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 Bérénice, vicomtesse de Ventadour

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Sam 19 Sep - 23:28



Je me rappelle peu de mon enfance.

L’un de mes premiers souvenirs est une porte immense, ouvragée, baroque. Elle s’ouvre et j’y rentre. Seule. Un homme grand et mince me regarde, non, m’examine, tant son regard est froid et déstabilisant. Je me mords la lèvre, mais ne baisse pas les yeux.

L’homme, c’est le Prince Benedict. Je lui ressemble : même forme des yeux, hauteur du front, mains aux doigts longs et nerveux, certaines intonations dans la voix… Pourtant, il ne m’a jamais reconnu comme étant sa fille. Tout au plus, enfant, j’étais tolérée dans sa suite. J’étais une enfant discrète ; sans doute l’influence de ma nourrice, une femme douce et peu loquace, qui m’a inculqué cette discrétion nécessaire à ma survie. Mais ce jour où elle eut cette chute tragique dans l’escalier étroit en colimaçon de l’une des tourelles, même la discrétion ne me protégea plus.

La Dame Blanche, épouse en titre du Prince Benedict, me convoqua, et, toute sourire jubilatoire et carnassier, m’annonça qu’elle m’avait trouvé une famille, une vraie, aimante et digne de moi.
C’est ainsi que je me suis retrouvée trappée dans le domaine de Ventadour. Une vicomté, marche lointaine, à la lisière des brumes du chaos. Je fus officiellement adoptée par le Vicomte et devins la troisième héritière en titre, après leur fils et sa sœur ainée. Sur les quatre autres familles nobles de ces terres, seule une leur tenait tête, perpétrant une animosité séculaire, dont les origines brumeuses ont été oubliées depuis longtemps.
Dès mon arrivée, j’ai haï le Vicomte, la Vicomtesse et leur garce de pimbêche de fille, Celia. Et réciproquement. Officiellement sœur, mais très vite fille de chambre, j’ai dû apprendre à m’incliner toujours plus bas. Mais cette situation n’avait pas que des inconvénients : cette pimbêche était aussi sotte que laide, bien que non dépourvue de vanité. Souvent, ne voulant pas perdre face devant ses amies et ses professeurs, Celia m’ordonnait de peindre à sa place, ou de composer une ritournelle, ou une mélodie. J’assistais ainsi à tous ses cours, m’enivrant de quelques sourires cachés de ses professeurs, qui n’avaient nul droit de me complimenter en public. Une fois elle m’obligea de demeurer dans sa chambre une nuit, afin que j’improvise une discussion poétique avec un nobliau de passage, qui lui minaudait des sérénades depuis le jardin.
C’est cette nuit-là que l’idée avait germé dans ma tête : je pouvais devenir elle. Je devais être elle pour devenir moi.

Ce fut un plan de longue haleine…

L’héritier en titre, Aedan, n’était pas aussi insupportable que sa sœur. Il n’était pas facile à vivre, oscillant entre spleen le plus profond ponctué d’accès de colères violentes, et des périodes d’euphorie où il se croyait invincible et omnipotent, tel un Icare.
Nous étions assez proches. Pas comme frère et sœur, mais nous étions assez complices. J’ai gagné son estime le jour où il m’avait roué de coups, par jeu ou cruauté, peu importe, et moi, gamine efflanqué, j’avais osé riposter. Je me rappelle avoir été mise au pain sec et à l’eau dans le cachot, pour l’œil au beurre noir et les quelques griffures et morsures dont j’avais gratifié l’héritier en titre de la vicomté. La nuit il était venu me voir, avec des restes de tarte et jura de faire de moi son écuyer. Je ne le suis jamais devenue officiellement, mais il m’apprit les rudiments de l’escrime et la chasse. Et aussi quelques secrets moins avouables des forets de Ventadour …

Ventadour, ou Ventadorn avec l’accent local, est une terre sauvage, giboyeuse. Les rares châteaux s’élèvent juchés sur les à-pics des montagnes. La forêt recouvre cette terre, des flancs des montagnes aux vallées. Et des ravins les plus profonds rampe la brume…
C’est la brume du chaos. Lorsqu’elle reflue, elle laisse le paysage et les êtres y trappés remodelés, changés. Les chasseurs et les villageois la craignent. Les fous, les sorciers et les rebouteux s’y sentent attirés, mais la redoutent…

Je me rappelle, un mois la veille de mes 17 ans, le ciel rougeoyant de Ventadour était couvert de nuages menaçants, signe de tempêtes imminentes et violentes. La brume avait déjà commencé à ramper sur les abords de cette terre. Pourtant, Aedan est parti chasser. Et je l’ai accompagné. C’est étrange, comme je me rappelle ce vent chargé de senteurs, fouettant mon visage, ces grosses gouttes de pluie, alors que le déroulement de la soirée ne s’est imprimé que par bribes décousues dans mon esprit. Je me rappelle on poursuivait une bête. Et le hennissement de la monture d’Aedan. Je me rappelle qu’il était allongé par terre, inconscient. Je me rappelle la brume, rampant lentement mais inéluctablement, nous engloutissant tous deux…

Et le temps s’était arrêté.

Je me trouvai dans une caverne sombre et chaude. Douceur. C’était la première fois depuis la mort de ma nourrice que je ressentais de la douceur.
Je crois que j’y ai rêvé, tant les visions se succédaient sans logique aucune, et m’étreignaient de tout mon être, me possédaient, comme seuls les rêves le peuvent.
Ou peut-être je n’ai fait qu’arpenter un long labyrinthe…
J’y ai eu un guide, un vieil homme aveugle.

Lorsque la brume reflua, des jours passèrent, avant que l’on nous retrouve. Mais pour moi, cela n’avait plus d’importance : mon ascension venait à commencer.

L’on dit que les brumes rendent fou : c’est la vérité. Aedan ne guérit jamais complètement ni de ses blessures aux jambes, ni de sa folie. Quelques mois plus tard, il se jeta des remparts.
Mon deuil était sincère.

Celia devint de plus en plus insupportable. Sa mère la Vicomtesse sombra encore plus dans une sorte de tyrannie hystérique. Pour calmer leurs crises de nerfs, je pris l’habitude de rajouter des essences d’herbes dans leur vin. Comme je m’entendais à merveille avec l’apothicaire du château, félon et agent d’une famille rivale, cela me fut aisé de me les procurer. J’ai appris auprès de lui certains secrets de la pharmacopée, poison et remède à la fois. Mais c’est surtout le coté qui servait mes desseins qui m’intéressait, non la guérison.

Deux ans plus tard, la Vicomtesse est morte de chagrin.

L’héritière du titre, Celia, devint folle d’avoir perdu son frère et puis sa mère. Elle fit un scandale public lors de la veillée funèbre et jeta sur la tête de son père le vicomte un chandelier. (Celia était en cet instant droguée jusqu’à l’inconscience dans un des cachots du château). Cela ne le tua point sur le coup, mais le blessa grièvement : il agonisa plusieurs jours.

Un matin, l’on vint frapper à la porte de ma chambre. C’était le chambellan. Il me dit « Vicomtesse, quels sont vos ordres ? »
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Dim 20 Sep - 20:07



VENTADOUR


j'aime les terres de Ventadour, mes terres, mon ombre. Jamais il n'y a de soleil éclatant, tout au plus quelques rayons obliques. Les ombres y sont douces, dansantes, changeantes, pourprines, s'enlaçant avec l’émeraude foncé des forets.

Mon château est juché sur une falaise.
Tout comme les quatre autres castels.

Depuis mon accession au titre de vicomtesse de Ventadour, j'ai remodelé le domaine. Saturé les teintes crépusculaires. Entrelacé quelques sentiers dans les montagnes. Restructuré mon château et l'ai décoré selon mes propres gouts, m'essayant aux styles médiéval occitan, préraphaelite anglais et romantisme allemand de l'Ombre Terre.

c'est aussi pour cela que j'ai été ravie de l'idée de mon oncle le Prince Brand de me cacher à Ombre-Terre et suivre les cours des Beaux-Arts de Paris.

J'ai été moins ravie par la suite de l'effacement régulier de ma mémoire... Ce sera un point à aborder avec précaution avec mon oncle. ou pas.

au moins lui, il répond à mes lettres. parfois.

mon pere, le Prince Benedict, ne me répond jamais. Et pourtant je lui en avais écrit, des missives, des ballades, des suppliques, des odes... Il ne m'a jamais répondu.

Je le hais!

oui, parfois, quand j'y pense, je le hais. Parfois, je voudrais seulement qu'il me remarque. Qu'il m'accorde un regard, un mot, un sourire. Qu'il me reconnaisse...
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Dim 20 Sep - 20:31

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Dim 4 Oct - 22:08

Ventadour, montagnes, brumes et ombres






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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Dim 4 Oct - 22:50

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 6 Oct - 17:03

Lettre à Dame Blanche du Chaos, à sa résurrection.

Noble Dame,

Je ne vais point vous assurer de ma joie de vous voir revenir à la vie, car ce serait hypocrisie entre nous. Je ne vous aime pas, et je ne cache pas avoir éprouvé une satisfaction certaine de vous avoir occis lors de notre duel, ou dois-je dire, lors de votre tentative d’assassinat sur ma personne. Une satisfaction d’autant plus sincère, renforcée par l’efficacité de votre poison blanchâtre, qui, coulant de votre lame dans mes veines, a effacé notre discussion dance ce Bosquet de la Licorne, prélude au duel.

Vous m’avez fait exiler, m’avez abaissé au rang de servante, avez bafoué la noblesse du sang qui coule dans mes veines, et par cela même avez insulté mon père. Vous ne l’aimez pas : ne vous fatiguez pas prétendre le contraire ! L’on vous a fait revivre, et vous ne revenez que pour le pouvoir qu’il a endossé à la Cour d’Ambre : vous revenez pour le Régent, non pour l’homme.

Vos sortilèges impies et vos poisons perfides me sont une offense ; votre présence et persistance même sont une souillure que je considère personnelle. Pourtant, je suis prête à vous laisser la possibilité de vous expliquer. Je vous ai déjà tué une fois. Réitérer cet acte délectable pourrait vite devenir lassant. Ainsi, puisque le Régent a semblé avoir éprouvé quelque chagrin en voyant votre cadavre et que vous voilà revenue des brumes du Chaos, nous pouvons inaugurer notre nouvelle relation sur des bases plus cordiales.

Bérénice de Ventadour

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 6 Oct - 19:06

l'original en musique : https://www.youtube.com/watch?v=x1mdhSKYU7Y

Version de Bérénice :

Arrête-toi et vois :
J’ai du sang sur mes doigts
Ma mémoire se fissure
Qui soignera ma blessure ? / oh, mon père

Tu m’avais refusé le droit
De porter ton nom. Vois
Que nulle épée ne me ceint
Ni le blason ni les reins / oh, mon père

Vois ! (It's beyond my control)
C’est plus fort que…Moi
Perdue dans les Ombres
(It's beyond my control)
Je crie : j’ai besoin de… sans voix
Vois!
(It's beyond my control)
Car c’est plus fort que … Moi
Le ciel devint sombre
(It's beyond my control)
Quand tu me rejetas… loin de toi

L'original lyrics :
Mylène Farmer - Beyond my control -

Je n'comprends plus pourquoi
J'ai du sang sur mes doigts
Il faut que je te rassure
Je soignerai bien tes blessures / mon amour

Tu n'as plus vraiment le choix
Nos deux corps étendus, là
Qu'à l'aube ils se mélangent
Là tu as les yeux d'un ange / mon amour

Lâche ! (It's beyond my control)
C'est plus fort que... Toi
Toujours en cavale
(It's beyond my control)
Tu dis : J'ai besoin de... Tes bras
Oh lâche !
(It's beyond my control)
Mais c'est plus fort que... Toi
Tu nous fais du mal
(It's beyond my control)
Ne t'éloigne pas de mes... Bras
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Ven 9 Oct - 19:15



Je n’ai pas douté un seul instant qu’il était mon père : mêmes gestes, même style d’équitation, même manière de combattre. Même pincement dans ma poitrine, mêlée d’orgueil, d’amertume, de désir qu’il me remarque.

C’est ce désir qui me poussa à braver le Logrus, y plongeant jusqu’à la démence. Je ne voulais ni regarder mon père mourir dans ce combat, ni le laisser me défendre sans réagir, me déclarant ainsi faible et indigne de lui. J’ai tiré de son sommeil un Dragon Chromatique, l’implorant, puis le forçant à attaquer les Anges Igne à la lisière de la forêt et de l’Abime. Le serpent ondula avec la brume, comme la brume glissa ses anneaux couverts d’écailles suintantes, siffla. Les Anges Igne se désintéressèrent du chevalier au bord de l’Abime et devinrent proie à leur tour.

Puisant dans mes dernières forces, j’ai tiré mon père, chancelant, le plus loin possible du gouffre du Grand Abime. La lance de l’Ange Igne l’avait percé de part en part. le sang coulait de la blessure sur l’armure sombre, frappée du signe du Chaos.


Du Chaos ?


Pourquoi le Prince Benedict porterait une armure du Chaos ? Cette idée m’effleura l’esprit comme l’aile d’un papillon et s’évanouit d’elle-même : je sombrai dans l’inconscience. Elle fut peuplée de fantasmagories en volutes incandescentes, comme les ailes des Pégases de feu et celles des Anges Igne. De brumes annelées et fractalisées, comme j’en avais pu voir dans certains tableaux non figuratifs de l’Ombre-Terre.

Dans le ciel de mes rêves la lune me fixait aussi froide et implacable que le regard du Prince Benedict et la rosée avait un parfum vaguement familier et la couleur du sang sur les pétales blafards d’une rose.

J’ai cru percevoir le visage de mon oncle Brand, et l’écho de son rire moqueur roula comme une cascade lointaine. Je revis le spectre des deux lames fusionnées en une épée de ténèbres abyssales, fendant la réalité d’Ambre, cherchant à terrasser mon père, encore et encore. La lame de Brand et la lame de Corwin. Ont-ils voulu terrasser mon père ? La question n’est-elle pas plutôt : pourquoi ont-ils voulu le terrasser ? Pour la régence ?

Je me revis d’un coup dans une chambre coquette sous les toitures donnant sur une place avec la fontaine aux lions. Ombre-Terre, Paris, Saint Sulpice. Et Brand me dessinant accoudée lascivement, une coupe à la main, au balconnet en fleurs telle une Juiliette. Je sais que le vin est drogué, et pourtant, je le bois. Est-ce lui que veut me faire oublier certaines choses, ou est-ce moi ?

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Dim 11 Oct - 16:36


Ventadour indépendante… J’en ai le vertige !

Du miroir me fixent des yeux verts, deux émeraudes sur un visage pale encadré de boucles blondes tirant sur le roux. Lucrecia, me cousine, m’avait présenté le seigneur Leonard. C’est vrai que ce visage ressemble assez au portait de la fameuse Lucrecia Borgia de l’Ombre Terre. Fille chérie de son père…

Moi aussi j’aime mon père. En fait, non, je l’idolâtre et le déteste à la fois. Il a cette intonation si particulière de prononcer me nom, d’associer dans la même phrase « Bérénice » et « ma fille », que s’il me commandait de me jeter dans l’Abyme, je l’aurais fait. Et d’un coup ses yeux redeviennent froids et gris, comme l’acier de sa lame, et son regard me transperce, comme si je n’avais nulle persistance…

Je regarde les éclats du verre de cristal dans ma main, la tache du rouge qui s’etale sur mon gant de daim gris perlé, vin ou sang, qu’importe : au diable mon père !

Au diable aussi Brand et ses poisons de l’oubli et sa dernière tentative d’assassinat. Je n’ai nulle preuve, et pourtant cette certitude ne me quitte pas : c’est bien lui qui a essayé encore et encore de me tuer, moi, et aussi Benedict, et ce fetch de ma mère qu’est Dame Blanche II et qui ne s’en rappelle pas…

Au diable toutes ces querelles autour du trône !
Une femme ne peut monter sur le trône d’Ambre. Je le ressens, comme une loi qui coule dans mon sang. Comme si la Marelle était un principe purement masculin. L’on parle bien des unions des Princes d’Ambre et des Dames du Chaos !
Oui, le Logrus est féminin. Le Logrus est fécond. Titania était le Logrus incarné, Souveraine Serpentaire. Swaywill n’est pas mieux que les prêtres du serpent : tous usurpateurs.

Mère ! Où es-tu ? Qui es-tu, maintenant ?

Quel ombre de toi, dans les bras de quelle ombre de Père ?

Et puis … Je jette dans la cheminée les débris de la coupe. Le flamme esquisse un sourire narquois de Brand. Ou est-ce le sourire de Dworkin ? Du Rouge ?
Allez au diable !

L’indépendance de Ventadour est ce qui compte en cet instant. Et je veux fêter ça !

Je descends en courant l’escalier en colimaçon de ma tour. Un serviteur hausse le sourcil voyant une inconnue rire aux éclats toute seule, mais s’abstient de tout commentaire. Je ne croise personne dans la cour. La brume lèche presque les remparts. Je tisse de ses filaments un chemin.

La musique est syncopée, je sens mes veines pulser à son rythme. La salle est enfumée, éclairage stroboscopique, criard.
Lors de mon séjour sur Ombre Terre, malgré tous mes efforts, je suis restée maladroite, pour ne pas dire inadaptée à la technologie. Mais les « boites de nuit » et autres « rave parties », ça, j’y ai pris gout. Ça doit être mon coté « nièce de Florimel » qui ressort.

Je me mêle à la foule. Quelqu’un me tend une cigarette, l’allume. Je tire une légère bouffée et la flamme du briquet ondoie comme une plume d’un Ange Igne. Un verre, déjà entamé. Je le termine cul sec. L’alcool est mêlé d’amertume, il me brule la gorge, comme une larme longtemps retenue. Je regarde avec reconnaissance l’homme qui m’entraine vers la piste de danse, chaleur de corps anonyme, étreintes éphémères.
Dans les éclats de lumière pulsée je devine à peine ses traits. Mais son sourire m’envoute littéralement: il m’attire et m’effraye à la fois. Il a quelque chose de familier, de perversement séduisant et d’authentiquement harmonieux. A bout de souffle, je laisse mes bras autour de son cou ; il tortille pensivement une mèche de mes cheveux blond vénitien. Le sang pulse aux tempes. Et puis au diable la réflexion ! Trop de whisky, de vodka, de téquila pour faire apparaitre la moindre trace de discernement intelligible : je mords dans le sourire naissant de cette bouche sensuelle.

* * *

Ça pulse encore… Ma tête éclate quand j’ouvre les yeux, alors je les referme, gardant l’instantané d’un grand lit aux draps de soie satinée, une toile non figurative, les voilages pastel sur une baie vitrée inondée de soleil à son zénith. La pièce d’un modernisme épuré et impersonnel en fin de compte. Ombre-Terre…
Et cette migraine dans mes tempes, masquant à peine la sensation d’un vide dans le flux de mes récents souvenirs.
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 13 Oct - 20:19

Les PJs NE sont PAS au courant de ce qui suit :


Je suis obsédée par ce sang qui goutte d’une voute infinie et teint les pétales blancs de la rose. Le sang de ma mère. Arianrod, Dame Serpentaire, fille de Titania.

Les pétales sont figés. Aveuglants dans les ténèbres de mon souvenir, comme le regard glacé de Benedict. Luminescents, comme l’éclat de sa lame, lorsqu’il l’avait interposé entre moi et ma mort, lors du duel judiciaire. Figés, comme Ambre l’est.
Le sang est chaud. Je me remémore sa goutte s’étirer, volutes imperceptibles, effleurer le pétale, l’envelopper de sa chaleur féconde, couler le long des sillons, l’imbiber, l’étreindre…

Mère… j’aurais aimé t’étreindre. Je ne me rappelle même pas ton visage… Je m’en veux. C’est stupide, mais je m’en veux de n’avoir pas su retenir en moi cet instant où nos essences furent séparées, où nos regards se croisèrent, où nous nous connûmes dans l’altérité.

Stupide regret ! Je ne peux même pas le confier à ton fetch : Dame Blanche II ne se rappelle ni de ces instants, ni de ton sang qui lui a donné existence. Ce qu’elle se rappelle, c’est qu’elle ne m’apprécie guère. Et aussi que je l’avais déjà tué une fois. Son visage me rappelle à moi ma haine envers Dame Blanche I et la douleur sourde de la séparation d’avec mon père. Cette douleur est pire que toutes les humiliations que j’ai pu subir de la part des anciens maitres de Ventadour.

Dame Blanche II est dans la Forteresse Pourpre, auprès du seigneur Malicius. Comme par un écho, il est épris d’elle. Qu’il la garde !
Je ne veux pas que Blanche II retourne auprès de Benedict ! J’ai peur qu’elle me vole, une fois encore, le peu d’affection qu’il semble me porter…

Blanche I ne méritait pas Benedict. Si l’on met une ânesse dans l’étable, elle ne deviendra guère une jument digne de l’étalon racé qui y est. Comparé à Mère, Blanche I, toute dame du Chaos qu’elle était, n’était qu’une souillon, indigne de respirer le même air que lui. Mon père est l’Ainé. Le seul de la première lignée. Mère a bien choisi : il est le seul dans toute la lignée d’Ambre digne d’elle. Il est le premier à être pleinement d’Ambre : Dworkin est trop chaosien, voire de l’Abyme, et Obéron est aussi trop proche du Chaos par son ascendance.

Je me demande comment étaient mes oncles, héros d’Ambre tombés pour Ambre lors du Jihad Noir… Mon père, lui, en est le héros vivant.

Oui, j’idolâtre mon père. Ce Prince distant et impitoyable, ce salopard qui a usé de la compulsion envers moi !

Et si son propre géniteur avait usé de la compulsion envers lui, non pour atrophier la moindre ambition pour le trône d’Ambre, mais pour éliminer toute trace d’un souvenir, d’un secret terrible : la destruction d’Ambre lors du Jihad Noir ? Et si mon père avait passé des éons et des éons dans un cachot sombre, torturé ? Et s’il s’y trouve encore, et le Régent est son écho, son ombre, son fetch ambrien ?

Depuis que cette pensé s’est immiscée dans mon esprit, je n’arrive pas à la faire partir. C’est comme une idée fixe en sourdine, lancinante. La seule certitude que j’ai est que je suis fille du vrai Benedict. Mère l’avait surement connu lors du Jihad Noir. Ou Avant… Avant qu’Ambre ne soit détruite.

Et si Ambre avait été détruite ?...

Quels éléments j’ai en ma possession ?
La citadelle au dessus de l’Abyme, son portail avec le serpent de lumière et la licorne noire ; elle est la citadelle du paradoxe. Sa Marelle est la Marelle du Paradoxe, du Géant du Paradoxe, géniteur du Rouge dégénéré en Dworkin.
Le Cristallier, régent sur son trone vide, et sur les échos d’Ambre-l’actuelle.
Seigneur Malicius, vétéran survivant du Jihad Noir et fetch chaosien de mon père. Lui aussi un héros salopard.
Maitre Ophyr, mon mentor, mon protecteur, mon initiateur, mon père adoptif de substitution dans le labyrinthe du Logrus. Et aussi un vieil aveugle retors et supérieurement intelligent. Ancien Grand Prêtre du Serpent. Je ne sais quel lien il a avec tout cela, mais il en a un : c’est bien lui qui m’avait le premier parlé de la « résurrection » de Blanche.

Il y a eu plusieurs « Ambres » ; c’est un fait : au moins deux, l’actuelle et celle du paradoxe (qui flotte au dessus du Grand Abyme).
L’actuelle est-elle voué à la destruction ? Au changement ? La profanation de la Marelle est-ce un acte fondateur du changement nécessaire et imminent ?

Ambre est construite sur le sang de la Lignée de Dworkin / Rouge : ce sang lui est mortier, et le meurtre du père par le fils un acte fondateur.
L’enfant bâtard d’Obéron a été tué et son sang a maculé la Marelle : c’est un fait. Est-ce un écho des sacrifices à venir ? Les princes frères de Benedict ont-ils été sacrifiés lors du Jihad Noir, afin qu’Ambre actuelle puisse être rebâtie ?

Je dois me rendre sur leurs tombes. Je dois retrouver les bribes du passé et leurs échos…

Je dois retrouver la geôle où mon père était torturé. Ou du moins son ombre, son écho.

Et Ventadour ? L’idée de son indépendance, est-elle de moi, ou la possibilité la plus évidente et logique m’inspirée par Léonard, mon vis-à-vis ô combien symétrique dans les Cours du Chaos ? Il ne m’a pas encore dévoilé l’identité de ses géniteurs. Brand ? Florimel ? Un/une autre ? Il porte dans ses traits la beauté de Florimel. Et le charme envoutant de Brand…

Et voilà, j’en reviens encore dans mes pensées à ce Brand. C’est agaçant. Frustrant.

Je me sens d’humeur à faire les cent pas sur les bords du Grand Abyme : parait-il cela inspire. Et bien soit, allons chercher l’inspiration. Lucrecia l’ingénue avec son air d’innocence angélique sera de retour dans les tourbillons du Chaos. Il faudra que je fasse attention aux Anges Igne : ma mémoire est déjà tellement défaillante ! Merci à qui ?...
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 13 Oct - 20:31

un "visage" récurrent auprès des cours du Chaos: Lucrecia, cousine du seigneur Léonard

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 13 Oct - 22:20

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mer 14 Oct - 16:48


Ventadour, le château

(inspi : château Bonaguil)






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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Ven 16 Oct - 16:52



J’ai des trous de mémoire. C’est un fait. Des heures, des jours entiers qui sont comme un « blanc » dans mon esprit. Parfois c’est une toile blanche et vierge de tout souvenir. Parfois c’est un parchemin délavé par la pluie de l’oubli, les encres n’y sont que pale tourbillon informe.

L’on m’a dit que c’est une des conséquences de l’harmonisation au Logrus. La mémoire est comme un écho de ce labyrinthe, s’accrochant à ses parois, se désintégrant sans cesse, afin que l’esprit puisse de nouveau être remodelé, pleinement fécond. Il n’y a pas que des pertes de mémoire, il y a aussi la folie. J’ai peut-être des accès de folie, mais mon amnésie me préserve de remords ou tout autre ersatz de culpabilité.

Suis-je moi, ou suis-je une/un autre ? Ou suis-je une vrille de Logrus qui aurait pris forme plus persistante qu’une autre, à force de frôler la Marelle et Ambre ?

On dirait une certaine Alice dans son Pays des Merveilles ! Voilà, c’est décidé : de toutes mes identités, c’est les prénoms en « –ice » qui seront le liant : Bérénice, Lucrèce (-èce est bien aussi, j’aime la charge émotionnelle de ce nom, et j’admire celle qui l’avait porté sur Ombre-Terre), Alice… « Bérénice », c’est particulier : c’est un hommage à mon père. Lorsque je crie mon nom dans les monts de Ventadour, c’est le sien que l’écho me renvoie ; et le contraire est vrai : le « éh-éh-iii… » se répercute de rocher en rocher, s’engouffre dans les vallons, s’enroule sur les cimes avec la brume.

Oui, j’avoue aussi d’avoir hurlé ce « é-é-iii… » au bord même de l’Abyme récemment, curieuse de l’écho que cette cataracte de destruction pure pouvait me renvoyer. Ça doit être mon coté égotiste, héritage paternel et commun à tous les Princes et Princesses d’Ambre.
Le fait est ce souvenir me confirme que je suis bien allée au bord du Grand Abyme chercher l’inspiration. Mais c’est la seule bribe que j’ai de ce voyage.

N’est-ce pas merveilleux ? Vouloir une chose, assouvir et désir, mais l’amnésie le fait revivre, afin que vous puissiez de nouveau vivre cette « première fois »… Réaliser un rêve tue ce rêve. Assouvir un désir assèche cette fontaine de créativité et de frustration mêlées. L’amnésie en est remède !
Je peux ainsi recommencer un portrait, sans la crainte lancinante de l’avoir lamentablement déjà raté au moins une fois.
Je peux arpenter une Ombre, et m’en émerveiller à chaque voyage, car ce sera toujours le premier.
Que de premières fois en perspective !...

Le seul hic, c’est que je n’ai nulle emprise sur cette amnésie.

Et si j’en avais une, je n’ai aucun souvenir de l’avoir jamais eu…

Non, définitivement, je ne contrôle pas la continuité et la non-continuité de ma mémoire. J’ai peur de l’Abyme. J’ai peur d’y regarder, d’y plonger. Et pourtant j’y regarde. Mais n’y plonge pas. Pas si je doute que mes pieds toucheront ce pont invisible. Instinct de conservation, que voulez-vous !

Alors toute cette joie des désirs jamais éteints, est-ce sincère de ma part, ou bien une triste ironie ? Une bien triste ironie sincère…

La tristesse de ne plus me rappeler du visage de ma mère…
La tristesse que celle qui fut créée avec quelques gouttes de sang de ma mère ne se rappelle pas de cela…
La tristesse d’avoir laissé quelque chose dans l’Abyme, une personne ou un souvenir d’une émotion, ou l’émotion elle-même…
La tristesse de voir mon père seul… Si seul, auprès d’un trône vide, dans un palais vide…

Le spleen baudelairien me guette si je continue sur cette pente glissante ! Alors je vais employer le meilleur moyen pour me guérir : l’oubli !

Je vais plonger dans les brumes, et courir dans ce Labyrinthe, à en perdre haleine. Au détour d’une clairière tourbillonnante, je trouverai une harde de pégases de feu. J’en amadouerai un, celui qui couve en son cœur chaosien le farouche désir de persistance. Ça s’appelle aussi l’envie irrépressible de vivre. Je monterai sur son dos et m’accrocherai à sa crinière. Et nous nous irons parcourir les Ombres sur les volutes des nuages du Logrus. Nous tournerons dans le vide de nos cœurs, dans le gouffre de mon âme. Nous tournerons, jusqu’à ce que nous ayons oublié ce vide en nous, jusqu’à le combler par la plénitude illusoire de l’oubli.

Je me réveillerai dans une chambre coquette d’une auberge, ou bien blottie contre une idole à un croisement de routes, avec cette sensation d’avoir oublié quelque chose. Quelque chose d’important. Et Je reprendrai ma route, en quête de cette mémoire…


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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 20 Oct - 16:59

Corwin affectionnait tout particulièrement l’Ombre-Terre. Quel meilleur endroit pour lui rendre hommage ? Et me voici en Ombre-Terre. Mes pas me ramènent toujours et encore à Paris. La place aux lions crachant l’eau paisiblement aux pieds de prélats hiératiques. Saint Sulpice.
J’airais préféré en cet instant « Saint Supplice »…

Les « Cours invisibles » ! Quel jeu de mots grinçant et cruel : Corwin n’est pas mort, il a simplement rejoint l’Invisible. Et l’Intangible également, et l’Inaudible…

L’extinction est un retour à l’invisible, à cette poussière cosmique, cette énergie primaire que l’on nomme « énergie libre ». La mort aussi : le corps tombe en poussière d’ombres, l’âme et l’esprit sont recyclés, nettoyés de souvenirs. Le tout est purifié de vies passées, incorporé au maelstrom qui chute dans le Grand Abyme et qui rejaillit par la Fontaine du Pouvoir, en passant par le Logrus, ce tourbillon labyrinthique. Ce n’est pas une mort, simplement une transformation.
La mort n’est pas la mort : les êtres ne sont que des branches de grands arbres de leurs lignées : ils puisent leurs sources dans les racines, et survivent dans leurs descendants. Ils restent à jamais vivants dans nos souvenirs…

Voilà ce que me scande mon discernement. Mon intellect y acquiesce. Le conçoit.

Mais quelque chose en moi refuse la béatitude de l’acceptation : je ne pourrai plus serrer dans mes bras cet oncle Corwin qui avait éteint jadis les flammes du frôlement du Logrus et de sa Marelle en mon être.
Quand Corwin a-t-il cessé d’être Corwin ? Quand a-t-il ressenti ce désir de rejoindre l’Invisible et de s’y fondre ?
Je sais seulement que c’est lors de cette bataille à Tintagel qu’il a trouvé les forces de sceller dans son propre sang la Marelle d’Annwn nommée Partition. Je sais aussi que son frère, Eric, l’y a aidé : il a volontairement endossé le fratricide, et la malédiction d’Oberon et du Joyau du Jugement, Joyau du Sang. Par cet acte, Eric a libéré Corwin et s’est condamné lui-même. Ou était-ce pour lui le premier pas vers sa propre libération ?...

Corwin, où êtes-vous ? Qui êtes-vous ?

Peut être la réponse est semblable que lorsque je pose cette question au sujet de ma mère, Arianrod : Corwin, vous êtes.

Corwin, lorsque vous êtes parti pour les Cours Invisibles, ou pour l’Invisible tout court, que sont devenues tous vos échos, vos ombres, vos fetchs ? Ce grand brun que je vois de dos, il vient de s’arrêter pour allumer sa cigarette, son bigle assis sagement à coté, est-ce un de vos échos ? Il vient de repartir, jetant négligemment l’allumette. Je n’ai pas vu son visage. Je ne saurai donc jamais.

Oncle, me suis-je attachée à vous, en ces quelques instants où nos routes s’étaient croisées ? Si tel est le cas, que dois-je en déduire au sujet de vos enfants ? Les liens de sang sont-ils si forts en nous et malgré nous ? Est-ce ce même lien de sang qui a pulsé à vos tempes lorsque vous arpentiez la Marelle d’Annwn ? Est-ce ce lien de sang que vous avez honoré laissant le votre être le mortier ?
Est-ce ce lien de sang d’Ambre qui m’a poussé à m’interposer entre vous et Eric, entre vous et votre Libération ? Stupidité et folie. L’éclat du Joyau du jugement fissuré en ma poitrine m’élance et vibre sourdement au souvenir de ce coup de pied d’Eric. Cela m’apprendra à m’opposer frontalement à un prince d’Ambre, merci pour la leçon !

Est-ce que notre lignée d’Ambre est condamnée à verser son propre sang ? Est-ce l’écho du meurtre du Rouge qui coule dans nos veines ?

Combien de nos frères, oncles, sœurs, sont enchainés et torturés dans les geôles du château d’Ambre ? Ils respirent encore, mais leur sang coule sur les dalles et s’y cristallise comme la sève. Ambre.

Nous, ceux en liberté, dit-on nous sommes les moins dangereux, les moins intelligents, les moins braves, les moins honorables. Les plus malléables. Les plus minables.

J’en éprouve une fierté indicible, rien qu’à l’idée de penser que mon père était passé par ces geôles ! Et un dégout tangible lorsque je le sais ordonner ces mêmes tortures, et les contempler…

Benedict, mon père, qui êtes-vous ?

Vous êtes.

Arianrod est.

Lorsque je me suis perdue dans le Labyrinthe, c’est auprès de me mère que je suis retournée. Lorsque j’invoque le Logrus, c’est ma mère que j’appelle, et aussi ma grand-mère Titania, et celles qui nous ont précédé. Lorsque je tends les vrilles de Logrus à travers les Ombres, c’est mes bras que je tends vers elles… Et leurs mains qui se tendent vers moi.
Je me rappelle mon reflet capté dans les yeux bleu de mer de princesse Sybelline : un serpent qui se mord la queue, l’eternel recommencement, la roue karmique, Ouroboros.

Lorsque je recouvrirai ma plénitude et ma pleine puissance, je perdrai mon identité, ma singularité « Bérénice ». C’est une supposition, non une certitude. Je crains la considérer comme certitude. Ça doit être cela, mon coté minable et petit : je suis trop égotiste. C’est pour ça que je ne suis pas dans les geôles…

Oui, j’ai une attirance presque malsaine pour ces geôles, depuis que je sais que mon père y a séjourné (ou qu’il y est encore), depuis que je sais qui les hante et qui y hurle. Enfin, le « je sais » est trop fort. Disons, « je suppose ».

Et j’ai une attirance maladive envers Ambre. Quoi de plus normal ?! Je suis née de l’Ombre que projette la Lumière étincelante d’Ambre. Je suis née des volutes des brumes dans les ténèbres de ma mère, sculptée par le sang d’Ambre de mon père. Je suis une vrille persistante du Logrus, un entrelacs fusionné avec la Marelle, scellé dans le sang.

Je sais que je suis moi aussi vouée à une union hiérogamique. Ou plusieurs. Avec celui ou ceux qui incarneront le ou les principes opposés.
Il est normal que ce qui m’est opposé m’attire…

Il fait nuit. J’ai marché au hasard des ruelles, des ponts, des jardins. Un bosquet des Tuileries m’a rappelé le Bosquet de la Licorne : j’y avais tué Dame Blanche I.  Haut lieu des duels.
Le Pont des Arts, cadenassé, comme si chaque fil forgé menait à une alcôve verrouillée par pudeur. Des couples enlacés. Se frôlant. Se superposant dans mon regard immobile. Comme des flamboiements d’une marelle invisible. Je frisonne, me rappelant les brulures causées par  la Marelle de Corwin. Mais cette fois-ci, personne pour me prendre dans ses bras. Personne pour éteindre l’écho de ces flammes.

Je marche, grelottante, jusqu’à un bar. C’est le vert du néon de son enseigne qui m’a attiré : une fluorescence criarde d’une émeraude en feu. Mais ce soir l’alcool n’a pas le gout de l’ivresse. J’ai beau essayer un verre de chaque breuvage susceptible de s’enflammer, l’oubli ne vient pas. Seulement la nausée d’une sorte de décollement de réalité.

Je rentre à l’aube : en hivers, elles sont tardives. J’ai vu le ciel s’éclaircir à sa jonction avec la Seine, à travers une couche grisâtre de l’air vicié de la ville, et je vois le halo pale d’un soleil se lever sur la mer brumeuse. Les quais de la cité sont encore déserts : Ambre s’éveille. Les gardes me laissent entrer dans la Citadelle. Je m’applique à marcher : des pas réguliers et en lignes droites. Je regagne discrètement les appartements m’alloués pas le Régent.

Depuis les fenêtres ouvragées de vitraux, j’aperçois mon père traverser la cour. Seul. Mon regard s’attarde sur ses gants de daim gris. Aucune tache. Et pourtant j’ai cru les voir imbibés d’une liqueur pourpre et poisseuse. Je me retiens à la fenêtre, tant ce parfum douceâtre  me fait chavirer. Mais ce vertige ne dure qu’un instant.

Mon bain est froid. Glacé. Quelqu’un avait laissé la fenêtre ouverte toute la nuit. J’y plonge, brisant la fine couche de glace. Elle se fissure avec le même craquement que l’éclat du Joyau du Jugement de je porte en moi. Et je n’y prête pas plus d’attention qu’Eric ne m’en avait prêté. C’est aussi cela, la relativité.
Je sors de la baignoire tout aussitôt, dégrisée, revivifiée. Je me frictionne avec application, jusqu’à ce que mon corps abandonne la teinte bleuté typique des habitants de Rebma pour une carnation qui m’est propre et qui, je le sais, rend jalouse même tata Florimel.

Je revêts des habits simples, pantalon de daim noir, bottes souples, chemise en lin non teint au col resserré par un lacet et une tunique de laine bouillie, rehaussée de liserés vert sombre à l’encolure et aux manches, seule fantaisie que je suis d’humeur de me permettre aujourd’hui. Une servante me tresse les cheveux en couronne serrée, y entrelaçant un ruban de la même teinte.
Je fixe son reflet dans le miroir, malgré sa gêne tangible. Elle est de ces « invisibles » qui nous seront bientôt une menace… Elle termine sa tache et s’empresse de partir. Je ne la retiens pas. Je fixe toujours son reflet, estompé maintenant dans le miroir, mais non dans mon esprit. Aurinn glisse doucement sur mon cou et s’y love en collier.
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mer 21 Oct - 13:03


Bribe de souvenir 1


Je me réveille en sursaut, mais quelque chose me retient allongée. Ça cisaille les poignets, les bras, les chevilles.

Je suis allongée sur quelque chose de rugueux, je le sens râper contre ma peau. Douleur sourde à certains endroits, surement des écorchures.

Je tente d’ouvrir les yeux, mais les cils sont collés par la sueur poisseuse, les paupières sont lourdes, comme gonflées, je distingue à peine les taches de couleurs, tant les contours sont floutés. C’est sombre. Quelques taches aveuglantes qui dansent en périphérie de ma vision. L’on dirait des torches…

Leurs lumières tremblotantes vacillent. Je sens un courant d’air glacé sur ma peau, je tourne doucement la tête et le happe, le lape de mes lèvres craquelées.

Quelqu’un est rentré.

J’ai soif…

Une forme se penche au dessus de moi.

Je cligne les yeux. Toujours flou…

J’entends des grondements sourds, sorte de tonnerre étouffé et lointain. La silhouette se penche. Je crois que cette personne me parle. Mais sa voix ne me parvient que comme ce grondement de tonnerre lointain et réveille un élancement aux tempes.

J’ai soif… Je happe comme un poisson asphyxié l’air glacé entourant cet être. Sa voix résonne en moi, se répercute, me broie…

Mes yeux redeviennent humides, ces larmes sont comme un filtre crépusculaire, rougeoyant, qui glisse le long des joues… Je reconnais enfin le parfum douceâtre qui me colle à la peau. Le sang coule de mes yeux, des oreilles, du nez, j’ai son gout dans ma bouche…

Qui… Où… Pourquoi ?...

Toute pensée intelligible est douleur.

Je sens le frôlement glacé de l’air sur mon visage, mon cou. Puis, rien… rien… rien…
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mer 21 Oct - 14:35

Bribe de souvenir 2




Je me réveille, en douceur, m’étirant, comme un chat ou un serpent, des bouts des bras au corps, à ressentir chaque vertèbre, jambes, pieds, enfin orteils. J’ai toujours aimé m’attarder dans des draps de soie satinée, m’y rouler, pouffer dans le coussin et m’y blottir, respirant le parfum des rêves et souvenirs brumeux.

C’est indécent de se vautrer dans tant de béatitude bienheureuse !

C’est exactement ce que je ressens en cet instant : une béatitude couplée à un état de grâce. Sorte de crise mystique à la Thérèse d’Avilla. Ou comparable à un réveil de chat après une sieste sous le soleil printanier.

Et pourtant…

Je me redresse, ouvrant les yeux d’un seul coup, et ce « pourtant » est chassé comme un moucheron insignifiant des mes pensées par un courant d’air chargé de fraicheur. La pièce est décorée avec gout, dans des tons clairs se mariant à merveille avec les boiseries d’un art-déco baroque.
Une lourde tapisserie d’un Eden délié peuplé de chevaliers gracieux et d’anges moqueurs dans le plus pur style de William Morris aux pieds du lit, en guise de couverture. Lumière caressante et comme enluminée, filtrant des vitraux d’une délicatesse exquise des tons verts et dorés pastel de Tiffany. Flamboiement fauve du feu dans la cheminée, derrière le grillage de fer forgé de roses rondes de Mackintosh.

J’ose un pied en dehors du lit. Sur le parquet marqueté un tapis soyeux. Mes orteils y plongent avec délice.

Et pourtant…

Non, non ! Pas de ce « pourtant » ! Je me délecte de cet état de grâce des saintes et des enfants !

Je savoure ce parfum qui flotte légèrement dans l’air, bien que familier, je n’arrive pas à y associer un nom. Il me chatouille agréablement les narines quand j’enfouis ma tête dans l’oreiller. Quand je m’enveloppe les épaules d’un plaid de cachemire émeraude laissé négligemment sur un fauteuil. Quand je feuillette ce recueil annoté de Byron sur la table de chevet…

L’écriture semble elle aussi familière, mais tout aussi insaisissable que le parfum.

J’en rie, et plonge la madeleine encore tiède dans la tasse de lait. Porcelaine anglaise exquise, peinte à l’or fin de différentes teintes, du blanc au bronze ocre, soulignant les entrelacs et arabesques du motif. Je mords à pleines dents dans la madeleine et bois machinalement quelques gorgées de ce lait où flottent quelques miettes dorée. Elle a gout de fleur d’oranger et de tendresse et de… non… non, ce n’est pas du lait…

L’eau du Léthé coule dans ma gorge, liqueur enivrante. Je me lève précipitamment, comme si je pouvais physiquement retenir le peu de mes souvenirs. La tête me tourne et je m’écroule sur ce tapis luxueux. Les roses de feu et de fer de Mackintosh me narguent, tandis que tout autour tangue…
Un soleil se penche sur moi…
Je m’y accroche, comme un noyé à la main qui se tend. Mais un voile de brume décroche mon regard et puis rien… rien… rien…
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mer 21 Oct - 15:14


Bribe de souvenir 3



Je suis cachée dans le feuillage émeraude dense et j’observe un homme danser avec sa lame.

Moi, je suis ce serpent aux écailles aussi sombres que le feuillage de l’arbre sur la branche duquel je suis lovée. Je suis aussi immobile que lui, que ce bosquet, que ce lac à ses pieds, ses nénuphars d’un rose blafard, que ce ponton qui les enjambe, que tout ce jardin. Que ce ciel brumeux d’un gris luminescent sans éclat et sans ombres.

Le seul mouvement, c’est la danse de cet homme.

C’est un tourbillon, un élan pur, un abandon dans l’instant et dans l’éternité. C’est l’ondulation d’un cobra royal, prêt à mordre. C’est le piquet en chute libre d’un faucon sur sa proie. C’est la puissance explosive dans chaque muscle tendu d’un tigre embusqué. C’est la grâce d’un mouvement délié d’un guépard pris dans l’élan de sa course.

La lame, simple épée d’un acier gris, tournoie, ondoie, ploie, chante. Epouse le moindre mouvement du corps. Elle est le prolongement de ce bras, son ornement. Elle est la plume, la rose, la Dame.

Je ne peux détacher mon regard de cette danse. Je bois du regard chaque geste de cet homme, seul mouvement dans l’immobilité de ce jardin. Seule vie dans la stase de cet espace-temps.

Cet homme, c’est le Prince Benedict d’Ambre. C’est le Régent. C’est mon père…

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Lun 26 Oct - 13:11

Fiona a tort

Musique originale :
https://www.youtube.com/watch?v=wMesYlacprQ


Un. Fiona a tort.
Deux. C’est beau l’honneur.
Trois. La Marelle pleure.
Quatre. Je l’aime.
Cinq. Je suis Régente
Six. D’une Ambre en ruines.
Sept. J’m’arrête pas là.
Huit. J’m’amuse.

Un. Quoiqu’Fiona dise.
Deux. Elle est maudite.
Trois. Son frère est fou.
Quatre. J’me tais.
Cinq. Sinon : les geôles.
Six. Je veille mon Père.
Sept. Il est un saint.
Huit. Et vous ?


**************************

Mylène Farmer - Maman a tort

Un maman a tort
Deux c'est beau l'amour
Trois l'infirmière pleure
Quatre je l'aime
Cinq il est d'mon droit
Six de tout toucher
Sept j'm'arrête pas là
Huit j'm'amuse

Un quoiqu'maman dise
Deux elle m'oubliera
Trois les yeux mouillés
Quatre j'ai mal
Cinq je dis c'que j'veux
Six j'suis malheureuse
Sept j'pense pas souvent
Huit et vous ?

(......)
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Lun 26 Oct - 17:01


Lettre de Bérénice à l’attention de Léonard, faisant suite à la victoire du Chaos sur Ambre.


Traitre de cousin,

Non pas envers Ambre, cat vous n’avez que suivi les intrigues de votre mère, ma tante. Vous n’avez que été happé dans le sillage des luttes de pouvoir d’une cabale de sorciers assoiffés d’illusions de puissance, contre votre plein gré ou parfaitement consentant, cela m’importe peu en cet instant.

Je parle bien d’ « illusions », car quelle gloire y a-t-il à régner en maitres manipulateurs sur une cité que l’on a soi-même offert à un adversaire factice ? Sur une ville plus que trahie, une ville bafouée, humiliée. Le seigneur Mandor ne pouvait pas ordonner la destruction d’Ambre, car cela équivalait au suicide du Chaos. Alors s’est jouée une pantomime cruelle, une humiliation publique de la lignée royale d’Ambre, notre lignée ! Ma lignée, et votre lignée également.

Soyez fier de ceux qui détiennent le pouvoir en ce jour à Ambre, mon cousin, car je vous soupçonne de les prendre pour exemple ! Renier l’idéal même qui a fondé sa lignée, parjurer la Marelle tracée avec le sang même de nos ancêtres : je n’ose imaginer pire bassesse et pleutrerie ! En cet instant, l’évidence m’apparait en sa nudité : l’honneur est mort !

Je vous dédouane des accusations de traitrise envers Ambre et son trône : vous n’en étiez pas vassal. Mais je vous reproche d’avoir trahi notre amitié, car je croyais qu’entre nous existait plus qu’un rapport d’intérêts, plus qu’une courtoisie familiale factice.

J’avais cru jadis que nous étions deux rayons de soleils symétriques, ne se croisant qu’en des rares instants. Rares et décisifs. Rappelez-vous que c’est vos qui m’avez inspiré l’indépendance de Ventadour. Nous avions des rêves communs, l’émancipation de nos géniteurs, un avenir différent, exempt de la malédiction du sang d’Ambre…

Rappelez-vous notre brève rencontre, la première dont je garde un souvenir intact, vous alliez vers les Cours du Chaos, et moi je remontais vers Ambre. Le présent que vous m’avez offert : cet anneau que je chérissais, car il était lien entre nous, et pour le symbole qu’il était. Et parce qu’il venait de vous.
Je m’aperçois maintenant à quel point j’ai été crédule et aveugle à votre sujet. Ce n’est pas un anneau, mais des menottes, un marquage. Votre présent maudit a fait de moi un oiseau bagué. Recevez, bien que je sais que l’anneau me reviendra toujours en encore, ce doigt qui en porte encore la marque.

Bérénice

(Joint, enveloppé dans un mouchoir en soie et dentelle émeraude, un annulaire tranché net à sa base ; on y voit soit la bague, soit au moins sa trace)



* * *

J’ai déchiré tous les tableaux que j’ai pu faire de ce traitre, mis en miettes toutes les esquisses. Je les regarde bruler de flammes colorées dans la cheminée de mes appartements de la Citadelle d’Ambre.

Avant, c’étaient les appartements du Régent Benedict. Mais ça, c’était avant.

Je n’ai pas pris possession de toutes les pièces, seulement de trois.

Le bureau privé, que j’ai transformé en chambre, le canapé y était assez vaste et moelleux, et j’avais connu pire. Ce sera aussi mon atelier-bureau-refuge. Ce bureau donne sur un balcon d’angle, avec une vue imprenable à la fois sur la mer, et sur la ville. Si l’on avance encore plus sur la corniche, l’on voit la cour intérieure. Et c’est aussi un angle mort depuis la Tour de Fiona. Et c’est réciproque.

La salle d’eau ; j’ai toujours aimé les bains. C’est une pièce aux lignes épurées des boiseries sombres. Le pourtour en est un jardin zen de sable blanc, égayé d’arbres tortueux et de pierres étranges. Surement des souvenirs de mon père des Ombres qu’il a traversé. Je n’y ai rajouté qu’un cerisier en fleurs.

Le salon. Suffisamment impersonnel pour devenir mon salon privé de réception. Suffisamment spacieux. J’aime la manière dont il est décoré, ses tableaux, ses tapisseries, sa collection d’épées…

Les autres pièces, je les laisse inchangées, closes. J’y pénètre parfois, comme dans un sanctuaire. J’ai l’impression d’y voir encore Benedict. Mais ce n’est qu’un écho de sa présence…
Le jardin secret aux cerisiers est un autre sanctuaire. Je veux obtenir à tout prix qu’il demeure secret. Interdit à quiconque sauf moi.

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Lun 26 Oct - 22:15

Mesures prises et négociées autant que possible par la Régente Bérénice (à l’approbation du MJ !)


Reconstitution de la Garde de la Licorne. Tous les blessés ont été soignés au mieux (y compris par mon Sénéchal de Ventadour, qui est aussi apothicaire).


Le Capitaine Willem dit « La Main » est réintégré dans ses fonctions du Capitaine de la Garde de la Licorne. Si ce n’est pas possible, il devient Capitaine de ma garde personnelle, crée pour cette occasion… Il est associé officieusement au gouvernement dans la mesure du possible.


Instauration du Jour de Clémence : 1 fois par mois, un prisonnier est relâché des geôles d’Ambre. Déroulement : plusieurs détenus me sont présentés, j’en choisis un qui sera gracié. Parfois, le choix est imposé par le Clergé. Ou par la Tour Rouge. Ou par Random. Parfois c’est en échange de services…
Ce même jour, dans la Salle du Trone, toute personne le souhaitant peut venir présenter ses doléances ou souhaits à la Couronne d’Ambre. Pour ceux qui n’ont pu être admis dans la salle, un panier est mis à disposition pour y laisser toute doléance écrite et qui sera examinée.


Gestion de la terre indépendante de Ventadour.
Ventadour reste indépendante. La régence en est confiée à Dame Blanche II. Le Sénéchal la seconde et détient le pouvoir décisionnel (après mon approbation au besoin).
30 routiers de Ventadour forment ma garde personnelle et privée : 20 hommes d’armes et 10 troubadours de ma suite.


Dans la décadence ambiante, et pour contrer la frustration de mon role de regente potiche, je m’investis dans les domaines artistiques, aussi bien à Ventadour qu’à Ambre. Ouverture d’une Académie des Arts et des Muses à Ambre (avec Maitres d’Ambre, Chaosiens, de Ventadour). Une certaine Alice y donne des cours.

« Alice », c’est mon nouveau alter-égo, mon nouveau visage, qui me permet d’éviter la folie d’un oiseau mise en cage. Alice, elle, est libre d’arpenter les rues d’Ambre. Elle est libre de chasser à Ardenn. Elle est libre de courir le long de la jetée, de flâner dans les ruelles et les tavernes, de rêvasser à TirNaNogh…

(suite à venir)
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 27 Oct - 12:46

Bérénice a écrit:

Dans la décadence ambiante, et pour contrer la frustration de mon role de regente potiche, je m’investis dans les domaines artistiques, aussi bien à Ventadour qu’à Ambre. Ouverture d’une Académie des Arts et des Muses à Ambre (avec Maitres d’Ambre, Chaosiens, de Ventadour). Une certaine Alice y donne des cours.






Bérénice a écrit:

« Alice », c’est mon nouveau alter-égo, mon nouveau visage, qui me permet d’éviter la folie d’un oiseau mise en cage. Alice, elle, est libre d’arpenter les rues d’Ambre. Elle est libre de chasser à Ardenn. Elle est libre de courir le long de la jetée, de flâner dans les ruelles et les tavernes, de rêvasser à TirNaNogh…

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 27 Oct - 17:14

Seconde missive de Bérénice à Léonard

« Je ne vous ai jamais pris en traitre : j’ai toujours œuvré pour Ambre. Et je ne vous ai jamais dit qui était mon père »


Vous m’avez dit que vous haïssiez votre père, encore plus que votre mère.

J’aimais mon père plus que je ne voulais me l’avouer ; je l’ai empoisonné, de mes mains j'ai porté la coupe à ses lèvres.
Qu’il s’agisse d’un vrai moi ou d’un spectre du Logrus, ce n’a pas d’importance : tous les exemplaires d’un être sont liés. L’aimais-je au point de vouloir le préserver dans une stase et ce cercueil de verre? Au point de lui épargner l’humiliation de la Lignée d’Ambre ? Ou ne l’aimais-je pas suffisamment ?
Savez-vous que j’ai fait brûler son testament ? Celui-là même où le Prince Benedict me reconnaissait comme sa fille... Voyez l’ironie : j’ai détruit ce à quoi j’aspirais depuis tant d’années…

Haïssiez-vous votre mère au point de la hisser à la balustrade du pouvoir actuel d’Ambre, je parle de la Tour des Sorciers. Car c’est bien les sorciers et le Clergé qui gouvernent Ambre. Et vous y avec contribué. Largement contribué.
Cela est vrai, vous ne m’avez jamais nommé votre père. Aucun nom, seulement qu’il est du Chaos. Quelle importance, maintenant, qu’il soit ce seigneur Mandor, qui a fléché à bout portant et sans honneur les derniers défenseurs d’Ambre, ou que ce soit un autre seigneur chaosien. Qu’ils se repaissent tous du sang d’Ambre ! Qu’ils se délectent de la souffrance d’esclaves et des lamentations pathétiques des Ambriens de haut lignage reniant la Marelle !

Voilà ce dont vous êtes capable par haine.
Et par affection, de quoi êtes-vous capable ?

Etes-vous seulement capable d’affection ?...


Combien de fois l’Œil du Serpent s’est-il retourné contre Ambre ? Combien de fois ce Joyau de Jugement a-t-il maudit les nôtres ! Pouvez-vous seulement comprendre ma douleur d’avoir croisé le regard lucide de notre oncle Eric, son dernier regard non encore voilé par la mort, lorsque la lame traitresse de son frère l’a transpercé ? Lui, l’honorable guerrier, tué par une lame fourbe… L’âge de l’honneur est passé : oncle Bleys a tué le dernier guerrier honorable ; votre mère et ma tante en a empoisonné un autre. Ne me demandez pas d’éprouver de la compassion envers le parjure qui hurle dans sa Tour maudite. Ne me demandez pas d’arrêter de prier que la malédiction du Rouge retombe sur sa descendante.

Car, tout comme les Epées ont connu leur crépuscule, les Bâtons seront évincés du pouvoir. Vu le pouvoir croissant de Random, cela ne m’étonnerait pas que déjà la Tour des sorciers et leurs faux prêtres soit rongée par le Denier.

Si changer Ambre était la seule manière de la préserver de la destruction, alors oui, il y a, en apparences du moins, un changement ! Nous avons tous vécu cet Azincourt de la chevalerie Ambrienne en première loge !
Mais ce n’est qu’un début. La décadence de Rome d’Ombre-Terre n’était que prélude à sa chute. Craignez le jour où et Ambre et le Chaos ne seront que poussière ! Craignons tous ce jour !

Pourquoi vous écris-je tout cela ? Alors que ces lignes risquent de se retourner contre moi-même, comme toutes les confidences que j’ai pu vous faire, et qui arrivent fidèlement aux oreilles de votre mère, ou qu’en sais-je, votre père. Faites-le, si cela vous amuse. Je descendrai avec fierté dans les geôles, une fois de plus, si cela vous amuse tant !

Mais ne suis-je pas une régente parfaite de cette cité parfaitement et délicieusement décadente ? Une poupée de porcelaine parée avec le plus grand soin sur le coussin de velours azur aux pieds du Trône de la Licorne. Une main malléable qui signe tout ce qu’on lui présente. Une passionnée d’art, somnambule entre le spleen et l’idéal.

Voyez, il n’est nul besoin d’un ménestrel ni d’un bouffon à la cour d’Ambre, puisque je remplis parfaitement les deux rôles ! Alors divertissez bien l’Empereur et ses Cours de vos ritournelles sur la déchéance d’Ambre ! Tandis que je vais tenter de noyer dans les brumes tout souvenir de notre amitié, toute affection que j’attachais à votre personne.

Bérénice
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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Lun 9 Nov - 19:29

Troisième lettre à Léonard de la part de Bérénice


Seigneur du Chaos et d’Ambre,

Je ne vous haie point. Malgré tous mes efforts, je n’ai pu vous haïr. Je n’ai même pas pu vous effacer de ma mémoire aussi facilement que j’ai pu le faire avec votre image sur mes peintures et croquis. Vous êtes même en droit de vous demander si ces ‘présents’ de mauvais gout – j’assume – que sont mes doigts coupés n’étaient là que pour vous rappeler mon existence, malgré l’indifférence qu’elle vous inspire.
Voyez, je n’ai pu trouver ni haine ni indifférence…

Bérénice

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MessageSujet: Re: Bérénice, vicomtesse de Ventadour   Mar 10 Nov - 15:39


La nourriture a goût de cendres. Fermant les yeux, je mords dans cette cuisse de faisan, mastique lentement. Le morceau reste coincé dans la gorge et je le recrache avec un haut-le-cœur. Ça a goût de charogne. Le vin a goût ferreux. Gout du sang. Même l’eau a goût de sang.

Ça fera des économies sur le train de vie de la Régente. On paiera notre armée de mercenaires avec. Ou nos artistes.

Je ris toute seule. Les récentes émeutes dans le port. Les Ambriens montrent leurs crocs à nouveau. D’abord ce furent quelques marchands de Rebma parmi les plus odieux et rapaces qui ont vu leurs biens confisqués. Mais les émeutiers, grands seigneurs, n’ont tué aucun homme et leur ont même laissé une chaloupe pour rentrer. L’affaire a été portée devant la Régente. J’avais promis de l’examiner. J’en ai profité pour relever les taxes envers Rebma, sous prétexte de protection de leurs biens et hommes. J’avais même reçu en audience privée les « fauteurs » de ces troubles. Pour les féliciter. Pour parler d’Ambre et de son avenir.
Puis l’expropriation s’est généralisée.
Les relations avec Rebma sont de nouveau tendues.
Moire a fait son temps. Elle regarde trop du coté des Cours Invisibles. Ce n’est pas dans l’intérêt d’Ambre que de laisser partir ce vassal… Je dois penser à raffermir les liens. L’union de Random ne suffit pas : c’est même lui qui risque de glisser vers cet Invisible… Moire a fait son temps…

Le soleil couchant glisse en orbe ensanglantée derrière les vitraux de mon bureau. Bureau de Benedict.

Je revois Ambre en dentelle de ruines, en ossement de pierre maculées de sang de ses habitants. Il existe quelque part un ailleurs, une Ambre qui n’a pu être sauvée, que j’ai involontairement détruite, livrée à un Destructeur de l’Abime. Alors que je chercherais désespérément à la sauver…

Père, tu m’as reniée. Alors je me suis tournée vers ton frère, Finndo, cherchant en lui le sauveur d’Ambre. Erreur que je dois assumer. Nullement une excuse.
Un monarque n’a pas droit à l’excuse. Un monarque paie toujours pour ses erreurs.
Merci pour cette leçon, oncle Finndo !

J’écoute d’une oreille distraite les recommandations de mon Conseiller, le Grand Prêtre de la Licorne Melangton. D’un coup la lumière dansante d’une torche fait flamber ses traits. A la place de cet homme aux joues grassouillettes et rasées de prés c’est un crane de licorne qui me fixe de ses orbites creuses. Je manque de tomber, le mur derrière moi s’est soudais dissout et devenu néant. Alors je me blottis contre l’homme. Je le serre dans mes bras, bafouillant, suppliant. « Qui, votre majesté ? », me répond-il, « vous me demandez de ne pas la laisser anéantir. De qui parlez-vous ? Est-ce de la Sainte Rihannon ? » Je m’entends lui répondre entre deux sanglots « Ambre… »
Puis je me reprends. Par devoir. Le devoir prend toujours le dessus…

Dans quelques minutes, il fera un compte rendu exhaustif à tata Fiona. Elle haussera les épaules et pensera très fort « Burn-out, Bérénice, vous n’êtes pas à la hauteur… ». Peut-être même elle le dira à voix haute, à Melangton. Ou pire, à Léonard ou à Ange, à Mandor… Et Bleys fera grincer ses serres de dragon contre la pierre de sa Tour.

Brand, vous aussi m’avez abandonné ? J’aimerais retourner dans cette chambre sous les toits, face à la fontaine aux lions de la ville de Paris d’Ombre-Terre. Siroter un verre de chartreuse, silencieusement, tandis que vous m’esquissez. Sentant chaque trait de votre crayon sur le papier à grain comme un effleurement, une caresse sur ma peau…

La soie est si douce… Un luxe auquel je ne veux renoncer : ces draps de soie noire, recouvrant le canapé où dort la Régente. Qu’elle se repose, qu’elle rêve d’Ambre détruite, encore et encore… Moi, je m’évade. Je glisse sur les draps mon corps souple, en reptations régulières et silencieuses.

Serpent je suis née, serpent je suis.

Oui, je sens chaque anfractuosité de ces pierres sur ma peau. Combien de fois ai-je glissé le long de ce mur de la Tour de la Régente ! Je me faufile dans les ombres, au delà de la Cour, au delà de la herse levée. De sous un portique d’une ruelle sombre sort une femme jeune et svelte, lacée d’un corsage soulignant les courbes. Un visage encadré de boucles noires. Des yeux noirs en amande effilée. La peau halée, couverte d’un léger voile de poudre dorée. Je rajuste les escarpins de vair logrus-facturés et m’avance vers les quartiers animés d’Ambre. Mon nom est Euridice…

……………

C’est devant une fontaine aux lions que mes pas me mènent. Comme par un écho étrange, deux lions adossés au mur d’une bâtisse crachent deux ruisseaux d’eau. La bâtisse est surement ce nouveau temple du culte Nemedien. J’aime bien les lions. Je les dévisage pendant plusieurs minutes, avec défis et amusement. Un groupe de personnes discutant sur les marches de la bâtisse me dévisagent de la même manière.


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