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 Kurt Vegenher

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stan

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MessageSujet: Kurt Vegenher   Mer 11 Avr - 18:22

Kurt Vegenher, né à Paramaribo (Suriname) le 4 février 1965, est un peintre, sculpteur et plasticien néerlandais.

Utilisant tous les supports pour son travail, il est essentiellement connu pour sa première période de street art et comme le fondateur du mouvement soul painting. Il est considéré comme un des artistes les plus influents de ce début de 21e siecle tant par ses apports artistiques que ses engagements politiques.

Biographie

Kurt Venegher naît le 4 février 1965 à Paramaribo, sur les rives du fleuve Suriname. Il est le premier enfant de Raoul Vegenher,  ouvrier dans le bâtiment, fils illégitime d'un entrepreneur hollandais et d'une servante marron, et de Godelieve Cariacou de la tribu arawak.

Ses parents sont originaires du Suriname mais suite à l'émancipation du pays, les Vegenher décident de migrer en métropole. la famille arrive à Rotterdam alors que Kurt n'a que 4 ans. Malgré tout cette expérience sera traumatisante car le déracinement du petit Kurt est d'autant plus brutal que sa mère, alors enceinte, fait une fausse couche. La famille s'installe alors à Slotervaart, un quartier dans la banlieue d'Amsterdam.

1 an après, Raoul Venegher se blesse sur un chantier, il reste 6 mois à l’hôpital puis devient routier. Son absence marquera fortement Kurt qui se retrouve seul avec sa mère toute la semaine. Sa mère, pentecôtiste, est très pieuse et distille dans le jeune Kurt, la fascination pour le mystère de la foi. Une fascination toujours bien présente dans ses œuvres.

l'enfant, dessinateur précoce, noirci plusieurs cahiers par semaine. Il se passionne pour les arts primitifs mais aussi pour l'art classique. Dessinateur au talent précoce, Kurt s'essaye à la peinture.

L'adolescence marque un tournant dans la vie de Kurt. L'art se fait moins présent et il commence à s'interesser de pres au sport et au football particulierement. Il est un temps préssenti pour intégrer un centre de formation mais ses mauvaises fréquentations et sa consommation régulière de drogue et d'alcool le poussent hors de ce chemin.

A partir de 1981, Kurt se met a fréquenté la communauté punk d'Amsterdam. Il a 16 ans et se met volontairement en marge de la société. Il rejette la religion pentecôtiste de sa mère. Il devient alors performer et street artist sous le nom de Slaaf (esclave en néerlandais) et affirme un engagement athéiste et anarchiste. Il se fait une bonne reputation mais reste underground et connu que des experts de l'art contemporain.

1985 marque un tournant de la carrière de Kurt. Le 14 juin, date de la capitulation neerlandaise lors de la seconde guerre mondiale, il se rend au siège du parti conservateur réformé qu'il repend de rouge. Cette action fait suite aux déclarations du fondateur du parti qui considérait "que l'invasion allemande avait été la suite de la désacralisation du dimanche" et d'autres propos tout aussi discutable.

Kurt est arreté par la police le 15 juin et emprisonné. Pour protester contre cet emprisonnement qu'il juge injuste, Kurt se met en greve de la faim avec d'autres compagnons arretés le meme soir. Rapidement un groupe de soutien se met en place et le mouvement fait tache d'huile. Apres 34 jours de détention, Kurt est finalement libéré. Il est condamné à une peine d'interet général et a une amende de 150 000 couronnes que le mouvement de soutien paiera.

Kurt abandonne alors son pseudo de Slaaf et fini par signer ses oeuvres de son propre nom. Ses oeuvres attirent l'attention et sa cote explose. Commence alors une période que Kurt désigne alors comme sa période creuse "faites d'opportunisme. Mon but à cette époque n'était que de choqué le passant mais sans pensée politique derriere" dira t-il.

Il fait de la peinture de monument sa signature. En 1987, il repeint le MOMA de New York. En 1990, il repeint la prison ou était enfermé Nelson Mandela. Malgré sa notoriété mondiale et un FIAC qui lui est dédié à Paris, il peine à s'imposer dans son pays ou il divise. En 1992, la ville de Rotterdam lui commande une oeuvre qui fera scandale "le petit oiseau". En 1996, il crée les décors des ceremonies d'ouverture et de fermeture d'Atlanta. Ces décors font scandales car si du sol l'oeuvre semble parfaitement abstraite, une fois rediffusée, des scenes erotiques peuvent etre reconnues.

A partir de cette periode, Kurt Vegenher devient un habitué des soirées mondaines. Il fait alors plus parlé de lui pour ses esclandres que pour ses oeuvres.

En 1999 ses parents retournent vivre au Suriname.

L'année 2000 marque un tournant. Il retourne au Suriname pour la premiere fois à l'occasion du décès de son père.

c'est comme si j'avais vécu en exil pendant 35 ans. A la descente de l'avion je retrouvais les odeurs, les bruits, les couleurs qui avaient marqué ma prime enfance. J'ai aussitôt ressenti l'appel de la jungle, que j'étais son enfant au même titre que les jaguars ou les oiseaux.

Il disparaît pendant 3 ans. Il raconte dans son ouvrage "l'oiseau de feu" qu'il va vivre pendant un an et demi avec les indiens de la jungle profonde à proximité de l'amazone. La bas il vit une sorte d’éveil et devient chaman. Il se lance alors dans un tour du monde des traditions chamaniques.

Finalement en 2003, Kurt Vegenher revient sur le devant de la scène avec la première exposition de soul painting. Il y convie le chef Rahoni. L'exposition provoquera de nombreux malaises et même quelques cas de transes tant la peinture est intense.

Kurt revient alors vers un art militant, politique.

En 2006, il acquiert un atoll ou il vit la majeure parti de son temps. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le chamanisme, sur l'athéisme ou sur les révolutions sociales. En 2009, il expose ses œuvres au coté de textes de Pierre Rabhi dans un immense jungle reconstituée au cœur de Paris.

Depuis 2005 sa fondation Axis Mundi finance des projets écologiques et sociaux à travers le monde.


Dernière édition par stan le Dim 22 Avr - 12:31, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 12 Avr - 18:08

La première fois que je suis revenu au Suriname c’était pour les obsèques de mon père. Je n'y étais jamais retourné et c’était l'occasion de revoir des membres oubliés de la famille, des oncles, des tantes, des cousins lointains et des amis de la famille.

Mon père était créole et il rêvait d'un enterrement typique. Les enterrements créoles au Suriname sont un étrange mélange qui peut paraître bien curieux à première vue. L'affliction serre les cœurs et pourtant le cercueil, porté par 6 hommes est guidé par un homme qui chante et suivi par une fanfare. Les porteurs du cercueil dansent avec le cercueil sur l'épaule et petit à petit l'assistance se met elle aussi a danser. Petit a petit la tristesse s'efface et la vie reprend ses droits. Et puis on arrive fasse à la fosse et le silence se fait. Alors commence les chants respectueux puis la musique reprend et chacun vient fleurir le grand cercueil en tournant autour.

On pourra disserter longtemps sur le sens a donner à cette cérémonie, sur ses origines, moi je retiendrais simplement que par cette belle journée d'avril, la mise au tombeau de mon père fut moins pénible. Elle était à son image, souriante, gaie, un peu fantasque.

Comme je n'avais rien à faire, je décidais de rester quelques temps avec ma mère. Ma tante était venu habiter la maison que mes parents avaient acheter un an plus tôt. Comme je l'ai dis plus tôt, ma mère était d'ascendance amérindienne mais était une fervente pentecôtiste et ces origines « païennes » étaient presque une honte pour elle.

Le Suriname m'avait terriblement manqué. J'en faisais l’expérience chaque jour. Je retrouvais l'agitation, les couleurs que ma mémoire avait fini par délaver. Et pourtant j’étais incapable de dessiner, incapable de peindre ce que je voyais. Tout me ramenait à la brutalité, à la violence. Il faut être violent et brutal soi même pour comprendre qu'on puisse en être épuisé.

La violence n'est pas l'agressivité. L'agressivité dans son sens premier c'est l'affrontement, c'est défendre ses idées face a quelqu'un qui n'a pas les mêmes. La violence est un moyen de canaliser cela mais la violence ne construit rien. Elle détruit, elle use. Et il faut être parfaitement crétin pour ne pas être conscient que la violence que l'on engendre détruit tout a commencer par soi même.

Quelques jours après les obsèques de mon père une cousine de ma mère se présenta à la maison. Elle s'appelait Rinia, elle avait l'age de mère mais faisait beaucoup plus âgée. Elle était petite et mal à l'aise dans ces vêtements de ville. Elle parlait mal le créole, pas du tout l'anglais. Ma mère m'expliqua qu'elle vivait loin, dans la jungle et qu'elle parlait essentiellement le Kali'na, une langue amazonienne.

Je ne savais pas encore que ma rencontre avec Rinia allait tout changer. Son premier geste quand elle me vit, fut de me passer la main sur les yeux. Elle me sourit et alla s'asseoir. Elle resta quelques jours puis vint le moment de son départ. Elle demanda alors à ma mère qui faisait la traduction si je voulais voir la jungle. Et ce jour là, j'ai laissé ma peinture derrière moi et j'ai dis oui.

La remonté du fleuve fut pénible pour moi. Le bruit du bateau, les moustiques, j'étais loin de mon environnement naturel. Il fallut 6 heures de pirogue, dans les bruits et les gaz d’échappement pour parvenir à un petit ponton près du quel se dressait une petite cabane. En remontant au niveau de la cabane je découvrais le chemin qui faisait office de route et qui tel un ruban s’étendait à travers la jungle.

Ma premiere réaction fut un mouvement de recul. La jungle ressemblait à une gueule grande ouverte prete à me dévorer mais Rinia me posa la main sur le bras et me fis signe d'avancer. Elle se faufila sur un sentier, un trou à peine visible dans la végétation. Je le dis aujourd'hui, le jour ou j'ai passé ce seuil végétal, j'ai ouvert la porte de mon ame au monde.
Il faut du temps pour s'habituer à la jungle lorsque vous la pénétré. D'abord vous avez une impression de silence mais la réalité c'est que la végétation semble vous happer et rapidement vous vous rendez compte que la vie est partout et qu'elle est aussi bruyante qu'un jour d'affluence sur la 5eme avenue ou les Champs Elysées. Et surtout, contrairement à ce qu'on pense, la nature ne se tait pas lorsque vous pénétré son domaine. C'est plutot l'homme dans ces cas la qui manque de mot tant il se sent insignifiant dans cette immensité.

Qui que je fus, dans cette jungle, je n'etais plus personne. Rinia etait ma seule corde de sécurité, ici, les millions, la rénommée, n'avaient plus aucune valeur.

Mes premiers pas dans la jungle furent donc un eveil des sens. D'abord ce bruit, omniprésent. Puis l'odeur. Il n'y a pas de fleurs dans la jungle ou tres peu car il faut du soleil et les arbres en obstruent la majeure partie. La jungle sent l'humus. Elle sent la vie qui meurt et pourri mais elle sent aussi la promesse d'une vie qui se renouvelle. Enfin il faut plusieurs jours pour s'habituer l'oeil à toutes les nuances de couleurs. La jungle est comme une emeraude qui se teinte de mille éclats verts, aucune ne se ressemble.

Rinia me conduisit pendant 4 heures dans la jungle, d'un sentier à l'autre. Le village dans lequel j'arrivais n'avait rien d'un lieu idyllique. Ce n'etait qu'un groupement de auto fait de bric et de broc. Un gros générateur sans doute racheté à des orpailleurs guyanais alimentait tout le waitopo.

A mon arrivée dans le village je compris que Rinia avait quelque chose de spécial. Je ne savais pas encore qu'elle était pyjai, chamane mais je compris que les gens lui parlait avec déférence et inquiétude. Rinia les repoussa avec douceur le temps d'aller saluer un homme coiffé d'une couronne de plumes multicolores, Konopo, le jopoto, le chef du village. Il devait avoir une soixantaine d'années, court sur patte et légèrement bedonnant, il avait le regard vif et farceur.

Rinia me presenta et prevint le chef que j'allais rester ici. Il me fit un immense sourire, ouvrant une large bouche que se partageaient encore quelques dents. Je me rappelle encore de ces quelques mots en anglais qu'il me dit : « la jungle t’accueille comme un fils ». Et c'est vrai que je me sentais chez moi ici. Tout vivait plus, bruissait plus que n'importe que ville.

J'appris le Kali'na grâce aux bribes d'anglais que parlait Konopo. Il était allé avec une delegation de chefs amazoniens à new york, à cette occasion on leur avait apprit quelques mots et quelques phrases. Konopo m'expliqua plus tard que c'etait lors de cette visite à new york qu'il avait mit pour la premiere fois un Tshirt. Bref nous partagions nos langues, j'etais heureux d'apprendre cette langue venu du fond des temps et lui et il était fier d'apprendre de nouveaux mots. Le soir, il les apprenait à ses petits enfants qui riaient aux éclats en le voyant grimacer pour parvenir à les prononcer.

Pendant ces semaines dans la jungle, je fis près de 4000 photographies. Un matin, mon ordinateur me fit remarquer que le disque dur était plein. Je pris ca pour un signe. Rinia buvait son traditionnel café du matin, luxe qu'elle s'offrait malgré la simplicité de sa vie. Je me souviens de son visage lorsque je lui dis que je partais.

« tu es vraiment sur d'avoir tout vu ? Ton voyage n'a pas encore commencé »

Je me rappelle lui avoir répondu quelque chose comme « je sais mais voilà deja deux mois que je devrais etre rentré. Des clients m'attendent »

A ces mots, elle s'approcha de moi et me sera dans ses petits bras maigres. Ce qui suivi fut indescriptible. Je sentais la chaleur de son ame laisser une emprunte sur moi. Ce fut comme une bonde que retire dans un lavabo, la réalité mis a tourbillonner et je m'abandonnais a cette expérience. Je sentis des larmes couler le long de mes joues.
Au cours de mon existence je n'ai jamais cru en Dieu. Ma mère, la pauvre, a bien tenté mais ca n'a pas de prise. Et je n'etais pas non plus du genre à pleurer mais cette petite femme venait de faire sauter quelque chose. C'est alors que je me rendis qu'un orage venait de s'abattre sur le village et qu'ordinateur et appareil photo venaient de prendre l'eau. Un nouveau signe.

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 12 Avr - 19:42

A partir de ce moment, je me mis à aider Rinia dans sa tache de pyjai. Elle m'expliqua que les maux du corps et de l'ame n'etait pas dissociables, il pouvait venir de bien des endroits et c'etait son travail de pyjai que de trouver ce qui n'allait pas en « sondant l'obscurité dans la nuit et dans les cœurs » Le pyjai allait au dela du reve noir, voyait au dela des montagnes, pour lui le monde n'etait qu'une plaine qu'il pouvait parcourir du regard depuis les contrées du reve.

Bien sur au début mon manque de spiritualité me fit ricaner betement. Et puis je dus me rendre à l'évidence, mon être ressentait quelque chose. Comme si nous vivions dans un rêve et que le rêve etait la réalité. Il existe un terme tres moderne la noosphère qui de facon rationnelle pourrait faire écho à ce que je vécu ensuite.

Je senti à un moment que je devais suivre le chemin de Rinia. A aucun moment Rinia ne me proposa quoique ce soit, elle partageait ses connaissances comme si elle parlait avec un autre pyjai. Ceux qui m'aurait vu à cette époque ne m'aurait pas reconnu. Je ne parlais plus que le Kali'na, je m'habillais comme eux, je me deplacais facilement dans la jungle. C'etait une véritable gestation avant ma renaissance.

Un jour Rinia vint me voir. Elle me dit qu'il fallait partir. Je pensais que nous devions deplacer le campement comme nous le faisions de temps en temps pour ne pas facher les esprits des morts. Cette fois nous devions partir tous les deux.

La randonnée fut longue, 4 jours à travers la foret profonde. Randonnée incroyable au court de laquelle nous avons traversé des ruines anciennes. Le monde que j'avais connu me semblait être un mauvais reve. Finalement, Rinia nous fit nous arreter dans une clairiere à coté d'une grotte et d'une cascade. L'endroit etait enchanteur.

Et c'est dans ce cadre merveilleux que je pris la plus grande décision de ma vie.

Wato me dit Rinia veux tu suivre la voie du pyjai ? C'est une voie dangereuse Wato. Tu seras seul dans les tenebres jusqu'à ce que tu trouves ton gardien. Prend garde du noir Wato, les esprits y vivent et ils regardent par les lumières. C'est de là qu'il séduisent les pyjai.... tu risques de devenir fou ou pire.

« oui je veux suivre la voie du pyjai »

Sur l'instant j'etais sur de prendre la bonne décision et 15 ans plus tard, je sais que c'etait en effet, le meilleur choix à faire.

Les jours qui suivirent furent assez éprouvant. A noter cependant que je parle de jours mais rapidement je perdis tout notion du temps.

Je dus jeuner sans doute plusieurs jours afin d'evacuer toute la mort qui accompagne le fait de manger. Plus que de retrouver le lien à la vie, je devais devenir ce pilier du ciel qui lie les mondes entre eux. Cette connexion est indispensable si l'on veut ouvrir son œil intérieur, celui qui permait de voir les choses dans son esprit. C'est le premier pas du chaman car le voyage spirituel est encore trop dangereux à ce stade.

Une fois que mon corps fut vider de son empreinte de mort, Rinia m'apporté une mixture composé des sucs d'une grenouille et de plantes. Elle me fit pénétrer dans la caverne. Je me hissais en haut d'un pillier de pierre sur lequel je m'etendis. Elle commence a jouer du tambour. La mixture commenca à me vriller l'estomac.

Le monde bascula à cet instant.

Le temps et l'espace disparurent.

Je me retrouvais dans un tunnel noir. Des milliers d'yeux le tapissais et des milliers de murmurent abjectent y résonnaient. Rinia m'avait expliqué qu'il était ceux que le Grand Ancien n'avait pas gardé après la destruction des mondes. Chaque chaman descendait d' Umuti'po, le dernier homme.

Je fus d'abord gagné par la panique. Mais presque d'instinct j'ouvris mon œil intérieur et j'apercu une lumiere, le feu qui illumine le cœur. Quelle expérience incroyable, j'eu l'impression de me rencontrer pour la premiere fois. Reellement me rencontrer, pas seulement un reflet deformé par ce qu'on espere ou ce que l'on craint.

C'est ce feu qui guide le chaman dans les ténèbres, c'est ce feu, présent en chacun qu'il faut allumer.

De ce feu ardent sorti un homme. Il me regarda fixement et me dit « j'ai répondu a ton appel ». Alors il s'approcha de moi, pris un verre et cracha dedans. Il trempa ses doigts dedans et les posa sur mes yeux. Il appuya ses pouces sur mes yeux, je les sentis s'enfoncer, je senti l'eau couler puis le sang plus chaud. Il placa alors les siens à la place et le monde s'illumina, la nuit se dissipa.

Wewe, mon gardien, me guida jusqu'à une clairiere ou se dressait 9 arbres de lumieres. Il tira alors 9 cordes de son sac.

« a quoi serviront ces cordes ? »
« si tu veux soigner, tu dois voir les esprits responsables des maladies. Certains pyjai ne supportent pas cette vue et meurt. D'autres décident d'aller danser avec les esprits fous... Te sens tu prêt ? »
« je te fais confiance »

alors les esprits danserent 9 fois autour de moi et les chemins s'ouvrirent à moi, un à un. Un dixieme arbre se dressa alors.

« va » me dit Wewe, « explore par toi meme ».

Alors Wewe disparu.

Le chemin debouchait sur une clairiere. Au milieu de cette clairiere il y avait un ocelot, celui qui voit au dela du mensonge. Il s'approcha de moi et posa a mes pieds deux yeux. Il se tourna et me guida à travers la foret des esprits.

Ce fut mon premier voyage. Rinia m’accueillit comme son égal, elle m'embrassa chaleureusement en voyant que je n’étais pas devenu fou. Alors on profita du reste de la journée en nous gavant de fruits et d'autres substances...
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 13 Avr - 13:23

Faisons une experience de pensée si vous le voulez bien.

Imaginez visiter une foret. Combien voyez vous d'arbres? Poussez votre regard le plus loin? Combien en voyez vous? 10? 15? 100?...

C'est parce que vous ne regardez que la surface. En realité il n'y a qu'un arbre. Toutes les racines des arbres s'entremelent et ne forme qu'un arbre, une communauté. Chaque arbre a sa singularité, son utilité propre dans ce groupe. Y a t'il quelque chose plus solide qu'une foret dans son mecanisme?

Le cosmos est en tout point pareil. Les êtres vivants sont les singularités d'un arbre qui s'appelle la vie.

La singularité est la regle de la vie. La singularité qu'elle soit esthetique, qu'elle soit de savoir vivre, de savoir faire est la regle car elle permet de faire vivre des bulles de localité solide.

Aujourd'hui, les sociétés ne sont plus des forets. C'est le meme arbre, reproduit encore et encore. Il ne peut pas y avoir de construction de cette facon.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Lun 16 Avr - 19:23

Je devais rester plusieurs mois avec Rinia, explorant toujours plus loin la jungle, le monde des rêves et leurs mystères. Plus je sentais mon lien avec les rêves se renforcer plus il m'etait difficile de revenir. Pour Rinia le bout du monde c'était la jungle, le monde des rêves une clairiere. Une clairiere magnifique et magique mais une clairiere malgré tout.

Je sentais en moi la meme excitation que lorsque j'avais commencé à voyager. Je me rappelle de mes jeunes années... Je connaissais les rues d'Amsterdam par cœur et lorsque je m'étais rendu à New York pour la première fois, j'avais aussitôt succombé à cette jungle urbaine. J'avais erré des heures dans les rues, d'un quartier à l'autre pour m'emplir d'images. Quand j'y repense cette expérience présageait de mon futur chamanique. C'etait une véritable expérience spirituelle. J'avais eu envie de me lier avec tous ces êtres, je voulais entendre le rumeur de la ville et chacun des bruits qui la constituait. Je voulais tout gouter, tout sentir, voir toutes les couleurs de cet endroit. Cette expérience je devais la revivre à de nombreuses reprises dans de nombreuses villes... Au Cap, A Hong Kong... La jungle avait ravivé ce sentiment qui était mort avec l'habitude des voyages.

Quand j'y repense maintenant c'etait moins l'habitude que mon emerveillement qui était mort.

Finalement, ce monde des reves me faisait le meme effet. Je voulais tout voir, aller plus loin que la clairiere. Malgré mon age, je n'etais qu'un jeune chaman impatient, l'age n'y changeait rien. Je négligeais mon devoir de chaman pour me perdre sur les chemins du songe.

« - Etre un chaman ne te donne aucun droit » me dit ce jour là Wewe, « tu trahis l'esprit du chaman en te comportant de facon egoiste. Tu laisses seule la vieille Rinia alors qu'elle t'a tout appris. Etre chaman c'est d'abord vivre pour les autres...

Je le sais Wewe mais il y a tant à voir... pourquoi perdre mon temps a soigner des coupures et des maux de ventre alors que ce monde merveilleux s'offre à nous.

autrefois, un chasseur se rendait à la chasse quand sa vieille mere lui dit « prend garde le vent arrive, l'arbre de la cour menace de tomber ». Le chasseur lui répondit « n'en t'en fais pas vieille mere, je m'en occuperais à mon retour ». Le vent entendit ses mots et vexé de ne pas inspirer la peur dans le cœur du chasseur, il se mit en chemin. Le chasseur marche de longues heures, avec sa fronde il cassa net l'aile d'un oiseau. « chasseur, je t'en prie laisse moi ». « pourquoi ? » dit le chasseur. « si tu me laisses partir je te dirais quelque chose ». « parle d'abord » dit le chasseur. « le seigneur Vent a entendu tes mots, il vient chez toi pour faire tomber l'arbre dans ta cour ». « Je n'ai pas peur du vent » dit le chasseur et il mit l'oiseau dans sa gibecière. Il marcha a nouveau plusieurs heures. De sa sagaie, il transperca un singe. « je t'en prie chasseur laisse moi partir ». « pourquoi » dit le chasseur. « le seigneur vent t'as entendu, il vient pour souffler sur toute la jungle, je dois mettre mes petits à l'abri ». « tu aurais du y penser avant, moi, je suis un chasseur, je n'ai pas peur du vent » et il mit le singe dans sa gibecière. Il marcha jusqu'au soir et là il trouva un arbre couvert de fruits. Les fleurs de l'arbre lui dirent « prend garde chasseur, le seigneur Vent vient se venger de toi ». « ahah je suis un chasseur, je n'ai pas peur des courants d'air » et il mangea tous les fruits de l'arbre. Il était si rassasié qu'il s'endormit au pied de l'arbre. Pendant la nuit, il entendit un bruit. Il cru que c'etait le feulement d'un jaguar mais ce n'etait que le vent. Pris de panique, il se mit en route pour chez lui. Il marcha toute la nuit et lorsqu'il arriva au petit matin, il découvrit la cour de sa maison couverte de feuille. Le vent avait soufflé fort mais l'arbre avait tenu bon mais lorsqu'il rentra dans sa maison il découvrit que l'esprit de sa vieille mere avait prit la fuite tant elle avait eu peur que l'arbre tombe. « Maudit sois tu seigneur Vent » dit le chasseur. « ou étais tu » souffla le vent.

- viens Wewe, allons explorer ce chemin là bas...
Tu iras seul Wato, Je ne te guiderai plus tant que tu n'auras pas compris le véritable sens de ton engagement.

Et il disparut.

Je n'avais pas saisi l'importance de ce choix tant pour lui que pour moi. Ce jour là, je parti seul sur ce chemin. Le temps ne passait plus, la faim ne me gagnait plus, il n'y avait que les merveilles de ce monde, les ondes colorées du rêves et les étoiles du ciel qui scintillaient. Sans savoir si j'etais le createur de ce reve ou si je n'en était qu'un arpenteur, je suivais toutes les pistes.

Je fus attiré par une petite sente de rubis qui serpentait à travers les hautes herbes et les hautes racines d'arbres cyclopéens. Bousculant une feuille, je fus soudain escorté par une nuée de lucioles qui dansa autour de moi pendant quelques temps.

Et puis aussi soudainement qu'elles étaient apparues, elles de dispersèrent et pour la premiere fois, je senti une menace. J'eu terriblement envie de faire demi-tour mais le sentier avait disparu derriere moi. Je dus me forcer à avancer. Ici la nature magnifique se faisait plus tordue, les couleurs etaient moins intenses, les animaux silencieux. Finalement le chemin deboucha sur une clairiere. Au centre de cette clairiere il y avait une sorte de bassin de pierre brute. C'etait une pierre noire veinée d'un vert sombre et malade, tranchante, presque menacante. Au cœur du bassin se trouvait un autel dans la meme pierre, horné de tetes de serpent. Un eclat carmin attira mon œil... du sang...

un silence de plomb s'était abattu sur la clairiere et les étoiles avaient cessé de briller. A mesure que j'approchais, le sang se dressait tel un pilier sanglant, brillant d'une lueur morbide. J'etais hypnotisé, je voulais reculer mais c'etait impossible. Lorsque mes pieds arriverent au bord du bassin, une sorte de flegme noir se dressa en tentacules et forma un ponton pour me permettre d'acceder à l'autel. La tête me tournait, mon ame bourdonnait... J'entendis un chuintement... J'approchais ma main du pilier de sang...

J'entendis au fond de ma tete une voix...

« oui, petit être, approche... petit oiseau aux ailes brisés... petit moucheron pris dans la toile... approche... »

je senti une poigne infernale se refermer sur moi lorsque cette ame noire vrilla ses yeux dans les miens. J'essayais de me debattre mais je ne parvins pas à ma libérer.

« oui... brille petit moucheron et rejoint ma toile... »

Alors le monde bascula, mon ame se teinta d'un venin et je rejoins la toile noire de l'esprit.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 19 Avr - 16:09

Les etoiles tournerent encore et encore. La toile noire m'enserrait, m'etouffait et infusait en moi des images noires et folles d'esprits grimacants. Je voyageais jusqu'à l'aube de temps au rythme de tambour que des mains sanglantes frappaient dans une transe effrayante. Je tombais dans des machoires ou j'etais broyé avant d'etre recraché pour etre transpercé. Ce n'etait plus des visions, c'etait la vérité, je le savais.

A intervalle régulier, l'esprit noir de la toile venait aspirer un peu de mon essence, comblant le vide avec son venin acide qui me brulait l'ame. Mes yeux se fermerent petit a petit à la lueur des etoiles, mes oreilles ne percurent plus que le bruit des tambours et bientôt je senti le froid de l'ombre. Un froid mordant, humide, un humus primordial ou grouillaient une vie immonde. Le frottement de la chitine et des carapaces contre moi, les pattes de scolopendres geants, les trompes et les tambours lointain, la vie dans ce qu'elle avait de plus abjecte... La vie était la mort, la mort était la vie... au dela des envies, des volontés, des grands œuvres, il y avait ce cycle.

Je me rappelais des ages, des eres, au dela de notre temps... et le sang... ou le sacrifice... oui... plutot le sacrifice... chaque age etait immolé sur l'autel de la vie... dans un cercle perpetuel et j'en faisais l'experience... j'etais broyé puis recraché. J'avais le cœur arraché mais un nouveau poussait comme un fruit pour venir le remplacer. Des pals me traversaient le corps, me vidant de ma substance avant de me remplir à nouveau... Mais la nuit restait noire. Desesperement noire.

L'expérience brutalisait mon être et je dus me refugier au plus profond de moi, trouver la force des années difficiles pour sauver un peu de ce que j'etais et malgré cela je sentais mon essence s'efilocher en lambeaux noirs et ecoeurants.

Il y eu un eclat. Infime.

Puis il y en eu un second, un troisieme puis d'autres. Ils etaient tous dirigés vers moi. Des yeux, les mille yeux d'une araignée me regardaient, guettant un signe. Percevant le misérable souffle qui m'animait, l'araignée s'approcha de moi et de ses mendibules fit couler un suc doux et doré dans ma bouche. Quelques gouttes qui tomberent sur mes levres et ranimerent une partie de ma conscience. Elle me veilla longtemps, m'offrant chaque jour un peu de ce suc miraculeux jusqu'à ce que je puisse la contempler dans toute sa splendeur. Elle etait lisse et semblait faite de lumière pure. Ses yeux multicolores etaient emplis d'une sagesse infinie et d'une bonté sans borne. Elle fini par panser mes blessures de sa toile comme on aurait recousu des blessures. Et elle me ramena sur son dos.

Le monde des reves s'etiola, la terre se retourna et je me reveillais dans la jungle au milieu des feuilles avec Rinia qui veillait au dessus de moi. Je cru voir un instant son visage couvert d'yeux d'araignée mais cette vision s'effaca alors que ma respiration reprenait.

tu es parti longtemps Wato. Nous avons cru que tu etais mort.
Combien de temps ? 7 jours ici, une eternité là bas.
Wewe ?
Tu as brisé le lien qui vous unissait, il ne pouvait rien faire. C'est a grand prix que j'ai reussi à te retrouver...
l'araignée noire...
un esprit malveillant puissant et ancien. Il t'a pratiquement dévoré...
la tisseuse de vie...
repose toi Wato...

Ma convalescence dura plusieurs semaines. Je revivais ces cauchemars, ces cycles de naissance et de mort mais toujours la tisseuse de vie me guidait vers le matin. Et puis un jour Rinia vint me voir...

tu ne peux plus rester Wato
pourquoi ?
Tes reves ne gueriront pas tant que tu seras là. Tu es parti trop loin, ton ame de chaman a été dévoré. Je ne peux rien faire de plus pour toi. Si je tentais de te soigner tu pourrais etre consummé entierement. Pars.
Elle se leva et parti. L'encens qu'elle avait laissé me plongea dans un sommeil profond et sans reves. A mon reveil, tout le monde etait parti. J'ai regardé un moment vers la jungle, vers la piste qu'ils avaient laissé malgré tout... Mais je senti que par ma propre folie, j'avais perdu ma place parmi eux.

Il me fallut du temps pour rentrer. Cela faisait 1 an et demi que j'avais pénétré dans la jungle et le retour en ville fut difficile. Le bruit, la pollution... J'avais presque oublié tout ce que representait la ville... Tout ceci etait trop difficile pour moi.

Je m'arretais à l'orée de la jungle, regardant la ville comme un tigre observent des chasseurs. Je revins sur mes pas. Dans un tronc je me taillais une pirogue que je mis à l'eau et tel un pollen de pissenlit, je me laissais porter par le courant.

La descente fut longue. Les filaments du monde onirique qui m'etraignaient dans la jungle du Suriname se distenderent un à un jusqu'à ce que les nuits se passent sans rêves. Je remontais le Branco jusqu'à l'Amazone avant de reprendre le Medeiras... Je m'enfoncais toujours plus loin dans la jungle... sans but.

Un jour, la pluie s'abatis si fort que le niveau du fleuve monta d'un coup emportant ma pyrogue et c'est a grande peine que je pu rallier le village le plus proche. J'errais comme un chien depuis des semaines et même ce village de quelques ames me faisait tourner la tête.

ooooh ca ne va pas vous...

Je tournais mon regard vers l'homme qui venait de parler. Il ressemblait un vieux pruneau tout fripé. Son sourire edenté ma rechauffa le cœur et le repas qu'il m'offrit me rechauffa la couenne.

La pluie tombait fort sur le village, l'eau ruisselait des toits de fibres et creusait de profonde flaque dans la terre molle. Les oiseaux s'etaient tuent, les grenouilles attendaient la fin de l'ondée, le temps ne s'ecoulait plus dans la foret. Dans sa cabane sombre, ou planait une odeur d'huile et d'alcool, le vieil homme me regardait en bourrant sa pipe. Le silence etait pesant...

merci lui dis je en montrant le bol de bouillie au manioc
des gars comme vous on en voit passer de temps en temps...
comme moi ?
Ouais... le sommeil qui effraie, la nuit qui avale comme une bouche édentée... les reves... qui ne viennent pas.
Dans l'obscurité de la hutte, l'homme, seulement eclairé par le rougeoiment de sa pipe, me terrifia.

la peur... toujours... dans leurs yeux... mais la peur, c'est elle qui devore... la vie n'est qu'un cycle, un eternel recommencement, la vie et la mort... les gens comme toi sont des tapy'yia... des esclaves... tu devrais suivre le chemin de l'abà, l'homme... Mais demain... demain... car rien ne presse ce soir...
Je luttais pour ne pas m'endormir et pourtant l'obscurité se referma encore une fois. Pour la premiere fois depuis longtemps je fis un reve.

suit le chemin de l'abà... le pirang... le chemin rouge... A travers la foret...

une chauve souris frappa des ailes. Elle me conduisit à travers la foret vers un bassin... Chaque pas me terrifiait... un bassin... dans une clairiere... et derriere le bassin un temple de pierre, d'un vert si profond qu'il etait presque noir. Il y avait un grand couloir et au bout de ce couloir, un feu brillait.

Je me reveillais. J'etais etendu sur un tapis de feuilles humides et de terre collante. Les grenouilles avaient repris leurs chants alors que timidement, les oiseaux sortaient la tete de sous leurs ailes. J'entendis un claquement au dessus de ma tete, une chauve souris rouge. Je me mis aussitôt en route, traversant la jungle comme un ivrogne assoiffé. La hutte, le viel homme, avais-je revé tout cela ? Ecorchant mes mains sur les pierres pour ne pas tomber, je titubais dans la boue et c'est moins comme un homme que comme une bete que j'arrivais à l'entrée du temple que j'avais vu en songe.

Un homme plus jeune que moi attendait devant la porte. Il portait une coiffe de plumes et un pagne. Difficile de dire qu'elles etaient ses origines, difficile de lui donner un age, cette homme semblait etre l'Homme ; le concentré de toutes les origines, de toutes les cultures, de tous les ages.

Il fumait tranquillement assis sur un banc de pierre usé par les ans.

tu as suivis la chauve souris...

épuisé je ne parvenais qu'a bredouiller quelques mots. Alors l'homme s'approcha de moi, posa son pouce au milieu de mon front et ferma les yeux. Je sentis son regard interieur s'embraser sur moi. Il voyait tout, tout ce que j'avais été, tout ce que je pourrai etre...

hum tu es tres malade... tu vas beaucoup souffrir si tu veux revenir à la vie. Es tu prêt à cela ? Dit il sans retirer son pouce de mon front
oui... je suis prêt... chuchotais-je

Alors d'un bras puissant, il me releva et me fis rentrer dans son temple.

Le temple etait sombre, humide, il ressemblait plus à une taniere animale qu'a un temple. Les murs antiques menacaient de s'effrondrer. Ils ne tenaient que grace aux enormes racines des arbres alentours qui leurs servaient d'exosquelettes. Ca et là des outres faites de panses d'animaux pendaient du plafond. Des flaques sombres et sechés marbraient le sol sur lequel on pouvait encore deviner une fresque dédié à un dieu desormais oublié. Au centre du temple, il y avait un bassin empli d'une substance argentée et au milieu de ce bassin se dressait un brasier.

La vue de ce temple me glaca les os tant il ressemblait au temple de l'esprit noir bien que tout y semblait inversé.

le prix à payer va etre elevé tapy'yia...

l'homme planta une aiguille d'os dans mon corps et je senti la brulure du curare dans mon corps. Je tombais au sol, mon corps refusant de m'obeir. Alors qu'il me plantait une nouvelle aiguille dans le corps, je sentis cette fois mes poumons se vider, ma cage thoracique se resserer. Je voulais hurler, je voulais me debattre mais rien ne sorti de ma bouche lorsqu'il planta la troiseme aiguille. Les odeurs me quitterent à la quatrieme aiguille. Je ne ressenti plus le froid de la pierre du temple à la cinquieme aiguille. A la sixieme, plus aucun son ne me parvint. A la septieme, ma vue se troubla. A la huitieme je sentis mon cœur arreter de battre et à la neuvieme aiguille, mon esprit s'eleva...

Je voyais mon corps etendu sur la dalle décoré du temple, inerte.

tu n'as pas besoin de cela tapy'yia. Ce corps est bon, sain, puissant. Ton mal est ailleurs, suis moi.

L'homme portait une tenue de plumes et de perles, ici dans ce monde, il etait splendide et puissant. L'intensité de son regard n'avait fait qu'augmenté et chaque chose semblait lui rendre hommage sur son passage. Je le suivais en rampant incapable que j'etais de me mouvoir. J'émis un borborigme immonde en guise de demande d'aide. Il se retourna à peine. Je compris alors que comme un enfant je devrais le suivre à quatre pattes. La progression etait lente, difficile et souvent je m'ecroulais comme épuisé. Finalement après un temps qui me sembla une eternité je parvenais a une piece plus grande, couverte d'ecailles de tortues. Il y avait là 9 immenses jarres de bronze décorées. La premiere representait un épi de mais, la seconde un jaguar, la troisieme une tortue, la quatrieme un serpent, la cinquieme une chauve souris, la sixieme une chouette, la septieme un poisson, la huitieme une araignée et la neuvieme un crane.

L'homme m'indiqua un minuscule bassin de quelques centimetres de profondeur. Je me trainais jusqu'à lui et m'allongeait à l'interieur, épuisé par l'eprouvante traversé de la piece précédente. L'homme se saisi alors d'une baguette sculptée dans un metal que je n'avais jamais vu. Il tapa sur la premiere jarre.

Aussitot le contenu du bassin se mit à vibrer. C'etait une sorte de liquide froid, plus dense que l'eau d'une teinte bleutée. Le liquide se mit à ondoyer à mesure que l'homme tapait sur les différentes jarres, tantot de facon menacante tantot de facon apaisante. On aurait dit un musicien qui accorde sa guitare. Ceci dura quelques instants, le temps que les vibrations des jarres se calment puis il frappa de nouveau avec cette fois une determination qu'il n'avait pas la premiere fois et le liquide me transperca en de multiples points comme si un accuponcteur avait planté toutes ses aiguilles au meme moment dans mon corps. Mon esprit tressauta et fut bientôt innondé d'une douleur terrible.

L'homme frappait de facon réguliere sur ses jarres et a chaque fois une poignée d'aiguilles me traversaient l'ame. La douleur etait si forte que crier me semblait moins qu'impossible, cela me semblait inutile.

Finalement, la douleur s'arreta comme le tintement des jarres se taisait. Le liquide bleuté etait couvert d'une humeur noire et collante comme du goudron. Alors l'homme s'approcha de moi, me tendit la main et m'aida à me relever et lorsque nos mains entrerent en contact je cru contempler l'univers.

Cela ne dura qu'un battement de paupiere.

te voilà libéré mais le chemin à faire est encore long. Allons manger.

L'homme s'appellait Soto Abà. Il avait toujours vécu à la lisiere du monde des rêves si bien qu'il n'était plus tres sur d'ou il était originaire. Il se sentait lié à tous les chamans du monde et c'etait à cause de ce lien qu'il avait fini par trouver ce temple, un temple ou guérir les blessures ou apaiser les esprits ou soigner ceux qui étaient allez trop loin et que le sommeil n'appaisait plus. L'age, le temps n'avait pas de prise sur lui... Peut etre était il là depuis l'aube des temps...

le temps ? Je ne vois pas de quoi tu parles... le temps c'est le fil qui ferme l'oeil intérieur. Il fait naitre la peur, l'angoisse... pourquoi m'encombrerai-je de cela ? Me demanda t'il.

Il n'avait pas completement tord. Rapidement, je fus remis sur pied mais mes souffrances ne s'arreterent pas là car il y eu beaucoup de sceances dans le bassin et chaque fois, la douleur s'accentuait. Et puis un matin, Soto Abà me conduisit dans le temple et alors que je m'appretais à m'allonger dans le bassin il m'invita derriere les jarres.

-tu as été purgé de ton mal Wato, il est maintenant temps pour toi de reconstruire ce que tu as perdu... frappe l'épi.

Avec appréhension je frappais l'épi et comme le chien qu'on a trop battu je m'attendais à soufrir mais rien de tout cela n'arriva. Ce fut comme si mon être était une immense caverne, un écho gronda au plus profond de moi. C'etait comme si je reveillais des forces qui s'etaient endormi.

il y a 9 jarres, comme les 9 points de ton corps. 7 sont chromatiques et ils sont comme des ecluses dans ton corps et ton esprit. En tant que chaman, tu savais instinctivement les actionner mais tu as fini par avoir peur de cela. Tu dois réapprendre utiliser ces points, tu dois sentir leur ouverture, leur fermeture, tu dois sentir quand ils debordent ou quand ils sont taris.

Chaque coup de baguette sur une jarre faisait remonter à la surface une energie, une emotion, la colere, la rage, l'emotion, l'empathie, l'amour, le désir... Les premiers temps, les sensations furent primales et incontrôlables et puis avec le temps, tel un rayon de lumiere que l'on fait passer à travers un spectre, chaque emotion s'affina...

tu es comme un arbre, tu peux te contenter d'etre un tronc massif et brutal. Tu peux aussi etre un arbuste qui se ramifie encore et encore et se couvre de fleurs et de fruits...

Alors une sérénité trop longtemps perdu m’envahis à nouveau et dans un flash, mes yeux virent à nouveau, mes oreilles entendirent et tous mes sens suivirent. Ce fut comme un nouveau printemps, un renouveau brutal que j'avais du gagner dans la souffrance alors qu'un chemin d'apprentissage et de bienveillance m'avait été ouvert.

Un matin Soto Abà m'indiqua la sphere du crane et celle du mais.

les deux dernieres jarres sont les jarres du cosmos. Le petit cosmos à l'interieur de toi qui donne à ton corps et à ton esprit sa vitalité. Une régule ta force vitale, l'autre ta force spirituelle. Frappe avec discernement car si tu t'y prends mal, tu devras tout recommencer.
Je l'ai fais une fois, je pourrai le refaire.
L’absence de peur n'est pas l'imprudence Wato. Savoir que la peur existe, qu'il y a un risque mais le prendre ne doit pas conduire à te briser toi même. En tant que chaman tu auras souvent l'opportunité d'aller trop loin, n'oublie jamais de te menager un sentier pour revenir...

Ses mots resonnerent dans mon esprit au moment ou je frappais sur la jarre du crane. Ce fut comme d'etre un atome que l'on scinderait, une explosion sans pareille me traversa, je sentis mon ame scintiller et bruler à mesure que je frappais les jarres. Finalement, je perdis connaissance.

Je me reveillais dans le temple. Le temple du monde eveillé. Un monde eveillé qui me semblait n'etre qu'un rêve...

oui nous sommes de retour, me dit Soto Abà. Tu as fini, le monde des rêves t'es à nouveau ouvert. Il y a un leger déséquilibre entre ton ta force et ton ame... Tu ne feras pas un bon chaman guerrier, ton cœur est trop tendre, ton esprit trop volatile...

Je baissais la tête. Malgré tous mes efforts, je ne pourrai pas retrouver ma place dans la jungle.

ta place n'est pas dans cette jungle. Pas maintenant. Va au sud, suis le flot des poissons volants. Et souviens toi de ces epreuves, qu'elles t'apprennent l'humilité, la prudence mais surtout qu'elles te servent à aider ceux qui souffrent.

Je remerciais Soto Abà pour son aide et je mis en route, vers le sud, vers les poissons volants. Alors que je tournais mon regard vers le temple, je vis Soto Abà devenir transparent, le temple disparu et la jungle retrouva sa place, une place qu'elle n'avait peut etre jamais quittée.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 20 Avr - 14:43

Mon voyage dura longtemps. A pied, en bateau, au rythme de la nature et de la vie. Finalement, mes pas se dirigèrent vers le Chili.

La nuit était chaude et pleine d'etoiles. La voie lactée etendait son vaporeux ruban au dessus de ma tete et comme un amusant miroir une falaise de sable immense s'etendait à mes pieds, milliers de grain de sables et d'etoiles se refletant. Et j'entendis soudain une clameur, les poissons volants sortaient de l'eau pour zebrer le ciel de leur eclat, pareils à des etoiles filantes multicolores. Je suivi du regard leur voyage, je sentais mon esprit s'accrocher à leurs nageoires et filer à travers l'océan jusqu'à une ile.

Et puis il y eu l'aurore

Je me sentais si poreux, si attentif à chaque signe du monde que je sentis la felure profonde qui m'ouvrait à la vie. 2 ans étaient passés depuis mon entrée dans la jungle. 2 ans... une goutte dans l'immensité du temps... mais comme me l'avait revélé Soto Abà, le temps n'existait pas. Le temps c'etait le joug volontaire que se mettaient les hommes... le chaman etait un homme libre aux yeux grands ouverts.

Je me remis alors en route.

Lors de mon voyage, le silence, la solitude, m'avait permis de créer un lien avec le vivant. Je savais d'instinct ce qui était bon et ce qui ne l'etait pas, ce qui pouvait soigner ou ce qui empoisonnait. Les esprits des plantes, des animaux, de l'eau, des roches, tous me parlaient. Le monde bruissait de chants et de voix pour qui voulait bien les écouter. Rapidement, la chasse me sembla une absurdité et je remerciais la nature pour les plantes qu'elle m'offrait. Ce fut une grande période d'eveil spirituel, de revelation du monde.

Un jour que la pluie tombait drue, je m'etais abrité dans une grotte ou coulait une petite riviere souterraine. N'ayant rien à mangé et le voyage me semblant trop penible je décidais d'explorer un peu cette grotte. Après quelques pas, je découvris des motifs gravé dans la roche, des pétroglyphes. Un motif se repetait encore et encore, le cercle. Cercle d'animaux, cercle de plantes, cercle de morts, cercle d'etoiles. Fasciné par ces œuvres d'arts de l'aube des temps je ne pris pas garde au rebord de la grotte qui se finissait abruptement pour se verser dans une autre grotte plus immense. La chute fut rude et ma tete heurta une pierre.

D'instinct, mon esprit sorti de mon corps, le rendant mou et le choc fut brutal mais pas mortel. Tournant mes yeux vers la grotte, je la vis scintiller puis s'embraser de cercles aux couleurs si intenses qu'elles en devenaient aveuglantes. On avait l'impression que les couleurs avaient été inventée dans cette grotte. Le bleu semblait tantot calme comme l'eau tantot tranchant comme la glace. Le vert rayonnait de tous les éclats de la nature et de la vie. Les jaunes, les rouges, les oranges dansaient comme des millions de soleil. Les mauves, les pourpres, les violets, semblaient fait de poussieres d'etoiles... Je senti des larmes couler de mes yeux. Il y avait tant de temps que je n'avais pas été emu par une œuvre... Alors je pris une touffe de plantes que je plantais dans la glaise à mes pieds et je me mis à peindre... Peindre les couleurs du voyage, de mon voyage, de mes souvenirs, de mes emotions, de mes epreuves aussi... pour la premiere fois depuis 38 ans, je peignais avec mon ame... et les couleurs embraserent le cercle que je venais de peindre... et je senti la connexion de l'oeuvre, non seulement avec moi meme mais avec tous les artistes qui etaient passés dans cette grotte et au dela avec tous le vivant. J'offrais un instantané de mon ame à qui voulait le saisir.

Finalement, le pluie cessa. C'est à regret que je quittais la grotte mais c'est l'envie d'offrir un peu partout ces eclats de vie qui guida mes pas.

Mon chemin me conduisit à un village tres haut dans les andes. J'avais été guidé par les esprits de la montage aupres de ces gens simples qui vivaient de la culture du quinoa. En penetrant dans le village, je senti aussitôt que le mal était à l'oeuvre. Deux pauvres chiens hurlaient dans la rue et les quelques modestes maisons avaient leurs rideaux de toiles tirées. Apres ces mois dans la nature, je ressemblais plus à une bete qu'à un homme et mon reflet dans le bassin d'eau clair me fit presque peur. J'etais bronzé à l'extreme, hirsute mais surtout mes yeux brillaient d'une lueur etrange...

Le vent charriait une odeur particuliere, une odeur sale, rance qui conduisait à une maison. Je m'asseyais devant. Un homme en sorti, il brulait de colere.

maudit medecin, ces medicaments ne servent à rien...

Il se retourna et me vit. Il s'approcha de moi, empoignant un manche d'outil au passage.

qu'est ce que vous voulez ?

Alors une vieille femme sorti de la maison.

Javier, laisse le. C'est moi qui l'ai appelé. Venez, venez, me dit la vieille femme en me faisant signe de rentrer.

Alors je me levais et je rentrais dans la petite maison. Une maison simple de pierres plates, avec une petite porte et une minuscule fenetre. Cette maison me rappelait les maisons du nepal. En rentrant dans la maison, je sentis aussitôt les odeurs de la maladie. Un enfant était allongé sur le sol pres du feu. Il etait pale et suait abondamment.

rien n'y fait... je lui ai donné des plantes mais il n'a pas guéri. Et les médicaments modernes n'ont pas fonctionné non plus... me dit la vieille femme.

Je m'approchais de l'enfant et posait délicatement mon pouce sur son front comme l'avait fait avec moi Soto Abà.

L'enfant cria, le pere voulu s'approcher mais je lui demandais de rester en retrait. Mon œil interieur s'ouvrit sur l'enfant.

La montagne à perte de vue, son petit esprit tourmenté par une oiseau immense. Je m'approchais doucement.

que fais tu là condor ?
Je fais payer à l'homme son manque de respect.
Que dis tu ? Un enfant manquer de respect ? C'est etonnant...
Il m'a volé.

Le condor se changea en un homme au visage sombre, aux bras et aux jambes couverts de bracelet. Il portait une immense couronne de plumes et de jade. Un pectoral d'or brillait sur son poitrail.

il ne l'a sans doute pas fait pour vous nuire grand pretre dis je alors.
Peut etre. Mais c'est fait.
Peut etre pourriez vous vous montrer clément. Je suis sur qu'il pourra vous rendre ce qu'il vous a volé.
Je m'adressais au pere.

y a t'il ici un objet ancien ? Trouvez le !

Le pere, la mere et la grand mere se mirent à retourner la maison pour trouver l'objet et finalement ils mirent la main sur une boucle d'oreille ancienne. La grand mère la posa dans ma main.

est ce cela que vous cherchez ? Dis je au grand pretre.
Oui.
Eh bien je vous le restitue grand pretre. Voyez qu'il est inutile de tourmenter cet enfant plus encore.
Ma colere ne s'est pas exprimé.
La colere ? Vous etes un grand pretre...

Alors le grand pretre tourna ses yeux vers moi. Je ne cillais pas. Je ne pouvais pas ciller, si l'esprit avait senti ma peur, il m'aurait sans doute dévoré.

Laissant l'enfant, le grand pretre se jeta sur moi. Instinctivement, je me protégeais. Mon corps, que je pensais fragile, ne trembla pas. Le grand pretre fit apparaître dans sa main un macahuitl qu'il leva haut au dessus de sa tete avant de l'abattre sur moi. Je ne pus faire qu'une roulade pour eviter le coup puissant. Je m'etais souvent battu dans ma jeunesse et ces reflexes revinrent vite. Je me relevais et le plaquait au sol avant de le rouer de coup de poing. Le grand pretre me frappa de sa tete, sa couronne m'egratignant le front et me poussant a la renverse. Il se dégagea une main et frappa mon bras de son macahuitl. Les lames d'obsidienne plongèrent profondément au fond de mon bras. Je lui pris le bras avant de frapper son coude pour le faire lacher son arme puis profitant du macahuitl tombé au sol je rompis le lien entre l'esprit et l'enfant. Le grand pretre se dégagea de mon entrave.

tu as gagné me dit l'esprit, mais tu as eu de la chance.

Alors le condor reparti. L'esprit de l'enfant était libre. Je touchais mon front et mon bras... Je n'etais definitivement pas un bon combattant... Les mots de Soto Abà me revenait... « tu n'es pas un guerrier » et c'etait vrai. A quoi me servait cette connexion avec les esprits et le vivant si je ne parvenais pas à jouer mon rôle de chaman. Cette fois l'enfant s'en sortait bien mais il était dangereux de rompre un lien de facon si brutale. Les blessures infligées par le grand pretre bien que faites dans le monde des esprits, n'en était pas moins réelles.

L'enfant revint aussitôt à lui dans une quinte de toux et comme après un vilain cauchemar, il trouva le refuge des bras de sa mere. La famille m'offrit un repas et je repris mon voyage.

Je fus sollicité à de nombreuses reprises. Chaque fois, le combat avec l'esprit était plus dur. Les blessures spirituelles guerrissaient vite mais m'épuisaient. Je sentais que ce lien que j'avais crée pendant ces mois d’ascèse s'usait. Pourtant la joie d'aider etait plus forte et m'incitait à relativiser tout cela.

Et puis un jour, il n'y eu plus de terre. L'ocean s'ouvrait à moi. L'ile était la quelque part. Je fis une pirogue et je me mis en route.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 20 Avr - 19:05

J'avais traversé l'océan vert de la jungle, l'ocean blanc des andes et je glissais à présent sur une immensité bleue, la voile de ma pirogue gonflée par les vents de la mer. A la bonne saison, il était possible de deriver tranquillement jusqu'au iles, ce que j'entrepris de faire. Le voyage fut long au début. Monotone, solitaire à nouveau. Et puis comme lorsque j'avais traversé la jungle je me mis à ecouter. Ecouter le chant de l'eau, de la nature, de la vie. Le chant de la jungle était souvent mélodieux, agréable, un peu aigu. Le chant de la montagne etait dur, autoritaire mais pur et equilibré. Le chant de l'eau etait profond, parfois sinistre et lancinant. Je me mis à fredonner ce chant entetant, il serait comme un guide à travers l'etendue du pacifique. Souvent les vocalises des tortues et des mammifères m'accompagnaient, rompant la monotonie basse de la mélodie aqueuse.

Et puis un jour, un oiseau se posa à la proue de mon esquif. Je sentais ma destination proche. Comme une grenouille qui saute de nenuphar en nenuphare je traversais les iles jusqu'au jour ou enfin, l'ile des poissons volants s'offrit à mon regard.

Elle etait là, comme un joyau d'or et d'emeraude, flottant dans une mer turquoise et ceinte de coraux. Ma pirogue frolla les coraux, revelant une vie aquatique bouillonnante, avant de s'echouer sur la plage. J'entendais sa voix, son chant polyphonique qui resonnait avec majesté comme un orgue sous les mains d'un maitre.

Plusieurs jours passèrent durant lesquels je tentais de me fondre dans l'ile pour ne rien déranger. J'avais remarqué ca et là des totems de bois sculpté mais leur signification me dépassait completement et je continuais à vivre au rythme de l'ile attendant ce qui devait m'être révélé.

Un matin, je vis un homme sortir de l'eau. Il etait immense, massif, meme par rapport à moi. Son corps était couvert de tatouage et son visage etait percé à différents endroits par des dents de requin. Mais comme la montagne n'a rien a voir avec le volcan, il émanait de lui une profonde empathie et une infinie douceur.

na ko koe tena i mohio ai ahau ? Me dit il

Bien que je ne comprenait pas sa langue, je compris ce qu'il voulait me dire.

oui j'espere ne pas te deranger...
non. Il y a assez de place ici. Et je dois dire que tu es un invité plus que discret.

Il s'assit a coté de moi, me tendit un poisson qu'il venait de pécher.

tu en veux ?
Non. Ce sont les poissons qui m'ont conduit ici, je ne peux pas leur faire ca.
Je comprends.

Il prit un baton, le planta dans son poisson et le fit griller.

alors, qu'es tu venu faire ici ?
Attendre des réponses...
des réponses ?
Oui...
un drole d'endroit pour trouver des réponses tu ne crois pas ?
Peut etre.

Il me regarda. Je me senti plus que nu. C'etait comme si mon être était eclaté en mollecule et qu'il les regardait une à une.

les esprits ont mis beaucoup de pouvoir en toi. Mais je vois que tu as du mal à trouver une place... Je sens des blessures sur ton ame, tu as traversé de rudes epreuves... J'ai été comme toi il y a longtemps. Laisse moi t'aider si tu le veux.

Le geant me tendit une main. Que je saisi.

s'il te plait aide moi.

Alors le monde tourna, littéralement. Comme une piece que l'on aurait retourné, l'ile passa instantanément dans le monde des reves.

je suis Maui.

Maui était un être puissant, colossal presque monstrueux et pourtant il se deplacait dans la jungle comme une plume. Il vint me voir un jour, armé de deux immenses pagaies. Il en planta une devant moi.

bats moi.
Mais...
le monde des esprits est un monde brutal alors bats moi.

Il se saisi alors de son arme et me frappa. Je parvins difficilement à le contrer. Il envoya son pied et je dus céder pour l'eviter. Je roulais au sol prêt à me mettre en position de combat lorsque je vis que Maui etait deja sur moi, l'arme levée. Il frappa et mon arme eclata. C'etait la fin du combat.

pourquoi refuses tu le combat ?
Je ne sais pas... je ne veux pas tuer... je ne veux pas blesser... J'ai traversé tant d'endroits, j'ai vu la vie partout, je me suis lié à elle. Il y a du bon en toute chose et personne ne devrait imprimer de force son empreinte.

Alors Maui me sourit.

fini pour aujourd'hui, allons nous baigner.

La nuit été divine sur l'ile. Chaque soir, l'atoll scintillait, l'eau devenait phosphorescente grace aux planctons qui y vivaient et certaines plantes, en écho, se mettaient à briller de teintes pourpres et violacées. Le ciel enfin offrait un spectacle unique, les galaxies se devoilant à l'oeil humain. Un petit feu nous rechauffait. Maui ressemblait à une immense ombre dans la nuit. Ses yeux scintillerent de mille feux qund il se tourna vers moi.

tu n'es pas un guerrier Wato.
Je le sais...
mais il y a un autre chemin que le chaman guerrier.
Vraiment ?
Oui. Ici, il existe une tradition différente, plus longue, plus dure... le chaman aventurier.
Qu'est ce que c'est ?
C'est une question de Tuhinga... de point de vue... Pour le chaman guerrier, le monde est plein de dangers et il cherche a faire accroitre ses pouvoirs pour devenir invicible par l'homme ou par l'esprit. Il protege les siens des dangers du monde, sur cet axiome : le monde est dangereux, je vais le maitriser par la force. L'aventurier réfute jusqu'à la premiere hypothese.
Sa voix était profonde et douce et pourtant il ne parlait pas. Le monde vibrait de sa voix. De son essence.
Pour l'aventurier, le monde n'est pas un endroit dangereux meme s'il comporte des dangers. Au contraire, c'est un lieu passionnant qui devient ce que l'on en fait. Nous sommes les creatures du monde que l'on construit, les joies, les bonheurs, les dangers, viennent de nous. L'aventurier utilise son pouvoir pour créer ou modifier son monde et aider les autres à faire de même. L'aventurier investi les hommes d'un pouvoir supreme sur la vie car peu importe combien de mal il existe dans le monde, celui-ci n'est pas mauvais pour autant car il peut etre changé par une attitude appropriée. L'aventurier
mais... le chaman ne doit il pas servir les autres ?
L'aventurier par à l'aventure, il developpe son esprit, sa conscience mais par dessus tout il chéri l'amitié et l'unité. Il apprend à vivre dans le vivant et il cherche a aimer et à etre aimé.

Je me senti libéré d'un fardeau. J'avais peut etre enfin trouvé ma voie de chaman. J'en était sur en fait.

l'aventurier cherche avant tout la paix.
C'est ce que je veux être Maui, apprends moi s'il te plait.
Tu es déjà un chaman aventurier. Il te fallait simplement trouver la chose.

Je fermais les yeux. Une déchirure profonde en moi se referma. Il y eu un son, un écho... C'etait moi qui hurlait dans la nuit, qui appelait Wewe, Rinia, Soto Abà... Des maitres qui avaient borné mon chemin jusqu'à cette revolution vertigineuse.

Alors apparurent Rinia, Soto Abà et Wewe. Je serais Rinia, la pauvre vieille qui m'avait initié. Je saluais Soto Abà qui m'avait appris, l'émotion, l'ame et ses fonctionnements. Je m'approchais alors de Wewe. Il me regarda longtemps.

acceptes tu que nous recreons ce lien ?
Tu n'as plus besoin d'un guide Wato...
c'est un lien d'amitié que je cherche.
Alors c'est entendu.

La nuit passa sur cette assemblée de chamans sous le ciel.

Le lendemain, Maui m'enseigna a parler avec les esprits plutot que de les combattre.

il faut etre prêt au combat Wato mais privilégie toujours la discussion. L'affrontement violent est la négation de la paix. Ne te laisse pas faire, c'est un combat d'esprit et de mots mais si tu parviens a changer le mal en bon alors le mal n'existe plus. Tu auras envie d'utiliser ta mana mais l'aventurier use plus volontiers de sa aka, sa force spirituelle.

Ce jour là, il m'apprit la respiration, comment passer sans drogue, sans famine d'un état à l'autre.

Wato, de meme que le professeur fut l'eleve, de meme que le pere fut un jour le fils, le chaman peut passer d'un état à l'autre. Les limites sont des idées crée par les hommes aveugles pour ne pas sombre. L'aventurier n'a pas peur de passer de l'un à l'autre... tout n'est qu'une question de point de vue... le kahuna et l'eleve, l'homme et la bete, le vivant et le mort...


Je passais la journée à m'entrainer au souffle et au crepuscule je m'endormis.

Le lendemain matin, j'etais etendu sur la plage, une grande rame rituelle et un collier de dent de requin posés pres de moi. J'ai cherché Maui plusieurs heures mais je compris que je ne le reverrais pas avant un moment.

Alors je repris ma pirogue. Je ramais jusqu'à Papette. La ville etouffante, les touristes sourds aux chants des iles, aveugles aux merveilles qui s'offraient à leurs yeux. J'etais là, en pagne au milieu de la rue et je ressenti une grande pitié pour tous ces êtres.

Mon voyage intérieur avait duré 3 ans.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Sam 21 Avr - 16:24

le chaman est un ancien malade. Il a réorganisé sa pensée, il a changé sa perception du monde et par ce biais, il change le monde. Aka, pour certains, ce sera une folie, la lubie étrange d'un homme qu'on croyait disparu. Pas du tout, Aka, c'est l'espoir.

C'etait par ces mots que je reprennais contact avec le monde extérieur. Ils étaient nombreux à s'etre demandé ce que j'etais devenu et ils avaient été encore plus nombreux à spéculer sur mon art, un art qu'on voulait assurément torturé et mystique alors qu'il n'etait que commande et opportunisme. L'art avait ce mérite d'attiré l'argent et mon art avait amené à lui beaucoup d'argent ! Seul hic, aujourd'hui la possession me semblait inutile.

je verse l'intégralité des avoirs qui avaient été bloqué ces trois dernieres années à la fondation. Cette fondation financera les projets de defenses de l'environnement et offrira un service de micro-crédit. Aka facilitera l'acces aux arts dans le monde. L'art est la plus primordiale des méthodes d'expression, il a été pour moi un echapatoire, j'espere qu'il en sera de memes pour d'autres. Un moyen d'hurler sa rage, sa joie de vivre, son amour...

Je voyais leurs regards éteints. Ils écoutaient sans écouter. Il enregistrait sur des machines au lieu de s'impregner de mon message.

maintenant je vous invite à me suivre...

j'emmenais les personnes présentes dans un hangar ou j'avais organisé une exposition de mes peintures chamaniques. L'exposition fit sensation et bientôt on parla autant du soul painting que de ma fondation. Et le flot du monde faillit m'emporter à nouveau. Le collier de dents de requin me rappelait à ma tache, de chaman aventurier.

Il fallait changer le monde, oui. Etre un chaman, oui. Mais l'etre dans ce monde, dans cette modernité ou les villes etaient les nouvelles jungles. La jungle n'était pas un monde hostile comparée à la ville mais il n'y avait pas de danger, il n'y avait que des gens à qui tendre la main.Ce n'etait pas un tunnel noir, c'etait un champ de lucioles qu'il fallait reveiller et tant pis si pour cela il fallait se passer du chants des iles et des jungles pendant quelques temps.

Alors commenca pour moi un long voyage dans le silence spirituel des villes. Je peignais beaucoup pour exposer beaucoup. J'offrais des œuvres dans les villes, dans les bidonvilles, partout ou l'on me demandait, partout ou l'ame devait rayonner. Il suffisait de me contacter.

Le temps n'etait plus une valeur et finalement les gens s'en accommodèrent.

A cette époque je voyageais beaucoup sur mon bateau, le Tumanako. Je fus recu par des yogis, des grands maitres spirituels et j'appris beaucoup d'eux. Je fus aussi recu par des politiciens, des financiers, des gens qui voulaient puiser en moi ce qui leur manquait. Toujours je leur ouvris la porte, ils furent bien peu nombreux à passer le seuil.

La premiere année, Aka financa de nombreux projets dont un navire qui recoltait le plastique dans le pacifique. Après quelques mois, la personne qui s'occupait de la fondation, Evelyn Grasshopper, souhaita me rencontrer. Elle avait été placé là par ces gens qui ne peuvent pas vivre sans règles, par des petits automates fatigués qui délèguent, qui font des rapports, des confcalls, des bilans, des contre analyses... Bref des gens aveugles et sourds qui ont besoin d'ordre et de hierarchie pour ne pas trembler face a l'illusion de leur propre vide. Il suffisait d'eclairer un peu ce vide pour leur montrer qu'au contraire du vide il y avait tout un monde interieur plongé dans la pénombre. Il suffisait de rallumer la lumiere intérieure pour redecouvrir ces trésors enfouis.

Ce discours effrayait les banques et les investisseurs et j'en étais ravis toutefois, Evelyn restait fermement hermetique mes mots et c'etait elle qui validait tout. Toute liberté avait un prix, je ne m'occupais de rien donc je n'avais pas les pleins pouvoirs.

C'est à Londres que je fis sa rencontre. Je me souvenais de la premiere fois ou j'etais venu dans cette ville. J'avais percu sa clameur, sa vie bouillonnante. Aujourd'hui je percevais les fantomes du passé, toutes ces choses qu'inconsciemment on ressentait sans le voir. La ville aurait scintillé comme un diamant en plein soleil si la cité elle m'aime n'etouffait pas ces voix et ces lueurs.

Je venais de passer 3 semaines en bateau lorsque, hirsute, je fis irruption dans le building qui hebergeait Aka. L'endroit etait froid, vide. Pire que ca, il semblait drainer la force spirituelle des occupants. Et puis Evelyn fit son entrée.

Elle était incroyablement belle. Ses cheveux ondulés bougeait à chacun de ses pas, ses yeux ressemblaient a deux agathes, son visage evoquait quelques divinités africaines aux pommettes saillantes et aux joues creuses. Elle semblait presque extraterrestre. Une ame bouillonnante comme un soleil émanait d'elle malgré la sévérité de sa tenue. Elle me tendit la main.

monsieur Vegenher.
Kurt, s'il vous plait.
Tres bien, Kurt. Voulez vous me suivre...

Elle parti dans la direction des ascenceurs puis elle s'arreta brusquement.

vous preferez peut etre les escaliers...
...c'est une rumeur...
pardon ?
Que je ne prends plus les ascenceurs. C'est une rumeur. J'ai 48 ans, je prends les ascenceurs croyez moi...

un rire cristallin explosa dans sa gorge de signe.

bien. Je suis rassuré.

L'ascencion dura plusieurs minutes, la cabine avalant les étages à un train d'enfer puis il y eu une petite musique stupide. C'etait notre étage.

Une grande porte vitrée séparait Aka du reste de l'immeuble. Le logo était écrit en vert et des images des différentes opérations étaient affichés tout le long de la baie vitrée du couloir. Alors que nous nous rendions à son bureau, Evelyn m'abreuva de chiffres, de données, de prévisions. J'étais ivre de ses mots lorsqu'un stagiaire me percuta de plein fouet. Les paquets de papier qu'il portait volerent. Il commenca par jurer, puis à m'injurier avant de me reconnaître alors il se mit a genoux et ramassa les papiers dans la précipitation. Je me baissais, posais ma main sur sa main.

ce n'est pas grave, ne vous excusez pas, c'est moi qui était distrait. Quel est votre nom ?
Sandesh...
je dois pouvoir vous aider a ranger vos papiers...
alors nous avons pris le temps de les remettre dans l'ordre et quand ce fut fait, je le suivi dans le grand open space. Là, je saluais chacun des membres d'Aka en les remerciant de leur travail et puis me pris l'envie de leur demander s'il etait heureux dans leur travail. Je m'assis sur un bureau et ils me parlerent de leur travail, de la pression, des objectifs, des deceptions, je n'etait pas un patron ,j'etait un ami qui écoutait sincerement leurs problemes.

je vous assure que nous ferons le maximum, avec Madame Grasshopper pour vous rendre votre tache plus simple. Vous oeuvrez pour le bien, soyez en assuré !

Evelyn etait resté en retrait pendant tout le long de la discussion. Elle me conduisit en silence dans son bureau.
eh bien... vous ne manquez pas de souffle... Nous sommes une fondation pas un monastere ! Vous écornez mon autorité en vous comportant de la sorte !

L'autorité. Je ne voulais pas la mettre en position de difficulté, je ne voulais pas la brusqué, je voulais la convaincre... Je sentais au fond de moi que je voulais aussi la séduire.

y a t'il un rooftop ?
Pardon ?
Un rooftop... j'etouffe un peu...

Parce que j'etais Kurt Vegenher elle se senti obligé de ceder à mon caprice. Alors en silence, nous gagnames le rooftop. Il faisait beau. C'etait un beau jour d'avril, tres doux, tres ensoleillé. Je m'approchais d'Evelyn et je lui pris la main.

je suis navré. Je pensais bien faire je ne voulais pas vous faire de l'ombre.

Elle eu un mouvement de recul. Elle me regarda mais ne vis rien d'ambigu dans mon regard, il n'y avait que des excuses sinceres.

bon admettons, dit elle en retirant sa main. Mais qu'est ce qu'on fait maintenant.
Eh bien si vous me parliez de votre projet favori ?
Mon projet favori...
oui celui dont vous êtes la plus fiere.
Je ne sais pas... nous avons eu un excellent bilan, la fondation gagne de l'argent...
ce n'est pas un projet ca. Moi, mon projet favori, c'est le bateau qui récupere le plastique. Quelle idée géniale... une idée francaise... comme quoi... Et vous ?

Je plongeais mon regard sur elle. Elle eclipsait le timide soleil londonien.

je dirai, l'ecole pour jeunes filles.
Vous avez raison, c'est un beau projet.
C'est un projet essentiel.

Je sentis qu'elle hesitait à poser une question...

allez y posez là. Vous savez, on m'a dejà tout demandé
est ce que ca vous de... enfin me... raconter moi votre voyage...
asseyons nous.

On s'installa sur le rooftop ou je lui contais tout mon voyage, des obseques de mon pere à ma rencontre avec Maui, mes errances dans la jungle, la neige, l'ocean et les reves. Le temps sembla suspendre son court mais quand je finis de raconter mon histoire le soleil se couchait.

je n'arrive pas à savoir si vous vous etes moqué de moi... me dit elle dans un éclat de rire
pas du tout. Tout cela est la stricte vérité.
Etrangement... je vous crois. D'une certaine façon.

On se regarda pendant quelques instants qu'un amour naissant fit durer une éternité. Je fus troubler par l'intensité de son regard, par la profondeur de celui-ci. Elle me croyait... peut etre voyait elle aussi parfois.

Vous n'avez pas faim ? Finis-je par dire.
Vous avez encore besoin de manger...
et comment !

Ce soir là, nous avons déambulé dans les rues, une promenade qui nous conduisit chez elle.

Aka devait changer de visage, elle devait etre le reflet de sa volonté de faire le bien. Il fut décidé d'investir dans une grande friche ouverte et de la transformer en un lieu d'échange, d'ouverture, de partage. La nature y était partout présente. De grands espaces intérieurs brisaient l'idée meme d'un bureau. Chacun venait à sa convenance, ils oeuvraient tous à leur mesure pour le bien et je senti des ames se reveiller, se libérer des poids de ce monde. Aka s'autogérait, chacun faisant au mieux de ses capacités. Les conflits se réglaient avec apaisement et les décisions se prenaient à la majorité, c'etait un petit groupe soudé, presque une petite communauté.

J'écrivis deux livres : l'oiseau de feu, un livre sur mon voyage initiatique que j'avais nommé ainsi suite a un oiseau que j'avais vu lors d'un voyage avec Rinia et alternative frugalité. Le livre alternait entre le pamphlet et l'essai. Je denoncais les pratiques de l'industrie, la destruction de la société par le libéralisme, les derives absurdes de la consommation mais surtout je tendais la main à tous ceux qui voulaient changer les choses ou simplement faire repartir leurs vies sur de nouvelles bases. Aka etait l'exemple que de telles choses étaient possibles. Les gens n'avaient pas besoin de lecon ou de prophéties angoissantes, ils avaient besoin qu'on leur parle comme a des adultes et qu'on leur montre que la lumiere était là, en eux et partout et qu'il suffisait d'etre une petite luciole dans un champ pour faire briller les autres lucioles autour de soi.

Evelyn se retrouva bientôt tres seule dans son grand bureau vitré. Un soir que nous dinions ensemble, je senti le tourment chez elle. Ses yeux ne brillaient pas ce soir là.

tu ne te sens pas seule là bas...
si un peu, me confia t'elle.
Qu'est ce qui t'empeche de partir ?
Je... c'est mieux pour... recevoir les partenaires financiers... chaque fondation a besoin d'un flag ship.
et qu'est ce qui est mieux pour toi ?

Nos regards se croiserent. Cette question qu'elle n'avait jamais osé se poser reveilla en elle quelque chose qui sommeillait depuis longtemps. Il y avait chez elle une telle intensité, une telle volonté, elle l'etouffait si fort pour continuer à croire en ses chimères de richesse, d'apparence, de puissance... Elle était la puissance et ne s'en rendait meme pas compte... J'approchais ma main de son front, je posais mon pouce entre ses deux yeux la ou sa conscience depuis si longtemps enfermé ne cherchait qu'a jaillir. Elle vit la ville, son energie, ses couleurs, ses sons...

alors c'est ca que tu vois...
oui.
Tout le temps ?
Souvent.
Partons... me dit elle en tourna la tete.
Tu as faim ?
Non, partons. Partons de cette ville. Aka, elle n'a plus besoin de moi. L'an dernier nous avons acquis un archipel qui menacait d'etre devasté par des pétroliers. Allons y.

C'etait les mots que j'attendais depuis si longtemps. Alors à bord du Tumanako nous avons pris la mer.
ca veut dire quoi Tumanako ?
C'est espoir en maori...

assurément, nous voguions sur un ocean d'espoirs, sur un esquif d'amour et de passion. La traversé fut longue et pas toujours du goût d'Evelyn. Il faut reconnaître que le navire etait assez spartiate et elle avait du mal à se faire au manque de luxe mais les bons jours il émanait d'elle une telle lumiere. Après 8 semaines de mer, l'Atoll etait en vue.

Une grande residence avait été construite dessus. Entièrement de plein pied, elle n'avais aucun impact sur l'ile. eEle avait servit de maison test à une entreprise que nous avions financé. La maison était sobre mais confortable et nous avons vite trouvé nos marques.

Vivre seuls sur cette ile c'etait comme avoir la terre entiere pour soi. Rien de douloureux ne venait perturber cette harmonie et ce chaos de vie qui nous animaient. Evelyn n'etait pas une chaman mais qu'importe elle avait en elle un pouvoir createur immense. Avant de se retrouver à la tête de la fondation, elle avait dirigé plusieurs musées. L'art etait sa vie.

alors pourquoi n'en as tu pas fait ta vie justement ? Demandais je un jour
pas le talent... on ne peut pas tous etre Kurt Vegenher tu sais...
comment ca ?
J'ai vu tes carnets d'enfant. Ils sont rares ceux qui naissent en sachant dessiner.
Dessiner c'est observer tu sais. C'est l'oeil qui guide la main.
Certainement maestro..., dit elle dans un rire.

Elle se remit à peindre, à sculpter, à photographier. À chaque fois, son ame brillait plus intensément. Et à chaque fois, nos liens se resserraient.

tu n'as pas eu d'enfants me dit elle un jour
non.
Pourquoi ?
J'ai vécu egoistement. Je n'ai rien construit, je n'ai rien laissé si ce n'est une œuvre. J'ai peut etre des enfants mais je ne le sais pas. Si c'etait le cas, je pense que je j'aurai su.
Nous pourrions en faire un.
Ce serait fantastique.

C'est sur ces mots que je devais la laisser le lendemain. J'entamais une grande tournée. Je crois que à mon échelle, je fis bouger les consciences. A mon retour sur l'atoll les choses avaient changé. Evelyn m'attendait. Elle avait tres mal vécu ma tournée, mes rencontres et les demonstration d'amour et d'amitié que je faisais en public.

tu ne t'es inquiété de rien ?
Non. Je veillais sur toi.
Formidable. Je suis ravie que tu ais eu le temps de penser à moi un petit peu.
Je ne comprends Evelyn...
tu as besoin de t'afficher avec tous ces gens. Tu as besoin de montrer tant d'attention à tout le monde. De prendre les gens par la main, dans tes bras...
tu... es jalouse ?
Comment ne pas l'etre ?
Je comprends que c'est difficile Evelyn mais je te l'ai expliqué, c'est le chemin du chaman aventurier. Je t'offre plus que de l'amour, je t'offre une amitié eternelle, un lien, un pacte.
De l'amitié...
tu le sais que l'amour s'essouffle vite. Tu m'en as assez parlé.
Je ne supporterais pas que tu témoignes de cet amour à d'autres.
Nous avons tous assez d'amour en nous pour aimer le monde entier. Tu es un être à part Evelyn, ta présence et ton amitié me sont plus cheres que tout.
Fais ton choix Kurt...

Je n'avais pas remarqué qu'une valise attendait derrière elle. Un helicoptère se posa retournant la plage. Evelyn s'en allait.

J'avais fais mon choix il y a longtemps maintenant. Je savais que ce chemin d'aventures pourrait un jour demander un tribut, je venais d'en payer le premier versement. Je parti à bord du Tumanako plusieurs semaines, retrouvant les espaces sauvages et la solitude.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 4 Mai - 19:36


L'atoll etait toujours agreable à cette saison. J'etais dans l'atelier vide en train de peindre. Les couleurs se mélangeaint et formaient un ballet unique preque hypnotique. J'y versais le chagrin de Chloé, la souffrance d''Alec...

-Tu es rentré ?

C'etait Benedicte. Elle etait venu vivre dans l'atoll peu de temps après notre rencontre à New York.

-Oui. Dis je

je ne savais pas. Tu n'es pas venu me voir.
J'ai senti que tu étais occupé.
Oui parce que je m'occupais en t'attendant...
je me retournais pour la regarder. Elle etait belle mais son regard etait triste et perdu. Je m'approchais d'elle, posait ma main sur son épaule.

ne t'enerve pas ce n'est pas si grave...
non bien sur ce n'est pas grave...

Elle regarda par dessus mon épaule et regarda la peinture. Elle se décalla pour la regarder de plus prêt.

tu aimes ? Lui demandai-je
Elle garda le silence. Elle avancait, reculait, regardait la peinture en détail puis dans son ensemble, elle changeait de point de vue.

tu veux que je te dise ? Dit elle apres un long silence. Je comprends rien du tout...
ce n'est pas figuratif... tu dois...
oui je sais je dois sentir. Mais la je n'y arrive plus. Quand je regarde ta toile, j'arrive a comprendre petit morceau par petit morceau... J'arrive a ressentir... Ici le chagrin de Chloé... la, tiens quelqu'un que je ne connais pas... Ici... un nouvel ami encore... Mais l'ensemble c'est trop pour moi... C'est trop pour n'importe qui...

Je la regardais. Je me rendais compte que j'avais une image delavée d'elle dans mon esprit. L'image fatiguée de la Benedicte de New York. J'avais face à moi la vraie Benedicte et elle me rappela Evelyn.

ne me regarde pas comme ca Kurt... dit elle en rougissant, devinant ce a quoi je pensais.
Pourquoi ?
Parce que c'est trop facile pour toi et que je ne pourrai jamais poser te voir comme tu me vois.

C'etait vrai, je la voyais scintiller, je voyais cette flamme multicolore.

elle sait que tu es là ? Me demanda Jugarta.
Oui. Je pense.

Au meme instant, nous discutions peinture avec Jugarta. J'avais trouvé chez lui un negatif parfait. Il faisait preuve d'un talent incroyable pour créer mais il peignait avec fureur et puissance. Je me tournais vers lui. Il regardait ma toile.

elle n'a pas tort, tu sais... Regarde comme ta peinture est dure à contempler ici aussi... Elle bouge, elle hypnotise, elle brille si fort, c'est tout juste si elle ne consume pas... Je sais que tu es un aventurier, un chaman de la paix mais ne crois tu pas qu'à un moment dans ta quete, tu vas devoir revenir à ce que tu es, avant tout un homme ?
Je ne suis pas seul puisque je suis connecté au vivant. Je ne peux pas me lier egoistement.
Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?
A cet instant j'entendis simultanement les voix de Benedicte et de Jugarta.

tu ne crains pas d'etre egoiste dans ta recherche ? Me demanda Jugarta

Benedicte me regardait. Je voyais dans ses yeux qu'elle savait qu'au meme moment je n'etais pas pleinement avec elle.

reste avec tes esprits Kurt, si tu veux. Mefie toi du jour ou plus personne ne te comprendra plus.

Je la regardais partir.

tu ne la retiens pas ?
Je ne veux pas l'entraver. Tu connais son passé ?
Ne confond pas tout Kurt. L'aventurier cherche la paix mais il cherche aussi l'amour. Ne succombes pas à l'ivresse de ta tache. Tu vois des choses, tu sais des choses... Mais tu es un homme Kurt. Et un homme, meme s'il est Kurt Vegenher le chaman d'entre les mondes a besoin d'amour.

Je regardais la peinture de Jugarta. Elle ressemblait à une œuvre de Jackson Pollock. Elle etait brutale, vivante, explosive mais surtout elle etait vraie. Elle n'avait pas moins de qualité que mon œuvre, elle etait autre chose... un avertissement peut etre... non, une ôde à la vie primordiale plutot.

allez, je dois aller retrouver mon fils, me dit Jugarta.

Il me laissa seul.

Ils avaient raison. Je regardais mon œuvre et elle etait pleine des sentiments des autres, mes couleurs elles, étaient délavées, evanescentes.

Je sentis l'odeur particuliere de tabac et de plantes qui précédait tout le temps les délicats bruits de pas de Wewe. Il apparut derriere moi.

quand tu es perdu, retourne au village !
Je n'ai pas de village...
alors tu n'as qu'a t'en créer un... Prendre des branches et cree une hutte, c'est un debut. Ca t'occuperas et peut etre que tu cesseras donc de geindre vieux bonhomme...

Il avait raison.

Le soir venu, je rejoignais Benedicte.

ecoute je ne voulais pas te faire de mal.
Je sais
je voulais pas t'etouffer. Tu es libre.
Et si je veux vivre ma liberté avec toi.

Dans le soir, ses yeux brillaient encore plus fort. Ils scintillaient de vie, ils etaient emplis d'un souffle que j'avais ressenti au debut de ma formation. Je sentais mon œil interieur s'appaisé, je sentais le feu se calmer, je me sentais... bien.

alors tu es libre de le faire.

Je lui souris.

Quelle ne fut pas la surprise des membres d'Aka lorsqu'ils me virent arriver quelques mois plus tard.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Mar 8 Mai - 21:19

Le souffle circule. Il innonde mon corps. Comme si l'on soufflait sur des braises, il ravive mon energie. Il m'aligne avec le ciel et la terre. Le lien se fait par le souffle. Ni drogue, ni transe, juste le souffle. Le souffle c'est comme les premiers rayons de l'aurore qui viennent chatouiller la pupille. L'oeil s'ouvre.

Le reve est sombre, les couleurs iridescentes. La folie rode avec les esprits... Je le vois... L'esprit de l'auroch, noir, bouillonnant de rage et de puissance. Je m'avance. Je souffle... Je souffle pour aligner mon energie...
L'auroch releve la tete. Son œil fou se pose sur moi. Il me charge.

Je souffle. Je souffle pour aligner mon ener... L'auroch me percute de toute sa puissance, mon souffle est coupé, je suis projeté. Je roule dans la poussiere. Souffle... souffle... impossible... J'entends les sabots de l'auroch qui font tonner le sol, je les entends se rapprocher. Je ferme les yeux. Je souffle pour apaiser mon ame... Je sens le souffle de l'auroch. Et puis plus rien.
J'ouvre les yeux.

Wewe émergea d'un buisson les mains tachées de flegme.

que pensais tu faire Wato ?
Il me fallait cet esprit Wewe. Je devais le lier, montrer ma puissance.
Cet esprit, il etait bien trop puissant pour toi Wato. Tu ne t'es pas entrainé assez fort pour accueillir une telle puissance.

Je mesurais à cet instant l'immense ecart qui me séparait de Wewe. Il avait dispersé l'esprit auroch d'une attaque alors que je n'avais rien pu faire.

qu'est ce que je dois faire Wewe ?
Mmm... je ne sais pas vraiment... je comprends ton problème mais je ne suis qu'un chaman de village. Pour moi la lutte fait parti de la tache. Mais toi...
Soto abà saura peut etre... tu viens avec moi ?
Je viens.

Alors on se mit en route pour le temple de Soto Abà. Le chemin etait long et dangereux mais magnifique. Soto Abà regnait sur une partie des reves sauvages, au cœur d'une profonde foret. Les esprits y etaient souvent cruels et primordiaux mais ils savaient reconnaître la marque de Soto Abà. Ces reves se couvraient de grappes d'yeux multicolores, les plantes changeaient de teintes, tout vivait au rythme du passant. On entend parfois des voix qu'il ne fallait pas suivre car elles vous perdaient et vous rendaient fous. C'etait cela le royaume de Soto Abà, un monde primordial et violent. Finalement, le temple se revela à nous.

Je le voyais clairement à présent. Son entrée etait une machoire de Quetzal immense qui semblait vous avaler. Le froton scintillait des jades les plus intenses, des bleus les plus profonds et des rouges les plus sanglants. L'entrée du temple etait à l'image du royaume, sauvage et brutal.

Soto Abà nous attendait sur le parvis. L'homme tranchait tellement avec la brutalité de son royaume. Il était toujours si calme, si serein, si digne. Rien chez lui n'évoquait la brutalité ou la sauvagerie... A croire qu'il avait utilisé cette part de lui pour batir ce temple...

Kurt, te voici.
Oui Soto Abà.
Et tu es venu avec ton gardien. J'ai peur de ce que tu as en tete.
Soto Abà j'ai besoin de combattre. Je ne peux pas laisser mes amis se battre seuls.
Tu as pourtant fait ton office de chaman avec talent Kurt... Es tu sur de ce que tu veux faire ?
Oui... Il le faut...
soit.

Alors Soto Abà se tourna et penetra dans son temple et nous le suivimes. Le temple n'avait pas changer et lorsque j'apercu le petit bassin en son centre, j'eu quelques frissons.

ce que tu veux faire est dangereux Kurt...
il le faut.
Tu souffriras autant que la premiere fois tu sais. Sans doute plus car maintenant tu es tout entier ouvert.
Je ne reculerais pas.

Alors Soto Abà regarda Wewe. Les deux hommes se comprirent et Wewe disparu par une porte.

avance dans le bassin si tu n'as pas peur Kurt.

J'avancais chancelant vers le bassin. Ce que j'avais pris la premiere fois pour du metal liquide bleuté, c'etait en fait du pneuma mais un pneuma non pas extrait d'une ame, c'etait un pneuma primitif, vierge. Je m'assis au milieu. A ce moment je vis Wewe revenir avec une longue corde de liane et un tres long couteau d'obsidienne. Il s'avanca prêt de moi.

tu es sur de vouloir faire cela Wato ?
Oui Wewe, c'est la seule solution.
Alors prend garde à toi.

Wewe passa la corde autour de mes bras puis il sorti du bassin. Je voyais dans ses yeux de la tristesse et de la détermination. Si je me perdais le contrôle, son rôle de gardien serait de disperser mon esprit.

Alors Soto Abà commenca a frapper ses jarres. La douleur fut immédiate, plus fulgurante, plus effrayante que la premiere fois. De ses jarres, Soto Abà manipulait le pneuma vierge et tel un accordeur, il ajustait les ames. Une sorte d'alchimiste interne. Il tapa sur la jarre du poisson et ma tete se mit à tourner et il n'y eu bientôt plus que les tenebres.

BONG

Je cours entre les feuilles immenses et les fougeres geantes. J'entends un cri derriere moi. Je dois courir. Le souffle...

BONG
Je suis face a des hommes en bleu de travail. Je suis monté sur un tas de palettes. Ils me regardent, m'écoutent. Mon discours est enflammé. Je les connais tous ces hommes, ils me font confiance, je ne dois pas les decevoir. Voila plusieurs semaines que nous faisons la grève. Ensemble nous tiendrons le coup. Je le sais, je leur dis. Soudain la police arrive. Je descend. Je vais a leur rencontre. Je contiens la rage des mes freres de lutte. Quelque chose tourne mal, un jet de pierre. De quel coté ? Je ne sais pas. La matraque de bois me frappe à la tete... Je m'ecroule...

BONG
L'homme face à moi a le visage détruit. Il n'a plus de nez, sa machoire a disparu. Il tremble. Je mesure son visage. Pour la premiere fois depuis qu'il a été blessé il ne lit pas de degout sur le visage qui lui fait face. Les semaines passent, les opérations se multiplient. Et le sang par hectolitres. Certains meurent mais pas lui. Il passe 6 semaines avec le bras cousu à la joue. Les os, les protheses, les clous... L'oeuvre d'un sculpteur fou qui dans des circonstances différentes aurait brulé en enfer et enfin le jour de son départ et une grimace en guise de sourire.

BONG
Je respire. Calmement. Comme a l'epoque ou je chassais l'ours. Mais cette fois, ce n'est pas un ours mais un homme. Je le vois avancer, apeuré, son habit gris délavé. Il ne me voit pas. J'expire. Il n'a pas le temps de voir d'ou est venu le tir, sa poitrine explose. Il tombe et tressaute. Et puis vient l'enfer. La canonnade. Les cris fous des mitrailleuses à manivelle. Je suis avec mon groupe, enterré dans une tranchée. Je suis pasteur, je viens de tuer un homme. Nous sommes noirs, nous sommes en premiere ligne, nous luttons pour notre liberté. Oui notre liberté, c'est cela qui nous guide. Les hommes autour de moi non plus besoin de prieres ni de sermons, ils ont besoin de freres, de ne faire qu'un. La canonnade cesse. Comme un seul homme, nous nous dressons vers le drapeau du dixie land. Nous avancons malgré les tirs. Ceux qui sont touchés sont relevés et retournent au combat et c'est ensemble que nous mettons les mains sur le drapeau, ensemble que nous le brulons. Tous vivants et libres.

BONG
Je suis dans une tente. Je reconnais mon frere d'ame Geronimo. Nous sommes assis avec les autres chamans, nous parlons. Que doit on faire. L'unité, c'est la seule solution. L'homme blanc aura la terre si nous restons divisés, unissons nous, sauvons nos cultures. Geronimo est d'accord, les autres aussi. Je sors une pipe que j'ai fais pour l'occasion. Le coyote et le bison veillent sur nous mais le corbeau coasse non loin. Nous ne vivrons pas mais notre combat nous survivra.

BONG
Je suis dans un champ. Mes mains s'arrachent sur les toiles de jute des sacs remplis de coton. Nous ne sommes plus rien, qu'a peine des hommes... Et puis un homme s'avance et frappe un vieux tombé au sol. S'en est trop. Je le tire de son cheval, il tombe. Je le frappe avec une pierre. Nous vivons depuis trop longtemps enchainé. Ensemble, nous pouvons vivre libre. Nous fuyons. Nous devenons des esclaves en fuite, des passeurs, traqués mais nous dispersons l'espoir qu'un jour ce sort ne soit plus une fatalité. Ensemble !

BONG
les incarnations s'enchainaient... marin mutin, reformateur religieux, artiste tué sur une plage, un croisé sur des remparts, un gaulois se dressant contre un romain... Ma main sur une paroie rocheuse et le pigment que je crache pour y laisser ma trace... ma tete me tournait et les images se bousculaient, toujours plus rapides, plus nombreuses, comme des flashs... Comme une crise d'épilepsie qui ne voulait pas finir, mon corps etait traversé par une energie incontrolable. Je devais avancer vers ce tunnel... vers cette lumiere... ce rougeoiment... Les fougeres cyclopeennes et les herbes tranchantes m'avalaient...

Et puis il y eu le froid. J'etais sur une dalle de pierre sculptée entourée de hauts mégalithes disposés en arches. Au milieu il y avait un bassin, encore, plein d'une humeur rouge bouillonnante et sauvage. Je m'avancais pres du bassin, tremblant. L'humeur se mit à bouilloner puis elle prit forme humaine. C'etait moi ou plutot une autre version de moi, plus sombre, plus brutale. Je la regardais... j'approchais ma main d'elle... La chose me frappa comme l'auroch l'avais fait auparavant et je fis un vol plané.

mmm tu as voulu remonter haut... Tu as triomphé lors de notre derriere rencontre... mais tu as bien faibli, tu doutes et je vais pouvoir prendre ta place...
Wewe ne te laissera pas faire...
nous verrons cela... dit la chose avec un sourire mauvais.

Je me relevais mais la chose arriva et me frappa au ventre avec son pied. Je retombais au sol, le souffle coupé.

tu ne m'auras pas...
ahah... je pense que si... pour triompher, il te faudrait de la force... es tu encore capable de faire preuve de force ? Tu sombres dans l'inaction...

La chose avait raison... Je voyais le temps tourner à la place du ciel et je savais qu'il avait raison... Et puis je me mis à repenser à toutes ces incarnations que j'avais vu. J'avais été fort, j'étais fort... J'etais fort parce que je faisais les choses différement. J'etais inattendu, imprévisible, créatif. Si j'avais dut apprendre a cogner, je l'aurai fais des le début ! J'ai eu de nombreuses occassions pour apprendre. Mais non !

tu es si faible... tu te laisserais devorer par une bete... dit la chose.
Ma force, c'est de prendre le temps de connaître la bete. De parler avec elle. D'en faire une amie. Toi, tu la terrasses sans pitié, moi, toutes les betes de la foret connaitront mon nom ! Moi ma force, elle se trouve dans les liens que je tisse, dans les cadeaux que je fais, dans les œuvres que j'offre, dans les espoirs que je ravive. Elle est là ma force. Mon œuvre elle me lie avec tous ceux qui l'on regardé. Peux tu en dire autant ?
Ahah la patience, le temps... ces choses là ne t'aideront pas contre moi.
Il est des etres avec qui le dialogue est plus dur, qui se refusent aux emotions mais avec assez de temps tu succomberas. Oui, tu es le rocher qui fend la mer. Mais moi je suis la mer qui erode le rocher. D'apres toi qui resistera au final ?

Imperceptiblement la créature reculait.

Il est plus simple de croire en la force du poing. Mais ils sont rares ceux qui comprennent et supporte cette force, ils ne sont au plus que quelques mousquetaires. Mais qui n'a jamais dessiné ? Qui n'a jamais peint ? Je suis peut etre peu de chose mais j'ai en moi la force de lier les gens par mon art.
Des balivernes !, cracha la creature
non ! Voit !
Le monde reel apparu. Nous etions sur Nemesis. Le bidonville etait ignoble et sale.

regarde là bas.
Je lui montrais du doigt un enfant en train d'essayer de peindre sur une carlingue de porte. Je lui montrais une femme qui sculptait de petites idoles et là bas un homme qui écrivait quelques lignes de poesie.
voit, ce ne sont que des petites graines plantées mais elles font renaître l'espoir perdu. Que vaut la force du poing face à ca.
Une goutte d'eau dans ce bourbier.

Alors mon ame s'embrassa comme un phare dans la tempete, les pigments que j'avais jeté se mirent à briller et ils touchèrent ceux qui les avaient vu, sentis, touchés... Je ressentais leurs peurs, leurs angoisses, leurs tristesses.
voit ma force...
Je saisi la chose de mes deux mains et je lui transmis toute cette tristesse.
ahah tu n'as pas compris... je suis cette part de toi, de tristesse et de brutalité.. vas y... rend moi plus fort.
Il y a largement assez de tristesse ici pour te rassasier.

Je transferais dans la chose, les privations, la mort, le rejet des reptiliens. Ces vies gachées, ces espoirs fatigués... Puis je vis l'enfant que j'avais vu dans la rue quelques jours plus tot... Mes larmes commencerent à tomber quand je vis que le morceau de chocolat que je lui avais donné, il ne l'avait pas mangé, il le conservait... Ils n'etaient qu'une poignée mais j'avais assez d'amour pour eux alors comme on extrait le poison, j'aspirais a moi leurs chagrins. La pluie se mit à tomber comme pour tout laver. Plus je nourrissais la chose plus je donnais de l'amour à ces gens. Tout se mit à briller autour de moi. Pendant quelques temps, l'espoir revint dans cette toute petite partie du bidonville. La chose avait disparu dans la lumiere. Je vis alors un esprit reptile venir de loin... Il me regarda. Ses yeux etaient anciens. Il hocha la tete dans ma direction.

Alors le temps m'avala, les etoiles danserent dans le ciel et lorsque j'ouvris les yeux, j'etais dans le temple de Soto Abà. Wewe hésita un instant puis il me sourit.

nous t'avons cru perdu Kurt, me dit Soto Abà.
Il s'en est fallut de peu...
tu as trouvé ce que tu cherchais ?
Oui je le crois.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 17 Mai - 13:18

… Respire Octavio... Laisse le souffle couler en toi... inspire la fumée... laisse la envahir ton corps...

J'agitais un eventail de plumes face au feu. Octavio, nimbé de fumée, les yeux fermés, respirait profondement. Son abdomen ondulait pour stimuler ce souffle et je pouvais voir la fumée qui envahissait tout son corps... Oui il etait assurément le fils d'un Pandava... Ces choses lui venait naturellement.

… oui Octavio... souffle... ressens...

Il avait été bien eduqué, bien formé, il n'y avait qu'a lui rendre la vue. Je me saisi des petites branches odorantes que j'avais plongé dans le feu et je les appliquais comme des aiguilles sur le corps d'Octavio. Surpris par la chaleur, il sorti de son etat spirituel.

-Aie ! Ca va pas Kurt ?!
-Ahlala... ce que tu peux etre douillet... dis je en dodelinant de la tête.
-Tu sais Kurt... je ne sais pas si je vais pouvoir...
-Octavio. Tu es venu me voir parce que tu voulais de l'aide. Je te donne la seule aide dont je suis capable.

Apres Rabi, apres tous ces evenements tragiques, il avait souhaité retrouver le chemin de la spiritualité. Il avait fondé l'ordre du colibri, bati une chapelle mais il fallait maintenant remonter le chemin vers son ame étincelante et même s'il était immensément talentueux, le chemin serait long.

-oh je sais Kurt. Excuse moi.
-ce n'est rien. Ne t'excuse pas auprès de moi mais auprès de toi Octavio.

Assis dans la terre, au milieu de la jungle, il semblait dans son élément. J'avais eu aussitôt l'intuition qu'il avait tout pour etre « un homme de connaissance ».

-ah tu dois te demander parfois pourquoi tu as accepter de m'aider...
-parce que tu as quitté la spiritualité, tu as été malade. Tu sais vers quoi cela mène et donc tu n'as plus peur. Voila pourquoi.
-je n'avais pas peur avant.
-tout le monde a peur avant de Voir.

Octavio était un etre naturellement doué. Lorsqu'il avait insisté pour que je sois son maitre, j'avais d'abord hésité, en parti gené de devenir un maitre mais aussi effrayé par ce que cela representait et puis j'avais fini par accepter. Il ne me decevrait pas je le sentais.

-c'est pour ca que tu es devenu chaman Kurt ? Pour ne plus avoir peur.

Je réfléchis quelques instants.

-oui. A un certain niveau.
-j'aurai aimé connaître le Kurt d'avant.
-il etait le meme que celui que tu vois aujourd'hui.

Et c'etait vrai au fond, la spiritualité, la puissance, le chamanisme, ce n'etait que des chemins que l'ont arpentait mais le Kurt d'aujourd'hui avait toujours été là. Ces choses là ne changeaient pas les gens, elles les revelaient simplement, comme un phare déchirant la nuit pour reveler l'ocean aux navires.

-ah tu n'as pas toujours été celui que tu es Kurt... J'ai du mal à croire que tu ais fait de la prison...
-ahah... c'etait il y a longtemps !
-Alors c'est vrai ? Je pensais que c'etait une boutade...
-non non c'est vrai. Je suis resté 97 jours en prison. C'etait mérité... mais si c'etait à refaire je le referais dis je espiegle.
-raconte ta vie d'avant.
-pourquoi ?
-pour savoir. Pour connaître. Tu apparais tellement toujours serein et a l'ecoute... tu as du etre une sacré enflure avant pour en arriver là.

J'éclatais de rire. Il n'avait pas tord. Alors je lui parlais de tout. De ma carriere de footballeur avortée, de la rage qui en découlait, des packs de bieres volés, des bagarres de rues. De ce type a qui j'avais cassé la jambe sans scrupule parce que politiquement il n'etait pas de mon bord. Du tesson de verre qui s'etait planté dans ma godasse un soir d'ivrognerie et qui m'avait percé le pied trois jour avant un stage de séléction. C'etait le chaos d'une adolescence déracinée mais pourtant heureuse. Je lui parlais de mon pere, cet ivrogne divin à l'alcool facétieux... de ma mère la dévote au courage quasi christique. Je lui parlais de ma rage, des punks, des tags, des bagarres a nouveau. De la drogue. De la chance que j'avais eu de traverser cette periode de violence tournée avant tout vers moi sans m’abîmer d'avantage. Et puis le grand œuvre.

-ahah carrément ! Le grand œuvre !

Oui... c'etait cela qui avait tout declenché. Qui aurait pu croire que quelques hectolitres de peinture rouge pouvait à ce point changer une destiné ? Avec le recul, tout me semblait evident... La premiere VRAIE preuve de spiritualité elle etait là... Peut etre que mon eveil c'etait fait à cette periode là et que je n'avais pas compris ce que je voyais. Et puis la prison, la greve de la faim...

-le plus dur ca n'a pas été de faire avec la faim... Le plus dur c'etait la soif d'alcool et de drogues... Oh oui... ca c'etait vraiment dur... AHAHAH

Il y avait eu le train des soutiens, les manifs et les vedettes. Et puis la libération avec une misérable peine d'interet général. Une peine que j'expediais rapidement afin de retrouver mes nouveaux amis. Mon travail avait soudain la cote. Les choses venainent naturellement, elles plaisaient, elles etaient subversives ou considérés comme telles.

-c'est comme ca qu'on devient artiste alors ?

En fait j'etais devenu fetard professionnel. L'art, il avait prit une place secondaire dans ma vie. Je me gavais de l'influence que j'avais sur les gens, j'abusais de tout, je dévorais tout. Je reproduisais la meme œuvre tout le temps... c'etait ce qu'ils voulaient après tout. Sans prendre conscience que le message, l'esprit de mon œuvre, perdait en qualité au profit de la quantité. Chaque grande capitale avait son batiment peint...

-ce n'est meme plus moi qui peignait. Toronto, je suis venu pour inauguration, je n'ai pas touché un pinceau. C'etait le travail d'assistants sans doute mal payé...

C'etait vrai. J'avais traversé le chaos de cette epoque ivre mort, sans rien comprendre, sans rien voir.

-c'est vrai qu'au bal du nouvel an tu as insulté le ministre...
-oui... je l'ai pas reconnu quand il est venu chercher sa femme... je l'ai traité de gros sac...
-d'apres ce que j'ai lu, c'etait pas gros sac...
-oui... bon...
Et puis il y avait eu le deces de mon pere et la revelation, le retour aux sources.

-et la j'ai commencé à voir...
-c'est comment ce que tu vois Kurt.
-pourquoi ne pas essayer de voir par toi meme ?
-ah tu sais que je ne suis pas prêt... Aller dis moi...
-lorsque l'on voit, les hommes sont comme des fibres de lumiere. Comme de toiles d'araignées blanches faites de fils tres fins qui vont de la tête jusqu'au nombril.L'homme ressemble alors a un œuf scintillant de fibres vivantes avec un œil parfois ouvert, souvent fermé.
-tout le monde a cette apparence ?
-oui. De plus chaque homme est en contact avec tout le reste du cosmos non pas part ses mains mais par des filaments de lumiere jaillis du centre de son ventre et qui partent dans toutes les directions. Tu le verras un jour, chaque homme est relié à son environnement par ces filaments, ils préservent son équilibre, sa stabilité. Un etre qu'il soit mendiant ou roi ressemble a cet œuf lumineux et il n'y a aucune maniere de le changer. Ou plutôt... qui aurait il a changer ?

Les jours passèrent et Octavio se montrait un élève appliqué et aussi doué que je le pensais. Alors vint le moment de son initiation. Je le conduisis a la caverne des rêves là ou moi même j'avais été initié. Elle n'avait pas changé. Je comprenais a cet instant qu'elle était un pont entre les mondes et qu'elle ne changerait jamais, comme Soto Abà elle était à la lisière. Titubant, Octavio monta sur le pilier de pierre et je me mis a chanter en jouant du tambour. Les sons sortaient de ma gorge comme à travers un orgue, les sons faisant vibrer tout mon etre mais aussi Octavio et la caverne. La frontiere devenait poreuse et je vis Octavio. Il arpentait le tunnel noir de la connaissance avec courage. Je marchais tranquillement derriere lui sans qu'il ne m’aperçoive. Et puis une voix se fit entendre.

-Kurt ? Kurt ?

Je me dirigeais vers la voix. Ce tunnel, ses chemins, je les connaissais bien mais je m’avançais dans une zone que je n'avais eu l'occasion d'explorer. Je marchais sur des feuilles mortes, la mousse dégageait une odeur forte, doucatre. Les arbres semblaient vieux et recroquevillés. La jungle etait silencieuse. Je me mis à emprunter un petit chemin qui serpentait entre les fougères. Tout l'endroit resonnait de mon chant, je sentais sa vibration. Et puis des fleurs apparurent, colorées, chargées de parfum subtile et delicat et degoulinantes de nectar. J'étais absorbé par le ballet d'insectes enormes venus butiner ces fleurs lorsque j'entendis à nouveau ma voix.

-Kurt ? Kurt !

Cette voix... Elle m'attirait vers une autre partie du sentier. C'etait une voix féminine. Non ! Des voix féminines ! Toujours paisible, je continuais à suivre le chemin lorsque soudain une clairiere s'offrit à moi. Au cœur de cette clairiere, un bassin... Non... ce ne pouvait pas être là...

-Kurt ?

Il y avait sur une table de pierre, un carnet. Je m'en approchais. C'etait un de mes anciens carnets de dessins. Je le regardais avec nostalgie, redécouvrant les dessins que je faisais enfant. Le plaisir du dessin simplement pour dessiner. Des fleurs déjà, des animaux du zoo... Soudain, les dessins se mirent a tourner dans le carnet. N'AIT PAS PEUR ! Disaient les dessins. PARLONS ! Disait une autre page. Alors le bassin se mit à bouillonner et l'esprit de l'araignée apparu. Celui de Rabi, celui de la premire fois.

-Kurt ?
C'etait elle qui me parlait depuis tout à l'heure.

-oui ? Que veux tu Äm kiach ?
-je ne te veux pas de mal Chu !
-Chu ? Pourquoi m'appelle tu Chu ?
-mais parce que tu es comme moi Chu... tu es un esprit araignée.

Le monde se mit à tourner autour de moi. Je sentis des pattes me pousser, mon abdomen se gonfler, ma machoire se deformer. Mes membres s'allongeaient encore et encore demesurements... s'articulaient à des endroits qu'ils n'auraient pas du... enfin je sentis mon regard se changer, embrasser non plus ce que j'avais face à moi mais embrasser toutes les directions en meme temps. Tout voir... mes pattes fines detectaient le moindre tressaillement, la moindre vibration... tout sentir... Je me mis à dessiner une toile... une toile de vie, une toile de mort... tel le chaman, toujours à la lisiere...

-Tu es le tisserant, le reveur, celui qui transmet... me dit Äm. Les hommes araignées sont tres rares Chu, voilà pourquoi je ne t'ai pas reconnu tout de suite mais depuis que tu m'as vaincu, j'en ai eu la certitude, personne n'aurait pu me lier sinon... Tu ne trouvais pas étrange que tu ne soit lié à rien jusqu'à présent.
-non rien ne me semble étrange, Äm. J'attends que les choses viennent au bon moment.
-une reponse de Chu...
-pourquoi ces carnets Äm ?
-j'ai voulu te montrer quelque chose que tu aimais... pour ne pas t'effrayer.
-merci de m'avoir rappelé l'existence de ces carnets Äm. Merci m'avoir montré...
-Chu, il y a en toi assez de force pour tout voir. Ton seul danger, c'est toi dorénavant. Maintenant va, ton élève a besoin de toi.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 17 Mai - 16:55

De mes longues pattes fines, je remontais le sentier, je glissais le long du tunnel des ombres mais cette fois ce n'etais plus des ombres, c'etait un ensemble de filament tressés, tissés, par quelques araignées géantes et cosmiques. Et puis je les senti, Octavio et... Soto Abà... je vis plus distinctement que jamais les liens qui se tissaient entre les êtres, entre les choses... Soto Abà regarda dans ma direction. Je pensais qu'il aurait eu peur mais Soto Abà etait bien evidemment plus clairvoyant que cela et pour la premiere fois, je vis sa forme véritable... Il embrasait l'espace d'un feu froid et distant mais bien présent. Un bec saillant et tranchant sur un crane blanc et effrayant orné d'une couronne de plumes. Des orbites vident ou flottait une lueur cramoisi. Son pectoral de jade semblait fiché dans son torse comme les écailles d'un monstrueux serpent et son dos était couvert de plumes rouges, vertes, blanches et bleues. Ses mains longues et griffues comme les serres d'un aigle tenaient un immense macuahuitl. Soto Abà etait proprement effrayant et pourtant ici et maintenant nous n'avions pas peur. De l'une de ses serres, il coupa la liane d'Octavio. Il regarda dans ma direction sans faire un geste. Nous eumes un echange de regard intense puis il regarda Octavio.

-va, explore maintenant.

Et il lui indiqua un chemin. Alors Octavio se leva et avanca sur le chemin comme je l'avais fais autrefois. Octavio ecarta les buissons et j'entendis siffler un enorme serpent, il le suivit et disparu dans la vegetation. Soto Abà vint à ma rencontre.

-tu VOIS enfin Wato.
-ou Chu... ou Kurt...
-qu'importe les noms et les mots... Le cosmos peut il vraiment contenir le cosmos en lui ou seulement l'idée qu'on s'en fait ? Selon les epoques, les mondes, les perceptions, les noms changent...
-Soto Abà ou Kukulkan...

Soto Abà me sourit.

-ton eleve est tres doué. On a fait de lui une diamant, on l'a poli et toi tu l'as serti.
-merci d'avoir ete son gardien.
-son ame a brillé jusqu'à moi.
-je crois qu'il va devoir apprendre un peu par lui meme maintenant...
-et toi que vas tu faire Wato ?
-je vais aller dessiner.

Comme un reve qui s'estompe au réveil, ma forme d'araignée s'évanouie et je me mis en recherche d'Octavio que je trouvais en contemplation du monde des reves.

-Kurt ! Il y a tant à te dire, j'ai vu tant de choses...
-je le sais Octavio, dis je avec un sourire amusé. Te voilà un guerrier mystique Octavio dont le corps, l'esprit et l'ame sont parfaitement alignés.

Je posais ma main sur son épaule.

-Kurt j'ai vu un homme qui m'a aidé à passer des épreuves. Qui était il ?
-un allié Octavio.
-un allié ? Dans ce monde ? Je n'y connais personne pourtant.
-Les alliés arpentent ce monde. Parfois le notre aussi... Ce ne sont pas des gens, tu les regarderas encore et encore mais jamais il n'auront la forme de l'oeuf. Si tu te lie assez fort avec ton allié, tu n'auras plus jamais besoin de boire ou de fumer quelque chose. L'allié n'est ni bon ni mauvais. Il est parfois sauvage et il peut etre tres puissant il peut te détruire. Mais si tu le maitrises, si tu t'entends bien avec lui alors tu pourras lui demander ce que tu veux.
-alors cet homme que j'ai vu...
-c'est un allié tres puissant. Et un ami.

Le retour dans le monde terrestre se fit doucement, lentement. Le feu s'etait eteint et la nuit recouvrait tout. Le claquement des ailes de chauve-souris dans la nuit resonnait dans le silence. Les etoiles brillaient fort, leur eclat traversant meme la canopée. Je ne pu avoir une pensée pour Bima qui quelque part, au cœur de la conscience du cosmos, veillait sur son fils.

-que va t'il se passer maintenant Kurt ?
-nous allons devoir nous séparer Octavio. Tu dois apprendre seul maintenant. Nous sommes liés...

un filament sorti du centre de mon etre et alla se lier autour de la main d'Octavio... le tisserand... J'eu l'impression d'entendre quelques cliquetements... non pas de mandibules... pas ici... j’étouffais un petit rire.

-et toi que vas tu faire Kurt ?
-je ne sais pas encore...

J'allais arpenter la jungle plusieurs jours encore. Je dessinais tout comme un naturaliste qui découvre la jungle à ceci prêt que les dessins traduisaient aussi des odeurs, des sensations, des secrets cachés au cœur du vivant... La jungle immense, calme, douce. Le refuge de l'homme, sa maison originelle. L'homme avait désapprit à voir, il ne savait plus que regarder et encore, mal regarder aujourd'hui. Il ne voulait plus voir le monde que via des ecrans aux resolutions toujours plus fines, persuadé que c'est ainsi qu'on voit le mieux le monde... Plus ils regardaient et plus ils devenaient aveugles. Je regardais le toucan noir de jais se découper sur l'emeraude des feuilles, j'écoutais les pas feutrés de l'ocelot sur le sol, j'entendais l'araignée tisser sa toile qui tintait dans le vent comme les cordes d'une guitare. Le miroitement du soleil sur un ruisseau. Une épiphanie végétale... Et puis soudain le tonnere des machines et la mort de la jungle. J'avais vu dans le village de Rinia, les degats que pouvaient faire le monde moderne à la foret mais là cela dépassait toute mesure. Sans prévenir, la retentissante musique de la vie s'etait tue et il n'y avait plus que le silence de la mort. Plus rien ne chantait ici, ni les arbres, ni la terre, ni l'air... C'etait comme si je venais de me prendre un crochet en plein ventre. Je tombais à genoux, incapable de retrouver mon souffle apres ces jours de communion... Que se passait il dans la tete des gens ? Rabi, on avait libéré Rabi, alors quoi ? Ils n'en avaient pas tous entendu parlé ? Ils ne l'avaient pas tout senti ? GAIA ! GAIA ! GAIA ! Je m'écroulais dans la terre.

Je sentis des mains douces me prendre et me transporter dans un endroit chaud et lumineux. Tout etait doré... comme du miel...

-Kurt... ne perd pas espoir Kurt... fait leur entendre ma voix Kurt... va... je m'occuperais de tout pour toi... va...

Je me réveillais plusieurs jours après dans la maison de mes parents. Une fleur etait posé sur la table de chevet, une fleur jaune, scintillante, parfumée. Je me levais et decouvrait posé au pied du lit, des carnets de dessin. Je les ouvrait revelant leur contenu, des dessins enfiévrés de la nature, des plantes.

-tu as dessiné tout ca...

Pauvre maman... tout dans sa voix trahisait l'inquiétude.

-je suis désolé. Tu as du te faire du soucis...

Elle me regarda, sourit tristement et baissa les yeux. Je connaissais cet air. Je m'approchais d'elle et la serrait dans mes bras. La pauvre avait du se faire un sang d'encre... a son age. J'essayais de l'apaiser, de lui donner un peu de force.

-tu as dessiné tout ca ? Me dit elle
-oui apparement... qui m'a ramené ici.
-oh... je t'ai trouvé sur la terrasse en bas... Tiens regarde j'ai retrouvé tes anciens carnets.

Je caressais les couvertures de ces vieux carnets reliés... Des anneaux dorés, des couvertures laides, en velours, en tissus, en plastique a fleurs oranges et ce papier épais, jauni, couvert de dessins au stylo bille, au crayon... des trésors de mon eveil à l'art...

Je passais quelques semaines avec ma mere. Benedicte avait fini par nous rejoindre et je lui faisais visiter ce pays que j'avais appris a connaître tardivement. Et puis un matin...

-je crois que je vais faire un film.
-ah bon ?
-oui, ce que j'ai vu, ca a été comme un coup au ventre. J'ai senti que je devais faire quelque chose, ouvrir les yeux et les consciences...
-alors tu vas partir encore longtemps ?
-pas longtemps non. Je te le jure.

Quelques jours plus tard, je partais pour Londres. Sans vouloir rester plus que necessaire, j'etais content de retrouver Londres et le cœur pulsant de la ville. Je voyais ses liens qui reliaient les gens, je savais bien qu'ils étaient moins intenses qu'autrefois mais la ville restait malgré tout un carrefour de liens... La quantité plus que la qualité... mais du lien quand meme et avec eux le bruissement des emotions.

J'avais rendez vous avec Evelyn. On ne s'etait pas vraiment revu depuis qu'elle avait quitté l'atoll brutalement. Axis Mundi bruissait, litteralement, d'emotions, d'idées et j'etais heureux mais pas surpris de voir que les gens qui un temps avaient déserté leurs bureaux etaient revenus. Ils s'etaient organisé pour créer une creche pour les enfants, ils pouvaient acheter des fruits, des legumes, de la viande, cultivés dans autour de Londres. Il avait tous un espace a eux et occupaient les espaces communs. Seul Evelyn restait à l'etage dans son bureau vitré, comme une gardienne de prison sur son mirador. Je pris le temps de faire le tour de la fondation, parler un peu, ecouter beaucoup. Et puis l'heure du rendez vous arriva et je la vis descendre les marches de metal... Evelyn, toujours aussi belle mais quelque part plus triste.

-Kurt. Je vois que tu as eu le temps de faire ton petit tour. Les affaires vont comme tu le souhaites ?
-absolument. C'est parfait.
-bien. Si tu veux interrompre ta visite, nous avons à parler je crois.
-oui. Je te suis.

Je fis un petit geste à tout le monde et Evelyn me conduisit à l'étage. Elle me fit asseoir. Le bureau etait sobre, vitré, transparent, sans ame. Il etait la replique de celui qu'elle avait quand je l'avais rencontré. Elle dut remarqué mon etonnement.

-oui j'aimais bien l'ancien bureau... J'ai fais refaire le meme.
-bien bien.
-bon que puis je pour toi ?
-Evelyn, je veux qu'on fasse un film.
-un film ?...
-oui. Tu sais la situation est desespéré et je pense qu'il faut alerter la population mondiale...
-ecoute... T'es pas le premier à vouloir faire ca... Le photographe à moustaches la...
-Yann.
-oui ! Il a fait son film et tout le monde lui est tombé dessus. Meme di caprio a fait un film...
-tu l'as vu ce film ?
-non
-il dit droit dans les yeux et en riant à une femme qui lui dit que le salue du monde ne passe que part la frugalité que ca n'arrivera pas. Il dit mais il n'ecoute pas. C'est l'inverse de ce film que je veux faire.

Evelyn resta silencieuse pendant un long moment avant de se lever pour regarder par la baie vitrée.

-Kurt, je vais quitter la fondation.
-quoi ? Mais pourquoi ? Tu fais un excellent travail ici et...
-je ne suis plus en phase avec ce qui se passe ici. Et puis j'ai rencontré quelqu'un et nous allons partir.
-oh je vois...
-alors nous allons faire ce film. Je veux que la derniere chose que je fasse ici soit un coup marquant.
-oui mais est ce que tu crois toujours à ce que promeut Axis Mundi ?
-Kurt... j'ai avant tout été placé la pour gerer ta richesse...
Cette réponse valait pour un non.

-Tres bien Evelyn.
-je vais t'aider a trouver les financiers, tu n'auras pas à les rencontrer, tu n'auras pas un euros à debourser ou à avancer.
-je veux que ce soit legal, propre...
-ca le sera.

La préproduction dura trois mois. Trois mois pour trouver de l'argent propre, se depetrer de toutes les compromissions et trouver une équipe qui partageait mon ideal. Un photographe, un preneur de son, un caméraman, un opérateur de drone, un musicien, un monteur. Je sentais que chaque jour que nous passions à preparer ce film, les filaments qui nous liaient devenaient plus fort, brillaient plus fort. ¨Puis le premier clap fut donné...
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 18 Mai - 18:44

A ciel ouvert.

Scene 1. Ext/jour la foret amazonienne.

On voit en macro les pattes d'un scarabée. Il les frotte. Puis on le voit avancer.
Dezoom. Il marche dans la jungle portant une feuille dans ses mandibules.
Macro. On voit l'oeil d'un caméleon qui tourne, se revulse, cligne.
Dezoom. On voit le caméleon avancer sur sa branche et capter un insecte avec sa langue.
Macro. On voit les plumes d'un oiseau. Il fait briller son plumage avec son bec.
Dezoom. C'est un touca, qui juché sur sa branche chante et s'envole.
On voit un ruisseau, des poissons en remonte le court. On voit un ocelot marcher entre les arbres.

VOIX OFF KURT
Se tenir sur les épaules des géants... Et voir plus loin. Plus loin dans l'invisible, à travers l'espace et à travers le temps. Pouvoir s'evader du présent, plonger notre regard dans le passé, remonter le temps à contre courant. S'ouvrir au monde et aux autres, aux souvenirs des jours anciens que nous n'avons pas connu. Voyager immoblile à travers l'espace et à travers le temps et tenter d'entrevoir, au loin, les contours des mondes à venir...
Notre imagination dit Francois Jacob, deploie sans cesse devant nous l'image sans cesse renouvelé de ce qui va pouvoir arriver. De ce qui est possible. Nous ne pouvons penser à nous, sans un instant suivant. Mais nous ne pouvons savoir ce que sera cet instant. Ainsi nous ne pouvons connaître ce qui nous interesse le plus au monde : ce qui se passera demain.
Ce projeter dans l'avenir, tenter de predire, de prevoir, de prefigurer le futur...
Si vous pouvez plonger votre regard dans les semences du temps, dit on dans Macbeth, si vous pouvez dire quelle graine germera et quelle graine ne germera pas... Alors parlez moi.
Plan de drone s'elevant au dessus de la canopée revelant l'immensité de la jungle.

Musique.

Scene 2 Ext/jour la pirogue de Konopo

La pirogue à moteur avance dans les eaux boueuses de la riviere jusqu'au village de Konopo.

VOIX OFF KURT
de puis l'aube de l'humanité il y a des recits d'oracle, de divination, de prophétie. Aujourd'hui notre époque est faite d'incertitude et pourtant nous allons rencontrer ces nouveaux prophetes qui pensent a un avenir meilleur... Le chef Konopo, Pierre Rabhi, Les convivialistes, Yvan Bourgnon, ils ont tous accepté de me rencontrer pour parler... Pour parler de la Terre, de son avenir, de notre avenir.

Plan sur le village, sur la jungle, sur Konopo qui chasse dans la jungle. Il est seul à coté d'un arbre immense.
VOIX OFF KURT
Nous arrivons dans le village de Konopo. L'endroit est sobre, simple. On entend le bruit tonitruant d'un groupe electrogene. Konopo a décidé d'enfiler un tshirt pour l'occasion. Il ne veut pas choquer. Il ne veut pas avoir l'air d'un sauvage non plus. Je lui ai dis qu'il pouvait venir comme il le voulait mais il a préféré se plier aux coutumes des autres, ceux qui pillent sa foret, m'a t-il dit. J'ai rencontré Konopo il y a 15 ans maintenant. Il m'a fait découvrir la jungle dont j'etais originaire.

KURT
Konopo, comment va la foret ?
KONOPO
Tres mal. Elle est attaqué de toutes part. Il y a les bucherons, les chercheurs d'or. Ils ne respectent rien. Ils ne font pas attention à ce qu'ils font. Et pourtant je les ai vu ces bucherons, ces chercheurs d'or, ils viennent de l'autre coté de la riviere... De l'autre coté c'est un autre pays, mais ca la jungle elle s'en fiche. Ce sont ses enfants et ils la détruisent ! Ils polluent l'eau, ils coupent les arbres, ils tuent les animaux par jeu... Il faut que les chefs, les ministres, les présidents, chez vous, nous aident. Cette foret, elle n'est pas a moi, elle est a tout le monde. Elle fait parti de la terre et nous sommes tous sur cette terre... Nous meritons le respect... la foret merite le respect... on ne veut pas se retrouver dans des petites bulles de foret preservées comme des souvenirs... Les gens vivent dans les forets, prêt des fleuves... On ne peut pas tout engloutir comme ca... Je ne vous mens pas. Il faut preserver la foret, c'est pour le monde entier que je dis ca.
Plan sur Konopo qui peche. Le village dans sa simplicité, dans son accord avec la nature.

Scene 6 Ext/jour la zone brulée.

Plan de Kurt marchant dans la foret en drone. Soudain le drone se tourne, devoile une partie de la foret entierement rasée et brulée, le drone s'eleve et montre cette terrible entaille faite dans la jungle. Une scarification noire.

VOIX OFF KURT
nous marchions dans la foret et sa multitude de verts, d'emeraudes, de jades et puis soudain il n'y eu plus que du noir, partout, mais ce n'etait pas du Soulage... C'etait les ravages du bucheronnage intensif. Combien de ces tranchées marquaient le corps de la jungle à cet instant difficile à dire. Comment laisser piller ce patrimoine mondiale au profit de quelques uns deja immensement riches. Comment laisser tout ceci arriver ?


Lettre à Benedicte.

Mon amour chéri,
Depuis midi, j'ai l'impression de danser. J'ai voulu t'écrire tout de suite mais je n'avais pas les mots. J'etais content, voilà tout. Non sans scrupules d'ailleurs – j'ai bien senti ta fatigue. Mais je me dis que 3 heures dans une pirogue de bois ne sont rien. Tout se passe bien, je retrouve ici l'énergie de vie qui me faisait peut etre défaut jusque là. Nous partons demain pour la polynesie. Je t'enverrais une fleur si je peux.

Lettre à Kurt
Mon cher amour,
Avant hier deja je voulais t'écrire, apres ce coup de téléphone pendant lequel on ne m'a pas laissé le loisir de te parler librement un seul instant. Hier, j'ai recu ta lettre, ta belle lettre avec la fleur et j'en suis encore toute émerveillée. Oui tu as le pouvoir de m'emerveiller tout à coup et j'en suis à chaque fois bouleverser de bonheur et d'amour.
Lundi, j'ai passé une de ces journées vides et betes que j'ai en horreur. Je regrette de ne pas avoir pu t'accompagner, j'aurai aimé découvrir ces endroits et ces gens avec toi.

PS. Evelyn a passé sa journée a essayer de te contacter. Je crois qu'elle s'impatiente elle veut savoir qui la remplacera.


Scene 17 Ext/Jour Marrakech.

Plan d'une cote paradisiaque. La mer turquoise. Les oiseaux marins, les poissons, les rochers couverts d'algues et de crabes. Plan d'une bouteille de plastique incrusté sur une plage. Plan de dechets flottants, de pneus noyés.

VOIX OFF KURT
le continent de plastique. Ce n'est pas juste une expression, c'est une realité. Ce sont des milliers de tonnes de plastiques qui sont déversés dans les oceans et qui se decomposent en microparticules... tuant 1,5 millions d'animaux par an, ravageant les coraux et tout l'ecosysteme marin.

Scene 18 Ext/ Jour interview sur le Manta.

Plan du navire. Plan d'Yvan faisant fonctionner le navire. Le navire vogue accompagné de dauphins bleus. Le drone tel un exocet suit le sillon avant du navire, remonte le long de la coque, passe au dessus des filets et s'eleve pour le montrer dans sa taille entiere.

KURT
Yvan, c'est un constat que tu as fait au cour de tes voyages ?
YVAN
Oui. Tu sais le premier tour du monde je l'ai fais avec mes parents. A cette epoque là il n'y avait pas de plastique en surface. Et 33 ans apres, je fais le meme tour du monde avec mon petit catamaran de sport et 24h sur 24h pendant 230jours, c'etait du plastique partout. Et je constate cette pollution de plein fouet. Et la on s'est dit il faut intervenir.
KURT
et tu as décidé de faire le Manta ?
YVAN
c'est ca ! Avec mon équipe, les seacleaners, on a mis au point ce navire, qu'est enorme hein puisqu'il fait 60 metres de long et 72 metres de large, pour recuperer les dechets. L'idée c'est d'aller dans les zones les plus contaminé parce qu'on va pas pouvoir ratisser tous les oceans mais on sait que l'essentiel de ces dechets sont émis sur les zones cotieres.
KURT
oui, comme la pollution qui a détruit les coraux aux maldives.
YVAN
c'est ca. La les plastiques passent entre les 4 coques et on peut recuperer 600 metres cubes de plastiques a chaque trajet.
KURT
et comment tu as financé ca ?
YVAN
on a fait une campagne de crowdfounding et on a reussi. Je pense qu'on a parlé a une conscience universelle. Dans 4 ans on devrait voir les premiers et j'espere qu'on marquera quelque chose.


Lettre à Benedicte.

Douce amie,
ta lettre est arrivée aujourd'hui. Je t'ai senti bien nerveuse mais j'ai aimé te lire, cependant. Je ne comprends pas bien ta reaction devant ma dissertation sur le courage et l'intelligence. Naturellement, c'est à moi meme que je m'adressais. Je parlais tout haut devant toi. Importance : zero. Je ne sais pas qui mettre à la place d'Evelyn... Peut etre Jugarta. Il serait bien. Prend soin de toi, je laisse chaque soir ta place à mes cotés. C'est la place du bonheur et de l'oubli.

Lettre à Kurt.

Encore six jours et la nouvelle lune va commencer. Encore un mois et notre calvaire prendra fin. Voici une lettre envoyé sous le signe du printemps et de l'amour. Je dors peu ces temps ci. Par ici, c'est toujours du pareil au meme. Tu sais, j'ai beaucoup réfléchis. Je pourrai remplacer Evelyn, j'en suis capable.

PS ci-joint quelques photos pour que tu ne m'oublies pas.


Scene 21 ext/jour les glaces du groenland.

Plan sur la banquise immense. Sur son scintillement. Aurore Boreale. Le drone est le seul a pouvoir rendre compte de l'immensité de l'endroit. Le son de la banquise, le silence . La rencontre avec un chaman eskimo. Toujours la meme histoire, la banquise qui souffre, la terre qui souffre. Et le message plein d'espoir de ce chaman qui croit que l'homme ne se laissera pas tuer par lui meme.

Scene 22 ext/jour. Les glaces du groenland

Un ours marche sur la glace. Il amene avec lui ses petits. Ils jouent, ils apprenent à pecher.

Scene 23 ext/ jour les glaces du groenland
Des phoques jouent non loin de la cote. Une simple musique. Il faut savoir ecouter la nature autant que les propos des hommes.

Scene 26 ext/jour le sud de la France.

C'est un petit homme avec un chapeau de paille qui vient à notre rencontre. Le bruit des cigales, la lavande qui bouge au rythme du vent. A l'abri sous un olivier nous faisons l'interview de Pierre Rhabi.

Plan d'illustration d'abeilles qui butinent.
Plan en drone de la campagne environnante, splendide et majestueuse.

KURT
Pierre, avons nous gagné ?
PIERRE
nous avons au moins gagné une chose, de plus en plus de gens sont conscient on ne peut pas detruire la vie et espérer vivre. Sinon on meurt. L'ecologie c'est une conscience... Nous avons une planete magnifique et nous n'arretons pas de la détruire... j'espere qu'aucun extraterrestre ne nous regarde sinon je ne vois pas comment il pourrait penser que nous sommes intelligent. On organise un systeme erroné... L'agriculture est une agriculture de la surproductivité... mais on ne peut pas mettre des rustines eternellement... Sinon on ne sortira jamais des derives. Il faut vivre sous la puissance de la modération ! La surabondance ne donne aucune satisfaction. Elle consumme les etres humains, consomme leur vie et finalement ils disparaissent comme ca... Mais on est tous en quete de bonheur ! Mais le bonheur, c'est la qualité de vie... Il y a un équilibre entre la surabondance et la radicalité.
KURT
le retour à la terre ?
PIERRE
oui... Le retour au jardin, réapprendre à faire pousser, se relier à la vie et apprendre la patience. C'est de ca qu'on manque aujourd'hui... Soyons en accord avec les lois de la vie et de l'harmonie, c'est a mon avis la seule voie pour etre heureux et abandonnons la finance et tout ça... Vous savez c'est Michel Serres qui un jour sur un plateau de télé avait envoyé promené un monsieur qui ne parlait que de millions... Nous devrions tous faire pareil.


Lettre à Kurt.

Enfin arrivés au bout du silence ! Pas encore recu un seul mot de toi depuis le 3. Je ne sais plus à quel saint me vouer. Ecris vite et dis moi au plus tot ce que tu penses faire, pour agir, moi, en conséquence.
Des que je t'aurai lu, j'ecrirai plus longtemps ; mais je prefere connaître avant ton adresse et s'il le faut ton état d'esprit.


Scene 30 ext/jour scene finale.

Plan du drone qui survole la steppe et le chaman loup sur son cheval. Plan du drone qui survole la banquise et le chaman pecheur. Plan du drone qui survole la jungle et Rinia. Plan du drone qui survole Yvan sur son bateau. Plan du drone qui survole New York. Plan macro de plantes. Plan macro d'animaux. Plan de la nuit, en gros plan on voit une luciole qui commence a produire de la lumiere. On le suit en drone, le champs se met alors a briller, le drone s'eleve et filme la voix lactée.

VOIX OFF KURT
Simone Weil disait que là ou la technique regnait partout ou presque, le mal etait toujours présent. Peut être... Une chose est sur nous devons changer notre regard au monde, nous devons l'ecouter, nous écouter. Nous ne pouvons pas vivre comme si nous etions la derniere ou l'avant derniere generation d'hommes à fouler ce monde merveilleux.
CLAP DE FIN.

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 18 Mai - 20:14

Le montage du film se passa bien. C'etait un plaisir de créer, d'aborder la musique, le rythme du film,le choix des images... J'y versais toute mon ame, toute ma passion pour le vivant, pour la Vie. Je m'etais filmé en train de peindre pour le film. J'avais voulu faire, comme l'avait écrit Barjavel, du cinema total. Et puis plus le temps etait passé et plus la nature s'exprimait d'elle meme, dans le silence, dans sa majesté, on sentait presque son ame rayonner à travers l'ecran. J'etais tres fier du résultat : 1h37 d'hommages à la nature, d'espoir pour le futur accompagné de ceux qui aujourd'hui pouvaient aider à faire changer les choses.

Je venais de passer plusieurs mois sans grand art, sans chamanisme... du temps pour rencontrer, ecouter... Je me sentais changé... Il y avait de la simplicité à nouveau en moi, l'envie d'agir, de faire des choses, de vivre, d'etre heureux, d'etre un homme simple... La vie paisible et heureuse d'un homme entouré. Cela me donnait un nouvel espoir, une nouvelle force après la brutalité de Rabi. Un endroit ou j'avais failli me désincarner... J'avais souvent observé les araignées pendant mon voyage... Je repensais à ma transformation, là, au milieu de la ville, dans ma chambre d’hôtel. Aimer la vie, les gens, transmettre, tisser des liens... tisser oui...

Benedicte etait venu me rejoindre plusieurs jours avant la premiere du film. Elle ne parlait que de remplacer Evelyn.

-tu es sure que c'est ce que tu veux ?
-oui Kurt. Je m'ennuie. Tu es parti faire ton film et moi je t'ai attendu.
-Le travail d'Evelyn... Il va te confronter à bien des choses tu sais...
-et alors ? Tu ne m'en crois pas capable.
-ecoute Benedicte. J'ai été absent c'est vrai. Mais je serais plus présent je te le jure.

Elle n'avait rien répondu, elle avait tourné les yeux, triste. La discussion en etait resté là et elle avait découvert Londres seule, pendant que je faisais la tournée des plateaux tv pour expliquer que ce film etait un espoir, qu'il pronait l'ecoute, les bienfaits du vivre ensemble, dans l'amour.


Puis vint le soir de la premiere. Evelyn avait fait les choses en grand. Elle avait invité des vedettes, des gens assez vide d'interet mais qui permettait au film « d'avoir de la visibilité » m'avait elle dit. Il y avait un grand photocall avec des photographes quasi fous qui hurlaient pour avoir une photo. La plupart des invités de pliaient de bonne grace à ce manege absurde.

-Kurt, me dit Evelyn je te presente Andrew.

C'etait un homme de l'age d'Evelyn environ. Il portait bien, il etait elegant, mal rasé, un sourire bien blanc... Il me sourit, devoilant toutes ses dents et me tendit une main vigoureuse qu'il venait de sortir de sa poche. Je lui saisi la main.

-Enchanté Andrew.
-c'est pour moi qu'elle vous quitte, dit il en riant.
-ah ! Alors prenez en bien soin. Evelyn est quelqu'un d'exceptionel.

Il la regardait a chaque fois comme un vautour regarde une bete mourrante, se demandant quand il allait pouvoir passer à table.

-exceptionnelle c'est le mot oui ! Me lacha t'il finalement.

Evelyn rit.

-ah Kurt, vient je vais te presenter quelqu'un... me dit elle enfin.

La soirée fila, passant d'un invité à l'autre, echangeant des propos toujours plus vains. Cette projection n'etait que mondanité et faux sourires... Et puis le film fut projeter. J'en étais tres fier... Mais cela n'a pas empeché certains de s'endormir devant...

Lorsque la lumiere se ralluma, nous nous rendimes tous dans une salle pour trinquer au film. Je dus faire un discours, rapide, remerciant surtout les gens qui m'avaient aidés à faire ce film.

-tu aurais pu faire un effort me dit Evelyn un peu severe, tu sais ces gens ils peuvent te faire un film comme le defaire...

Soudain l'homme que j'avais vu dormir dans la salle approcha d'Evelyn. Ils s'embrasserent.

-Kurt, je te presente Alan Spale.
-bonjour Alan lui dis je un peu fraichement.
-Kurt, Alan est le redacteur en chef de Movies...
-ca explique pourquoi il est si fatigué...
-pardon ? Me demanda Alan surpris.
-passez une bonne soirée Alan... dis je en les laissant.

Je venais de me rendre compte que je n'avais pas vu Benedicte depuis un moment. Je faisais le tour de la salle sans la trouver. Je me mis à la chercher, je voulais la VOIR. Je la trouvais dehors, au bord de l'eau devant la salle. Elle me regarda arriver mais elle baissa les yeux.

-alors la star, ca va ?
-Benedicte. Pardonne moi.
-quoi ?
-pardonne moi. Pour tout. Pour ne pas t'avoir écouté. Pour ne pas avoir été là. Pour n'avoir été qu'une lumiere eblouissante et pas une chaleur reconfortante.
-oh Kurt...
-Personne, si ce n'est toi, ne peux remplacer Evelyn. Benedicte, tu es mon axis mundi.

Elle me serra contre elle. Je senti le lien entre nous se renforcer, se tisser de nouvelles emotions. Cette nuit là, un lien nouveau nous reuni.

Le lendemain nous devions dejeuner avec Evelyn. Là, dans la salle de restaurant, nous attendions patiemment d'etre servi.

-dis tu es parti comme un voleur hier Kurt, me dit Evelyn avec beaucoup de reproches, faudra pas t'etonner si ton film fait un flop.
-je ne me sentais pas à l'aise avec tous ces gens...
-evidemment. Mais ce n'est pas en allant dans les forets diffuser ton film que tu le diffuseras.
-ne soit pas méprisante s'il te plait...
-oh mais je ne suis pas méprisante. Ton film a couté beaucoup d'argent et je ne suis pas sure que le prochaine administrateur te fasse autant confiance que moi.
-tu n'as qu'a lui demander, dis-je.

Elle hesita un instant silencieuse puis ses yeux tournerent dans ses orbites et elle regarda Benedicte.

-c'est toi qui va prendre ma place ?
-oui. Dit timidement Benedicte.
-eh bien... bon courage.

Le telephone d'Evelyn sonna, elle ecouta patiemment puis elle raccrocha.

-vous m'excuserez, je dois y aller. Bon courage pour Axis Mundi Benedicte. Mes affaires ont été déménagés la place est libre.

Evelyn s'en alla. Nous étions tous les deux...

-qu'est ce que tu veux faire ? Dis je
-allons a Axis Mundi et lancons vraiment ton film tu veux ?

A cette instant ses yeux brillaient de détermination.

-faisons notre facon, dans l'ecoute dans le partage... pas tout ce cinema d'hier soir.

Je posais ma main sur la sienne.
-c'est entendu, faisons à TA facon.

Les diffusions qui suivirent sont passionnantes. Benedicte chamboula tout le planning d'Evelyn. Nous allames la ou nous avions tourner le film pour le projeter aux populations. Nous le projetions dans les ecoles et il trouvait un echo chez les gens. Il comblait un besoin. Un besoin d’espérer. Enfin, j'etais cet homme simple et entouré... enfin.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Lun 21 Mai - 22:37

Il ne suffit que d'un peu d'imagination pour faire tomber les masques de ces chants venus de Skald.

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Mar 29 Mai - 18:59

Les temps qui avaient suivi le Montana avaient été étranges.
Bénédicte n'avait pas immédiatement ressenti sa perte de mémoire mais malgré tout, elle ressentait un vide. Elle savait que quelque chose c'était passé. Pour ma part, j'avais eu besoin de passer beaucoup de temps dans la caverne des rêves pour me rééquilibrer et soigner mon esprit. Et ça aussi, Bénédicte l'avait senti. Elle ne se connectait jamais au monde des esprits bien qu'elle en eu la possibilité. C'était mon espace selon elle.

-Kurt, vas tu me dire ce qu'il s'est passé dans le Montana ?
-tu ne m'as rien demandé.
-je pensais que tu le ferais de toi même.
-et moi je pensais que tu n'avais pas envie de savoir. Mais si tu veux voilà ce qui s'est passé...

Alors je lui racontais tout. Sans omettre le moindre détails. Je lui parlais du film interdit, je lui parlais de Jimmy, de la mémoire qu'il lui avait effacé, de ce qu'avait fait Chloé et Darryl pendant que je soignais Jimmy.

-Mais pourquoi tu as fais ca ? Pourquoi avoir pris le risque que je te tue ? Pourquoi tu risques tout comme ca ?
-Je pense que j'ai sauvé Jimmy pour te sauver toi... J'avais le secret espoir que ces maléfices se dispersent quand tu m'aurais senti pres de toi... A la place, j'ai découvert les failles profondes de Jimmy... Et je les ai soigné.
-alors que tu aurais pu tout perdre.
-oui...
-pourquoi ne pas te contenter de peindre, de la fondation...
-Benedicte, je ne suis pas une multitude de Kurt, il n'y en a qu'un, Moi. Et je soigne les gens. Par la peinture, par la danse, par les plantes...
-je croyais qu'il fallait etre sage. Ne pas se gonfler d'orgueil... Tu ne pourras pas sauver tout le monde Kurt !
-non sans doute. Et pourtant... il est possible d'insister, de faire comme s'il était possible de refaire les hommes... Les enfants naissent plein de courage parfois ils le perdent en court de route.
-c'est de la folie, ou est ce que ca va t'emmener ?
-Il est possible d'insister Benedicte, d'insister judicieusement, meme lorsqu'on pense que c'est inutile... Mais d'abord il faut savoir que tous nos actes sont inutiles. Et malgré cela, il faut faire comme si nous ne le savions pas. C'est ca la folie contrôlée du chaman.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Sam 2 Juin - 12:21


Le rêve est si puissant qu'il peut contenir toutes consciences. Le rêve est un voile qu'on l'on peut écarter mais pas déchirer. Il est le fil de trame du monde... C'est comme être au cœur d'une pelote... on peut parfois voir ce qu'il y a derrière un fil mais c'est en réalité un autre fil... Le rêve est un fil, on peut l'étirer, le malaxer, cela n'en reste pas moins un fil... Et en tant que fil, il est tissé... par des mains invisibles suivant le patron des rêveurs... ou est ce l'inverse? tissé par les rêveurs sur un patron inconnu? Mais alors... serait il possible de depasser ces mains invisibles pour y voir... faut il aller voir? Le reve nous dit de contempler pas de regarder... car on ne VOIT que ce qui s'offre à nous... La trame... le fil... le reve... les mains invisibles... les griffes invisibles... qui tissent...
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Sam 2 Juin - 13:51

-J'aimerais que tu me parles plus de la folie controlée Kurt, me dit un jour Bénédicte.

Je reflechissais longtemps. La folie controlée elle ne se disait pas, elle se sentait, se voyait... mais comme je sentais que depuis des jours cela la travaillait je décidais de finalement tenter de lui en parler.

-tu sais, y a peut etre des choses que tu ne vas pas avoir envie d'entendre... Essaye de ne pas comprendre ce que je vais te dire...
-ne pas comprendre?
-oui. Essaye de ne pas penser mais de voir ce que je te dis...
-je suis pas sur de bien comprendre...
-justement. Tu essaye de plier une realité à ta réalité, à la facon dont tu as habitué tes yeux à voir...

Bénédicte resta quelques temps silencieuses puis elle lacha:

-tu sais quoi? essayons on verra bien.

Je la regardais sourire, conscient que ce que j'allais dire risquait de l'effacer mais tant pis, comment refuser quelqu'un qui veut avancer sur un chemin pour lequel il est naturellement doué.

-bien que veux savoir?
-est ce que tu te sers de la folie controlée avec moi
-ahah eh bien oui... je m'en sers avec tout le monde.
-et quand choisis tu de t'en servir?
-tout le temps, dans chaque chose que je fais...

Elle semblait deja perturbé.

-attends... si tu t'en sers tout le temps, tu n'es jamais sincere alors? tu joues?
-si tout est toujours sincere. Mais ils ce sont les actes d'un acteur.
-tout ce que tu fais doit etre de la folie controlée? c'est pas possible...
-et pourquoi pas? lui dis je. Elle fermait deja des portes, je devais attiser sa curiosité pour l'aider à avancer.
-Kurt, si tu passais ton temps à jouer, ca voudrais dire que rien n'a d'importance pour toi, que rien ne te concerne.  Ni moi, ni les autres, ni gaia.
-c'est vrai tu as raison cela n'a pas d'IMPORTANCE.

Je vis ses yeux se perdre. Voila nous y etions... Aux mots difficiles à entendre mais les mots ne rendent pas bien compte de ce que sont les choses... les mots sont incomplets, ils ne determinent qu'une petite partie de la personne. Toutefois je voyais que mes mots la touchaient beaucoup.

-tu peux pas dire ca Kurt...
-les choses ont de l'importance, pour toi. On nous a appris à voir les choses comme ca, on nous a appris a penser que les choses sont importantes.
-comment ca penser?

ces experiences devaient se vivre, pas s'expliquer. Je gardais longtemps le silence, assez mal a l'aise pour trouver les bons mots.

-nous apprenons a penser à propos de tout. Et ensuite nous entrainons nos yeux à regarder comme nous pensons. Nous nous regardons en pensant que deja nous sommes importants. Donc nous devons nous sentir importants. Mais quand tu commences a VOIR, tu te rend compte qu'il n'est plus possible de penser aux choses comme ca et si on refuse de regarder comme on pense alors plus rien n'a d'importance.

Bénédicte était perplexe.

-je suis pas sur de te suivre
-evidemment tu essayes d'y penser. Ce que je viens de te dire ne s'accorde pas avec tes pensées.
-je pensais que j'avais de la valeur pour toi Kurt
-je n'ai pas dis sans valeur, j'ai dis sans importance. Tout devient egal donc sans importance. Par exemple mes actes n'ont pas plus d'importance que les tiens ou qu'une chose est plus indispensable qu'une autre. Comme tout est egal, tout est sans importance.

elle sembla plus rassuré.

-d'accord. Et en quoi voir t'aides en tout cela?
-voir, permet de distinguer deux chemins. Lorsque l'on voit, on choisit toujours  le-chemin-qui-a-du-coeur.
-et il ressemble a quoi ce chemin
-je pourrais essayer de te le decrire mais tu commencerais a y penser et alors comme une piste dans la jungle, les choses se fermeraient a toi. Le seul chemin qui soit bon est celui de l'action pas de la pensée.
-alors montre moi
-non.
-pourquoi?
-parce que tu n'es pas dans le bon esprit. On va a la connaissance comme on va a la guerre. Avec peur et respect, pleine lucide et avec une sérénité absolue.
-j'ai confiance en toi Kurt
-transfert plutot cette confiance en toi alors.
-mais...
-pour devenir un etre de connaissance, un guerrier et non un gamin pleurnicheur, on doit s'efforcer, sans s'abandonner, sans se plaindre, sans fléchir, jusqu'à voir et se rendre compte que rien n'a d'importance.

Elle me regardait silencieuse. Je sentais que mes mots etaient comme des graines mais qu'elle ne comprenait pas encore ce que je voulais dire.

-certains doivent devenir fou ou solitaire
-ca arrive...
-et certains doivent preferer mourir... Vu comme ce que tu me racontes n'est pas gai.
-Je te l'ai dis on voit deux chemins, moi je prend celui du rire, le-chemin-du-coeur mais certains tu as raisons preferent mourir et ca n'a pas d'importance...
-Kurt!
-ils existent d'une autre facon...
-c'est quand meme un monde bien vide et solitaire...
-detrompe toi... tout est rempli. Le jour ou tu pourras voir, tu verras comme tout est plein à ras bord, comme on est jamais seul. Quand je te declare que rien n'a d'importance, tu dois le comprendre d'une autre facon. Ne comprends pas que cela n'en vaut pas la peine... pour moi il n'y a ni victoire ni defaite ni vide, les choses valent toujours la peine et pour ca, je suis lié à toutes.

Elle resta perplexe mais rassurée. Trouver les mots m'avaient épuisé, je m'allongeais sur le sol ou elle me rejoint.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Lun 11 Juin - 19:36

Journal à mes enfants

"on ne peut pas gagner contre la puissance" et pourtant... le seul à être revenu de Troie c'est Ulysse le rusé.

Mais il est revenu seul.

Comme Bagavad au fond.

Est ce le prix de la lutte? Mandela, Gandhi, Michael Collins, ils ont tous subit dans leur chair la souffrance pour que d'autres puissent entrevoir le monde auquel ils croyaient... Je voudrais tant que les choses soient ainsi, je voudrais que les autres n'aient pas à souffrir de nos actes, de mes actes. Peut on vraiment reprocher à ceux qui n'ont pas d'espoir de croire en une promesse... evidemment que non. Et le plus beau, c'est qu'ils ne cherchaient pas la grandeur. Lorsqu'on cherche la grandeur, on n'endure pas les tourments, on cede, on lache. Il n'y a qu'en etant lié au monde, à tous ceux qui dehors veulent croire, qu'on trouve la force de vivre, de lutter et parfois de se sacrifier. Parce que c'est le role de celui qui amene le vent du changement. Qu'importe les lauriers si l'ont trone sur les ruines?

Cela me semble si evident aujourd'hui et pourtant...

la vérité c'est que je suis perdu... quand je pense je suis perdu. Je ne suis bien qu'au coeur des choses, la ou je peux murmurer au cœur des gens. Voila comment je vois ce changement... Tout mettre par terre, tout deboulonner sans rien reconstruire... faire souffrir ceux qui ne décident de rien, imposer le changement et au nom de quoi? non... il faut ouvrir des portes... comme je l'ai fais avec Simon, laisser le choix aux gens d'ouvrir la porte.

... Il faut parfois les forcer a passer la porte... oui... parfois... mais c'est pour le mieux. Le leur ou celui des autres. On ne fait jamais de mal aux gens lorsque qu'on ouvre la porte noire et sombre de l’âme des gens et qu'on y apporte le feu ardent de l'espoir et de l'amour malgré ce que diront les sinistres et les penseurs.

"Kurt... peux tu encore t'offrir le luxe de renier la violence... Dois tu devenir cet ours aux griffes sanglantes que tu pourrais devenir..." Je me le demande souvent... Ce n'est pas un luxe, c'est une force, un équilibre... Chaque grande période de violence exigence une grande période de paix et il faut l'apprendre, la nicher dans le cœur des gens, préparer les briques de lumière et d’espérance

Ce n'est que de la chirurgie de guerre, des pansements sur des jambes de bois... Mais quand tout s’arrêtera et que le jardin des âmes se remettra à fleurir abreuvé a la source du désir de la vie, alors, seulement alors...

Rien n'est éternel, rien ne mérite d’être éternel car rien ne mérite une telle punition.

Ce combat c'est le combat des inhumains contre les trop humains, la vie est une force aveugle qui s’accommode de tout ne t'y trompes pas... c'est l'amour et l'espoir qu'il faut defendre a tout prix.


Dernière édition par stan le Mer 13 Juin - 20:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Mer 13 Juin - 20:14

Journal à mes enfants.

J'espere que vous n'aurez pas à connaitre la guerre... L'honneur, la bravoure... que voila des mots bien indécents. Des mots souvent prononcés par ceux qui n'ont pas à lutter ou qui n'ont pas à souffrir. Lorsque l'on est le général bien à l'arrière ou protégé par son pouvoir, il est simple de pousser la harangue. Quand on est le soldat sacrifié, il n'y a que la peur...

Dans les champs de Flandre, les coquelicots fleurissent
Entre les croix qui, une rangée après l'autre,
Marquent notre place ; et dans le ciel,
Les alouettes, chantant valeureusement encore, sillonnent,
À peine audibles parmi les canons qui tonnent.

Nous, les morts, il y a quelques jours encore,
Nous vivions, goûtions l'aurore, contemplions les couchers de soleil,
Nous aimions et étions aimés ; aujourd'hui, nous voici gisant
Dans les champs de Flandre.

Reprenez notre combat contre l'ennemi :
À vous, de nos mains tremblantes, nous tendons
le flambeau ; faites-le vôtre et portez-le bien haut.
Si vous nous laissez tomber, nous qui mourons,
Nous ne trouverons pas le repos, bien que les coquelicots fleurissent
Dans les champs de Flandre

John McCrae
.

c'est ça la guerre. Elle me dégoûte, je la vomi. La violence, la brutalité, la haine... ce qu'il y a de pire en l'homme. On vous dira que pour la paix il faut la guerre. On vous parlera du moindre mal. Mais la réalité c'est que la guerre est plus simple que la paix. Elle est TOUJOURS le mal. C'est lorsque la violence tonne que l'on a perdu.

Tout le monde peut se changer en bête... Et quand le vent de la destruction s'apaise, que la poussiere et la ruine se calment, il ne reste que la stupeur, l'odeur abjecte de la mort et les tremblements nerveux de ceux qu'on a condamné. "Meme à la guerre, prendre une vie reste un meurtre"... C'est Manfred von Richtoffen qui disait cela...

Je ne vois pas les nouvelles, je n'aime pas la noosphere... mais je ressens toutes ces choses... elles ont un écho terrible sur la vie, sur l'univers. Ce sont comme des coups de canon sur une cathédrale en ruine. Elles me rappellent Paschendale...  les histoires du vieux tonton Eugene qui s'etait battu là bas dans les troupes du roi Georges et qu'aimait me raconter mon père... Elles me rappellent combien chaque vie est importante et combien le désespoir est prompt à gagner les cœurs et avec lui le chaos et la violence... la rage populaire...

Oui l'anarchie est séduisante mais il faut veiller à toujours protéger les plus faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre. Alors comment faire lorsqu'on est contre la violence? Eh bien faire bloc, faire groupe, ne jamais laisser le désespoir gagner du terrain...

"Is a hope that somehow you, Can save me from this darkness."

Et c'est pour ça qu'il faut le hurler, le chanter, cet espoir... placer cette petite flamme d'espoir dans le cœur de tous ceux qui écoutent. Un murmure lorsque tout est sombre, un cri de ralliement à la paix. Quoi de mieux que la musique pour cela? Quel langage est plus universel? Il suffit d'entendre pour sentir le lien qui uni les êtres entre eux... Un bouclier plutôt qu'un sabre, un bloc plutôt qu'une meute... pour qu'on ne tire plus dans les foules... pour que les foules chantent au lieu de hurler... pour être une petite lueur dans la nuit que même le souffle des canons n’éteindra pas.

Quoi de mieux qu'un disque pour cela? 15 chansons pour chanter le bonheur, la simplicité et l'espoir en des jours meilleurs interprété par les artistes du cosmos. Pas d'argent, pas de d'arriere pensée, juste ce cadeau qu'offrent Acharya de la lyre de Xanthis, Leonardo Villa de la Pampa, Acris Crépitans le menestrel des etoiles, Tom Petty de la terre, Porphyria la chanteuse de la planète des glaces et sa voix cristalline, Darryl et beaucoup d'autres...

https://www.youtube.com/playlist?list=PLOqS9IHvFHvs-6jt2TUA2wdjYeoykPMIr

Les cris de révolte ne sont pas toujours des cris de haine.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Lun 23 Juil - 18:12

Le soleil transperçait les petits rideaux de tissus rose et un vent léger apportait dans la chambre tous les parfums de la rue. L'été était là, pas encore étouffant, pas encore pollué. La plaisir de ces quelques semaines à cheval entre le printemps et l'été ou la vie semblait bien douce. Et pourtant, ces derniers temps notre vie n'avait pas été tranquille... Assis là, dans cette petite chambre d'un hôtel banal de Londres, nous nous étions regardé longuement. Dans le silence. Pas certains que ce que nous avions vécu était vrai. Les choix terribles et leurs conséquences, parfois désastreuses, avaient bousculés nos vies paisibles. Nous avions... je dis nous mais j'avais besoin, plus que Bénédicte, de souffler. J'admirais sa force de caractère, cette capacité a endurer les épreuves répétées. Bref, nous étions descendu dans un hôtel bien ordinaire, d'une rue bien ordinaire avec son pub et ses quelques boutiques bien ordinaires. Et cela me fit un bien fou.

Cette douceur, je voulais la mettre à profit. Ce calme que je m'offrais alors que mes amis luttaient bien loin, je voulais le faire fructifier. Je me mis à lire beaucoup. Des autobiographies, des philosophes. Mais il est inutile de vouloir bâtir son chemin à partir de celui d'un autre... Et clairement cette voie n'était pas ma voie... Je me suis toujours méfier des mots. On est jamais bien sur du sens que chacun donne aux mots. Les pinceaux ne trichent pas, c'est un langage universel... Alors pour ne pas complètement m'enfermer dans ce labyrinthe de pensées, je m'astreignais à une petite promenade d'une heure avant le déjeuner, histoire de remplir mon cœur de lumière, de parfums, de paroles, de visages.

Ce jour là, le soleil anglais brillait doucement. J'avais été agité toute la nuit et le matin je n'avais pas réussi à me concentrer sur mes lectures. Mon esprit était constamment dévié par autre chose, je regardais les mots s'aligner sans parvenir à vraiment les comprendre. Bref, plutôt que de tourner comme un lion en cage, je décidais de sortir pour ma promenade quotidienne.

Il faisait doux. La ruelle était animée. Je remontais le flot des passants lorsque soudain j'ai eu très envie d'un petit sandwich. Je m’arrêtais devant ce vendeur itinérant qui tous les jours vendait ses sandwichs indiens par centaines. Je patientais dans la file mais lorsque ce fut mon tour, je ne savais plus quoi commander... A dire vrai, je n'avais plus vraiment faim... Alors je pris un truc au hasard et j'en fis cadeau à un homme affamé qui lorgnait sur l’étal depuis un bon moment. Et puis, soudain, je fus envahi par un désir irrépressible... une bière. Il me fallait une bière. Il faisait bon, c’était l'été, j'avais ENVIE d'une bonne bière. Alors d'un pas décidé, sans écouter ce que me disait l'homme affamé, je me mis en route vers le Pub le plus proche.

L'endroit était typique de tous les pubs anglais. Bas de plafond, murs lambrissés, petits boxs discrets, la vieille odeur de fumée et le ragoût et les tourtes qui se déposaient sur les tables à une vitesse folle. Je m'assis au bar et commandait une bière qui arriva comme par magie devant mon nez avant la fin de ma phrase. Là encore, une fois le verre devant moi, je n'en avais plus envie. Mais bon, j'étais assis, au frais... Autant boire cette bière avant que la mousse ne retombe. Je regardais les gens présents... Des types en chemisettes avec des attachés case, des chauffeurs, des employés de bureau et puis ce type... Il était assis dans un box, seul. Il regardait le poste de télé qui rediffusait un match de foot. Il était seul à le regarder. Tout son corps était tendu, ses yeux rivés à l'action, ses mains agrippées au verre... Je senti en moi la tension, l’émotion et puis soudain le...

-BUUUUUT !

Je venais de crier dans le bar. Les gens me regardaient se demandant qui était ce type qui hurlait dans le bar. La tête me tournait... j'étais envahi par la honte, la colère, la surprise... Je quittais le bar laissant un verre plein. Je n'y avais pas touché.

La rue, le soleil, la clameur, tout me parvenait comme plus intense... Et puis soudain les émotions... la colère de l'homme en scooter qui avait failli percuter une portière de voiture, la douceur d'un couple, la fatigue d'un homme qui passe, invisible, la mélancolie d'une vieille dame, le vide intérieur d'un type au téléphone... Et puis comme si une digue cédait en moi... les émotions de la rue, du quartier, des quartiers, de la ville se déversaient en moi. Vite un banc, s'asseoir, respirer... Je trouvais un petit parc et m'asseyais sous un arbre ancien, un hêtre à l'étrange forme d'arche. Je respirais, je tentais de calmer cette vague terrible... Un homme vint me voir

-ca va mon vieux ?

Je faisais oui de la tête.

-vous êtes sur ? On dirait une crise cardiaque ! Mon beau frère en a fait une et...

-ce n'est rien. Merci. Parvins-je enfin à dire avec difficulté.

Le souffle, profond... le silence... le calme... le vide... respire Kurt, respire.

-Kurt, tout va bien ?

J'ouvrais les yeux. C’était Bénédicte.

-Oui ça va pourquoi ? Je me suis juste assis quelques instants.
-Tu as été absent toute la journée Kurt !
-Allons je me suis assis y a 5 minutes...
-Il est 21 heures...

Oui, il était 21 heures. Sans m'en rendre compte, le soleil était tombé et la nuit pointait déjà... J'étais resté assis sur mon banc pendant 10 heures. Groggy, les jambes engourdies, je me levais et regagnait l’hôtel avec Bénédicte. J’étais épuisé et je me couchais aussitôt.

Le voile immense, tendu dans le ciel, percé de partout et partout les yeux qui scrutent, les doigts qui déchirent le voile et les langues et les bouches effrayantes qui se glissent et aspirent les rêves... Vers le ciel... non... non... POURQUOI ? Nous ne sommes pas des fruits que l'on presse... Je sentais la ville me parler, ses émotions, les secrets cachés dans le cœur des rêves, ces choses que l'on ne dit pas... que l'on ose qu'à peine s'avouer... et puis les émotions primales, plus profondes, plus enfouies encore... la colère, le désir, l'amour, la peur...

Mon corps véritable se révélait... Il fallait recoudre le voile, empêcher la fuite pour empêcher que ces émotions me traversent... Je grimpais, je raccommodais le voile de la nuit... Et puis un chant me parvint. Le chant de Gaïa et sa voix si douce, si mélancolique... La tristesse déchirante d'une mère...

-KURT ! KURT !

Le rêve se déchira d'un coup. J’étais là, dans cette chambre. Le corps tendu, crispé, effrayant. L’âme tremblante, prêt à relâcher des choses, à appeler des choses... Tout mon être vibrait et tressaillait. Ce torse énorme, ces trois longues paires de bras, cette tête effrayante, ces yeux rouges... Bénédicte était là, submergée par l'incompréhension. Je l'avais terrifié la dernière fois... Je me retournais... Le temps de redevenir Kurt.

-Qu'est ce qui t’arrive bon sang ?
-Je ne sais pas... Les âmes des gens m'envahissent, je n'arrive pas à les laisser hors de ma tête...

Ma tête se mit à tourner et je chutais sur lourdement sur le sol.


Le lendemain nous quittions la ville à la recherche d'un endroit plus désert. Nous aurions pu prendre n'importe quel avion, n'importe quel bateau et aller à l'autre bout du monde et pourtant nous avons juste parcouru la campagne anglaise. La tranquillité, les cottages, les petits villages et leurs maisons pareilles à des petits crapauds et cette campagne verdoyante. Ici, rien d'intense, juste le pastel et la douceur presque délavée des peintures de Talbot. Nous roulions encore et encore à la recherche de... je crois que nous ne le savions pas. Ou plutôt je savais quel était cet endroit mais je ne savais pas ou il était, j'avais la certitude de le reconnaître une fois le moment devant. Cet endroit c' était les montagnes du pays de galles, couvertes d'herbe, pleine de vie et austère, sinon hostile, à la présence humaine et je m'y sentais bien.

La région était un peu déserte et c'est sans mal que nous trouvions un grand cottage en pierre claire à louer. Le temps était doux et propice aux promenades. Nous redécouvrions le plaisir de cueillir des fleurs, trouver des plantes sauvages, jouer dans les mares et comme une tempête qui s'éloigne, le calme se fit en moi. Et puis je senti à nouveau, comme un gros nuage noir qui s'avance à l'horizon, cette furieuse possession. Je sentais des picotements dans mes doigts, il fallait que je peigne, il fallait créer, abandonner les mots... Je m’étais toujours méfié des mots, mon mode d'expression, c'est l'art.

La pluie battait les carreaux de la petite ferme ce soir là. La nuit, territoire des rêves, avait toujours été un havre pour moi mais ce n’était plus le cas. J'entendais dans le lointain les chants et les voix des mondes, de Gaïa... Du fond de mon lit, je réfléchissais à une solution quand soudain j'entendis quelqu'un boire. Je me levais pour voir si c'était Bénédicte mais non, elle dormait à poings fermés. J'entendis à nouveau quelqu'un boire, à grande gorgée cette fois. J'entendis alors un petit rire et une force impérieuse me commanda de me lever, ce que je fis. C’était une voix indescriptible tant elle evoquait d'autres réalités que bien peu d'hommes avait pu observer. Claire, presque discrète et pourtant pleine de puissance, elle n’était ni masculine, ni féminine et semblait venir d'une gorge ayant traversé les éons bien qu'elle ne fut ni bonne ni mauvaise. Il me vint une idée, la voix ETAIT. Je traversais la maison enténébrée comme un fantôme, sans une lumière et sans un bruit et je me rendais dans la grange pour y prendre une pelle et un grand sac de toile. J'entendais aux limites de ma conscience cette voix et les instruments primitifs et quasi inhumains qui accompagnaient le chant. Dehors l'orage redoublait et c'est vétu d'un simple pantalon que je sortais dans la campagne. Des lumières fuligineuses dansaient devant moi. Des vertes, des pourpres, qui dessinaient des formes et me montraient le chemin à travers les éclairs indigo qui zébraient un ciel magenta. Ce n’était pas une hallucination je le savais. Je marchais plusieurs heures, écorchant mes pieds sur les rochers tranchants des Brecon Beacons... J’étais monté très haut et soudain une voix vint se rajouter à la voix qui me guidait jusque là. Si la première était cristalline et hypnotique, la seconde ressemblait au son qu'aurait fait deux pierres qu'on aurait frotté l'une contre l'autre. Je sentais les filaments de mon centre lumineux s'étirer vers cette voix... Quand tout à coup, je vis devant mes yeux un éclair orange vif percuter les lumières qui me guidaient et qui à présent m'entouraient ! Elles se volatilisèrent dans une grande explosion et le souffle me frappa, me coupant la respiration. En un instant, la nuit magenta venait de laisser sa place au ciel noir de cette nuit d'orage. Je tombais sur les genoux, incapable de respirer à nouveau. Ni ma gorge, ni mes poumons, ni mes muscles ne semblaient vouloir reprendre leur vie propre. J’étais comme une marionnette à qui on aurait coupé les fils. N'y pouvant plus je tombais sur le coté et roulait en bas de la colline. Ma tête heurta quelque chose de pointu et je perdis connaissance quelques instants...

une poussiere d'etoiles qui tombe dans les ténèbres. Une graine... qui germe... se change en fleur... un oiseau vient boire son nectar... l'oiseau est pris dans une toile d'araignée... L'araignée... elle regarde l'oiseau... se tisse des ailes... devient un aigle... l'aigle regarde le feu... le grand feu secret du dedans... il plonge dedans et deviens une braise dans le vent... une braise tombe dans les ténèbres...

Je reprenais conscience. Le goût immonde de la boue emplissait ma bouche, de la terre liquide coulait dans ma gorge à la façon dont on aurait gavé une oie alors que l'air refusait toujours de descendre dans mes poumons. Je piétinais, je me débattais mais rien. La boue se mit à couler dans mes yeux et finalement la flaque immense me happa. Avant que le noir n'aspire tout, j'entendis un rire sinistre et fou aux inflexions indicibles... On aurait dit des griffes que l'ont passe le long d'un tableau...

Le soleil vint chatouiller mes paupières et je me réveillais de bonne humeur. C’était comme si l'orage avait emporté avec lui cette nuit de cauchemars ainsi que mes inquiétudes. Ouvrant les yeux, je vis que j'étais étendu à quelques mètres de la mare de boue ou ce qui restait de la mare de boue car en effet, il ne reste plus qu'un trou. La boue avait été propulsé partout autour. Je regardais quelques instants cette scène avec circonspection et puis je fus pris d'un fou rire. J’étais là, au milieu de la campagne, couvert de boue, en train de rire aux éclats. Je mis un peu de temps a retrouver ma pelle mais finalement je pu prendre de la terre... directement dans le trou qui s'était dégagé. C’était une glaise de première qualité et j'étais sur de pouvoir sculpter de petites œuvres magnifiquement chargées en émotion.

La nuit précédente, le trajet m'avait semblé durer une éternité mais ce matin, je marchais d'un pas léger. J'entendais partout les grenouilles et les crapauds profiter de ce matin humide, j'entendais les oiseaux se battre dans les futaies, les coqs chanter et les chiens aboyer sur les facteurs et les livreurs de lait. Tout en marchant, je me pris à les imiter. Le coassement retenu de la grenouille, le chant de la mésange, l'aboiement du chien... J'étais comme relié à la vie ce matin.

Arrivé à la grange, je me mis aussitôt au travail. Je débitais l'argile avec un fil et emballais mes petits morceaux de terre dans de grands plastiques afin qu'ils restent bien humides. Puis je me mis à pétrir un morceau comme un boulanger pétrit sa pâte. Mes mains bougeaient toutes seules. Tout le long du processus, j'avais les yeux fermés, les formes se faisaient toutes seules car en vérité elles avaient toujours été là. Ce bonheur que j'avais ressenti à mon réveil, je décidais de le verser dans cette sculpture. Puis j'en fis une autre et une autre et une autre encore... Elles s'entassaient, elles me regardaient, aussi expressives et immobiles que des marionnettes. Mon monde intérieur dansait dans l'argile. Des oiseaux, des poissons, des héros et des femmes... Tous ils dansaient pour une pièce de théâtre écrite dans le vent...

j'ai tendu la corde et placé le trait,
je suis prêt à tirer.
Maintenant, dis moi, que dois-je visier ?
Tu est un brahmane je ne puis te tuer.
Dis-moi alors ce que je dois viser :
est ce les fruits de tes bonnes actions passées,
accumulés durant de longues austérités ?
Ou ton pouvoir de te déplacer aussi vite que la pensée ?
Toi qui demeuras, solitaire,
flottant sur la mer
comme une feuille de figuier.
De Toi, l'Un, naquirent les deux
et la base des trois...
Il se fait tard pour moi je dois partir.


Les soleils se levèrent sur les sculptures, les marionnettes, les épreuves en pagaille mais fureur créatrice ne baissait pas, au contraire, elle se nourrissait de ces œuvres chargées d'émotions. Séparément elles n'étaient pas grand chose mais ensemble elles résonnaient d'une puissance étrange, d'un murmure à peine perceptible.

Bénédicte l'avait perçu. Je sentais sa présence spirituelle près de moi qui m'observait en silence. « Il faut être un peu fou pour bien créer » lui avais je dit un jour, jamais elle n'aurait meilleure illustration de cette phrase qu'à cet instant. Finalement, après plusieurs jours à ce rythme, l'épuisement me gagna et je m'endormais là, dans l'atelier, au milieu de toutes ces petites œuvres disposées pour se faire écho et vibrer ensemble comme lors d'un rituel.

Il y eut le chant d'un oiseau.

-eh bien quel bazar...

Cette voix profonde et mélodique, le parfum de ce mélange à pipe... Je me reveillais doucement, clignant des yeux dans la lumiere d'un soleil deja haut.

-Wewe !

Le sourire du chasseur, mon cher protecteur, me rechauffa instantanement le cœur. Sa petite tete, les plumes qui coiffaient sa tete, sa carrure puissante, son souffle calme... Malgré tout il avait changé, il semblait plus tangible, plus présent.

-plus le protégé devient puissant plus le protecteur devient puissant, Kurt.

Surpris j'ouvrais grand les yeux. C'etait la premiere fois qu'il m'appelait ainsi.

-eh oui, Wato... ton nom résonne un peu partout, ton ame est puissante maintenant, tu n'as plus besoin de cacher ce nom car tu brilles si fort que tout le monde peut te voir.

Je souriais un peu timidement. Wewe restait mon esprit protecteur, il restait celui qui m'avait initié et je gardais pour lui respect que l'on conserve pour celui qui vous initie enfant au dessin ou à la musique. Il reste toujours le meilleur.

-que ce passe t-il ? me demanda Wewe

-rien d'important je pense... je devais me recentrer...

-que tu dis...

Surpris, j'ouvrais de grand yeux.

-je t'ai vu te rouler dans la boue... tu ne t'aies pas demandé comment tu étais sorti ?

Non, je ne m’étais pas posé la question. J'avais été envahi par un sentiment euphorique et je m'étais mis directement au travail. Je n'avais pensé à rien...

-ah Kurt... tu as beau être un chaman puissant tu réagis comme le dernier des sorciers de village... Utilise ta tête parfois ! Il n'y a pas que le cœur quand on a ton pouvoir... Kurt, tu ne t'est pas formé, tu as laissé ton âme grandir sans en maîtriser ses variations... Tu ressens trop et tu t'es perdu...

-perdu ? Non... juste un peu égaré peut être...

-Tout ça c'est de l'égarement ? Dit Wewe en montrant l'atelier envahi par les sculptures. Tu as de la chance qu'elle soit venu me chercher...

Je sentis alors la présence de Benedicte, presque invisible, légère, flottante et pourtant solide, comme tissée de fils d'argent et de soie. Elle nous regardait discrètement. Je lui tendis la main. Elle posa sa main délicate dans la mienne, aussitôt nos âmes entrèrent en résonance.

-il faut me suivre, dit Wewe, tu dois finir ta formation.

-finir ma formation ? Mais j'ai tant à faire içi !

Wewe souffla vers moi une bouffée de sa fumée et le monde se mit à tourner.

Il pleuvait. C'etait la nuit magenta. L'orage. Je me voyais avaler la boue, je voyais des tentacules noirs tenter de m'attirer au fond de cette tourbiere innondée. Je ressentais l'asphyxie. Le noir. Le froid. Et soudain de long filament lumineux se mirent à scintiller dans la tourbiere, ils filèrent se lier autour d'une souche, puis mille filaments sortirent de la tourbiere répandant la terre mortelle aux alentours. Les filaments me hissèrent hors du trou.

-je suis sorti seul de ce trou...

-oui.

-mais comment ? Je sais que ces filaments viennent de notre ventre, que c'est notre nature... mais je pensais que ce n'etait qu'une emanation...

-tu as utilisé ta VOLONTE. Bon suis moi ou reste, j'ai assez parlé.

Wewe se leva et parti. Je regardais Bénédicte.

-vas-y me dit elle

-tu es sûre ?

-oui vas-y. Tu dois y aller.

Je hochais la tête.

-Mais Kurt, me dit elle avant que je parte, quand tu reviendras, tu m'enseigneras tout. Je ne veux plus rester à te regarder. Tu me diras tout, tu me donneras tout. Je ne l'exige pas, je te le demande.

-je te le promets.

Je m'assis dans un fauteuil dans l'atelier. Mon corps se couvrit d'une fine pellicule de rosée d'or et mon esprit parti rejoindre Wewe.

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 21 Sep - 14:54

ce qui suivit ce court evenement se perd dans les volutes de fumée des chamans. On dit que Wato parti pour l'espace entre les espaces. Que là bas, il dut se changer en aigle afin de voir toutes les dimensions du ciel et que comme un aigle, il parvint au dernier niveau du ciel. Là, il rencontra le gardien. Wato etait un chaman doux et bon mais le gardien s'en moquait et il le balaya. Wato fuma longtemps, voyageant dans ses vies anterieurs et futures. Il vécu mille troubles, mille tristesse, il decouvrait la toile du vivant, celle que la mere des etoiles tisse entre les êtres. Et lorsqu'il revint, il avait changé. Wato etait toujours juste et bon mais il avait atteint le dernier stade du chaman, la folie maitrisée dans l'action. Wato balaya le gardien et s'offrir alors à lui un oeuf d'or. Il sentait le pouvoir qui se cachait derrière l'oeuf d'or. Les reponses à toutes les questions, l'illumination... Wato compris que ces revelations le couperait a jamais des vivants. C'est a ce moment la que Mandrakizay qu'on appellait encore Benedicte apparut. Ils parlerent longtemps car meme pour Wato la tentation etait grande. Mandrakizay acceptait de laisser partir Wato. Wato s'approcha de l'oeuf mais alors qu'il allait poser sa main sur l'oeuf, il se rappela ce qu'il avait enduré pour battre le gardien. Ce gardien, il ne le mettait en garde que contre lui même. Alors plein de ce pouvoir, il se tourna vers Mandrazikay et ensemble ils créerent deux enfants, deux jumeaux.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 21 Sep - 14:56

On néglige souvent les vertus de la marche. Et pourtant elle aère l'esprit, elle fait se sentir vivant, elle imprime sur nous la présence, non pas d'un environnement étranger mais d'une Nature familière. L'environnement, quel horrible mot. L'environnement c'est ce qui nous entoure, nous encercle... C'est le chef de bureau, c'est l'open space ou chacun peut regarder par dessus votre épaule. La Nature englobe, relie, elle est nous et nous sommes elle.

Mais alors une question, pourquoi ne marchons nous plus ? Pourquoi se contenter de l'environnement quand la Nature s'offre à nous. Pourquoi chercher la verticalité plutôt que l'horizontalité ? Tout le monde peut marcher, la Nature accueille tout le monde mais il est si dur de voir ce que nous faisons à la nature. Quel être peut regarder un animal souffrir et agoniser sans se sentir toucher par ses souffrances. Quel être peut se refuser un sourire au soleil ou un rire sous la pluie ? Nous ne sommes pas reliés au vivant, nous somme le vivant au meme titre que les oiseaux, les poissons, les fougères et les étoiles. Il n'y a pas de force supérieure qui nous impose comme un devoir de détruire pour exister. Et pourtant, aujourd'hui nous ne voulons pas voir, nous nions notre vérité. Ce n'est pas un fait, c'est une volonté.

Aujourd'hui la Nature se meurt parce que nous ne VOULONS pas reconnaître notre appartenance à la nature. Aujourd'hui, on sait que les arbres vivent en réseau, que la majorité sinon la totalité des animaux sont doués de consciences, qu'ils souffrent et pourtant nous refusons de voir dans le vivant un reflet de nous même. Ce refus, il n'est pas condamnable. Il est aisé pour moi de vivre simplement et comme je l'entends mais pour celui qui n'a pas le choix, qui doit courber l’échine, qui n'a pas d'autres choix que de choisir la nourriture la moins saine et la plus destructrice, le textile le plus meurtrier, les problèmes s’additionnent. En revanche, ceux qui peuvent et qui font le choix sciemment de refuser de voir les meurtrissures faites au vivant, ceux là sont des criminels, ceux là méritent d’être condamné !

La Nature perd du terrain, il est urgent de recréer le lien que nous avions avec elle, avec nous tous.

Outre les slogans politiques, Gandhi a marché, Martin Luther King a marché. Ils ont marché pour faire entendre leur message, pour rencontrer ceux qui, comme eux, voulaient faire avancer les choses. Il ne faut pas sous-estimer la puissance d'une marche. Les marcheurs pacifiques d'Irlande ou les chefs amazoniens le savent.

Je ne vous invite pas aujourd'hui à une marche politique. Je vous invite à revivre, à reprendre le souffle de votre vie, vous qui la menez en apnée, je vous invite à être curieux. Du vagabond au pdg, venez marcher, venez sentir le cœur de l'univers battre, venez tendre la main au vivant, cette famille que vous n'avez peut être pas vu depuis longtemps.

Tout comme le vivant évolue, notre monde doit évoluer, trouver de nouveaux paradigmes, de nouvelles pistes à explorer, de nouveaux challenges à remporter. Chacun doit être un élément apportant sa brique de réflexion à l'édifice. Il faut être audacieux. Nous sommes à un tournant ou chaque voix compte, ou chaque idée est bonne à prendre. Nous sommes comme les arbres, interdépendants et nous devons travailler ensemble pour vivre aussi longtemps et laisser un héritage durable.

On voudrait nous faire croire que la bonté a quitté la terre, que l'humanité n'est plus que haine et prédation. Ce jour là, je saurai que le froid et l'horreur du vide seront préférable, que la solitude de l'immensité sera plus douce que la folie humaine. Mais ce jour n'est pas encore arrivé.

Alors marchez. Retrouvez les tree's walk partout prêt de chez vous et marchez. Seul ou en groupe. Parlez, pensez mais ne laissez pas les puissances aveugles vous voler votre part de vivant.


/////////////////

immense campagne influenceurs afin de mettre en avant les tree's walk au dela de la terre.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Sam 22 Sep - 14:36

Mon cher Joseph,
J'ai eu vent de votre initiative de fonder la constellation. Joseph, une fois encore vous nous montrez la voie a tous en ouvrant ce nouveau chemin.
Plus que jamais le cosmos a besoin de ce contre feu; une flamme d'espoir dans les ténèbres.
Les chemins que nous arpentons en ces jours nous changent profondément...
J'ai décidé de rejoindre la constellation et je ne doute pas que nous serons de nombreux terriens à le faire.
Mon cher Joseph, encore une fois merci d'ouvrir le chemin pour que d'autres en fassent un sentier.
Les esprits vous gardent,
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