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 Mansour d'Alicante

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Mansour d'Alicante   Ven 11 Juil - 13:56

Arrive en ville de Césarée un fin lettré arabe, laissant derrière lui le Califat de Cordoue en ruines : Mansour d’Alicante.



Il est poète et fine lame. Il arpente les ruelles de Césarée, le port, les plages désertes… Ses poèmes parlent de sa tristesse des terres fertiles d’Alicante mises à feu et à sang, mais aussi de la beauté des aubes et des crepuscules…

Mansour est rapidement atteré par la misere des Bysantins refugiés à Césarée. Il déplore ce sort misérable que leur reserve aussi bien l’accueil froid des Guildes, que leur propre aveuglement et ressassement du passé et des massacres de Constantinople.

De part son erudition, ses connaissances et talents d’artiste et d’esthete, il se lie de relations amicales avec quelques nobles vetus de haillons. Un jour, il leur propose une nouvelle aube pour eux et leurs familles.

Il commence à les former aux métiers d’armes, avec pour seule contrepartie la promesse de se battre avec leurs cœurs et pour leurs idéaux. Non pas chercher vengeance, mais espérer en la renaissance de leur noblesse de cœur et d’âmes.
Il propose aux Byzantins de retrouver leur noblesse et leur grandeur en devenant les défenseurs de leur nouvelle patrie : Césarée. En devenant la Garde de la Sainte-Sophia.

Mansour ne demande nulle conversion, contrairement au Hospitaliers, prets à accueuilllir tout nouveau converti. Il n’exige nul paiement pour son enseignement, contrairement aux guildes…

Sur son passé, Mansour reste discret. C’est un bel homme, dans les 25 ans, aux traits fins et racés, vêtu avec soin et élégance. Ses poèmes parlent d’amour, pourtant on ne lui connait nulle liaison en ville (il semble fuir la compagnie galante des ribaudes du port). Il n’est pas spécialement dévot et ne fréquente point les mosquées. Mais on le voit souvent fixer l’aube, depuis quelqu’hauteur…

Mansour s’est évidemment déjà rendu dans la Bibliothèque, consulter des ouvrages…
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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Ven 11 Juil - 14:10

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Ven 11 Juil - 14:30

http://remacle.org/bloodwolf/arabe/khayyam/quatrains.htm


***

Étreins bien ton amour, bois son regard si beau,
Et sa voix, et ses chants, avant que le tombeau
Te garde, pauvre amant, poussière en la poussière,
Sans chansons, sans chanteuse amie, et sans lumière.

***

L’homme est une poupée en la main d’un géant
Nous sommes des jouets sur le damier des êtres,
Et le quittons bientôt pour rentrer au néant,
Dans la botte et dans l’ombre où les vers sont nos maîtres.

***

Comme l’aube écartait le rideau de la nuit,
Quelqu’un de la taverne a crié : le temps fuit;
Remplis ta coupe avec la liqueur de la vie,
Et sois ivre, avant l’heure où la source est tarie.

***

Les sages te l’ont dit : cette vie est un songe,
Une chose est certaine, et le reste est mensonge,
Une chose est certaine ainsi que nos amours,
La fleur s’épanouit, puis meurt, et pour toujours.


***

Toute espérance est vaine où notre cœur s’endort,
Et cendre elle devient; car tout va vers la mort.
Dans le désert ainsi disparaît la lumière
De la neige, éclairant sa face de poussière.

***

Nous sommes descendus très bas, et cette vie,
Où nous venions trop tard peut-être, a contenté
Si mal en ses désirs notre âme inassouvie,
Qu’il lui plaît de sortir d’un monde sans beauté.

***

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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Ven 11 Juil - 14:36

http://remacle.org/index7.htm

LE ROMAN D'ANTAR
http://remacle.org/bloodwolf/arabe/antar/roman1.htm#NAI

PROVERBES ARABES
http://remacle.org/bloodwolf/arabe/anonyme/proverbes.htm

**************

PROVERBES ARABES

Traduits littéralement





·         1 Le savant est dans sa patrie, comme l'or dans sa mine.

·         2 Qui monte sur le char de la fortune (de la cupidité) aura pour compagnon la misère.

·         3 Qui cache son secret, atteint son désir.

·         4 Plante un arbre il te nourrira; plante un homme il te déplantera.

·         5 La garde de ton secret par toi est bien plus sûre que par un autre.

·         6 Qui t'apporte t'emportera (t'a de ce moment même emporté. )

·         7 Le savant connaît l'ignorant, parce qu'il le fut, mais l'ignorant ne connaît point le savant, parce qu'il ne l'a pas été

·         8 (Si) l'ignorant est l'ennemi de lui-même, comment sera-t-il l'ami d'autrui?

·         9 Se mêler des affaires, c'est s'embarquer sur la mer.

·         10 Longue expérience, étendue de sagesse.

·         11 Celui qui expérimente, augmente ses lumières; celui qui croit, accroît ses erreurs.

·         12 Informe-toi du voisin avant de prendre maison, et du compagnon avant de faire route.

·         13 Fais du bien, si tu veux qu'on t'en fasse.

·         14 Ennemi sage vaut mieux qu'ami sot.

·         15 La tempérance des désirs est richesse.

·         16 Langue de muet est meilleure que langue de menteur.

·         17 Personnage sans éducation corps sans âme.

·         18 L'ignorant se plaît (tout seul).

·         19 Contentement de peu est richesse.

·         20 Écouter, c'est apprendre; se taire, c'est se conserver.

·         21 Les hommes se partagent en deux classes : l'avide qui ne se rassasie pas, et le quêteur qui ne trouve pas.

·         22 La patience est la clef de la joie, et la précipitation celle du repentir.

·         23 Point d'amis pour les rois, point de repos pour tes envieux; point d'estime pour les menteurs.

·         24 Celui qui s'excuse sans être en faute, s'en acquiert une.

·         25 Le plus savant est celui qui voit la fin de chaque chose.

·         26 Trois choses ne se connaissent qu'en trois occasions le courage à la guerre, la sagesse au moment de la colère, l'amitié dans l'adversité.

·         27 Le mot qui t'échappe est ton maître; celui que tu retiens est ton esclave.

·         28 Le plus pénible à l'homme, c'est de se connaître.

·         29 La religion du prince fait celle du peuple.

·         30 Amour du monde et des richesses, principe de toute bassesse;

·         31 Le meilleur du repentir est l'exigüité de la faute.

·         32 Le sot se reconnaît à six attributs : il se fâche sans motif; il parle sans utilité; il se lie sans connaître; il change sans raison; il interroge sur ce qui lui est étranger et il ne sait pas distinguer son ami de son ennemi.

·         33 Deux choses perdent les hommes, abondance de richesses et abondance de paroles.

·         34 La tempérance est un arbre qui a pour racine le contentement de peu, et pour fruit le calme et la paix.

·         35 Trop fréquenter le monde amène repentir

·         36 Visite rare accroît l'amitié (visite rarement; tu accroîtras l'amitié).

·         37 Prince sans justice, fleuve sans eau.

·         38 Savant sans œuvres, nuage sans pluie:

·         39 Riche sans bienfaits, arbre sans fruit.

·         40 Pauvre sans patience lampe sans huile:

·         41 Jeune homme sans repentirs, maison sans toit.

·         42 Femme sans pudeur, mets sans saveur

·         43 Une seule journée d'un sage vaut mieux que toute la vie d'un sot.
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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Ven 11 Juil - 14:51

Omar Khayyâm

Le Ciel est le joueur, et nous, rien que des pions.
C'est la réalité, non un effet de style.
Sur l'échiquier du monde Il nous place et déplace
Puis nous lâche soudain dans le puits du néant.


*************

Quatrains - Ballades de Omar Khayyâm

Apparition

Décoiffé, le front moite, souriant, et ivre,
col déchiré, poème en bouche et verre en main,

le regard querelleur et la lèvre ironique,
hier, à minuit, il vint me voir et, s'asseyant,

penché sur moi, il demanda, d'une voix triste :
"dors-tu, ô toi qui m'aimes depuis si longtemps?..."

L'amant auquel, la nuit, on sert un pareil vin :
qu'il s'en enivre ! ou, qu'en amour, il soit païen !

Va, dévot, et ne donne pas tort aux ivrognes :
boire est leur destinée, et ils n'y peuvent rien !

Pour moi, je bus tout ce qu'Il versa dans ma coupe,
que ce fût vin d'ivrogne ou vin du Paradis...

Combien, pour Hâfez et d'autres, ont brisé de repentirs
la Beauté, avec ses boucles, et la Coupe, avec son rire !


Hâfez de Shirâz

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MessageSujet: Rencontre   Sam 12 Juil - 4:46

C'est au détour de rayonnages chargés de tomes de toutes tailles, que nous nous sommes croisés.
Mansour était plongé dans la lecture d'un recueil de récits de voyages et des légendes afférentes.
Je le saluais et m'enquerrais de sa santé et de son état. Politesse et amabilité. S'il avait faim ou soif, je l'invitais à se rendre à la cuisine pour rassasier ses besoins.

Je lui demandais ce qu'un homme de valeur comme lui, faisait à Césarée.
Et quelle était donc cette milice dont on parlait en ville...
Avait-il quelque intention belliqueuse? Ou au contraire quelque noble cause à défendre?
Etait-il marchand ou navigateur, attiré par les mers et les vents? Désireux de monter quelque expédition ou voyage vers d'autres rivages lointains?
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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Dim 13 Juil - 21:32


Garde de la Sainte Sophia

« Au suivant !... » Ma voix était lasse. J’avais laissé circuler la rumeur de l’espoir d’une garde Byzantine au service de leur cité d’accueil, l’espoir de la renaissance d’un peuple, l’espoir de la Garde de la Sainte Sophia… Et maintenant les volontaires affluaient par dizaines… ile étaient là, attroupés sur cette plage déserte en dehors des remparts. Noblesse en loques et haillons. Mutilés de l’âme… Comme ces brasiers éteints me rappelaient un autre feu étouffé, un autre quatrain muet…

L’acier damassé sombre de ma lame, acquise auprès des forges de la Bibliothèque, émit une plainte de plus, faisant voleter la lame adverse. La belle épée ouvragée, au pommeau couvert de pierreries alla se planter dans le sable à quelques pas de son porteur. Je tournai le dos à l’homme, prêt à jauger le suivant...

Mais il poussa un cri, et se rua sur moi avec son seul poignard. Je parai et bloquai nos lames : configuration parfaite pour une discussion à cœurs ouverts. Il soutint mon regard. Et moi, je cherchai dans ses yeux cette étincelle qui pourrait le sauver… Oui, il l’avait. Derrière le fumée des incendies mal éteints, derrière ce rideaux de poix visqueuse et noire, derrière les hurlements des suppliciés et des blessés, derrière la fatigue et l’humiliation, je la vis, cette étincelle.

« Votre nom ? » Je parlai latin, comme à mon habitude. Les byzantins étaient suffisamment lettrés pour me comprendre. Nombreux d’ailleurs parlaient arabe.

« Léonce … Mon nom est Léonce Monomakhos» L’homme était grand, encore jeune, je lui aurai donne pas plus de trois décennies. Son corps vêtu de haillons richement brodés était amaigri par la vie misérable d’un refugié ; ses mains portaient les cales d’un ancien combattant, et les cloques sanguinolentes d’un rameur sur quelque galère marchande…

« Reprenez votre épée, Seigneur Léonce. Battez vous encore. » Je le vis ramasser sa lame, et crispant ses mâchoires, il m’attaqua encore. Et encore. Je ne le quittais pas des yeux. Un regard fier, droit… Un regard de celui qui est habitué au commandement…

Un cercle se forma autour de nous : la future Garde de Sainte Sophia… Le phénix que je voulais offrir à ce peuple… Le phénix que je me devais d’éveiller en eux. Ils étaient une dizaine au début ; puis le nombre atteint rapidement une cinquantaine d’hommes, jeunes pour la plupart ; héritiers d’une noblesse décapitée et massacrée de la belle Constantinople…

Mon cœur avait saigné de voir ce peuple enfermé dans le passé, dans les regrets de l’ancienne splendeur qui ne reviendra jamais, dans le ressentiment envers leurs bourreaux, dans ces chaines qui rendaient la survie possible, mais point la vie, point la renaissance… J’avais écouté quelques prêches de Père Nicéphore, de leur Eglise. Je ne comprends rien au grec, mais j’ai senti le sens des mots dans les intonations des voix, dans les postures soumises et mortifères des fideles, dans les lamentations, dans leurs regards éteints…

Alors ce que la Commanderie de l’Hospice ne pouvait offrir, enchainée par les différences des religions et les vœux de l’obéissance ; ce que les Guildes ne pouvaient offrir, car ces nobles lettrés n’étaient point des rameurs brutaux ni des esclaves ; moi, je pouvais leur offrir ! Certes, orgueil que de croire cela, et pourtant j’y crois ! Moi, Mansour d’Alicante, j’y crois…

Je dansais avec ma lame sombre, comme un péri sur cette plage. Entouré d’hommes, comme autant de braises prêtes à renaitre, à refleurir de ce feu invisible… Je surprenais le reflet du soleil couchant dans leurs yeux, rallumant des bribes de rêves… Il faudra du temps pour que ces étincelles deviennent brasiers…

Le soleil n’était plus qu’une auréole sanglante sur l’horizon. J’arrêtai ma lame, posée à plat sur le cou de Léonce. Il me sourit malicieusement. Baissant les yeux, je vis qu’il tenait la pointe de son épée contre mon flanc. Je soupirai, tel était le prix d’un moment d’inattention…
« Bienvenue dans la Garde, Seigneur Léonce Monomakhos. Vous me seconderez. »

Léonce baissa son épée, s’inclina, mais ne lâcha point. Je vis qu’il serrait les mâchoires de .. de douleur ! Le sang coagulé sur la garde ouvragée… Je maudis une fois de plus mon orgueil. L’homme souffrait : je l’avais fait combattre sans tenir compte des ses mains écorchées. Je m’approchai de lui, et versai de l’eau claire sur ses mains, retirant en douceur le pommeau qu’il ne pouvait plus lâcher. Je posai son épée sur le sable et lavai les blessures. Il me laissa faire…
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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Dim 13 Juil - 21:47

Ancelin a écrit:


C'est au détour de rayonnages chargés de tomes de toutes tailles, que nous nous sommes croisés.
Mansour était plongé dans la lecture d'un recueil de récits de voyages et des légendes afférentes.
Je le saluais et m'enquerrais de sa santé et de son état. Politesse et amabilité. S'il avait faim ou soif, je l'invitais à se rendre à la cuisine pour rassasier ses besoins.

Extremement aimable et poli, Mansour s'est incliné et a prononcé en la langue du Prophete les benedictions d'usage. Il accepta volontier un souper et quelque coupe d'eau fraiche et de jus de fruits.

car il est dit que celui qui est dans la maison d'un ami, peut boire et manger en toute confiance. et que la Bibliotheque est réputée pour son hospitalité.


Ancelin a écrit:

Je lui demandais ce qu'un homme de valeur comme lui, faisait à Césarée.
Et quelle était donc cette milice dont on parlait en ville...
Avait-il quelque intention belliqueuse? Ou au contraire quelque noble cause à défendre?

Mansour fit part de la tristesse qu'il éprouvait en voyant les réfugies de Constantinople en Césarée : leur misère, leur désarroi, leur ressassement du passé...

Il fit part de ses propres observations :
-l'Hospice est prêt à accueillir tout nouveau converti, mais peut-on exiger des byzantins de renier leurs foi, la seule dignité qui leur reste ?
- il a bien vu que les guildes et la bibliotheque cherchent des scribes, mais les places sont trop peu nombreuses pour les 500 refugiés...
- nombreux n'ont de choix que de devenir des ribaudes du port, ou se vendre comme rameur pour quelque galere .. alors que ce sont des lettrés ! des erudits, des nobles ...

Mansour dit qu'il a beaucoup prié. et que selon lui, la cause principale de cette misere est la plaie dans le coeur et dans les ames : la decheance, l'humiliation, un sentiment d'inutilité et de fatalité...

C'est dans ses prieres que lui est apparue cette réponse possible : laisser les bysantins aider de leur meniere et par eux-memes cette cité d'accueil qu'est césarée. les aider à se rendre utiles. les aider à s'aider eux-memes.

Parfois, les lames parlent mieux que les mots, Maitre Bibliothecaire; parfois, les mots ne suffisent plus.

Ancelin a écrit:

Etait-il marchand ou navigateur, attiré par les mers et les vents? Désireux de monter quelque expédition ou voyage vers d'autres rivages lointains?

je ne suis point marchand ni navigateur... je ne suis qu'un voyageur en ce monde... je ne suis qu'un grain de sable dans le desert...

je ne suis qu'un aveugle qui cherche l'impossible...
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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Dim 13 Juil - 21:55

quelques costumes bysantins






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MessageSujet: Re: Mansour d'Alicante   Dim 13 Juil - 23:23

Sophian

« Au suivant !... » Je me tournai vers le dernier postulant à la Garde de Sainte Sophia. Un jeune gringalet en loques de brocart brodé d’or et d’argent. Je soupirai.
« Grandissez un peu, vous aurez tout le temps de vous battre, mon enfant… » je lui tournai le dos. La soirée était bien avancée, mes muscles commençaient à tirer et je rêvai secrètement de plonger dans un bain chaud et m’y assoupir, loin des turpitudes du monde…

« En garde ! Vous aviez dit que tout homme pourra postuler pour la Garde et vous combattre ! Alors je fais appel à votre promesse… Vous n’avez pas le droit de me refuser, Mansour d’Alicante ! »
Sa voix aigue et légèrement enrouée me fit m’arrêter. Je me tournai. Le gringalet aux boucles brunes éparpillées me foudroyait de ses grands yeux d’un gris sombre. Une quinzaine d’années à peine, et pourtant plus un enfant… Il tenait une lame fine, mais de belle facture, au pommeau recouvert de bandelettes de tissus sale, surement une arme forgée sur mesure qui souhaitait la discrétion.

« Je viens pourtant de vous signifier que le combat n’est point pour les enfants… »
« Et je ne suis pas un enfant ! » me coupa-t-il sèchement. Une voix habituée à être obéie. Une voix habituée à donner des ordres… Intéressant…
« Et votre nom, jeune homme ? » Je posai la main sur le pommeau du cimeterre, prêt à donner une belle leçon à ce jeune prétentieux, sans le sortir du fourreau.
« Mon nom ?... Sophian. Vous m’appellerez Sophian de Constantinople… »

Il me bondit dessus avec le courage d’un désespéré qui s’accroche à sa dernière chance. Je bloquai le coup avec le fourreau de ma lame ; mais il me jeta du sable au visage et me fit chuter. Nous roulâmes sur le sable humide. Je me tournai rapidement, la faisant lâcher son arme et l’immobilisai, tenant le fourreau du cimeterre contre son cou.

Une vague vint nous couvrir d’écume. D’une main, je rinçai mes yeux, de l’autre je le maintenais fermement. Il toussa et cracha l’eau salée. J’essuyai la suie sur sa joue de jeune homme… non… sa joue de jeune femme… Je souris et rangeai une mèche de cheveux sombres bouclés qui recouvrait ses yeux, dont le regard ne pouvait plus me tromper : c’était un regard de femme, qui a quitté trop tôt son enfance. Ses yeux… Deux diamants gris… Deux brasiers …

Je vis les fumées sombres engloutir la Cité aux dômes d’or ; je vis les francs déferler dans les rues, assoiffés de sang et de carnage, je vis les femmes s’humilier à leurs pieds et implorer pitié pour leurs enfants, je vis l’honneur bafoué, la miséricorde refusée, je vis Constantinople !… Je la vis, courant sur le parvis du palais… Je la vis ramasser une lame sur celui qui tomba la protégeant, et la brandir… Je la vis, courant dans les rues, traits déformés par un cri muet… Je la vis prostrée sur une charrette, les habits maculés de sang…

Je rangeai ma lame et m’assit. Elle restait allongée, sur le sable mouillé, me fixant toujours de ses yeux gris immenses.
« Venez », lui dis-je, « Vous avec surtout besoin d’un bain chaud. La mer est froide… Je vous accepte pour la Garde. Vous serez à mon service, si cela vous convient. Je vous formerai personnellement. Savez-vous qui vous êtes ?...»

Elle se releva s’appuient sur mon bras, comme l’aurait fait une noble Dame à la Cour.
« Vous savez qui je ne suis pas… » dit-elle, « comment pouvez-vous savoir qui je suis ? »

Je la menai dans l’auberge où je m’étais arrêté, dans le port. Je demandai des vêtements pour elle, enfin, pour « lui », car elle le voulu ainsi. Je crois qu’elle n’était pas prête de redevenir femme. L’on apporta de l’eau chaude.
Je la regardai, debout dans la bassine, le dos lacéré de cicatrices et couvert de crasse. Je m’approchai et versai l’eau tiède sur ses cheveux, ses épaules, son dos…

« Certaines flammes sont invisibles aux yeux des communs des hommes… Mais votre feu est semblable au mien… Vous devez apprendre à le maitriser, à le comprendre, à l’aimer… Oui, Sophian, je vous parle de votre regard qui vous montre ce que vous ne souhaiteriez pas forcement voir, qui vous dévoile ce qui est caché… Qui peuple vos nuits de fantômes de votre passé… »

Je senti son corps se tendre. Elle serrait ses habits contre sa poitrine, sanglotant.
« Sophian », appelai-je doucement. Elle se retourna. Lâcha ses vêtements couverts de crasse et se sable à ses pieds…

Je reculai… Ses flancs… Sa poitrine… Marquées d’une brulure en croix. Comme si l’on avait apposé deux épées chauffées à blanc, afin de marquer à jamais ce corps jeune et gracieux.

De ses yeux fermés tombèrent des larmes muettes, et l’eau du la bassine se troubla. Je revis la cité saccagée… Je vis Sophian les bras tordus dans son dos par un barbare en armure ensanglantée par un autre sang que le sien… Un homme prendre deux lames rougeoyantes chauffées dans le brasier… Il les appose sur ce corps qui se tord de douleur…

Et les yeux écarquillés de Sophian…

Je le vois… Comme si j’y étais… Je le vois, car j’y étais. Je me rappelle maintenant : j’y étais. Je l’ai vu et n’ai rien fait !
Je serre les dents… Odeur de chaire brulée… je plonge le linge dans l’eau claire et essuie doucement ces plaies…
J’y étais et je n’ai rien fait…
Je voudrais l’avoir sorti de cet enfer… Je voudrais avoir pu lui épargner toute cette douleur inutile… Et son Don… Est-il indemne ?...

« Mansour… »

C’est elle qui m’appelle…

Je lève les yeux vers elle. L’eau a lavé les traces de souillure de son corps. Aucune cicatrice ne demeure, sauf cette brulure. Je ne puis l’effacer. Seul le temps le pourra, le temps ou l’affection que je pourrai lui donner. La mienne, d’abord. Et puis celle d’un autre…

« Mansour, qui êtes-vous ?... » Elle chuchote, et pourtant sa voix est ferme. Elle n’est nullement effrayée. Fascinée, peut-être… Je pose un doigt sur mes lèvres en guise de silence.

« La Flamme Invisible doit rester secrète, cachée… Je vous l’apprendrai. Je vous enseignerai l’Art, Sophian … »


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