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 Kurt Vegenher

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stan

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Mar 30 Oct - 18:17

Qu'est ce qui fait d'un homme, un homme ? La rudesse de sa vie ? Les épreuves que le destin lui inflige ? N'est ce pas plutôt sa façon d'appréhender le destin ? Il n'y a que ceux qui ne tentent rien qui ne perdent rien et même comme ça, la vie s'arrange pour te rattraper tu sais... Alors tu marches.

Pendant le premier million de pas, tu fuis. Tu fuis le regard des autres, tu fuis le regard de ceux que tu as déçu, tu fuis même ton propre regard. Tu fuis le présent et tu te jettes dans un instant fugace, plus encore que le présent, le pas. Ta vie n'est qu'un pas suivi d'un autre.

Pendant le deuxieme million de pas, tu commences à réfléchir. Tu cherches des réponses dans cette marche supposée salutaire. Peut etre que l'inspiration viendra ! Peut être que l'illumination jaillira comme la source ou la foudre qui frappe et puis en fait, rien. Pas de réponse.

A partir du troisieme million de pas, tu ne penses plus. Tu marches. Les réponses ne viendront pas. Les questions ne viennent plus non plus. Plus rien n'a d'importance, il n'y a que la marche. L'abandon dans la marche. L'oubli dans la marche. Tu chasses de ton esprit les grandes idées, les grands concepts et les grands hommes.

L'abandon de soi au monde.

Les mots de Parashurana tournaient dans ma tête. « Crois tu vraiment que je sois meilleur ? ». Non, pas meilleur. Plus pur, plus neutre, plus parfait mais sans doute pas meilleur. Alors, comment justifier ce qui s'etait passé pendant la bataille d'Astinhapur...

J'avais traversé les mondes comme un pelerin, remontant le flot de la civilisation d'abord puis m'abandonnant petit à petit à ces espaces que la civilisation avait quitté, ne laissant derrière elle que des tas de détritus et des planètes à la vie consummée. Petit à petit, les couleurs de la vie passaient, de plus en plus pastel, n'offrant plus que des paysages en camaieu de gris, d'ocre, de rouge.

Je me retrouvais sur une planete tres ancienne au soleil defaillant, guidé par les voix des Pandhava et là au milieu de nul part je trouvais ce bar, Le Tonneau. Une immonde gargote aux murs jaunes et aux fenetres brunies par la crasse dans laquelle des tables recouvertes de nappes à carreaux et des banquettes rapées en cuir bordeaux servaient de décor. Le patron, un certain Diogène, était d'une rare laideur. Il était enorme et tout en plis et son enorme goitre gigotait lorsqu'il parlait. Sous une touffe de cheveux roux, brillaient deux yeux verts un peu trop globuleux. Au coin de ses levres lippues, il avait deux excroissances rappelant la couronne d'un axolotl. Pourtant au dela de cet aspect repoussant il avait une voix profonde et douce.

Dans cette pénombre glauque, je scrutais un peu la salle, m'attendant à y trouver toute la misère de l'univers et c'est ce que je vis. Tous les penseurs tourmentés de l'univers semblaient s'etre donné rendez vous au Tonneau. Des mines grises et pensives étaient penchées sur des tables sales, griffonnant quelques hierogliphes indéchiffrables, marmonnant des raisonnements ou simplement fixant le vide. Et là, au milieu des fumées de cigarettes, j'aperçu un regard bien connu, celui de Joseph.

-eh bien... Te voilà déjà ?

-Tu m'attendais ?

-Oui. Mais pas si vite...

-Comment...

-Tu penses vraiment que guider la constellation se ferait aisément..

-non. Mais je ne pensais pas être le responsable de toute cette souffrance.

-Rassure toi, tu n'es pas si grand. Que tu sois là ou pas, la souffrance aurait, elle, été là.

-Ah ne te moques pas je t'en prie.

-Je ne me moque pas. Je te dis ce qu'il doit être.

-Reviens, Joseph, toi seul...

-non. Ce n'est pas mon moment.

-Alors aide moi au moins.

-Bon... que veux tu...

-que dois je faire ?

-tu dois pouvoir inspirer les gens suffisament pour que tu puisses les guider vers la mort avec le sourire. C'est ça ton destin Kurt. Tu as hésité... tu as dit que tu étais prêt à payer le prix mais tu ne l'as pas fait. C'est ca aussi guider, c'est prendre les décisions qui compte au bon moment. Tu étais comme un lapin prit dans les phares d'une auto... Le mauvais guide, c'est celui qui tremble à chaque instant, celui qui hésite et qui fait demi tour à la premiere difficulté. Ne déshonore pas tes amis en faisant demi tour, ils se sont sacrifiés pour que la lutte continue. Les princes des étoiles qu'ils soient premiers nés ou pas tenteront des qu'ils le pourront de te tromper, parce que tu n'es qu'un homme. Devient autre chose. Incarne autre chose. Tu dois devenir une nouvelle étoile, mais pas une étoile de puissance, tu dois etre comme l'étoile polaire dans la constellation de l'ourse, une etoile qui brille un petit peu plus fort, qui guide mais qui au fond n'est pas si différente des autres.

-C'est bien difficile... Je pensais pouvoir rester loin de toute guerre.

-Tout le monde te le dit depuis le début, il te faudra lutter.

-Oui mais j'ai refusé la violence.

-Le monde est violent. La vie est violente. Elle se termine parfois dans le bonheur mais c'est toujours violent une ame qui retourne dans les bassins de lait... Lutte autrement. Tu as posté des généraux, remplace les et recommence. Je ne te dis pas de ne pas pleurer tes amis, je te dis de ne pas lacher. C'est tres différent.

-Tu sais, je me demande si on peut vraiment lutter...

-Si tu as des doutes, abandonne tout de suite. Ca ne sert à rien d'insister. C'est une lutte qui doit animer tout ton être, plus qu'y croire tu dois devenir cette lutte.
Devenir l'espérance.
Si tu veux. Ou autre chose. Devient ce que tu dois devenir. Je n'ai rien de mieux à te dire. Si tu étais religieux, tu y verrais la main du dharma. Chaque chose à deux visages, la creation et le chaos, l'équilibre et la stase, le renouveau et la mort... Toutes les potentialités sont dans les êtres. Tu as décidé de ne pas te battre. C'est un chemin difficile et dur. Tu ne peux pas te contenter de refuser la violence sans en subir les conséquences. Le combat que tu mènes, il est à l’intérieur de toi et pas à l'extérieur. Refuse la violence et les autres mourront en nombre immense, Accepte la violence et peut etre qu'ils mourront moins nombreux mais ton message sera à jamais changé. Lorsque l'on se laisse séduire par la violence, on ne refait pas chemin inverse...

Il pose alors ses yeux sur moi. C'etait la premiere fois depuis que nous parlions. Ils étaient plein d'une sagesse incroyablement profonde, comme si, des millions et des millions de pas avaient fini par lui donner une forme de sagesse ou de folie...

--il faudra bien un jour que tu te passes de guide et de gardien pour devenir toi meme le guide, Kurt. Chaman c'est bien mais tu peux etre bien plus et surtout bien plus utile. Marche encore un peu si tu en as besoin et cesse de te comporter comme un enfant. Ton esprit brille si fort... On dirait que tu es le seul à ne pas le voir... Assume ce que tu es. Guide les. Ton rôle est de souffrir pour tous ceux qui ne souffriront pas par ta faute. C'est dur, c'est injuste oui. Mais c'est ainsi.

Un verre de vin noir apparu alors devant mon nez, laché là par le gros Diogène. Joseph le regarda s'en aller.

-tu sais ce qu'a dit Diogene à Alexandre quand celui ci vint pour s'entretenir avec le philosophe ?

-Ote toi de mon soleil...

-oui... ca lui a couté cher... mais ca ne manquait pas de panache.

-Oui !

-Tache de ne pas faire pareil. Le panache ca ne suffit pas pour donner vie à des idées.

Je bu un peu du vin que l'affreux cafetier venait de m'amener. Ma tête se mis à tourner. Et tout devint noir. Je me laissais gagner gentiment par ce sommeil, je m'y enfoncais, revivant les instants de cette discussion, argumentant encore et encore sans que les réponses de Joseph ne changent jamais. J'avais marché longtemps sur un chemin de lumiere tracé par les Pandhavas et je devais en accepter chaque pas, chaque pierre. Tout me menait à la meme conclusion : Je devais me fondre dans l'idée, dans le monde et accepter de souffrir de faire souffrir. On pouvait devenir une sorte de Gandhi, harcelant ses proches jusqu'à froler la folie. C'était le prix de la non violence.

Plongé dans ce reve noir, sans couleur, je refesais en sens inverse le chemin que j'avais fais. Petit à petit, les couleurs revenaient à mesure que les mondes se peuplaient jusqu'à l'apothéose kaléidoscopique de la Terre.

Les choses étaient claires et pures dans mon esprit maintenant. Souffrir pour ceux que je ferais pas souffrir, c'etait le prix de la non violence, c'etait le prix du refus, c'etait le prix que j'avais refusé de payé lors de la bataille d'Astinhapur.

« Stellariens, lors de la bataille d'Astinhapur, la constellation a tenu son rang. Elle a payé le prix du sang avec courage et nos couleurs ont été levé bien haut. La seule personne qui vous a fait défaut, c'est moi. J'ai tenté par tous les moyens de nous éviter une défaite mais Alcibiade, le traître, a su brouiller mon jugement. J'ai mesuré chèrement ce que signifiait ma place. Je souhaite incarner pour vous l'espérance mais l'espérance à un prix. Un prix que nous paieront ensemble. Vous le savez, j'ai fais le choix de n'exercer aucune violence. Cette violence quand elle est necessaire, je la délegue mais sachez que je prends sur mes épaules toutes la charge et les conséquences de ces choix. Ayant partiellement failli, je redemande un vote de confiance. Que vive la constellation.».


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stan

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MessageSujet: Re: Kurt Vegenher   Ven 2 Nov - 21:43

J'étais sur le perron de la maison. Il pleuvait à grosses gouttes. Je chantonnais tranquillement en tapotant du doigt la rambarde joliment décorée. Je faisais rouler une graine entre mes doigts, repensant à mon voyage, à ce que j'avais appris et découvert. Je relevais les yeux vers les nuages gris et je vis le grand arbre de lumière. Il était tout à la fois le monde d'en haut et d'en bas. Ses branches étaient si longues et si lourdes qu'elles pliaient jusqu'à toucher l'horizon de l'univers et ses racines étaient si anciennes qu'elles s’étendaient partout si bien que la dernière des branches touchait la dernière des racines. Ces visions apaisaient mon esprit lorsque le doute était trop présent. Le doute, tout comme l'amour, était de ces choses que reniaient les sages mais par chance, j'étais tout sauf un sage. Je ne pouvais pas renoncer à tout ce qui faisait l'art et la vie.

Quand ce dilemme était trop fort, je regardais l'arbre. Chaque axis mundi n’était qu'un fruit venant peser tout autant que soutenir sur les branches de ce grand arbre.

J'avais pensé trouver des réponses dans la marche mais mes pas m'avaient mené au Tonneau, à Joseph et à ce que je pensais être un chemin de traverse débouchant soit vers la folie, soit vers la sagesse ; avec la sensation que c'était la seule et même voie. Et j'étais là, à arpenter des chemins de pierre de mondes dévastés, ivre de ce vin noir...

Je me réveillais soudain! Quelque chose de long et de visqueux rampait contre moi... Je devenais une pierre laissant la créature ramper sur moi, sa langue bifide frappant l'air. Ses écailles étaient noires comme de l'obsidienne et tout aussi tranchante et des cornes sur l'avant de sa tête lui donnait une allure démoniaque. Pourtant, au milieu de cette noirceur, les yeux du serpent étaient comme deux puits de lumière stellaire, tout à la fois nacré et puissant et d'une couleur indescriptible puisqu'elle les contenaient toutes. Le serpent passa sur moi et continua son chemin. Je restais quelques minutes sans respirer afin de m'assurer que la créature était loin de moi puis je me redressais.

Je m'étais assoupi sur un tas de gravillons et des pierres pointues s’étaient enfoncé un peu partout dans mon corps. J'avais mal un peu partout et il faut bien le dire, je n’étais pas de très bonne humeur.

- FOUTUUUUU JOSEEEEEEPH !!!

je frappai dans une pierre. Et bien entendu, la pierre m'ouvrit la main.

- évidemment vieux débile... à quoi tu t'attendais. Que la pierre se brise...

J'étais seul au milieu d'un désert de pierres grises. J'ouvrais mon sac pour trouver de quoi panser ma blessure mais mon petit somme au milieu des cailloux avait brisé ou éventré mes sacoches et mes fioles... heureusement qu'il n'y avait rien de précieux. J'imbibais un morceau de tissus arraché dans un reste de décoction et je collais ça sur ma main. J'avais l'impression de revivre la grande traversée que j'avais faites autrefois, lorsque j'étais devenu chaman.

J'avais faim. Comme le tonnerre qui annonce l'orage, mon estomac se mit à grogner et aussitôt une pluie noire et froide se mit à tomber. Partout autour de moi ce paysage de noir et de gris. La vie avait fuit ce monde ou presque. Je repassais ma capuche autour de ma tête et je me mis en route. J'avais besoin de méditer à défaut de manger mais je ne pouvais pas le faire ici au milieu des pierres, pas maintenant. Je recueilli des gouttes de pluie dans un tissus, j'en imbibais mes lèvres et en bu le contenu puis je me mis à avancer sur le chemin que dessinait le vent sur les pierres.

Qu'avait été ce monde autrefois ? La vie même primitive, même minuscule, s'invitent partout mais ici, rien. J'avais vu assez de ces mondes pour comprendre qu'il avait été moissonné. Non, pas moissonné bien plus que ça... Je ressentais les mêmes vibrations, les mêmes échos de terreur que sur les mondes xenos détruits par Alcibiade. Mais ce monde était beaucoup beaucoup plus ancien. Je levais les yeux vers le ciel mais je ne reconnaissais aucune étoile. Ce vin que j'avais bu, c'était le vin de Vishnou, une coursive du temps, un chemin d'errance...

Tout autour de moi n'était que poussière. Les monticules de pierre s’effritaient sous le vent, les pierres roulaient jusqu'à ne devenir que des grains. Il n'y avait ni valons, ni montagnes, il n'y avait qu'une lande de pierre parfaitement droite. La planète aurait pu aussi bien être carré si les lois de la nature ne l'avait pas poussé à être ronde.

Cette absence de vie, cette monotonie commençait à jouer très fortement sur mon moral. J'étais perdu , je repensais à la bataille d'Hastinapur, aux injonctions de Joseph... Je sentais une colère sourde naître en moi... Alors ni tenant plus, là au milieu de rien, à l'abri de tous les regards, je m'autorisais ce que je m'étais interdit depuis très longtemps... je laissais exploser ma colère. Et comme un fleuve trop longtemps retenu, tout se déversa d'un coup et le flot fut si fort qu'il n'y eu que des larmes qui coulèrent de mes yeux et des cris qui sortirent de ma gorge. Toute cette tristesse étouffée ressortait maintenant... Là, au milieu des pierres, les grands sages, les Gandhi et les autres m'apparaissaient comme des monstres d’égocentrisme prêt à tout pour faire triompher leurs idées. Fallait il être dur comme la pierre ?

Le souffle Kurt...

Fallait il se détacher de tout ?

Le souffle Kurt...

Même au milieu des pierres mortes, le souffle était la clef de la vie. La colère détruit. Le souffle apaise et répare.

C'est alors que je vis dans le lointain une lueur, intense mais fugace. C'était mon nouveau cap.

Mes sandales s'étaient depuis longtemps déchirées sur les pierres tranchantes du chemin mais mes pieds restaient insensibles. Je marchais de longues heures avec juste en tête cette lueur ne m’arrêtant que pendant la courte nuit de cette planète pour méditer. C’était un chemin de purification. Ce n'était pas un hasard si ce chemin ressemblait tant à ma traversé des Andes, ce chemin qui m'avait formé en tant que chaman. Chaque stade, chaque pas vers l'éveil, était une épreuve car c'était le prix de l'éveil. L'éveil par le renoncement ou l'éveil par l'embrasement. Ces êtres qui s'éveillaient pour eux seuls, quel aube contemplaient ils ?

Soudain les chemins de pierres tranchantes firent place à un chemin parfaitement lisse. Des dalles massives semblaient avoir été posées là par quelques mains cyclopéennes. La plaine désolante continuait de s'étendre de chaque coté mais cette fois j'eu la sensation d'entrer... ailleurs.

Je marchais depuis des jours, suivant le chemin dessiné par les dalles de pierre lorsque je vis se dresser une enceinte ou ce qu'il en restait. Seules quelques pierres pareilles a des mégalithes dressés délimitaient ce qui avait du être un lieu important autrefois. Et au centre de cette enceinte circulaire je découvris de pierres plates au pied d'un arbre tout petit arbre rabougri et mort.

Ces tables de pierre étaient gravées de symboles que je ne parvenais pas à comprendre. Je passais ma main dessus avec délicatesse mais rien ne se passa. La pierre, comme le reste de cette planète était mort. Alors je m'assis en face pour les étudier.

Le temps suspendis son vol. Les étoiles tournaient dans le ciel, toile de fond magnifique d'un témoignage d'un temps inconnu, d'une œuvre dansante qui à mesure que je la regardais prenait sens... Je vis les glyphes hésiter, se tortiller avant de gambiller au rythme du clignotement des astres. Je les voyais se plier comme d'impertinentes danseuses... Je vis une présence féminine onduler, des flammes de vie jaillissant de ses mains qu'elle posait autour de sa taille comme une ceinture... la danse sembla durer des jours et finalement il y eu un tintement imperceptible... deux cymbales vediques... Et la présence disparu.

La pierre luisait légèrement de vie. Le serpent d'obsidienne était venu me rejoindre et s'était lové devant la pierre. Il était à la fois insignifiant et pourtant il occupait toutes les directions du monde des esprits... Il commença à se tordre, à danser, comme l'avait fait la femme auparavant. Cette fois je ne me contentait pas de regarder, je reproduisais chaque mouvement. C’était une forme de yoga très profonde... Je soufflais au rythme des ondulations du serpent... Me tordait comme si mon corps avait ete fait de milliers d'anneaux... Le souffle de vie, l’âme, l'esprit, la vie, tout semblait rentrer en résonance... Comme des bassins consécutifs, l'énergie de mon corps et de mon âme coulait, remplissait un bassin a ras bords avant de couler dans un autre... la petite roue... continuant de fixer le serpent, je vis apparaître autour de lui un chakra de lumière tournoyant soudain il se plia en arrière et cracha du venin. Imitant son geste je me pliais en arrière et je me mis à cracher une humeur sombre, carmin et fuligineuse... l'humeur me brûlait la gorge mais tout en même temps apaisait mon être. Le serpent plongea alors son regard dans mon regard et je vis des bassins... je vis un être à quatre bras portant une conque, un chakra, une fleur de lotus... Et là, dans ce monde détruit et perdu, il se mit à souffler dans sa conque...

OM

Je m’éveillais. Une petite fille... ou peut être était ce un petit garçon... était en train de me donner à boire. Ma tête reposait sur une pierre ronde et lisse mais je la trouvais mouelleuse.

- Je suis content que tu sois venu

l'enfant ne parlait pas et pourtant je percevais ce qu'il voulait me dire.

- C'est Sheshanag qui m'a dit que tu serais la...

- qui est tu...

- oh... je ne sais plus... et si tu ne m'avais pas appelé je ne serais pas revenu...

- je t'ai appelé ?

- Oui... ton être m'a appelé. Il y avait une odeur familière sur toi... celle de Joseph mais même sans cela je serais venu.

- Pourquoi ?

- Parce que tu m'as appelé. D'une certaine façon.

Quelque chose d'étrange émanait de cet enfant. Je m’apprêtais à regarder ce qu'il était dans le monde d'esprit...

- non ne fait pas ça !

- Pourquoi ?

- Parce que je peux brûler les yeux...

- ne t'en fais pas...

Il ferma les yeux quelques instants.

- oui je vois que tu peux le faire. Alors fais le.

Je regardais de mon œil intérieur l'enfant et je vis l'arbre rabougri briller... Il s'étirait tres loin mais devenait de plus en plus évanescent.

- tu es l'arbre ? Dis je avec surprise

- Un arbre. Qu'est ce que c'est qu'un arbre ? Dit l'enfant avec surprise

- Eh bien, c'est ce que tu es, c'est une plante, un organisme vivant... j'avais l'impression d'être face à un enfant de 4 ans... une bonne expérience de papa...

- pourtant je sens chez toi que je ne suis pas un arbre, dit l'enfant avec une voix traduisant des siècles de sagesse

- eh bien... les arbres ne sont pas doté d'une telle conscience chez moi non.

- Ah bon ? Les « arbres » ne parlent pas ? Dit il déçu

- Ils le peuvent pour ceux qui savent les écouter mais il ne le font pas aussi bien que toi.

- Et dansent ils ? Baptisent ils des choses ? Voyagent ils ?

- Non.

- oh. Alors je ne crois pas que je sois un arbre.

- en effet, je n'en suis pas sur non plus... dis je enfin. Mais qu'es tu donc alors ?

- eh bien je ne sais pas reconnu l'enfant. Je sais que je fus immense autrefois mais quelque chose vient un jour pour prendre ce que j 'étais et prendre tous les miens. Je crois que nous vivions entouré d'autres peuples et qu'ensemble nous vivions en harmonie. Dans mes souvenirs nous partions loin, nous voyagions au delà des mondes... jusqu'aux étoiles. Les arbres font ils ca ?

- eh bien non... je ne crois pas. Je pourrai peut être t'aider à te rappeler, qu'en dis tu ?

- oh tu saurais faire ca ? Dit l'incarnation

- eh bien je peux essayer.

Je n'avais jamais pratiqué avec un être non humain et ce que je distinguais de l'arbre laissait envisager un esprit d'une grandeur et d'une puissance que je n'étais pas sur de pouvoir contrôler si quelque chose se passait mal. Et pourtant à cet instant, je me sentais bien. Le yoga Sheshanag avait extrait de moi toute la colère, toute la tristesse, toute la rancœur et avait tout lavé. Je sentais mon ame brillante et mon esprit assuré. Je n'étais pas détaché, j'étais pleinement conscient, conscient de vouloir faire le bien, conscient d’être une parcelle du monde et donc le monde, conscient d'aimer tout ce que l'univers avait à offrir, conscient d'être la vie.

Je m'approchais de l'enfant. Il avait sur les genoux le serpent. Je posais mes mains sur la tête de l'enfant, mon œil spirituel sur le tronc et le voyage commença. Comme une petite créature, je me glissais dans les replis de l'écorce, en haut des brindilles et à l'extrémité des racines...

Le monde était vert, absolument vert. Des arbres un peu partout se dressaient, immenses. Ils étaient comme d'immenses mastodontes arpentant les plaines. Des milliers de créatures, oiseaux, bipèdes, se regroupaient dans les grandes enceintes de pierre bâties par ces êtres arbres immenses.

- nous vivions en harmonie, me dit l'arbre. Mon nom était Liskada et j'étais un Darakhata... un arbre pensant dans ton monde. Mais nous étions bien plus que des arbres... Nous avions bâti ces enceintes afin d'explorer toutes les formes de vies. Car tous ces êtres que tu vois en bas, étaient nos enfants. Je me rappelle combien nous aimions la Vie et la Vie nous aimait aussi, nous laissant jouer avec elle. Nous arpentions le ciel...

Je vis les darakhata accueillir sur eux des milliers d'êtres spirituels. Le darakhata s'incarnait comme Liskada et s'installait sur un immense fauteuil. Là, il entrait en résonnance avec tous les spirituels alors le darakhata grandissait et se couvrait de sphères et chaque arbre possédait sa couleur. Alors les spirituels qui s'étaient amassés aux pieds de l'arbre pour le faire grandir se mettait à marcher sur lui et lui se transformait et chaque spirituels s'installait la ou bon lui semblait. Le darakhata etait un vaisseau vivant. Et je vis... L'espace d'un instant j’eus peur d’évaporer mon esprit sur cette vision... Le grand arbre... Le grand arbre de lumière. Il était tout à la fois le monde d'en haut et d'en bas. Ses branches étaient si longues et si lourdes qu'elles pliaient jusqu'à toucher l'horizon de l'univers et ses racines étaient si anciennes qu'elles s’étendaient partout si bien que la dernière des branches touchait la dernière des racines. Le vis les racines du darakhata se dresser et commencer à glisser sur les branches de l'arbre de lumière. L'arbre voyageait physiquement à une vitesse prodigieuse des globes entourant ses racines crachant une sorte de courant d'énergie étrange qui n'étaient que la manifestation physique d'un phénomène spirituels. Les darakhata étaient des petits arbres faisant parti du grand arbre, ils voyageait comme à l’intérieur d'eux mêmes... comme des saumons sans une riviere. Je vis Liskada arpenter à de nombreuses reprises le cosmos. Le darakhata était immense, il s’était si bien adapté à sa condition de vaisseau qu'il en était devenu le magister. Il était alors retourné sur la planète pour élever les jeunes darakhata. Liskada dansa comme Sheshanag, des fruits comme des grenades poussaient dans ses mains et Liskada les posa autour de sa taille. D’énergie mâle, Liskada était devenu féminin.

- nos enfants venaient alors récolter les fruits...

Je vis ce qui aurait pu ressembler à un être champignon se saisir de fruits gros comme des grenades, les ouvrir avec délicatesse en faisant une petite incision et en recueillir les graines rouges et pulsantes. Il les posait alors dans une grande jatte de pierre lisse et là une multitude de créatures venait se saisir d'une graine. Toutes ces créatures étaient spirituelles, tout n'étaient animées que par un désir de vie.

- les jeunes darakhata grandissaient alors dans les foyers de nos autres enfants de sortent que toujours l'harmonie nous guide.

Je voyais ces êtres champignons, des hommes oiseaux, de ruches, des spores conscients chérir ce petit fruit et en l'espace de quelques jours seulement, le darakhata grandissait prêt à accueillir des voyageurs.

- c’était il y a longtemps, dit avec un peu d'amertume Liskada. Un jour des pyramides sont venues et ont tout détruit. Ils ont détruit la vie et il n'est plus rien resté que moi... Je fus écartelé mais il ne purent arracher totalement ma dépouille. Et tu me trouves maintenant... Je te remercie de m'avoir rappelé qui j'étais.

L'enfant pleurait. Je m'approchais de lui et le pris dans mes bras pour le consoler.

- tu n'es pas venu pour rien ami, me dit Liskada. Cette vision, c’était pour me rappeler que j'avais encore des enfants. Fais les vivre.

Sur la dernière branche de l'arbre, poussa alors soudain une fleur et de cette fleur surgit un fruit rouge de la taille d'une grenade.

- Prends les derniers darakhata, ami. Fais les vivre. Je sais que tu en es capable, je sais que d'autres en sont capables... et arpente les étoiles avec eux.

Sheshanag passa alors prêt de moi et une écaille tomba de lui.

- prends l'écaille du serpent et récolte le fruit, ami. Tu as vu comment faire.

J'ouvrais alors délicatement le dessus du fruit et j'en récupérais les graines rouges et palpitantes.

- le moment venu tu n'auras qu'a les distribuer. Les darakhata grandissent grâce a l'amour de la vie. Mais je vois que toi même tu es un petit arbre qui s'étend un peu partout... Tu sauras faire donc et les tiens avec toi. Maintenant croque dans la coque du fruit...

Je regarde la coque de la grenade. Un jus léger en coulait doucement. Je croquais dedans. Je reconnu aussitôt le goût du vin de Vishnou. Alors tout devint noir. J'eus l'impression d'etre absorbé, de me retrouver dans un cocon bleu et de traverser l'espace poussé par les racines d'un arbre immense.

J'eus alors une vision... La constellation prête à partir dans les étoiles sur les darakhata. La constellation libéré du joug de cette technologie impériale, de l'acier, de l'argent. Si nous aimions la vie alors et seulement alors la vie nous aimerait.

Je me reveillais sur le perron de la maison, le chien me léchant le visage, un sac de graines rouges et palpitantes à la main...






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