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 Enara, kaer Paloma, kaer Ava

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Jezabel Charlotte

Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeVen 26 Fév - 21:23

NIBEL
« Enora de Kersaint : Retour de la Barde Fantôme »


Après la discussion avec Eisen j’ai flâné dans les rues de Mourom. J’ai aussi assisté à un office dans une belle Eglise de glace, toute en bois, avec des icônes solennelles et compatissantes et un pope à la barbe blonde en forme de pelle. Il psalmodiait avec une belle voix de basse : ça créait presque des volutes dans la fumée de l’encens.

J’avais envie de chanter…

La nuit tombée, j’ai marché jusqu’à la Grande Place Rouge. Je me suis pointée devant un garde du Palais Rouge d’Yvan Yvanov : pouvez-vous m’annoncer à son Excellence, s’il vous plait.
Le garde me toisa ( avec une tête et demi de plus que moi, il ne pouvait que me toiser) et demanda poliment : qui dois-je annoncer ?

Enara de Kersaint, de Villon.

Ma voix n’a pas tremblé. Et je gardais un excellent souvenir de son Excellence le Grand-Duc de Mourom (et chef du Secret du Tzar des Glaces…). De plus, je n’avais plus un rond dans les poches (je m’étais empiffrée de glaces à en avoir la nausée) et par mémoire le Grand-Duc avait toujours quelques chambres douillettes et surchauffées disponibles pour des invités…

Je ne m’étais pas trompée : quelques heures plus tard le Grand-Duc me recevait.

Je voudrais chanter. Ici, à Nibel, à Mourom. Je veux chanter les deux sœurs : Téthys et Nibel. Vous m’avez déjà entendue, vous savez.

Et le lendemain matin, c’est en sirotant du thé chaud, sous le regard du Tzar Alexeï et des icônes (ils en ont dans toutes les pièces !), que nous avons discuté des modalités et de l’organisation de mon concert à Mourom, Grande Place Rouge, avec l’Orchestre et les Chœurs de l’Armée des Glaces.

Evidemment, mon répertoire devait être approuvé, mais tout ce que proposais était accepté : des chants traditionnels de Nibel, une ou deux hymnes patriotiques de la période de la Grande Guerre Patriotique, des reprises des bardes de Nibel célèbres (dont « les millions de roses rouges », « mes rêveries mes coursiers sauvages… »), la Litanie de Glaces (une des plus belles prières de Nibel), une composition de Piotr (celle que j’avais chanté la nuit où Minos est venu l chercher), des ballades de Thétys (Villon, Dasein, Escurial, Dandollo, Camelaan…), des chansons des iles de Makhno, de Tepesh…

Et mon répertoire propre intégral !

J’ai même eu l’impression que les chansons sur les marionnettistes et les concordiens étaient les bienvenues…

Quand j’ai annoncé le délai d’une semaine (je ne voulais pas non plus m’éterniser à Mourom : mes enfants et Alfadr me manquaient terriblement), il y a eu un léger silence. Et puis le haut chantre a tapé du poing sur la table et a éclaté de rire : alors on s’y met de suite ! Et dans une semaine toute Œcoumène entendra Mourom !

………………………

Une estrade a été montée sur la Grande Place Rouge. Avec tout un éclairage, des braséros (il faisait encore frais à Mourom), et des dés toiturés pour la famille du Tzar et les dignitaires. J’ai entendu que les Ambassadeurs seraient conviés, y compris Pearl Power d’Imperium de Beryl et Blanche de Coteret de Villon. J’ai entendu parler des interventions des Mages des Glaces, d’une utilisation de cristaux qui songent…

Mais à vrai dire je me moquais des modalités : ce que je voulais, c’est chanter.

J’ai dit : cinq jours de répétitions, de travail avec les musiciens, les chanteurs, les danseurs (ah bon, vous dansez aussi un peu ?), costumiers… Et deux jours de silence complet pour moi. J’ai appliqué à la lettre les conseils d’Ava et de Paloma. J’ai cotoyé des gens formidables, qui vivaient l’art comme une vocation, comme acte de foi et d’adoration de Nibel… C’est la première fois que je me lançais dans un projet aussi grand… J’ai décidé de faire comme j’ai toujours fait jusqu’ici : faire confiance !

Au bout de deux jours de mon séjour au Palais d’Yvanov, j’ai eu droit à une protection rapprochée (et assez discrète) de  quelques gardes ; j’avais interdiction de me déplacer seule en ville. Les trois derniers jours, l’on a mis dans la suite qui m’était dédiée (et qui était lieu de répétitions et de travail souvent) des filets de terne aux fenêtres, des plaques de terne un peu partout… Ma nourriture était goutée et testée…

J’avais écho des rumeurs de la ville par les musiciens et les Bardes du Tzar : beaucoup de monde était attendu…

Je n’avais pas mesuré l’ampleur de « Enora de Kersaint : Retour de la Barde Fantôme »

……………………………

Les deux derniers jours, j’ai dormi. Revassé… Fait mon « glandarus »… Essayé les tenues de scène… Depuis le miroir gris de terne c’est une Enara adulte qui me regardait. J’avais perdu mon duvet de pie juvénile, et même si je restais osseuse des poignets, j’étais assez remplumée et portais mieux les robes aux cols de plumes et de dentelles de flocons de neige…

………………………………….

J’avais le trac.

J’avais le trac. Trac. Trac. Trac-trac…

………………………………

Dans ce silence absolu de la foule invisible, j’ai réalisé que peu importe le lieu, l’occasion, le moment, je ne chante et ne chanterai que pour Alfadr. Et nos enfants… Pour qu’ils puissent chanter, eux, quand leur temps viendra.

Alfadr est ma voix.

Je savais qu’en cet instant il avait les yeux rivés sur un cristal qui songe, qu’il me voyait. En fait, non, il était là, avec moi. Les distances, les reflets des miroirs et des cristaux n’avaient plus d’importance…

……………………………………..

J’ai chanté Nibel.

J’ai chanté Thétys.

J’ai chanté les légendes et ballades anciennes, d’autres Ages, d’autres terres…

J’ai ployé ma voix aux harmoniques puisés dans mes souvenirs, dans ma vie, dans mes rencontres… Des complaintes lyriques… Des chansons de geste épiques…

J’ai été irrévérencieuse comme seule Moka savait l’être, n’épargnant ni Puissants ni Concordiens. Et quand j’ai dédicacé « Alexei a dit » à sa Majesté le Tzar, j’ai déploré que mon propre souverain n’ait pas d’humour, que les Marionnettistes le lui ont surement « coupé » comme il le sera dit dans la chanson suivante…



J’ai dédicacé donc quelques chansons à mon Souverain, sa Majesté le Roi de Villon… oh lui aussi devait m’écouter… Et à des Mages de Léda et ceux de Bjorngrad, reflets opposés mais tellement unis !

Ma chanson « Moka Moka Moka » a été reprise en chœur par la foule…

J’ai chanté la Magie et l’Adoration…


       
Non ! La magie n’est pas pouvoir sur un autre homme.
        Ni accaparement, ni contrôle des désirs.
        Elle est l’émerveillement que chaque instant nous donne
        Et qui dit « sois heureux, ô toi qui peux mourir »…


Avec le froid de la nuit, l’air chaud qui sortait de ma gorge se changeait en volutes de brumes. L’on pouvait littéralement « voir » me chants…

J’ai terminé par « Jeune Mage ». J’ai offert ce simple refrain à tous les mages d’Œcoumène…

Je me rappelle une pluie de fleurs est tombée autour de moi, et sur le public…

Les musiciens et les chœurs de l’Armée des Glaces ont repris le refrain… j’ai fait signe à toutes les personnes qui ont donnée une semaine de leurs vie pour cette nuit de venir me rejoindre, tous jusqu’au moindre petit page… Il y a eu des accolades, des embrassades, encore des fleurs…


Tu peux être libre
Sur Œcoumène
Il fait bon vivre
Sur Œcoumène
Qu’elle soit Haute ou bien Basse,
Grise ou faite de Glaces,
La Magie est Grâce,
Mon gars !

Tu peux être libre
Sur Œcoumène
Rêver ta route et la suivre
Sur Œcoumène
Aspirer au bonheur
Etreindre de ton cœur
Les Etoiles et les fleurs
Tu verras ….
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 1 Mar - 12:55




ce texte est inspiré de la chanson, en sujet et mélodie. mais c'est pas une parodie. c'est plus un hommage...



J’ai quitté mon pays…

J’ai quitté mon pays,
Les rivages de Triskel,
L’Océan Infini
Et ses marées m’appellent…

J’ai quitté ma maison
Aux volets en bois peints ;
Le berceau de mes chansons
Ecrin de mes refrains…

Je n’avais pas pris grand bagage
Des souvenirs d’enfance…
Vous m’avez fermé le passage,
Mis mon cœur en souffrance.

Il y a ce port, je me rappelle,
Des barques des pêcheurs à quai.
Je reste un enfant du Triskel,
Un oiseau exilé…

Les goélands crient sur la plage
Qui « bon retour » qui « bon voyage »…
A la Belle Mouette les marins
Chantent leurs joies, boivent leurs chagrins…

Il y a le Pic de la Veuve,
Ce ruisseau clair qui l’abreuve,
Un vieux château et son châtelain
Qui veuillent sur Kersaint…

Il y a un pont de mille lueurs
Vers l’Ile du Printemps en fleurs ;
Un phare et son gardien du temps…
Une famille qui m’attend…

J’aurais aimé faire ce voyage,
Mais on m’a barré le passage…
L’exil demeure un triste sort.
Combien d’années encore ?...

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 1 Mar - 13:02



Tombe la neige…


Tombe la neige…
Tu es loin de moi ce soir.
Tombe la neige
En poussière blanche sur velours noir

Par-delà les mers
Il y a une chambre
Une cheminée et un feu d’ambre
Qui brûle mes prières

Tu es loin de moi ce soir
Les volutes de blizzard
Dessinent ton doux visage
Dans les flocons de neige

Je chante et tu m’entends,
Mon étoile du ciel…
Comme une hirondelle
Je reviendrai au printemps…



*******************
inspiration en reflet à Salvatore Adamo, Tombe la neige
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 1 Mar - 13:10

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Les mains d’Enara de Kersaint ou Lettre ouverte au Roy depuis l’exil

Je suis partie chantonner
Comme une mésange en plein hiver
Par-delà villes et forets
Et merveilles des sept mers

La terre du Soleil de Glace
Me donna du pain et du sel
Et je lui offre avec grâce
Ma petite voix d’hirondelle

De ma terre natale
Je suis chassée en va-nu-pieds
Ce n’est que sur les routes
Que je peux encore brailler

Barde Noire ou Barde Fantôme
Me nomment les philistins.
Mais je reste dans mon cœur
Simplement Enara de Kersaint

Les printemps ramène toujours
Les hirondelles au berceau…
Quand reviendrai-je chanter
En ma belle Villon à nouveau ?

Si le Roy descend de sa tourelle,
Je pourrai lui tendre les mains,
Mains de la terre et du peuple,
Et mains d’Enara de Kersaint

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 1 Mar - 20:18


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J’ai quitté Nibel quand la glace a commencé à fondre sur le fleuve. Les routes étaient devenues boueuses et presque impraticables. Des milliers de ruisseaux charriaient la neige fondue, la terre et la promesse d’un beau printemps. J’ai suivi un régiment qui allait vers Makhno, en compagnie d’un des frères Akmatov (la famille du Grand Amiral) ; sur les conseils du Grand-Duc je devais éviter de voyager seule quelque temps. Ça a résolu mes tracas bassement matériels : je voyageais à cheval, les auberges étaient bonnes et je pouvais chanter à volonté.

A la dernière escale avant le port de Nevski, j’ai allègrement faussé compagnie avec un mot remerciements et d’adieux. Il faut dire que dans le village il y avait une caravane de marchands de Nogai : occasion rêvée d’emprunter une tunique, un voile et reprendre ma vie de Nadiréenne…

Et c’est en Nadiréenne que je suis revenue vers Nevski. J’ai réussi à trouver une barge de gitans de Tepesh, et avec quelques escales, j’ai fait le trajet inverse, jusqu’à Dasein. C’était une partie de trajet plus silencieuse… A Dasein j’ai suivi quelques jours une caravane de marchands allant vers Villon, puis une troupe de Minnesingers, puis un cirque itinérant qui longeait le fleuve… Et les quelques jours restant, j’ai marché tout simplement toute seule dans la forêt, avec toute la prudence requise et pour une Nadiréenne, et pour une Enara sûrement recherchée.

…………….

Qu’il est bon de respirer cet air parfumé de fleurs nouvelles, de résineux, de sève, de terre humide ! Je marchais pieds nus, comme dans mon enfance, m’enivrant de ces parfums, cueillant des fleurs, des chatons duveteux, des mimosas dorés, des anémones de bois…

Je rentre chez moi… chez nous… à la maison…

J’ai un foyer, une famille, un compagnon, des enfants… C’est ici maintenant mon chez moi ! Là où ils sont.

Pourtant le pays du Triskel me manque. Kesraint, l’Ile du Printemps, et Villon toute entière me manque ! Mais ils me paraissent maintenant comme une sorte de Tír na nÓg de mon enfance à jamais partie…

Je me demande ce qu’a pu ressentir Ava, lorsqu’elle a quitté l’Ile des Oiseaux, lorsqu’elle s’est installée vivre à Kersaint. Je ne lui ai jamais demandé ni pourquoi Kersaint, ni pourquoi être partie. Je l’ai même toujours vue comme une graine magique d’un autre monde, comme un œuf qui a été apporté par le vent à Kersaint, et qui y prit racine.
Est-ce que moi aussi je suis comme une graine perdue au vent qui s’est échouée dans notre Clairière ?

Est-ce que ma terre est celle de ma naissance ou celle où j’ai donné naissance ? Celle où j’ai grandi ou celle où j’ai choisi de vivre ?

Est-ce que ma terre est un lieu ? Ou est-ce un instant, un moment dans l’éternité, un battement dans mon cœur, où je suis avec celui que j’aime, avec nos enfants, ma famille, peu importe le lieu physique ?...

L’on m’a demandé un jour si j’étais déchirée entre mon héritage Philomène et mon sang humain. J’ai répondu que j’étais non pas un déchirement, mais un pont. Qu’en est-il des deux terres auxquelles je me suis liée : Kersaint, Triskel, et la Clairière de la Foret Noire de Dasein ? Serais-je déchirée entre elles ou serai-je un pont ?

En attendant, je suis une exilée. Je ne suis même plus moi-même. Je me sens comme un de ces Dragons de Sigin, voilée dans une métamorphose nécessaire pour ma survie et pour me trouver. J’ai été Moka. Puis je suis redevenue Enara. Une Enara plus forte et plus insolente. Jusqu’à ce que je me brûle les ailes de nouveau… Et maintenant je suis Mayssân, ou plutôt je suis La Nadiréenne. Une présence effacée, sans visage ; un murmure sans voix…
Ma seule vraie existence est dans l’œuf, dans notre chaumière, à l’abri des regards. Et c’est là que je porte mes deux plus beaux noms : celui de la Compagne, et celui de Maman…

Ce n’est pas lors de la Fête des jeunes que nous devenons adultes. Parfois c’est plus tôt… parfois c’est plus tard... Je pense que j’ai grandi quelque part entre mon premier voyage hors mon nid douillet de Kersaint et le moment où j’ai tenu nos enfants dans mes bras. Et je gambade à cloche pied dans les herbes d’un vert tendre, parce que je ne pourrai bientôt plus galoper comme ça. Et je ris toute seule, parce que je rentre portant la vie avec moi…

…………………………………
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMer 3 Mar - 18:00

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On ira
Où tu voudras, quand tu voudras.
Et si le lieu n’est pas, alors
On le créera dans nos cœurs.

De la nuit
Nait l’aube et l’arc-en-ciel nait de la pluie.
Dans le silence et la douce pénombre
Dans nos mains s’est niché le monde.

Si un soir
Je pars et je me perds dans le noir,
Tu es l’étoile qui me guidera.
Et si tu vas mal, je serai là.

C’est ensemble
Que nous rêvons un monde qui nous ressemble :
Un jardin fleuri, un simple foyer.
Loin des regards indiscrets.
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMer 3 Mar - 18:07

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« Tu ne portes pas d’alliance ?
Méfiance !
Ne serais-tu pas vilaine ?
Mi-mondaine ? »

« Nul besoin d’emprisonner
Pour aimer :
Ni collier, ni anneaux,
Ni mots.

Mes chansons m’ont été voile
Nuptial ;
De rimes et de ritournelles
Est sa dentelle.

Fleurs des champs et herbes hautes
Sont ma dot,
La lumière de l’aurore
Est mon or.

Voyez, je porte l’alliance :
Esperance.
Serment, passion et tendresse,
Promesse.

J’ai reçu mes plus beaux noms
Au printemps :
Compagne d’un homme
Et maman. »
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMer 3 Mar - 19:42


…………………………………….


Je suis rentrée chez moi.

Paloma s’était merveilleusement bien occupée de la maison.

Les enfants ont grandi et j’étais arrivée juste à temps pour voir leurs premiers pas et m’émerveiller, comme tout le monde, devants leurs premiers mots (sans surprise c’est un mélange de Shii et de toutes les langues qu’ils ont entendu à la maison…).

Troy était heureux de me retrouver, mais beaucoup moins enthousiaste pour envisager le départ de Paloma. Je me suis abstenue de lui faire remarquer que si son poil soyeux continuait à s’épaissir et son double menton à doubler, vers l’automne il ressemblerait plus à un ours prêt à hiberner qu’à un familier d’un mage. Mais parfois je crois qu’il lit dans mes pensées…

Alfadr travaillait toujours autant… On a pu compléter sa bibliothèque avec des ouvrages que j’ai trouvés sur mes routes, à Nibel : les écrits d’Eisen (une ancienne édition, sur papier jauni et annotés par des illustres inconnus), quelques ouvrages de Lupin (en langue de Nibel évidemment) et un livre attribué à l’Archer Gris. C’était une manière pour moi de dire que j’admettais que certains ouvrages n’étaient pas un blasphème à l’énergie libre de la Parole transmise, ou du moins une pas si grosse hérésie que ça…
Moi-même j’ai essayé de lire récemment, pour progresse en langue de Solon, un ouvrage chipé sur l’étagère d’Alfadr : « le Banquet », d’un Haut Mage de Solon. Vu le titre, j’ai pensé y trouver des recettes de cuisine traditionnelle… Et quand j’en ai fait part à Troy, il a eu une crise de fou rire. Limite vexant. J’ai compris plus tard pourquoi…

La vie a repris son cours.

Mon ventre s’arrondissait. Mais je savais mieux doser les efforts et les triplets marchaient de mieux en mieux. Troy les surveillait… A vrai dire il ne les quittait pas ni le jour ni la nuit. Et s’adaptait à leur sommeil pour se reposer. Parfois je me demandais si leurs « Muttie » ou « Máthair » ne s’adressaient pas aussi bien à Troy qu’à moi. Quant au « Daid », étiré, chanté sans aucun accent (ils ont tout de même 1/4 de sang elfe !) il était réservé uniquement à Alfadr.

Peu après mon retour, après l’Equinoxe, j’ai puisé dans les grâces de Rind. Je voyais bien l’attachement d’Inge pour les enfants, son fils et les miens. Et il y avait aussi Anke, et son mari Rainer ; chaque agneau qui naissait dans leur petit troupeau, ils le cajolaient comme un enfant tant espéré mais que la malédiction noire leurs refusait… deux lunes plus tard j’ai été appelée par Rainer affolé: sa femme était malade disait-il. Je suis allée la voir, l’ai examinée. Et quand j’ai annoncé que ça passera qu’ils doivent préparer un berceau, ils ont tous deux pleuré de joie.

Pour le Solstice, il y a eu une grande fête au village : un feu sur la place, des danses, des chants…

Nous aussi on a dressé un feu dans la clairière, dans un cercle de pierres, parfumé de résine des sapins. Et quand les pommes de pin éclataient, ça projetait une pluie d'étincelles tout autour. et les enfants riaient de voir ces myriades d'étoiles filantes de flammes danser autour de nous... Une nuit de contes et de magie…

…………………………………………..

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeJeu 4 Mar - 18:38



…………………

Je continue de m’exercer à lire.

J’ai découvert le plaisir de se percher sur une poutre ou une branche (je suis officiellement interdite de nouveau de branches et de poutres encore pour quelques lunes, alors c’est plutôt sur un tas de coussins ou sur une paillasse dans l’ombre du chêne ou des rosiers, alors je me sens comme une oie sur un nid dans les herbes hautes…) et de lire un livre.

Troy m’a demandé une fois pour qui je lisais : les enfants dormaient, Alfadr travaillait dans son pigeonnier (je pense qu’on a fait une croix sur les pigeons, mais maintenant on a des chèvres, comme Ava, et du lait chaud et mousseux avec du miel…). J’ai dû expliquer que je n’avais pas l’habitude de lire, et que si je ne rassemblais pas les lettres en un mot prononcé, elles s’éparpillaient sur la page comme une bande de moineaux. Et c’est pareil avec les mots, je devais les lire à voix haute, sinon le sens de la phrase se perdait quelque part entre la page et mes yeux. Et aussi que j’avais beaucoup de mal avec un texte peu rythmé, et que… et que quand je me suis lancée dans la théorie des techniques de mémorisation et la structuration de la pensée comme musicalité, Troy semblait peu convaincu (une mémoire parfaite est une nécessité, selon lui, or tous ne l’ont pas, ce qui restreint accès à la connaissance ; sans compter qu’un apprentissage direct de maitre à disciple n’est pas toujours possible…).

Mais il a admis que c’est agréable de se faire lire un livre…

Une idée m’est venue : si je suis douée pour mémoriser et restituer des conversations (je n’y suis pour rien, c’est une question d’entrainement basique d’un Barde), je pourrais peut-être descendre dans une mémoire ancestrale et retrouver par oralité des ouvrages perdus ou détruits par le temps, de la bouche même de leurs auteurs ou de leurs lecteurs attentifs ?
J’ai déjà entendu Alfadr se désoler que tel ou tel ouvrage est introuvable ou définitivement perdu… Peut-être ça pourrait l’aider ?

……………………………..

Ce mois d’aout est chaud. Très chaud. Tellement chaud que je cherche la fraicheur dans mes souvenirs de Nibel. Et j’ai envie de glaces.

Il fait tellement chaud que l’eau dans le gros baquet à lessive rempli à l’aurore a le temps de se réchauffer avant midi, pour la plus grande joie de Fergal, d’Elros et d’Elen (c’est le diminutif d’Elentir). Et de Troy, qui y plonge avec délectation et arrose tout le monde en s’ébouriffant.

Et j’ai envie de glaces…

Les triplets… Ils ont presque deux ans, marchent, courent, galopent, parlent, babillent, crient, jouent, rient… Je soupçonne qu’ils ont un langage rien qu’à eux, il parait ça arrive, et sont toujours de connivence. Les jouets qu’Oncle Drogon a fait transmettre par Paloma, et ceux qu’on a restauré, et ceux qu’on a fabriqué, et ceux qu’on nous a offert, trainent un peu partout dans la maison et dans le jardin. Il y a de la vie dans la Clairière de Martin…
Les enfants n’ont aucune peur des animaux de la forêt. Et réciproquement. J’ai déjà vue plusieurs fois une biche et ses faons venir, des perdrix, des sangliers, des rongeurs (nous avons plusieurs familles de musaraignes), des renards (il doit y avoir un terrier non loin)… Et bien sûr des oiseaux !

Fergal est l’ainé des triplets. Il porte bien son nom (« brave », « valeureux ») : je sens la lignée d’Ogier. Le plus combatif des trois, il demande beaucoup d’attention, surtout depuis qu’il marche et grimpe, et imagine que Troy est un destrier de combat…

Elros, le second, est plus calme (« écume d’étoiles ») mais tout aussi espiègle quand il a quelque chose en tête. Et il est souvent à l’origine des disparitions d’objets divers (ustensiles de cuisine, plumes d’oie couverte d’encre qui trainent parfois…).

Elentir, la troisième, (« qui scrute les étoiles ») a les yeux d’Alfadr. Et quand elle fait sa tête d’innocence incarnée, impossible de résister.

Et j’ai terriblement envie de glaces.
Des glaces de Nibel… Au nougat, au miel, aux fruits rouges, avec de la confiture ou une sauce chaude au caramel au beurre salé… et de la crème fouettée…

………………………………

Quand Alfadr reçoit la visite du Colporteur du Bateleur, généralement je reste cachée, enfermée dans une pièce, avec les enfants, jusqu’à ce que sa roulotte bariolée s’éloigne pour de bon.

Mais cette fois il tarde. Je les entends discuter d’un coffre pour « votre compagne », « la dame Nadiréenne », « si elle pouvait sortir... »… J’entrouvre légèrement la porte. Il y a un effet un gros coffre enveloppé de tissus par terre. Intrigant. Je rajuste mon voile, en mettant en dessous une résille de terne (on ne sait jamais !), et appelle Troy pour garder les enfants.
Et puis m’élance, de ma démarche actuelle, lente, dandinant comme une oie grasse (à huit lunes on ne galope plus comme un chevreuil !), vers le salon.

Je sens le Colporteur jubile, il a gagné ! Oui, d’accord, je suis sortie, il y a bien une Nadiréenne qui vit ici. Mais je ne lui adresse pas la parole directement et garde les yeux baissés. Oui, bien sûr, c’est très aimable, d’avoir pensé à moi, humble servante (Troy, si tu pouffes de rire, je te priverai du bain avec les enfants…)… Un présent, c’est si généreux … est-ce onéreux ? Je ne sais pas si nous en avons les moyens, mon Maitre (le « Maitre » c’est Alfadr bien sûr, je ne sais pas comment il arrive à garder son sérieux quand je le gratifie de ce titre, et d’une volée d’autres appellations toutes aussi typiques des terres de Kaldoun, le tout en langue de Dasein avec un bel accent de Pardès)… j’arrive à négocier le prix ; le Colporteur est heureux. Moi aussi : je veux savoir ce qu’il y a dans ce coffre. Mais j’attends que la roulotte parte.

Nous sommes tous agglutinés devant le coffre couvert de tissus bariolé (faudra bien le laver, les couleurs ne me plaisent pas). Sous le tissu, c’est un coffre en bois, il me rappelle quelque chose… J’en déjà vu à deux endroits : chez le Maitre Bertillon Mulot et chez Alexei sur l’Ile du Printemps…

C’est le même mécanisme d’ouverture.

Et c’est froid à l’intérieur… un système de refroidissement alchimique…

Et des bacs couverts de givre !

Des glaaaaaaaces de Nibel !!!!!

…………………………………………………………………..

Pendant une bonne semaine nous avons mangé des glaces.

Je pense que la charge prévue à l’origine devait faire durer le refroidissement alchimique un bon mois, mais les glaces n’ont pas duré autant… Alors j’ai fait glacer dans le coffre de la crème fouettée, de la crème avec des fruits broyés, des fruits en purée…

Et puis un mois plus tard jour pour jour l’alchimie a cessé de fonctionner… Mais la chaleur d’été était partie aussi, et plus personne ne réclamait de glaces…

……………………………………………………………..

Les jours allaient se raccourcissant. Je me permettais encore quelques promenades avec les enfants et Troy, mais nous ne nous éloignions plus trop de la clairière et nous contentions de ramasser les dernières baies et les premiers champignons des alentours. Ici la saison des pluies et des champignons vient plus tôt qu’à Kersaint. Et les premiers froids aussi.

J’ai accouché à l’Equinoxe, au crépuscule.

Le lendemain matin les premiers givres ont blanchi la clairière : elle a scintillé de mille feux, comme couverte de pierreries précieuses aux rayons pales du soleil matinal. On aurait dit le pays d’Annwn…

Et me voilà de nouveau « en relevailles », couverte d’une véritable grappe d’enfants : les triplets fascinés par les deux oisillons nouveau-nés, qui ne font que dormir et téter, et les oisillons en question qui se blottissent dans mes bras : une fille, Ilmarë (« Lumière des étoiles ») et un garçon, Maeglin (« regard vif »).
Et Troy, épuisé d’avance rien qu’à l’idée de s’occuper de cinq poussins… Et qui se demande surement si je ne compte pas repeupler tout le Dasein en quelques années (non, Troy, on va attendre que les oisillons grandissent un peu… Et puis les pies ont toujours deux à trois oisillons ; si j’étais d’ascendance des bestiaires sanglier, il faut savoir qu’une laie a entre deux et dix marcassins…)
Et Alfadr, mon amour, ma vie, mon étoile…

……………………………………………………..


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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeVen 5 Mar - 17:39

…………………………..

L’hiver en cette année 15 a été froid. Je peine à m’habituer à ces hivers plus secs et plus enneigés qu’à Kersaint. En terre de Triskel il fait plus doux. Ici, les vents du nord soufflent plusieurs jours d’affilé. Les nuages descendent, bas et gris acier. Puis le vent se calme, et les flocons tombent et recouvrent la foret, comme un duvet blanc et scintillant. En une nuit l’on se retrouve comme dans un royaume enchanté…

En hiver les gens du village viennent moins : les sentiers sont recouverts par la neige et il faut vraiment avoir une bonne raison pour patauger une bonne demi-heure dans la poudreuse jusqu’aux genoux. Mais si des chasseurs vont dans la foret, il y en a toujours un qui nous dépose un peu de gibier.

Paloma m’a appris à faire des bocaux. J’ai passé l’été et l’automne à faire ces bocaux ! Evidemment, je suis loin d’être une aussi bonne cuisinière que me mère… Mais ça me change de manger autre chose que des topinambours ! Parce que ces topinambours, j’en ai mangé pendant des mois quand les triplets étaient petiots : Inge et toutes les femmes du village ne m’apportaient que ça, « c’est bon pour la montée du lait » … Impossible de lutter face à cet argument. Et cet automne aussi, j’y ai eu droit. Topinambours en purée, à l’eau, en soupe, cuits dans de la graisse, en gratin, en bocal, dans les cendres… Et bien sûr des tisanes de fenouil, anis, chardon-marie. Mais les fleurs et les plantes, j’en avais des bouquets et des sacs pleins suspendus sous les combles (c’est comme ça qu’Ava m’a appris à sécher les herbes, au sec, dans un endroit peu éclairé et « tête » en bas).

Au solstice nous avons essuyé une belle tempête de neige de bien trois jours. Même Troy ne sortait pas. Moi je ne sortais que pour m’occuper des chèvres, blotties dans la grange, heureusement il ne faisait pas si froid que ça. Je craignais pour le toit du pigeonnier, mais il a bien tenu. Nous avons été protégés par la foret, mais sur les hauteurs il a plus soufflé, des arbres ont été déracinés…

Une fois la tempête passée, nous avons déblayé devant la porte, et Troy a joyeusement sauté dans le tas de neige et est disparu complètement. Alors les triplets ont glapi de joie et y ont sauté aussi… Et Alfadr a voulu aller jusqu’au pigeonnier, mais je crois en route il a trébuché sur Troy ou les enfants, il s’est étalé dans la neige aussi… Et comme les jumeaux dormaient dans un nid de duvet et de fourrures, je suis partie chercher les grands… Et nous étions tous en train de nous rouler finalement dans la neige, jusqu’à ce qu’on repêche, comme des gardons, trois gamins aux joues roses et aux nez gelés et un familier de mage avec des glaçons aux bouts des poils des bajoues.

…………………………………………………..

Une lune après le solstice d’hiver, J’ai appris une heureuse nouvelle : Inge a donné naissance à une jolie fille, toute joufflue. Je lui ai fait transmettre tout un tas de conseils et de recettes de préparation des topinambours !

Quelques semaines plus tard, c’était au tour d’Anke. Son mari Rainer a frappé chez nous en pleine nuit, essoufflé. Je l’ai laissé se reposer un peu avec Alfadr et je me suis envolée pour le village. Voler était plus rapide que marcher, mais certes moins discret, surtout quand la lune est pleine.

Un bon tiers du village était rassemblé dans leur maison, les parents, les amis, les vieilles femmes avec leurs châles tricotés, les femmes plus jeunes. Heureusement Inge était là aussi, avec sa fille qui braillait comme une jeune chèvre, ce qui était normal vu l’affolement général. C’est à elle que j’ai demandé de virer tout ce beau monde.

Anke était plus âgée ; tard pour un premier-né. Et puis donner naissance la nuit de Loa n’était pas forcement chose facile… Et puis l’enfant se présentait de siège. Je remerciais mon voile de Nadiréenne de cacher mon inquiétude et la rassurais autant que je pouvais : qu’on soit femme ou brebis, donner naissance est pareil… Inge était restée pour m’assister, s’occuper des langes, de chauffer l’eau… J’ai fait apporter une bassine de bain, avec une infusion de plantes, pour détendre la pauvre Anke, déjà épuisée par la douleur et l’inquiétude. J’avais déjà fait ça une fois, à Villon, ça avait bien facilité le travail. Dans le calme j’ai pu aider l’enfant à se retourner ; ça a duré des heures, peu à peu, en douceur, je restais attentive aux battements de deux cœurs.

Inge dormait avec sa fille accrochée en écharpe, peau contre peau. C’est aussi comme ça que j’ai porté mes enfants… Je crois que toutes les mères se ressemblent… C’est l’amour de nos enfants qui nous unit toutes. J’avais l’impression de voir Thétys elle-même, au sein généreux, notre mère à nous les Archipeliens…

Quand les contractions ont repris, Anke a seulement gémi et m’a broyé l’avant-bras quand je l’ai aidé à se relever. Et j’ai réveillé Inge, pour qu’elle soutienne son amie, debout. Je sais que la mode des villes est d’accoucher allongée, mais c’est beaucoup plus long, plus difficile. Plus risqué. Quand on est débout, c’est Œcoumène elle-même qui appelle l’enfant à elle, qui l’invite à sortir. C’est pour ça qu’on doit harmoniser son cœur et son souffle sur ceux d’Œcoumène.
Et c’est presque sans efforts, alors que nous soufflions toutes les trois en chœur, que l’enfant a glissé doucement dans mes mains, une tête ronde, une épaule, il se tourne, deuxième épaule, il tourne encore, je mets une main sous son dos, tire doucement, et il vient tout entier, chaud et rose, et pousse son premier râle (tiens, il sera vigoureux, lui ! ou bien un bon chanteur…). Le temps de faire le nœud sur le cordon, de l’examiner, le laver, hurlant comme un coq aux premières lueurs de l’aube… Inge s’occupe de la délivrance (je constate effectivement que les anciens cultes sont bien respectés ici) et de coucher Anke purifiée…
Ce n’est que quand je pose le garçon dans les bras de sa mère qu’il arrête de brailler et s’endort.

Nous nous regardons toutes les trois et pouffons de rire : « topinambour !»

Quand Rainer rentre dans la pièce, nous rions encore…


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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeVen 5 Mar - 17:53

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Mon étoile est dans l’écrin de tes yeux


J’aime ta voix couleur de brume
Quand tu me parles tout bas ;
Nos ballades au clair de lune,
Quand tu me prends dans tes bras.

J’aime entendre quand ta plume
Glisse sur une feuille de velours ;
Quand la chandelle murmure
Des mots devenus tabous.

J’aime la douceur des soirs
La pénombre du Grand Chêne ;
J’aime, au détour d’un regard,
Glisser ma main dans la tienne.

J’aime la fraicheur de l’aurore,
Qui nous ravit, et nous étreint,
Fait glisser ses perles d’or
De la rosée dans nos mains.

J’aime tous ces instants… L’impermanence
Les rend d’autant plus précieux.
Tu es ma voix dans le silence,
Mon étoile dans l’écrin des cieux.

Mon étoile est dans l’écrin de tes yeux





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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeVen 5 Mar - 18:25

Le Pigeonnier d’Alfadr.


Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Pigeon10


A l’origine, cette tour devait réellement accueillir des pigeons, colombes, palombes, tourterelles…

Mais… Il y a eu plusieurs « mais ».

D’abord celui d’un bureau de travail pour Alfadr pour tout ce qui concerne son intérêt pour les Apothéosiens. Il était difficilement envisageable qu’un tel « endroit » soit compatible avec une vie simple, discrète et familiale dans la chaumière. Rien que le fait de savoir qu’il y a un cristal qui songe dans la même demeure que moi me faisait stresser comme un dindon face à un torchon rouge (oui, il n’y a pas que des taureaux). Sans parler des autres babioles et visites des colporteurs.

Ensuite, il fallait un lieu protégé des enfants. Dans les deux sens. Protéger les enfants de toute tentation d’y mettre leurs pieds et leurs mains, bien sûr. Mais aussi protéger le calme d’Alfadr des braillements, des courses-poursuites et autres jeux. Une simple porte fermée, même avec une clef n’était pas suffisant.

Il fallait aussi un bureau de travail spécifique, en plus de celui de la maison avec sa belle fenêtre qui donne sur les rosiers et ses étagères avec tout un tas de livres intelligents mais difficiles à lire…


L’idée du Pigeonnier s’est imposée d’elle-même. Après quelques aménagements, on y a mis trois bons étages, deux échelles coulissantes permettant de grimper (eh oui, tout le monde n’a pas d’ailes !) et un chauffage à charges alchimiques (pour les journées fraiches d’hiver, trouvé dans une carriole de colporteur du Bateleur, au moins on ne craint pas que ça s’enflamme !).

Je ne sais toujours pas comment c’est aménagé à l’intérieur ! Je n’y ai jamais mis les pieds. La porte en est toujours fermée avec une belle clef en terne. La nuit, parfois, on voit des belles lueurs un peu fantomatiques depuis les fenêtres ; on dirait un peu les teintes des aurores boréales de Nibel… Il y a du lierre sur un coté (j’avais besoin du lierre pour les lessives, et c’était un bon endroit pour en planter !)

Je sais aussi qu’il y a un nid de pies qui est dans le noisetier en face (mais les pies étaient là avant qu’Alfadr ne prenne possession du Pigeonnier), j’ai prévenu de na pas laisser trainer ce qui brille près des fenêtres… Et au printemps il y a plusieurs nids d’hirondelles accrochés sous la toiture (le calme devient assez relatif entre l’éclosion des œufs et l’envol des juvéniles…)
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeSam 6 Mar - 12:54

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De La Nature Du Vol

De Natura Volatus (vol des oiseaux), De Natura Furtus (vol, crime)



Avez-vous déjà volé ?
Non ? Mais vous pourriez
Vous envoler, si vous vouliez…
Pourquoi vous riez ?

J’ai bien volé jusqu’au ciel
Dans les tourbillons
De mes rêveries démentielles
De princesse en haillons...

J’ai volé jusqu’à Loa
Jusqu’à son beau palais,
Lui voler un petit éclat,
Une voix pour mes couplets.

J’ai volé jusqu’à Mara,
Pour tomber dans ses pièges,
Miroirs moirés, et je tournoie
Sur chaines de sortilèges…

J’ai volé dans un orage,
Où la lumière s’abime :
Entre les barreaux de mille cages
Des mausolées en ruines…

Et j’ai volé aux arcs-en-ciel
Leurs parures précieuses,
Et je les change en ritournelles
D’innocence malicieuse.

Quelques fois aux papillons
Je vole en bout d’aile
Pour que volent mes chansons
Loin jusqu’à Triskel.

En antique cleptomane,
Illustre Anonyme,
Je vole des passions profanes
Et les change en rimes.

Me donnerez-vous vos trésors ?
Devrai-je vous les dérober ?
Je me moque de votre or,
Trouvez mieux pour m’appâter…

Je vole, du bout des ailes,
Des plumes de promesses,
Du flocon de neige de Nibel
Au grain de sable de Pardès.

Je vole… Et au détour d’un soir
J’ai rencontré un plus grand voleur,
Sans y penser, sans le vouloir,
Il m’a volé mon cœur ;

Il m’avait mis un anneau au doigt,
Sans l’ombre d’une pensée.
Je le lui rendis, mais mon cœur s’en alla
Avec ce geste si anodin et tellement insensé.


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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeDim 7 Mar - 18:18

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Pardon Royal et retour à Kersaint





Le soir même de mon « pardon » officiel par Sa Majesté Abelard 1er j’ai donné un récital dans le cabaret d’Hubert La Femme A Barbe. C’était moins un récital qu’une fête entre amis, car ça a commencé par quelques chansons, des personnes sont venues, reparties, d’autres sont venues, et a fini avec tard dans la nuit, avec Hubert, Panthéra, Attal, Mylandar, et même Maitre Mercier était passé…

Depuis combien de temps je n’avais pas ressenti cette chaleur d’une simple amitié ? C’était mes retrouvailles avec Villon que je célébrais. C’est cette affection pour Villon qui nous unissait tous. Peu importe le céans qui se pose sur le trône en ce moment, nous ne faisions qu’essayer de limiter la casse ; tant de charognards de disputaient cette pauvre carcasse de Villon, les Marionnettistes, les Apothéosiens, le Ploutomanciens, les Ménestrels royaux… cette carcasse d’une Villon encore vivante !

Nous nous sommes promis de nous retrouver à Kersaint, prochainement. Le vieux château des Ogiers était assez vaste pour accueillir du monde, et je pense Oncle Drogon appréciera ces invités…

Après quelques heures de sommeil, encore enivrée et par le froid du vide sidéral et par la chaleur d’Œcoumène, je suis allée déjeuner à l’Auberge des Sept Sages, face à l’Université des Arts Magiques de Léda. J’ai toujours rêvé d’y retourner. C’est ici que j’ai rencontré Alfadr.

C’était un lapsus, je sais, j’ai demandé une table pour deux, avant de me corriger, non, juste pour moi, je suis seule… Alors comme il ne restait plus de place, on m’a mis à côté d’un groupe de jeunes mages, braillant come une bande de moineaux. Ils parlaient de la politique, de la Haute Magie, ils se revendiquaient de la Faction des Modernes… Peu à peu, leur enthousiasme m’a gagné, et ils m’ont inclus dans la conversation. Puis quelqu’un m’a demandé quelle magie j’étudiais, il faut dire que nous tous de la même génération, je n’ai que 23 printemps, bientôt 24, alors j’ai dit que j’étudiais le chant et que j’étais apprentie Barde. Il y a eu silence de quelques instants… Je me sentais devenir rouge comme une pivoine… Et puis quelqu’un a demandé : tu ne serais pas Enara de Kersaint ? J’ai dit : oui.
Et puis c’est allé très vite et le tohu-bohu a gagné toute l’auberge, on a bougé les tables, les bancs, on a annoncé un récital surprise d’Enara de Kersaint, la Barde Fantôme, il s’est trouvé quelques musiciens désireux de m’accompagner, l’on m’a hissé sur une table devenue estrade… Et j’ai chanté. On a chanté en chœur, en échos, en reflets…

A l’étage, les rideaux des alcôves étaient tirés, il y avait des Mages de l’université, des illustres érudits… su les balustrades, les marches de l’escalier des grappes d’étudiants…

Et pourtant, il y avait cette absence…

Il y avait de plus en plus de monde, la rumeur a dû courir à travers ce quartier de Leda, je suis sortie chanter dehors, sur le parvis de l’Auberge. La majestueuse Université des Arts Magiques de Leda me contemplait par des centaines d’yeux, de ses gargouilles de pierre, des scribes, des serviteurs, des magistères, des jeunes mages, des apprentis, des passants…

Et il y avait cette absence…

L’air était frais et vibrant de transparence sous un ciel d’un bleu limpide. Les rayons obliques faisaient courir des ombres dansantes sur les pavés. Il n’y a jamais vraiment d’ombres ni de nuit en ces hauts quartiers de Leda. Ici, les ombres sont transparentes. La nuit même est transparente…

Non, c’est moi qui étais transparente…

Comme si je chantais pour me donner incarnation et consistance. Comme si je criais, me reconnais-tu ?! à cette absence. Comme si je ne chantais que pour lui, je n’ai jamais chanté que pour lui…

J’ai beau brailler, en cet instant, je lui étais tout aussi transparente comme ces derniers mois. J’étais un de ces bruits de fond, auxquels on s’habitue, qu’on supporte, et qu’on finit par ne plus entendre.

J’ai eu une extinction de voix à la mi phrase. Dans le vacarme des jeunes mages qui beuglaient en chœur, ça passé inaperçu. Paniquée, j’ai cherché des yeux une surface miroitante et j’ai plongé dans un panneau de la vitrine des Sept Sages, là où est écrit le menu.

J’ai roulé sur le sol en bois dans le bureau d’Alfadr, la seule pièce avec un miroir dans la chaumière. Notre chaumière…

Aucune lumière dans la maison. J’ai marché doucement, pour ne réveiller personne. Il n’y avait personne à réveiller ici. J’ai vu par les interstices des volets mi-clos ces mêmes lueurs fantomatiques du pigeonnier, la Tour de Mage d’Alfadr, qui m’avaient fait fuir ce lieu. Je crois que Troy gardait toujours l’entrée, je n’y voyais plus, trop sombre…

Combien de jours ont passé ? Combien de semaines ?

Le bureau était dans le désordre et vide. Vide de vie. Il faisait frais… j’ai marché, quelques lattes ont grincé. Il y avait quelques braises encore dans le foyer ; j’ai rajouté des buches. Est-ce que nous étions come ce feu, presqu’éteints, à l’état de braises ? J’avais envie de hurler ; je n’avais plus de voix.

Je suis revenue dans ce bureau. Des étagères avec des piles de livres… Dont ce fameux « Banquet » qui ne parle pas de cuisine… Sur la table, des feuillets éparpillés du « Livre sur la Mortalité », il ne l’a pas encore fini… J’y dépose la plume d’améthyste de Minos (j’ai oublié de la rendre au Scribe) et une poignée de poudre violette scintillante de ce monde lointain. C’est mon présent pour Alfadr, car il proche de Minos.
J’aime ce concept de « belle mort », car pour moi il est reflet de « belle vie », une vie authentique, sincère. J’y ai gouté. Nous l’avons vécu, depuis ma fuite de Villon, trois ans, oui, c’est ça, trois printemps…

Et puis quelque chose s’est délitée.

Alfadr disait être pressé par le temps, car en l’an 18 il devait se passer quelque chose, le pouvoir des cinq Apothéosiens serait absolu sur Œcoumène… Alors il s’enfermait dans sa tour, pour étudier, travailler, pour contrer cette menace, pour créer un rempart contre l’Ombre de l’Apothéose… Il était le cœur de cette organisation Ver Dans La Pomme, il était un Aspirant renommé et respecté, une vraie personne d’influence…
Il travaillait de plus en plus tôt dans la matinée, il rentrait de plus en plus tard, hagard, épuisé, encore entouré de ces lueurs fantomatiques sinistres, parfois il ne rentrait pas pendant plusieurs jours… Et quand il rentrait, ce n’était plus tout à fait lui, ou plutôt comme si seule un spectre de chair rentrait, alors que le vrai Alfadr restait encore dans sa tour… Comme si l’Oracle me l’avait pris.

Ce que le Roy Abelard n’avait réussi à faire, l’Oracle a réussi. Le ver, à force de vouloir creuser dans la pomme s’est laissé engloutir par cette pomme. C’est comme ça que les Apothéosiens sont entrés chez nous.

J’écris une lettre à Alfadr. J’essaie de peser chaque mot. Et pourtant, je n’arrête pas de faire des ratures… c’est que je n’ai pas l’habitude d’écrire !

Quand est-ce que ça s’est délité ? Qu’est-ce que je n’ai pas su voir ?

J’écris longuement. Pas la peine de se mentir à soi-même : je guette ses pas, un bruit de porte qui grince, un courant d’air… Mais rien ne se passe. Il ne vient pas. Il ne rentrera pas… pas cette nuit…

Je laisse la lettre sur le bureau. En partant, je laisse la porte entrouverte… Je butte sur un vase en terre cuite, il se brise en roulant par terre… Il y avait une branche de sapin, décorée par les enfants. Elle est toute sèche… Je laisse les débris en l’état. Est-ce qu’il les verra ? Est-ce qu’il comprendra ?
Pourquoi p’pa rentre si tard ?, m’avaient demandé les enfants, plusieurs fois. Et à chaque fois j’ai répondu qu’il travaille sur quelque chose de très important…
Qu’est-ce qui est « important » ?
Je ne pourrai pas combler cette absence d’attention de leur père dans leurs cœurs !
Je repense à Abelard, à son immaturité, sa quête d’affection que rien ne pourra combler, comme s’il ne s’autorisait pas de vivre par et pour lui-même… A-t-il été aimé enfant, désiré, choyé ?

Je sors, et c’est le silence absolu. Je marche dans la neige, j’ai les pieds nus, mais ce silence étouffe même la morsure du gel. Je contourne la chaumière, j’évite les lueurs et la vue de ce pigeonnier…

Le Grand Chene est assoupi sous son duveteux manteau. Il y a la tombe de Martin. Elle est toujours couverte de fleurs : les fleurs de glace en hiver, des primevères au printemps, des violettes timides et des feuilles dorées ou rougies en automne… Je casse en deux la branche que j’avais prise aux pieds de l’Arbre de Rind et de Minos, au Palais de Minos. Je creuse la neige, ici, près des racines, cet automne un jeune sanglier a fendu l’écorce, à force de creuser et chercher des glands. J’y mets la branche de l’Arbre Céleste, qui sait, peut-être elle y trouverait vie… L’autre moitié, je la planterai à Kersaint.
J’espère que cette nouvelle pousse, si elle prend, plaira à Martin. Et à Alfadr…
J’aurais tellement aimé que Martin me réponde, en cet instant, mais il n’y a que le silence qui répond à cette question non formulée par mon absence de voix…

Le ciel commence à pâlir.
Je marche doucement vers le village de Totheim.

Le meilleur ami est l’espoir ;
Le meilleur compagnon, la route.
Un guide sûr est le devoir.
Est-ce que les roses naissent dans les ronces du doute ?...


Je frappe à la porte d’Inge. Elle est déjà réveillée et prépare du pain. Elle m’ouvre la porte, et nous nous regardons longuement. C’est la première fois qu’elle voit mon visage. Je crois elle est étonnée de me voir si jeune, pale, avec des taches de rousseur pas nadiréennes pour deux sous. En fait, je crois qu’elle ne me reconnait pas vraiment, jusqu’à ce que trois poussins braillant « Mama ! » ne se faufilent entre ses jupons pour bondir dans mes bras.

Inge me fait entrer. Son mari n’est pas encore rentré de la ville. Alors nous avons du temps un peu pour discuter. Les enfants, rassasiés, jouent sur un tas de fourrures… Sa fille a grandi. Mes jumeaux aussi…

Combien de temps s’est passé ? Deux, presque trois semaines…

Est-ce que ?... Je n’arrive pas à formuler ma question. Mon extinction de voix me fait faire un croassement roque et étouffé. Mais Inge comprend et baisse les yeux. Non, Zauberer n’est pas venu ici… Personne n’est venu. Elle me tend une infusion de tilleul de cet été au miel. Ça ne me rend pas la voix, mais ça me réchauffe le cœur.

Je lui dis que je m’appelle Enara. Que normalement je suis une chanteuse. Elle rit. Elle dit qu’elle m’a déjà entendu chanter, dans la forêt, et que quelques villageois sont convaincus que je suis un esprit de la forêt. Ce n’est pas faux, je suis une apprentie Druidesse…
Nous bavardons, comme deux amies. C’est ce que nous sommes…

Je lui dis que je peux maintenant rentrer sur mes terres natales, près d’un grand océan. Nous préparons les enfants. Elle les serre dans ses bras généreux, les embrasse. J’ai tellement envie de lui dire que nous reviendrons, bientôt… Mais je n’en sais rien et je ne veux pas mentir, alors je ne dis rien.

Je noue l’écharpe avec les jumeaux et prends les grands par la main. Inge n’a pas de grand miroir, mais l’abreuvoir dans la cour est gelé. La glace y est aussi scintillante qu’un miroir Shii. Nous montons sur une grosse buche, c’est plus simple de sauter les pieds joints.

Et un … Et deux … Nous sautons avec un quintuple éclat de rire…

Et trois…

Nous sortons ensemble du grand miroir poli, offert jadis par mon cousin Argantael, et qui est toujours dans la cour d’Ava à Kersaint.

C’est Kersaint, leur dis-je, c’est aussi votre terre… Mais ils courent déjà vers Ava, qui nous attend à l’entrée du Nid.

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 8 Mar - 12:14

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Le printemps dure trois ans

Te rappelles-tu la neige qui fond,
Les ruisseaux égrenant des chansons,
Et ce ciel qui nous souriait
Dans les flaques de boue à nos pieds ?

Te rappelles-tu la venue des hirondelles,
Les orages annonçant les arcs-en-ciel,
Le tapis de fleurs dans la clairière
Et les rires d’enfants baignés de lumière ?

Te rappelles-tu les soirs, douce pénombre,
Les étoiles filantes tombant en grand nombre,
Autant de vœux en reflets de nos yeux,
Pour une vie qui nous ressemble, un avenir radieux ?...

Te rappelles-tu nos veillées au coin du feu,
Quand les enfants souriaient d’un sommeil heureux ?
Tu lisais quelques textes, je chantais, sereine
Et certaine de garder ma main dans la tienne…

Te rappelles-tu ces instants ?
Ce printemps qui a duré trois ans…
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 8 Mar - 12:23

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* * *



Je ne porte plus de voile,
Mais mon regard est voilé :
Je ne retrouve plus mon étoile
Dans un ciel sombre et violet.

Les lueurs fantomatiques
En lisière des feux follets,
En chamade arythmique
De mon cœur peu à peu esseulé…

Ni aurore boréale,
Ni arc-en-ciel ailé,
Mais l’œil monstrueux et pale
Qui me cherche dans les reflets,

….qui m’a tout pris, tout volé…

J’ai envié les amés en peine
Sur les ronces crucifiées :
Elles au moins étaient certaines
Qu’on les entendait crier,

Quand Minos en Juge Suprême
Les mène en son beau palais
D’améthyste, aux chrysanthèmes
Blêmes et ronces effeuillées.

Mais c’est sur les terres humaines
Que j’erre, muette de voix,
Plus transparente qu’une âme en peine…
Est-ce que tu veux encore de moi ?
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 8 Mar - 12:35

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Je suis partie en hiver
Vers
Un appel du sol natal
Mal
Dans la poitrine en solitude
Rude
Longue était route attente froid
Broient
Par crainte de me faire martyr
Faux sire
Fit parodie de jugement.

Maintenant
Je chante au Roi d’Améthyste
Triste
Du néant dans le cœur vivant
Des gens
O roi Minos j’aimerais chanter
Tes
Félicités ennuis et peines
Daigne
Prêter oreille à mes mots bariolés
Voilés
Ma voix muette au ciel étoilé
Les
Ritournelles comme la pluie
D’oubli
En silhouettes en transparence
Dansent
Du temps où je vivais un rêve d’existence…

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 8 Mar - 12:46

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Suis-je pour toi un mensonge,
Moins qu’un cristal qui songe ?

Un miroir qui tombe et se brise
Et qu’on range dans la remise ?

Suis-je un vieux jouet défraichi
Qui amuse un temps et qu’on oublie ?

Suis-je parchemin ou poussière
Pour être oubliée sur quelqu’étagère ?

Ou une curiosité devenue moins drôle
Dans un cabinet empli de babioles ?

Suis-je donc un fantôme, un spectre
D’une rêverie qui n’a plus lieu d’être ?

Au nom de quel devoir, quelle urgence
Fus-je couverte de voiles de transparence ?

Quels regards, quelles fantomatiques lueurs
Ont pu délaver à tes yeux mes couleurs ?

Tu souhaitais mon départ ? Pourquoi le taire et souffrir ?
Suis-je donc une entrave pour toi ou même pire ?...

J’ai beau pleurer dans le noir :
Rien. Rien que le silence…
Autant fermer les yeux pour encore revoir
Ton regard… avant ma transparence.

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 8 Mar - 12:53


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Du Chêne et du Gland ou Lettre Nouvelle Pour Egayer Sa Majesté

Que Sa Majesté est bonne !
Je suis enfin pardonnée !
La voix du Rossignol résonne
Dans tout le Villonnais

Le Roy a voulu enchainer
Ma voix à sa commande,
Comme si je pouvais brailler
Comme un âne à sa demande.

Je ne suis pas votre voix,
Trouvez-vous de beaux « artistes ».
Moi je chante devant le Roi
Du Palais d’Améthyste !

Gardez bien votre céans
Vissé sur le trône ;
Sire, vous êtes un joli paon,
Et nous, des « bêtes de somme ».


Les chênes donnent fruits tous les ans
Et les sangliers, braves gens, s’en délectent.
Dommage, mais parfois un gland
Se trouve d’un gout infect.

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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeLun 8 Mar - 18:49

.....


Ici, à Kersaint, tout était si nouveau et à la fois tellement familier… Je ressens réellement cette hélice du temps : aucun retour n’est identique. Et pourtant les enfants courent et sautent dans les flaques boueuses et je me revois courir, enfant, derrière les poules et les moineaux.

Ma voix peine à revenir. Je ne suis plus complètement aphone, mais je parle à voix basse. Je ne chante presque pas, ou alors des berceuses, toujours à voix basse. Même une conversation, je ne peux plus la soutenir passé quelques phrases, ma voix saute, devient enrouée…

Est-ce dû à ces quatre années de réclusion et de quasi-silence ?
Est-ce parce que j’ai trop forcé sur ma voix ces derniers temps à Léda ?
Est-ce parce que je n’ai plus de certitudes qu’Alfadr m’entend ?...

Les gens, ou plutôt le « trop de gens » me fait peur aussi. Je me sens mal à l’aise, je suis aux aguets. Je descends peu au village, et vais encore moins à Ogier.

…………………………………………………..


Il fait ici beaucoup plus doux qu’à Dasein à la même saison. J’ai presque tout le temps chaud. J’ai troqué mes robes contre une tenue plus pratique, un pantalon à la nadiréenne, pratique à retrousser jusqu’aux mollets et une tunique lacée que j’ai brodée, avec un bon gilet en peau de lièvre. Je garde cette habitude prise à la Clairière que de me farder un peu les joues et de souligner le contour des yeux : je ne me suis jamais trouvé belle, alors je faisais cet effort pour me rendre plus agréable à celui qui me regardait. Encore maintenant, quand Elentir me demande « c’est pourquoi ? » je lui réponds invariablement que c’est pour me faire jolie, et au « c’est pour qui ? » c’est pour ton père, qui travaille beaucoup, mais dès qu’il pourra il rentrera, alors comme ça je serai prête à l’accueillir…

Mais les jours se succèdent, et j’attends… Je n’ai nulle autre réponse ni pour moi ni pour les enfants, seulement le silence de l’attente. Alors je le peuple d’histoires, de jeux, de ballades sur la plage, dans les bois…Les enfants jouent presque tout le temps dehors, alors je cours souvent, je volète de l’un à l’autre. Ils grimpent dans les arbres, comme des chatons, mais pour redescendre c’est toute une affaire parfois…

Ava a commencé l’instruction des grands. Les jumeaux écoutent aussi, et souvent s’endorment. Ava a une voix qui dorlote. Elle m’apaise moi aussi…

Peu avant l’Equinoxe du printemps, nous avons eu la visite du Secret du Roi, en parfait incognito. Maitre Mercier est descendu au « Sanglier Elfique », et partage ses journées entre les cures thermales de l’Ile Turquoise et tout ce que la cité d’Ogier offre. Atal sillonne toute l’Ile, des ruines aux moindres ilots, à croire qu’il veuille s’y installer pour de bon ou qu’il soit simplement infatigable : on l’a vu partir en mer avec les pécheurs, sur les ilots des peuples de la mer, devant toutes les fontaines d’Ogier, dans la bibliothèque, la tour des Arts, près des ruines des palais Elfes, au port, dans les sources chaudes, au centre culturel Shii et même dit-on au Phare et au Pic du Goéland ! Je le soupçonne même d’avoir cherché Abnoba, notre « dragonne ».

Myandar passe beaucoup de temps avec nous, à Kersaint. Je me retrouve avec six enfants maintenant ! Et il a été adopté par ma tribu de poussins piallants qui l’ont charmé dès le premier instant. Dès le lendemain de sa venue, alors qu’il semblait désespérément chercher quelque chose (dure tache : le Nid d’Ava est agencé selon des traditions Philomène, ce qui passe aux yeux des gens pour un capharnaüm complet), j’ai fait venir les triplets et leur ai mis sous le nez « la corbeille de restitution » : de mauvaise grâce ou non, les garnements y ont déposé des boutons de manchette, une broche (on s’est demandé à qui elle était), un coupe-papier en forme de poignard ( et j’ai fait des gros yeux, parce que c’était coupant !), une bague, une clef dimensionnelle en or (là j’ai vraiment fait des gros yeux !), une tabatière incrustée de pierreries, un briquet à charges avec un camée bleu de paysage marin (il faudra la rendre à Atal…), trois pièces d’or lustrées, et la montre à gousset de Maitre Mercier.
Mylandar a fait une drôle de tête…

Il a fait une autre drôle de tête quand un jour de beau soleil les oisillons ont couru sur la jetée, et plongé à la suite d’une bande de mouettes dans l’écume des vagues, nous éclaboussant au passage (je n’étais pas surprise et avais prévu des habits secs pour tout le monde).  L’Equinoxe du printemps d’était pas encore passée et l’eau était un peu fraiche, il faut l’avouer.

……………………………………….


Ma cicatrice dans l’omoplate tire encore un peu. Je remercie Mylandar pour la précision de son coup. Il sait que je sais. Je lui explique que cette fois, c’est vraiment moi qui voulut tuer Abélard. Parce qu’il a menacé de s’en prendre à Alfadr. Parce que c’est Oracle qui a voulu tuer Alfadr. Je lui parle et de cet œil fantomatique qui me cherchais lors de ma fuite, et des lueurs du Pigeonnier. Et l’avertissement et les prophéties de l’Oracle dont parlait Abélard, il les a entendu lui-même dans la salle du trône.
Alors oui, quand Abélard par vengeance a dit qu’il tuera Alfadr, et que ce sera fait dans l’heure, j’ai vraiment voulu tuer cet homme mesquin. Et que sa survie, il ne la doit qu’à l’Oracle et à ce plastron d’adamante qui a empêché ses cotes de se briser et d’empaler ses tripes et son propre cœur.

Mais alors pourquoi Oracle voulait éliminer Alfadr ? Là, j’explique les bribes de ce que je sais : l’intérêt pour les Apothéosiens, devenu engouement et in fine cause de mon départ. Et pour des raisons on ne peut plus louables : lutter contre l’ombre des Apothéosiens, de l’intérieur.

Je lui parle de ces trappeurs qui venaient à Dole vendre des peaux : tout le trajet ils étaient plongés dans leurs cristaux qui songent. Alors quelle différence entre eux, entre leurs fuites du réel dans des songes embellis et susurrants des cristaux, et un Haut Mage assoiffé par son désir de comprendre ce qu’est l’Apothéose, de percer ses secrets, qui y plonge corps et esprit ?...

Je lui avoue que j’ai fui et par lâcheté, je me sentais impuissante face à tout ce qu’Oracle offrait, et par peur pour les enfants, et par désir de survie, cette pulsion animale ou aviaire qui pulse dans mes veines.

Je me sens presqu’un devoir de lui expliquer pourquoi son père et moi ne sommes pas mariés. Que nous vivions cachés. Qu’un mariage pour moi était impensable par respect de l’union avec Dame Zita... Que je ne savais pas comment lui, premier-né d’Alfadr allait accepter cette situation… Que j’étais loin d’avoir la beauté de Dame Zita, et qu’il me faudrait les services d’un plâtrier Shii  pour être présentable… Et que de toute façon Alfadr ne me l’a jamais demandé et nous n’en avions jamais parlé.

Je lui parle de Dame Zita. De ma vision du catafalque de cristal et des pétales de roses plongeant dans l’Abime… Des pas de ses pieds nus dans la neige quand j’ai découvert sa tombe vide, parce qu’un Nécromant l’avait rappelé d’entre les défunts… De ma vraie rencontre avec elle, lors du Dernier Souper avant le Noir Rituel… Du dessein de l’Ombre de nous faire nous entretuer en un sacrifice de haine mutuelle… De ma tendresse envers elle, une femme enchainée par le rituel des Chaines Suprêmes, ou Charme, c’est selon… Oui, une tendresse, car je ne pouvais qu’aimer celle qu’Alfadr avait aimé… Comment pouvais-je haïr une personne qui était chère à son cœur ?... Comment pouvais-je être jalouse, puisque la Liberté nous apprend qu’un cœur n’appartient à personne ?... Un cœur, un être n’est pas un os que des chiens se disputent. Un cœur, ça s’offre, ça ne se demande pas, ce n’est pas un prix d’un tournoi…

…………………………………………………………………

Hubert est venu lui aussi quelque temps, pour l’Equinoxe de l’an 17. Les triplets ont trois ans. Nous avons fait un grand phare triskellien, recette locale, et des crêpes au caramel au beurre salé… Et il y a eu belle fête, dans le Nid…

Et j’ai veillé toute la nuit. A fixer Loa, pale et pleine, argentée, comme un miroir impassible et lointain… Et avant l’aube j’ai volé me cacher dans la forêt, pleurer une absence et ma solitude. Je ne voulais pas gâcher les festivités. Je suis rentrée en fin de matinée, les bras chargés de fleurs…
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMar 9 Mar - 19:16




Mylène Farmer - Comme j'ai mal


Je sens cet étau
Hivernal
M’enserrer dans le
Linceul pale
Ma pensée se fige
Animale
Abandon du moi
Plus de voix

Je ressens ce qui nous sépare
En reflets dans tes yeux hagards
Je m’y dissous et puis je pars
Dans l’ombre du ciel mille étoiles

Comme j’ai mal
Nulle âme n’a vu
Comme j’ai mal
Mes larmes ont plu
Comme j’ai mal
J’étais l’eau des nuages

Je te laisse parce que
Je t’aime
Je m’abime d’être
Moi-même
Je porte l’Ombre en
Diadème
A tout vent
Je danse sur l’hélice du temps


Je bascule ma vie
Sans décence
La brume infinie
Transparence
Ma voix se dissout
Dans l’espace
Ode à la raison
Qui m’efface

Je ressens ce qui nous sépare
En reflet dans mes yeux hagards
Les murs de prison scintillent blafards
Dans l’ombre du cœur sidéral

Comme j’ai mal
Lueur triste
Comme j’ai mal
Est-ce que j’existe
Comme j’ai mal
Je suis l’encre des images

Je te laisse parce que
Je t’aime
Dans l’abime je me jette
Moi-même
L’améthyste est mon
Diadème
Transparent
Je chante sur l’hélice du temps
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMer 10 Mar - 12:20

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Sonnet à l’Absence


J’ai beau écrire ton nom sur les vagues
L’écume éclabousse du silence
Et l’Océan Infini ploie et tangue
Dans la triste ivresse de ton absence

J’ai beau crier ton nom dans la brume
Ma voix reste muette d’impuissance
Et je me noie d’air froid et d’amertume
Je te cherche mais ne trouve que ton absence

Je me rappelle les printemps d’insouciance
Dans une enclave loin d’un monde affairé
Un chêne dans la clairière et un foyer
Nous partagions les joies les rêves l’existence…

Quel mauvais œil ait pu porter malchance ?
Quel vent ait pu venir tout balayer ?
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMer 10 Mar - 12:27

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Berceuse en octosyllabes


Je suis partie. Sans dire un mot.
Quand s’est plus fort serré l’étau.
Quand de mes yeux n’ont plus coulé
Ni eau de pluie ni mer salée.
Pardon. Pardonne si tu peux ;
Je n’ai pas su rependre en bleu
Ce ciel de nuit qui te couvait
De lueur pale et délavée.
Ces feux follets par effraction
Ont su rentrer dans la maison.
Et leur spectrale malveillance
Est cause de fuite et d’absence.

Toi : absent. Moi : loin. Nuit dehors.
Peut-on dans le noir croire à l’aurore ?
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMer 10 Mar - 13:48

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La ballade des cristaux de tourments



Entendez-vous mes tourments ?
Braves gens, braves gens
Le cristal qui songe ment
Braves gens, braves gens
Il n’offre rien, mais il prend
Comme un vampire votre sang.

Il boit vos rêves charmants
Braves gens, braves gens
D’amour et d’histoires d’antan
Braves gens, braves gens
Vous enchaine en susurrant
Et vous pousse vers le Néant

C’est un feu spectral dément
Braves gens, braves gens
Qui vous rend tous transparents
Braves gens, braves gens
A vos femmes et vos enfants
Votre regard est absent

Ne dites pas que ce n’est rien
Braves gens, braves gens
J’ai dans mon cœur un tourment
Braves gens, braves gens
Alors je le chante au vent
Pour tous ceux qui sont absents


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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitimeMer 10 Mar - 13:54

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« Ô ma Fête, ô ma Vie, profuse éternité :
En Toi ma source ; en Toi, mon ivre ressource ! » Râbi’a

« C’est la force du désir qui produit la parole et c’est la saveur qui provoque le besoin de décrire » Râbi’a




Ma raison et ma folie
Ma mémoire de l’oubli
Mon printemps des mille fleurs
Chaque battement de mon cœur
Toi. Rien que toi.
Tu es l’air que je respire
L’encre si je dois écrire
Tu es mon souffle et ma voix
Mon étoile icone et roi
Oasis dans mon désert
Et musique de mes vers
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MessageSujet: Re: Enara, kaer Paloma, kaer Ava    Enara, kaer Paloma, kaer Ava  - Page 4 Icon_minitime

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Enara, kaer Paloma, kaer Ava
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