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 Chahinaz, conteuse d'Orient

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Chahinaz, conteuse d'Orient   Dim 3 Mai - 19:21

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Dim 3 Mai - 19:23















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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Dim 3 Mai - 23:11

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Mar 5 Mai - 22:39



Conte 1

Il était une fois un grand Roi, dont le palais n’était que splendeurs d’architecture et jardins fleuris ; et sa cité même était éclose, telle une fleur dans le désert. Ce Roi avait une épouse et des concubines, et nombreux étaient les descendants de ce souverain sage et béni d’Allah le Tout Puissant.

L’un de ses fils, un jeune Prince gracieux et doué à tenir la plume aussi bien que la lame, appréciait certes la vie dans ce palais, mais aimait par-dessus tout arpenter le désert et les oasis, chasser les oiseaux près des cours d’eau et les gazelles sauvages. Son carquois n’avait que trois flèches, mais pas une seule fois le Prince n’était rentré les mains vides d’une de ses promenades.

Un jour, le Prince partit à la chasse, mais le vent soufflait si fort qu’aucun oiseau ne voletait près des cours d’eau. Le Prince fit boire sa monture harassée, et s’agenouilla lui-même afin de se rafraichir. Le reflet qu’il vit soudain dans l’eau frémissante le fit se relever : à quelques pas de lui, un troupeau de gazelles du désert s’était rapproché de l’étang. Le Prince se drapa de son manteau poussiéreux et se dissimula derrière sa monture.
Il observa les gazelles s’approcher timidement de l’étang, ployer leurs cous graciles et se désaltérer. L’une s’avança, s’éclaboussant les flancs argentés de perles d’eau. Son port était gracieux comme celui d’une princesse. Ses narines frémissantes, son œil d’un bleu limpide comme un diamant, sa démarche souple… Le Prince, captivé par ce spectacle, tendit sa main vers son arc, son carquois accroché à la selle. Mais à cet instant son cheval hennit et les gazelles se tournèrent toutes, comme une seule, en sa direction. Leurs yeux se croisèrent un instant. Et d’un coup, elles bondirent hors de l’eau et s’enfuirent.

Le Prince sauta en selle et s’élança à leur poursuite. Il n’en voulait qu’une, n’en désirait qu’une. Il poursuivit les gazelles jusqu’à la tombée de la nuit, mais la flèche qu’il tira manqua sa cible : la gazelle au pelage argenté lui échappa.

Il poursuivit cette gazelle tout le crépuscule, lorsque le soleil couchant unit le sable safran des dunes au velours mordoré du ciel. Et toute la nuit, éclairée par la lune ronde et son écharpe d’étoiles, guidé par seul reflet argenté du pelage de la bête. Mais la seconde flèche manqua s cible, elle aussi.

Sa monture tomba, épuisée, écumant, et le Prince saisit son arc et son unique flèche restante et s’élança à pieds vers la gazelle, qui disparaissait dans un oasis, telle une lueur argentée dans l’ombre se découpant sur le ciel palissant.
Il la vit, là, lasse et haletante, lui faisant face.

Il ajusta son arc, et décocha la dernière flèche.

Et tomba d’épuisement aux pieds de la bête, terrassée.

La bête ?... Non point, car la tête du Prince se posa non sur un flanc au pelage argenté, mais sur un sein blanc, couvert de la soie vaporeuse d’un kaftan. Une goutte de sang coula de sous une main pale et délicate, serrant une flèche qui mordait la chair. Un soupir s’échappa d’une bouche d’un grenat plus voluptueux que tout rubis froid, fut-il enchâssé dans une parure royale.

S’écriant de surprise, le chasseur approcha ses doigts tremblants de la blessure, et brisa sa propre flèche, et la retira. Et déchirant ses vêtements royaux, il pansa la blessure. Car en cet instant il fut terrassé par la flèche invisible du fils capricieux de Vénus.



ce qui suit n'est pas connu des pjs ! je ne divulgue pas ma nature ^^

* * *

C’est ainsi que ma Mère rencontra mon Père. C’est ainsi que je suis née, en début de l’an 1001 du calendrier des chrétiens. J’ai grandi dans le palais de la Bagdad la merveilleuse, la resplendissante. J’ai arpenté ses jardins, ses oasis et ses roseraies…

J’ai fréquenté des Maisons de Savoir. Car j’aimais écouter les histoires du temps passé, les contes et les légendes qui ont forgé mon peuple.

Parfois je m’isolais dans mon palais, ma tour d’ivoire et d’or, me laissant bercer par les contes et les chants que les vents me portaient. Dans le monde de Djinns le temps ne s’écoule pas comme dans la terre des humains, et souvent ce qui me semblait être une nuit, durait mille et une nuits…


En 1257, notre calife de la lignée abbasside, Musta'sim Bi-llah, trente-septième de la dynastie, refusa de reconnaître la suzeraineté mongole. Notre belle cité fut assiégée en début de l’année 1258 : en vingt jours de siège, la ville fut prise, et ses habitants furent massacrés… les jardins furent saccagés… le palais brula…

Je voyais la ville qui m’a vu naitre piétinée, écartelée, profanée, mais je n’avais que ma voix pour se joindre aux lamentations des habitants. Je n’avais que mes yeux pour pleurer avec eux. Car il fut décidé dans la terre des êtres nés de la fumée sans feu que je n’avais plus ma place auprès des mortels ; et des lourdes chaines me retenaient captive dans la tour d’or et d’ivoire…

Un jour, j’ai dû m’incliner. J’ai pu plaider ma cause et négocier. J’ai pu m’échapper et revenir dans la terre des hommes… Mais ça, c’est une autre histoire !










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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Mar 5 Mai - 23:08

https://www.youtube.com/watch?v=il63xbhAAbc

Músicas instrumentales "cultas" de la corte otomana. ESTAMBUL

l'avantage, c'est que cet enregistrement montre les differents instruments cheers
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Ven 8 Mai - 12:05

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Khaldoun

Conte 2

Il était une fois un jeune cadet d’une famille noble et respectée d’une ville riche et prospère, Tunis. Son père, ancien vizir retiré, devenu un juriste de renom lui donna la meilleure éducation convenable à son rang et à son esprit vif. En effet, le jeune homme, qui se nommait Abou Zeid Abd ur-Rahman Bin Mohamad Bin Khaldoun al-Hadrami, eut les meilleurs professeurs parmi les sages et les hommes d’art et de lettres de Tunis.

Alors qu’Ibn Khaldoun n’était qu’un enfant, Iblid le tenta et voulut le détourner de sa quête de savoirs et de sagesse. Elle amena un fléau terrible sur Tunis, la Peste Noire. Ibn Khaldoun vit mourir dans d’atroces souffrances ses frères et ses sœurs, et sa mère bien aimée, et son père.

Voici ce qu’il en écrivit, bien des années plus tard, dans la Muqaddima :
« Une peste terrible vint fondre sur les peuples de l'Orient et de l'Occident ; elle maltraita cruellement les nations, emporta une grande partie de cette génération, entraîna et détruisit les plus beaux résultats de la civilisation. Elle se montra lorsque les empires étaient dans une époque de décadence et approchaient du terme de leur existence ; elle brisa leurs forces, amortit leur vigueur, affaiblit leur puissance, au point qu'ils étaient menacés d'une destruction complète. La culture des terres s'arrêta, faute d'hommes ; les villes furent dépeuplées, les édifices tombèrent en ruine, les chemins s'effacèrent, les monuments disparurent ; les maisons, les villages, restèrent sans habitants ; les nations et les tribus perdirent leurs forces, et tout le pays cultivé changea d'aspect. »

Mais à l’époque, en l’an 1348, Ibn Khaldoun, terrassé par le chagrin, s’enferma dans la Maison du Savoir de Tunis et pleura toutes les larmes de son cœur.

Le Miséricordieux le vit, car nul serviteur des siens ne peut échapper à son regard. Les lamentations des mourants et des endeuillés parvinrent aussi dans les contrées merveilleuses des Djihns, dont certains, emplis de chagrin partagé, tournèrent leurs regards vers cette cité.
Certains virent le jeune enfant aux yeux embués de larmes se refugier dans l’étude, arpenter les bibliothèques et les salles interdites que plus personne ne gardait, effleurer des parchemins que seuls les plus sages peuvent appréhender, murmurer des vers secrets…

Et alors son esprit fut illuminé, car le Roi des Djihns décida de lui accorder la grâce et le réconfort que peu d’humains connaissent. Il accepta d’exaucer trois de ses vœux, mais seulement trois.

Et le premier était le nom d’une princesse enfermé dans une tour d’or et d’ivoire, enchainé au pilier marqué du sceau de Souleymane. Car cette princesse connaissait des savoirs anciens, des contes perdus, de la bouche même de ceux qui leur ont donné forme. Cette princesse ne pouvait remplacer père ni mère, mais elle pouvait continuer l’enseignement des professeurs emportés par le fléau.

Plus tard, Ibn Khaldoun devint voyageur, ministre et chambellan de sultans, chroniqueur de son époque, grand érudit et sage soufi…

Mais ceci est une autre histoire !



(pjs pas au courant de ma nature ni mon emprise : paragraphe en italique)

Nulle chaine ne peut vous retenir lorsqu’un humain vous invoque, vous appelle et vous convoque par votre nom secret !
Je me rappelle encore de cette première fois où je me suis retrouvée, esprit de fumée sans feu, arrachée à ma Tour d’ivoire et d’or, mon refuge et ma prison, forcée à m’incarner, dans un lieu inconnu qui suintait la désolation…
Mais l’enfant qui m’avait invoqué me semblait si désemparé ! Alors je jurai au Roi des Djihns de l’aider et le servir, jusqu’à ce que je sois de son plein gré libérée de cette servitude, par l’un de ses trois vœux.


C’est ainsi que j’ai pu suivre et accompagner Ibn Khaldoun dans ses voyages en terre d’Islam au sud de la Méditerranée, mais aussi en Andalousie, à Grenade. En 1362, nous nous rendîmes dans ce dernier bastion du califat Al Andalous.  Voici ce qu’en écrit Ibn Khaldoun au sujet de l'accueil qui a été le sien à Grenade :
« Le sultan qui s'était empressé de faire tapisser et meubler un de ses pavillons pour ma réception, envoya au-devant de moi une cavalcade d'honneur, composée des principaux officiers de sa cour. Quand j'arrivai en sa présence, il m'accueillit d'une manière qui montrait combien il reconnaissait mes services et me revêtit d'une robe d'honneur. »
J’y ai vu se conclure la paix entre le Royaume de Castille et les Princes de l’Islam. J’ai pu croiser les Princes Chrétiens, Pierre 1er de Castille, des Ambassadeurs illustres des Monarques de l’Occident…

C’est sur cette terre que je fus libérée de ma servitude par l’un des trois vœux. Alors j’ai voulu explorer ces Royaumes, et suivis le chemin des chants et des poèmes, le chemin des troubadours et des conteurs. Je suivis les caravanes d’hommes d’arts et de lettres, vers le nord, par delà les montagnes de la Navarre, vers les contrées où la neige ne fond pas durant des mois et des mois. Je suis remontée par les chemins des Universités, jusqu’à Nuremberg. Car cette cité accueillait les enfants de l’Etoile, de la Croix et du Croissant en sa Maison de Savoir : son Université. J’y ai étudié. Puis j’y ai enseigné.

Mais c’est déjà une autre histoire…
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Ven 8 Mai - 14:51


Lasse des guerres incessantes entre les hommes dans les terres de l’Occident. Rabrouée par certains cadis et mes frères sous la volonté du Tout Puissant. Crainte et chassée par des chrétiens de robes sombres vêtus. Oubliée, comme sont oubliés en des temps troubles et en des temps de changement, les contes merveilleux…
Je me sentis appelée par la terre de ma naissance. Terre des hommes et terre des contes. Je me retournai à ma Tour d’or et d’ivoire…

Je me ressourçai dans les félicités immatérielles, dans les chants merveilleux, dans les contes vaporeux…

Des décennies s’écoulèrent dans le monde des hommes.

Personne ne m’invoqua. Peut-être que mon nom était oublié ?... Et la part mortelle de mon essence s’étiolait, elle aussi.

Je ne retournais plus dans le monde matériel que sporadiquement, y faisant de brefs passages. Je cachais ma nature aux yeux des hommes. Je changeais de traits comme l’on change de vêtements.

C’est ainsi que j’ai vécu à la première Cour Ottomane de Mehmed II, qui a conquis Constantinople en 1453, en la compagnie de ses sept épouses et de leurs enfants : j’étais le chat de la jeune Bahira, la dernière épouse du Sultan.
Mais déjà c’est une autre histoire !
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Ven 8 Mai - 21:34

J'ai trouvé le conte 1 magnifique, juste ce qu'il faut de texte et une très belle histoire. Moi en tout cas ca m'a touché ^^.
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Ven 8 Mai - 22:30

merci.... Embarassed
inspiré des "contes persans" Wink
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Dim 10 Mai - 15:46


Conte 2

Il était une fois un jeune et lettré Cadix dans une petite ville. Il venait à être nommé à cette fonction par les habitants, las de devoir se rendre à la capitale afin de régler leurs querelles et différends.
Ce Cadix avait une épouse, femme pieuse et respectable, un jeune fils et un apprenti, ainsi qu’une esclave.

Mais il avait en cette ville un homme torve, avide de richesses et de pouvoir. Il convoitait depuis longtemps ce poste de Cadix, et s’était juré la perte du jeune juriste.

* * *

Ne pouvant s’en prendre à la conduite irréprochable du Cadix, il entreprit de calomnier sa femme. Il fit courir des rumeurs la présentant comme créature vénale et cupide, à la conduite légère.
Lorsqu’il l’apprit, le Cadix convoqua sa femme et laissa libre cours à sa colère. Il lui fit des reproches acerbes et dit des mots blessants. Face à tant d’injustice, la femme éclata en sanglot. Aveuglé par sa colère, le Cadix prit ces larmes pour un aveu, et s’apprêta à la répudier.
Mais l’esclave se jeta alors aux pieds du Cadix, et l’implora pitié. Ne commettez pas l’injustice, le pria-t-elle, ne faites point comme ce joueur de tar aveugle, qui ne retrouva la vue que pour voir ce qu’il a perdu pour la gloire qu’il avait gagné.

Le Cadix suspendit son geste, et se tourna vers son esclave. Parle, lui dit-il, et si ton histoire est vraie, je la noterai dans les registres, afin qu’elle serve d’exemple.

L’esclave s’assit alors, et parla.

Il était une fois un joueur de tar aveugle. Il n’était ni meilleur ni pire que les autres, et gagnait tant bien que mal sa vie, jouant aux fêtes de son village, égayant les caravaniers à la place du marché, et les voyageurs fatigués dans l’auberge. Il avait femme et jeune enfant, mais il restait peu en leur compagnie. Ses yeux restaient aveugles à la douceur et la beauté de la femme, et aux sourires de l’enfant, car il n’aspirait qu’à la beauté de la musique, de ces notes intangibles, et point aux joies simples d’une vie terrestre.
Un mauvais et retord ifrit entendit sa musique et ses lamentations orgueilleuses, et vint à sa rencontre. Il vint à lui, embrumant son esprit de promesses mensongères de gloire, empoisonnant sa coupe, possédant son tar. Car ce qu’il convoitait, était l’âme du joueur. Les yeux aveugles du joueur ne virent point les mensonges, et non âme était sur le point de succomber à la tentation.
Mais sa femme et l’enfant virent l’impie, et s’interposèrent, par amour, par affection, et sacrifièrent leurs vies pour sauver le joueur du tar, et chassèrent l’ifrit.
Alors le joueur du tar recouvra sa lucidité et sa vue. Et ses yeux contemplèrent les corps sans vie de sa femme et de l’enfant. Et il pleura des larmes amères…

Demande les preuves à l’accusateur, continua l’esclave, et que ta décision, ô maître, ne soit point inspiré par la colère aveugle !

Le Cadix fit alors une enquête et exigea les preuves des calomnies. Mais nulle preuve ne pu être apportée. Car à la parole mensongère il n’existe nul socle.

* * *

Mais l’homme torve ne s’arrêta pas à cet échec, usa d’autres armes. Il se joignit à la compagnie de l’apprenti du Cadix et l’enivra de vin plus que de mesure. Le vin délia la langue du jeune apprenti et il conta que le Cadix avait un trésor, un manuscrit de grande beauté et de valeur inestimable, qui venait, dit-on de Bagdad la merveilleuse. Et il révéla l’endroit où ce manuscrit était caché, et qui n’était connu que de lui et du Cadix lui-même.

Le soir même, l’homme mauvais alla voler le manuscrit et laissa des preuves accusant l’apprenti en place et lieu du trésor.

Dans la matinée, le Cadix, ivre de colère, entra dans la chambre de l’apprenti et le traîna sur les lieux du crime. Le jeune homme ne pouvait nier l’évidence, et pourtant n’arrivait à se rappeler son méfait. Le Cadix attrapa son bras, et s’apprêta à lui couper la main, comme l’exige la loi, et à le chasser, lorsque l’esclave se jeta à ses pieds et l’implora pitié.
Ne commettez point l’injustice, le pria-t-elle, ne faites point périr prématurément l’homme et son chien qui portait le nom de Fidélité !

Surpris, le Cadix relâcha son étreinte, et ordonna à l’esclave de parler. Sache, lui dit-il, que nul ne peut nier l’évidence des preuves de la culpabilité, mais si ton histoire est vraie, je la noterai dans les registres, afin qu’elle serve d’exemple.

L’esclave s’assit alors, et parla.

Il était une fois une grande ville dans les terres de l’Al-Andalous, et y vivait un joaillier, un artisan de grand renom, sage et bon. Il avait un chien, à qui il avait donné nom Fidélité, et un apprenti, un jeune homme vif d’esprit et bon de cœur, mais aimant trop le vin et les femmes. Un jour, sous emprise de vin, ce jeune apprenti se vanta des talents de son maître. Il conta qu’il pouvait créer une parure, taillant gemmes et forgeant métaux précieux, capable de donner vie éternelle.
Ces paroles parvinrent aux oreilles du sultan de cette ville, et il envoya ses gardes cherché le joaillier. Ils le menèrent devant le trône, et le sultan exigea que l’on lui forge telle parure. Mais le joaillier refusa, expliquant que ses talents n’étaient pas aussi étendus, et que seul le Tout Puissant peut offrir la vie éternelle, mais nulle parure forgée par des mains humaines.
Le sultan entra dans une rage sans nom et fit jeter le joaillier aux cachots et lui donna délais, afin que l’homme lui forge la parure, le menaçant de mort atroce. Le joaillier, attristé, comprit que sa dernière heure est venue, et pria que l’on lui mène son apprenti et son chien.
Lorsque Fidélité vit son maître, il se coucha à ses pieds, ainsi qu’il l’avait toujours fait. Lorsque l’apprenti vit son maître, il comprit que ses vantardises ont été à la source de ces malheurs, et pleura, demandant pardon. Le joaillier était bon maître, il flatta l’encolure du chien et consola l’apprenti. Ainsi, il leur fit ses adieux.
Et à trois, ils demandèrent à voir le sultan. Entendant encore un refus, le sultan ordonna à son bourreau de mener de suite les deux hommes et le chien au trépas.
Et le vieux joaillier se prosterna, demandant grâce pour son chien et son apprenti. Et la lame du bourreau, obéissant au geste du sultan, alla s’abattre sur son cou.
Mais en cet instant, Fidélité bondit et s’interposa car son nom même l’y poussa. Et l’apprenti s’interposa également, n’aspirant qu’à racheter sa faute et son imprudence. Leur sang mêlé ruissela sur le vieil homme. Et la force de l’affection mêlée à la fidélité forgea une gemme rouge comme le rubis, qui se déploya tel un chemin sous le regard médusé du sultan. Et le joaillier s’avança sur ce chemin, et nulle arme mortelle ne put l’atteindre, car il arpentait le chemin de la vie éternelle, lui offerte par le Tout Puissant, ému du sacrifice.

Entends la confession de celui que tu crois coupable, continua l’esclave, et que ta décision, ô maître, ne soit point inspiré par la colère aveugle ! Quant à ton manuscrit, sache, ô maître, qu’il n’était que copie de l’ouvrage que voici.
Et l’esclave tendit un rouleau de parchemin vétuste, entouré de soie damassée de fils d’or et d’argent.

La Cadix accepta le présent et écouta les explications de son apprenti. Comme il avait bon cœur, et en hommage à la fidélité passée du jeune homme, il lui pardonna cet instant d’égarement.

* * *

Mais le mauvais homme ne s’arrêta point là. Il rumina des semaines et des semaines sa rancœur et sa méchanceté. A court d’idées, il s’adressa à un sorcier impie, qui lui façonna un golem de sable, à l’image du jeune fils du Cadix.

Un soir où le Cadix rentra chez lui, le golem à l’apparence trompeuse, l’accueillit en place et lieu de son jeune enfant, et le poignarda, et s’enfuit. Le Cadix tomba et perdit connaissance de douleur et de chagrin. Lorsqu’il ouvrit les yeux, son fils bien aimé avait appelé toute la maisonnée, et soignait sa blessure.

O malheureux ! ô fils infâme ! ô vipère nourrie en mon sein ! s’écria le Cadix, s’apprêtant à le maudire et à la chasser.
Mais l’esclave lui posa main sur la bouche, empêchant les mots de colère aveugle d’en jaillir, et se jeta à ses pieds et l’implora pitié.
Ne commettez point l’injustice, le pria-t-elle, ne maudissez point celui qui sauva votre vie ! Car il est des hommes humbles comme des rois : nos enfants nous sauvent.

La Cadix soupira, mais ordonna à l’esclave de parler.
Sache, lui dit-il, que nul ne peut commettre un meurtre et rester immaculé, et que le parricide est l’un des pêchers les plus grand, tout comme le meurtre de son enfant, mais si ton histoire est vraie, je la noterai dans les registres, afin qu’elle serve d’exemple.

L’esclave s’assit alors, et parla.

Il était une fois un grand roi. Il avait pays prospère et sages conseillers. Il avait aussi femme et enfants nombreux. Un jour, ce roi partit à la guerre, mais la bataille fut terrible, et il fut blessé et fait prisonnier. Son adversaire le mena en cachot et l’y enchaîna.
Les ministres du roi proposèrent une rançon somptueuse, mais elle fut refusée. Ils proposèrent esclaves et troupeaux de chamelles, mais cela aussi fut refusé.
Alors les deux fils aînés du roi quittèrent leur palais et leur pays, et se proposèrent prisonniers, à la place de leur père.
Et sachez, ô maître, que nul esprit mauvais ne saurait refuser deux âmes innocentes en échange d’une seule. Et leur sacrifice fut accepté…

Quant à celui qui a tenté de vous ôter vie, ô maitre, le voici, emprisonné en cette cage, par le sceau de Souleymane le sage. Je l’y ai enfermé, ô maitre, car il n’est point votre fils, bien qu’en ayant la semblance. Tendez votre main, et voyez par vous-même : il est golem de sable, animé par un esprit mauvais et asservi.
Commandez de le libérer, ô maitre, et il vous montrera celui qui œuvre à votre perte en cette ville. Celui qui s’en prend à vous et les vôtres pour la troisième fois…

Ainsi parla l’esclave, et le Cadix ordonna de libérer l’esprit du golem, en échange du nom de celui qui avait souhaité ces malheurs.
Et le Cadix convoqua l’homme mauvais et le jugea selon les lois dictés par le Tout Puissant et consignés dans le Saint Livre.

Le Cadix offrit la liberté à son esclave, mais fut chagriné lorsqu’elle exprima sa volonté de quitter son service. Il respecta néanmoins son souhait, et le couvrit de présents somptueux, afin qu’elle ne manque de rien dans ses voyages…

Mais ce qui se passa ensuite, c’est déjà une autre histoire.

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Dim 10 Mai - 21:19

Une bien belle histoire ^^
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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Mer 13 Mai - 12:29




oui, c'est moi-iaou =^^=
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Jeu 21 Mai - 18:59

un peu sur les Harems :

http://www.apamee.com/istanbulPalais.htm

Hiérarchie au Harem (par ordre croissant)



- Les femmes de service et eunuques
Elles sont autour de 400. Celles qui montent un peu en grade sont les Kalfa et dirige un petit groupe de servantes. Puis il y a les Usta, les "maîtresses"et enfin tout en haut Hazinedâr (la trésorière)

- les élèves de l'école du harem
Elles étudient la musique, le chant, la danse, la poésie et les arts de l'amour, le turc et le persan. Beaucoup d'entre elles, sans jamais apercevoir le sultan, ,partiront épouser des officiers ou des fonctionnaires.

- Les favorites
Gedikli : femme de chambre au service personnel du Sultan
et dont on espère qu'il la remarquera...
Gözde : femme qui a réussi à attirer le regard du Sultan (göz : l'oeil)
İkbal : favorite du Sultan dont il honore occasionnellement la couche
Hassodalık : concubine plus fréquemment appelée dans la chambre (oda) du sultan (nos odalisques !)

- Les épouses
Leur nombre est très variable : zéro avec certains sultans diront les mauvaises langues ! - une seule parfois et jusqu'à huit pour les plus vigoureux !

Baş Haseki : première épouse parce qu'elle est la mère du prince impérial en titre.
Les autres Haseki sont les mères d'héritiers mâles encore présomptifs ! Elles vivent à part dans le Harem et ne peuvent plus se marier après la mort du sultan. Elles sont chassées du harem si leur fils meurt ! Il y aussi les Haseki Kadın , mères de princesses impériales qui peuvent convoler à la mort du sultan

Attention, épouse ne veut pas dire qu'il y a mariage ! Très rares seront les Haseki officiellement épousées : comme la très célèbre Hürrem (notre Roxelane) !

Valide Sultan (prononcer : validé; turc : « valide », « mère »)
Mère du Sultan régnant qui elle-même règne sur le Harem mais dont elle est exclue souvent sans ménagement ! dès la mort de son fils

A la seule exception de Valide Sultan, pour les femmes "Sultan" est un titre exclusivement porté par les filles du Sultan, les princesses impériales ; jamais par ses favorites ni son éventuelle épouse !


**********************************

http://fr.wikipedia.org/wiki/Harem

http://fr.wikipedia.org/wiki/Harem_dans_le_Proche-Orient_ancien



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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Ven 22 Mai - 11:51

Conte 4

Il était une fois dans la cité merveilleuse de Bagdad un jeune prince, fils d’un Grand Vizir. Bien que de pure et noble lignée, les astres ne le prédestinaient point à gouverner le peuple des croyants, ainsi put-il se consacrer aux arts et aux lettres et toutes les formes de distractions nobles. Il affectionnait particulièrement la musique, et se délectait souvent des mélodies des musiciennes du harem. Il y avait été admis encore enfant, étant de la parenté de la lignée du Calife.

Il appréciait particulièrement le jeu d’une jeune musicienne, qui jouait aussi bien du tar, de l’oud (ancêtre du luth), du qanûn http://fr.wikipedia.org/wiki/Qan%C3%BBn_(instrument)
sorte de cithare à soixante-douze cordes métalliques) et d’autres instruments à cordes, mais aussi des percussions et des flûtes.

Souvent, le soir, le prince sortait sur son balcon et jouait des accords mélancoliques au tar. Un soir, la brise du soir lui rapporta les notes d’un accord faisant écho au sien, venant d’une autre terrasse du palais. Ainsi se noua une discussion sans nul mot.

L’une des concubines remarqua l’harmonie parfaite de la musique dans la nuit. Elle surprit aussi quelques regards à la dérobée et un sourire échangé. Cela la contraria. Et comme cette femme avait le cœur mauvais, elle décida de se débarrasser de la musicienne.

Un jour, elle prétexta un mal, un empoisonnement. Et déclara la musicienne coupable de lui avoir infligé ce mal. Pour guérir, la cruelle concubine demanda à manger le cœur de la musicienne.

Que pouvait faire une simple musicienne face à l’hostilité d’une Haseki du harem ! Le jeune prince eut beau prier, la musicienne eut beau clamer son innocence, la concubine ne renonça pas à son cruel projet.
Et la musicienne fut tuée. Lorsque sa gorge fut tranchée, des gouttes de sang maculèrent un oiseau qui voletait autour. Le rossignol aux ailes tentées de sang ocre s’envola, et ne cessa de chanter tristement lorsque la concubine devorait le cœur cru de la musicienne.

Mais le soir, le rossignol revint dans les jardins du saraï, et se posa non loin de la terrasse du prince. Lorsque les doigts du prince effleurèrent l’oud, en complainte triste, l’oiseau joignit son chant à la mélodie de l’homme. Et ainsi se passa désormais chaque nuit.

La concubine l’apprit, part quelques ragots et commérages, et ordonna que l’oiseau lui soit amené dans une cage. Mais les serviteurs eurent beau l’appâter, le menacer, lui courir après, ou tendre les filets, ils ne purent capturer le rossignol.
Alors la concubine, dévorée par sa rage, prétexta un mal incurable. Le remède, dit-elle, lui avait apparu en songe. Pour guérir, dit-elle, je dois manger ce rossignol.
Comme le jeune prince était dans tout le palais la seule personne que l’oiseau approchait, c’est lui qui fut désigné de le capturer et de le servir à la Haseki.

Le soir venu, l’oiseau se posa sur la balustrade de marbre. Mais le prince ne put jouer une mélodie : il se jeta à genoux devant le rossignol et lui implora pardon, et lui conta le dessein cruel de la concubine.
N’aie crainte, lui répondit le rossignol de voix humaine, chantons ce soir encore, et à l’aube, je me laisserai m’attraper, mais je te demande de me faire trancher la tête et les ailes et de les jeter derrière toi sans te retourner. Sinon, tu me perdras à jamais…

Et ils jouèrent et chantèrent toute la nuit. Et à l’aube, l’oiseau se posa dans les mains du prince, qui le porta dans les cuisines. Lorsque le cuisinier trancha la tete et les ailes du rossignol, le prince les prit et les jeta derrière lui. Un chat qui passait par là en cet instant s’y jeta et les dévora.

La concubine se délecta de l’oiseau préparé savamment en sauce et aux amandes.
Mais quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu’elle aperçut, quelques jours plus tard, le jeune prince jouer gaiment avec un chat et le caresser sur ses genoux. Pensant être seul, le prince déposa un baiser sur le front du chat, et celui-ci devint une jeune fille. Et la musicienne – car c’était bien elle – s’inclina devant le prince et ils bavardèrent joyeusement.
Voyant cela par la porte entre-ouverte, la concubine étouffa de rage, et se rua dans la pièce, afin de tuer de ses propres mains la musicienne. Mais tous les chats qui dormaient sur le sofa et les coussins s’éveillèrent tout à coup, et se jetèrent sur la haseki, toutes griffes dehors, et griffèrent sa peau, et l’aveuglèrent.

Ainsi fut payée la cruauté et la médisance.

Quand au prince, il prit pour épouse la musicienne, et ils partirent, dit-on, sur les routes des épices et de la soie, chantant leur amour…

* * *

La vérité en fut tout autre. Le prince, comprenant les crimes et les mensonges de la concubine, et n’écoutant que sa colère, plongea son poignard dans la gorge de la Haseki.
Alerté par le bruit, des serviteurs et des gardes entrèrent dans la chambre et le saisirent. Il fut jugé coupable et exécuté le jour même…
L’on dit que lorsqu’il rendit son dernier soupir, la corde qui l’étrangla devint tige et deux roses fleurirent à ses extrémités.

Et je partis seule sur les routes des épices et de la soie…


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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Dim 7 Juin - 16:26

Râbi’a al-Adawiyya

Une Sainte Musulmane du VIIIe siècle La Mère du Bien « Ummu al khayr »

- Considérée comme l’une des grandes saintes de l’Islam, Rabi’a al-‘Adawiyya (m. 185H./801 J.C.) est la figure qui illustre par excellence la sensibilité de l’amour spirituel féminin. Elle fut parmi les autres saintes, celle qui a le plus exprimé son Amour pour Le Seigneur par ses actes, ses paroles et ses poèmes.

- Elle refusa la demande en mariage, faite par de riches et pieuses personnes, et mena une vie de célibat consacrée exclusivement à la dévotion, à la contemplation et au pur Amour de Dieu. Et en ce sens, elle contribua grandement à l’apparition de cette piété féminine qui allait marquer de son empreinte toute la postérité.

- Grâce à ses nombreux disciples, son rayonnement spirituel demeure vivace et son expérience personnelle continue de susciter bien des vocations jusqu’à nos jours. Ces disciples ont su transmettre sa doctrine d’Amour que résume cette confidence de Rabi’a :

« Mon Dieu, si je T’adore par crainte de Ton Enfer, brûle-moi dans ses flammes, et si je T’adore par crainte de Ton Paradis, prive m’en. Je ne T’adore, Seigneur, que pour Toi. Car Tu mérites l’adoration. alors ne me refuse pas la contemplation de Ta Face majestueuse ».

http://www.saveurs-soufies.com/index.php?option=com_content&view=article&id=34:rabia-al-adawiyya&catid=10:femme-musulmane-femme-soufie&Itemid=191
et
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rabia_al_Adawiyya


L’Amour

« Entre l’amant et le bien-aimé, il n’y pas de distance, ni de parole, que par la force du désir, ni de description, que par le goût.
Qui a goûté, a connu. Et qui a décrit ne s’est pas décrit. En vérité, comment peux-tu décrire quelque chose, quand en sa présence tu es anéanti ?
En son existence, tu es dissout ? En sa contemplation, tu es défait ?
En sa pureté, tu es ivre »"




Comment je T'aime ?

De deux amours je T'aime:
L'un tout entier d'amour
Et l'autre parce que Tu es digne d'être aimé.
Le premier, c'est le souci de me souvenir de Toi,
De me dépouiller de ce qui est autre que de Toi.
Le second, c'est l'enlèvement de Tes voiles
Afin que je Te voie.
Que je ne sois ni pour l'un ni pour l'autre louée
Mais louanges à Toi pour l'un et pour l'autre !
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Lun 8 Juin - 11:27

hommage au sac de Rome par les reformés.



Il y a la pomme
Luisante d’orgueil,
Et cette femme
Qui porte le deuil
De la cité
Encore debout.
(Mais elle a brûlé !)

Et nul ne croit
La prophétie :
Les astres mentent,
Cassandre aussi.
Et la cité
La désavoue.
(Et elle a brulé !)

Les temples brillent
D’ivoire et d’or,
Et les palais
Plus beaux encore
De la cité
Furent embrasés :
Des cendres aux cendres !

Et la seconde
Illion d’orgueil
Se fourvoya
Et prit le deuil.
Eris riait
Des idoles brisées,
Des pleurs de Cassandre.

Et la troisième
En héritage
Reçut le sort
D’Illion et Carthage.
Cette cité
Fut profanée
Du sang des frères.

Le Crucifié
Souffrit encore
Et dans son âme
Et dans son corps.
Le Tibre coulait,
Du sang des sept plaies
Abreuvant la terre.

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Lun 8 Juin - 11:28



Le ruisseau ondule et glisse
Sur les galets lisses.

Il chantonne, guilleret,
Le Nom adoré.

Des pins les larmes de joie
En calligraphie
Coulent au fond de l’eau, flamboient,
Son Nom glorifient.

Je me penche et l’onde claire
Me renvoi ses traits,
Dessinés dans la poussière
D’une âme égarée.
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Jeu 11 Juin - 9:47

Trois aveugles s’approchent d’un grand oliphant ;
L’un touche sa patte et s’écrie : Pilier !
Le second caresse sa trompe : Serpent…
Le dernier, flattant les défenses, est muet.

Aveugle je suis, vers Toi tendant mes mains ;
De l’immensité ne saisis que poussière ;
Me penche sur un rosier : c’est Ton parfum ;
Jouant du ruisseau, Ton sourire m’éclaire.

Je danse pour Toi, dans un champ de blé murs
Ou un pré fleuri, étreinte de Tes mains.
Aux chants de Tes oiseaux je joins mon murmure ;
Et bois, assoiffée, l’ivresse de Ton vin.

A l’orée de l’aube je vois Ta silhouette
Marcher vers le ciel qui embrasse le sol.
Je calligraphie ma prière muette
Sur le sable d’or. Et Ton souffle l’immole.



***********************

en 11 syllabes, imitation de ghazal mystique soufi =^^=
et c'est bourré de references (oiseaux/simorgh; ivresse/ soufisme ivre; danse/danse des derviches; legende des trois aveugles/ conte hindou, repris par saadi je crois ou un autre....)
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Jeu 11 Juin - 11:32

http://antiochus.over-blog.com/article-les-aveugles-et-l-elephant-conte-philosophique-soufi-78659732.html


Les aveugles et l’éléphant
ou "l'éléphant dans la maison obscure"




Au-delà de Ghor (1) s’étendait une cité dont tous les habitants étaient aveugles. Un roi arriva en ces lieux, accompagné de sa cour et de toute une armée ; ils établirent un camp dans le désert.
Or ce monarque possédait un éléphant puissant qu’il lançait dans la bataille pour accroître la terreur de ses ennemis.

La populace brûlait de voir l’éléphant et certains des membres de cette communauté d’aveugles se précipitèrent en désordre à sa découverte.

Comme ils ne connaissaient ni la forme ni même le contour de l’éléphant, ils le tâtèrent à l’aveuglette, recueillant des informations en touchant telle ou telle partie de l’animal.

Chacun croyait savoir quelque chose parce qu’il avait pu en sentir une partie.

Lorsqu’ils revinrent auprès de leurs concitoyens, ils furent aussitôt entourés de groupes avides. Tous étaient anxieux, bien à tort, d’apprendre la vérité de ceux-là mêmes qui étaient dans l’erreur.

Ils posèrent des questions sur la forme et l’apparence de l’éléphant et ils écoutèrent tout ce qu’on leur en dit.
On interrogea sur la nature de l’éléphant l’homme dans la main avait atteint une oreille. Et cet homme d’affirmer : « C’est une grande chose rugueuse, aussi large qu’un tapis. »

Celui qui avait touché la trompe proclama : « Moi je ne sais à quoi m’en tenir. Cela ressemble à un tuyau droit et creux, horrible et destructeur. »

« Il est puissant et ferme comme une colonne », dit à son tour celui qui avait tâté les pattes.

Chacun avait touché une partie du corps de l’éléphant. Chacun l’avait incorrectement perçu. Aucun ne connaissait le tout : la connaissance n’est pas la compagne des aveugles. Tous imaginaient quelque chose. Et l’image qu’ils s’en faisaient était fausse.

La créature ne sait rien de la divinité. Les voies de l’intellect ordinaire ne sont pas la Voie de la science divine.


Hakim Sanai (dans le premier livre de son "Jardin muré de la vérité". Sanai mourut en 1150.)



(1) Ghôr est une province montagneuse du centre de l'Afghanistan.
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Jeu 11 Juin - 14:41

https://www.youtube.com/watch?v=VjxpSBqy2aw





Leili Anvar : La quête de l'Autre (Cultures d'Islam)

Lors de l'émission “Cultures d'Islam”, diffusée sur France Culture le 24 janvier 2014, Abdelwahab Meddeb s'entretenait avec Leili Anvar autour de sa nouvelle traduction du “Cantique des Oiseaux” du poète mystique persan Farîd od-dîn ‘Attâr.
Réalisation : Rafik Zénine

Avant d’arriver à l’Absolu, demeure du Sîmorgh, des milliers d’oiseaux traversent sept vallées : celles du désir, de l’amour, de la connaissance, de la plénitude, de l’unicité, de la perplexité, du dénuement, de l’anéantissement.
Presque tous meurent ou abandonnent en chemin. Seuls trente arrivent au but : sî morgh, « trente oiseaux ». A travers ce jeu de mots (sî morgh, Sîmorgh), ‘Attâr nous signifie que les sept vallées ne sont que les étapes d’un cheminement intérieur. Au bout, les âmes ne pouvaient que se voir elles-mêmes. Même à ce stade ultime, les oiseaux restent noyés en eux-mêmes.
« Vous avez cherché l’Autre en cheminant longtemps / Vous ne voyez pourtant que vous, rien que vous ! » (distique 4277).
C’est que l’objet de la quête n’est pas en dehors de vous, il est en vous. Simorgh demeure invisible pour les yeux, indicible par la parole, inaudible à l’ouïe. Il ne vous reste qu’à plonger dans le feu de sa Présence et disparaître. De cet état, personne n’est revenu.
Comment en faire alors le récit ? s’interroge ‘Attâr (circa1158-1221), l’immense poète de Nishapur dont le “Mantiq at-Tayr” nous est donné ici en vers en conservant le paradoxe qui habite l’original : Comment dire l’indicible ? Comment figurer l’invisible ? Comment penser l’impensable ?
La tâche du traducteur est de rendre l’œuvre dans son ambivalence entre l’opacité et la transparence, où se déploie sa densité.

Farîd od-dîn ‘Attâr, “Le Cantique des Oiseaux” : traduction Leili Anvar, choix d’illustrations de peintures islamiques d’Orient analysées et commentées par Michael Barry. (éd. Diane de Selliers)

Invitée :
Leili Anvar, de l'INALCO

“Cultures d’Islam” participe à la levée d’une méconnaissance pour que les références islamiques circulent dans le sens commun et, d’une façon plus ouverte, moderne et polyphonique, approche l’Islam en tant que phénomène de civilisation.
Abdelwahab Meddeb, le producteur de “Cultures d'Islam”, s'est éteint dans la nuit du 5 au 6 novembre 2014. Abdelwahab Meddeb était romancier, essayiste, scénariste, traducteur et poète, et il était devenu au fil des années l'une des voix marquantes de France Culture.
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Jeu 11 Juin - 16:05



Leili Anvar - Rûmî, La religion de l’amour

**************************************************************



Leili Anvar - La poésie Mystique - Culture d'Islam

**************************************************************



Leili Anvar - Djalāl ad-Dīn Rūmī


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Conférence Leili Anvar "L'Islam est la religion de l'amour"

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Jeu 11 Juin - 21:33



Je crois comprendre ce que peut ressentir une flute, ce bout du roseau, coupé du tronc.
un dechirement. un manque. echo. parfum de l'etang. souvenir de l'ondoyement du roseau sous la brise. souvenir d'une etreinte fugitive et intangible.
j'ai envie de chanter, comme la flute le fait, laissant passer à travers elle le souffle.
mais je sais que mon chant sera imparfait, car ce n'est que l'echo du souffle qui passe à travers moi.


ce que les Djinns sont, ils le sont dans la lumiere. ils ne sont capables que de l'adoration.
ce que les hommes sont, c'est l'affection. car ils ont reçu en présent l'Amour. ils sont capables d'aimer.

moi, qui ne suis d'aucun des deux regnes pleinement, de quoi suis-je capable ? de quoi suis-je digne ?


mon receptacle a porté une ame authentiquement humaine. je lui ai ouvert les portes de mon corps et de mon coeur. n'est-ce pas un simple respect de l'hospitalité?
n'est-ce pas le devoir de l'hote que de faire plaisir à l'invité, de la choyer et le cherir ? alors oui, je me suis effacée des jours entier, me suis repliée, laissant tout loisir à mon noble hote que d'arpenter le monde dans une enveloppe charnelle.
lorsque je marchais pieds nus sur l'herbe fraiche et soyeuse, lorsque j'elançais le coursier au galop porté par le vent, lorsque je jouissais des teintes profondes d'un coucher du soleil et des parfums chauds, lorsque je jouais un air sur l'oud, c'est pour mon hote que je souhaitais offrir ces delices. pour l'honorer. pour qu'il se sente humain, "incarné"....
c'est pour honorer la loi de l'hospitalité.

pourquoi ce manque alors ?...
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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Ven 12 Juin - 13:13

Rûmi


En souvenir de ta lèvre, je baise le rubis de ma bague ;
N'ayant pas celle-là, je baise celui-ci.
Ne pouvant atteindre ton ciel,
Je me prosterne et je baise la terre.

******


L'union? voilà les jardins du Paradis.
La séparation? voilà les tourments de l?enfer.
L'amour est éternel, l'univers est son vêtement,
Il met à nu celui qui est vêtu? voilà la clé de l'énigme.

*************

Heureux le moment ou nous serons assis dans le palais

Toi et moi,

Avec deux formes et deux visages, mais une seule âme
Toi et moi.

Les couleurs du bosquet et les voix des oiseaux
Nous conféreront l'immortalité
Au moment ou nous entrerons dans le jardin
Toi et moi.

Les étoiles du ciel viendront nous regarder;
Nous leur montrerons la lune elle-même
Toi et moi.

Toi et moi,
Libérés de nous mêmes, serons unis dans l'extase,
Joyeux et sans vaines paroles
Toi et moi.

Les oiseaux du ciel au brillant plumage
Auront le cœur dévoré d'envie.
Dans ce lieu ou nous rirons si gaiement
Toi et moi.

Mais la grande merveille
C'est que toi et moi, blottis dans le même nid,
Nous nous trouvions en cet instant
L'un en Iraq, et l'autre en Khorassan
Toi et moi

***************

Afin de parler, une nécessité, écoute d'abord,
apprend à parler par l'écoute.

***************

Si votre pensée est une rose,
vous êtes un jardin de rose;
si c'est une épine,
vous êtes un carburant pour un fourneau.

************

Une bien-aimée demanda à son amant:
"O mon ami! Tu as visité beaucoup de villes lorsque te étais seul. Dis-moi celle que te préfères parmi toutes."
Et l'amoureux répondit:
"C'est la ville où habite ma bien-aimée. Bien qu'elle soit petite, elle nous semble la plus vaste!"

*************

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Lun 15 Juin - 17:54


1530, été.


Je marche depuis plusieurs jours déjà. Seigneur Maurizio est reparti vers le large. Maitre Abel est resté dans une des bourgades sur le chemin.

Et moi, je continue la route, qui serpente parmi les champs d’oliviers, ondoie le long des prés aux parfums suaves de soleil et de fleurs, serpente entre les monts et vallées du pays qui a connu Socrate et Aristote, Iscander le grand et Paul l’Apôtre des chrétiens…

C’est d’ailleurs la route de ce dernier que je suis, aveuglée, toute comme lui, d’incertitudes et de questions, de questionnements.

Le paysage s’étale, devant moi, tel le visage ridé de quelque sage, dont les larmes de joie et de douleur auraient creusé ces sillons et ces vallées. Dont le front et les sourcils buissonneux sont balayés par des vents de doutes. Dont les joues sont desséchées et couverts de la poussière du monde, tout comme ma cape : son blanc s’est teint de sable pale, d’argile ocre, de glaise brune, de pollen jaune de fleurs bordant la route…
Cette route me sculpterait-elle humaine, telle la main invisible du Vrai ?

* * *

La mer adriatique est tel un œil de saphir qui scintille. L’air que je respire est chargé de mille senteurs de fleurs et de sèves, de sel et de miel, de sueur de la terre et de sève de pins agrippés au flanc de la falaise.

Je reste allongée, les yeux rivés vers le ciel couleur de mer, reflets l’un de l’autre, reflets du regard que le Créateur pose sur moi. Le va-et-vient des vagues en contrebas sont l’écho du cœur du monde, et mon propre cœur s’y règle, peu à peu, dans un abandon complet, une dissolution délicieuse.

« Je ris de tout mon être, comme la rose, et non pas des lèvres seules,
Car je suis hors de moi-même et seul avec le roi du monde.
O toi qui as apporté le flambeau et emporté, à l’aube, mon cœur !
Unis l’âme au cœur, n’enlève pas le cœur seul ! »
(Rûmi)

En cet instant, lorsque ma voix se répercute avec les vagues sur la falaise, se confond avec le bruissement des pins et le gémissement du vent s’engouffrant entre les rochers, en cet instant je suis la voix de Mawlânâ et son chant d’amour et de joie, je suis le rire d’Halladj crucifié, je suis une rose entre les mains de Saadi !...

« Ne pense pas, ne pense pas, car les pensées
Sont comme une flamme qui consume tout de fond en comble.
Perds la raison, perds la raison par l’ivresse et l’émerveillement,
Afin que toute la roselière donne naissance à des cannes à sucre.
La bravoure est folie, n’y pense pas, renonce à elle ;
Comme les lions et les hommes, renonce aux vains espoirs,
Car les pensées sont comme un piège, les gaspiller est interdit.
Pourquoi tant d’artifices pour obtenir des miettes ?
Si tu t’abstiens de nourriture, inutile de te livrer à de telles ruses.
Si l’avidité se plaint, nous resterons sourds à ses appels. »
(Rûmi)

* * *

Nous marchons dans les pas mêmes de l’apôtre Paul, mais l’enfant qui court devant nous ne s’en soucie pas. Cela lui est égal de savoir quels pieds de saints ou de sages ont foulé le sentier boueux après l’averse. Ce qu’il aime, c’est sauter pieds joints dans les flaques miroitantes, c’est courir vers l’arc-en-ciel, car dit-on à son commencement se trouve un pot rempli d’or. Il sautille comme un de ces agneaux qui trottent autour de nous, suivant docilement la mélodie de la flute du berger et l’aboiement de ses deux chiens, deux cerbères du plateau d’Anatolie.

C’est eux qui m’ont débusquée, comme un gibier, alors que je remontais le son de la flute. Les notes cristallines se sont brutalement interrompus pas un affreux grognement, et je me suis retrouvée perchée dans les branches d’un oranger, hurlant de terreur. C’est la que cet enfant, couvert de loques et de pelisse accourut, et rit aux éclats me voyant. Puis vint le berger, et les cerbères s’éloignèrent.

Je sautai maladroitement à terre.

Lorsqu’il me releva, j’ai vu le soleil de Tabriz. Un bleu limpide comme la mer et le ciel mêlés en un seul reflet, lumineux d’un éclat d’étincelles d’or…

Les yeux, dit-on, sont le reflet de l’âme. Souvent, lorsque nous regardons l’Autre dans les yeux, c’est pour y voir le reflet de notre propre âme. Rarement il est des regards qui cherchent l’âme de l’Autre, au delà du reflet de soi. Rares sont ces instants où la parole s’estompe, vaine, glisse comme un habit devenu inutile. Rares et fugitifs, car il suffit d’un battement d’un cil pour briser cet éclat d’éternité. Ou d’une exclamation naïve d’un enfant…

Il te répondra pas, mon frère, me disait l’enfant, il sait plus parler. L’ombre d’un nuage passa dans le bleu ensoleillée de la mer. Et comme pour appuyer ces paroles, le berger sourit et me montra sa flute.

Telle était ma rencontre avec l’enfant aussi bavard qu’un moineau et son frère le berger dont la voix humaine était tue. J’ai appris l’histoire de leur chemin, depuis le massacre d’une grande ville par les mahométans-envoyés-du-diable, leur fuite vers la mer, toujours vers le sud, ce village qui les a recueillis, ces moutons devenus leur nouvelle famille et foyer… Il comprend tout, disait l’enfant blotti contre son grand frère, seulement il répond pas…

Nous marchons sur la route boueuse, et le soleil sèche nos tuniques collées à la peau par l’averse. Nous laissons le troupeau nous distancer sur la route : l’enfant connait le chemin vers le village, et protégé par les cerbères, il ne craint rien.
Demain la route se termine : nos chemins se séparent. Ils restent, et moi, je continue vers le nord, vers les Etats Vénitiens, vers la France.

La glaise colle à mes pieds. Mes jambes doivent rassembler à ce qu’était cette part d’Adam non encore modelé par la volonté du Créateur. Il rit à cette remarque. Il dit que cette boue est douce. Qu’elle est bonne pour la terre et les hommes. Je sais qu’il pense à une autre boue, celle où la terre est imbibée de sang et non d’eau, de sang et de cendres… Je vois ces images apparaitre clairement dans mon esprit. Je vois le verrou posé sur ses lèvres, comme pour empêcher ces souvenirs se déverser par sa bouche et maculer ce silence paisible par des hurlements de douleur et de rage. Comme pour empêcher ce sourire empli de douceur se transformer en grimace…

Il s’arrête et me fixe de ses yeux limpides. Il sait que je l’entends. Je tends mes doigts et effleure ses lèvres, le contour du verrou du silence. J’y inscris les lettres invisibles de la Révélation, reflet des Paroles, reflet du soleil de Tabriz dans ses yeux.
Tu parleras le Vrai, lui dis-je, car tu es le Vrai en cet instant et sur cette route.

Je lui chuchote le vent afin de disperser les cendres. Son souffle à lui a le gout du sel comme l’eau de la mer. Le parfum de la glaise, de l’herbe humide et de la sève des pins. Et ses boucles humides, d’un blond de paille, se mêlant à me cheveux sombres. Une ivresse, comme une coupe partagée, transcendante et incarnée. Si humaine !
Tellement humaine…

Nos chemins se séparent ici et ainsi. Je suis la première à entendre le son de sa voix. Je l’entends encore, dans l’écho que je laisse derrière moi. Je sais qu’il me regarde, comme un reflet glissant sur la route. Une autre route m’appelle déjà.
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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Chahinaz, conteuse d'Orient   Lun 15 Juin - 18:42

J’ai rêvé d’une main écrivant une lettre. Pourtant, je ne pouvais distinguer que les mots, et la plume, mais non la main. Cette main, que je ne distinguais pas, comme voilée, m’était étrangement familière, et pourtant, je n’arrivais pas à la reconnaitre.
Alors je me concentrai sur le message.

Qui est cet Adam devant lequel je me suis inclinée ? Qui est cet Adam avec qui Dieu partagea son Amour ?
Plus que des réponses, j’ai lu des questionnements nouveaux, dévoilés dans une lucidité emplie de tristesse, dans une sagesse qui s’avoua humilité.
Je bus ces réflexions et ces doutes, ces désillusions et ces espoirs, comme un papier qui boit l’encre des mots. Comme l’on boit l’eau parfumée de pétales de roses, car ces écrits étaient un reflet de l’encre de l’âme de leur auteur.
Lorsque la signature se coucha, oblique, en bas de la page, voilant de son masque l’être véritable…

Je me suis réveillée en larmes et sourire.
Je suis sortie de la grange où l’on m’offrit l’hospitalité pour cette nuit, et, tournant le dos à l’horizon palissant, je repris la route vers les terres que la Révélation n’a pas touchée. Vers les ténèbres, où m’attendait la Lumière voilée.


************************************************************

Je voudrais être la route
A tes pieds ;
Un ruban de sable fin
Prosterné,
Un sentier à flancs du monde
Esquissé,
Un chemin bordé d’étoiles
Enchanté.

Je voudrais être la flute
Arrachée
Du roseau, taillée, sculptée ;
Embrassée
De tes lèvres, caressée ;
Embrasée,
Insufflée de ta complainte,
Inspirée.

Je voudrais être la coupe
Acceptée ;
Mains jointes à ta bouche
Elevées,
Calice d’or et d’argent
Ciselé,
Du soleil et de la lune
Les reflets.

Je voudrais être la fleur
De tes prés :
Une rose du Pardès
Révélée.
Une rose que tes mains
Cueilleraient ;
Une rose que ton âme
Embrasserait.
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