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 Kurt Vegenher

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stan

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MessageSujet: Kurt Vegenher   Mer 11 Avr - 18:22

Kurt Vegenher, né à Paramaribo (Suriname) le 4 février 1965, est un peintre, sculpteur et plasticien néerlandais.

Utilisant tous les supports pour son travail, il est essentiellement connu pour sa première période de street art et comme le fondateur du mouvement soul painting. Il est considéré comme un des artistes les plus influents de ce début de 21e siecle tant par ses apports artistiques que ses engagements politiques.

Biographie

Kurt Venegher naît le 4 février 1965 à Paramaribo, sur les rives du fleuve Suriname. Il est le premier enfant de Raoul Vegenher,  ouvrier dans le bâtiment, fils illégitime d'un entrepreneur hollandais et d'une servante marron, et de Godelieve Cariacou de la tribu arawak.

Ses parents sont originaires du Suriname mais suite à l'émancipation du pays, les Vegenher décident de migrer en métropole. la famille arrive à Rotterdam alors que Kurt n'a que 4 ans. Malgré tout cette expérience sera traumatisante car le déracinement du petit Kurt est d'autant plus brutal que sa mère, alors enceinte, fait une fausse couche. La famille s'installe alors à Slotervaart, un quartier dans la banlieue d'Amsterdam.

1 an après, Raoul Venegher se blesse sur un chantier, il reste 6 mois à l’hôpital puis devient routier. Son absence marquera fortement Kurt qui se retrouve seul avec sa mère toute la semaine. Sa mère, pentecôtiste, est très pieuse et distille dans le jeune Kurt, la fascination pour le mystère de la foi. Une fascination toujours bien présente dans ses œuvres.

l'enfant, dessinateur précoce, noirci plusieurs cahiers par semaine. Il se passionne pour les arts primitifs mais aussi pour l'art classique. Dessinateur au talent précoce, Kurt s'essaye à la peinture.

L'adolescence marque un tournant dans la vie de Kurt. L'art se fait moins présent et il commence à s'interesser de pres au sport et au football particulierement. Il est un temps préssenti pour intégrer un centre de formation mais ses mauvaises fréquentations et sa consommation régulière de drogue et d'alcool le poussent hors de ce chemin.

A partir de 1981, Kurt se met a fréquenté la communauté punk d'Amsterdam. Il a 16 ans et se met volontairement en marge de la société. Il rejette la religion pentecôtiste de sa mère. Il devient alors performer et street artist sous le nom de Slaaf (esclave en néerlandais) et affirme un engagement athéiste et anarchiste. Il se fait une bonne reputation mais reste underground et connu que des experts de l'art contemporain.

1985 marque un tournant de la carrière de Kurt. Le 14 juin, date de la capitulation neerlandaise lors de la seconde guerre mondiale, il se rend au siège du parti conservateur réformé qu'il repend de rouge. Cette action fait suite aux déclarations du fondateur du parti qui considérait "que l'invasion allemande avait été la suite de la désacralisation du dimanche" et d'autres propos tout aussi discutable.

Kurt est arreté par la police le 15 juin et emprisonné. Pour protester contre cet emprisonnement qu'il juge injuste, Kurt se met en greve de la faim avec d'autres compagnons arretés le meme soir. Rapidement un groupe de soutien se met en place et le mouvement fait tache d'huile. Apres 34 jours de détention, Kurt est finalement libéré. Il est condamné à une peine d'interet général et a une amende de 150 000 couronnes que le mouvement de soutien paiera.

Kurt abandonne alors son pseudo de Slaaf et fini par signer ses oeuvres de son propre nom. Ses oeuvres attirent l'attention et sa cote explose. Commence alors une période que Kurt désigne alors comme sa période creuse "faites d'opportunisme. Mon but à cette époque n'était que de choqué le passant mais sans pensée politique derriere" dira t-il.

Il fait de la peinture de monument sa signature. En 1987, il repeint le MOMA de New York. En 1990, il repeint la prison ou était enfermé Nelson Mandela. Malgré sa notoriété mondiale et un FIAC qui lui est dédié à Paris, il peine à s'imposer dans son pays ou il divise. En 1992, la ville de Rotterdam lui commande une oeuvre qui fera scandale "le petit oiseau". En 1996, il crée les décors des ceremonies d'ouverture et de fermeture d'Atlanta. Ces décors font scandales car si du sol l'oeuvre semble parfaitement abstraite, une fois rediffusée, des scenes erotiques peuvent etre reconnues.

A partir de cette periode, Kurt Vegenher devient un habitué des soirées mondaines. Il fait alors plus parlé de lui pour ses esclandres que pour ses oeuvres.

En 1999 ses parents retournent vivre au Suriname.

L'année 2000 marque un tournant. Il retourne au Suriname pour la premiere fois à l'occasion du décès de son père.

c'est comme si j'avais vécu en exil pendant 35 ans. A la descente de l'avion je retrouvais les odeurs, les bruits, les couleurs qui avaient marqué ma prime enfance. J'ai aussitôt ressenti l'appel de la jungle, que j'étais son enfant au même titre que les jaguars ou les oiseaux.

Il disparaît pendant 3 ans. Il raconte dans son ouvrage "l'oiseau de feu" qu'il va vivre pendant un an et demi avec les indiens de la jungle profonde à proximité de l'amazone. La bas il vit une sorte d’éveil et devient chaman. Il se lance alors dans un tour du monde des traditions chamaniques.

Finalement en 2003, Kurt Vegenher revient sur le devant de la scène avec la première exposition de soul painting. Il y convie le chef Rahoni. L'exposition provoquera de nombreux malaises et même quelques cas de transes tant la peinture est intense.

Kurt revient alors vers un art militant, politique.

En 2006, il acquiert un atoll ou il vit la majeure parti de son temps. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le chamanisme, sur l'athéisme ou sur les révolutions sociales. En 2009, il expose ses œuvres au coté de textes de Pierre Rabhi dans un immense jungle reconstituée au cœur de Paris.

Depuis 2005 sa fondation Axis Mundi finance des projets écologiques et sociaux à travers le monde.


Dernière édition par stan le Dim 22 Avr - 12:31, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 12 Avr - 18:08

La première fois que je suis revenu au Suriname c’était pour les obsèques de mon père. Je n'y étais jamais retourné et c’était l'occasion de revoir des membres oubliés de la famille, des oncles, des tantes, des cousins lointains et des amis de la famille.

Mon père était créole et il rêvait d'un enterrement typique. Les enterrements créoles au Suriname sont un étrange mélange qui peut paraître bien curieux à première vue. L'affliction serre les cœurs et pourtant le cercueil, porté par 6 hommes est guidé par un homme qui chante et suivi par une fanfare. Les porteurs du cercueil dansent avec le cercueil sur l'épaule et petit à petit l'assistance se met elle aussi a danser. Petit a petit la tristesse s'efface et la vie reprend ses droits. Et puis on arrive fasse à la fosse et le silence se fait. Alors commence les chants respectueux puis la musique reprend et chacun vient fleurir le grand cercueil en tournant autour.

On pourra disserter longtemps sur le sens a donner à cette cérémonie, sur ses origines, moi je retiendrais simplement que par cette belle journée d'avril, la mise au tombeau de mon père fut moins pénible. Elle était à son image, souriante, gaie, un peu fantasque.

Comme je n'avais rien à faire, je décidais de rester quelques temps avec ma mère. Ma tante était venu habiter la maison que mes parents avaient acheter un an plus tôt. Comme je l'ai dis plus tôt, ma mère était d'ascendance amérindienne mais était une fervente pentecôtiste et ces origines « païennes » étaient presque une honte pour elle.

Le Suriname m'avait terriblement manqué. J'en faisais l’expérience chaque jour. Je retrouvais l'agitation, les couleurs que ma mémoire avait fini par délaver. Et pourtant j’étais incapable de dessiner, incapable de peindre ce que je voyais. Tout me ramenait à la brutalité, à la violence. Il faut être violent et brutal soi même pour comprendre qu'on puisse en être épuisé.

La violence n'est pas l'agressivité. L'agressivité dans son sens premier c'est l'affrontement, c'est défendre ses idées face a quelqu'un qui n'a pas les mêmes. La violence est un moyen de canaliser cela mais la violence ne construit rien. Elle détruit, elle use. Et il faut être parfaitement crétin pour ne pas être conscient que la violence que l'on engendre détruit tout a commencer par soi même.

Quelques jours après les obsèques de mon père une cousine de ma mère se présenta à la maison. Elle s'appelait Rinia, elle avait l'age de mère mais faisait beaucoup plus âgée. Elle était petite et mal à l'aise dans ces vêtements de ville. Elle parlait mal le créole, pas du tout l'anglais. Ma mère m'expliqua qu'elle vivait loin, dans la jungle et qu'elle parlait essentiellement le Kali'na, une langue amazonienne.

Je ne savais pas encore que ma rencontre avec Rinia allait tout changer. Son premier geste quand elle me vit, fut de me passer la main sur les yeux. Elle me sourit et alla s'asseoir. Elle resta quelques jours puis vint le moment de son départ. Elle demanda alors à ma mère qui faisait la traduction si je voulais voir la jungle. Et ce jour là, j'ai laissé ma peinture derrière moi et j'ai dis oui.

La remonté du fleuve fut pénible pour moi. Le bruit du bateau, les moustiques, j'étais loin de mon environnement naturel. Il fallut 6 heures de pirogue, dans les bruits et les gaz d’échappement pour parvenir à un petit ponton près du quel se dressait une petite cabane. En remontant au niveau de la cabane je découvrais le chemin qui faisait office de route et qui tel un ruban s’étendait à travers la jungle.

Ma premiere réaction fut un mouvement de recul. La jungle ressemblait à une gueule grande ouverte prete à me dévorer mais Rinia me posa la main sur le bras et me fis signe d'avancer. Elle se faufila sur un sentier, un trou à peine visible dans la végétation. Je le dis aujourd'hui, le jour ou j'ai passé ce seuil végétal, j'ai ouvert la porte de mon ame au monde.
Il faut du temps pour s'habituer à la jungle lorsque vous la pénétré. D'abord vous avez une impression de silence mais la réalité c'est que la végétation semble vous happer et rapidement vous vous rendez compte que la vie est partout et qu'elle est aussi bruyante qu'un jour d'affluence sur la 5eme avenue ou les Champs Elysées. Et surtout, contrairement à ce qu'on pense, la nature ne se tait pas lorsque vous pénétré son domaine. C'est plutot l'homme dans ces cas la qui manque de mot tant il se sent insignifiant dans cette immensité.

Qui que je fus, dans cette jungle, je n'etais plus personne. Rinia etait ma seule corde de sécurité, ici, les millions, la rénommée, n'avaient plus aucune valeur.

Mes premiers pas dans la jungle furent donc un eveil des sens. D'abord ce bruit, omniprésent. Puis l'odeur. Il n'y a pas de fleurs dans la jungle ou tres peu car il faut du soleil et les arbres en obstruent la majeure partie. La jungle sent l'humus. Elle sent la vie qui meurt et pourri mais elle sent aussi la promesse d'une vie qui se renouvelle. Enfin il faut plusieurs jours pour s'habituer l'oeil à toutes les nuances de couleurs. La jungle est comme une emeraude qui se teinte de mille éclats verts, aucune ne se ressemble.

Rinia me conduisit pendant 4 heures dans la jungle, d'un sentier à l'autre. Le village dans lequel j'arrivais n'avait rien d'un lieu idyllique. Ce n'etait qu'un groupement de auto fait de bric et de broc. Un gros générateur sans doute racheté à des orpailleurs guyanais alimentait tout le waitopo.

A mon arrivée dans le village je compris que Rinia avait quelque chose de spécial. Je ne savais pas encore qu'elle était pyjai, chamane mais je compris que les gens lui parlait avec déférence et inquiétude. Rinia les repoussa avec douceur le temps d'aller saluer un homme coiffé d'une couronne de plumes multicolores, Konopo, le jopoto, le chef du village. Il devait avoir une soixantaine d'années, court sur patte et légèrement bedonnant, il avait le regard vif et farceur.

Rinia me presenta et prevint le chef que j'allais rester ici. Il me fit un immense sourire, ouvrant une large bouche que se partageaient encore quelques dents. Je me rappelle encore de ces quelques mots en anglais qu'il me dit : « la jungle t’accueille comme un fils ». Et c'est vrai que je me sentais chez moi ici. Tout vivait plus, bruissait plus que n'importe que ville.

J'appris le Kali'na grâce aux bribes d'anglais que parlait Konopo. Il était allé avec une delegation de chefs amazoniens à new york, à cette occasion on leur avait apprit quelques mots et quelques phrases. Konopo m'expliqua plus tard que c'etait lors de cette visite à new york qu'il avait mit pour la premiere fois un Tshirt. Bref nous partagions nos langues, j'etais heureux d'apprendre cette langue venu du fond des temps et lui et il était fier d'apprendre de nouveaux mots. Le soir, il les apprenait à ses petits enfants qui riaient aux éclats en le voyant grimacer pour parvenir à les prononcer.

Pendant ces semaines dans la jungle, je fis près de 4000 photographies. Un matin, mon ordinateur me fit remarquer que le disque dur était plein. Je pris ca pour un signe. Rinia buvait son traditionnel café du matin, luxe qu'elle s'offrait malgré la simplicité de sa vie. Je me souviens de son visage lorsque je lui dis que je partais.

« tu es vraiment sur d'avoir tout vu ? Ton voyage n'a pas encore commencé »

Je me rappelle lui avoir répondu quelque chose comme « je sais mais voilà deja deux mois que je devrais etre rentré. Des clients m'attendent »

A ces mots, elle s'approcha de moi et me sera dans ses petits bras maigres. Ce qui suivi fut indescriptible. Je sentais la chaleur de son ame laisser une emprunte sur moi. Ce fut comme une bonde que retire dans un lavabo, la réalité mis a tourbillonner et je m'abandonnais a cette expérience. Je sentis des larmes couler le long de mes joues.
Au cours de mon existence je n'ai jamais cru en Dieu. Ma mère, la pauvre, a bien tenté mais ca n'a pas de prise. Et je n'etais pas non plus du genre à pleurer mais cette petite femme venait de faire sauter quelque chose. C'est alors que je me rendis qu'un orage venait de s'abattre sur le village et qu'ordinateur et appareil photo venaient de prendre l'eau. Un nouveau signe.

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 12 Avr - 19:42

A partir de ce moment, je me mis à aider Rinia dans sa tache de pyjai. Elle m'expliqua que les maux du corps et de l'ame n'etait pas dissociables, il pouvait venir de bien des endroits et c'etait son travail de pyjai que de trouver ce qui n'allait pas en « sondant l'obscurité dans la nuit et dans les cœurs » Le pyjai allait au dela du reve noir, voyait au dela des montagnes, pour lui le monde n'etait qu'une plaine qu'il pouvait parcourir du regard depuis les contrées du reve.

Bien sur au début mon manque de spiritualité me fit ricaner betement. Et puis je dus me rendre à l'évidence, mon être ressentait quelque chose. Comme si nous vivions dans un rêve et que le rêve etait la réalité. Il existe un terme tres moderne la noosphère qui de facon rationnelle pourrait faire écho à ce que je vécu ensuite.

Je senti à un moment que je devais suivre le chemin de Rinia. A aucun moment Rinia ne me proposa quoique ce soit, elle partageait ses connaissances comme si elle parlait avec un autre pyjai. Ceux qui m'aurait vu à cette époque ne m'aurait pas reconnu. Je ne parlais plus que le Kali'na, je m'habillais comme eux, je me deplacais facilement dans la jungle. C'etait une véritable gestation avant ma renaissance.

Un jour Rinia vint me voir. Elle me dit qu'il fallait partir. Je pensais que nous devions deplacer le campement comme nous le faisions de temps en temps pour ne pas facher les esprits des morts. Cette fois nous devions partir tous les deux.

La randonnée fut longue, 4 jours à travers la foret profonde. Randonnée incroyable au court de laquelle nous avons traversé des ruines anciennes. Le monde que j'avais connu me semblait être un mauvais reve. Finalement, Rinia nous fit nous arreter dans une clairiere à coté d'une grotte et d'une cascade. L'endroit etait enchanteur.

Et c'est dans ce cadre merveilleux que je pris la plus grande décision de ma vie.

Wato me dit Rinia veux tu suivre la voie du pyjai ? C'est une voie dangereuse Wato. Tu seras seul dans les tenebres jusqu'à ce que tu trouves ton gardien. Prend garde du noir Wato, les esprits y vivent et ils regardent par les lumières. C'est de là qu'il séduisent les pyjai.... tu risques de devenir fou ou pire.

« oui je veux suivre la voie du pyjai »

Sur l'instant j'etais sur de prendre la bonne décision et 15 ans plus tard, je sais que c'etait en effet, le meilleur choix à faire.

Les jours qui suivirent furent assez éprouvant. A noter cependant que je parle de jours mais rapidement je perdis tout notion du temps.

Je dus jeuner sans doute plusieurs jours afin d'evacuer toute la mort qui accompagne le fait de manger. Plus que de retrouver le lien à la vie, je devais devenir ce pilier du ciel qui lie les mondes entre eux. Cette connexion est indispensable si l'on veut ouvrir son œil intérieur, celui qui permait de voir les choses dans son esprit. C'est le premier pas du chaman car le voyage spirituel est encore trop dangereux à ce stade.

Une fois que mon corps fut vider de son empreinte de mort, Rinia m'apporté une mixture composé des sucs d'une grenouille et de plantes. Elle me fit pénétrer dans la caverne. Je me hissais en haut d'un pillier de pierre sur lequel je m'etendis. Elle commence a jouer du tambour. La mixture commenca à me vriller l'estomac.

Le monde bascula à cet instant.

Le temps et l'espace disparurent.

Je me retrouvais dans un tunnel noir. Des milliers d'yeux le tapissais et des milliers de murmurent abjectent y résonnaient. Rinia m'avait expliqué qu'il était ceux que le Grand Ancien n'avait pas gardé après la destruction des mondes. Chaque chaman descendait d' Umuti'po, le dernier homme.

Je fus d'abord gagné par la panique. Mais presque d'instinct j'ouvris mon œil intérieur et j'apercu une lumiere, le feu qui illumine le cœur. Quelle expérience incroyable, j'eu l'impression de me rencontrer pour la premiere fois. Reellement me rencontrer, pas seulement un reflet deformé par ce qu'on espere ou ce que l'on craint.

C'est ce feu qui guide le chaman dans les ténèbres, c'est ce feu, présent en chacun qu'il faut allumer.

De ce feu ardent sorti un homme. Il me regarda fixement et me dit « j'ai répondu a ton appel ». Alors il s'approcha de moi, pris un verre et cracha dedans. Il trempa ses doigts dedans et les posa sur mes yeux. Il appuya ses pouces sur mes yeux, je les sentis s'enfoncer, je senti l'eau couler puis le sang plus chaud. Il placa alors les siens à la place et le monde s'illumina, la nuit se dissipa.

Wewe, mon gardien, me guida jusqu'à une clairiere ou se dressait 9 arbres de lumieres. Il tira alors 9 cordes de son sac.

« a quoi serviront ces cordes ? »
« si tu veux soigner, tu dois voir les esprits responsables des maladies. Certains pyjai ne supportent pas cette vue et meurt. D'autres décident d'aller danser avec les esprits fous... Te sens tu prêt ? »
« je te fais confiance »

alors les esprits danserent 9 fois autour de moi et les chemins s'ouvrirent à moi, un à un. Un dixieme arbre se dressa alors.

« va » me dit Wewe, « explore par toi meme ».

Alors Wewe disparu.

Le chemin debouchait sur une clairiere. Au milieu de cette clairiere il y avait un ocelot, celui qui voit au dela du mensonge. Il s'approcha de moi et posa a mes pieds deux yeux. Il se tourna et me guida à travers la foret des esprits.

Ce fut mon premier voyage. Rinia m’accueillit comme son égal, elle m'embrassa chaleureusement en voyant que je n’étais pas devenu fou. Alors on profita du reste de la journée en nous gavant de fruits et d'autres substances...
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 13 Avr - 13:23

Faisons une experience de pensée si vous le voulez bien.

Imaginez visiter une foret. Combien voyez vous d'arbres? Poussez votre regard le plus loin? Combien en voyez vous? 10? 15? 100?...

C'est parce que vous ne regardez que la surface. En realité il n'y a qu'un arbre. Toutes les racines des arbres s'entremelent et ne forme qu'un arbre, une communauté. Chaque arbre a sa singularité, son utilité propre dans ce groupe. Y a t'il quelque chose plus solide qu'une foret dans son mecanisme?

Le cosmos est en tout point pareil. Les êtres vivants sont les singularités d'un arbre qui s'appelle la vie.

La singularité est la regle de la vie. La singularité qu'elle soit esthetique, qu'elle soit de savoir vivre, de savoir faire est la regle car elle permet de faire vivre des bulles de localité solide.

Aujourd'hui, les sociétés ne sont plus des forets. C'est le meme arbre, reproduit encore et encore. Il ne peut pas y avoir de construction de cette facon.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Lun 16 Avr - 19:23

Je devais rester plusieurs mois avec Rinia, explorant toujours plus loin la jungle, le monde des rêves et leurs mystères. Plus je sentais mon lien avec les rêves se renforcer plus il m'etait difficile de revenir. Pour Rinia le bout du monde c'était la jungle, le monde des rêves une clairiere. Une clairiere magnifique et magique mais une clairiere malgré tout.

Je sentais en moi la meme excitation que lorsque j'avais commencé à voyager. Je me rappelle de mes jeunes années... Je connaissais les rues d'Amsterdam par cœur et lorsque je m'étais rendu à New York pour la première fois, j'avais aussitôt succombé à cette jungle urbaine. J'avais erré des heures dans les rues, d'un quartier à l'autre pour m'emplir d'images. Quand j'y repense cette expérience présageait de mon futur chamanique. C'etait une véritable expérience spirituelle. J'avais eu envie de me lier avec tous ces êtres, je voulais entendre le rumeur de la ville et chacun des bruits qui la constituait. Je voulais tout gouter, tout sentir, voir toutes les couleurs de cet endroit. Cette expérience je devais la revivre à de nombreuses reprises dans de nombreuses villes... Au Cap, A Hong Kong... La jungle avait ravivé ce sentiment qui était mort avec l'habitude des voyages.

Quand j'y repense maintenant c'etait moins l'habitude que mon emerveillement qui était mort.

Finalement, ce monde des reves me faisait le meme effet. Je voulais tout voir, aller plus loin que la clairiere. Malgré mon age, je n'etais qu'un jeune chaman impatient, l'age n'y changeait rien. Je négligeais mon devoir de chaman pour me perdre sur les chemins du songe.

« - Etre un chaman ne te donne aucun droit » me dit ce jour là Wewe, « tu trahis l'esprit du chaman en te comportant de facon egoiste. Tu laisses seule la vieille Rinia alors qu'elle t'a tout appris. Etre chaman c'est d'abord vivre pour les autres...

Je le sais Wewe mais il y a tant à voir... pourquoi perdre mon temps a soigner des coupures et des maux de ventre alors que ce monde merveilleux s'offre à nous.

autrefois, un chasseur se rendait à la chasse quand sa vieille mere lui dit « prend garde le vent arrive, l'arbre de la cour menace de tomber ». Le chasseur lui répondit « n'en t'en fais pas vieille mere, je m'en occuperais à mon retour ». Le vent entendit ses mots et vexé de ne pas inspirer la peur dans le cœur du chasseur, il se mit en chemin. Le chasseur marche de longues heures, avec sa fronde il cassa net l'aile d'un oiseau. « chasseur, je t'en prie laisse moi ». « pourquoi ? » dit le chasseur. « si tu me laisses partir je te dirais quelque chose ». « parle d'abord » dit le chasseur. « le seigneur Vent a entendu tes mots, il vient chez toi pour faire tomber l'arbre dans ta cour ». « Je n'ai pas peur du vent » dit le chasseur et il mit l'oiseau dans sa gibecière. Il marcha a nouveau plusieurs heures. De sa sagaie, il transperca un singe. « je t'en prie chasseur laisse moi partir ». « pourquoi » dit le chasseur. « le seigneur vent t'as entendu, il vient pour souffler sur toute la jungle, je dois mettre mes petits à l'abri ». « tu aurais du y penser avant, moi, je suis un chasseur, je n'ai pas peur du vent » et il mit le singe dans sa gibecière. Il marcha jusqu'au soir et là il trouva un arbre couvert de fruits. Les fleurs de l'arbre lui dirent « prend garde chasseur, le seigneur Vent vient se venger de toi ». « ahah je suis un chasseur, je n'ai pas peur des courants d'air » et il mangea tous les fruits de l'arbre. Il était si rassasié qu'il s'endormit au pied de l'arbre. Pendant la nuit, il entendit un bruit. Il cru que c'etait le feulement d'un jaguar mais ce n'etait que le vent. Pris de panique, il se mit en route pour chez lui. Il marcha toute la nuit et lorsqu'il arriva au petit matin, il découvrit la cour de sa maison couverte de feuille. Le vent avait soufflé fort mais l'arbre avait tenu bon mais lorsqu'il rentra dans sa maison il découvrit que l'esprit de sa vieille mere avait prit la fuite tant elle avait eu peur que l'arbre tombe. « Maudit sois tu seigneur Vent » dit le chasseur. « ou étais tu » souffla le vent.

- viens Wewe, allons explorer ce chemin là bas...
Tu iras seul Wato, Je ne te guiderai plus tant que tu n'auras pas compris le véritable sens de ton engagement.

Et il disparut.

Je n'avais pas saisi l'importance de ce choix tant pour lui que pour moi. Ce jour là, je parti seul sur ce chemin. Le temps ne passait plus, la faim ne me gagnait plus, il n'y avait que les merveilles de ce monde, les ondes colorées du rêves et les étoiles du ciel qui scintillaient. Sans savoir si j'etais le createur de ce reve ou si je n'en était qu'un arpenteur, je suivais toutes les pistes.

Je fus attiré par une petite sente de rubis qui serpentait à travers les hautes herbes et les hautes racines d'arbres cyclopéens. Bousculant une feuille, je fus soudain escorté par une nuée de lucioles qui dansa autour de moi pendant quelques temps.

Et puis aussi soudainement qu'elles étaient apparues, elles de dispersèrent et pour la premiere fois, je senti une menace. J'eu terriblement envie de faire demi-tour mais le sentier avait disparu derriere moi. Je dus me forcer à avancer. Ici la nature magnifique se faisait plus tordue, les couleurs etaient moins intenses, les animaux silencieux. Finalement le chemin deboucha sur une clairiere. Au centre de cette clairiere il y avait une sorte de bassin de pierre brute. C'etait une pierre noire veinée d'un vert sombre et malade, tranchante, presque menacante. Au cœur du bassin se trouvait un autel dans la meme pierre, horné de tetes de serpent. Un eclat carmin attira mon œil... du sang...

un silence de plomb s'était abattu sur la clairiere et les étoiles avaient cessé de briller. A mesure que j'approchais, le sang se dressait tel un pilier sanglant, brillant d'une lueur morbide. J'etais hypnotisé, je voulais reculer mais c'etait impossible. Lorsque mes pieds arriverent au bord du bassin, une sorte de flegme noir se dressa en tentacules et forma un ponton pour me permettre d'acceder à l'autel. La tête me tournait, mon ame bourdonnait... J'entendis un chuintement... J'approchais ma main du pilier de sang...

J'entendis au fond de ma tete une voix...

« oui, petit être, approche... petit oiseau aux ailes brisés... petit moucheron pris dans la toile... approche... »

je senti une poigne infernale se refermer sur moi lorsque cette ame noire vrilla ses yeux dans les miens. J'essayais de me debattre mais je ne parvins pas à ma libérer.

« oui... brille petit moucheron et rejoint ma toile... »

Alors le monde bascula, mon ame se teinta d'un venin et je rejoins la toile noire de l'esprit.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Jeu 19 Avr - 16:09

Les etoiles tournerent encore et encore. La toile noire m'enserrait, m'etouffait et infusait en moi des images noires et folles d'esprits grimacants. Je voyageais jusqu'à l'aube de temps au rythme de tambour que des mains sanglantes frappaient dans une transe effrayante. Je tombais dans des machoires ou j'etais broyé avant d'etre recraché pour etre transpercé. Ce n'etait plus des visions, c'etait la vérité, je le savais.

A intervalle régulier, l'esprit noir de la toile venait aspirer un peu de mon essence, comblant le vide avec son venin acide qui me brulait l'ame. Mes yeux se fermerent petit a petit à la lueur des etoiles, mes oreilles ne percurent plus que le bruit des tambours et bientôt je senti le froid de l'ombre. Un froid mordant, humide, un humus primordial ou grouillaient une vie immonde. Le frottement de la chitine et des carapaces contre moi, les pattes de scolopendres geants, les trompes et les tambours lointain, la vie dans ce qu'elle avait de plus abjecte... La vie était la mort, la mort était la vie... au dela des envies, des volontés, des grands œuvres, il y avait ce cycle.

Je me rappelais des ages, des eres, au dela de notre temps... et le sang... ou le sacrifice... oui... plutot le sacrifice... chaque age etait immolé sur l'autel de la vie... dans un cercle perpetuel et j'en faisais l'experience... j'etais broyé puis recraché. J'avais le cœur arraché mais un nouveau poussait comme un fruit pour venir le remplacer. Des pals me traversaient le corps, me vidant de ma substance avant de me remplir à nouveau... Mais la nuit restait noire. Desesperement noire.

L'expérience brutalisait mon être et je dus me refugier au plus profond de moi, trouver la force des années difficiles pour sauver un peu de ce que j'etais et malgré cela je sentais mon essence s'efilocher en lambeaux noirs et ecoeurants.

Il y eu un eclat. Infime.

Puis il y en eu un second, un troisieme puis d'autres. Ils etaient tous dirigés vers moi. Des yeux, les mille yeux d'une araignée me regardaient, guettant un signe. Percevant le misérable souffle qui m'animait, l'araignée s'approcha de moi et de ses mendibules fit couler un suc doux et doré dans ma bouche. Quelques gouttes qui tomberent sur mes levres et ranimerent une partie de ma conscience. Elle me veilla longtemps, m'offrant chaque jour un peu de ce suc miraculeux jusqu'à ce que je puisse la contempler dans toute sa splendeur. Elle etait lisse et semblait faite de lumière pure. Ses yeux multicolores etaient emplis d'une sagesse infinie et d'une bonté sans borne. Elle fini par panser mes blessures de sa toile comme on aurait recousu des blessures. Et elle me ramena sur son dos.

Le monde des reves s'etiola, la terre se retourna et je me reveillais dans la jungle au milieu des feuilles avec Rinia qui veillait au dessus de moi. Je cru voir un instant son visage couvert d'yeux d'araignée mais cette vision s'effaca alors que ma respiration reprenait.

tu es parti longtemps Wato. Nous avons cru que tu etais mort.
Combien de temps ? 7 jours ici, une eternité là bas.
Wewe ?
Tu as brisé le lien qui vous unissait, il ne pouvait rien faire. C'est a grand prix que j'ai reussi à te retrouver...
l'araignée noire...
un esprit malveillant puissant et ancien. Il t'a pratiquement dévoré...
la tisseuse de vie...
repose toi Wato...

Ma convalescence dura plusieurs semaines. Je revivais ces cauchemars, ces cycles de naissance et de mort mais toujours la tisseuse de vie me guidait vers le matin. Et puis un jour Rinia vint me voir...

tu ne peux plus rester Wato
pourquoi ?
Tes reves ne gueriront pas tant que tu seras là. Tu es parti trop loin, ton ame de chaman a été dévoré. Je ne peux rien faire de plus pour toi. Si je tentais de te soigner tu pourrais etre consummé entierement. Pars.
Elle se leva et parti. L'encens qu'elle avait laissé me plongea dans un sommeil profond et sans reves. A mon reveil, tout le monde etait parti. J'ai regardé un moment vers la jungle, vers la piste qu'ils avaient laissé malgré tout... Mais je senti que par ma propre folie, j'avais perdu ma place parmi eux.

Il me fallut du temps pour rentrer. Cela faisait 1 an et demi que j'avais pénétré dans la jungle et le retour en ville fut difficile. Le bruit, la pollution... J'avais presque oublié tout ce que representait la ville... Tout ceci etait trop difficile pour moi.

Je m'arretais à l'orée de la jungle, regardant la ville comme un tigre observent des chasseurs. Je revins sur mes pas. Dans un tronc je me taillais une pirogue que je mis à l'eau et tel un pollen de pissenlit, je me laissais porter par le courant.

La descente fut longue. Les filaments du monde onirique qui m'etraignaient dans la jungle du Suriname se distenderent un à un jusqu'à ce que les nuits se passent sans rêves. Je remontais le Branco jusqu'à l'Amazone avant de reprendre le Medeiras... Je m'enfoncais toujours plus loin dans la jungle... sans but.

Un jour, la pluie s'abatis si fort que le niveau du fleuve monta d'un coup emportant ma pyrogue et c'est a grande peine que je pu rallier le village le plus proche. J'errais comme un chien depuis des semaines et même ce village de quelques ames me faisait tourner la tête.

ooooh ca ne va pas vous...

Je tournais mon regard vers l'homme qui venait de parler. Il ressemblait un vieux pruneau tout fripé. Son sourire edenté ma rechauffa le cœur et le repas qu'il m'offrit me rechauffa la couenne.

La pluie tombait fort sur le village, l'eau ruisselait des toits de fibres et creusait de profonde flaque dans la terre molle. Les oiseaux s'etaient tuent, les grenouilles attendaient la fin de l'ondée, le temps ne s'ecoulait plus dans la foret. Dans sa cabane sombre, ou planait une odeur d'huile et d'alcool, le vieil homme me regardait en bourrant sa pipe. Le silence etait pesant...

merci lui dis je en montrant le bol de bouillie au manioc
des gars comme vous on en voit passer de temps en temps...
comme moi ?
Ouais... le sommeil qui effraie, la nuit qui avale comme une bouche édentée... les reves... qui ne viennent pas.
Dans l'obscurité de la hutte, l'homme, seulement eclairé par le rougeoiment de sa pipe, me terrifia.

la peur... toujours... dans leurs yeux... mais la peur, c'est elle qui devore... la vie n'est qu'un cycle, un eternel recommencement, la vie et la mort... les gens comme toi sont des tapy'yia... des esclaves... tu devrais suivre le chemin de l'abà, l'homme... Mais demain... demain... car rien ne presse ce soir...
Je luttais pour ne pas m'endormir et pourtant l'obscurité se referma encore une fois. Pour la premiere fois depuis longtemps je fis un reve.

suit le chemin de l'abà... le pirang... le chemin rouge... A travers la foret...

une chauve souris frappa des ailes. Elle me conduisit à travers la foret vers un bassin... Chaque pas me terrifiait... un bassin... dans une clairiere... et derriere le bassin un temple de pierre, d'un vert si profond qu'il etait presque noir. Il y avait un grand couloir et au bout de ce couloir, un feu brillait.

Je me reveillais. J'etais etendu sur un tapis de feuilles humides et de terre collante. Les grenouilles avaient repris leurs chants alors que timidement, les oiseaux sortaient la tete de sous leurs ailes. J'entendis un claquement au dessus de ma tete, une chauve souris rouge. Je me mis aussitôt en route, traversant la jungle comme un ivrogne assoiffé. La hutte, le viel homme, avais-je revé tout cela ? Ecorchant mes mains sur les pierres pour ne pas tomber, je titubais dans la boue et c'est moins comme un homme que comme une bete que j'arrivais à l'entrée du temple que j'avais vu en songe.

Un homme plus jeune que moi attendait devant la porte. Il portait une coiffe de plumes et un pagne. Difficile de dire qu'elles etaient ses origines, difficile de lui donner un age, cette homme semblait etre l'Homme ; le concentré de toutes les origines, de toutes les cultures, de tous les ages.

Il fumait tranquillement assis sur un banc de pierre usé par les ans.

tu as suivis la chauve souris...

épuisé je ne parvenais qu'a bredouiller quelques mots. Alors l'homme s'approcha de moi, posa son pouce au milieu de mon front et ferma les yeux. Je sentis son regard interieur s'embraser sur moi. Il voyait tout, tout ce que j'avais été, tout ce que je pourrai etre...

hum tu es tres malade... tu vas beaucoup souffrir si tu veux revenir à la vie. Es tu prêt à cela ? Dit il sans retirer son pouce de mon front
oui... je suis prêt... chuchotais-je

Alors d'un bras puissant, il me releva et me fis rentrer dans son temple.

Le temple etait sombre, humide, il ressemblait plus à une taniere animale qu'a un temple. Les murs antiques menacaient de s'effrondrer. Ils ne tenaient que grace aux enormes racines des arbres alentours qui leurs servaient d'exosquelettes. Ca et là des outres faites de panses d'animaux pendaient du plafond. Des flaques sombres et sechés marbraient le sol sur lequel on pouvait encore deviner une fresque dédié à un dieu desormais oublié. Au centre du temple, il y avait un bassin empli d'une substance argentée et au milieu de ce bassin se dressait un brasier.

La vue de ce temple me glaca les os tant il ressemblait au temple de l'esprit noir bien que tout y semblait inversé.

le prix à payer va etre elevé tapy'yia...

l'homme planta une aiguille d'os dans mon corps et je senti la brulure du curare dans mon corps. Je tombais au sol, mon corps refusant de m'obeir. Alors qu'il me plantait une nouvelle aiguille dans le corps, je sentis cette fois mes poumons se vider, ma cage thoracique se resserer. Je voulais hurler, je voulais me debattre mais rien ne sorti de ma bouche lorsqu'il planta la troiseme aiguille. Les odeurs me quitterent à la quatrieme aiguille. Je ne ressenti plus le froid de la pierre du temple à la cinquieme aiguille. A la sixieme, plus aucun son ne me parvint. A la septieme, ma vue se troubla. A la huitieme je sentis mon cœur arreter de battre et à la neuvieme aiguille, mon esprit s'eleva...

Je voyais mon corps etendu sur la dalle décoré du temple, inerte.

tu n'as pas besoin de cela tapy'yia. Ce corps est bon, sain, puissant. Ton mal est ailleurs, suis moi.

L'homme portait une tenue de plumes et de perles, ici dans ce monde, il etait splendide et puissant. L'intensité de son regard n'avait fait qu'augmenté et chaque chose semblait lui rendre hommage sur son passage. Je le suivais en rampant incapable que j'etais de me mouvoir. J'émis un borborigme immonde en guise de demande d'aide. Il se retourna à peine. Je compris alors que comme un enfant je devrais le suivre à quatre pattes. La progression etait lente, difficile et souvent je m'ecroulais comme épuisé. Finalement après un temps qui me sembla une eternité je parvenais a une piece plus grande, couverte d'ecailles de tortues. Il y avait là 9 immenses jarres de bronze décorées. La premiere representait un épi de mais, la seconde un jaguar, la troisieme une tortue, la quatrieme un serpent, la cinquieme une chauve souris, la sixieme une chouette, la septieme un poisson, la huitieme une araignée et la neuvieme un crane.

L'homme m'indiqua un minuscule bassin de quelques centimetres de profondeur. Je me trainais jusqu'à lui et m'allongeait à l'interieur, épuisé par l'eprouvante traversé de la piece précédente. L'homme se saisi alors d'une baguette sculptée dans un metal que je n'avais jamais vu. Il tapa sur la premiere jarre.

Aussitot le contenu du bassin se mit à vibrer. C'etait une sorte de liquide froid, plus dense que l'eau d'une teinte bleutée. Le liquide se mit à ondoyer à mesure que l'homme tapait sur les différentes jarres, tantot de facon menacante tantot de facon apaisante. On aurait dit un musicien qui accorde sa guitare. Ceci dura quelques instants, le temps que les vibrations des jarres se calment puis il frappa de nouveau avec cette fois une determination qu'il n'avait pas la premiere fois et le liquide me transperca en de multiples points comme si un accuponcteur avait planté toutes ses aiguilles au meme moment dans mon corps. Mon esprit tressauta et fut bientôt innondé d'une douleur terrible.

L'homme frappait de facon réguliere sur ses jarres et a chaque fois une poignée d'aiguilles me traversaient l'ame. La douleur etait si forte que crier me semblait moins qu'impossible, cela me semblait inutile.

Finalement, la douleur s'arreta comme le tintement des jarres se taisait. Le liquide bleuté etait couvert d'une humeur noire et collante comme du goudron. Alors l'homme s'approcha de moi, me tendit la main et m'aida à me relever et lorsque nos mains entrerent en contact je cru contempler l'univers.

Cela ne dura qu'un battement de paupiere.

te voilà libéré mais le chemin à faire est encore long. Allons manger.

L'homme s'appellait Soto Abà. Il avait toujours vécu à la lisiere du monde des rêves si bien qu'il n'était plus tres sur d'ou il était originaire. Il se sentait lié à tous les chamans du monde et c'etait à cause de ce lien qu'il avait fini par trouver ce temple, un temple ou guérir les blessures ou apaiser les esprits ou soigner ceux qui étaient allez trop loin et que le sommeil n'appaisait plus. L'age, le temps n'avait pas de prise sur lui... Peut etre était il là depuis l'aube des temps...

le temps ? Je ne vois pas de quoi tu parles... le temps c'est le fil qui ferme l'oeil intérieur. Il fait naitre la peur, l'angoisse... pourquoi m'encombrerai-je de cela ? Me demanda t'il.

Il n'avait pas completement tord. Rapidement, je fus remis sur pied mais mes souffrances ne s'arreterent pas là car il y eu beaucoup de sceances dans le bassin et chaque fois, la douleur s'accentuait. Et puis un matin, Soto Abà me conduisit dans le temple et alors que je m'appretais à m'allonger dans le bassin il m'invita derriere les jarres.

-tu as été purgé de ton mal Wato, il est maintenant temps pour toi de reconstruire ce que tu as perdu... frappe l'épi.

Avec appréhension je frappais l'épi et comme le chien qu'on a trop battu je m'attendais à soufrir mais rien de tout cela n'arriva. Ce fut comme si mon être était une immense caverne, un écho gronda au plus profond de moi. C'etait comme si je reveillais des forces qui s'etaient endormi.

il y a 9 jarres, comme les 9 points de ton corps. 7 sont chromatiques et ils sont comme des ecluses dans ton corps et ton esprit. En tant que chaman, tu savais instinctivement les actionner mais tu as fini par avoir peur de cela. Tu dois réapprendre utiliser ces points, tu dois sentir leur ouverture, leur fermeture, tu dois sentir quand ils debordent ou quand ils sont taris.

Chaque coup de baguette sur une jarre faisait remonter à la surface une energie, une emotion, la colere, la rage, l'emotion, l'empathie, l'amour, le désir... Les premiers temps, les sensations furent primales et incontrôlables et puis avec le temps, tel un rayon de lumiere que l'on fait passer à travers un spectre, chaque emotion s'affina...

tu es comme un arbre, tu peux te contenter d'etre un tronc massif et brutal. Tu peux aussi etre un arbuste qui se ramifie encore et encore et se couvre de fleurs et de fruits...

Alors une sérénité trop longtemps perdu m’envahis à nouveau et dans un flash, mes yeux virent à nouveau, mes oreilles entendirent et tous mes sens suivirent. Ce fut comme un nouveau printemps, un renouveau brutal que j'avais du gagner dans la souffrance alors qu'un chemin d'apprentissage et de bienveillance m'avait été ouvert.

Un matin Soto Abà m'indiqua la sphere du crane et celle du mais.

les deux dernieres jarres sont les jarres du cosmos. Le petit cosmos à l'interieur de toi qui donne à ton corps et à ton esprit sa vitalité. Une régule ta force vitale, l'autre ta force spirituelle. Frappe avec discernement car si tu t'y prends mal, tu devras tout recommencer.
Je l'ai fais une fois, je pourrai le refaire.
L’absence de peur n'est pas l'imprudence Wato. Savoir que la peur existe, qu'il y a un risque mais le prendre ne doit pas conduire à te briser toi même. En tant que chaman tu auras souvent l'opportunité d'aller trop loin, n'oublie jamais de te menager un sentier pour revenir...

Ses mots resonnerent dans mon esprit au moment ou je frappais sur la jarre du crane. Ce fut comme d'etre un atome que l'on scinderait, une explosion sans pareille me traversa, je sentis mon ame scintiller et bruler à mesure que je frappais les jarres. Finalement, je perdis connaissance.

Je me reveillais dans le temple. Le temple du monde eveillé. Un monde eveillé qui me semblait n'etre qu'un rêve...

oui nous sommes de retour, me dit Soto Abà. Tu as fini, le monde des rêves t'es à nouveau ouvert. Il y a un leger déséquilibre entre ton ta force et ton ame... Tu ne feras pas un bon chaman guerrier, ton cœur est trop tendre, ton esprit trop volatile...

Je baissais la tête. Malgré tous mes efforts, je ne pourrai pas retrouver ma place dans la jungle.

ta place n'est pas dans cette jungle. Pas maintenant. Va au sud, suis le flot des poissons volants. Et souviens toi de ces epreuves, qu'elles t'apprennent l'humilité, la prudence mais surtout qu'elles te servent à aider ceux qui souffrent.

Je remerciais Soto Abà pour son aide et je mis en route, vers le sud, vers les poissons volants. Alors que je tournais mon regard vers le temple, je vis Soto Abà devenir transparent, le temple disparu et la jungle retrouva sa place, une place qu'elle n'avait peut etre jamais quittée.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 20 Avr - 14:43

Mon voyage dura longtemps. A pied, en bateau, au rythme de la nature et de la vie. Finalement, mes pas se dirigèrent vers le Chili.

La nuit était chaude et pleine d'etoiles. La voie lactée etendait son vaporeux ruban au dessus de ma tete et comme un amusant miroir une falaise de sable immense s'etendait à mes pieds, milliers de grain de sables et d'etoiles se refletant. Et j'entendis soudain une clameur, les poissons volants sortaient de l'eau pour zebrer le ciel de leur eclat, pareils à des etoiles filantes multicolores. Je suivi du regard leur voyage, je sentais mon esprit s'accrocher à leurs nageoires et filer à travers l'océan jusqu'à une ile.

Et puis il y eu l'aurore

Je me sentais si poreux, si attentif à chaque signe du monde que je sentis la felure profonde qui m'ouvrait à la vie. 2 ans étaient passés depuis mon entrée dans la jungle. 2 ans... une goutte dans l'immensité du temps... mais comme me l'avait revélé Soto Abà, le temps n'existait pas. Le temps c'etait le joug volontaire que se mettaient les hommes... le chaman etait un homme libre aux yeux grands ouverts.

Je me remis alors en route.

Lors de mon voyage, le silence, la solitude, m'avait permis de créer un lien avec le vivant. Je savais d'instinct ce qui était bon et ce qui ne l'etait pas, ce qui pouvait soigner ou ce qui empoisonnait. Les esprits des plantes, des animaux, de l'eau, des roches, tous me parlaient. Le monde bruissait de chants et de voix pour qui voulait bien les écouter. Rapidement, la chasse me sembla une absurdité et je remerciais la nature pour les plantes qu'elle m'offrait. Ce fut une grande période d'eveil spirituel, de revelation du monde.

Un jour que la pluie tombait drue, je m'etais abrité dans une grotte ou coulait une petite riviere souterraine. N'ayant rien à mangé et le voyage me semblant trop penible je décidais d'explorer un peu cette grotte. Après quelques pas, je découvris des motifs gravé dans la roche, des pétroglyphes. Un motif se repetait encore et encore, le cercle. Cercle d'animaux, cercle de plantes, cercle de morts, cercle d'etoiles. Fasciné par ces œuvres d'arts de l'aube des temps je ne pris pas garde au rebord de la grotte qui se finissait abruptement pour se verser dans une autre grotte plus immense. La chute fut rude et ma tete heurta une pierre.

D'instinct, mon esprit sorti de mon corps, le rendant mou et le choc fut brutal mais pas mortel. Tournant mes yeux vers la grotte, je la vis scintiller puis s'embraser de cercles aux couleurs si intenses qu'elles en devenaient aveuglantes. On avait l'impression que les couleurs avaient été inventée dans cette grotte. Le bleu semblait tantot calme comme l'eau tantot tranchant comme la glace. Le vert rayonnait de tous les éclats de la nature et de la vie. Les jaunes, les rouges, les oranges dansaient comme des millions de soleil. Les mauves, les pourpres, les violets, semblaient fait de poussieres d'etoiles... Je senti des larmes couler de mes yeux. Il y avait tant de temps que je n'avais pas été emu par une œuvre... Alors je pris une touffe de plantes que je plantais dans la glaise à mes pieds et je me mis à peindre... Peindre les couleurs du voyage, de mon voyage, de mes souvenirs, de mes emotions, de mes epreuves aussi... pour la premiere fois depuis 38 ans, je peignais avec mon ame... et les couleurs embraserent le cercle que je venais de peindre... et je senti la connexion de l'oeuvre, non seulement avec moi meme mais avec tous les artistes qui etaient passés dans cette grotte et au dela avec tous le vivant. J'offrais un instantané de mon ame à qui voulait le saisir.

Finalement, le pluie cessa. C'est à regret que je quittais la grotte mais c'est l'envie d'offrir un peu partout ces eclats de vie qui guida mes pas.

Mon chemin me conduisit à un village tres haut dans les andes. J'avais été guidé par les esprits de la montage aupres de ces gens simples qui vivaient de la culture du quinoa. En penetrant dans le village, je senti aussitôt que le mal était à l'oeuvre. Deux pauvres chiens hurlaient dans la rue et les quelques modestes maisons avaient leurs rideaux de toiles tirées. Apres ces mois dans la nature, je ressemblais plus à une bete qu'à un homme et mon reflet dans le bassin d'eau clair me fit presque peur. J'etais bronzé à l'extreme, hirsute mais surtout mes yeux brillaient d'une lueur etrange...

Le vent charriait une odeur particuliere, une odeur sale, rance qui conduisait à une maison. Je m'asseyais devant. Un homme en sorti, il brulait de colere.

maudit medecin, ces medicaments ne servent à rien...

Il se retourna et me vit. Il s'approcha de moi, empoignant un manche d'outil au passage.

qu'est ce que vous voulez ?

Alors une vieille femme sorti de la maison.

Javier, laisse le. C'est moi qui l'ai appelé. Venez, venez, me dit la vieille femme en me faisant signe de rentrer.

Alors je me levais et je rentrais dans la petite maison. Une maison simple de pierres plates, avec une petite porte et une minuscule fenetre. Cette maison me rappelait les maisons du nepal. En rentrant dans la maison, je sentis aussitôt les odeurs de la maladie. Un enfant était allongé sur le sol pres du feu. Il etait pale et suait abondamment.

rien n'y fait... je lui ai donné des plantes mais il n'a pas guéri. Et les médicaments modernes n'ont pas fonctionné non plus... me dit la vieille femme.

Je m'approchais de l'enfant et posait délicatement mon pouce sur son front comme l'avait fait avec moi Soto Abà.

L'enfant cria, le pere voulu s'approcher mais je lui demandais de rester en retrait. Mon œil interieur s'ouvrit sur l'enfant.

La montagne à perte de vue, son petit esprit tourmenté par une oiseau immense. Je m'approchais doucement.

que fais tu là condor ?
Je fais payer à l'homme son manque de respect.
Que dis tu ? Un enfant manquer de respect ? C'est etonnant...
Il m'a volé.

Le condor se changea en un homme au visage sombre, aux bras et aux jambes couverts de bracelet. Il portait une immense couronne de plumes et de jade. Un pectoral d'or brillait sur son poitrail.

il ne l'a sans doute pas fait pour vous nuire grand pretre dis je alors.
Peut etre. Mais c'est fait.
Peut etre pourriez vous vous montrer clément. Je suis sur qu'il pourra vous rendre ce qu'il vous a volé.
Je m'adressais au pere.

y a t'il ici un objet ancien ? Trouvez le !

Le pere, la mere et la grand mere se mirent à retourner la maison pour trouver l'objet et finalement ils mirent la main sur une boucle d'oreille ancienne. La grand mère la posa dans ma main.

est ce cela que vous cherchez ? Dis je au grand pretre.
Oui.
Eh bien je vous le restitue grand pretre. Voyez qu'il est inutile de tourmenter cet enfant plus encore.
Ma colere ne s'est pas exprimé.
La colere ? Vous etes un grand pretre...

Alors le grand pretre tourna ses yeux vers moi. Je ne cillais pas. Je ne pouvais pas ciller, si l'esprit avait senti ma peur, il m'aurait sans doute dévoré.

Laissant l'enfant, le grand pretre se jeta sur moi. Instinctivement, je me protégeais. Mon corps, que je pensais fragile, ne trembla pas. Le grand pretre fit apparaître dans sa main un macahuitl qu'il leva haut au dessus de sa tete avant de l'abattre sur moi. Je ne pus faire qu'une roulade pour eviter le coup puissant. Je m'etais souvent battu dans ma jeunesse et ces reflexes revinrent vite. Je me relevais et le plaquait au sol avant de le rouer de coup de poing. Le grand pretre me frappa de sa tete, sa couronne m'egratignant le front et me poussant a la renverse. Il se dégagea une main et frappa mon bras de son macahuitl. Les lames d'obsidienne plongèrent profondément au fond de mon bras. Je lui pris le bras avant de frapper son coude pour le faire lacher son arme puis profitant du macahuitl tombé au sol je rompis le lien entre l'esprit et l'enfant. Le grand pretre se dégagea de mon entrave.

tu as gagné me dit l'esprit, mais tu as eu de la chance.

Alors le condor reparti. L'esprit de l'enfant était libre. Je touchais mon front et mon bras... Je n'etais definitivement pas un bon combattant... Les mots de Soto Abà me revenait... « tu n'es pas un guerrier » et c'etait vrai. A quoi me servait cette connexion avec les esprits et le vivant si je ne parvenais pas à jouer mon rôle de chaman. Cette fois l'enfant s'en sortait bien mais il était dangereux de rompre un lien de facon si brutale. Les blessures infligées par le grand pretre bien que faites dans le monde des esprits, n'en était pas moins réelles.

L'enfant revint aussitôt à lui dans une quinte de toux et comme après un vilain cauchemar, il trouva le refuge des bras de sa mere. La famille m'offrit un repas et je repris mon voyage.

Je fus sollicité à de nombreuses reprises. Chaque fois, le combat avec l'esprit était plus dur. Les blessures spirituelles guerrissaient vite mais m'épuisaient. Je sentais que ce lien que j'avais crée pendant ces mois d’ascèse s'usait. Pourtant la joie d'aider etait plus forte et m'incitait à relativiser tout cela.

Et puis un jour, il n'y eu plus de terre. L'ocean s'ouvrait à moi. L'ile était la quelque part. Je fis une pirogue et je me mis en route.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 20 Avr - 19:05

J'avais traversé l'océan vert de la jungle, l'ocean blanc des andes et je glissais à présent sur une immensité bleue, la voile de ma pirogue gonflée par les vents de la mer. A la bonne saison, il était possible de deriver tranquillement jusqu'au iles, ce que j'entrepris de faire. Le voyage fut long au début. Monotone, solitaire à nouveau. Et puis comme lorsque j'avais traversé la jungle je me mis à ecouter. Ecouter le chant de l'eau, de la nature, de la vie. Le chant de la jungle était souvent mélodieux, agréable, un peu aigu. Le chant de la montagne etait dur, autoritaire mais pur et equilibré. Le chant de l'eau etait profond, parfois sinistre et lancinant. Je me mis à fredonner ce chant entetant, il serait comme un guide à travers l'etendue du pacifique. Souvent les vocalises des tortues et des mammifères m'accompagnaient, rompant la monotonie basse de la mélodie aqueuse.

Et puis un jour, un oiseau se posa à la proue de mon esquif. Je sentais ma destination proche. Comme une grenouille qui saute de nenuphar en nenuphare je traversais les iles jusqu'au jour ou enfin, l'ile des poissons volants s'offrit à mon regard.

Elle etait là, comme un joyau d'or et d'emeraude, flottant dans une mer turquoise et ceinte de coraux. Ma pirogue frolla les coraux, revelant une vie aquatique bouillonnante, avant de s'echouer sur la plage. J'entendais sa voix, son chant polyphonique qui resonnait avec majesté comme un orgue sous les mains d'un maitre.

Plusieurs jours passèrent durant lesquels je tentais de me fondre dans l'ile pour ne rien déranger. J'avais remarqué ca et là des totems de bois sculpté mais leur signification me dépassait completement et je continuais à vivre au rythme de l'ile attendant ce qui devait m'être révélé.

Un matin, je vis un homme sortir de l'eau. Il etait immense, massif, meme par rapport à moi. Son corps était couvert de tatouage et son visage etait percé à différents endroits par des dents de requin. Mais comme la montagne n'a rien a voir avec le volcan, il émanait de lui une profonde empathie et une infinie douceur.

na ko koe tena i mohio ai ahau ? Me dit il

Bien que je ne comprenait pas sa langue, je compris ce qu'il voulait me dire.

oui j'espere ne pas te deranger...
non. Il y a assez de place ici. Et je dois dire que tu es un invité plus que discret.

Il s'assit a coté de moi, me tendit un poisson qu'il venait de pécher.

tu en veux ?
Non. Ce sont les poissons qui m'ont conduit ici, je ne peux pas leur faire ca.
Je comprends.

Il prit un baton, le planta dans son poisson et le fit griller.

alors, qu'es tu venu faire ici ?
Attendre des réponses...
des réponses ?
Oui...
un drole d'endroit pour trouver des réponses tu ne crois pas ?
Peut etre.

Il me regarda. Je me senti plus que nu. C'etait comme si mon être était eclaté en mollecule et qu'il les regardait une à une.

les esprits ont mis beaucoup de pouvoir en toi. Mais je vois que tu as du mal à trouver une place... Je sens des blessures sur ton ame, tu as traversé de rudes epreuves... J'ai été comme toi il y a longtemps. Laisse moi t'aider si tu le veux.

Le geant me tendit une main. Que je saisi.

s'il te plait aide moi.

Alors le monde tourna, littéralement. Comme une piece que l'on aurait retourné, l'ile passa instantanément dans le monde des reves.

je suis Maui.

Maui était un être puissant, colossal presque monstrueux et pourtant il se deplacait dans la jungle comme une plume. Il vint me voir un jour, armé de deux immenses pagaies. Il en planta une devant moi.

bats moi.
Mais...
le monde des esprits est un monde brutal alors bats moi.

Il se saisi alors de son arme et me frappa. Je parvins difficilement à le contrer. Il envoya son pied et je dus céder pour l'eviter. Je roulais au sol prêt à me mettre en position de combat lorsque je vis que Maui etait deja sur moi, l'arme levée. Il frappa et mon arme eclata. C'etait la fin du combat.

pourquoi refuses tu le combat ?
Je ne sais pas... je ne veux pas tuer... je ne veux pas blesser... J'ai traversé tant d'endroits, j'ai vu la vie partout, je me suis lié à elle. Il y a du bon en toute chose et personne ne devrait imprimer de force son empreinte.

Alors Maui me sourit.

fini pour aujourd'hui, allons nous baigner.

La nuit été divine sur l'ile. Chaque soir, l'atoll scintillait, l'eau devenait phosphorescente grace aux planctons qui y vivaient et certaines plantes, en écho, se mettaient à briller de teintes pourpres et violacées. Le ciel enfin offrait un spectacle unique, les galaxies se devoilant à l'oeil humain. Un petit feu nous rechauffait. Maui ressemblait à une immense ombre dans la nuit. Ses yeux scintillerent de mille feux qund il se tourna vers moi.

tu n'es pas un guerrier Wato.
Je le sais...
mais il y a un autre chemin que le chaman guerrier.
Vraiment ?
Oui. Ici, il existe une tradition différente, plus longue, plus dure... le chaman aventurier.
Qu'est ce que c'est ?
C'est une question de Tuhinga... de point de vue... Pour le chaman guerrier, le monde est plein de dangers et il cherche a faire accroitre ses pouvoirs pour devenir invicible par l'homme ou par l'esprit. Il protege les siens des dangers du monde, sur cet axiome : le monde est dangereux, je vais le maitriser par la force. L'aventurier réfute jusqu'à la premiere hypothese.
Sa voix était profonde et douce et pourtant il ne parlait pas. Le monde vibrait de sa voix. De son essence.
Pour l'aventurier, le monde n'est pas un endroit dangereux meme s'il comporte des dangers. Au contraire, c'est un lieu passionnant qui devient ce que l'on en fait. Nous sommes les creatures du monde que l'on construit, les joies, les bonheurs, les dangers, viennent de nous. L'aventurier utilise son pouvoir pour créer ou modifier son monde et aider les autres à faire de même. L'aventurier investi les hommes d'un pouvoir supreme sur la vie car peu importe combien de mal il existe dans le monde, celui-ci n'est pas mauvais pour autant car il peut etre changé par une attitude appropriée. L'aventurier
mais... le chaman ne doit il pas servir les autres ?
L'aventurier par à l'aventure, il developpe son esprit, sa conscience mais par dessus tout il chéri l'amitié et l'unité. Il apprend à vivre dans le vivant et il cherche a aimer et à etre aimé.

Je me senti libéré d'un fardeau. J'avais peut etre enfin trouvé ma voie de chaman. J'en était sur en fait.

l'aventurier cherche avant tout la paix.
C'est ce que je veux être Maui, apprends moi s'il te plait.
Tu es déjà un chaman aventurier. Il te fallait simplement trouver la chose.

Je fermais les yeux. Une déchirure profonde en moi se referma. Il y eu un son, un écho... C'etait moi qui hurlait dans la nuit, qui appelait Wewe, Rinia, Soto Abà... Des maitres qui avaient borné mon chemin jusqu'à cette revolution vertigineuse.

Alors apparurent Rinia, Soto Abà et Wewe. Je serais Rinia, la pauvre vieille qui m'avait initié. Je saluais Soto Abà qui m'avait appris, l'émotion, l'ame et ses fonctionnements. Je m'approchais alors de Wewe. Il me regarda longtemps.

acceptes tu que nous recreons ce lien ?
Tu n'as plus besoin d'un guide Wato...
c'est un lien d'amitié que je cherche.
Alors c'est entendu.

La nuit passa sur cette assemblée de chamans sous le ciel.

Le lendemain, Maui m'enseigna a parler avec les esprits plutot que de les combattre.

il faut etre prêt au combat Wato mais privilégie toujours la discussion. L'affrontement violent est la négation de la paix. Ne te laisse pas faire, c'est un combat d'esprit et de mots mais si tu parviens a changer le mal en bon alors le mal n'existe plus. Tu auras envie d'utiliser ta mana mais l'aventurier use plus volontiers de sa aka, sa force spirituelle.

Ce jour là, il m'apprit la respiration, comment passer sans drogue, sans famine d'un état à l'autre.

Wato, de meme que le professeur fut l'eleve, de meme que le pere fut un jour le fils, le chaman peut passer d'un état à l'autre. Les limites sont des idées crée par les hommes aveugles pour ne pas sombre. L'aventurier n'a pas peur de passer de l'un à l'autre... tout n'est qu'une question de point de vue... le kahuna et l'eleve, l'homme et la bete, le vivant et le mort...


Je passais la journée à m'entrainer au souffle et au crepuscule je m'endormis.

Le lendemain matin, j'etais etendu sur la plage, une grande rame rituelle et un collier de dent de requin posés pres de moi. J'ai cherché Maui plusieurs heures mais je compris que je ne le reverrais pas avant un moment.

Alors je repris ma pirogue. Je ramais jusqu'à Papette. La ville etouffante, les touristes sourds aux chants des iles, aveugles aux merveilles qui s'offraient à leurs yeux. J'etais là, en pagne au milieu de la rue et je ressenti une grande pitié pour tous ces êtres.

Mon voyage intérieur avait duré 3 ans.
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stan

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Sam 21 Avr - 16:24

le chaman est un ancien malade. Il a réorganisé sa pensée, il a changé sa perception du monde et par ce biais, il change le monde. Aka, pour certains, ce sera une folie, la lubie étrange d'un homme qu'on croyait disparu. Pas du tout, Aka, c'est l'espoir.

C'etait par ces mots que je reprennais contact avec le monde extérieur. Ils étaient nombreux à s'etre demandé ce que j'etais devenu et ils avaient été encore plus nombreux à spéculer sur mon art, un art qu'on voulait assurément torturé et mystique alors qu'il n'etait que commande et opportunisme. L'art avait ce mérite d'attiré l'argent et mon art avait amené à lui beaucoup d'argent ! Seul hic, aujourd'hui la possession me semblait inutile.

je verse l'intégralité des avoirs qui avaient été bloqué ces trois dernieres années à la fondation. Cette fondation financera les projets de defenses de l'environnement et offrira un service de micro-crédit. Aka facilitera l'acces aux arts dans le monde. L'art est la plus primordiale des méthodes d'expression, il a été pour moi un echapatoire, j'espere qu'il en sera de memes pour d'autres. Un moyen d'hurler sa rage, sa joie de vivre, son amour...

Je voyais leurs regards éteints. Ils écoutaient sans écouter. Il enregistrait sur des machines au lieu de s'impregner de mon message.

maintenant je vous invite à me suivre...

j'emmenais les personnes présentes dans un hangar ou j'avais organisé une exposition de mes peintures chamaniques. L'exposition fit sensation et bientôt on parla autant du soul painting que de ma fondation. Et le flot du monde faillit m'emporter à nouveau. Le collier de dents de requin me rappelait à ma tache, de chaman aventurier.

Il fallait changer le monde, oui. Etre un chaman, oui. Mais l'etre dans ce monde, dans cette modernité ou les villes etaient les nouvelles jungles. La jungle n'était pas un monde hostile comparée à la ville mais il n'y avait pas de danger, il n'y avait que des gens à qui tendre la main.Ce n'etait pas un tunnel noir, c'etait un champ de lucioles qu'il fallait reveiller et tant pis si pour cela il fallait se passer du chants des iles et des jungles pendant quelques temps.

Alors commenca pour moi un long voyage dans le silence spirituel des villes. Je peignais beaucoup pour exposer beaucoup. J'offrais des œuvres dans les villes, dans les bidonvilles, partout ou l'on me demandait, partout ou l'ame devait rayonner. Il suffisait de me contacter.

Le temps n'etait plus une valeur et finalement les gens s'en accommodèrent.

A cette époque je voyageais beaucoup sur mon bateau, le Tumanako. Je fus recu par des yogis, des grands maitres spirituels et j'appris beaucoup d'eux. Je fus aussi recu par des politiciens, des financiers, des gens qui voulaient puiser en moi ce qui leur manquait. Toujours je leur ouvris la porte, ils furent bien peu nombreux à passer le seuil.

La premiere année, Aka financa de nombreux projets dont un navire qui recoltait le plastique dans le pacifique. Après quelques mois, la personne qui s'occupait de la fondation, Evelyn Grasshopper, souhaita me rencontrer. Elle avait été placé là par ces gens qui ne peuvent pas vivre sans règles, par des petits automates fatigués qui délèguent, qui font des rapports, des confcalls, des bilans, des contre analyses... Bref des gens aveugles et sourds qui ont besoin d'ordre et de hierarchie pour ne pas trembler face a l'illusion de leur propre vide. Il suffisait d'eclairer un peu ce vide pour leur montrer qu'au contraire du vide il y avait tout un monde interieur plongé dans la pénombre. Il suffisait de rallumer la lumiere intérieure pour redecouvrir ces trésors enfouis.

Ce discours effrayait les banques et les investisseurs et j'en étais ravis toutefois, Evelyn restait fermement hermetique mes mots et c'etait elle qui validait tout. Toute liberté avait un prix, je ne m'occupais de rien donc je n'avais pas les pleins pouvoirs.

C'est à Londres que je fis sa rencontre. Je me souvenais de la premiere fois ou j'etais venu dans cette ville. J'avais percu sa clameur, sa vie bouillonnante. Aujourd'hui je percevais les fantomes du passé, toutes ces choses qu'inconsciemment on ressentait sans le voir. La ville aurait scintillé comme un diamant en plein soleil si la cité elle m'aime n'etouffait pas ces voix et ces lueurs.

Je venais de passer 3 semaines en bateau lorsque, hirsute, je fis irruption dans le building qui hebergeait Aka. L'endroit etait froid, vide. Pire que ca, il semblait drainer la force spirituelle des occupants. Et puis Evelyn fit son entrée.

Elle était incroyablement belle. Ses cheveux ondulés bougeait à chacun de ses pas, ses yeux ressemblaient a deux agathes, son visage evoquait quelques divinités africaines aux pommettes saillantes et aux joues creuses. Elle semblait presque extraterrestre. Une ame bouillonnante comme un soleil émanait d'elle malgré la sévérité de sa tenue. Elle me tendit la main.

monsieur Vegenher.
Kurt, s'il vous plait.
Tres bien, Kurt. Voulez vous me suivre...

Elle parti dans la direction des ascenceurs puis elle s'arreta brusquement.

vous preferez peut etre les escaliers...
...c'est une rumeur...
pardon ?
Que je ne prends plus les ascenceurs. C'est une rumeur. J'ai 48 ans, je prends les ascenceurs croyez moi...

un rire cristallin explosa dans sa gorge de signe.

bien. Je suis rassuré.

L'ascencion dura plusieurs minutes, la cabine avalant les étages à un train d'enfer puis il y eu une petite musique stupide. C'etait notre étage.

Une grande porte vitrée séparait Aka du reste de l'immeuble. Le logo était écrit en vert et des images des différentes opérations étaient affichés tout le long de la baie vitrée du couloir. Alors que nous nous rendions à son bureau, Evelyn m'abreuva de chiffres, de données, de prévisions. J'étais ivre de ses mots lorsqu'un stagiaire me percuta de plein fouet. Les paquets de papier qu'il portait volerent. Il commenca par jurer, puis à m'injurier avant de me reconnaître alors il se mit a genoux et ramassa les papiers dans la précipitation. Je me baissais, posais ma main sur sa main.

ce n'est pas grave, ne vous excusez pas, c'est moi qui était distrait. Quel est votre nom ?
Sandesh...
je dois pouvoir vous aider a ranger vos papiers...
alors nous avons pris le temps de les remettre dans l'ordre et quand ce fut fait, je le suivi dans le grand open space. Là, je saluais chacun des membres d'Aka en les remerciant de leur travail et puis me pris l'envie de leur demander s'il etait heureux dans leur travail. Je m'assis sur un bureau et ils me parlerent de leur travail, de la pression, des objectifs, des deceptions, je n'etait pas un patron ,j'etait un ami qui écoutait sincerement leurs problemes.

je vous assure que nous ferons le maximum, avec Madame Grasshopper pour vous rendre votre tache plus simple. Vous oeuvrez pour le bien, soyez en assuré !

Evelyn etait resté en retrait pendant tout le long de la discussion. Elle me conduisit en silence dans son bureau.
eh bien... vous ne manquez pas de souffle... Nous sommes une fondation pas un monastere ! Vous écornez mon autorité en vous comportant de la sorte !

L'autorité. Je ne voulais pas la mettre en position de difficulté, je ne voulais pas la brusqué, je voulais la convaincre... Je sentais au fond de moi que je voulais aussi la séduire.

y a t'il un rooftop ?
Pardon ?
Un rooftop... j'etouffe un peu...

Parce que j'etais Kurt Vegenher elle se senti obligé de ceder à mon caprice. Alors en silence, nous gagnames le rooftop. Il faisait beau. C'etait un beau jour d'avril, tres doux, tres ensoleillé. Je m'approchais d'Evelyn et je lui pris la main.

je suis navré. Je pensais bien faire je ne voulais pas vous faire de l'ombre.

Elle eu un mouvement de recul. Elle me regarda mais ne vis rien d'ambigu dans mon regard, il n'y avait que des excuses sinceres.

bon admettons, dit elle en retirant sa main. Mais qu'est ce qu'on fait maintenant.
Eh bien si vous me parliez de votre projet favori ?
Mon projet favori...
oui celui dont vous êtes la plus fiere.
Je ne sais pas... nous avons eu un excellent bilan, la fondation gagne de l'argent...
ce n'est pas un projet ca. Moi, mon projet favori, c'est le bateau qui récupere le plastique. Quelle idée géniale... une idée francaise... comme quoi... Et vous ?

Je plongeais mon regard sur elle. Elle eclipsait le timide soleil londonien.

je dirai, l'ecole pour jeunes filles.
Vous avez raison, c'est un beau projet.
C'est un projet essentiel.

Je sentis qu'elle hesitait à poser une question...

allez y posez là. Vous savez, on m'a dejà tout demandé
est ce que ca vous de... enfin me... raconter moi votre voyage...
asseyons nous.

On s'installa sur le rooftop ou je lui contais tout mon voyage, des obseques de mon pere à ma rencontre avec Maui, mes errances dans la jungle, la neige, l'ocean et les reves. Le temps sembla suspendre son court mais quand je finis de raconter mon histoire le soleil se couchait.

je n'arrive pas à savoir si vous vous etes moqué de moi... me dit elle dans un éclat de rire
pas du tout. Tout cela est la stricte vérité.
Etrangement... je vous crois. D'une certaine façon.

On se regarda pendant quelques instants qu'un amour naissant fit durer une éternité. Je fus troubler par l'intensité de son regard, par la profondeur de celui-ci. Elle me croyait... peut etre voyait elle aussi parfois.

Vous n'avez pas faim ? Finis-je par dire.
Vous avez encore besoin de manger...
et comment !

Ce soir là, nous avons déambulé dans les rues, une promenade qui nous conduisit chez elle.

Aka devait changer de visage, elle devait etre le reflet de sa volonté de faire le bien. Il fut décidé d'investir dans une grande friche ouverte et de la transformer en un lieu d'échange, d'ouverture, de partage. La nature y était partout présente. De grands espaces intérieurs brisaient l'idée meme d'un bureau. Chacun venait à sa convenance, ils oeuvraient tous à leur mesure pour le bien et je senti des ames se reveiller, se libérer des poids de ce monde. Aka s'autogérait, chacun faisant au mieux de ses capacités. Les conflits se réglaient avec apaisement et les décisions se prenaient à la majorité, c'etait un petit groupe soudé, presque une petite communauté.

J'écrivis deux livres : l'oiseau de feu, un livre sur mon voyage initiatique que j'avais nommé ainsi suite a un oiseau que j'avais vu lors d'un voyage avec Rinia et alternative frugalité. Le livre alternait entre le pamphlet et l'essai. Je denoncais les pratiques de l'industrie, la destruction de la société par le libéralisme, les derives absurdes de la consommation mais surtout je tendais la main à tous ceux qui voulaient changer les choses ou simplement faire repartir leurs vies sur de nouvelles bases. Aka etait l'exemple que de telles choses étaient possibles. Les gens n'avaient pas besoin de lecon ou de prophéties angoissantes, ils avaient besoin qu'on leur parle comme a des adultes et qu'on leur montre que la lumiere était là, en eux et partout et qu'il suffisait d'etre une petite luciole dans un champ pour faire briller les autres lucioles autour de soi.

Evelyn se retrouva bientôt tres seule dans son grand bureau vitré. Un soir que nous dinions ensemble, je senti le tourment chez elle. Ses yeux ne brillaient pas ce soir là.

tu ne te sens pas seule là bas...
si un peu, me confia t'elle.
Qu'est ce qui t'empeche de partir ?
Je... c'est mieux pour... recevoir les partenaires financiers... chaque fondation a besoin d'un flag ship.
et qu'est ce qui est mieux pour toi ?

Nos regards se croiserent. Cette question qu'elle n'avait jamais osé se poser reveilla en elle quelque chose qui sommeillait depuis longtemps. Il y avait chez elle une telle intensité, une telle volonté, elle l'etouffait si fort pour continuer à croire en ses chimères de richesse, d'apparence, de puissance... Elle était la puissance et ne s'en rendait meme pas compte... J'approchais ma main de son front, je posais mon pouce entre ses deux yeux la ou sa conscience depuis si longtemps enfermé ne cherchait qu'a jaillir. Elle vit la ville, son energie, ses couleurs, ses sons...

alors c'est ca que tu vois...
oui.
Tout le temps ?
Souvent.
Partons... me dit elle en tourna la tete.
Tu as faim ?
Non, partons. Partons de cette ville. Aka, elle n'a plus besoin de moi. L'an dernier nous avons acquis un archipel qui menacait d'etre devasté par des pétroliers. Allons y.

C'etait les mots que j'attendais depuis si longtemps. Alors à bord du Tumanako nous avons pris la mer.
ca veut dire quoi Tumanako ?
C'est espoir en maori...

assurément, nous voguions sur un ocean d'espoirs, sur un esquif d'amour et de passion. La traversé fut longue et pas toujours du goût d'Evelyn. Il faut reconnaître que le navire etait assez spartiate et elle avait du mal à se faire au manque de luxe mais les bons jours il émanait d'elle une telle lumiere. Après 8 semaines de mer, l'Atoll etait en vue.

Une grande residence avait été construite dessus. Entièrement de plein pied, elle n'avais aucun impact sur l'ile. eEle avait servit de maison test à une entreprise que nous avions financé. La maison était sobre mais confortable et nous avons vite trouvé nos marques.

Vivre seuls sur cette ile c'etait comme avoir la terre entiere pour soi. Rien de douloureux ne venait perturber cette harmonie et ce chaos de vie qui nous animaient. Evelyn n'etait pas une chaman mais qu'importe elle avait en elle un pouvoir createur immense. Avant de se retrouver à la tête de la fondation, elle avait dirigé plusieurs musées. L'art etait sa vie.

alors pourquoi n'en as tu pas fait ta vie justement ? Demandais je un jour
pas le talent... on ne peut pas tous etre Kurt Vegenher tu sais...
comment ca ?
J'ai vu tes carnets d'enfant. Ils sont rares ceux qui naissent en sachant dessiner.
Dessiner c'est observer tu sais. C'est l'oeil qui guide la main.
Certainement maestro..., dit elle dans un rire.

Elle se remit à peindre, à sculpter, à photographier. À chaque fois, son ame brillait plus intensément. Et à chaque fois, nos liens se resserraient.

tu n'as pas eu d'enfants me dit elle un jour
non.
Pourquoi ?
J'ai vécu egoistement. Je n'ai rien construit, je n'ai rien laissé si ce n'est une œuvre. J'ai peut etre des enfants mais je ne le sais pas. Si c'etait le cas, je pense que je j'aurai su.
Nous pourrions en faire un.
Ce serait fantastique.

C'est sur ces mots que je devais la laisser le lendemain. J'entamais une grande tournée. Je crois que à mon échelle, je fis bouger les consciences. A mon retour sur l'atoll les choses avaient changé. Evelyn m'attendait. Elle avait tres mal vécu ma tournée, mes rencontres et les demonstration d'amour et d'amitié que je faisais en public.

tu ne t'es inquiété de rien ?
Non. Je veillais sur toi.
Formidable. Je suis ravie que tu ais eu le temps de penser à moi un petit peu.
Je ne comprends Evelyn...
tu as besoin de t'afficher avec tous ces gens. Tu as besoin de montrer tant d'attention à tout le monde. De prendre les gens par la main, dans tes bras...
tu... es jalouse ?
Comment ne pas l'etre ?
Je comprends que c'est difficile Evelyn mais je te l'ai expliqué, c'est le chemin du chaman aventurier. Je t'offre plus que de l'amour, je t'offre une amitié eternelle, un lien, un pacte.
De l'amitié...
tu le sais que l'amour s'essouffle vite. Tu m'en as assez parlé.
Je ne supporterais pas que tu témoignes de cet amour à d'autres.
Nous avons tous assez d'amour en nous pour aimer le monde entier. Tu es un être à part Evelyn, ta présence et ton amitié me sont plus cheres que tout.
Fais ton choix Kurt...

Je n'avais pas remarqué qu'une valise attendait derrière elle. Un helicoptère se posa retournant la plage. Evelyn s'en allait.

J'avais fais mon choix il y a longtemps maintenant. Je savais que ce chemin d'aventures pourrait un jour demander un tribut, je venais d'en payer le premier versement. Je parti à bord du Tumanako plusieurs semaines, retrouvant les espaces sauvages et la solitude.
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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   

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