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 Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 30 Oct - 18:28





« …elle n’est toujours pas rentrée ? »
« Tu sais très bien qu’elle ne rentrera qu’à l’aube. Ou peu avant. Les nuits sont si longues… »
« Je m’inquiète… »
« C’est bien la première fois que je vois une faé inquiète ! … »
« Le sarcasme te sied, mon cher Astrolabe, moins bien qu’à ma personne. Et oui, je suis inquiet. Elle est revenue changée de la Croisade… »
« Alfinn… C’est pas la Croisade… »
« Tu ne comprends pas ! Que tu sois son fils, et pas moi, ne change rien : tu ne comprends pas. »
« Et toi, tu comprends, peut-être ?! Que sais-tu de nos vies ? Que sais-tu de nous ? Que sais-tu de Mère ? »
« Je sais qu’elle se laisse glisser dans sa folie… que le noir monacal et le noir du deuil se confondent sur son corps… »
« Mère n’est pas « folle » … »
« …elle se laisse dépérir ! Malgré son entrain, malgré son humeur joyeuse qu’elle exhibe à ses estudiants, à vous, à moi… Malgré son enthousiasme débordant et aussi artificiel que ces couronnes de houx et de sorbet aux oiseaux que nous accrochons aux portes… Elle arbore d’autres visages, se mêle parfois aux discussions dans la Taverne… Mais le plus souvent, elle part en cachette sur les bords du fleuve gelé, seule, laissant Alba… »
« Mère n’est pas « folle » … »
« Mais vous êtes tous deux aveugles ? Ou aveuglés par le simple fait qu’elle vous soit mère ?! »
« Dites un mot de plus, seigneur Alfinn… »
« Et quoi ? Vous penser pouvoir me rosser comme un manant ? Vous m’ennuyez, seigneur occitan. »
« Vous m’exaspérez, seigneur faé, par votre hesitation de proposer de resoudre ce désaccord de la seule manière possible. »
« Aux Vigiles donc ! »
« Dans les vignes, c’est plus discret. »
« Au premier sang. »
« Je suis votre homme. »
« Le plaisir est partagé. »

* * *

« Il dit vrai. Frère, je l’ai vu aussi… »
« Je sais… Alfinn dit tout haut ce que je veux parfois taire à moi-même… Elle n’accepte pas la mort d’Alberic… »
« Et elle fuit la lucidité : dès qu’elle se retrouve seule, redoutant cet instant, elle fuit… »
« …dans une sorte de folie douce… »
« Oui, Astrolabe, une sorte de folie douce… »
« L’Inquisition va s’abattre sur le Saint Empire. Mère fut jadis hérétique, Cathare. Ce secret pourrait refaire surface. »
« De plus, elle fut mariée à un Parfait, qui connut le bucher, à Moissac… Mais, Frère, ce qui m’inquièterait plus, c’est qu’elle baisse par inadvertance son attention et oublie toute prudence. Elle est obnubilée par ses recherches en Magie Ancienne. Les risques qu’elle prend en défendant ouvertement les textes païens, et par extrapolation, les païens, sont folie, alors que les Tribunaux Exceptionnels sont sur le point de parvenir en ces lieux… Et je ne parle pas de sa passion pour les textes arabes, ou très clairement hérétiques…»
« Que veux-tu ? Crois-tu que Mère m’écoutera si je lui parle raison ? »
« … »
« Prenons du repos, avant que l’on ne sonne les Vigiles. Je te demande d’être mon témoin. »
« Tu vas te battre en duel avec Alfinn ? Astrolabe, c’est… »
« Rappelle-toi ce que Mère dit : lorsque les mots ne suffisent plus, laissons parler les lames. Alfinn n’a ni tout dit, ni tout entendu. M’est avis qu’il cache ce qu’il sait ou pressent. Et il est temps qu’il comprenne ce qu’est un cœur gascon ! Ce ne sera que la suite de cette conversation. Nous verrons si nous pouvons nous comprendre… »

* * *

Le duel a eu lieu.
Aux Vigiles (vers minuit). Dans les vignes.

Lorsque l’alerte fut donnée (par Gelert, le dogue familier de Cadwallon, qui était sorti se dégourdir et qui est tombé sur cette scène irréaliste que le duel dans les vignes recouvertes de givre entre Alfinn et Astrolabe) et le temps qu’arrivent quelques gardes et Cadwallon (et Adréal, atteint d’insomnie et de recherches inavouables), le duel était terminé.
Alfinn gisait dans la neige, l’épaule transpercée, riant aux éclats. Astrolabe souriait, mi-amusé, mi-tendu, tandis que Guilhem examinait ses cotes. Simple éraflure, dit-il, l’arrosant copieusement d’eau de vie…




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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 31 Oct - 13:01

(réflexion sur les bords gelés du fleuve, la nuit...)


Cadwallon a raison… je tourne en rond… Noir du deuil… ce deuil que je n’arrive pas à accepter : ma raison m’y pousse, mais mon esprit le refuse. Mon âme – en ai-je seulement une ? ne l’ai-je pas dispersée en chansons ? – espère l’aube, et pourtant se réfugie dans la nuit…

N’est-ce pas ce que je cherche, à travers cette Magie Ancienne ? Un sens nouveau à donner à mes chansons… Je suis incapable de les offrir à la raison, au Logos. Non, ce que je cherche, c’est non une oreille pour les entendre, mais une âme pour s’en repaître et s’en réjouir, un cœur pour les étreindre et les accepter… Un visage pour revêtir de sa parure les lettrines enluminées, pour illuminer de son regard mon ciel de nuit, comme d’une aurore boréale…

Et pourtant, j’ai peur de lever mes yeux vers ce ciel de nuit. Je crains aussi bien ne rien y voir, que de voir les traits si familiers, si chéris de celui qui n’est plus et dont le gisant se détourne de moi avec indifférence… que de voir un autre, car ai-je le droit de trahir ainsi cette âme noble et pure ?... N’est-ce pas un avertissement du ciel que cet habit noir que je porte à chacune de nos rencontres, noir de l’humilité de Dieu, ou noir de deuil, c’est toujours la couleur de l’encre de Dieu…

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 31 Oct - 16:32



Je ne sais pourquoi le Crépuscule m’affaiblit, non, m’attire, à ce point-là… Chronos est impitoyable…

Mourir pour renaitre…

Il est temps aussi que mes enfants voient ce chemin que nous, Mages, nommons pudiquement Elixir, et qui n’est qu’un tour que nous jouons à Chronos… Nous, les mystificateurs… Ils doivent savoir que l’antique secret de Jerbiton n’est qu’un pilier de l’Ancienne Magie : le prix d’une vie est une vie…

Je veux monter… monter au ciel aussi haut que je peux ! Frapper aux portes du Paradis, profaner de mes chants l’Enfer !

Épargnez-moi l’indifférence… je vous en prie, qui que vous soyez, là-haut, au-delà, ailleurs… Seules vos voix parviennent, seuls vos chuchotements indistincts…

Y a-t-il quelqu’un qui m’attend dans le printemps eternel ? Y a-t-il quelqu’un ici, qui lève les yeux vers le ciel et m’y cherche ?

Qu’y a-t-il au delà de nos aurores et de nos crépuscules ?

Dites-le moi ! Chantez-le moi ! Et faites-le moi oublier ensuite…

Ainsi, je pourrai renaitre. Revenir en ce monde…
Moi, N’Ambroise, duchesse de Gascogne, Trobairitz Occitane…



et une saison en Elixir !
pas de soucis pour étudier les effets ou autres pour ce rituel pour ceux qui seraient particulierement curieux... Wink

Le corps d'Ambroise est couvert de la cape noire (oui, celle-là meme, avec la double croix, de le 6ème croisade), et est déposé dans le caveau secret sous la chapelle, dans une sorte de mandorle (ou de barque stylisée ?) faite de roses entrelacées. avec quelques effets personnels (grimoire, une plume de corbeau, presents et souvenirs de personnes proches...). et ses armes. et sa guiterne.


la Chaire des arts du trobar : quelques cours assurés par un Minnesanger de Thuringe pour la saison. travail de copiste et chroniqueurs essentiellement. et pour l'ecole Sicilienne, sous responsabilité d'Alfinn et d'Alba.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 2 Nov - 14:45

Société Secrete du Phénix

(après le passage de l'Inquisition)

- les réunions sont masquées : tous les participants doivent porter un masque et ne jamais l'enlever.

elles ont lieu parfois dans l'enceinte de l'université, mais le plus souvent en dehors : abords de foret noire, berges du fleuve, autour d'un grand arbre isolé dans un champs ....

- une nouvelle venue : une jeune fille (15-17 ans), possiblement changelin, aux yeux emeraude d'oiseau. Elle répond au doux nom de Veðrfölnir, ou plus simplement "Vedre"

http://en.wikipedia.org/wiki/Ve%C3%B0rf%C3%B6lnir_and_eagle
In Norse mythology, Veðrfölnir (Old Norse "storm pale,"[1] "wind bleached",[2] or "wind-witherer"[3]) is a hawk sitting between the eyes of an unnamed eagle that is perched on top of the world tree Yggdrasil. Veðrfölnir is sometimes modernly anglicized as Vedrfolnir, Vedfolnir or Vethrfolnir.


son masque est de plumes et de fleurs, ne cachant que le haut du visage (mais rendant difficile et hasardeuse sa reconnaissance).

elle parle avec un leger accent en allemand ou latin, étirant les mots comme en chantonnant. une voix mélodieuse pouvant monter dans les aigus facilement)

- Veðrfölnir a déjà été vue à l'Université, mais ne fait pas partie des estudiants. en fait c'est meme les estudiants ecervelés qui l'on fait rentrer en douce une nuit. et plus précisement Manfred, le fils de Konrad de Nurnberg ... (et surement Alfinn , amusé de la situation)


- parfois, Alfinn s'amuse à presenter Veðrfölnir comme une parente (soeur...).
Astrolabe est trop occupé ailleurs.... et voit ça de loin et avec amusement aussi. Guilhem de meme et ne loupe pas une occasion de se moquer gentiment du jeune Manfred....


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 2 Nov - 15:38

Veðrfölnir, ou plus simplement "Vedre"




(et la liqueur violette coula à flots !)


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 2 Nov - 16:20





Dans vos mains, les flocons de neige gardent
Leurs étincelles ;
Votre voix ensorceleuse de barde
Berce le ciel.
Et dans chaque étoile qui vous regarde
Le cœur chancèle :
Elles glissent vers vous, du ciel d’Asgard,
A votre appel.

Et moi, qui vous vois au delà du voile
De blizzard en liesse,
Vous chante, mais ne vous suis pas l’étoile
Que vos doigts caressent.
Sous le manteau d’aurores boréales
Mes vers renaissent
Et flambent des rosiers pales pétales
Grisés d’ivresse.

Dentelle de glace,
Givre sur vos ailes,
Que l’aurore embrasse
D’éclats arc-en-ciel…


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Dim 2 Nov - 17:40

les trois gars sortis des geoles du Vatican (merci Magistere Andreal !)

- Fillhol le jeune, troubadour occitan, celebre pour qqs sirventes, croyant cathare

- Aodhan, paien irlandais roux, tatoué de bleu, avec une belle voix

- Francesco del Mar, venitien, batard de Domenico Dandollo, ex-mari d'ambroise

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 3 Nov - 14:08

ARRIVEE D’HUGUE D’ALFARO A NURNBERG : 1232, janvier

Pourquoi ce matin j’ai choisi de parler à mes estudiants de la Canso de la Croisade Albigeoise ? Est-ce parce que son souvenir est si vivace en moi que rien ne peut l’extirper ? Est-ce parce que les croix sombres et les buchers des Tribunaux Exceptionnels me sont échos présent des buchers occitans ? Est-ce parce que…
Je m’interromps. Les yeux curieux me regardent. Je me lève précipitamment. « N’Ambroise, vous partez ? » s’élèvent une voix. « Il arrive ! » leur dis-je en sortant de la pièce chauffée dans le froid de l’hiver. « Qui ? », me suivent-ils. « Celui qui a vécu cette Canso, celui qui a combattu aux cotés de leur auteur Artémi de Mazerolles… » leur dis-je, sautant en selle.

Déjà, en bas, sur le fleuve gelé, je vois les silhouettes sombres des cavaliers, un chariot, des chiens… Mon andalous fonce sur la pente à peine déblayé. Je dépasse les gardes postés à l’entrée de l’université et fonce vers le convoi. L’un des gardes tente de s’interposer, je le laisse agripper la bride de ma monture et saute dans les bras d’un vieillard grand et sec.

Une lueur malicieuse familière dans ses yeux mauresques de velours sombre, et nous roulons tous deux dans la poudreuse fraiche. Je sens la chaleur du sud dans la paume de sa main me serrant la nuque. Son souffle, comme un écho de la violence du mistral sur les à-pics de nos castels, lorsqu’il appuie brutalement ses lèvres gercées par le froid contre les miennes. Mais déjà il se relève, avec un sourire triomphant à l’adresse l’Alba qui fonce sur nous avec un cri indigné. « J’ai gagné », dit-il, avec une nonchalance typiquement gasconne, puis, avec un clin d’œil vers les autres cavaliers de la suite, arborant la croix occitane sur leurs armoiries, qui pointent déjà leurs lances sur moi. Il me tend la main et me relève cérémonieusement.
« Mes hommages, Duchesse de Gascogne ! », dit-il pliant genou d’un geste théâtral.
« Soyez le bienvenu à l’Université de Nürnberg, Seigneur d’Alfaro »…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 3 Nov - 14:17

* * *

Hugue d’Alfaro… Terreur des Croisés en terre Occitane. Routier de Navarre et seigneur du Toulousain. Légende vivante de notre terre brisée…

L’homme grand et massif est devenu un noble vieillard aux cheveux blancs comme la neige, accentuant l’éclaboussure de la cicatrice en tache d’encre sur la tempe. Je sens que ses doigts noueux et déformés ne serrent plus la lame comme avant. Que ses épaules sont légèrement voutées. Qu’il ne peut plus tenir des longues chevauchées sans fréquents repos… Mais son sourire ne se départit pas de ce défit larvé, ses yeux sont toujours aussi vifs. La violence brute de sa jeunesse est devenue force contenue qui transpire dans chacun de ses mouvements.

Il dit avoir laissé auprès de Raymon de Tolosa deux de ses fils, qu’un autre a rejoint le jeune Trencavel en Catalogne, et qu’il est temps qu’il s’occupe de son jeunot exilé dans le Saint Empire. Il parle de Guilhem, là… Qu’il est temps de se poser un peu, au coin d’un feu.

Il nous donne les récentes nouvelles du Sud et d’Ile de France. De ma famille. De nos frères d’armes… Alba est rêveur. Mes estudiants sont fascinés par ses histoires, et excités par avance de chasses que nous ferons. Car Hugues vient avec un présent inestimable : elles ont pour noms Tolosa, Marmande, Foix, Penne, Carcassonne, Béziers, Termes, ce sont les sept faucons cresselerette, présent de la terre occitane…

Peu à peu se joignent à nous d’autre, estudiants, servants…

Il effleure nombre de sujets : tactique militaire, guérilla, stratégie en terrain montagnard, guerre de siège… Il parle peu de victoires, beaucoup d’échecs. Face à un auditoire intéressé, il gribouille sur une ardoise lui tendus des plans, des mouvements de troupes, explique les faits, commente des possibles, refait les configurations…
Cela devrait plaire à Cadwallon ! Il reprend un blanc bec de l’Ecole militaire, gentiment. Comme un vieux loup qui n’a point envie de mordre, et prend un chiot par son encolure, doucement mais fermement. Un vieux loup… Je me rappelle, jadis, ses colères étaient terribles ! Et je sens encore les braises dans son regard, dans ses yeux sombres d’un vieux loup…

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Lun 3 Nov - 18:32

Hugues d’Alfaro parle des batailles menées sans ressentiment, sans mélodrame, mais avec cette passion naturelle d’un guerrier né. Lorsqu’il pose sa main sur son épée, il la nomme « ma dame ». Il se rappelle chaque détail de chaque combat, de lame ou de verbe. Nous juxtaposons devant un auditoire captivé la Canso de la Croisade, les stratégies de guerre, les stratégies de négociation…

Oui, cet homme a été sénéchal d’Agen, conseiller de Raymon VI de Tolosa, de son fils Raymon VII. Il avait tenu tête à Simon de Monfort. Il avait laminé son fils Amaury de Monfort devant nombre de castels. Il avait rencontré de nombreux légats et évêques. Il avait côtoyé de nombreux hérétiques…

Mais son seul idéal n’est que le Pays occitan. Seigneur d’Alfaro n’a jamais été un illuminé ni un mystique. Ni un intrigant des cours royales ou papales. Il est né routier, et l’a toujours été. Pragmatique. Rude, comme un montagnard. Observateur. Violent. Rusé. Comme un prédateur l’est.
Il tient en cela de mon Père, Lobo de Gascogne…

Sa présence m’est rassurante. Je suis heureuse qu’il ait pu aussi rapidement conquérir Astrolabe et Guilhem.
Je les ai entendus une fois discuter de moi, au retour d’une messe.
« Vous l’aimez encore, n’est-ce pas ? », avait demandé Astrolabe sans nul ménagement.
« Qui n’aime pas Dame Gascogne … » dit évasivement le vieux routier, avant de rajouter « Mais si l’on m’avait ordonné de l’épouser, j’aurais fui par delà les Pyrénées ! Et même au delà de la Terre Sainte ! Cette Alouette-là, personne ne peut la posséder ! Ni un gueux, ni un roi. Elle se pose sur une branche, le temps d’une ritournelle, puis s’envole. Celui qui voudrait la mettre en cage la tuerait… »
Ces paroles, il ne mes les avait jamais dites…
Ni à Penne l’Agenais, que nous avons défendu ensemble, et que nous avons perdu ensemble en 1212. Ni avant. Ni après…

Je m’aperçois que je suis contente qu’il reste quelque temps à Nürnberg.

Pour moi. Sa présence me tempère. La folie sanguinaire et sauvage du Sorcier Equinoxe est exorcisée, du moins pour un temps. Et la société secrète du Phénix se réunit, sporadiquement, sous un patronage enjôleur de Veðrfölnir aux yeux émeraude… Elle est cette part immature et irraisonnable de moi, qui continue de jongler avec les esprits et les chansons de jeunesse.
La seconde moi, plus assagie, arbore le titre de Magistère, et veille en Mère aux enfants. Et en amie à un vieux compagnon d’armes qui souffre en silence de rhumatismes. Et en sœur à Rhys. Nous avons passé quelques soirées en discussions interminables jusqu’à l’aube.
Que c’est bon de voir l’Aube !

Pour mes fils. La tempérance née avec l’âge du gascon canalise leur fougue de jeunesse. De plus, seigneur d’Alfaro a des talents innés d’instructeur pour les arts de maniement d’armes. Et même si son bras n’est plus aussi fort, il compense par la technique. Et nos styles sont différents. Cela est bon pour l’apprentissage des enfants…

Pour l’Université. Je teste mes techniques expérimentales sur les corridors de sa mémoire et l’écriture automatique. Nous reconstituons peu à peu une bibliothèque universitaire digne de ce nom… De plus, seigneur d’Alfaro trouve l’enseignement de l’Ecole Militaire du Magistère Cadwallon novateur, passionnant et s’y implique volontiers. La douzaine hommes venus avec lui sont tous routiers occitans et ses milites. J’y ai reconnu quelques anciens frères d’armes. D’autres sont fils et neveux de ceux que nous avons connus… Ils se sont spontanément proposés pour aider les gardes universitaires ou d'etre des instructeurs occasionnel ou privés pour les cadets nobles présents en ces lieux, si Magistère Cadwallon et Magistère Andreal acceptent cette requête…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 4 Nov - 13:10

La chasse d’hivers. Partie 1.

Nous partons peu avant l’aube, emmitouflés dans les fourrures. Le froid mordille les joues et les bouts de nez qui pointent. Nos montures respirent bruyamment la brume chaude par leurs naseaux frémissants. Nous sommes assez nombreux, une soixantaine de cavaliers, estudiants, gardes et magistères mêlés. Les dames et les donzelles montent à l’amazone, de coté.

Personnellement, je trouve cela d’un ridicule guindé, mais la jeune Melissandre fit une telle tête à l’idée de monter « en homme », malgré le choix de la jument andalouse la plus docile, que je décidai de la laisser faire, elle et quatre de mes donzelles estudiantes. Elle est accompagnée de seigneur Bilal, le fils ainé du seigneur Rhys, qui piaffe, autant que sa monture, d’impatience. Et chaperonnée de Gelert, trottant maussade et ruminant des regrets au sujet d’une place au chaud devant un feu de cheminée crépitant et chaud, et une rotule de chevreuil… Alba, d’un air moqueur à souhait, compatit et vante le gibier gras au sang chaud et fumant qui n’attend que nous dans la Foret Noire. Ce volatile trône fièrement sur la selle d’Astrolabe, au chaud sous sa cape, en attendant l’aube. Je le laisse s’amuser avec les enfants : qu’il se repose et se prépare en douceur pour la chasse. Notre chasse…

Je monte en tête, avec le jeune Manfred de Hohenzollern, le fils du burgrave Conrad I de Nürnberg, qui pavane. Nous suivent de prés les porte-bannières de la cité et de l’Université. Seigneur d’Alfaro conte nonchalamment quelques souvenirs de chasses au faucon, dont il n’est jamais avare, à un auditoire subjugué d’estudiants, issus pour la plupart de la noblesse. Toute ma Chaire des arts du Trobar est là, et j’avoue, cela me remplit d’une certaine fierté. Les gascons nous accompagnent également, heureux et insouciants, comme seuls les gascons peuvent l’être. Nous avons une vingtaine de faucons, dont les sept nouvelles oiselles.

Le ciel se teint progressivement d’un bleu grisé, éclaboussant les scintillements d’étoiles, les repoussant au bord de l’horizon, loin derrière nous. Nous avançons vers la lumière diaphane. Devant, la Forêt est virginale. Les silhouettes sombres des arbres sont couvertes d’un voile blanc de poudreuse étincelante. Je me perds en contemplation de cette enluminure immobile dans sa splendeur. Cette terre qui m’accueille est d’une beauté que je ne lui connaissais qu’en rêves. Ces rêves que j’arpentais, comme les vers des Eddas, au son de la voix de l’un des fils du Borgne. Ces rêves où le ciel s’enflamme d’aurores boréales… Un corbeau me toise depuis la branche d’un frêne. Je souris au messager du Père de Tous. Je lui promets offrandes, sang et chants.

Le corbeau croasse.

C’est le signal. Au même instant, Alba s’envole et son cri aigu se confond avec le croassement. Alba appelle l’Aube, il la salue, il plane, baigné des premières rayons obliques du soleil naissant. Les autres faucons s’agitent, impatients d’être délivrés de leurs heaumes. Et s’envolent à l’appel de l’Aube. Alba… Aube…


(à suivre)
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 4 Nov - 14:19


















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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 4 Nov - 18:20

La chasse d’hiver. Partie 2.

Eclats de rire. Joues rougies, d’efforts de chasse et de vin. Les flancs des andalous écument, nous les laissons se reposer. Nous faisons un campement auprès du frêne, à l’orée de la Foret. Le soleil est haut dans le ciel et dessine les ombres courtes et contrastées. Nous tendons nos mains aux flammes.

Y grillent certains des trophées : quelques splendides faisans, dont les plus belles plumes décorent déjà les coiffes des dames et les encolures de leurs montures. Quelques lièvres, dont les chiens savourent les têtes et les tripes. Le reste du petit gibier, ainsi que quelques chevreuils, biches et deux cerfs sont entassés sur la charrette. Gelert se délecte d’entrailles fumantes de l’un d’eux. Il a préséance sur tous les chiens de la meute. Tout comme Alba a préséance sur tous les volatiles…
Nous, les humains, ne faisions que les assister dans leur chasse.

Beau divertissement. Bel amusement pour la jeunesse ! Excellent entrainement aussi… J’aime cette ivresse que procure la chasse. J’aime admirer Alba planer dans le ciel, et d’un coup fondre sur sa proie, plus vif et plus précis qu’un trait d’arbalète ! J’aime l’air surpris et déterminé d’un chien qui vient de flairer sa proie, immobile, tous muscles tendus, pointant sa gueule vers le faisan ignorant la fatalité de la flèche qui vole vers son poitrail. J’aime les branches qui me fouettent dans la folle course derrière un cerf…

Astrolabe a eu la délicatesse de détourner l’attention de quelques cœurs trop tendres et naïfs vers des spectacles de beauté irréelle de cette foret enchantée. J’ai senti néanmoins que l’héritage de mon père Lobo coule dans ses veines, plus encore que dans les miennes.

Il est vrai qu’Astrolabe fut conçu la nuit où Père fut terrassé… Il est vrai aussi que la chasse, plus précisément la fauconnerie, restait le seul divertissement « guerrier » qui nous était permis durant toutes ces années que j’avais partagé avec Alberic, unis sous le même manteau de l’Ordre Hospitalier du saint Esprit…  Je regarde Astrolabe, et les paroles de la Faé d’Irencilla me reviennent en esprit : « saviez-vous qu’’Alberic est un nom qui signifie « roi des elfes » ? Cette personne doit surement avoir du sang des Faés ! »

Je regarde Astrolabe, courtois, attentionné, parfaite incarnation de nos valeurs occitanes. Il s’amuse. Et je sais que tout comme ses frères, il se prépare pour une autre chasse… Nous verrons s’il s’amusera tout autant. Ou plus encore. Je sais déjà qu’Alfinn, qui est venu nous rejoindre discrètement, jubile. Que Guilhem et les gascons sont attentifs au moindre mot du seigneur d’Alfaro. Qu’Alba, malgré son air repu et satisfait de sa personne, a l’œil qui brille d’un feu mordoré. Il s’envole et plane si haut que nous le perdons de vue. Lorsqu’il redescend, il est satisfait de ce qu’il a vu. Mais il nous laisse nous amuser…

Nous chantons et nous dansons autour du feu. L’occitan se mêle au parler germanique et le latin savant retrouve des intonations insouciantes et légères des chants d’Ovide… Nous improvisons quelques estampies. Je ne résiste pas au plaisir de chanter Kalenda Maya
(http://www.trobar.org/troubadours/raimbaut_de_vaqueiras/raimbaut_de_vaqueiras_15.php)
, du troubadour Raimbaut de Vaqueiras. Hugues d’Alfaro me défie de le suivre en cadence sur la neige. Defi que je m’empresse de relever, entrainant d’autres à ma suite. Puis une autre canso, et des voix reprennent en chœur le refrain
« Demandem li beutat e cortezia,
Pretz et joven », e totas cridon : « Sia »

Spoiler:
 

Je revis ma jeunesse… Non, je vis ma jeunesse. Virevoltant dans un bruissement des habits de velours et des fourrures. Croisant mes estudiantes enhardies et les jeunes gens légèrement enivrés, joues rougies par la chaleur et la joie de cette fête. Tapant du pied la mesure sur la neige tassée sous nos pas. Surprenant fugitivement les regards et leurs reflets mordorés de flammes invisibles.
Je me promets de faire revivre les Cours Courtoises… Non pas en tant que Magistère de l’Université, mais aussi en tant que N’Ambroise. Dame Ambroise.

Nous partons dans une grande carole http://fr.wikipedia.org/wiki/Carole_(danse) autour du feu crépitant dans les tons rougeoyants comme écho au soleil déclinant. Certaines têtes brulées s’amusent à sauter par-dessus les flammes. Nous les applaudissons et rions lorsque leurs acrobaties projettent des étincelles sur la neige ou que des braises s’attachent à leurs pas…
Les ombres s’allongent imperceptiblement…

Les journées sont si courtes en hiver !

Et les nuits sont longues…

Nous laissons les braises encore crépitantes sous l’ombre du frêne. Ses branches basses sont maintenant ornées de rubans, son tronc fut arrosé de sang frais du gibier suspendu aux branches et la neige a bu cette chaleur.  Je sens dans mes narines le sang de nos estudiants qui avait abreuvé les vierges de fer de l’Inquisition…

Ce parfum chasse d’un coup l’ivresse douce de la fête. Je surprends Guilhem croquer dans un glaçon, imitant son père : il pense à la même chose que moi, je le sens. Astrolabe bavarde gaiment avec la jeune Melissandre, mais déjà sa distraction et son ton détaché me laissent deviner qu’il est sur le sentier de notre chasse…

Dans notre dos, des nuages bas s’assemblent au dessus de la Foret. Il va surement neiger…

Nous longeons la Foret quelque peu. Puis nous obliquons vers Nürnberg. Vers l’Université. Les joyeux chants de la procession couvrent les chuchotements comploteurs en langue occitane. Nous devons rester discrets et ne pas affoler inutilement la jeunesse.
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 4 Nov - 20:18


La chasse d’hiver. Partie 3.

Nous laissons le cortège en vue de la Tour de l’Université. Nous les quittons ici, prétextant une affaire en ville. Lorsqu’ils ne sont plus en vue, nous fonçons vers la Foret. Alba avait repéré un contingent de milites de Thuringe. Une cinquantaine d’hommes. Nous étions passés assez près de leur campement dans la Foret lors de la chasse, mais par miracle ou par volonté d’un mage, le cerf obliqua à temps. Eux aussi nous ont perçus. Mais ne se sont pas montrés. Depuis, ni Alba ni les hommes d’Alfinn ne notèrent de mouvements ni de messager parti.

Ils sont toujours là, nous fait savoir Alba. Ils rodent auprès du frêne et assemblent les quelques rubans laissés et le sabot d’un chevreuil délaissé par les chiens. Autant de signes de diableries païennes pour ces bouchers, fulmine Alba, acerbe. Nous ne rions pas. Le temps n’est pas au rire.

Notre arrière garde est double. Les hommes d’Alfinn ne doivent laisser personne fuir par la Foret. Inutile d’alerter les Faés. Les gascons et Hugues d’Alfaro doivent abattre tout homme qui n’est pas des nôtres et qui tenterait de sortir des bois. Inutile d’alerter les villages avoisinants.

La neige commence à tomber. Flocons raréfiés mais épais, comme un duvet de quelque colombe céleste. Nous voyons par les yeux d’Alba. Quelques hommes sont autour du frêne. Une dizaine. Ils discutent encore. Puis s’enfoncent dans la forêt, vers leur campement. Non… Ils changent de direction. Cela ne me plait pas. Guilhem et son père les prennent en chasse, les encerclent. De loin, j’entends le sifflement de traits d’arbalete. Le henissement de chevaux affolés…

Avec Astrolabe, nous avançons doucement dans la forêt. Nous prenons les précautions pour rester discrets : nous évitons les branches couvertes de neige, les naseaux de nos montures sont couverts d’écharpes étouffant leurs souffles. Alfinn nous rejoint. Puis Guilhem. Il dit que seigneur d’Alfaro s’occupe de retirer tout carreau d’arbalète des nôtres ou pout autre signe de notre méfait. Son visage a changé. Il arbore les traits de l’un des étudiants mort dans l’étreinte de la vierge de fer. Je comprends que c’est sa manière d’honorer un ami. Alfinn sourit et lui et Astrolabe se joignent à cette commémoration funèbre. Je prends les traits de celle qui me nomma Grand Joyau et qui fut la dernière à succomber…

Nous laissons nos montures et avançons vers le campement. Nous sommes quatre. A un contre dix… Je chasse ces considérations futiles : ce n’est pas à un combat que j’aspire, mais à un massacre. Cadwallon avait raison : j’ai soif d’un raid grossier, mu par la haine et la rancœur. La vengeance, elle, viendra plus tard, car je sais déjà qu’aucun des trois bourreaux n’est présent.

Je crache dans ma gourde où il reste un fond d’eau de vie, en bois une gorgée et la tend à mes fils. Je sais que ça les préservera de ce que je compte tenter. Ils boivent.

Nous égorgeons les premiers gardes. Lorsque l’alerte est donnée, nous sommes entre les tentes. Nous rions et sortons nos lames. Eux, crient au maléfice, à la sorcellerie. Je laisse mes fils s’amuser et fonce vers la tente du capitaine. Il est en train de prier devant un crucifix lugubre éclairé par une flamme vacillante d’une bougie. Il a à peine revêtu un semblant d’armure… Je reconnais son visage : il est de ceux qui étaient à Nürnberg. Il est de ceux qui gardaient les cages de fer. De ceux qui regardaient couler le sang des vierges de fer…

Ma lame se plante en sa chair, doucement, délicatement, comme une unique pointe d’une vierge de fer.

Je reprends la mélodie de sa prière, mais en parler germain, en écho, je chante la beauté de cette foret et de la nuit qui nous attend, des flocons de neige qui tombent comme des échos d’étoiles et tissent des linceuls blanc aux hommes venus profaner ces lieux...

Je sens son sang couler le long de la lame. J’y laisse glisser un doigt et m’en peints le front, les joues… L’homme me regarde, terrifié. Je souris et dis que la mort n’est pas à craindre. Car ce qui est à craindre est ce qu’il va pouvoir contempler par delà sa mort, car je bois sa vie et je vais la muter en mort et la répandre sur ce lieu.
Je fixe ses prunelles dilatées de terreur. Son corps se dessèche, se recroqueville, s’affaisse, vidé.
Je m’écroule à terre à ses cotés. Mon enveloppe charnelle s’enflamme de lueurs dansantes. Le phénix éventre le toit de la tente et étend ses ailes sur la clairière enneigée.


(à suivre encore)
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 4 Nov - 22:03

La chasse d’hiver. Partie 4 (fin).

Je suis la première à reprendre conscience. Je sors de la tente. Mes oisillons sont là. Ils sont les seuls êtres vivants dans cette clairière calcinée de feu et de glace. Les traces du feu se recouvrent peu à peu par les flocons de neige épais et duveteux. La glace est celle de la dentelle de givre qui recouvre les statues que sont devenues nos proies.

Alfinn titube jusqu’à moi, s’appuyant sur une lance brisée. Je retrouve Guilhem, ses doigts sont engourdis à force se serrer son épée. Je les réchauffe entre mes paumes : c’est son premier combat… Astrolabe reste immobile, allongé sur le sol, les yeux rivés vers les cimes des arbres et au-delà. « Comme c’est beau… le ciel… » dit-il lorsque nous nous approchons.
Nous restons enlacés, tous les quatre, sans dire un mot.

Alba nous tire de cette rêverie. La neige se fait plus épaisse. Le vent se lève sur la plaine. Et les gascons sont de retour. Je demande à ce que les routiers restent en dehors ; seul seigneur d’Alfaro nous rejoint. Il se signe, évitant de frôler les corps givrés aux traits défigurés par une terreur non feinte. Je remarque qu’il est couvert de sang. Il dément avec toute sa mauvaise foi de gascon. Guilhem sourit. Il me confirme à mi mots que ce n’est qu’une estafilade sans gravité. Mais bien que nous soyons gorgés de l’énergie magique, aucun d’entre nous ne veut user de la magie. Cette nuit, la magie a tué. Elle s’est teintée de sang cette nuit. Nous attendrons l’aube.

Nous sortons de la forêt. Le vent se renforce. Nous galopons vers Nürnberg dans un véritable blizzard. La nuit est d’un ciel de poix et semble illuminée par ces flocons tourbillonnant tout autour de nous. Alba se blottit contre moi, emmitouflé dans ma cape. Nous retrouvons tant bien que mal le lit du fleuve et le suivons.

A l’entrée de l’université, les gardes nous accueillent, sans poser de questions. Le temps est trop venteux. Et nous devons tous avoir l’air éméchés. Oui, cette escapade nous a rendus ivres…

Plus tard, nous nous retrouvons, moi, Alba, et mes fils, dans mes appartements. Brissingar est restée dans la Foret. Alfinn la rejoindra à l’aube. En cet instant, il a besoin de nous autant que nous avons besoin de sa présence.

Le cuisinier, réveillé par le bruit des casseroles renversées par inadvertance, nous a préparé un bon vin chaud. Nous le sirotons avec délectation.


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Mar 4 Nov - 22:38

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chasse_fantastique

merci, olivier pour ce lien. j'etais vraiment pas au courant ! Embarassed
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 6 Nov - 17:32


Plusieurs semaines ont passé depuis la chasse et l’engouement qu’elle avait provoqué s’estompe peu à peu, au fur et à mesure que le gibier s’épuise dans le garde manger. L’égratignure du seigneur d’Alfaro se cicatrise sous des cataplasmes parfumés et sans magie de Guilhem. Astrolabe est plongé dans les études, tout comme son frère cadet. Il faut avouer qu’entre les études des Chaires, les entrainements à l’épée et aux autres armes avec Hugues et les gascons, et l’enseignement de la Magie avec moi, ils n’ont que quelques heures de sommeil à peine. Alfinn, lui, est retourné dans la Forêt, et ne vient à l’Université qu’occasionnellement.
Le Magistère Andréal reste fidèle à sa devise.
Le seigneur Cadwallon semble rêveur comme un dragon perché au dessus des nuages…

Et moi, je ne suis pas du reste : canso et labora. Canso labora est… L’Ecole sicilienne, l’étude des trois matières et leurs compilations. Mais aussi l’étude des Eddas.

Je cherche tous les échos des Evangiles dans les Eddas. Je guette tout signe annonciateur du message du Christ.
Il y a saint Georges et le Dragon. C’est Thor qui pèche le serpent Jörmungand et manque de le terrasser. Ou encore Sigurt terrassant le dragon Fafnir.
Le pont arc-en-ciel Bifrost est toujours gardien de l’Alliance entre les hommes et Dieu. Enfin, les Ases.
L’Apocalypse y est nommée Ragnarök.
Idavoll est l’espoir du Royaume Celeste.
Baldr a les traits christiques de douceur et de gloire mêlés en mandorle d’espoir…

Je cherche les ressemblances dans le ton, dans les images évoquées, les mots et leurs sonorités, le rythme... La missive du Scalde Snorry Sturluson me bouleverse et me laisse perplexe : trois visages de la Déesse-mère, Frigg, Freya et Rind me hantent. Je psalmodie des nuits entières certains passages des Eddas, à la recherche d’un sens, d’une sensation, d’une bribe de poussière intangible, d’un souffle…

Je cherche leurs échos dans les saisons qui se succèdent, qui teignent les plaines et la Foret de blanc, d’émeraude, de caléidoscope de couleurs saturées et éclatantes, de mordoré virant au pourpre et au brun…

Dans un chat que je croise, je guette un messager de Freyja. Dans les loups je vois tour à tour Fenris, Geri et Freki. Les cris roques des corbeaux sont autant de prophéties d’Odin…

Tous les Frênes ne sont qu’image d’un seul, fractionné devant nos yeux d’aveugles, c’est Yggdrasil. Ou bien il est Ask, le premier Homme dont le nom signifie « frêne »… je ne puis m’empêcher de me remémorer l’ascension de cet Arbre-Monde, la plaine glacée et la halle sombre, la rencontre du feu et de la glace… Mon fils Ymir me manque. Je le vois si rarement en songes ! Je n’ai plus aucune nouvelle de l’endroit où il est, depuis deux ans… Je sais qu’il est vivant. Je sais qu’il est entouré, aimé, chéri…

Je me blottis contre l’écorce de ce frêne à l’orée de la Foret et lui chuchote des chansons pour mon fils. Comme si dans un ailleurs le bruissement de feuilles d’un autre arbre les lui répète… Comme s’il y avait, ailleurs, une autre gorge que la mienne pour les lui chanter… J’imagine qu’il a grandi. Peut-être est-il devenu un guerrier… et un scalde…

Je n’ose interroger le seigneur Atride à son sujet. Mais il doit savoir…
Parfois, un corbeau vient se poser sur les basses branches du frêne. Je le reconnais à son regard. Il ne se laisse jamais attraper : insaisissable, comme un flocon de neige. D’ailleurs, je sais quand il vient : je m’arrange pour accourir au frêne, de jour comme de nuit, quitte à abandonner l’enceinte protectrice de l’Université et épuiser ma monture.
Je n’arpente les rêves enneigés que très peu. Rarement. Mais je ne m’en sépare plus de cette plume d’un noir de jais, et guette l’instant où je pourrai revoir son porteur…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 6 Nov - 20:24



N’Ambroise s’est assagie. J’ai entendue il y a quelques jours de cela cette remarque du seigneur d’Alfaro. Il est vrai qu’il ne vient point à ces assemblées sauvages que sont les rencontres discrètes dignes de comploteurs de la société secrète du phénix. Ce n’est plus de mon âge, m’a-t-il dit un jour, ces amusements sont pour Guilhem…

Mais il n’a pas tort sur un point : je deviens prudente. Non pas sagesse, car j’en suis incapable. Mais par crainte.

Ma magie ancienne et difficilement contrôlable a couté le discernement et la vie à deux de mes étudiants. Mes propres fils la craignent. Dix jeunes gens ont expiré dans l’étreinte des vierges de fer de l’Inquisition, attirée en ces lieux et par le rayonnement de l’Université, et par les rumeurs au sujet d’un sorcier...

La folie de l’amour que j’avais laissé m’embraser en Césarée a éclaboussé un homme, à la fois le moine en lui et le chevalier, a brûlé son cœur et le mien… Un autre s’était laissé se ronger par le poison de l’espoir et du regret… Un autre m’avait offert son dernier combat, et sa vie, afin de rallumer l’idéal de la Fin’Amor en mon âme, alors que j’avais trahi l’espoir remis en moi… Un autre fut condamné à m’épouser puis à subir mes quolibets, alors qu’il m’offrit une couronne royale… D’autres…

Cadwallon a raison. Ses paroles résonnent comme une condamnation funeste : « Vous allez encore rendre des gens très malheureux, Ambroise… »

En cet instant j’ai regardé mes mains, et elles étaient vides. Ces sphères, ces mots ou émotions, avec lesquelles je jonglais restaient en suspension dans l’air. En cet instant, j’ai ressenti cette crainte que si mes mains les touchaient, elles les briseraient.

On ne peut étreindre un flocon de neige. Il fond. La main tendue lui est trop brûlante.

Je repense aux festivités en l’honneur du seigneur Cadwallon. J’étais si heureuse de revoir le seigneur Atride… Mais mon habit de deuil était imperméable à la lumière qui émanait de lui. Nous nous sommes quittés, nous donnant l’accolade. Elle a duré quelques battements de cœur de plus que les convenances l’exigeaient. Et ces quelques battements m’avaient suffit à me rappeler que j’étais, encore, vivante. Mais déjà le devoir nous rappelait à lui. Un trône de son peuple pour l’un. Durenmar et les affaires inhérentes au tribunal du Rhin pour l’autre.

Peut-être est-ce mieux ainsi ?

Peut-être dois-je renoncer et me persuader que les aurores boréales sont distantes, et immenses et trop intenses pour que puisse aspirer à leur lumière chatoyante qui embrase la nuit ? Peut-être dois-je continuer d’arborer mille visages, afin que plus personne ne puisse s’attacher à l’un en particulier ?

Je ne veux pas être la cause d’une tristesse pour le seigneur Atride… Je préfère mille fois effacer jusqu’au souvenir de moi en son esprit, si cela lui épargne tristesse et souffrance ! Quitte à n’étreindre dans mes doigts que la plume et brûler les feuillets ensuite…
Suivre les pas de Jaufré Rudèl prince de Blaye, et n’aspirer qu’au verbe, qu’au souffle de l’amor de lonh

[…] Iratz et gauzens m'en partrai
qan veirai cest amor de loing
mas non sai coras la-m veirai
car trop son nostras terras loing
assatz i a portz e camis
e per aisso non sui devis
mas tot sia com a Dieu platz
[…]
Spoiler:
 

Oui… Chanter… C’est tout ce que je sais faire, au fond. Chanter et combattre. Me vautrer dans les mots, leurs sonorités, leurs échos, leurs saveurs illusoires, comme les moineaux se vautrent dans la poussière des routes de ce monde… Me vautrer dans le sang et les regards terrifiés face à ce que je relâche et ne contrôle point, comme les pourceaux se vautrent dans la boue tiède et poisseuse…

Me vautrer dans l’écume des sens, dans les éclats des regards, dans les bribes de rires et les éclaboussures des larmes…
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 7 Nov - 10:53



Il pleut la lumière ! Voyez, mes enfants,
L’horizon s’enflamme, dément.
Chaque étoile en brûle, ses bras vous tend,
Vous implore, vous ensorcelle par ses chants…

Comme un jongleur fou
Qui n’a plus de pommes,
Je joue.
Avec les cœurs des hommes.

Que sont couronnes, sceptres, sigilles
Face au destin ? Il terrasse, dit Virgile,
Dieux et mortels, rois et gueux.

Trois nornes tissent un canevas silencieux.

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 7 Nov - 10:57



J’aime tes yeux noyés de brume
Quand le ciel d’automne est si bas,
Et quand la forêt se consume
Telle Muspellheim des Eddas.

J’aime la dentelle de givre
Dont l’hiver recouvre tes bras,
Quand les plaines sont un blanc livre
Des légendes du Walhalla.

J’aime ta voix ; elle est ma source,
Ma brise fleurie du printemps.

Tu m’offres ta couche, si douce,
L’été, d’or des blés de tes champs.

Prends ce cœur qui bat, offre-le
En présent – ou pâture – au corbeau freux !

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 7 Nov - 10:59


* * *

Viens me rejoindre dans mes songes,
Tes ailes noires sont la nuit.
Leur douceur m’enveloppe et me plonge
De rêverie en rêverie…

Des racines que le ver ronge
Aux cimes où l’aigle est endormi,
Viens arpenter les mille songes
De ce grand arbre de la vie.

Avec l’aurore boréale
Viens embraser mon horizon.
Que m’emporte qu’elle soit létale
Pour la ma raison par déraison.

Union du feu et de la glace,
Rencontre de deux voyageurs…

Les saisons passent, en chants et chasses,
Éclaboussés de ses lueurs.

(octosyllabes)
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 14 Nov - 20:59

Mage secret de la Maison Jerbiton


L’hiver est tombé sur Nürnberg. Sans que je m’en aperçoive du jour de sa venue, sans s’annoncer par une fin d’automne pluvieuse. Les rosiers gardent leurs pétales, figés dans la dentelle de givre, comme piégés dans une toile d’araignée cosmique. Le raisin que l’on a oublié sur les vignes est gelé, et fond dans la bouche comme un glaçon mêlant le sucré du délice et l’amertume de la finitude.

Les vitraux de ma chambre sont couverts de givre. A l’intérieur. Sur le pourtour de la fenêtre. Je grelotte sur ma couche, sous les fourrures, les bras en croix, comme blottie contre cette pierre sombre qui sellait le passage entre notre monde et les corridors des âmes. Contre ce voile entre moi et… Entre moi et … et quoi ?!

Etait-ce ce shaman qui avait absorbé en lui un millier d’âmes d’autres qui l’on précédé qui ne porte d’autres noms que celui du Proscrit ?
Etais-je une âme de celles qu’il avait dévorées ? Suis-je une parcelle de son âme ? Albéric était-il une parcelle de son âme ? « L’amour n’est que deux corps pour une unique âme… » Qui l’a dit, déjà ? Est-ce moi ? Ou un chuchotement que je n’ai fait que répéter en écho ?
Etait-ce à Albéric que je parlais ? Ou à son écho ? Je te libère, m’avait-il chuchoté. Je te libère de moi, lui avais-je répondu. Oui, sois libre, amour de ma vie inconstante de Joglar fou. Sois libre de voler de tes ailes, où seul ton désir te porte, sur les ondulations des chants que tu es le seul maintenant à entendre…

Et ces Grandes Portes d’Ombre et de Lumière ? Entre quels mondes sont-elles frontière ? Sont-elles aussi froides que cette dalle de pierre ? Sont-elles hurlantes d’échos comme les murs des corridors des âmes ?...

Et cet être, cet écho, est-il sorti ? S’est-il attaché à mes pas, comme il l’avait chuchoté ?... Est-il resté dans le gouffre ?

Qui est-il ? « Désespérément humain !... »

Pourquoi j’ai si froid ?

* * *

Je sors, emmitouflée de fourrures. Non, il ne sied point à une Magistère respectable d’une Chaire réputée de sauter les pieds joints dans la neige virginale. Ni à y imprimer des pas d’une estampie cadencée. Ni à éparpiller des bribes des pétales gelées comme des miettes de pain d’un Petit Poucet sur son chemin ; je n’ai nul chemin à rebrousser, nul foyer ne m’attend, nul œil d’un seigneur attentif et aimant ne me guette dans la nuit…
J’en rie. Mais ce rire semble triste et incongru dans le froid mordant de la nuit. Il s’attache à quelques flocons, et retombe avec eux, étouffé, sur le sol livide. Ce n’est Ambroise qui rit, mais Vedre, Veðrfölnir des neiges, qui se moque de la Trobairitz occitane.

L’inquiétude d’un Père est une lumière douce, son affection est une chaleur réconfortante. J’en suis une flammerole. Mais une flammerole qui aspire à briller, quitte à bruler son essence entière, quitte à se consumer, pour renaitre. Ou pas. Rien n’est certain. Ni en ce monde, ni ailleurs.

Mes enfants ont grandi ! Astrolabe, Guilhem, et même Ymir… Et Alfinn. Je m’aperçois que je ne lui ai pas encore dit à quel point j’étais fière de lui. Il a osé l’Indépendance.
Je lève les yeux vers le ciel. Mes yeux verts comme l’émeraude des charlatans ailés du Verbe. Il y a son étoile, là-bas. Au-delà du voile des nuages et du rideau de la neige qui tombe…
Je m’adosse au muret qui soutient les rosiers : je l’avais fait venir du Sud. Jadis, ces pierres étaient un rempart d’un castel. Elles soutenaient une maison des hommes. Maintenant elles sont le soutien de quelques fleurs fragiles… Le socle d’une vie éphémère… La neige les a recouverts. Tout comme l’eau d’un lac, gelé, maintenant, les souvenirs d’un Royaume indépendant d’Alfinn…

« Votre frère ne reviendra plus, n’est-ce pas ? »
« Mon frère ?... » Je m’arrache à la contemplation de la danse hypnotique des flocons tombant depuis l’infini du ciel. Manfred de la Maison Hohenzollern. La brume chaude de son souffle s’échappe de sa bouche quand il parle. Lui aussi a grandi. Ce n’est plus un enfant, ni même un damoiseau. Le fin duvet sur ses joues est devenu barbe naissante, comme il est à la mode ici.
« Mon frère… », mais bien sûr, il parle d’Alfinn ! Car c’est ainsi que cet espiègle m’avait présenté en ces lieux. « …est parti… Il a trouvé son propre chemin. Avez-vous trouvé le votre, noble seigneur ? »

Je soutiens son regard. Je sens que confusément il hésite entre plusieurs réponses possibles, chacune selon les règles différentes et non exclusives : la courtoisie, la sincérité, la dérision, la bravade…
« Ne répondez pas », lui dis-je, « si vous hésitez quant au choix des mots, ne dites rien. Ou plutôt, exprimez-le différemment. »
Il arrache une poignée de pétales givrés et me les tend dans sa main fermée. « De quelle couleur sont-ils ? » demande-t-il, « Pourpre ? Blanc ? Noir ?... »
Je cherche la réponse en lui, en ses yeux. Des yeux d’un gris bleuté, comme l’acier des lames que forge parfois le seigneur Cadwallon.
« Gris… Argenté… » ma réponse est un murmure, lorsque je pose ma main sur ses doigts gantés, « Vous voulez voir ? Alors regardez autrement. Pas avec les yeux... Promettez-moi de ne jamais m’offrir de roses pourpres, et je vous amène dans cet infini sombre et glacé qui s’étend à l’infini ! »

Il me saisit les poignets. Je suis de nouveau blottie dos contre la pierre froide d’une porte qui se fissure. Crucifiés sur un seuil. Je cesse de grelotter quand la chaleur de son souffle m’abreuve comme un feu. J’y laisse couler le vertige glacé, ce poison qui coule de ma bouche d’héritière des shamans hyperboréens.

* * *

« Pourquoi m’avoir caché votre don pour l’Art Invisible ? »
« Pourquoi m’avoir caché votre identité ? »
« Pourquoi répondez-vous par une question ? Nous parlons de vous, non de moi. »
« Je ne savais pas. L’Etoile Indépendante m’avait confié qu’il avait des soupçons. Des doutes… Avant de partir, il m’avait recommandé votre compagnie. Je m’étais trompé sur le vrai sens de son conseil.»
« Le regrettez-vous ? »
« Ma Maison me destine à la diplomatie. J’aime ses subtilités de flous, d’inattendus, de sens cachés et de vérités pudiques à demi-dévoilées. Serai-je un bon Mage ? »
« Vous serez un bon diplomate. Cette réponse vous convient-elle ? »
« Pleinement, Dame… Veðrfölnir. »


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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Jeu 20 Nov - 17:06

Discussion entre mère et fils.


« …Je vous le dis, Astrolabe, je ne m’opposerai nullement à l’alliance entre la Maison de Gascogne et la Maison Gwinned. J’en serai heureuse, vous pouvez me croire. » J’envoie valser des feuilles mordorées sous les sabots de mon andalous.
Les sentiers de la Foret Noire aux environs de l’Alliance Irencilla sont d’une beauté féérique. Surtout en automne, lorsque la brume matinale se dissipe sous les rayons d’un soleil encore chaud, découvrant les couleurs flamboyantes de la forêt. Je suis heureuse de rendre visite à mon fils. Heureuse d’arpenter avec lui son nouveau domaine. Mon fils est Magistère d’une Alliance ! Le temps passe si vite, les enfants grandissent si vite…

« Mais ?... Lorsque vous prenez ce ton, Mère, il y a toujours un « mais »… »
La monture du jeune Magistère de l’Alliance piaffe d’impatience. Il flatte affectueusement son encolure et l’étalon reprend le rythme lent de la promenade.  

« Mais est-ce ce que vous souhaitez sincèrement, mon fils ? Demoiselle Mélissandre est une Gwinned. », nous voilà dans le vif du sujet. Redoutée et pourtant nécessaire discussion de cette promenade. L’un des objets de ma visite. Astrolabe le sait et se montre aussi exaspéré que moi-même à son âge face à Mère qui me tenait les discours semblables.
« Elle est fille du seigneur Rhys, qui plus est. Et petite fille du seigneur Cadwallon, qui se trouve être une personne que j’aime comme un père, et auquel je donne ce nom. Vous comprenez que si vous persistez dans vos intentions d’épousez la jeune Melissandre, et si cette union ne rend heureux ni vous, ni elle, je n’aurais d’autre choix que de m’y opposer. », je marque une pause, guettant une réponse dans les yeux de mon fils. Et ce que j’y vois me réjouit. Cette flamme de jeunesse, de printemps, reconnaissable entre toutes…

Me voici trois décennies en arrière. Césarée… Ou Croix du Sud… Ce n’était pas les feuilles mortes que les sabots de nos montures foulaient, mais le sable mordoré et chaud. Point de brume, mais nous entouraient des mirages vibrants de nos désirs et nos illusions de jeunesse. Et je discutais avec celui qui fut un temps mon apprenti, avant d’arpenter tant d’autres chemins ! Et me voici répéter les mots qu’il m’avait dits jadis.

« Comprenez-moi, elle n’est pas une Mage. Il viendra un jour où la tristesse qui posséda le seigneur Rhys… » voilà, je l’ai nommé. « Cette tristesse vous touchera également : la Faucheuse viendra la chercher, et ce sera forcement trop tôt. L’Humaine aura forcément à s’effacer devant vos obligations de Mage. Il est certaines choses que vous ne pourrez partager avec elle, ou très difficilement. Il est certaines amitiés que vous ne pourrez faire accepter, ou bien à contre cœur. »

La Magie est un sens, tout comme la vue, l’odorat, l’ouïe… Un sens qui ne peut être partagé pleinement qu’avec un mage. Il est vain d’essayer de le partager avec celui qui n’a point de don. Tout comme il est vain de décrire les couleurs du ciel à un aveugle de naissance…
Rhys !, vous aviez été le premier à me le dire. Et pourtant vous avez choisi de partager votre vie avec une aveugle de naissance… Pourquoi ? L’attrait de l’humanité est-il si fort chez tous ceux qui s’ouvrent aux chants de Jerbiton ?

« Mère ! Vous m’énumérez des évidences. Pourtant j’ai le sentiment que le fait que la Princesse ne soit pas Mage est la dernière de vos préoccupations. » Astrolabe voit juste. Il ressent mon inquiétude, qui est à la fois celle d’une mère et mienne propre. L’on ne voit jamais le monde qu’à travers ses propres yeux. L’on ne parle des amours des autres qu’en pensant aux battements de son propre cœur… Astrolabe le sent, et ne renoncera pas à me poser ces question que nous n’avions pour ainsi dire jamais abordé : celles qui concernent son Père. Et moi, sa Mère.
« Vous-même êtes Mage, et pourtant avez choisi de vivre parmi les hommes. Vous avez préféré à la compagnie des mages celle d’un humain : mon Père. Parce que vous l’aimiez… »

« Oui. Je l’aimais. Ce que je désirais lui offrir, en tant que Mage, il l’avait rejeté. Auprès d’Alberic je devenais humaine. Simplement et désespérément humaine… Est-ce ce que vous désirez, mon fils ? » Mon fils me sourit. Et je revois son Père dans ce sourire. Oui, je l’aimais… Comme je l’aimais, Seigneur !, tu le sais, toi, et ceux qui ont écouté mes chansons non avec leur ouïe, mais avec leurs cœurs…
« Mais Albéric était un enfant de Gascogne, tout comme moi. Nous partagions cette connivence qu’est la Fin’Amor, jusque dans nos souffles et dans nos veines. Je l’aimais et m’inclinai devant ses décisions. Il ne m’avait jamais contraint à renoncer à ma liberté de chansons et de cœur… » Comment parler à mon fils, autrement que par mes ritournelles, de ma quête de la Fin’Amor ? De mon adoration de la Fin’Amor dans chaque regard croisé, dans chaque souffle mêlé, dans chaque bataille menée ?...

Pourtant, je calme les battements de cœur dans ma poitrine, et reprends un ton didactique, qui sied à merveille à un Bonisagus assagie, mais nullement à un troubadour occitan. Je sens que je vais fâcher mon fils. Je sens que si les seigneurs Cadwallon ou Rhys m’entendaient, ils poufferaient de rire ou d’exasperation.
« Les seules mariages que j’ai connu, mon cher fils, étaient ceux du devoir. J’avais obéi à ma Maison Jerbiton en m’alliant avec le vénitien. Mais cela s’est avéré être un désastre politique à la mort du Doge Dandollo. Mon second mariage, avec le frère d’Alberic était également celui du devoir. Devoir envers vous, mon fils, car vous deviez hériter du nom. Car Moissac devait avoir un héritier…
Et c’est la raison pour laquelle je vous presse de trouver alliance honorable et de nous donner des héritiers pour votre nom et pour notre Maison. La jeune Mellisandre, bien que non Mage, est de la Maison Flambeau, et je suis certaine qu’elle saura donner naissance à des enfants avec un don particulièrement fort. » Là, on dirait vraiment Mère. Ou ma sœur Réjana examinant quelqu’arbre généalogique.

« Mère ! Mélissandre n’est pas qu’une … une… »
Cette réaction était parfaitement prévisible. Dans quelques minutes, Astrolabe s’apercevra que je parle du devoir par devoir.
« Une pouliche. Dites-le ! Pourtant, c’est ce qui lui est demandé : donner des héritiers. C’est aussi ce qui m’a été demandé. Et à mes sœurs. Et à ma Mère, à mon Père Lobo votre grand-père… Bien sûr, ce n’est pas l’unique chose que j’attends d’elle. Votre future épouse devra être honorable et loyale envers vous et notre Maison. »

« Vous demandez ce que vous n’avez jamais pu offrir ?... »

« Ce que je n’ai pu offrir ?... Certainement. C’est peut-être pour cela qu’Alberic n’avait jamais voulu m’épouser : il ne voulait ni me mettre en cage en exigeant l’impossible, ni souffrir de la légèreté de mon cœur… »
Légèreté de mes chansons. Légèreté d’un Joglar qui joue. Quel visage voyais-je lorsque les seules lumières étaient les astres du ciel ? Est-ce si important, après tout ? Je m’étais donnée, sans retenue aucune, je m’étais offerte à chacun de mes désirs, en chansons, en ritournelles, en combats et duels.  Je m’étais refusée, lorsque le refus rendait meilleur hommage à l’idéal de la Fin’Amor. Ou lorsque je ne pouvais offrir ce que la personne aurait fini par me demander…
Cadwallon m’avait dit un soir, à Césarée, la veille de mon premier mariage, que j’avais causé chagrin et souffrances à Rhys. J’avais compris ce soir-là que mon affection pour Rhys dépassait une simple aventure courtoise occitane. Je me rappelle, quelques années plus tard, il était agonisant, à la Croix du Sud, il m’avait nommé depuis son Crépuscule sa lumière dans la nuit… J'avais veillé, chanté à son chevet toute la nuit, serrant ses mains dans les miennes... Je me rappelle mon soulagement mêlé d’inquiétude lorsqu’il avait décidé de rester étudier à Paris. Et ma joie lorsque je sus qu’il avait Dame et héritiers… Pourquoi me rappeler ces instants maintenant ?
Peut-être parce sa joie récente, que celle de tenir à nouveau la main de sa Dame revenue d’entre les morts, m’avait illuminée, éclaboussé d’étincelles de cette flamme qui est sienne, et qui n’est semblable à nulle autre. Malgré les années qui avaient parqué ses traits, dans ses yeux je revoyais la joie et l’insouciance de l’ange blond qu’il était à vingt ans…

L’on dit que celui qui n’aime pas ne peut chanter la Fin’Amor…

Un corbeau se pose en croassant sur une branche basse d’un frêne. Je ferme les yeux et savoure la fraicheur de la brise sur mes joues. Dois-je renoncer également à cet homme, ce Mage et fils d’Odin, parce que mon affection ne cause que souffrance ?
Parfois je me dis que c’est un point que j’ai en commun avec la Faucheuse : mon amour ne rend heureux que les mourants et les condamnés. J’embrasse comme l’on oint aux portes de la sainteté ou d’un paradis quel que soit le nom qu’on lui donne. Albéric, à Béziers… Raimon Rogièr Trencavel à Carcassonne… Bérenger de Tarascon le Crépusculaire à Césarée… Eros Renzo le fils de Tytalus…

« Pourtant, sachez-le, Astrolabe, j’avais pris le voile devant Alberic et Dieu comme l’on se dévoile devant son époux. L’alliance du Fils de Dieu que je portais à mon doigt m’était l’anneau de mariage. Sachez-le, mon fils, que tant que je portais le voile, je restais fidele à mon vœux. Je restais honorable et loyale envers Albéric, comme une épouse sienne, et non une moniale liée par des vœux simples.
Je vous ai connu certaines amitiés, certaines liaisons. A Montpellier, aussi bien que dans le Saint Empire. Comprenez-moi bien, Astrolabe : Mélissandre est une Gwinned. L’épouser et la délaisser pour d’autres est inacceptable pour sa Maison, son grand-père en particulier, et pour moi. L’aimer en dehors du mariage est inapproprié.
Je vous ai déjà trouvé plusieurs alliances possibles, de France, de Sicile et du Saint Empire…»

« Mère !... »

« Je ne vous impose pas d’alliance, vicomte de Moissac. Pas encore. Je vous laisse libre de décider. Mais vous devez vous décider. »

Le corbeau croasse. Son œil rond fixe le ciel. Je suis du regard un flocon de neige tomber, lentement… Il virevolte dans la brise fraiche. Puis finit par se perdre dans les branches du frêne.

Astrolabe rompt le silence brutalement.
« Vous aussi vous devez vous décider, N’Ambroise. Vous avez un jeune fils dans les contrées plus au nord, mon demi-frère.
Et vous avez quelqu’un d’autre qui vous attend…quelque part. »

Vous aussi vous parlez sans nommer ni les lieux ni les personnes, mon fils, sang de mon sang. Vous me laissez le soin à moi, qui vous écoute, d’y mettre les échos de mon âme et de mon cœur.




Et le souffle fait fondre le givre du vitrail…

Par la croix sur ma poitrine
Par les roses dans mes mains
Par la chanson anonyme
Dont je ne suis qu’un refrain

Par les tombes que je creuse
Et mes regards plus creux encor
Par l’ivresse ensorceleuse
De mêlées corps contre corps

Par l’aurore boréale
Qui me drape de ses feux
Par l’image d’Epinal
De mes amours malheureux

Par la sauvagerie des chasses
A l’orée d’un sombre bois
Par la brûlure des glaces
Qui nous annonce le glas

Par mes mains jointes en prière
Doigts blanchis comme la cire
Enserrant l’épée de fer
Comme une croix des martyrs

Par mes cris et mes murmures
Qui se perdent dans la nuit
Par les rituels obscurs
Pentacles de goétie

Par le rossignol qui chante
L’aigle de sang qui s’affaisse
Par la parure démente
D’une antique idole en liesse

Et par l’amour paternel
Une lueur dans mes gouffres
Maladroite ritournelle
Que le cœur esseulé souffre

Par les chaines d’un désir
Ou d’un fer froid et rugueux
Par l’émeraude et le saphir
Diamants d’âme somptueux

Par le parchemin de chair
Par l’air amusé des anges
Par la blancheur des hivers
Des contrées du Nord étranges

Par l’épée et par la plume
Le feu la glace et les brumes
Par les cantiques et les runes

….Fin’Amor, je vous salue !
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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 21 Nov - 13:46



J’entends des voix venues d’ailleurs. Sinon comment expliquer que parfois des sons se forment en mots limpides, en lignes scandées, dans mon esprit. Et le marquent à jamais. Et ne font que passer par moi, par ma mémoire, vers d’autres mémoires, pour être à l’infini transmis par les voix.

Que cherche-je à reconstruire ? Quelle chanson ? Lorsque j’assemble les bribes éparses de chemins et d’éclats de magies écartelées par les esprits des Mages qui nous ont précédés et qui ont forgé la vision actuelle de la Magie, qui l’ont consigné et annoté dans de lourds grimoires…

J’ai assemblé en moi le Feu et la Glace, complétant la magie de la pénombre crépusculaire de Bonisagus. J’ai vu s’ouvrir devant moi le souffle des espaces infinis que d’autres nomment la Magie Hyperboréenne.
Elle est aussi la magie des esprits venus d’ailleurs, des étoiles qui chantent, des vents glacés charriant des contes étranges dans des couloirs de mémoires désincarnées…

Puis j’ai plongé dans la Goétie. La magie des esprits ailés et damnés. Condamnés à être à la fois prisonniers et geôliers des neuf cercles des Enfers. La magie des âmes. Les contes maudits. Les chansons d’amour chuchotées par les âmes de celles qui s’étaient jetées du haut des tours ou des remparts de quelques châteaux. Lamentations de ceux qui furent aveuglés, trompés, au point de chercher vaine vengeance et mort et damnation éternelle. Magie des âmes hurlantes…
Que cherche-je ? Les couloirs chtoniens des âmes ? Les échos de leurs histoires, de leurs contes, de leurs chagrins, de leurs joies ?... Ce souvenir des couloirs des âmes palpitantes est si vivace en moi !

Je m’allonge à même le sol et mets les bras en croix, les yeux fermés. Et me voici de nouveau blottie contre cette stèle froide... J’écoute… Ce bruissement des feuilles, ce souffle de la brise, ce craquement de la neige, ce tintement des gouttes de pluie, est-ce cette voix qui me chuchote encore ?...

Qui est-il ?

Qui suis-je ?

Rhys, que cherchez-vous ? Vous qui arpentez les douze chemins de la Magie du Crépuscule, vous que l’on nomme le nouveau Bonisagus, que cherchez-vous ? Qui cherchez-vous ?
Qui êtes-vous ?...

Suis-je semblable à vous ? Suis-je, sans m’en apercevoir, sur les milles routes de la Fin’Amor, sur les mille routes des âmes ?
Où est le conte originel ? Qui est-il ? Est-il Charme Suprême ou est-il Blasphème ?
Je sais qu’il parle d’affection. Un amour entre deux âmes. Et que toutes les chansons de la Fin’Amor n’en sont que des échos, des éclats, de gouttelettes éparpillées dans nos cœurs.

Il y a le chemin astral des âmes. Il doit y avoir le chemin terrestre. Et le chemin chtonien. Où est-il, le croisement des routes ? Y a-t-il, comme sur tous les carrefours, un martyr crucifié qui veille, entouré de rosiers sauvages et de ronces ?


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MessageSujet: Re: Ambroise, baronne de Marsan, Maison de Gascogne, vassal du Roy Philippe Auguste   Ven 28 Nov - 20:31





Je tiens l’émeraude contenant l’âme de mon Père entre mes mains. Elle est chaude, palpitante de cette âme y emprisonnée.

Dois-je briser la gemme et libérer l’âme ?
Magistère Andréal a pu libérer ses parents de la vie artificielle et par cela contre-nature. La Faucheuse leur a donné son dernier baiser. Leurs corps se sont effondrés en poussière. Et leurs âmes étaient libres, libérées… Etrangement, j’ai suivi leurs sillons jusque dans les espaces infinis, jusqu’aux couloirs chtoniens, vers des lieux que je ne saurai nommer.
Père ! Est-ce que vous aspirez vous aussi à ce voyage ?

J’étreins la gemme, je lui parle. Mais cette part de Père ne comprend nullement les paroles et leurs concepts abstraits. Elle est émotion pure, cœur palpitant. Moi, qui ai toujours cherché cette affection chez l’homme qui ne m’aima que lorsque je lui fus fils, je tiens entre mes mains son essence. Père, je vous aime ! Je vous ai toujours aimé, admiré… Mais vous ne l’avez entendu que lorsque je vous fus fils. Que lorsque la Faucheuse vous guettait. Que maintenant…

J’ai cherché à vous atteindre, à vous comprendre. Mais vous m’étiez un loup : chasseur solitaire, souverain implacable, inspiration sauvage, insaisissable… Nous ne nous comprenions pleinement que sur un champ de bataille.
Dois-je m’abreuver de votre âme ?, comme l’on boit l’affection d’une mère dans le chuchotement de sa voix qui chante une berceuse, comme l’on boit la fierté de son père lorsqu’on est adoubé chevalier ?

Un loup, c’est ce que vous êtes, seigneur Lobo de Gascogne. Je porte le nom que vous m’avez légué, avec fierté et effronterie gasconne. Notre famille ne règne plus sur les terres : le duché de Vasconie n’est plus. Pas plus que le duché d’Aquitaine… Mais nous régnons sur les cœurs ! Notre royaume est dans nos chansons !

De quel droit portez-vous ce titre ?, m’avait interpellé il y a peu ce Magistère des Carpates. Qu’avez-vous fait pour votre terre, pour vos gens ?, m’avait-il demandé.
En effet, Père. Qu’ai-je fait pour notre terre ? Qu’ai-je fait pour notre peuple ? Qu’avons-nous fait ?...
Nous avons versé notre sang, vous êtes mort, mes trois Ainés s’étaient offerts à la Magie, pour le pays occitan. Nous avons chanté. Et chanté encore… Nous avons abreuvé notre idéal de la Fin’Amor de nos chansons, de notre sang, de nos âmes !
Nous nous sommes offerts à cet idéal, dans chacun de nos combats perdus d’avance face aux hommes portant la croix de la Foi et du Pouvoir de la maison aux lys.

Nous nous sommes offerts en sacrifice en ce monde, dans l’espoir de vivre éternellement dans les chansons et dans les légendes !

Ambroise n’a rien fait. Ambroise a seulement chanté dans les jardins des simples la douleur de ses frères et sœurs.
Artémi de Mazerolles, lui, a combattu, et chanté depuis les remparts des castels assiégés ! Il a composé la Chanson de la Croisade Albigeoise, et les troubadours la portèrent à travers les pays et les terres autour de la Méditerranée, jusqu’à la cité sainte, jusque dans la cour des lys…
Suis-je Ambroise ou Artémi, en fin de compte et en fin de conte ? Suis-je la Dame ou le Chevalier ?

Vous ai-je failli, Père ? Ai-je trahi notre idéal ?

Celui qui aspire à chanter la Fin’Amor ne peut le faire s’il n’aime point son incarnation en ce monde. Je ne puis chanter l’amour sans aimer, sans l’éprouver dans ma chaire, mon esprit et mon âme. Pourtant je me l’interdis. J’ai peur de rendre encore un homme malheureux. D’être cause de sa souffrance. De sa mort.
Pourrai-je me taire ainsi encore longtemps ?...
Qu’ai-je cherché en chaque homme qui a croisé ma route ? Quel visage ? Quelle âme ?

Je repense encore à cette stèle qui n’existe plus. A ce couloir des âmes. Et cet être qui me chuchotait… J’en frémis, car je sens que je lui sui liée d’une manière ou d’une autre.

Je prie dans la chapelle. Ses murs sont peints de mes mains, hommage au pays occitan. Les visages familiers. Leurs regards me suivent : que cherches-tu ?, semblent-ils me demander, qui cherches-tu ?

Je parcours ces fresques enluminées. Je parcours les corridors de ma mémoire. Je parcours les éclats de nos vies, de vos visages, de vos voix… De nos âmes ! Quand tout mot est superflu, quand tout souvenir n’est que vague de lumière étourdissante, quand les paroles échangées ne sont que son de la voix, quand du visage ne reste que le regard !...
Simple émotion.
C’est tout ce qui reste, lorsque toutes les parures tombent.

Est-ce cela, l’âme ?

Je cherche au delà des parures que sont les visages, les noms, les enseignements de la Magie…
Je cherche à recouvrer cet état originel dont je n’ai nulle certitude quant à l’existence même, nul chemin certain, nulle appellation autre que cette image d’Epinal d’un « âge d’or » et que moi je nomme la Fin’Amor...
Je me cherche, moi, la chanson que je suis, où chaque mot sera juste et sincère, au delà d’une vérité froide et de mensonges enluminés…
Je sais que m’y attend cet être que j’ai cherché dans tous les visages, et que je cherche encore…



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