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 PHILO - espace de travail

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MessageSujet: PHILO - espace de travail   Mer 6 Sep - 15:20

Je prévoie de possiblement de poster ici quelques textes de philo. L’idée n’est pas forcément d’avoir des textes intéressant ou pertinents, mais plus d’un espace de travail pour m’exercer et pratiquer. Ces textes ne représentent pas forcément ma vision sur un sujet donné, c’est plutôt un exercice

L’échelle de Jacob

La science politique de Marx, appliquée à la lutte des classes, divise la société en deux groupes fondamentaux et antagonistes du point de vue du pouvoir : la classe des bourgeois qui sont les détenteurs du capital et la classe des prolétaires, qui sont opprimés économiquement et aliénés par la bourgeoisie.
Cette description des groupes sociaux est fort pertinente. Elle me semble toujours disposer d’une actualité incroyable.
Pourtant en établissant une forme de manichéisme entre deux camps principaux, elle peut conduire à une vision binaire de la société.
Je voudrais montrer – avec cette théorie embryonnaire de l’échelle de Jacob – que la description de la société en deux groupes fondamentaux peut être nuancée, sous forme de strates, d’échelles, de cercles concentriques de puissance et de pouvoir qui permettent de dessiner des paliers, des marches intermédiaires.


Les vrais détenteurs du capital :
Les vrais détenteurs du capital sont une poignée d’individus à l’échelle de la planète. Comme le pouvoir économique achète tous les autres pouvoirs, ils disposent concrètement d’un pouvoir que n’ont jamais possédé historiquement les papes, les empereurs et les califes. Véritablement invisibles médiatiquement au regard de leur véritable influence, ils possèdent des intérêts considérables dans les plus grandes corporations mondialisées. Secrètement, ils façonnent le réel. Ils sont la loi, le verbe incarné du capital.
Dans un monde d’hyper transparence, les médias évitent pudiquement de donner une trop grande publicité à leurs agissements. La réalité a été découpée, segmentée en atomes économiques. Epistémologiquement, le réel est devenu un véritable tissu capitaliste. Dans cette nouvelle réalité, les vrais détenteurs du capital sont des divinités souterraines, des dieux financiers.


Les gardiens du temple :
Les gardiens du temple sont organisés en castes très précises. Leur fonction est de permettre aux vrais détenteurs du capital d’exercer leur hégémonie sur le réel. En échange, les gardiens du temple reçoivent les miettes du festin : ce sont souvent des poissons pilotes.
La question de savoir si les gardiens du temple agissent volontairement ou par simple aliénation n’a pas de sens. Les gardiens du temple sont presque toujours convaincu de leur bonne foi et d’agir dans un sens favorable à la société et aux individus. Que ce soit par auto suggestion ou par propagande, ils ont intériorisé l’idée que leur intérêt mercantile se confond avec le bien être du genre humain.
Pourtant, j’ai pu le constater à de multiples reprises, s’ils sont convaincus par une dialectique implacable que leurs justifications sont intenables logiquement, ils devront concéder sur leur interlocuteur. Mais par ce qu’ils sont dans une logique purement utilitariste, si vous les recroisez à quelques jours d’intervalle, ils seront retombés dans leurs anciens travers. Car bien sur, leurs convictions sont une pure croyance, une vraie forme de crédulité et de religion. Bien qu’ils prétendent agir toujours rationnellement, on trouvera toujours au fond une forme extrême de la bigoterie religieuse.

Les médias :
Les médias sont certainement les plus importants des gardiens du temple. Ce sont les grands prêtres du Veau d’Or. Ils occupent la fonction religieuse qui est celle de la propagande, de la violence symbolique et de la fabrication du consentement.
Jadis cette fonction était en occident occupée par le clergé. Les anciennes idoles ont été rejetées dans le néant, et de nouvelles idoles post modernes sont l’objet d’un culte non moins intense : il s’agit du culte du progrès, de la technologie, des droits de l’homme, de l’économie marchande.
A la différence de ses précédentes incarnations historiques, la violence exercée sur les esprits par les médias est relayée et démultipliée via la technologie. Les écrans par exemple ont remplacé la réalité pour beaucoup d’habitants.
Comme les messages délivrés par les médias mainstream sont convergents, eux-mêmes tributaires des intérêts mercantiles qui leur permettent de vivre, aucune information émancipatrice n’est accessible.
Il ne s’agit pas uniquement de désinformer. Cette violence est aussi ontologique. Par le divertissement, on métamorphose les esprits en une pâte molle, indolente, addictive aux réclames, simple interface de signaux et de messages, véritable « machine désirante » soumise à tous les stimuli. La psyché, affaissée n’a plus d’instance inhibitrice et est devenue purement pulsionnelle, immature, infantile. La patience et la sobriété sont impossibles.


Les managers :
Les managers sont les deuxièmes gardiens du temple. Dans tous les grands groupes, les anciens « patrons » ont été remplacés par le couple actionnaire / manager.
Les actionnaires suivent les intérêts des vrais détenteurs du capital. Ce sont eux qui possèdent les moyens de production. Les employés, dont les actionnaires louent simplement la force de travail physique (prolétariat classique) ou psychique (néo prolétariat 2.0) sont asservis au premier groupe.
Les managers sont fortement propagandes. Ce sont souvent des psychismes faibles et stakhanovistes, très violents et solidaires et qui en raison de blessures narcissiques surcompensent par un surinvestissement professionnel. Souvent addictifs professionnels, les managers sont sélectionnés pour pressuriser les autres employés afin d’obtenir le maximum de bénéfice pour les actionnaires et cela quels que soient les dévastations sociales ou psychiques occasionnés chez les autres employés.
Ils occupent la fonction des capos dans les camps de détention. Prisonniers eux-mêmes, mais ayant parfaitement consenti à leur servitude, ils reçoivent des rétributions exceptionnelles à la mesure de leur servilité et de leur dévouement. Ce sont donc des poissons pilotes.
Jadis, dans l’Egypte des pharaons, le pharaon était heureux de compter sur des scribes et des contremaîtres qui tourmentaient et fouettaient les esclaves afin que ceux-ci érigent des pyramides à la gloire des pharaons.


Les poissons pilotes :
Les poissons pilotes tirent un bénéfice moindre du capital. Par ruissellement, par servilité, ils reçoivent les miettes du festin des véritables prédateurs économiques (les vrais détenteurs du capital). Aspirés dans l’idéologie mondialiste, ils vivent souvent dans les grands pôles urbains, sont connectés à la technologie, imprégnés d’idéologie consumériste. Asservis par les grands managers et propagandés par les grands médias, ils forment les 20 % de l’humanité qui peut à elle seule « faire tourner la boutique ». Les poissons pilotes sont des petits capitalistes, des ersatz des vrais maîtres de la réalité. Ils caricaturent en tout les puissants qu’ils envient, imitent et tentent de rejoindre par tous les moyens. La société néo libérale tient sur cette masse servile, qui profite du système, même faiblement et tente de gravir « l’échelle de Jacob » pour parvenir un jour à l’empyrée du capital.
Les poissons pilotes sont très nombreux. Si on ne veut pas caricaturer la réalité, il faut convenir qu’une minorité agissante mais constituant une part importante de la population mondiale tire bénéfice du système. Ils n’ont donc aucun désir de changer de paradigme.


Les aspirants
Les aspirants ne tirent pas vraiment bénéfice du système néo libéral. Néanmoins, que ce soit par ambition, intérêt ou idéologie, ils veulent rejoindre les rangs des poissons pilotes, et qui sait un jour accéder à des fonctions supérieures. C’est ce désir de gravir l’échelle de Jacob qui rend les aspirants si dociles. Ils sont prêts à toutes les compromissions, les bassesses pour faire un jour partie du « gâteau » des vainqueurs de l’économie marchande. Il faut insister sur ce point : les aspirants ne profitent pas du système, mais ont l’espérance d’en jouir dans le futur. Cette espérance est relayée par le mythe de la promotion sociale, économique et professionnelle, la propagande. Les aspirants sont très nombreux, plus encore que les poissons pilotes. Sans eux, sans leur adhésion implicite à l’échelle de Jacob, le système s’effondrerait.

Les indifférents
Les indifférents, par leur passivité, leur indolence sont des agents du système d’oppression économique. Complètement passifs et cyniques, sans véritable conscience politique, les indifférents se contentent de vivre leur vie avec fatalisme. Ils croient en l’inéluctabilité du système et de leur condition, l’impossibilité d’échapper à leur servitude, Conformistes, ils ont accepté l’idée que tout effort de réflexion ou d’action politique est voué à l’échec. Souvent, afin de tromper leur ennui et leur désœuvrement existentiel, ils fuient la vacuité et l’absence de sens dans les divertissements stériles et abrutissants. Ce refus de donner du sens, de la finalité à l’existence humaine est assez caractéristique. Les indifférents ont démissionné sur tout.

Les ignorants
Les ignorants n’ont pas accès aux informations, au savoir qui leur permettraient de construire une représentation du monde lucide. A la différence des désœuvrés, ils cherchent à comprendre et à donner du sens mais n’ont pas accès aux outils conceptuels et aux informations qui leur permettraient de se forger une représentation du monde conforme au réel. Pris véritablement dans la toile de la désinformation comme dans la caverne de Platon, ils ne voient pas vraiment le réel.
Une vraie prison épistémologique de mensonge, de propagande et de désinformation les maintient dans l’ignorance. Bien malgré eux, les ignorants font partie de l’échelle de Jacob. Ils contribuent tout comme les indifférents à leur propre servitude. Tout comme l’apathie pour les indifférents, le mensonge médiatique est un outil formidable de contrôle des populations. Souvent et de façon tout à fait tragique, les ignorants relaient dans les réseaux et les groupes sociaux la pensée dominante. Ils sont comme des agents des médias, des chaines de diffusion et de relai de la propagande


Les lucides :
Les ignorants et les indifférents forment la grande majorité de la population opprimée par l’échelle de Jacob. Et pourtant, ils contribuent au renforcement permanent de leurs conditions de servitudes.
Les lucides au contraire, ont une représentation du monde assez conforme au réel. Dans l’absolu, ils peuvent faire partie des paliers qui oppriment comme de ceux qui sont victimes du système néo libéral.
Cela ne change rien, les lucides ont l’intuition que le système en place ne sera à terme ni bénéfique aux oppresseurs ni aux opprimés. La dévastation de la nature, des cultures et de la psyché humaine n’épargne personne. La solution à ce jour hypothétique de fuir la Terre et l’humanité pour façonner de nouveaux groupes transhumanistes dans l’espace semble le seul échappatoire du système. C’est pour cela que les programmes transhumanistes – sans lesquels la conquête spatiale est une absurdité – sont comme une planche de salut pour les vrais détenteurs du capital et leurs sbires.
C’est pour cela que les lucides sont présents à tous les niveaux économiques et issus de toutes les strates de l’échelle de Jacob.
Les lucides sont les seuls groupes véritablement contestataires et dangereux du système. Ils ont une représentation en partie correcte du réel et cela suffit à leur indiquer le nihilisme et la violence constante de l’échelle de Jacob, véritable système intriqué et complexe d’oppression.
Dans un deuxième temps se pose la question de l’action politique des lucides. Comme ils sont pour l’instant une toute petite minorité qui regroupe ses partisans dans tous les spectres politiques et sociaux (gauche ou droite, riches ou pauvres, migrants ou natifs), l’idée d’organiser un changement direct des institutions est complètement utopiques. Ce n’est pas tant la résistance des vrais détenteurs du capital, des gardiens du temple ou des poissons pilotes que doivent craindre les lucides. Ils doivent compter avec l’opposition farouche des indifférents (tous d’accord pour ne rien changer) et des ignorants (trop propagandés par le système pour voir dans les lucides autre chose que des ennemis politiques, des dissidents dangereux).
Le système de coercition et de contrôle est parfait. Tel un fort Vauban, il n’est pas prenable. Changer les institutions « par le haut » est donc impossible.
Les changer « par le bas », semble plus probable en créant de façon insulaire des groupes, des ilots de lucidités qui récréeront –à une échelle locale – un modèle de vie politique décent et acceptable.
Loin d’être utopiques, ces modèles sont abondement décrits par les décroissants, les convivialistes, les anarchistes. Ils consistent à remplacer l’utilité par le don et la gratuité, à pratiquer la sobriété consumériste, médiatique et technologique, à s’inscrire dans ce modèle de « décence ordinaire » si cher à Orwell, à avoir par la pratique des actes humains, gracieux et courtois. Cela semble peu, mais c’est en soi profondément subversif. Une politique du jardin telle qu’elle fut pratiquée par les disciples d’Epicure, montre que même dans un milieu politique extrêmement dégradé, on peut aspirer à une existence décente et harmonieuse avec son environnement.
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