le protège et qu’il veille sur le seul homme qui ait jamais pu faire battre mon cœur…

Tristan a raison… deux années de vie monastique, bientôt trois… Parfois, quand je suis dans le port, et que j’écoute les chansons nouvelles que les voyageurs amènent de leurs périples, je  me laisse à rêvasser… Cela aurait pu être autrement…
Il aurait pu y avoir une main dans laquelle j’aurai pu poser la mienne… Mes enfants auraient pu avoir un père… Mon Père aurait pu avoir un fils…
Au lieu de cela…

* * *

« N’Ambroise ? Souhaitez-vous un nouveau parchemin ?... » le jeune homme aux boucles blondes, gracile comme une donzelle, retira doucement un parchemin où l’enluminure à peine commencée était gâchée par des gouttes d’eau claire tombée des yeux.  Il allait devoir sécher tout cela, et gratter, afin de rendre ce parchemin réutilisable, pour quelque commande passée au scriptorium de la Bibliothèque de Césarée.

* * *

Il avait fêté il y avait de cela deux lune à peine ses dix-sept automnes, et N’Ambroise avait décrété qu’il était prêt pour prendre en charge le Scriptorium dans son ensemble. Hervé-le-grand, un apprenti du Magistère, rechigna quelques temps à céder son privilège d’ « ancien », mais Tristan sut s’en faire un ami, voire un complice et parfois un admirateur : l’enseignement des moines de Wessex et ses talents innés pour les arts de la plume finirent par légitimer son statut au sein du Scriptorium.

Conquérir son droit à l’existence devant le regard glacial, parfois haineux, parfois méprisant, du Chevalier Noir, était une toute autre question. Tout cela pour des questions claniques… C’est Gelert qui le lui avait expliqué, laconiquement. Tristan avait toujours eu un faible pour cet énorme molosse : il lui rappelait Ernoulf, un chien-loup de l’abbaye, son muet confident de l’enfance cloitrée… Refusant néanmoins de raser les murs en la présence du Seigneur Gallois, Tristan se résolut à une cohabitation  froide et impersonnelle. La Bibliothèque était si vaste, après tout.

N’Ambroise s’entendait bien avec ce Seigneur Cadwallon. Pire : il y avait entre eux une complicité certaine, de laquelle il se savait exclu, mais il acceptait cela. Il avait cru comprendre que « sa » Mage avait eu comme apprenti le neveu du Chevalier Noir. Mais celui-ci était déjà parti lorsque Tristan trouva enfin l’objet de sa quête en Césarée. Il ne restait plus qu’à attendre son retour de cette jeune Université de Paris…

Et il y avait aussi Sophian. Elle partageait dorénavant l’une des chambres adjacentes à celle de la Mage. Tout comme lui. Tout comme les enfants… Etrangement, il s’était pris d’affection pour ces enfants, qui le lui rendaient bien ! Son enfance à lui, était sombre comme le cloitre, sombre, comme un scriptorium éclairé par quelques bougies, sombre, comme une cellule exigüe de moine qu’il était destiné à devenir. Leurs enfances à eux, il la souhaitait emplie de couleurs comme la plus belle des enluminures, de soleil et de jeux, de chansons et de rires…  

N’Amboise était une mère étrange. Elle ne se laissait aller à la tendresse, pourtant toute naturelle, uniquement lorsqu’elle se savait seule. Elle avait tenu à leur donner le sein à tous les cinq, malgré les protestations sonores d’Anouch. Et pourtant, elle n’était pas uniquement leur mère, mais aussi leur Maitre : avec chaque gorgée de lait, c’était de la magie dont elle les nourrissait ; dans chacune des berceuses il y avait un enseignement du Verbe de velours, qui se gravait dans l’esprit des jeunes mages ; dans chaque jeu, il y avait le Geste, le Mouvement… A ces moments, Sophian souriait, confiante… Pourquoi s’obstinait-elle à revêtir cette carapace de dureté ? Tout comme la Mage, qui ne pouvait s’empêcher de se draper dans des persiflages vains et un cynisme désenchanté…

N’Ambroise… Elle volait des cimes aux gouffres. Un jour Dame courtoise, un autre un guerrier qui ne vit que par l’épée. Un instant gaie comme un pinson, virevoltant comme un papillon emporté par le vent, un autre grave et pensive, et triste comme le ciel gris. Un jour saltimbanque du port, un autre humble servante aux chevets des mourants à l’Hospice. L’Hospice… Parfois, il se surprenait tout autant à prier pour lui, tout comme l’on prie pour qu’une flamme ne s’éteigne point. Car il sentait que de cet homme, ou plutôt de ce qu’il représentait à sa Mage, dépendaient la beauté et la puissance évocatrice des chansons, la délicatesse des entrelats enluminés des écrits, la force du poignet qui tenait la lame… Parfois, il se surprenait à haïr ce moine-chevalier : oser causer un tel chagrin à sa Mage ! Un profane, de plus qui est…

Oui, il le haïssait, comme maintenant, lorsqu’il voyait à travers les gants de daim fin ces triples cercles de bracelets de fer froid encercler les poignets fins.
Depuis son retour de Bagdad, N’Ambroise avait discrètement demandé à Evrard de lui en forger. « J’ai besoin de me purifier de l’ivresse de la Magie », avait-elle dit. Et depuis, cela fait deux lunes qu’elle s’inflige cette mortification. Encore des cimes et des gouffres…

Se purifier de la Magie nécessite-t-il de bouder la cuisine du Magistère et se contenter de pain et d’eau ? De porter sous les gants ces affreux cercles de métal froid, qui laissent des traces blêmes exsangues ? De passer chaque troisième nuit en prières sur les dalles froides de la chapelle ?
Non, cela n’était pas uniquement la mortification magique telle qu’elle pouvait être mentionnée dans les ouvrages des la Bibliothèque.
C’était une expiation pour les pêchers qu’elle allait commettre. Et pour le plus grand d’entre eux : celui de lever l’épée contre les serviteurs du Dieu qu’aimait ce moine-chevalier !

* * *

« Oui, je veux bien un autre parchemin… » Je lève la tête et me force à sourire, « Il ne sied nullement à ce qu’une missive soit disgracieusement abimée… »

Tristan n’est nullement dupe. Il est mieux ainsi. Maintenant que Rhys est si loin, lui et Sophian sauront prendre soin des enfants, quand je partirai… Et Cadwallon aussi…

Pourtant, je m’attendais à cet appel à la Croisade Cathare… Suis-je seulement prête pour la guerre ?...

Comment puis-je prendre les armes contre ceux qui portent la Croix à leurs manteaux ?! Tout comme lui, la porte, cette croix blanche sur le manteau noir… Je vais me dresser contre ce Dieu qu’il prie ?! Je vais jusqu’à trahir la seule confiance et la seule affection qu’il m’offre encore, celle de la Foi ?!  

Et pourtant Marsans se trouve au pays d’Oc… Tout comme Moissac qui est vassal proche du Comté de Toulouse...

Pardonnez-moi, Albéric, pardonnez-moi si vous pouvez… Je vais prendre les armes. Je vais défendre ceux de mes terres, ceux de mon sang. Et je défendrai les vôtres également, en votre nom, et pourtant, sans jamais le mentionner… Toujours dans le silence…


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 29 Juil - 16:40

La nuit était suffocante. Les murs continuaient d’irradier la chaleur du jour. La pièce exigüe était plongée dans le noir, excepté une faible lueur de la lune dont un rayon dessinait sur les dalles fraiches les contours immobiles de  la branche d’un olivier.

L’homme allongé sur le lit ne dormait point. Il fixait ces arabesques d’ombres enluminées en une muette prière.

Une ombre mouvante se posa sur la fenêtre. Une silhouette gracile d’un petit faucon.

L’homme s’assit et tendit le bras. L’oiseau vola et déposa sur le lit une missive en papier fin roulée et cachetée d’un ruban bleu et or. Puis se posa silencieusement. Ses yeux brillèrent un instant d’un feu mordoré et il tendit son cou pour recevoir quelques caresses de l’homme qu’il affectionnait, et pas uniquement comme sauveur de sa vie d’oiseau.  

L’homme se leva et alluma une fine chandelle. Sa lumière de flamme vacillante dansa avec les ombres sur le plumage du messager et sur le ruban du message, que l’homme dénoua pensivement.

Une miniature de parchemin enchâssée dans un écrin de métal filigrane travaillé à l’or et l’argent. L’une des faces de l’écrin était le blason de Moissac et de la Maison Castellane (de gueules, à la tour donjonnée de trois pièces d'or, celle du milieu supérieure). La seconde face était lisse.
http://vexil.prov.free.fr/familles/castellane.html

La miniature, enluminée des ors teintés, peinte au cœur du médaillon était celle d’un chevalier tenant un faucon au poing. Le fond était d’or pale comme une aube sublimée se levant sur la mer d’eau et de sable. Y jointe une fleur de violette séchée.

(Nulle magie, mais un très beau travail, fruit d’esquisses et d’essais de trois années)

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Albéric,

Comme vous le savez sans doute, le Saint Père a appelle à la Croisade contre l’hérésie albigeoise et occitane. Des prêcheurs parcourent déjà les terres franques et appellent les barons et vassaux du Roy à se croiser. C’est le prix du massacre de Constantinople et de l’échec de la Croisade précédente. C’est aussi le funeste signe que la Terre Sainte ne peut s’attendre à nul renfort si les sarrasins brisent le traité de trêve…

Si vous avez une quelconque missive à faire parvenir à votre famille, je serai heureuse de m’en charger.

Mais avant de partir dans mes terres, je me dois de vous annoncer une autre triste nouvelle. Partagez-la, si vous le souhaitez, car il en va du destin de Césarée et du Royaume Chrétien en cette Terre Sainte. Il y a quelques jours de cela, à Bagdad, fut tué le fils du Calife. Je puis vous jurer sur les Ecritures que ce n’est point l’œuvre des Mages Chrétiens, bien qu’officiellement telle est l’explication officielle et que le Calife y croit fermement. La vérité est toute autre : il est des forces impies en présence, qui attisent la haine et le ressentiment dans les cœurs, de leurs mensonges et de leurs manigances.
Pour seule preuve, je vous joins le poème composé peu avant sa mort par le jeune Ismail. Ce chant parle de paix et implore le pardon des frères chrétiens pour les fautes commises par les serviteurs et suivants du Prophète. C’est pour que ce chant meure et ne puisse être chanté par nulle gorge, ni être entendu, que le jeune Calife est mort.

Mais il est mort, et la paix ou entente durable est morte avec lui. La seule aide que vous pouvez attendre pour Césarée est celle dont le traité fut conclu avec l’ancien prisonnier de cet Hospice. Il est homme honorable. Lui et les siens sont considérés hérétiques par leur dogme et sont pourchassés.
Vous pouvez aussi compter, pour la défense de Césarée, sur le Capitaine de la Garde de Sainte Sophia, Seigneur Léonce. Il est descendant d’une ancienne et auguste Maison. Il est homme de paix.

Le ressentiment grandit en terre du croissant envers les chrétiens. Et à l’hostilité des profanes vient se rajouter l’hostilité des mages… Je dois vous confier mes craintes : c’est non seulement des hommes que Césarée, le havre de pais qu’elle est, a à redouter, c’est bien la colère des Mages et de leurs servants.

Et c’est aussi ce qu’a à redouter le pays Occitan… Dans cette guerre nouvelle qui s’attise, et qui sera fratricide. Qui verra nos gens et nos parents, frères et sœurs s’entretuer. Je ne nie point l’existence en Province depuis des décennies déjà de la gnose de « bons chrétiens », qui rejette comme erroné le Dogme de la Cité Sainte du Vatican. Je dis seulement que dans toute guerre meurent aussi des innocents. Et que leur sang macule nos lames et nos âmes.

* * *

Permettez-moi de vous adresser aussi une requête, avant que je ne parte. Ou plutôt une supplique. Je vous demande pardon. Pardonnez-moi, si vous pouvez, les tourments que j’ai pu causer à votre cœur et votre âme, par mes chansons et mes silences.
Il n’est point d’aube où je ne bénis le jour où Dieu m’accorda ce présent que de croiser votre chemin. Le souvenir de chaque instant passé en votre compagnie m’est lumière.
Je respecte vos vœux, et les ai toujours respectés, car l’on ne peut vouer à la damnation celui que son cœur chérit. Je vous aime honorablement, sans mensonges ni magie trompeuse. Je vous ai offert ma main, le jour où j’avais gagné auprès de ma Maison la liberté de le faire. Mais il était trop tard…
Pardonnez-moi, si vous le pouvez, les offenses que je vous ai faites, et celles que je vous fais. Car je vous aime. Vous et seulement vous. Dans toute aube. Toute chanson et tout combat. Toute prière et tout silence. Pardonnez-moi, Albéric, si vous le pouvez, cette folie que d’avoir un jour espéré ravir au service de Dieu celui que j’aime d’âme, de corps et de cœur.

Ambroise (suivi d’un monogramme entrecroisé A&M)
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 30 Juil - 18:56


« C’est pour la Dame », répéta le petit fils de mère Lucette, la vielle lavandière qui vivait dans une cabane en troisième ligne de la jetée. « Je dois la lui donner à elle. Z’etes pas une dame, non ? », répéta le gamin obstiné, mâchouillant une datte bien croquante.

Tristan appela Alba. N’Ambroise avait formellement interdit qu’on la dérange : elle devait encore s’empoisonner avec cette poudre terne… Qui la rendait malade pour plusieurs heures. Il est vrai qu’elle la supportait mieux, malgré et contre les prédictions de tous. Mais elle usait de ce prétexte pour augmenter les doses. Au final, elle en était toujours malade…

« C’est son faucon. Tu peux lui donner… » dit Tristan, consiliant. Alba poussa un cri, se posant sur son bras et fixa le gamin de son œil doré.

« Nan… Peux pas. Lui c’est un oiseau, moi je d’mande la dame… » répéta le gamin et tendit la moitié de sa datte au faucon. Tristan soupira « Alors tu vas devoir attendre… »

* * *

« … et vous ne pouviez pas simplement prendre ce message ?! », pesta mentalement la Mage. Elle marchait lentement, s’arrêtant souvent pour reprendre le souffle, et chasser ces étincelles ternes qui dansaient devant les yeux, annonçant un malaise proche. Mais elle supportait mieux ce poison. De mieux en mieux même… Au point de se permettre d’augmenter les doses quotidiennes depuis deux semaines.

« Tristan, vous savez pertinemment que je ne puis et ne dois me montrer ainsi en public ! Ce n’est point convenable… Ni souhaitable… Je vais encore me faire sermonner… », dit-elle en langue chantante de son pays, la voix légèrement étouffée par le capuchon baissé.
« Me voici… », reprit-elle en arabe, couramment parlé par les poulains de Césarée. Elle tendit sa main.
Mais le gamin insista « Z’etes bien la Dame qui est mage et qui chante si bien ? »
La Mage soupira et souleva le capuchon. Le gamin sans un mot lui tendit une lettre cachetée ne portant nul blason ni nulle marque.

* * *

Tristan raccompagna sa Mage dans ses appartements, puis se dirigea vers le Scriptorium. Mais le bruit de vaisselle brisée suivi des cris affolés d’Alba le firent remonter l’escalier en courant.

N’Ambroise, évanouie au milieu de débris de vaisselle… Elle dû s’accrocher au chemin de table, en tombant. Alba, furibard et inquiet, l’éventant de ses ailes.
Tristan écarta tout soupçon de magie : avec tant se métal froid sur elle, la Mage était hors de toute atteinte surnaturelle.
La missive !...
Elle la tenait encore, serrée contre elle…
L’Apprenti tendit sa main, mais un violent coup d’aile du faucon la lui fit retirer.
« Alba ! »
« Vous a-t-on déjà enseigné de ne point lire les correspondances d’autrui ?! » le faucon indigné lui jeta un regard noir, « elle est simplement inconsciente… comme une humaine… une simple profane… Mais vous attendez quoi pour la porter dans son lit ?! »

Tristan la souleva. Pas bien lourde… Rien d’étonnant, au vu du maigre contenu de son bol et des exercices à l’épée… Son regard tomba involontairement sur la signature en bas de la missive : Albéric de…

« N’y pensez même pas ! » cria Alba, menaçant cette fois « car si vous en pipez un seul mot, je m’assurerai par moi-même que vous ne puissiez plus voir aucun écrit. Ni rien du tout d’ailleurs… » rajouta l’oiseau d’un ton pensif et appuya ses paroles par un violent coup de bec sur le dos du coléoptère posé sur le rebord de la fenêtre.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   

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Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste
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