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 Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 3 Aoû - 21:26


« N’Ambroise !... … Il ne comprend rien à votre talent, ni à l’Art tout court… Il n’est qu’un manant… »

« Sophian, je vous interdis de parler ainsi du Magistère ! Et à vous également, Tristan… Peu importe son origine du peuple, il est un Mage. Et le Magistère de cette Alliance, qui plus est. Nous lui avons tous prêté serment de vassalité. Je lui ai prêté serment de vassalité, et donc vous doublement, étant mes Apprentis. »

« Mais N’Ambroise, vous ne pouvez pas supporter sans rien dire un tel denigrement de votre personne ! Vous aussi êtes Mage. Vous aussi vous prenez soin de cette Alliance… J’ai entendu depuis des mois un rejet et un rabaissement systématique de vos travaux en tant que Mage sur le Fer Froid… Depuis des mois vous, et nous aussi sommes surveillés, de plus en plus, bridés dans nos moindres élans… Savez-vous que nous aussi en sommes à fuir parfois ces murs, afin d’échapper à un regard dédaigneux et désapprobateur ? Nous nous cachons pour composer nos chansons ! Et Sophian aussi sent parfois étouffée entre ces murs… »

« Je n’irai pas jusqu’à dire « étouffée », mais il est vrai que cette surveillance accrue se fait sentir. Et est pesante… Encore pire que dans mon … dans le palais où j’étais… Cette méfiance envers tous et toutes est pesante. Et je ne trouve pas de mots pour qualifier la méfiance envers ses propres Mages et vassaux…»

« Vous souhaitez quoi, alors ? Et-ce le moment de rajouter vos complaintes, alors que je le prépare à quitter Césarée, et que je fais tout mon possible pour contenir ma propre colère ? Il est hors de question que vous m’accompagnez. Dois-je vous en expliciter les motifs ou bien la situation au Pays Occitan vous est suffisamment claire ? Et les enfants, vous y avez pensé ?... »

« Vous vous sentez donc le droit de partir, et nous, nous devons rester ici ? Parce que vous l’avez décidé ainsi… Vous avez décidé de nous cloitrer dans vos appartements, et vous, vous volez vers une liberté, même si c’est celle de mourir ?
En venant ici, je croyais fermement qu’une Alliance de Mages respectait les traditions antiques… mais je vois que l’idéal de pensée, de paroles et d’action si cher aux athéniens est de plus en plus foulé aux pieds ! L’homme reste homme, peu importe son origine sociale ou sa sagesse présumée…»

« Vous n’avez pas connu l’ancien Magistère de la Maison Trimère, alors vous ne pouvez pas le regretter. Les Trimère sont réputés pour leur autoritarisme : dès notre arrivée nous avons dû remettre nos sigiles au Magistère… Vous voulez partir ? Très bien. Délos. Vous vivrez sur Délos, avec pour charge de vous occuper de cette ile. Les enfants partiront avec vous.
Tristan, je vous écrirai une missive pour le Roi des Petites Cyclades. Vous lui présenterez vos hommages, en tant que Vassal de Délos. Seigneur Domenico et moi avons été…. euh... alliés, et nous avons su préserver une certaine entente…
Alba vous accompagnera jusqu’à Délos, puis il me rejoindra. Vous avez jusqu’à l’aube pour préparer vos affaires. Voici la carte de l’ile, et mes notes. Vous devez vous en tenir… Vous prendrez dans le jardin une bouture ou deux des Rosiers de Vénus.
Il est temps que vous appreniez à fonder et gérer une Alliance digne de ce nom. Vous devrez rester cachés : la discrétion est notre salut. Cette Alliance de Délos devra rester cachée aux yeux des tous, mages et profanes.
Quelque part, cela fera moins de soucis pour la Bibliothèque et pour son Magistère… Je vous avouerais que votre décision me soulage… Et puis il est temps que Domenico rencontre les enfants… »

* * *

Le navire partit à l’aube.

Ambroise de Marsans et sa maisonnée quittèrent officiellement la Bibliothèque de Césarée. Pour les Petites Cyclades.
Ambroise laissa quelques missives pour ses correspondants en Césarée, expliquant son départ comme souhait de se retirer des affaires de ce monde et se consacrer à ses enfants et leur éducation, en un lieu paisible loin des tourmentes et des guerres.

La procession était peu nombreuse vers le port : Ambroise, ses cinq enfants et ses deux apprentis ; quelques malles et coffres d’affaires personnelles. Deux chevaux, un âne, une charrette.
Aucun ouvrage (hormis copies faites par Ambroise ou Tristan) ne fut emporté, hors ouvrages personnels (dont les Riches Heures), recueils de chants et ouvrages de poésies.


PS : desolée de poster si tard, mais j'en avais parlé à Olivier avant la derniere partie, de ce départ sur un coup de tete et un coup de colere  Twisted Evil 

 flower 
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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 12 Sep - 10:24

ORDRE DES HOSPITALIERS DU ST ESPRIT DANS LE ST EMPIRE GERMANIQUE


L’âge d’or de l’ordre du Saint-Esprit est véritablement le XIIIème siècle avec la
fondation de nombreuses succursales partout en Europe, même s’il convient de remarquer que cette expansion est principalement orientée vers l’Italie et le sud de la France. Malgré tout, on retrouve un noyau de huit maisons dans le sud-ouest du Saint-Empire. Ces maisons organisées au sein de la province d’Alemania superior ont pour supérieur les commandeurs de Stephansfeld. Il s’agit, en les classant par date de fondation, de
Memmingem(1213),
Stephansfeld (1216),

Berne (1233),
Neumarkt (1239),
Wimpfen (1250),
Rouffach (1270),
Markgröningen (1297)
et Pforzheim (1323).

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 14 Sep - 18:01

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 14 Sep - 21:03

LA CHAPELLE DU SAINT ESPRIT, Nurnberg, Université



L’hiver est si froid à Nürnberg… Mais ici, au cœur de notre Alliance Nouvelle, mon âme est réchauffée. Je me hisse sur les échafaudages, tant bien que mal, et peaufine les fresques de la Chapelle du Saint-Esprit. Je tente de transposer les techniques et le style des enluminures à l’art de la fresque. Cela me prendra surement plus qu’une seule année… Mais peu importe : j’ai tout mon temps, car ce que je crée du pinceau sera le testament immortel de mes souvenirs…

Alba m’observe, satisfait. Il sait qu’il a été le modèle du Saint Esprit enluminé qui plane dans un ciel limpide de la Chapelle… Et le sol en est la mosaïque du labyrinthe de nos errances…

Les anges me regardent, souriants, heureux … J’essuie la larme qui coule involontairement sur ma joue : je revois encore ces buchers, leurs visages, à travers les fumées noirâtres et poisseuses…

L’ange de l’Annonciation, c’est Artémi de Mazerolles. Il porte une tunique d’un blanc immaculé et lumineux… Comme à Béziers, à l’aube où me fut annoncée sa ruine, son carnage, la décision de Dieu implacable et d’hommes le servant… Comme le jour de la reddition de Carcassonne…

Mère et douce et mélancolique… C’est la Vierge Marie. Elle avait ce regard la dernière fois que je l’avais vu à Fanjeaux. Quand Fanjeaux n’était pas encore prise, et reconquise et reprise et abandonnée et reprise… Quand Père vivait encore, heureux d’avoir un fils…

Et là, Père me regarde : c’est Saint Jean qui brandit l’Evangile qui conte l’Apocalypse… A ses cotés Saints Marc, Luc et Mathieu. Ou si l’on regarde mieux, Raimon VI de Toulouse, Raimon Rogièr de Foix, Raimon Rogièr Trencavel … Nos martyres… Nos Saints !...


Et ce jeune ange doux et rieur, c’est l'ainé d’Alfaro, tel qu’il est resté à jamais dans ma mémoire, le jour où il fut mené sur le bûcher de Penne-en-Agenais…

Là, c’est le Centurion Longin. Ceux qui l’ont connu, reconnaîtront aisément le vavasseur Simon de Montfort. Il perce le flanc du Christ…
Et le Judas a les traits du légat Arnaud Amaury. « Brulez-les tous », avait-il dit. Et tous brûlèrent. Même les enfants de Dieu, catholiques, réfugies dans les églises… Il embrasse le Christ, mais ses yeux sont torves et cruels…

Et le Christ … Dans chacun des médaillons de la Passion, je peins ses traits. Je sens sa présence à mes cotés… Il me suffit de fermer les yeux pour le voir… Il me suffit de tendre la main pour l’effleurer, lui, ma lumière intangible… Albéric…

Et là, il porte en lui l’innocence et l’insouciance de nos premiers souvenirs en Césarée : il est oint de la main même de Saint Jean Baptiste, Béranger de Tarascon le Crépusculaire, qui le baptise dans la source du Jourdan… Cette eau est claire et d’un bleu dit « blême », comme le revers de la cape que je porte…

Et cette double croix sur ma poitrine, c’est lui et moi, transpercés par l’épée…

Je trébuche… Ma jambe cède, je ne la sens plus. Mes mains sont glissantes de peintures et glissent sur la rampe. Je tombe, dans un fracas de coupelles brisées sur les dalles… Je serre les dents pour ne pas pleurer. Non de douleur, car je m’y suis habituée… Mais d’impuissance…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 25 Sep - 11:38

ARBRE GÉNÉALOGIQUE MIS A JOUR EN 1226



1225 : mariage Azalaïs et Arnaud Rogièr de Mirepoix (faydit).
enfants : Raimon 1226

1225 : mariage Enriko de Naxos et Béatrix de Lanta.
enfants : Jourdain et Rogièr 1226

1226 : naissance Cassienne, fille d'Aimeric de Marsans

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 25 Sep - 16:56

1225... Année de paix... Année de victoire !..

Je n'ai pu résister au plaisir d'un voyage dans mes terres natales. Le toulousain en liesse, l'albigeois... j'avais quitté Nuremberg sous la pluie, les terres plates du pays d’Oïl couvertes de boue, et je voyageais comme portée par cet été de douceur et de joie...

J'ai contourné Beziers et me suis recueillie devant la plaine où Père fut terrassé...
j'ai longé le fleuve vers Carcassonne... j'y ai pris une des pierre aux portes de l'Aude. jadis, cette pierre faisait partie des remparts, tout en haut des murailles... Nous nous y asseyions, nous abreuvant de l'aube... Sept fois nous vimes le soleil se lever...

je m’arrêtai brièvement à Tolosa, déposant les fleurs ramassés en route aux pieds du gisant de Raimon l'ancien comte.

* * *

et plus longuement à Moissac... Le château de Moissac est en ruines... les aménagements de fortune avaient rendu habitables moins d'un tiers du castel. combien d'assauts avait-il subi durant cette croisade ? la première, en fin d'été 1212... peu après Termes... et puis encore combien de fois ? repris, perdu, repris de nouveau... nous nous battions toujours pour ces ruines, pour ce nom, pour la gloire et en mémoire des premiers martyrs de 1212...

l’incendie s’était propagé dans le castel...  Il a brûle toute la nuit, sans que Rogièr et ses hommes ait pu l’éteindre... et le 8 septembre, ils brisèrent les portes avec leurs machines de siège...
et allumèrent un autre bûcher... Rogièr y était monté... Il avait tenu  à avancer seul, sans aide... il marchait, main serrée contre son flanc, et la tache poisseuse de sang sur sa chemise sombre s’agrandissait à chacun de ses pas...

C'est ainsi que je le voyais, depuis mon crépuscule, impuissante à m'incarner pleinement, impuissante de l'aider...
Il avait dit que je devais vivre et tenir ma promesse; que je devais mener l’héritier vers le trône des Moissac... La nuit, il avait demandé à être consolé... Je l'ai assisté, j'ai prié avec lui et pour lui, telle une ombre que lui seul pouvait voir... J'ai chanté pour lui, je l'ai accompagné, en chantant, intangible dans les rayons oblique du soleil naissant...

Il est mort, les yeux rivés vers l'aube... Lui et trois cents martyrs...

je retrouve facilement l'emplacement de ce premier bûcher : un rosier y fleurit. je l'avais planté lorsqu'en 1213 nous reprîmes le castel aux hommes de Montfort. Je me rappelle que nous les avons massacrés tous, jusqu'au dernier. même ceux qui gémissaient pitié... Pas de pitié, avais-je hurlé, pas de miséricorde pour les assassins !...

Rogièr de Moissac... tellement différent de son frère ! l'un est un saint homme. le second est mort en hérétique parfait...
Un jour, j'aurai à expliquer à Astrolab que l'homme de Dieu qu'il appelle Parrain est également son Père de chaire, et que celui dont il hérite nom et titre est son oncle...
vous ne pouvez condamner votre fils à naître sans père, avais-je dit à Albéric, sur le chemin de l'abbaye de Fontfroide. Mais j'ai vu dans son regard que le seuil était déjà franchi : Dieu a rappelé à lui cet homme que j'avais osé lui ravir quelques instants...

Un jour, nous devrons offrir cette vérité à Astrolab...



c’était en 1209. après la reddition de Carcassonne...

je rejoins Tolosa et le comte Raimon VI. Les bords de la Garonne sont ombrageux; je m'y arrête souvent, fuyant la chaleur suffocante de la ville.

Je travaille sur la chanson de la croisade albigeoise... les souvenirs de Beziers me hantent... Je sens encore la douce présence de Raimon Rogièr, comme à Carcassonne... Et ces combats incessants ! cette chaleur ! cette soif... et ce gout de sang dans la bouche...

gente dame, me dit un homme alors que je m’apprête à rentrer, chantez-moi encore le Grand Mazel : mon frère y est mort...
je m’exécute. il me tourne le dos, il regarde le soleil s’abîmer dans les bois derrière la Garonne...

quelques jours plus tard, Raimon me fait part de sa volonté de consolider les liens avec la maison d'Aragon, par un mariage d'une de ses filles...
"Vous devriez suivre cet exemple, chevalier Artémi", me dit-il en riant, "et vous marier..."
"vous avez raison, comte", je lui réponds promptement, "et vous prie de m'accorder la faveur que d’intercéder pour moi".
"qui ?"
Je le nomme.
Raimon donne un ordre à un page.

quelques instants plus tard, l'homme que j'avais rencontré la veille franchit le seul de la pièce. Il ne me reconnait pas.
"mes enfants, je vous bénie", dit Raimon, déposant un baiser sur mon front et offrant une accolade à l'homme.

Mes mains tremblent tellement que je dois tenir à deux mains la coupe de vin que je bois. je me tourne vers la fenêtre... Il ressemble tellement à... à Albéric. Comme une aube et un crépuscule, dissemblable et si proches...

"Épousez-moi", m'entends-je, "et je vous promets que tant que je vivrai, il y aura toujours un Moissac sur le trône de ce Castel. et lorsque Dieu me rappellera à lui, je léguerai cette promesse à l’héritier, qui la transmettra à son tour..."
"Chevalier Artémi de Mazerolles?..." sa voix est hésitante
"Non pas Artémi...", je me retourne. une femme dans la cotte de mailles tachée d'ocre sang, arborant blason du duché de Gascogne, "Ambroise... Ambroise de Marsans." Je lui tend la lettre d'Albéric.

Nous fumes mariés le soir même, en plus grande discrétion.

Jamais il n'a trahi le secret d'Ambroise/Artémi.

Il m'accompagna à Montpellier au printemps 1210 : Astrolab y est né en avril 1210.
puis il repartit dans le toulousain... J'avais entendu parler de lui à Minerve... En été, j'etais à Termes... Nous nous retrouvâmes à la bataille de Montgey, en avril 1211, unis sous la bannière du comte Raimon-Rogièr de Foix. Nous avons pu savourer la victoire sur une armée de croisés comprenant une majorité d'Allemands et de Frisons... Puis nous avions défendu Tolosa, et bataillé dans tout le toulousain...

en mai 1212, le comte Raimon m'envoya à Penne l'Agenais.
et chargea Rogièr de fortifier Moissac.
Penne fut prise fin juillet... Moissac brula en septembre...

et moi... j'errais, prisonnière des décombres du château de Penne, dans le crépuscule... jusqu'au printemps 1213.

j'ai repris les armes en fin de l'été 1213, à Muret, sous la bannière unie du comte Raimon et de Peire II d'Aragon. Nous nous rappelâmes Carcassonne... le martyr de Raimon Rogièr Trencavel...
Le roy Peire fut tué à la bataille de Muret, le 12 septembre 1212...

je fus blessée... laissé pour mort... Un moine errant m'avait retrouvé, guidé par un songe, avait-il dit. il m'avait soignée et ramenée sur son âne à Montpellier...

la veille de noel 1213, je pretais les voeux simples à l'Ordo Hospitalarius Sancti Spiritus de Montpellier...








* * *

Marsans était en liesse. Notre castel recouvert de rubans et de fleurs... Azalaïs et Enriko ont épousé le même jour deux descendants de grandes lignées occitanes, Arnaud Rogièr de Mirepoix et Béatrix de Lanta, sœur de Guillaume de Lanta.
Faydits, ils ont vaillamment reconquis les terres de leurs ancêtres...

c'est ainsi... Nous avons combattu... mais n'avions pu l'emporter... nous nous sommes alors sacrifiés, un par un, versant notre sang pour abreuver la terre... nous avons dû suffisamment expier nos pêchers, car nos enfants, à qui nous n'avons légué que la guerre, la misère du pays en ruines, nos enfants ont connu les victoires... la victoire...

Le temps n’était plus aux guerres, mais à aux festivités...

je vis le ventre arrondi d'Azalaïs, et je compris qu'elle m'avait désobéi, en venant reconquérir ce pays aux cotés de son frère... ses frères... Car Enriko m'avait désobéi également. En effet, je leur avais autorisé de prendre les armes sous une unique condition : assurer l'immortalité de notre lignée de Gascogne.

Comment pouvais-je leur en vouloir !

moi, qui les a abreuvé de chansons de notre pays, de légendes où l'amour se mêlait à la guerre... moi qui avais jadis bravé les interdits de Père et de Mère... Moi qui avais versé mon sang pour mon pays, sous d'autres noms et arborant un autre visage...

depuis combien d'années combattaient-ils, tous les trois ? deux.. quatre ans ?
Je m’étais retirée des batailles en 1218, suite à cette blessure qui ne guérissait pas. l'année d 'après, ils avaient fêté leurs majorité: quatorze ans... en 1220, je me rappelle, Aimeric m'a rejoint à Montpellier... Puis Azalaïs est venue, avec Enriko. ils restèrent une année à étudier à l'Université. puis repartirent.

je crois qu'ils ne sont point rentrés à Délos... Oui, j'en suis certaine, maintenant...

Comment leur en vouloir !...

* * *
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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 28 Sep - 22:03


Lettre à Frère Albéric, Grand Maitre de l’Ordo Hospitalarius Sancti Spiritus de Montpellier. Eté 1226.

Evidemment crypté. Envoyée par le réseau des Commanderies de Hospitaliers du Saint Esprit.



Mon Seigneur et Maitre, Frère en Christ et doux Ami,

Combien de temps le doux pays de notre langue encore souffrir de cette guerre fratricide et insensée ? Combien de cadavres combleront encore les douves de nos castels ? J’appris avec tristesse que la victoire Occitane ne fut que de courte durée : le jeune comte de Tolosa Raimon VII fut excommunié, dit-on cet hiver, et le Roy Louis se croisa. Il tient nos fiefs, lui offerts par le jeune et faible Amaury de Monfort, et les considère comme siens. Il n’a point la valeur de son père sur champs de bataille, ni son acharnement, mais sa nature est rusée : c’est par les mains de son suzerain qu’il cherche à obtenir vengeance pour l’humiliation infligée par notre reconquête noble et juste.
Cette terre, nourrie de notre sang… Que souhaite-il, sinon notre destruction complète, l’anéantissement de nos valeurs, notre culture, nos idéaux ?...

Je ne peux plus combattre : ma blessure ne guérit point. Je sais que nos enfants reprendront les armes. Et je ne pourrai les en empêcher. Gardez Astrolabe aussi longtemps que vous le pouvez auprès de vous : son caractère est semblable au votre, et il ne sied point de laisser voler un oisillon dont le duvet recouvre encore les plumes. Je vous serai également reconnaissante de veiller sur Guilhem, qui avait exprimé le désir d’être écuyer de son frère Aimeric de Marsans…

Dans le Saint Empire couvent d’autres guerres.

La Lombardie s’embrasera. Mon cœur pressent que leurs castels perchés sur les pics des Alpes seront assiégés, tout comme les nôtres l’ont été… Une lutte d’autant plus féroce, que l’on dit que le Saint Père est souffrant, et que son successeur sera du sang d’Innocent III et de son héritage. Je crains qu’il ne soit aussi assoiffé de pouvoir, de conquêtes et de sang que l’héritier de Saint Pierre qui mena la croisade occitane fratricide.

A l’est, les manteaux blancs aux croix noires, nos Frères, porteront la croix et leurs glaives contre les païens odinistes. J’ai eu l’occasion de rencontrer un scalde de ces contrées, et puis vous assurer, mon doux ami, que l’idéal qui fit battre nos cœurs de Gascons a un écho dans ces terres de glace ! A l’écouter chanter la vie dans son intensité de flamboiement de gloire et de bravoure, je n’ai pu m’empêcher d’évoquer intérieurement nos idéaux de pretz et de paratge, nos bannières fleuries…

Et dans la Foret Noire du Saint Empire, l’on me conta des contrées de beautés irréelles, chantées par les Minnesangers de renom ou simples errants…

Je souhaite aller à leur rencontre, je souhaite apprendre leurs légendes et leurs chants. Je voudrais leur parler de l’espoir et de la charité chrétienne de nos Ecritures. Afin qu’ils découvrent non point les croix meurtrières de épées, mais aussi l’amour chanté dans les psaumes et les Saintes Evangiles.
Je souhaite apprendre leurs langues, car l’on ne peut jouir des chants sans savourer leurs sonorités, car l’on ne peut toucher les cœurs si l’on ne parle point la même langue…

Et je vous en demande humblement l’autorisation et votre bénédiction.

Ne pouvant combattre par les armes, je voudrais de nouveau redevenir ce messager et chanteur que j’étais jadis. Apprendre et transmettre ce que les épées ne peuvent terrasser, ce que nulle armée ne peut détruire, ce qui vit éternellement et fait battre nos cœurs, ce qui rend la vie, ce présent de Dieu, si précieux.

Mes prières et mon affection éternelle vous accompagne, mon frère et doux ami, lumière de mon âme,
Priez pour nous, pauvres pecheurs.

Sœur Ambroise,
Magistère de la Chaire de Lettres et des Arts du Trobar,
Université de Nürnberg.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 30 Sep - 14:39

début hivers 1226

**************


Cela fait des semaines que je feuillette ces feuillets manuscrits, « Edda ». Je ne comprends rien à cette écriture, mais les signes sont harmonieux. Je ne fais que les feuilleter, acer ce que je lis, n’est qu’une traduction annotée et approximative dans un latin sans âme…

Ce qui manque à ces vers, car j’en suis certaine, c’est une chanson, c’est une voix. La voix et la vie… Vox vita eströdd er lífið… Je trace ces mots, sans les entendre, sans les voir, sans encre sur cette page blanche qu’est la neige tombée sur ce pays… La plume de corbeau, sombre trait d’encre, lien entre ma main et cette blancheur…

* * *

Je marche sur cette plaine blanche, qui s’étale en pâleur virginale immaculée, où que mon regard se porte… Devant, la forêt dresse ses murailles enchevêtrées, recouverts de neige et de givre. Je reste à la lisière…

La neige tombe… Un flocon se pose sur ma main ouverte. Etincelant, comme enluminé d’argent… Fond… Un autre, aux entrelacs différents, se pose, et fond également… Je tends mes mains vers ces éclats de dentelle d’argent et de lumière… Je me hisse sur la pointe des pieds, pour atteindre le ciel et ces flocons qui glissent sur le souffle à peine perceptible de la brise… Si insaisissables…

Un toussotement amusé me tire de cette rêverie enfantine. Je me retourne et m’incline.
« Seigneur Atride, pardonnez-moi de vous importuner ainsi dans vos rêves… Mais je n’ose partir en voyage dans ces contrées inconnues, alors que l’hivers approche…»
Il sourit. « Vous ne boitez plus … »
« Nous sommes aussi dans mon rêve… »
Je sens son regard s’attarder sur ma cape. Noire, bordée de fourrure sombre, doublée de lin bleu-pale… Et cette croix blanche… Immaculée, comme la neige.
« Le voile, Seigneur Atride, est… » Je cherche les mots, je peine à trouver la sonorité des termes latins convenables, et mes connaissances balbutiantes en dialecte germain ne me permettent pas de nuancer suffisamment ma pensée. « Le voile protège à la fois, et ce qu’il recouvre, et les yeux de celui qui regarde. »

Je vois de l’incompréhension… Il est vrai qu’Ambroise, la Sœur Ambroise du Saint-Esprit, n’est qu’une étrangère pour cet homme, étrangère de nom, de réputation… Il ne peut savoir quels visages se cachent derrière ce voile… Il ne sait rien des brasiers des bûchers de mon pays natal…
« Je vous dis, c’est votre rêve. Je n’ai point osé le troubler avec mes souvenirs. Mais si vous souhaitez les apercevoir… »

Nous nous retrouvons au bord d’une falaise de glace. Le souffle du mistral s’engouffre dans ces hauteurs et déchire par endroits le manteau de brume blanche. Comme en reflet, les à-pics face à nous sont fiers et verdoyants. Mais les flancs des montagnes saignent… Les assauts se succèdent, par vagues… Les corps des mourants y sont brûlés par un soleil impitoyable… Une fumée acre …
« Cela suffit ! » Je chuchote, mais le mistral retombe et la brume se retisse… C’est aussi mon rêve…

De nouveau la plaine enneigée… Si paisible…

« Chantez-moi les légendes de votre peuple, Seigneur Atride ! » lui dis-je, espérant qu’il entendra que je lui demande de me réapprendre à chanter… « Les ouvrages sont silencieux… Leurs voix sont silencieuses… Apprenez-moi votre langue ! Sans comprendre le sens des mots je ne pourrai les entendre avec mon âme… Sans parler la même langue que vous, et votre peuple, je ne sauri ni entendre, ni toucher les cœurs… »

"C’était à l’origine des temps,
Alors que régnait le néant.
Ni sable ni mer n’y avait,
Ni vagues glacées.
N’existait la terre,
Ni le ciel très haut.
Immense était l’abime,
Mais nulle plante ne poussait…"



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 30 Sep - 16:06



22 Juillet 1227, aube. Nuremberg.



Ancelin dort encore. Un premier rayon du soleil glisse sur ses paupières et s’y condense en goutte dorée… Puis une seconde larme d’or coule sur la joue… et une troisième…
La silhouette intangible d’un jeune homme grave et réfléchi s’incline devant le Mage et dépose sur sa table un morceau de pain. La brise du matin rapporte ses paroles d’adieu et de remerciements à son parrain…


* * *

Evrard, Cadwallon et Aedd se restaurent dans le réfectoire. L’entrainement des futures élites guerrières va bientôt commencer. Aedd et Evrard regardent, étonnés, Cadwallon, devenu d’un coup silencieux. Des gouttes d’or liquide glissent sur les joues du guerrier, comme si ces premiers rayons du soleil d’été les y avaient déposées…
Une silhouette de jeune homme se condense dans la lumière brumeuse. Il s’incline avec grâce et panache, portant la main au pommeau de son épée, comme seul un élève de Cadwallon pourrait le faire. Mais cette fois, sa lame n’est pas en bois… des gouttes de lumière en glissent et dessinent un message éphémère d’adieu sur le sol… puis se condensent, comme une gemme, dans la main tendue du guerrier vers son filleul…


* * *


Rhys s’éveille, parce qu’un rayon de soleil lui chatouille la joue. C’est une jeune demoiselle rieuse et espiègle qui est assise, spectre intangible, sur les coussins. Elle pose un doigt sur ses lèvres en signe de silence et son visage devient grave. Elle souffle sur la chandelle sur la table de chevet et une flammerole dorée s’y niche, ondoie. Elle saute du lit et s’incline devant son parrain d’un air à la fois fier et contrit. La flammerole explose en une gerbe d’étincelles et consume la chandelle… Une petite plume dorée retombe doucement dans la main tendue de Rhys…


* * *


Ambroise, à genoux, les bras en croix devant le vitrail inondé de soleil naissant de la chapelle. Des larmes d’or coulent sur les joues, glissent sur la mosaïque du sol… Chaque rayon de lumière oblique se courbe et se condense en une gouttelette dorée… Pleurent les anges et les saints sur les fresques enluminées… Pleurent les statues des saints et de la Vierge…



* * * * * * * * * * *

« Maman, est-ce que les statues pleurent ? »
« Oui, Azalaïs, mon enfant chérie… Les larmes d’or coulent sur les joues enluminées des statues, des anges et des saints peints en fresques… »
« Ce sont des larmes de lumière… Regardez les rayons du soleil naissant enluminer le pays de notre langue… Ces larmes tombent du ciel : les cieux pleurent de joie… Regardez la lumière de l’aube se courber sous nos pas… Nous marchons vers l’idéal de la Fin’Amor, et nous guidons ceux qui nous suivent… La Licorne vous avait transpercé ; à présent elle nous guide et nous porte en Son Royaume… Vous avez annoncé ; nous accomplissons…»

Je vois les contreforts d’un castel, un village, perchés sur l’à-pic d’une montagne… C’est quelque part dans le toulousain… ou l’albigeois… La brume s’attache aux lambeaux de la bataille menée la veille et couvre les corps inertes de son linceul…
Le ciel est limpide et son bleu est pale, blême… Et pourtant, de ce ciel sans nuages coule une pluie d’or, en fine gouttelettes… Comme si l’Enlumineur avait oublié de sécher son pinceau qui continue de goutter…

« Maman, est-ce que les cloches sonnent ? »
« Oui, Enriko de Naxos, héritier d’un royaume antique, baigné d’écume des vagues et des vents… Les cloches sonnent, et dans leurs carillons j’entends vos chants… Le vent les cueille et les éparpille dans toute contrée où notre langue est chantée..»
« Les chants sculptent la lumière de l’aube… Nous avons écouté vos chants, et tous les chants des troubadours occitans… Et maintenant, regardez, nous y melons nos propres voix, nos souffles… Les cloches sonnent dans tout le pays, dans chaque castel et chaque chapelle... Ce sont les échos de nos chants… Et les sources, elles sont dans chaque poitrine… Les voix sont les ruisseaux… qui deviennent fleuves… et mer… Voyez cette terre ! C’est ce Royaume que vous avez chanté, que tous ont chanté… Il nous ouvre ses portes…»

J’entends les clameurs de l’assaut mené la veille… Le vent siffle aux oreilles, cavalcade… Et puis c’est le choc et la mêlée… Hennissements des palefrois, cris, sifflement de flèches, chocs sourds des armes… Les chants occitans résonnent à travers les vallées et les voix des anges cathars les amplifient et en tissent des rubans sur les pommeaux des épées…

Je vois l’armée fleurie cernée de toutes parts par des ombres grises, aux visages grimaçants indistincts… Ils déferlent, comme des vagues difformes, comme des torrents de boue, détruisant tout sur leurs passages…

« Maman, est-ce vous voyez le Verbe Incarné ? »
« Aimeric de Marsans, mon fils et héritier… Je te vois… Je vous vois, mes enfants… »

Je vois le castel et le village fortifié dévorés par les flammes… Je vois les gens avancer, en file, vers le Légat de Rome, tout de blanc vêtu… A leur tête, Aimeric, Azalïs et Enriko s’avancent, se tenant par les mains… Ils sourient… Ils chantent…

Baignés de la lumière du soleil naissant, les buchers dressés pour accueillir les hérétiques s’inclinent et forment une arche fleurie… A chaque nouvelle voix qui se joint au chant, des roses de lumière enluminée éclosent et l’arche devient portique, puis Portail...

Azalaïs avance, suivie de ses frères. Elle est Celle qui lie le ciel et la terre. Aimeric est le Roi de la terre. Enriko est le Feu secret. De leurs mains jointes gouttent des lettres d’or et de lumière… De leurs pas naissent les mille chemins enluminés qu’arpente la Licorne de la Fin’Amor… Ils dansent sur les rayons obliques du soleil naissant… Ils sont l’aube… L’Aube du pays de notre langue…Ils sont le Verbe et le Geste, le Souffle et le Mouvement… Le Chant Incarné…

Ensemble, ils ouvrent le Portail… Ils sont le Portail…

La pluie d’or ruissèle sur les enfants occitans… Leurs plaies sont guéries, la poussière et la suie ne macule plus leurs corps de gloire…

Devant le portail se tiennent les anges enluminés… Je les reconnais… Tous… Ils sourient à ceux qui ont enfin trouvé le chemin…


* * * * * * * * * * * *

Dans la roseraie de la jeune Université de Nurenberg le vent joue avec les pétales purpurins des roses qui recouvrent le sol…

* * *
Une pluie de lumière enluminée dessine un arc en ciel sur le ciel d’azur étincelant de Délos.
Une jeune femme aux boucles d’or dépose trois roses devant les armoiries du Duché de Gascogne.

* * *

Dans une Abbaye sur les terres de Comminges, l’Abbesse fut distraite de sa prière : une colombe se fracassa contre le vitrail de sa cellule. Elle ouvrit la fenêtre, mais ne trouva nul corps d’oiseau. Seulement trois gouttes de sang de lumière, qui glissèrent le long de l’azur du vitrail…

* * *

Le Grand Maître des Hospitaliers du Saint-Esprit de Montpellier rentra précipitamment dans sa cellule. Le vase gisait, brisé, sur les dalles. Il ramassa la rose. Ses pétales dorés étaient ternis. Trois tombèrent dans le creux de la main de l’Hospitalier, trois gouttes de sang vermeil et or…
La porte s’ouvrit d’un claquement sec. Deux jeunes novices, l’un à peine jeune homme et le second encore un enfant, se jetèrent dans ses bras…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 30 Sep - 16:44

dès l'aube de ce 22 juillet 1227, nul personne ne put ouvrir les portes de la chapelle, pendant trois jours.

Trois jours plus tard, Ambroise est sortie de la chapelle. elle ne portait plus l'habit de l'Ordre....
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 30 Sep - 17:00

https://www.youtube.com/watch?v=Xu67Q10arls


Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam,
Et secundum multitudinem miserationum tuarum, dele iniquitatem meam.
Amplius lava me ab iniquitate mea, et a peccato meo munda me,
Quoniam iniquitatem meam ego cognosco, et peccatum meum contra me est semper.
Tibi soli peccavi, et malum coram te feci, ut justificeris in sermonibus tuis, et vincas cum judicaris.
Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum, et in peccatis concepit me mater mea,
Ecce enim veritatem dilexisti incerta et occulta sapientiae tuae manifestasti mihi.
Asperges me hyssopo et mundabor ; lavabis me et super nivem dealbabor.
Auditui meo dabis gaudium et laetitiam, et exsultabunt ossa humiliata.
Averte faciem tuam a peccatis meis, et omnes iniquitates meas dele.
Cor mundum crea in me Deus, et spiritum rectum innova in visceribus meis.
Ne projicias me a facie tua, et Spiritum Sanctum tuum ne auferas a me.
Redde mihi laetitiam salutaris tui, et Spiritu principali confirma me.
Docebo iniquos vias tuas et impii ad te convertentur.
Libera me de sanguinibus Deus, Deus salutis mae, et exsultabit lingua mea justitiam tuam,
Quoniam si voluisses sacrificium, dedissem utique ; holocausti non delectaberis.
Sacrificium Deo spiritus contribulatus, cor contritum et humiliatum Deus, non despicies.
Benigne fac, Domine, in bona voluntate tua Sion, ut aedificetur muri Jerusalem.
Tunc acceptabis sacrificium justitiae, oblationes et holocausta ; tunc imponent super altare tuum vitulos.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 2 Oct - 16:56

màj ARBRE GENEALOGIQUE en 1227

Morts en 1227 :
Aymeric
Enriko
Azalaïs

naissances en 1227
Azalaïs, fille de Tristan et Rosa Atalenta, Délos

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 7 Oct - 16:06

Magie des Runes




Le Scalde vient me chercher à Irencilla, en été. Nous partons dans la Foret. Par les chemins de traverse, de routes sinueuses, sur les racines entremêlées des grands arbres sacrés.

* * *

Depuis que le poison mauve des Faés coule dans mes veines – c’est ainsi que je préfère nommer ce remède – je me sens revivre. Et pourtant, je sais que ce n’est que temporaire, ce n’est qu’illusoire, éphémère, et si délicieux… Chaque gorgée se propage avec un frisson extatique, à la fois douloureux et plaisant, liquoreux et brûlant comme un glaçon d’eau de vie qu’on laisserait fondre en la bouche…
La blessure empoisonnée se résorbe et devient simple égratignure suintante sur mon mollet. Et bien que les rares voyageurs que je croise ressentent cette aura d’étrangeté qui me colle à la peau, comme la brume de cette Foret, je ne résiste pas aux bienfaits de cette liqueur mauve, ni à son ivresse.

* * *

Mais ce n’est point le désir de venger cette blessure qui m’anime en cet instant. Non, mon esprit est empli de rêves de magies anciennes… De Magie Originelle, ou du moins proche du Souffle et du Mouvement Originels. Cette Magie tant crainte par les Fondateurs de l’Ordre d’Hermès, qu’ils la brisèrent, partageant le monde en terre de Feu, terre de Glace et la lisière du Crépuscule.
Cette Magie, dont je désire être la nouvelle Incarnation, le nouveau Troubadour/Poète/Scalde…

Rien n’est Ecrit. Non, les Enseignements Originels sont des chants, des poèmes, des contes, des récits. Ils ne sont point dans les ouvrages poussiéreux, mais dans les cœurs de ceux qui les transmettent et ceux qui les acceptent. Ils sont cette lueur dans leurs yeux, semblable à l’aube et aux étoiles. Ils sont ce souffle qui anime leurs poitrines, empli de chaleur des braises de la passion et du froid glacé de la nuit infinie.

Nous remontons le Grand Frêne. Ou redescendons. Cela fait longtemps que j’ai cessé de me fier à mes sens : seul le battement des cœurs compte. Mais toujours à la Lisière. Toujours nous marchons sur le fil de la lame, entre cimes et gouffres, entre feu et glace, entre éclats de lumière et néant…

* * *

Le Scalde me laisse. Seule. Il n’y a plus de route. C’est à moi de la tracer, me dit-il. A moi de trouver chaleur dans cette plaine glacée.

Alors j’avance.

Je connais ce lieu. Je n’y suis jamais venue, mais je sais que je le connais. Etait-ce dans mes songes, nos songes, où le Corbeau m’offrait ses chants et ses visions ? Etait-ce dans les chants secrets de mon Aïeul ?

J’avance, dans ce tourbillon de neige. Les flocons me couvrent d’un manteau évanescent qui se dissipe aussitôt. Le vent souffle, hurle, chuchote, scande, chante... Et ses milliers de voix, c’est les voix de tous ceux qui ont chanté la Magie…

J’avance…


* * *

L’aurore boréale flambe à l’horizon et embrase la voute du ciel de mille feux. Je tends les mains, et les étincelles glissent du ciel, comme des étoiles filantes enluminées, comme des plumes multicolores des anges sidéraux.

Je les accueille. Je souffle leurs noms afin de les ranimer, je les embrasse, et ils deviennent brasier de lumière et de chaleur entre mes mains.

* * *

Est-ce une halle ou une grotte ? Je ne sais. Elle s’est dressée et m’entoure de sa chaleur. Elle est l’écrin du Feu que j’ai trouvé, ou plutôt que j’ai apporté en ce pays de Glace.

Sombre… L’écrin est sombre. Je suis assise face à ce feu qui sculpte les ombres autour en des récits mythiques, des scènes des passés lointains transfigurés par les transmissions et les mémoires des hommes. Le feu crépite, chuchote des bribes d’épopées de jadis…

Dans le monde d’en dehors, c’est le blizzard qui danse dans la plaine désolée de glace et de givre. Je le sais.

J’attends…

* * *

La lourde porte grince et quelques flocons de neige s’engouffrent avec le souffle glacé du vent.
Sa silhouette est sombre et de haute stature.

C’est lui…

Ses traits sont indistincts, insaisissables, comme le tourbillon de flocons de neige dans la nuit. Sa cape d’un noir profond, comme une aile d’un corbeau, est élimée et porte les poussières des mondes qu’il a arpentés.
Un instant, je me vois par ses yeux, conteuse enluminée d’or et de couleurs, dans un char tiré par deux chats messagers ailés…

Odr, le Voyageur. Freyja, la Dame. Ce sont des noms parmi tant d’autres que nous portons, que d’autres ont porté et porteront, à travers les brumes des époques et des lieux. En cet instant, ce sont nos noms, les seuls qui nous nomment pleinement, qui nous possèdent et empreignent nos essences.

Il vient auprès du feu et je lui offre chaleur. Il m’offre souffle et je le bois à ses lèvres.

Abandon…

Me dissoudre dans sa voix…
N’être plus que mots, sons, qu’il chante. Que souffle de chacune de ses respirations. Que brume et glaise modelée de ses doigts. Qu’épée qu’il tient et qui vibre de joie et de vie sans retenue. Que cette goutte de sueur qui coule sur le corps d’Ymir le premier né, enfant du givre et d’air brulant, de Niflheim et de Muspell…

Abandon et offrande…

L’aurore boréale nous est toit au dessus de nos têtes. Les étoiles pleuvent sur l’horizon enflammé, roulent comme des gemmes multicolores de nos songes, glissent en étincelles dans ses yeux sombres…

Semblables aux volutes chamarrées de lumières intangibles, nous nous elevons vers les astres. Nous ne sommes plus que reflets de leurs éclats, plus qu’échos de leurs chants, pus qu’enluminures de leurs essences…

Nous sommes leur chant de Feu et de Glace…

* * *

Il est parti.

Reparti dans la plaine glacée. Dans le blizzard…

Je reste. Assise devant ce feu qui réchauffe. Qui nous réchauffe… Mon ventre est lourd d’une nouvelle vie. Il s’arrondit rapidement, au rythme des étoiles qui tournoient sur la voute du ciel. Je sais que j’aurai une offrande à présenter pour sa naissance, un sacrifice.

Car ainsi est l’ordre des choses : une vie pour une vie. Mon aïeul Jerbiton avait, dit-on, volé ce secret à Dame Merinita et aux Faés, bravant la malédiction de l’Elixir de la jeunesse éternelle des Mages. Mais l’origine et le sens de ce rituel remonte plus loi, bien plus loin dans le temps : c’est du sacrifice qu’il s’agit. L’on offre et l’on reçoit. C’est pour cela que l’offrande ne peut être choisie à la légère, car l’affection qu’on y attache est son prix. Et son prix détermine ce que l’on reçoit…

Je passe la main sur mon ventre, écrin de mon enfant. Notre enfant… Quel sera son destin ?...

* * *

Le brasier crépite. Dans les flammes je vois les ombres des batailles et des veillées de camps, râles d’agonie et de petite mort…
Je ris, me rappelant nos folies de faydits, de routiers occitans.

Certaines aubes, nous étions tellement fourbus, que nous tenions à peine en selle pour l’assaut. Un jeu entre les seigneurs faydits et leurs Dames. Un jeu par lequel nous nous liions à la vie dans l’ivresse des carnages. Un jeu qui nous faisait revivre et nous préservait de la sauvagerie et l’avilissement macabre…

Pourquoi est-ce que je vois Tolosa en flammes ? Non, ce ne sont que ses faubourgs, que nos castels de son diadème… Les vignes sont arrachées, les hameaux et les champs brulent… Et ce ne sont plus les croisés qui marchent sur nos terres, non, ce sont les mercenaires de la Couronne de France…

Et ce château en feu, je le connais, comme tout enfant occitan le connait : il avait accueilli Peire Vidal, lorsqu’il chantait son amour de la Louve de Pennetier, sa Na Loba… Et Raimon de Miraval, qui nommait comte Raimon VI son senhal (=nom codé) « Audiart »… J’avais connu seigneur Raimon au siège de Tolosa, en 1213, la bataille de Muret, où Roy Peire II fut tué…
Les chansons que nous avions partagées résonnaient encore dans nos tetes quand nous montâmes en selle. Nous avons combattu coté à cote. Nous tombâmes cote à cote. Et lorsque nous réprimes connaissance, nos mains étaient encore jointes et nos doigts entrelacés…

Fanjeaux !

Le dernier souper de Père ! Je le revois, lever sa coupe et partager le pain entre nous tous, entre les enfants occitans… Je l’entends nous parler de Pretz et de Valor, d’Onor et de Paratge, de notre idéal de la Fin’Amor

Fanjeaux !

Je vois Raimon, chevalier, troubadour et faydit occitan, co-seigneur de Miraval, porter la coupe à ses lèvres… Oui, buvez ! Jusqu’à la lie, pour la vie et à la vie ! Il descend dans la cour du castel en flammes. Monte en selle. L’on lui tend son épée. C’une une femme. Un instant, il la regarde. Et je sais que c’est moi qu’il voit. C’est mon visage qui se reflète dans ses yeux, car il sourit.
Il m’a reconnu.
Et il a reconnu la Grande Faucheuse qui l’attend…

Il éperonne sa monture et sa voix claire, que l’âge ne peut ternir, résonne longtemps à mes oreilles…

Elle résonne encore, lorsque je le vois tomber, le cœur transpercé par un carreau d’arbalète…
Il sourit…

Fanjeaux…


* * *

Tu seras une grande voix du Trobar, mon fils, dis-je à l’enfant qui boit goulument à mon sein.

Je le berce. Je n’ai que peu de temps pour lui transmettre mes enseignements, car lorsque les étoiles auront fait trois fois le chemin dévolu, il me sera pris. Je devrai le remettre au peuple de son Père…

Alors je lui chante. Je sais que chaque chant s’empreigne en son esprit, en son âme et son cœur. Et que le moment viendra où il se rappellera ces chants et saura. Il connaitra les langues divisées du Feu, de la Glace et de la Lisière. Il saura les entrelacer. Il saura chanter, il saura transmettre à son tour…


* * *

Le Scalde est venu chercher mon fils. Ou plutôt, il m’intima de quitter ce lieu, et y resta avec mon enfant.

Je traversai la plaine enneigée, guidée par un oiseau sombre. Parfois, je rêvassais que j’étais un faucon, volant à ses cotés, et que nos ailes touchaient l’horizon depuis Austri jusqu’à Vestri

Seigneur Cadwallon a raison : je ne suis pas faite pour un chemin solitaire… Je n’ai pas la puissance d’un chêne, ni la force inaltérable d’une montagne de granit. Je ne suis qu’une voix, qui s’étiole si nul ne l’entend… Qu’une lame qui se ternit si nulle main ne la tient…

Lorsque je sortis de la Foret Noire, les champs n’étaient pas encore tous moissonnés et je fus surprise que si peu de jours s’étaient écoulés : nous étions toujours en été 1228.

* * *

Je parvins assez rapidement à Nürnberg. Maintenant que nulle entrave, ni habit ni blessure, ne gênaient mon corps, je savourai l’ivresse d’une chevauchée effrénée à travers les champs fleuris…  

* * *

J’appris que la neige était tombée une nuit sur Nürnberg, en plein mois de juillet…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 7 Oct - 17:04

bon, evidemment Ambroise va pas clamer haut et fort cette euh... initiation "odinique".

mais, il est vrai que la neige est tombée en plein juillet ....

et je vais pas me dérober à d'eventuels questions....

(ça pourrait relancer les conversations dans le jardin, non ? What a Face )
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 10 Oct - 17:07



1228 : sur Yggdrasil

naissance de Ymir / Aymar, fils d'Ambroise.


le temps passe lentement (ou trop rapidement) en ce lieu, Ymir reste avec Ambroise 3 ans. puis Ambroise repart dans le monde des hommes.
Le Scalde reprend l'éducation de l'enfant.

dans les derniers reves d'Ambroise, Ymir grandit encore (il est presqu'un adolescent, en age de tenir une lame)... ça fait un pincement au coeur, car Ambroise ne sait pas quand ni comment elle le reverra, ni quel enfant ou homme il sera alors...
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 13 Oct - 17:03



Lettre à Frère Albéric, Grand Maitre de l’Ordo Hospitalarius Sancti Spiritus de Montpellier. Hiver1228.

Evidemment crypté. Envoyée par le réseau des Commanderies de Hospitaliers du Saint Esprit.



Mon Frère en Christ et doux Ami, Confident et Confesseur de mon âme,
De Tenebris Te Clameo !

Encore un pas qui m’éloigne de la Lumière…

Oui, bien que je ne souffre plus de cette blessure qui m’empoisonnait depuis dix ans, la souffrance n’est plus dans la chaire, son écho demeure dans l’âme. Je n’avais jamais pu pardonner ce carreau d’arbalète, et depuis peu, ayant enfin appris l’identité de cet assassin, je ne pouvais faire taire en moi le désir de vengeance.

Lorsque je le vis face à moi, terrassé par le même mal que moi, le désir de vengeance s’est mué en compassion un bref instant. Mais j’ai lu dans l’orgueil de mon cœur et dans ses yeux, que compassion ne pouvait qu’être offense. Offense à lui, car ce seigneur et Mage avait été flouté : il avait été jouet de ténèbres plus grandes encore que celles dans lesquelles je l’avais plongé par mon refus de lui appartenir. Offense à la folie de la passion inassouvie qu’il osa nommer amour. Offense à la souffrance de son remords dénué pourtant de repentir…

Oui, j’avais connu cela aussi…

Et la compassion ne fit que m’effleurer et me quitta. Je me suis alors abandonnée à la vengeance. Non point contre lui, non contre la main qui l’avait guidé ou la voix qui lui avait susurré, car je ne pouvais et ne devais porter offensé à son choix. Mais contre ce pied qui le foula, lui qui s’écroula sans forces, comme jadis je l’avais fait à vos pieds.

Mais vous ne m’avez point repoussée. Vous m’avez relevé, vous m’avez protégé, consolée, chérie… Vous avez accepté de me couvrir les épaules de votre manteau de noir et de blême. Vous avez fait taire ma blessure, y apposant la double croix de deux âmes crucifiées sur une lame… Vous m’avez aimée. Non plus comme un homme, mais comme un Saint que vous êtes.

Ce que je vis dans les yeux de ce seigneur et Mage m’emplit de colère et de désir.
Colère pour son orgueil, dans lequel je ne pouvais pas ne pas me reconnaitre : deux êtres éconduits pas l’objet de la vénération de leurs passions ne peuvent se mentir. Je revis la Source du Jourdan à Césarée, chaque parole que nous avions échangée… Je revis ce seigneur, le soir même, s’éloignant de moi, le cœur en flammes. La nuit comme écho du jour. Les Ténèbres comme écho de la Lumière…
Désir pour ce même orgueil que nous partagions en cet instant.

Alors je lui ai offert la seule chose que je possédais et que lui désirait : un instant de passion sincère et illimité, un souffle de ma lumière enluminée, lorsque ma lame transperça son cœur. Lorsque son sang coula sur moi, c’est sa vie que je bus.


Et je ne devins que vengeance, que colère, que ténèbres. Je me retournai contre celle dont le pied l’avait foulé avec mépris quelques instants plus tôt. Elle me supplia, elle pleura pitié et sincère repentir… De démon elle devint ange et retrouva ses ailes de lumière… Mais il n’y avait nulle place en mon cœur en cet instant pour le pardon.

Oui, je l’ai humiliée, ployant ses genoux de force. J’ai plongé la lame de ténèbres en sa veine, laissant son agonie assouvir ma colère. Les seuls mots qui martelaient mes tempes en cet instant étaient votre nom : je vous suppliais pardon, tout en étant incapable de l’accepter, même si votre bonté me l’offrirait…
J’ai refusé de laisser mes mains se maculer de son sang. Le sang de lumière de cet ange martyr m’était en cet instant indigne et impur, comparé au sang de ce seigneur et Mage.

Je sais que vous avez vu ce qui s’est passé. Je le sens. Vous m’avez vu m’éloigner encore plus de la Lumière… Oui, je m’en éloigne… Dans ma quête de la Fin’Amor, je me dois d’arpenter tous les chemins. Je me dois de cueillir tous les pétales…
Vous le savez, vous connaissez mon cœur…

Seigneur Cadwallon semble horrifié par tant de souffrance que je vous ai apporté, et que vous apporte encore. Et la souffrance à laquelle je condamne tout homme qui croise ma route, qui s’arrête écouter mes chansons…
Est-ce inévitable que toute lumière projette des ombres ?
Est-ce vrai que mes chants, ma lumière enluminée, mes ombres peintes, ne sont que souffrance à qui les étreint ?

Je quitterai les Ténèbres. Un jour, je les transmuterai en moi en une encre de passions sombres et viscérales. Et cette encre, et d’autres couleurs, dessineront le chemin enluminé et fleuri…

Vous rappelez vous du Sentier Fleuri de mon Père ?
Béziers…



La Régente de France m’accorda récemment audience privée.

Je lui ai chanté la Chanson de la Croisade Albigeoise. Je lui ai parlé de Père, le nommant. De vous, sans vous nommer. De mes enfants. Du Pays Occitan…
Nous parlâmes en femmes, en veuves et en Mères.

Nous parlâmes toute la nuit. A l’aube, la Régente m’annonça que je resterai à jamais faydit. Mais que je pouvais ouvertement porter le titre de mes aïeuls du duché de Vasconie. Je suis dorénavant Ambroise de Gascogne, duchesse faydit

Que notre fils Astrolabe et sa lignée seront les seuls seigneurs reconnus du castel de Moissac et des terres, et vassaux directs de la Couronne par cette terre qui sera désormais une vicomté.

Que la baronnie de Marsans sera vassale directe de la Couronne également, et que les descendants de mon fils Aimeric en héritent des terres et du titre.


J’ai tenu la promesse faite à seigneur Rogièr, mon défunt époux et votre frère : il y a un Moissac sur le trône du castel.
J’ai accompli la promesse faite à mon Père que de porter à nouveau les couleurs du Duché de Gascogne.

Encore un pas qui m’éloigne de la Lumière…

Si vous l’accepter, et si vous trouvez cela souhaitable pour Astrolabe et Guilhem, je voudrais les inviter parfaire leurs études dans l’Université de Nürnberg. Il est temps, je le pense, que je reprenne leur instruction en tant que Mages, car le Don assoupi depuis trop longtemps peut s’éteindre ou dévorer…



J’ai péché encore, Albéric, mon ami, mon confident !
In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti.
Amen.
Benedic mihi pater, quia peccavi. Confiteor Deo omnipotenti confiteor coram fratribus meis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, opere et omissione: Ita, vere peccatum.

Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit.
Amen.
Bénissez-moi, mon Père, parce que j'ai péché. Je confesse à Dieu Tout-Puissant, je reconnais devant mes frères, que j'ai péché en pensée, en parole, par action et par omission; Oui, j'ai vraiment péché.


Sous le sceau de la confession, j’avoue avoir péché par orgueil de Mage, qui ne tint pas compte que certaines oreilles n’étaient pas faites pour accueillir les chants dépouillés de tout ornement ; certains yeux n’étaient pas faits pour s’ouvrir sur les lumières interdites !
Deux de mes estudiants ont pâti de mon imprudence. L’un devint fou de Dieu : il s’est muré dans le silence et l’ermitage. Le second devint fou d’innocence : il se perdit dans la pleine enneigée et son corps fut retrouvé, dévoré par des bêtes sauvages.

Sed culpa est mea culpa, mea maxima culpa. Rogo ergo Maria Virgine, angelis et omnibus Sanctis, et tibi, Pater, oráre pro me ad Dóminum Deum nostrum.


Je souhaite me croiser et partir en Terre Sainte, dans les pas du Souverain du Saint Empire, Fréderic II.
Nos routes se sont entrelacées en cette terre. J’aimerais vous demander comme faveur que de coudre sur mon habit une croix que votre main aurait touché. Bénissez-moi, si vous pouvez. Je tenterai d’expier ma faute d’avoir blessé par imprudence ces deux enfants de Dieu, en empêchant les carnages d’innocents de reprendre sur le sol qu’avaient foulé les pieds du Christ, et ne menant les hommes qui me suivront qu’au combat équitable, juste et chrétien.


Mes chants et mon affection éternelle vous accompagnent, mon frère et doux ami, lumière de mon âme,
Priez pour nous, pauvres pécheurs.

Ambroise Duchesse faydit de Gascogne,
Magistère de la Chaire de Lettres et des Arts du Trobar,
Université de Nürnberg.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 13 Oct - 18:14

Le ciel flamboie d’aurores boréales. L’homme se lève de sa couche de fourrures empilées et cherche à tâtons une plume… un feuillet… l’encre est visqueux de froid. Mais l’écriture est déliée.
Les yeux de l’homme demeurent mi-clos, comme s’il ne faisait que transcrire un songe, ou comme si un autre souffle que le sien chuchotait les mots…
Les runes de la langue des fils d’Odin couvrent le feuillet en arabesques calligraphiés…
Puis la plume esquisse un arbre, reliant les lignes comme autant de branches, et le peuple de silhouettes… Un corbeau s’envole du frêne dans le coin haut droit du feuillet ; il a dans sa bouche une fleur dont les entrelacs dessinent un « A »
 

L’homme ouvre enfin les yeux. Il lit.




Il est un Frêne, à ç’qu’on raconte,
Au coin du feu, lors de veillées.
Et chaque feuille en est un conte,
Chaque brindille, une épopée.

Dans ses branches nichent des mondes
D’éclat et d’ombre entremêlés.
Un écureuil y vagabonde,
Reliant gouffres et nuées.

Y luisent sept, non, bien neuf astres,
Ceignant le front de trois vieilles Nornes,
Et leur tapisserie, cadastre
De nos vies brèves et nos morts mornes.

Au-delà : des milliers d’étoiles
Lointaines nous fixent en riant,
Parées d’aurores boréales
Sont leurs songes en nous et leurs chants.


Le givre de Nifl fond en brume
Quand Muspellheim l’étreint de flammes…

Je gouterai, et sel d’écume,
Et sol sacré, sur votre lame.



* * *



A des milles de là, une Mage dépose un baiser sur une plume de corbeau et la repose dans l’écrin. Elle appuie son front contre le vitrail recouvert de givre. Froid… Si froid…
Sur la table est posée la traduction en latin et en germain des Eddas. Les Evangiles. Un recueil calligraphié portant les armoiries du Minnesanger Tannhauser. Un vase délicat en verre teint soufflé avec trois roses, pourpre, blanche et noire…
Si froid…

La femme essuie les yeux humides, et sort de la pièce, refermant doucement la porte sans bruit. Elle caresse un bracelet, et c’est un nouveau visage que la flamme vacillante de la bougie éclaire. Un visage de jeune homme, au menton encore lisse, quelques taches de rousseur sur une peau claire, une silhouette juvénile, mais au regard assoiffé et triste, cherchant la saturation des sens, l’ivresse des interdits, comme un animal hagard échappé d’une cage…
Ses pas se perdent dans la nuit…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 14 Oct - 16:44



RENCONTRE AVEC ALFINN

J’ai quitté la France depuis des jours. A chaque étape, je change de monture. Et malgré la neige, malgré le froid, je l’éperonne. Plus vite. Encore plus vite…
Je garde les yeux fermés, mais je vois ce sentier fleuri de Père… Père ! Je porte votre nom ! Notre lignée n’est pas morte… Père, regardez-moi, j’arbore vos couleurs, l’éclat de notre Gascogne… L’azur, notre ciel, s’étale en luminescence au dessus du monde... La pourpre, notre sang, ma cape sur cette neige immaculée…

* * *

Je longe la forêt. A l’étape, l’on tenta de dissuader le jeune freluquet que je suis de partir seul : les routes ne sont pas sures, me dit-on. Mais j’ai si hâte de retrouver Nürnberg ! Je pars avant l’aube, laissant l’hostelier ensommeillé et la chaleur de l’âtre.

Vent dans les oreilles, fouettant de froid les joues, mes boucles brunes lâchées sur les épaules, comme jadis… C’est ce visage que j’avais arboré lorsque je fuis le castel familial et m’engageai comme mercenaire, il y a de cela… combien déjà ?... Je ne veux plus compter ! J’ai encore ces quinze années qui me collent à la peau ! J’en rie…

* * *

J’aurai dû avoir été plus prudente. Plus attentive, aurait dit Cadwallon. Ils étaient une dizaine à me tomber dessus, surgissant de derrière les arbres, sautant des branchages couverts de neige.

Ma monture se cabre lorsque l’un d’eux attrape la bride. Je lui assène un coup d’épée à plat, et roule à terre. Le cheval part au galop, apeuré.

Nos ombres dansent dans cette aube glacée. Une dizaine ? Qu’à cela ne tienne, cela en fera dix pour les enfers d’Hella, me dis-je, plantant la lame couverte de runes dans la gorge de l’un. Les runes s’assombrissent de son sang : le sacrifice est accepté…

Les corps tombent. Je n’en ressens nulle ivresse, nulle satisfaction. Il n’y a nulle gloire à abatte plus faibles que soi. Je ne fais que racheter ces villageois à Hella… Je ne fais qu’abattre quelques importuns qui me retardent sur cette route. Des brigands… Affamés, vêtus de loques. Peu savent véritablement manier une arme. Un seul sait manier l’épée.

* * *

Nous nous faisons face. Pourquoi il ne fuit pas ? Je me le demande… Pourtant, je ne fais que me défendre. Depuis plusieurs minutes, je ne fais que parer ses coups, j’évite de le blesser… Pourquoi ?

Je commence à admirer sa manière de tenir la lame. C’est une belle lame. Aiguisée. Son acier est limpide. Ses gestes sont déliés, fluides. Manque de technique… Mais le talent y est.

Je souris, voyant ses lèvres bouger, rythmant les gestes. Certains mots me parviennent. J’ai déjà entendu Cadwallon parler cette langue… Et Aedd…

Je change de tactique. Je le laisse me désarmer. Il suit du regard la lame couverte de runes qui se plante dans la neige épaisse… Erreur ! Je vois ses yeux écarquillés de terreur non feinte lorsque la pointe de Heredur, ma lame de fer froid, touche de sa pointe sa poitrine.

Ses yeux… Maintenant je les vois. Etincelants. Comme deux gemmes ambrées. La pupille en est légèrement fendue. Il me fixe, sans sourciller. Un visage jeune, émacié.

Je baisse la lame. Il baisse la tête.

Ce combat m’ennui, me dit-il et s’en va en sifflotant.

* * *

Je continue la route à pieds. D’une part je n’ai pas le choix, du moins jusqu’à la prochaine étape, et d’autre part, cela commence à m’amuser. Ou plutôt, me permet de rêvasser…

Le soir, nous nous retrouvons dans les racines d’un même arbre. Un refuge naturel offert par la forêt au voyageur.

Je partage le bout de pain gelé qui me reste. Il me tend un lapereau. Lorsque la flamme jaillit de mes mains et court lécher les brindilles, il n’est pas surpris. L’Art ne lui est pas étranger. Lui-même fait fondre la neige et me présente un bol de …. Liqueur aromatique ! Je reconnais le parfum des tours des Faés.

La nuit il fait froid. Nous nous blottissons l’un contre l’autre. Nous avons le même âge, du moins en apparences… Il me propose de la rejoindre. A nous deux, dit-il, nous gagnerons fortune, nous pourrons devenir des mercenaires…

Je suis attendue à l’Université de Nürnberg, lui dis-je. Il rit et dit que j’y surpasserai les Magisteres de l’Ecole Militaire. Je réponds que j’y vais pour la Chaire des lettres…

Il me répond par un récent lied de Tannhauser, affirmant qu’il n’y a meilleur que lui. Je le reprends et lui en fais la réponse en écho. Je lui dis que c’est les vers de la Magistère des lettres de Nürnberg : la réponse de la trobairitz au Minnesanger.

Il réfléchit un moment, puis demande d’un coup si on y accepte des comme lui.

Venez, lui dis-je.

* * *

Alfinn et sa compagnie de brigands – défunts depuis, et dans les enfers d’Hella – m’avaient rallongé la route de presque trois jours.

Nous sommes parvenus aux portes de l’Université de Nürnberg la nuit tombée, en pleine tempête de neige. Le garde me barra le chemin. Qui va là ?, dit-il, méfiant. J’enlève ma cape, tournant un visage de femme vers Alfinn, et décline mon nom, Ambroise, Magistère de la Chaire des Arts du Trobar. Alfinn est avec moi, rajoute-je, le prenant par le bras et l’entrainant vers les hauteurs.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 15 Oct - 16:15

Blason d'Ambroise faydit duchesse de Gascogne



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 15 Oct - 17:50



Trianoma, dit-on était amante de Bonisagus le Sage, fondateur de l’ordre d’Hermes.
Mais aussi, par la suite de Tytalus. Qui choisit dit-on la voie ténébreuse de la Damnation.
Qu’elle a quitté pour Cryamon. Le Mage mystérieux d’une maison mystérieuse et secrete…

Voici un pamphlet irrévérencieux de cette histoire, à la manière du conte de Boucle d’or et les trois ours.


Il était une bergère
Aux jolies boucles d’or,
Qui cherchait des primevères
Pour son chapeau de fleurs.

Mais de clairière en clairière
Elle en perd le chemin.
Et devant un castel fier
Se retrouve soudain.

Comm’ la herse en est montée,
La voilà dans la cour.
Grande table y est dressée,
Avec trois trônes autour.

Sur le premier : boiseries
Sculptées, pas de coussin !
Elle masse, endolori,
Son séant, et en descend.

Le second trône est de fer,
Près de la cheminée.
S’y tortillant, la Bergère
S’égratigne au mollet.

Le troisième est…bien étrange :
L’on ne sait où s’asseoir.
Tant pis, se dit-elle, je mange,
Et après je vais voir…

La voilà qui tend sa main
Vers les mets des seigneurs,
Et goute à chaque festin.
Le premier est… sans saveur !

Le second si épicé,
Que la pauvrette en pleure.
Le troisième est esquissé
En étranges saveurs…

Elle frotte ses paupières,
Par le vin alourdies,
Car bien lasse est la Bergère !
La voilà qui voit trois lits.

Le premier, un bien grand coffre,
Recouverts de parchemins.
Elle éternue et s’épaufre (un peu comme érafler)
Dur et poussiéreux … m’enfin…

Le second lit est si vaste
Qu’on dirait un champ de lice.
Elle y met son genou chaste…
Mais douteux sont ses délices !

Bergère fit fine bouche,
Quitta le sombre édredon.

Quant à la troisième couche,
Son seigneur nous tut son nom.



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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 20 Oct - 20:57

Souvenirs. Trois plumes.

partie 1




Cette discussion autour du feu de camp avec seigneur Cadwallon et seigneur Tannhäuser me reste en mémoire. Comme si elle avait semé un doute. Pire : brisé un sceau, ou du moins, l’avait fissuré…

Avant de repartir à Nürnberg, je me rends à Césarée. Avec Alba. Ce faucon est morose. Non pas qu’il me fasse la tête, mais comme s’il me reprochait une ancienne folie ou méfait…
Je me rends aux ruines de la Bibliothèque. Je ne reconnais nul visage. Et personne ne connait mes traits d’empreint. Je cueille un bouquet de roses…

Toujours sous ce masque de chair, je me rends à la Commanderie des Hospitaliers. Walsingham n’est plus. Il y a un nouveau maitre d’armes. La vue de ces capes noires, les parfums d’épices, de mer et de l’hospice me font monter des larmes aux yeux. L’on s’inquiète de mon chagrin, l’on me propose de me recueillir à la chapelle, l’on accède même à ma demande de me mener à la chapelle privée… J’y dépose les roses, sur la stèle gravée au nom du Prieur Walsingham, devant l’autel et sur les bancs où jadis nous avions été assis… Il y a de cela, combien déjà… vingt-sept ans…

J’embarque sur un navire marchand. Sicile, puis Montpellier. M’y attendent Astrolabe et Gilhem. Je leur demande de retarder le départ pour Nürnberg : je veux me rendre à Béziers d’abord. Mes enfants souhaitent m’accompagner. Je ne puis leur refuser de connaitre les lieux où leur grand-père, le comte Lobo de Gascogne, tomba sur le champ de bataille.

Nous partons, trois pèlerins, trois mages, trois troubadours, sur les sentiers de l’histoire de notre famille. Nous remontons à Tolosa. Nous sillonnons les vallées et les castels en ruines ou reconstruits pour certains. Il n’est nul lieu où l’hospitalité soit refusée aux chanteurs errants, mais l’accueil est souvent empli de tristesse. Je me sens comme un fantôme des temps passés…

Nous entrons à Penne l’Agenais. Nous y chantons au repas du seigneur et des gardes. Le seigneur de Penne est d’Ile de France. Sa dame est d’une illustre lignée occitane, dont le nom a perdu joie et éclat. Qu’importe, elle sait que je chante pour elle… Et pour Guilhem. Mon fils voit ce castel tel qu’il était dans sa splendeur, il voit les croisés, le siège... Il voit les batailles, l’incendie… Il m’écoute chanter, et je lui reconnais les gestes et la posture de son père. Alors je lui chante la bravoure d’un routier devenu seigneur et légende de notre peuple : Hugues d’Alfaro. Je sais qu’il a compris.
Si le temps nous est laissé, nous remonterons à Paris, où Hugues est avec le jeune Raimon de Tolosa… Moi aussi je voudrais le revoir, avant que la Grande faucheuse ne le rappelle…

Nous descendons à Moissac. Le rosier fleurit toujours sur le bucher de Rogièr… Le castel est couvert de lierre et de vigne entremêlés de roses sauvages. Nous y sommes accueillis en seigneurs, je sais qu’Astrolabe y est aimé et apprécié…

Carcassonne… Je reste aux abords… Je ne reconnais plus cette cité fortifiée : celle que je vois, est celle de mes souvenirs…

Mes forces me manquent sur le chemin vers Béziers. Nous continuons, même la nuit. Nous nous perdons, et à l’aube, nous passons dans une vallée où la brume se dissipant nous baigne de parfums printaniers. Cela ne dure que quelques instants. Puis le soleil se lève et l’endroit n’est plus le même. Astrolabe et Guilhem  sont baignés de flammes de crépuscule, ils en sont à la lisière. Ils discutent avec des personnes, mais je peine à distinguer les voix…
Je ferme les yeux, m’abandonnant à cette lassitude et bercée par les voix de mes Ainés, car je sais que ce sont eux ! Alba plante les serres dans mon bras et m’en arrache de force. Je ne puis priver mes cadets de ces instants de retrouvailles à la lisière de deux mondes, alors je laisse les flammes enluminées les parcourir. Cela s’estompe lorsque le soleil nous éblouit…

Béziers… Nous remontons le Sentier Fleuri de Père. Je leur chante son histoire, notre légende. C’est ici que Père fut terrassé par Joyeuse. Ici, devant la tente du Légat Arnaud Amaury. Ici, il remonta en selle. Il nous montra le Sentier Fleuri, et nous le suivions, nous, les chevaliers gascons, Alberic, moi…

J’éperonne ma monture. Je suis de nouveau Artemi. Je vois Père devant, il est mort, mais reste attaché en selle. Alberic est mourant, entre mes bras, nous le suivons… Les portes de la ville s’ouvrent, nous galopons jusqu’au palais…

Le sol se dérobe sous mes pieds. L’on me tire à terre. Je leur crie que je porte un blessé. Mais je n’entends nulle réponse. Si. Un rire. L’on me jette à terre. L’on me traite de fou…
Je regarde autour. Des gardes. Mais ils n’arborent point le blason des Trencavel. Les portes du malais sont closes. Les badauds dans les rues ne semblent nullement inquiets d’un quelconque siège…

Deux jeunes hommes arrivent à ma rescousse. Un instant je crois voir Albéric et Hugues… Ce sont mes enfants. Ils expliquent que je suis leur pauvre frère éprouvé par le voyage. Ils demandent humblement l’autorisation que je sois mené sur les remparts, là. Ils expliquent que mon esprit est en peine, que nous avons perdu notre Père sur ces remparts.
L’on accède finalement à notre demande…

Nos montons les marches. Mon esprit continue de superposer mes souvenirs à la réalité tangible. Le crépuscule tombe… Je reste seul sur les remparts… Cette pierre, je la retrouve et m’y adosse.
Demain, avant l’aube, nous mènerons l’assaut. Avec Père. Je suis heureuse de combattre à vos cotés… Oui, tant de temps passé sous le visage d’homme… Moi aussi il m’arrive parfois de douter… Douterez-vous en cet instant ?
Nos doigts s’effleurent à nouveaux. Il est là, devant moi, le soleil fait flamboyer d’or sombre ses cheveux, comme une mandorle de gloire. Je fais lentement un pas vers lui. Puis un autre.
Quelqu’un me tire à l’arrière. L’on m’emporte…

Je me réveille dans une charrette. Elle grince. Le ciel est d’un bleu limpide au dessus de nos têtes…
Guilhem dit que nous ne sommes plus très loin de Paris.

Nous restons dans les faubourgs. Je peine à mettre les pieds dans cette cité dont les souverains ont détruit le pays de notre langue.
Un vieillard digne est à mon chevet. Ses cheveux et sa barbe ont blanchi, mais ses yeux restent rieurs et impétueux. C’est par sa bouche même que j’apprends les humiliations et la soumission du jeune Raimon à la Couronne de France. Et le mariage de sa fille Jeanne avec le frère du roi. Je lui propose de partir, de me suivre à Nürnberg, moi et son fils. Le seigneur d'Alfaro hoche tristement la tête et décline. Je comprends : Raimon a besoin de lui, plus encore que moi ou Guilhem.
Nous reverrons-nous encore ? Seul Dieu le sait…

Le lendemain, nous repartons. Nürnberg. Je replonge dans la douce rêverie de mes souvenirs… J’enfouis le visage dans cette cape noire, comme dans un écrin. Comme dans les mains d’Alberic…

Quelque chose dans la croix de lin blanc cousue… Je tâte. Comme des branches fines… je découpe légèrement les fils : trois plumes de faucon, portant les mots des trois vertus théologales. Foi, Esperance, Charité.

Alba se pose auprès de moi. Vous souhaitez vraiment vous rappeler, N’Ambroise, me demande-t-il.


(à suivre)
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 22 Oct - 12:55


Souvenirs. Trois plumes.

Partie 2

Foi. Charité. Esperance.



« … comment de pas douter de la Providence même ?! Nos castels tombent, l’un après l’autre, nos frères seigneurs occitans et notre peuple sont massacrés, notre terre est outragée…
Albéric, notre bonheur même a été brisé ; l’épée sainte a créé ce gouffre, et nos capes sombres à la croix double en sont les falaises infranchissables… Comment croire en la Providence, mon amour ?... »

« Ayez Foi… »


« Comment glorifier Dieu, alors que c’est sa main même qui nous a séparés ?! Comment Lui rendre grâce, chanter louanges et magnificat levant les yeux à la suite des vôtres vers le saint crucifix, alors que votre visage est le seul que je vois en chaque fresque de la chapelle ?!
Quel pécher expions-nous ? Celui de nous aimer ?...
Comment croire encore en la Providence, mon amour ?... »

« Deus caritas est… »


« Vous êtes un saint, Alberic, vous ! Et moi, je ne suis qu’un troubadour errant sur les routes, à la recherche de félicités perdues…
Vous savez de quel jardin d’Eden je parle ! Pas celui peint sur les coupoles des chapelles. Pas celui, éthéré et lointain, qui vous ouvrira ses portes de lumière !
Mais bien celui que jadis nous chantions. Celui dont nous parcourions les routes, sous d’autres cieux et d’autres noms. Celui dont nous avons osé rêver… »

« Espèr… »



Je sens sa main sur mon épaule. Mais je me dérobe à cet étreinte fraternelle : je ne puis accepter ce que je suis incapable d’offrir… Je cours, en claudicant, dans les coursives du monastère. La lourde porte de bois se referme sur ma cellule. Ma prison. Je la cale avec un tabouret.

Alba me fixe, morose, depuis le rebord de la fenêtre étroite. Derrière lui, un nuage vient de voiler la lumière de ma prison…

Sur la table, un feuillet calligraphié de vers. Tellement profanes dans ce lieu de réclusion et de Foi ! Je saisis une plume et commence à remplacer chaque mention d’amour terrestre, entier et passionnel, mais le seul vrai qui est en mon cœur, par les mots « Fidei », « Caritas », « Spes ».

Alba crie que c’est un blasphème, un mensonge. Je sais qu’il me désapprouve, mais cela ne m’arrête pas. Je connais le pouvoir des mots, et en cet instant, je laisse ma nature, mon orgueil, ou ma peine, peu importe, reprendre le dessus. Je ne suis même plus le Jongleur qui joue, mais un fou qui se joue de soi-même !

Ce n’est pas seulement sur le feuillet que je remplace les mots, mais en mon esprit. Je verrouille mon cœur. Je transmute sa sincérité blasphématoire en cette seule expression de l’affection qu’Alberic peut encore accepter…
Que je veux lui offrir, et que je me dois de montrer à mes enfants, si jeunes encore !
Ma plume casse et s’enfonce dans le doigt. Non, ce n’est pas l’encre qu’il faut, c’est le sang. Mon sang.

Alba crie que nulle magie ne peut altérer la véritable essence des choses. Pourtant, c’est ce que je m’apprête à faire, ce que j’ose tenter…

Le feuillet se couvre de pourpre et d’or. Je le déchire en trois parts. Les Trois Tiers d’amour… Trinité Sainte… Trois vertus Théologales seront les trois plumes, écho de celle que je porte en ma chair…

Le Charme Suprême serait un mensonge ! Nul breuvage ne peut faire naitre cet amour sincère et infini dans le cœur de deux êtres… Et pourtant, ce que je tente est un écho du breuvage qu’Iseult offrit à Tristan, mais un écho inversé : je tente de changer l’essence de l’amour que j’éprouve, en mon âme et ma chair, en adoration épurée…

Albéric ! Si c’est ce que tu me demandes, je te l’offrirai…

* * *

Le moine regarde longuement les trois plumes mordorées que je lui tends. Elles portent les noms des trois vertus théologales. Fides. Spes. Caritas.
Je le regarde, sans baisser les yeux. Nul tourment.
Sérénité.
Cette paix est incroyable…
Il tend sa main et les prend.

Je me laisse tomber sur les genoux devant tant de bonté. Pourtant, je dois aussi abandonner jusqu’au souvenir même de ce présent. Je lui tends une flasque d’eau  blanchâtre. Jadis ma sœur me l’avait offerte. Si les souvenirs des carnages te font trop souffrir, bois la coupe de l’oubli, m’avait-elle dit. Je n’en avais encore point usé.

Il décline. Je veux m’en rappeler, me dit-il. Je savoure ces mots, car je sais que je les oublierai aussi…
Il me tend une rose…

Je bois l’oubli…
Je ferme les yeux, savourant chaque gorgée, comme on se délecte d’un poison mortel. La flasque roule à terre, j’entends son tintement cristallin sur les dalles…
Et puis j’entends le silence, seulement le silence…

* * *

J’ouvre les yeux.

Une cellule monacale sombre. La nuit est tombée. Devant le crucifix sur le mur brule une chandelle, seule lumière dans cette nuit. Dans ma nuit…

Je me sens en paix.

Ce parfum de roses…

Dans mes mains jointes, je serre une croix en bois…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 22 Oct - 15:07


Souvenirs. Trois plumes.

Partie 3. Jouons encore, Alba !


Je crois que si un oiseau pouvait pleurer de la même manière que nous, les humains, les yeux d’Alba couleraient en lumière ambrée dans le ciel. Je caresse les plumes mordorées de ses ailes, de son cou. Notre faucon, réceptacle de notre aube…
Il se blottit contre moi. Sa Mage. Vestige vivant de ses souvenirs à lui. Son amie, sa sœur d’âme…

Alba… Mon aube… Albéric est mort… Toi aussi, tu le sais… Toi non plus, tu ne veux pas admettre que les portes du Royaume de Dieu se soient ouvertes pour accueillir son âme… Tu n’y arrives pas, tout comme moi…
Alors jouons !

Jouons, comme s’il était toujours là, avec nous. Seulement nous serons les seuls à le savoir !
Tu crois que c’est folie ? Et alors ? Crois-tu que vivre n’est pas folie ? Qu’aimer n’est pas folie ?

Oui, j’ai joué jadis… Et maintenant ces plumes de mensonge pieux sont résorbés par ma chair. Je suis un livre, Alba, regarde ces lignes éphémères qui s’écrivent sur ma peau claire comme un parchemin vierge… Je n’y ai nulle emprise, comme si c’étaient des mains invisibles qui y inscrivaient leur souffle, par delà des mondes…

J’ai joué, jadis, et j’ai perdu… Ou plutôt j’ai gagné un répit, une illusion, une sérénité mensongère et une consolation douce que d’avoir pu rester à ses cotés pendant toutes ces années, sans l’offenser ni dans son choix, ni aux yeux des autres…

Jouons encore, Alba ! Qu’est-ce qui pire, entre folie et désespoir ?


Veux tu que je te chante ?
C’est une réponse à seigneur Tannhäuser. Si seigneur Cadwallon l’entend, je suis certains qu’il comprendra… Chantons la vérité, ensuite nous nous perdrons dans la folie…



Nos vers nous sont un paravent prude
A nos cœurs éblouis,
Et vos lèvres ont gout de solitude
Cette nuit.

Si au ciel il y a tant d’étoiles,
Seul l’astre enluminé
De nos larmes tisse l’aube pale
Surannée.

Il vous offre les doux traits de celle,
Dont la tombe est fleurie,
Cachant de l’enveloppe charnelle
Les débris.

Moi, je vous tends mes bras et mensonges
De mon esprit dément,
Revivant à travers larmes et songes
L’ultime sacrement.

Transpercés, deux cœurs
Par une même lame :
La croix.
L’amour n’est que deux corps
Pour une unique âme…
Je crois.

J’ai beau prier
Et supplier Marie la Vierge…
Il m’est lumière de chaque cierge !
Et désir mortifié
Paré d’adoration pieuse :
Dieu a ses traits
Dans chaque pétale de rose !
Et chaque étreinte m’est
Crucifixion et Cène !
Je l’aimais…
Je l’aime.
Amen.


Dernière édition par Jezabel Charlotte le Mer 22 Oct - 18:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mer 22 Oct - 15:36



quatre vertus cardinales



Regardez ! L’aurore boréale
Descend du ciel à l’horizon ;
Et des quatre vertus cardinales
En cet instant je perds la raison.

Prudence !, me crierez-vous. M’emporte
Le blizzard, tel un flocon de nuit,
En tourbillon vers les grandes Portes
Vers l’astre blême qui y luit.

Je me fonds la nuit. Son plumage
Est doux, et sombre, aile de corbeau.
Au loin, un scalde épris de Courage
Scande ses vers devant un tombeau.

Sur l’épée froide, la Tempérance
Pose sa main et guide le geste.
Où est Justice ? Est-elle Providence ?
J’offre mon cœur à l’épée céleste…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 30 Oct - 16:44




« Obéissance, je comprends : Magistère Adreal ne peut enseigner son art de médecine si son savoir est remis en cause par le premier venu… », étira, dubitatif, un jouvenceau aux yeux ambrés en amande, sirotant le contenu limpide et parfumé de son verre.

« Ce n’est pas comme à la Chaire des lettres ! » rit le jeune homme vêtu de noir, au duvet encore juvénile sur ses joues de dix-huit printemps à peine, « Mère savoure… tout particulièrement l’effronterie des jeunes blanc becs. Et surtout celle des blancs becs talentueux ! » Il prit la coupe tendue et la vida. « Seigneur Alfinn, si tu pense encore m’impressionner par tes tours, changeant l’eau en eau de vie, sache que je goute fort bien des deux ! » ajouta-t-il avec un clin d’œil au jouvenceau.

« Et puis ce n’est pas comme si tu n’avais pas vécu dans un monastère…. Obéissance et discipline, n’est-ce pas votre pain quotidien ?... » chantonna Alfinn, se hissant sur une barrique, auprès d’un lynx endormi et cédant place à un jeune homme athlétique dans les vint ans, aux yeux d’un vert clair, et vêtu lui aussi de noir de deuil.

« Commanderie. Hospice. Maison-mère d’Ordo Hospitalarius Sancti Spiritus. » le reprit le nouvel arrivant. « Alors, Guilhem, comment était ce premier jour de médecine ? »

« Obeissance, discipline, ambition ! » claironna Alfinn du haut de sa barrique. « Je devrais changer de Chaire : j’ai de l’ambition et… »
« … et obéissant à tes propres désirs. Et discipliné. Même très discipliné, lorsque cela t’amuse… » ronronna le lynx, entourant affectueusement le jouvenceau de ses larges pattes.

« Le Magistère est compétent. Nul ne peut en douter. Son savoir est novateur, même comparé à celui que nous avons suivi à Montpellier… Il a une affinité remarquable avec toutes les manipulations mues par le Logos, la science, le désir de savoir, sur le corps humain. Vous devriez observer. Alfinn, envoie Brissingar ! Elle somnolera sur le rebord d’une fenêtre. »
« C’est chauffé ?… » le lynx ouvrit un œil d’ambre d’un air intrigué et s’étira.


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Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste
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