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 Amsar "Samsara" Souadou

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 25 Sep - 19:48

SERAPHIN épisode 2

Cyclopean. Arkham. 23h30

La Chargée d’affaires culturelles Junior, Mlle Amsar Souadou, Nazaddi, entra dans le Cyclopean accompagnée d’un Humain qui marchait discrètement à son bras. Ils se dirigèrent vers l’accueil.

« Walter ! Contente de vous voir … » sourit Amsar, tendant une corbeille de fruits confits à l’informaticien du Département Sécurité du Cyclopean. Puis se pencha vers son oreille et rajouta d’un air de faux consprateur « Est-ce que tu pourras me rendre service ? S’il te plait… »

« Je me disais aussi qu’une corbeille aussi pleine n’était qu’un cadeau empoisonné… » rit l’homme. « Tu veux quoi ? »

« Un pass « visiteur » pour lui », elle indiqua de tête l’homme qui l’accompagnait.

Grand, mince, à l’allure jeune mais visiblement pochardé, sûrement le Juce, nota mentalement Walter. « Pass pour 6 heures… Son nom ? »

« Tom… Tom Zorn », dit rapidement la Nazaddi. Walter haussa un sourcil. Elle sourit d’un air entendu et ajouta rapidement, entre les dents « Pas de pièce d’identité. Il n’en a pas. J’ai besoin de plus longtemps. Trois ou quatre jours. Projet Eden. Je ne peux pas faire si vite… Walter, je te jure qu’on ne sortira pas de mon bureau… Tu peux bloquer les portes et les accès, si tu veux. »

« Il n’a pas l’air d’un scientifique… » dit Walter d’une voix sceptique, « et trois jours c’est trop long. J’ai besoin d’une autorisation… » Il tendit sa main vers le pupitre.

« Avertis l’Ange, si tu veux… » Haussa les épaules la Nazaddi avec un air d’indifférence trop marqué. « Il n’y a rien qui menace la sécurité. »

« Amsar, ce n’est pas toi qui le décides. Ce n’est même pas moi… »

« Enferme-nous, alors ! » dit-elle, sarcastique, « Seul toi pourra ouvrir les portes et comme l’Ange n’en a pas besoin de toute façon… L’Employeur veut des résultats, c’est ce que je me tue à produire. Et cette personne est mon assistant. Et mon cobaye. »

« Tu es sure que ça va ? Tu as l’air tendue… », s’inquiéta l’homme, faisant jouer ses doigts sur le halopupitre.

« Bien… » s’empressa de répondre Amsar sur un ton enjoué. Trop enjoué, nota mentalement Walter.

« Va pour un pass à rallonge… Monsieur Tom Zorne… Il est sous ta responsabilité, souviens-toi. Et je vais bloquer les sorties, même pour ton pass, pour toute la durée de cette visite. Au fait, toutes tes livraisons ont été faites au labo Eden. » Il tendit une carte à la Nazaddi. « File ! »


Il regarda s’éloigner les deux silhouettes. Ils avaient l’air de bien se connaitre. « Les embrouilles entre cette gamine et le Chef, ça ne me regarde pas. Mais quand même… » Il composa un numéro.


Parvis de la Mairie. Arkham. 23h35

C’était une journée de merde.

Des interminables réunions de Bénédict Ashcroft. Qui était d’humeur massacrante. Il avait passé la nuit au Temple de son Manoir…

En fait non, ce n’est pas que cette journée. La précédente l’était aussi. Et peut être même celle d’avant…

Qu’est-ce qui a pris à cette gamine de demander à ce que ce soit lui qui exécute Logan, le propre fils adoptif de Theresa Ashcroft ? Simon aurait pu le faire ; c’est son travail. Lui, il était un garde du corps. Pas un assassin. Il n’etait plus un assassin…

Le Responsable de Sécurité de Cyclopean Stephen Shepard, connus aussi comme l’Ange des Ashcroft, surnom dont l’avait gratifié Amsar et qui fut rapidement adopté, jeta au loin sa cigarette et s’en alluma mécaniquement une seconde.

Il s’adossa à sa moto garée sur le parvis de la Mairie. Benedict Ashcroft lui avait donné congé pour ce soir. Personne ne l’attendait chez lui. D’ailleurs, il n’avait pas de « chez lui » proprement dit…
Passer récupérer le courrier dans le duplex ? Personne ne l’y attendait, dans cet appartement redevenu musée sans vie : Amsar n’y mettait plus les pieds depuis… depuis longtemps.
Aller au bar de l’étage désaffecté du Cyclopean?

Son téléphone sonna. « Walter ?... Merci… Elle a reçu quoi ? … des lampes à incandescence ?... J’y passerai… oui, garde les enregistrements... »

Il raccrocha.

Elle avait réussi sa première hybridation, selon les notes d’un rapport qu’elle n’avait pas encore envoyé, mais que Walter a trouvées. Et là, elle vient avec un cobaye humain ? Un cobaye ?!... Et les lampes, est-ce pour son expérimentation ou pour éviter que Simon ne mette son nez dans ses affaires ?

En quoi ça le concernait, après tout ?

Un pincement au flanc, au niveau du foie.

Il démarra la moto. L’archanotech se déploya autour de lui comme un cocon. Il crut entendre un rire étouffé dans son casque et se retourna. Personne… Le soir où ils ont parcouru la ville comme deux fantômes, le soir où il a réveillé sans faire exprès son symbiote, elle avait rit aux éclats, émerveillée...


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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mar 25 Sep - 23:49

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Jezabel Charlotte

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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 26 Sep - 16:54

SERAPHIN épisode 3

Bureau d’Amsar Souadou. Etage désaffecté. Cyclopean. Arkham. 23h50

Les cinq lampes à incandescence ont été placées de manière à ce que tout le bureau soit éclairé comme par un soleil au zénith, ne laissant aucune zone d’ombre. Elles chauffaient aussi. Mais Amsar ne voulut pas ouvrir la fenêtre. Seulement en journée, avait-elle dit. Elle gardait ses lunettes noires sans se plaindre de la lumière vive.

Les livraisons étaient toutes là. Ils déposèrent ensemble la grande bassine d’archanotech au centre du bureau, exactement sous le « soleil » de la lampe accrochée au plafond. Ils y versèrent l’eau et mirent trois grands lotus non encore éclos. Puis ouvrirent la cage de verre et des dizaines de libellules s’envolèrent et se posèrent sur les grillages des lampes. Elles battirent leurs ailes diaphanes à la lumière de ces cinq feux.

« Cinq soleils… qui feront neuf qui ne sont qu’Un… » murmura Amsar.

Le Responsable de Sécurité monta rapidement à l’étage désaffecté et franchit, invisible, les portes condamnées du bureau d’Amsar Souadou. Deux voix étouffées. Discussion en Nazaddi. Il en maitrisait les rudiments : Amsar cherchait parfois des mots en anglais et revenait souvent à sa langue natale, et il s’était pris au jeu.

« Tu reproduis le rite de l’union sacrée ? » demanda Paul en ajustant son masque, « pourtant, il en manque… »


Les lampes à incandescence n’avaient pas donc pour but premier de préserver la pièce des indiscrétions de Simon, mais de reproduire un rituel.


« Cinq Soleils du pentacle di Signe de Yith. Les autres soleils sont toi-Humain, les fleurs de Lotus, les Libellules, le Cyclopean… »


L’Ange fut aveuglé par la lumière vive, ou plutôt par une absence totale de l’ombre. Il y faisait chaud. Puis ses yeux distinguèrent la silhouette d’un humain dévêtu portant un masque Nazaddi d’ossements pales et une peau d’un animal à pelage clair avec des colifichets.


Il vit la Nazaddi borgne enduire son corps nu d’une huile opalescente, dont le parfum lui fit légèrement tourner la tête et accentua l’élancement au niveau du foie. Elle noua sur ses hanches d’adolescente, non, de jeune femme, une peau de serpent agrémentée de dizaines de colifichets et de gris-gris et se retourna vers l’homme au masque blanc.


« …Le Tout qui fera Un sera ce qui naitra… »

Sur son cou ondula un serpent. Le cobra se tourna vers l’Ange invisible et siffla, gonflant son capuchon.

L’homme-Marabout, bien que n’étant pas visé, recula vivement par instinct.


« Je te présente mon premier Cobra-Harmoniste ! » rit Amsar « Son venin a les mêmes propriétés que le suc d’un Harmoniste, et je t’ai appris les deux rythmes de modulation qui seront nécessaires pour l’instant. Et toutes les heures où le cobra ne me mordra pas… »

Ce serpent était donc le premier né du projet Eden. L’Ange sourit. La Nazaddi ne manquait pas d’humour. Qu’est-ce qu’un Harmoniste ? Surement un xeno-organisme…

« Tu vas le laisser te mordre ?! »

La voix sembla familière à l’Ange. Il s’exprimait sans accent en Nazaddi. Et même avec une certaine musicalité, en étirant certaines voyelles, comme le faisait Amsar.

« Oui, et je te déconseille de m’imiter : le poison te rendra malade. Mais comme l’effet ne dure qu’une heure environ, et que le Cobra est encore trop jeune pour secréter le venir en telles quantités, tu dois m’aider à maintenir son effet. D’où le distillat, qui est moins toxique. »

« Yes, Ma’am », dit docilement Paul « Je vois pour les étoiles du rite de l’Union Sacrée. Mais quel est ton rôle à toi ? »

« Les Neuf étoiles sont ce qui meurt et ce qui renait, ce qui protège et ce qui éprouve, ce qui observe, ce qui voile et ce qui dénude, ce qui offre et ce qui dévore... » psalmodia la Marabout en tournant sur elle-même, « Les étoiles dansent. Et je serai la Shaman. Celle qui danse. Je serai ce mouvement, ce changement. Je serai la danse d’Erzulie sur la Rivière des Etoiles infinie… »

« Toute naissance est un Rite d’union sacrée… Toute vie nait d’une union. Pas d’une « hybridation » », siffla-t-elle ce dernier mot en anglais avec mépris et dégout non feints. « Je n’aime pas ce mot humain ! »

Elle s’arrêta de tourner et fit face à une niche dans le mur sombre en arcanotech avec une idole.

L’Ange retint sa respiration. Elle lui faisait face. Le voyait-elle ? Non, ses yeux étaient fermés. Elle tendit ses mains. Elles passèrent à travers lui.

« Erzulie Freda l’aimante… » chuchota Amsar, tendant le cobra vers l’idole qui ressemblait à une vierge noire dansant sur une fleur, « cette première vie est née de tes ombres. Accepte que la seconde vie naisse de ta lumière ! »

Elle tomba à genoux. L’Ange voulu reculer, mais le cobra siffla dans sa direction et déploya son capuchon. Alors il ne bougea pas.

« Que cette vie soit à l’image de mon existence et de la sienne… », la Nazaddi baissa lentement les bras et le cobra s’entoura autour de son cou, fixant étrangement l’Ange invisible de ses yeux cristallins, « Qu’elle soit la pureté de sa lumière… Les ténèbres sont un écrin à la lumière… Tout sang versé est un sacrifice pour étancher une soif… La mort est une éternelle renaissance…»

« Enfant du Soleil Tile-den », elle se tourna vers le marabout blanc, « Il existe trois chemins possibles selon l’Astronomicon : Préservation, Destruction et Création. Mais ils ne sont que deux : Stabilité et Liberté. C’est ce que m’avait dit un jour Mama Yshtar. C’est ce que je te transmets aujourd’hui. C’est ce que transmettra un jour à ton tour… »

« Pourquoi aujourd’hui, Amsar ? Que comptes-tu faire ? Pourquoi tu parles de mort ? » l’homme s’approcha et s’assit aux cotés de la Nazaddi.

« Parce qu’il a dansé avec la mort. A ma demande. Il a tué. Et qu’il n’avait pas le choix de refuser. » Amsar se tourna vers son apprenti, gardant les yeux fermés.

La Danse avec la mort ou la Danse ensanglantée. L’Ange avait déjà entendu ces expressions chez Amsar. C’est ainsi qu’elle désignait le meurtre.
C’est elle qui avait demandé aux Ashcroft l’assassinat de Logan. Et lui comme executeur.


« Qui a tué, Amsar ? Pourquoi ?... Tu parles de ce « lui » parfois comme d’une divinité, parfois comme d’un être incarné…»

« Pourquoi ? Pour permettre à une Etoile de renaitre », Amsar ouvrit son œil cyanosé et fixa aveuglement le vide devant elle. Le cobra glissa vers l’épaule gauche et enroula sa tête sous le sein dénudé, pulsant au rythme saccadé des battements du cœur.

Les Nazaddi croient que tout être est une étoile. Ou lié à une étoile. Vérifier à l’observatoire sur quelque chose de notable à été observé à la mort de Logan, nota mentalement l’Ange. Sa tête tournait. La chaleur paraissait suffocante. Il sentait le sang battre aux tempes. Au rythme des pulsations luminescentes du cobra. Il fit doucement un pas de coté et s’adossa au mur sombre d’archanotech. Le cobra sembla le suivre du regard.

« Parce que c’est l’Ange… Il est la Lumière de mon ciel et de mon cœur, Tile-den. Je le vénère comme un dieu… Et je le désire comme un homme. » Amsar sourit, puis soupira lentement. Le cobra, rapide comme un éclair d’un noir bleuté, avait planté ses crocs, et deux gouttes de sang glissèrent sur les cotes.

L’Ange sursauta.
Amsar recueillit le sang sur son doigt et passa à travers lui. S’avança vers l’idole noire et essuya le sang sur les lèvres de la madone noire. Puis s’assit exactement à la même place où il se tenait il y avait quelques minutes à peine.
Quelque chose l’empêchait de partir, de quitter cette pièce sur le champ. La curiosité ? La culpabilité ? Cet élancement de chaleur au flanc ? Peu importe. Il resta.


« Parce qu’il m’a rejeté. Il m’avait dit, il y a quelques mois de ça, qu’il serait heureux … non, honoré. Honoré si je le rejoignais. » Amsar bloqua sa respiration pour étouffer les sanglots qui montaient à la gorge. « Et quand je m’étais décidée à le faire, il y a une semaine, il m’a dit que je ne pouvais renoncer à ma liberté… Maintenant, si ma Famille, si les miens me rappellent, je ne leur résisterai pas, je n’en aurai ni la force, ni le désir…»

« Je ne comprends pas… Tu dois renoncer à ta liberté ? Ta famille ? » le Marabout blanc lui entoura les épaules. La Nazaddi se laissa faire. « Amsar… Je ne t’entends plus respirer… »

La Nazaddi se dégagea et tendit vers l’humain son couteau courbe. Glissa le revers de sa main dur la lame, faisant perler une goutte de sang.

« Ma Famille, Tile-den, ma famille de symbiotes » elle rit avec tristesse, « Pas Chrysalis, non, ce n’est qu’une famille parmi les autres, dominante sur Terre, mais pas unique. Appelle-moi monstruosité, je ne me vexerai pas. »

Monstruosité… Amsar, comment peux-tu ?

« Nazaddi, sorcière, symbiote… Et en plus de ça, une généticienne de l’armée m’a annoncé qu’une partie de mon génome n’est pas identifiable. Voilà. Tu sais.
J’ai été oublié des miens, ou chassée, peu importe. Je pensais avoir trouvé autre chose… Non, en fait ce que je souhaitais c’est seulement être à ses cotés. Et il m’a rejeté. Sous prétexte d’une liberté mienne !
Donc avant, ce n’étaient que des mots ?! Un mirage pour me mettre en confiance ? Et les Ashcroft m’ont envoyé leur plus bel Ange, leur Ange de Lumière…
Il aurait dû me laisser dévorer par le Livre impie des Ténèbres ! Sa noirceur m’aurait moins brulé que la pureté d’une simple évocation du nom de l’Ange, que sa présence que je guette et que je redoute…
Comme maintenant… Je sens sa présence. Et pourtant je sais que c’est le poison harmoniste qui brouille mes sens.»

Amsar avait parlé d’une traite et respirait lentement. Elle sentait son symbiote irradier de chaleur. Mais ça faisait mal.

« Cette nouvelle vie, qui naitra dans la lumière, est un présent que j’aimerais lui faire. Pour lui, l’Ange de mon ciel. Et peu importe qu’il me nomme son Etoile-compagne ou non… »

Elle se leva et mit le cache-œil sur l’œil valide, laissant une prunelle d’aérolithe noir poser un regard vide et aveugle sur la lumière. Ses mains se joignirent en un salut rituel et elle adopta la pose de l’idole d’Erzulie la Vierge noire, la danseuse de la Rivière des Etoiles.

« Je vous adore comme un dieu... Je vous désire comme un homme… Je vous aime… Etoile-compagne de ma nuit… Je vous aime… »

L’œil d’aérolithe fixa l’Ange. Il frissonna. La douleur au flanc se fit plus insistante, l’élancement se fit tiraillement. Comme un appel. Une convocation. L’Ange fit un pas un arrière. Puis un autre. Puis la vision de la danseuse d’onyx tournoyant dans la lumière des cinq soleils fut voilée par le mur. Il était dans le couloir de Cyclopean, éclairé par des veilleuses à cette heure matinale.
Le soleil se levait.


L’humain au masque blanc de Marabout Nazaddi s’assit devant la porte scellée du bureau et alluma le premier des 24 bâtonnets d’encens.



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 26 Sep - 16:55










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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 26 Sep - 20:14

SERAPHIN épisode 4 (fin)

Bureau d’Amsar Souadou. Etage désaffecté. Cyclopean. Arkham. 03h40 trois jours plus tard


L’Ange vint au Cyclopean dès que dieu-le-père Ashcroft lui signifia qu’il n’avait plus besoin de lui.

Il visionna en route les enregistrements de Walter en accéléré. Le bureau était scellé. Personne n’était venu. Personne n’en était sorti. Vers minuit de ce troisième jour d’isolement, les enregistrements se brouillaient. Des flashs lumineux. Puis un noir avec de légers grésillements aux emplacements des lampes. Le passage aux infrarouges ne montrait qu’une seule présence.

L’Ange monta à l’étage désaffecté et désert. S’arrêta devant la porte du bureau de Mlle Souadou.

Silence.

Il entra.

* * *
Un froid glacial.

Sur le sol, des débris de verre. Quatre ampoules à incandescence avaient volé en éclats et la dernière grésillaient de lueur fantôme.

Recroquevillée contre un mur, la forme d’un jeune homme. Le Marabout Blanc. Inconscient, mais en vie, nota l’Ange.

Au centre de la pièce, dans le bassin rond d’archanotech, des filaments blancs flottaient. Des filaments… des cheveux … Amsar !

La Nazaddi était étendue dans l’eau glacée, immobile, les mains jointes sur sa poitrine serrant la lame du couteau courbe. Au dessus de sa tête, coiffée d’un cobra immobile comme d’une couronne égyptienne, flottaient dans l’air trois étranges méduses… ou fleurs.

Trois lotus translucides comme le cristal et luminescentes comme des méduses des profondeurs. Leurs pétales repliés bruissaient légèrement comme des dizaines d’ailes de libellules rassemblées en une seule fleur.
Et ce parfum… Aérien, chaud, à dominante de lotus avec une note sucrée…

Leurs tiges semblaient descendre vers le coté du bassin, vers un bas avec un terreau… sorte de terreau organique dissout en bouillie et qui dégageait un léger fumet de charogne, masqué par ce parfum enivrant des fleurs flottantes.

L’Ange s’en détourna et alla plonger ses mains dans le bassin.
La dernière lampe émit un éclair gémissant et sauta.
L’obscurité devint totale.

Puis un scintillement, comme une aurore boréale, se déploya dans un léger bruissement et une harmonique comme un chant à la limite de l’audible, et une des fleurs descendit et se posa sur le corps inanimé d’Amsar.

Puis un second scintillement, puis un troisième, et la Nazaddi se trouva couronnée de trois lotus translucides. Le chant s’accentua et l’eau frémit sous le bruissement d’ailes des fleurs aux pétales déployés autour d’un cœur de lumière cristalline, comme des ailes d’un séraphin autour d’un œil de diamant.

Le cobra s’anima et s’harmonisa au chant, pulsant comme une quatrième lueur.

Les Séraphins déployèrent leurs tiges sur le corps inanimé, comme à la recherche de quelque chose.

Poum.

Les tiges se rétractèrent.

Poum.

Les fleurs s’envolèrent en changeant d’harmonique de chant.
Poum.

Les doigts de la Nazaddi tremblèrent et serrèrent la lame comme en convulsion involontaire. Quelques minces filets de sang coulèrent en parfum ferreux exalté par la fragrance des Séraphins.

Poum. Poum… Le cœur recommença ses battements. Lentement. Irrégulièrement. Puis en crescendo jusqu’à un rythme normal.

L’Ange recula.

La Nazaddi laissa échapper une respiration roque. Toussa, comme si elle avait avalé de l’eau. Se releva.

L’eau ruissela sur un corps exsangue et extenué, sur les cotes saillantes qui se soulevaient sous une respiration irrégulière. Elle sortit du bassin d’un pas mal assuré et enleva son masque où ne brillaient que trois points lumineux.

Elle passa les mains sur les joues creusées, comme sur une momie desséchée, frotta l’œil rougi injecté de sang comme le ferait toute personne fatiguée…

L’Ange avait déjà vu Benedict Ashcroft sortir du temple de son manoir dans un état effroyable. Mais là, la Nazaddi avait l’air vidée. Comme si quelque chose l’avait dévoré, aspiré. Est-ce le prix que paient tous les sorciers de l’esprit ?

L’Ange la regarda se diriger en chancelant vers l’humain. Sous le masque d’ossements blancs, il crut apercevoir les traits d’un Wilson. Paul Wilson. Oui, elle l’avait appelé Paul… Elle lui fit avaler une liqueur et ses traits se détendirent. Puis l’habilla de vêtements humains.

Il la vit prendre un pot de crème et les traits du jeune Wilson devinrent plastiques et se modifièrent. C’est donc ainsi qu’elle joue sur l’apparence, la sienne et celle de ce Marabout humain.

Il la regarda ouvrir un bac portant les marquages du labo du Pr West, d’où s’échappa une brume fraiche. Et les Séraphins y flottèrent, attirés par la pitance, et se posèrent comme des papillons sur des fleurs sinistres.

Il la regarda balayer soigneusement la pièce, nettoyant toute trace du rituel. Le regard vide et apathique, elle rassembla tout dans un grand sac et le scella, en cochant la case « à bruler ».

Appela une certaine Nazaddi Alicia et demanda de venir avec un taxi à l’entrée du Cyclopean.

Puis appela Walter et demanda le déblocage des portes et de son pass, ainsi que l’aide d’un vigile de sécurité pour raccompagner. Descendit avec le vigile et Paul Wilson qui arrivait à peine à marcher et qu’ils soutenaient tous deux et attendit sur le parvis le taxi. Une jeune Nazaddi en descendit et récupéra discrètement le Wilson, puis repartit.

Puis Amsar remonta dans son bureau. Elle s’allongea sur le sol, juste sous l’idole de la Vierge Noire Erzulie et la fixa de son œil blanchi. Des larmes coulèrent, silencieuses sur la joue d’onyx. Puis l’œil se ferma et la respiration se fit régulière.

L’Ange s’incarna et ses doigts jouèrent avec une feuille de papier. Il déposa aux pieds d’Erzulie un origami de fleur. Puis s’installa sur un des coussins par terre et regarda dormir la jeune femme.

Dans un coin, trois Seraphins bruissaient comme trois aurores boreales…


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 28 Sep - 12:11

Brièvement, ce qu'aurait fait Amsar pendant ce mois (récap):

- Hybridation de 3 Séraphins (avec Paul Wilson)



- création d'un JARDIN d'EDEN au Cyclopean (sur l’étage désaffecte, agrandissant les locaux du labo du projet EDEN):

* vivarium Harmoniste :
lieu dans la nuit et dans la pénombre.
environ 30 serpents cobras (fait avec Paul Wilson-incognito et sous masque).
couleurs differentes (allant du blanc clair au noir). décorum rocheux avec des plantes luxuriantes et des arbustes. quelques cavernes pour les cobras pour couver les œufs.

* Vivarium Séraphins :
environ 30 Séraphins.
pièce en permanence plongée dans une lumière très vive (lampes à incandescence) et surchauffée.
atmosphère désertique. sur le sol : sable chaud, dans lequel sont enterrés à faible profondeur les "terreaux" (merci Pr West !).
l'humidité est assurée par un bassin d'eau maintenue à une température fraiche.
du fait de la très forte luminosité, le vivarium-serre est isolée par des verres teints et des sas. les visiteurs (très peu nombreux) doivent porter des lunettes couvrantes. Amsar s'y promene avec un bandeau sur les yeux (à l'aveuglette) ou avec ces lunettes teintées.




- cours à l'Université Mysca (évidemment !) et travail sur le mémoire sur la possession..... implication particulière dans la musicologie et le dessin.
fait un projet de décoration d'une salle (une chapelle) avec peintures du jardin d'Eden et d'ange(s), mêlant peinture, archanotech et plantes terrestres et nazaddi (plans sur papier)




- Ghetto Nazaddi :

toujours l’école et l'orphelinat Zion. une grande part de l'argent gagné y va. efforts particuliers sur les soins apportés aux enfants (l’hiver est rude...): soins, vaccinations, nutrition... avec l'aide des autres Anciens de la communauté. soin particulier aux orphelins et enfants des guerriers partis combattre au delà du dôme. les ainée s'occupent des petits, la plupart du temps. ceux qui sont plus avancés dans la scolarité donnent des cours aux débutants...

Solidarité-Ghetto : développement du bénévolat Nazaddi et de l'accompagnement des familles récemment installée et/ou dans le besoin. partenariat avec la décharge de la ville d'Arkham. développement de services "solidaires" (ex : avec Alison centre de beauté et d'art corporel / tatouages, peintures à des prix minimes voire en systèmes de troc)

le Marabout Blanc ( Paul Wilson dans le civil) y travaille conjointement et est très apprécié comme Marabout.




- NOSTROMO : danses avec Alicia et Vadim. pour Amsar, quasi systématiquement sous le poison Harmoniste. (l'addiction est légère mais certaine).




- je veille toujours à avoir un stock suffisant de produits Chrysalis !




- pour récupérer des rituels récents (et me purifier des meurtres aussi), je m’astreins à des pratiques d’ascétisme drastique (au sens hindou /yogi du terme) :
méditation, transes shamaniques, dévotions aux Étoiles,
entrainements zen (pour la symbiose),
alimentation pure (que végétarien),
respect des principes de l'ahimsa et des autres devoirs moraux élémentaires (dont aparigrahā : rester libre de superflu et de possessions; asteya : discerner ce qui est légitime de ce qui ne l'est pas (respect de la propriété, absence de vol, honnêteté, probité))....




autant dire que peu d'heures de sommeil et de repos, absence totale de vie privée et d'actes "égoïstes" ou tournés vers soi.... mais une vie tournée vers autrui (communauté Nazaddi) et le travail........ ce qui apporte tout de même satisfaction et joie.

un des rares "plaisirs" reste la danse...et les "trips" sous morsures du cobra-harmoniste (l'addiction quand tu nous tiens...).



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 28 Sep - 18:43

J’ai marié Alicia et Paul.

Un soir, peu après le rituel au Cyclopean, Paul était venu me voir. M’a demandé de l’écouter, car à travers sa bouche, c’est une autre volonté que je devais entendre. Il a bu du vin des songes et s’est allongé, la tête sur mes genoux.

J’avais passé la main dans ses cheveux châtains clairs, qui bouclaient comme ceux d’un enfant. Enfants, voilà ce que nous sont les Humains. Je m’étais sentie tout d’un coup vieillie… Et pourtant si forte. Pas pour moi. Mais pour celui qui se reposait, confiant, dans mes bras. Est-ce ainsi que se sentait Mama Yshtar quand je me serrais contre elle ?

Un jour Alicia m’avait dit que Paul était sa force. Je crois que je la comprends maintenant. Je la comprends, parce que c’est ce que je ressens aussi. Pour moi. Au fond de moi. Les Ashcroft savent maintenant qu’il suffit que ce soit l’Ange qui me demande ce qu’eux souhaitent obtenir, et jamais je ne refuserais. Benedict Ashcroft doit considérer ça comme une faiblesse. Pourtant la personne que l’on aime n’est jamais une faiblesse, mais la plus grande force qui soit !

Paul était dans les songes vers son frère ainé. Sur ce principe, j’étais intransigeante : tu veux épouser Alicia, alors aies la bénédiction de ton Ancien, qu’il soit ton Père ou ton Frère ainé. Alors il est allé demander l’accord de Wellington Wilson, enfermé dans l’Asylium d’Arkham par son propre père, afin de ne pas éventer le terrible secret qui liait les Ashcroft et les Wilson.

J’ai entendu dans la bouche de Paul les paroles de Wellington. Ça me suffisait. La nuit suivante, nous avons célébré l’Union Sacrée de la plus belle plante Nazaddi de notre Ghetto d’Arham et du Marabout Blanc Tile-den enfant du Soleil.

Nous n’avions prévenu que la famille et les amis proches. Mama Shan, bien sûr, fière et un peu tendue. Tous les humains, Vadim, Damien, Alison, portaient des masques et seule leur peau blanche dénotait. « Blanc », en Nazaddi, signifie aussi « nu, dénudé ». Il est des légendes chez nous qui parlent de la nuit comme d’un voile : la nuit sidérale est l’écrin des Etoiles sacrées… Les Humains sont comme des enfants dénudés face à la splendeur terrifiante du ciel véritable…

Pourtant, la nouvelle de l’Union Sacrée s’était répandue à travers le Ghetto à une vitesse folle. Des gens se sont peu à peu rassemblés, les habitants de notre coin, que nous connaissions très bien et qui connaissaient très bien le Marabout Blanc. Il y avait l’ainée de quatre sœurs du 8ème, que Paul avait aidé à accoucher de son second enfant. La veuve du 3ème d’en face, qui souffrait des rhumatismes et de l’arthrite. Le couple du 2nd bloc que Paul avait reconsilié. Les gamins de l’Ecole Zion…

Et aussi des gens venus de plus loin. Ava et son père Baba Sin (lui était au courant, vu que l’empruntais les masques). Mustaphar Proteus. D’autres Anciens du Ghetto. J’ai même cru voir dans les ombres Bokor et Joe, même s’ils ne sont pas venus me voir. Je regrette. A la fois le départ de Gladys, égoïstement, car j’aurais aimé mieux la connaitre. Et la tristesse de Joe, car je n’ai pas su l’apaiser.

Tout un tas de personnes déposèrent des présents, certains utiles, d’autres symboliques ou encore tout simplement jolis, pour le couple et pour le nouveau foyer, aux pieds de Mama Shan, l’Ancienne d’Alicia, et moi-même, l’Ancienne du jeune apprenti Marabout.

Alicia était resplendissante. Masque de Soleil de Nuit, au corps peint et luminescent, portant une tunique de lin fin plissé comme une robe égyptienne, voilée d’une traine de fleurs entrelacées… Ses longs cheveux d’un noir cuivré recouvraient les épaules et la chute des reins d’une cascade de feu sombre.

Paul n’était pas le seul qui n’arrivait pas à en détourner son regard. Nous étions tous envoutés, je crois. Paul portait lui aussi les peintures rituelles d’apprenti Marabout. Mon apprenti, pensais-je avec fierté. Son masque d’ossements livides, sa peau blanche et la peau de lynx blanc nouée sur ses hanches (c’était un présent des cousins Nazaddi pour lui, bien que je n’en connaisse pas la provenance, le Nord, surement…)… Il ressemblait à une étoile spectrale, un être désincarné, le Voyageur Legba de nos légendes, passeur entre les mondes.

Alicia et Paul dansèrent. Le feu livide et le feu de nuit se sont affrontés et les Neuf Soleils se sont nourris de leur sang et se sont allumés (ça, c’est mon rôle de marabout que d’allumer les neuf feux sacrés autour du couple-bientôt-uni). Et les Neuf ont nourri l’Unique Astre (le couple).

Alicia a présenté à genoux à son Etoile-compagne l’eau de la Rivière des Etoiles (venin du premier Cobra Harmoniste distillé par mes soins : pour un Marabout je ne pouvais me contenter d’un Vin des Etoiles, ni de quelques gouttes du suc d’Harmoniste traditionnel). Et il a bu le Vie de ses mains et lui a insufflé la Vie reçue (je crois que ça équivaut pour les humains à boire le vin, manger le pain de la vie et s’embrasser dans l’église).

Puis il la prit et la présenta au ciel, comme un trophée qu’il a conquis, comme une déesse qu’il vénérait, comme l’Etoile-compagne lui liée. Et il se coucha sur elle et elle sur lui, dans la danse sacrée d’Erzulie Freda, qui a pour appui la Rivière des étoiles, pour rythme les battements des cœurs, pour musque le chant des étoiles et pour écrin le voile de la nuit. Et qui est l’étreinte première de tout commencement. Et que nul ne vit, puisqu’ils s’étaient retirés sur le toit du bâtiment, l’endroit le plus haut, le plus proche du ciel. Mais que tous célébrèrent.

Des tambours résonnaient. D’autres tambours répondaient. D’autres musiques, d’autres harmoniques… Le saxophoniste étrange s’était joint à la célébration, toujours invisible. Des chanteurs et des danseurs masqués, comme autant d’anciens dieux et esprits… Comme autant d’enfants du Ciel, Seigneurs et Dames de nos légendes, Seigneurs et Dames des Etoiles…


Je n’ai pas dansé. J’étais la Marabout. Celle qui parle aux Etoiles. Celle qui guide le feu des Neuf Soleils. La garante de leur protection. J’étais une enveloppe de chair accueillant l’esprit désincarné d’Erzulie. J’étais sa main et son souffle. J’étais la Rivière des Etoiles, immobilisée dans son mouvement l’instant de l’Union sacrée.
J’étais la Marabout. La Mère.
J’étais heureuse pour mes enfants…





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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 3 Oct - 14:54



Les Premiers-nés. Partie 1
Prélude.


Cela fait une semaine que je prépare Paul et Alicia au rituel.

J’ai peur.

Mais je ne leur montre pas. C’est eux qui risquent le plus. C’est eux qui ont à perdre. Moi, personne ne me pleurera.

Le soir où je leur en ai parlé pour la première fois, Alicia m’avait sauté de joie au cou. Paul aussi. Puis il a croisé mon regard. Et il a dit « les étoiles décident de notre sort ». Alicia a compris.

Depuis, je les prépare à ce rituel.

Je leur répète chaque soir qu’il n’est pas tard de renoncer. Mais ils m’entourent de leurs bras et répondent que jamais ils ne renonceront. Et qu’ils ont confiance en moi.

Paul continue les cours. Moi aussi. Mais nous avons déjà prévenu le Professeur Armitage de la prochaine longue absence. Il n’a pas vraiment posé de questions.

Alicia danse toujours au Nostromo. Avec Vadim et moi. Quand elle ne pourra plus danser, je continuerai avec Vadim, et partagerons le cachet. Alicia est le seul soutien de sa famille. Joe est parti dans un autre coin du Ghetto. Nous ne le voyons que très peu.

Je prépare Alicia. Je prépare son corps à accueillir une vie nouvelle. Une vie qui sera à la fois Humaine et Nazaddi. Une vie inconnue. Inconnue d’Alicia, de Paul. De moi…

Je lui apprends à respirer. A contracter et à relâcher ses muscles. Je l’enduis d’onguents. Lui fais des plats avec des fleurs, du miel et de la gelée royale. Lui fais boire des tisanes…

Je prépare Paul. Pas à être père : ça, je ne puis, et ça ne se prépare pas. Mais je le prépare à m’assister dans le rituel. Car son rôle sera non seulement d’offrir la part Humaine à cette vie inconnue, mais aussi d’accompagner sa gestation dans le ventre de son Etoile-compagne, cette nouvelle Eve qui a pour nom Alicia.

Son rôle sera aussi de me seconder en tant que Marabout. Je lui demande beaucoup, j’en suis consciente. Je crois en lui.

J’ai glissé quelques mots à Mama Shan. Elle m’aidera. Elle s’occupera d’Alicia et de Paul. Une fois que ce sera fini. J’ai aussi eu l’appui de deux Anciens Marabouts. Pacifistes, bien sûr.

J’ai peur. Mais je ne leur montre pas. Je ne dois pas. Ils me font confiance. Alors je dois être forte.

Pour eux.

Pour l’espoir qu’ils représentent pour nos peuples.

* * *

Je me prépare aussi.

J’ai refait les stocks de baume de soin. J’espère sincèrement ne pas en avoir l’utilité, mais l’on n’est jamais certain.

J’ai distillé les venins des Cobras et des Séraphins.

J’ai demandé à pouvoir occuper la plus haute pièce du Cyclopean. Celle qui est juste en dessous de l’Aérolithe. Celle où j’avais célébré mon anniversaire des 16 ans avec l’Ange...

J’y ai mené les Cobras et les Seraphins. J’y ai tracé les signes des Etoiles et des Fleurs, dieux et déesses de nos légendes… Je l’ai aménagé pour que nous puissions à nous trois y passer une dizaine de jours. Elle n’est pas très grande, et le plafond est bas. Mais c’est l’endroit le plus proche des étoiles dans cet omphalos de pierre vivante d’archanotech.

J’avais écrit une demande formelle à l’Ange pour avoir des pass longue durée pour Paul et Alicia (sous des faux noms, bien sûr). J’étais venue plusieurs fois devant les portes de son bureau la porter. Mais il n’y avait personne. J’ai appelé. Personne. Alors j’ai seulement laissé un message. Factuel. Professionnel. Le lendemain, Walter me donnait l’enveloppe avec tous les pass et les autorisations. Efficace. Pas même de mot d’accompagnement. J’ai appelé pour remercier ; toujours personne.

Evidemment ! Il était aux cotés de Benedict Ashcroft ! Donc rarement au Cyclopean. Zack a raison : il me rejette parce que je suis de trop entre lui et le Sorcier de l’esprit Ashcroft. J’ai mal. Quand Walter m’a donné l’enveloppe, j’ai cru lire la pitié dans son regard. Tout comme j’ai cru la discerner à certains moments dans la voix de Zack. Alors je chasse cette pensée, car je ne dois pas ressentir la douleur. Je me force. Je force mon corps à se mentir et à étouffer ce que mon cœur désire, ce que mon âme rêve… Je ne dois rien ressentir du tout. Rien d’extérieur à ce rituel que je prépare.

* * *

Au hasard de mes promenades dans le Cyclopean, j’étais tombée sur une statuette d’Erzulie qui ressemblait tellement à la mienne qui est en argile noire, que j’ai cru qu’il s’agissait d’une copie.

Mais c’était je crois plus l’original : elle était dans une pierre noire comme on n’en voit pas sur Terre. Elle était sombre et veloutée au toucher, comme la nuit condensée en un visage, en un corps tangible. Mon œil d’aérolithe m’avait alors brulé et je la vis aveuglante de brillance, dansant de lumière ondoyante. Ces deux images se sont imprimées dans mon esprit en un battement de cœur. Et puis la statuette est redevenue inerte.

Oubliant toutes les convenances, j’ai couru à l’étage 777 ; j’ai frappé au bureau de Jacob Ashcroft. Ça devait être mon jour de chance : il était là et me reçut. « S’il n’y a que ça pour vous faire plaisir, Mlle Souadou », me dit-il sirotant un verre du vin des songes, « prenez cette statuette. Mais à l’avenir, adressez-vous pour ces questions de décoration de votre bureau aux services concernés et à la Sécurité… »

Peu m’importait son sarcasme : Erzulie la danseuse était mienne et je l’ai transporté dans cette pièce la plus haute. Je l’ai lavé à l’eau, au sang et aux cendres. Je l’ai placé au chevet de la future couche d’Alicia et de Paul.



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 3 Oct - 17:23


Les Premiers-nés. Partie 2.

1er Cycle.

Première Danse.




La Nuit était seule. Elle marcha alors dans la plaine sombre et désolée, guidée par un appel inaudible à ses oreilles mais trouvant écho en son cœur.

Elle marchait, elle dansait sur la plaine sans vie, et de ses pieds blessés par les rochers coupants la sève coula sur le sol et le nourrit. Et des fleurs naquirent de chaque goutte du sang-sève, et à chaque fleur répondait un battement du cœur de la Nuit.

Et lorsque la plaine fut recouverte de fleurs et que les chants résonnèrent à travers la Nuit, à travers son corps sombre et opaque, elle se coucha comme un écrin de velours sur les fleurs nées d’elle, couvrant la plaine toute entière.

Et elle rêva que les fleurs scintillaient en elle et chantaient. Et alors elle entendit leur appel et comprit que c’est les voix des fleurs qui l’avaient guidé. Que c’est en réponse à leur chant qu’elle s’éveilla à sa Première danse, la danse de la Vie. Et que c’est sa Danse qui leur a donné Vie.

Alors elle mêla ses larmes de joie et de douleur de l’enfantement au pollen des fleurs et souffla sur la plaine fleurie. Et la poussière de lumière s’envola comme un tourbillon scintillant et s’enroula dans les interstices des espaces infinis et les hélices des temps. Et y coula comme un fleuve…


« Et le nom que nous donnons à ce fleuve est la Rivière d’Etoiles… » chuchota la Marabout noire au masque de nuit étoilé. Elle passa la main dans les cheveux entremêlés de Paul et Alicia, allongés entrelacés aux pieds d’une statues de Vierge Noire, Erzulie la Danseuse.

Un Humain au masque Nazaddi d’ossements livides et une Nazaddi au masque de Soleil de nuit, unis dans la Première danse. Comme Adam et Eve bibliques. Comme Manu et Ida des Brâhmanas.

Ils dormaient. La Marabout entendait leurs respirations synchrones. Le Cobra Harmoniste, enroulé sur le bras dénudé d’Alicia, pulsait de lumière au rythme de leurs deux cœurs.

Il avait beaucoup grandi en ces deux mois. Il avait atteint une taille d’une bonne vipère adulte et, déroulé et prenant appui sur les épaules du porteur, pouvait aller d’un avant bras à un autre. Et il muait souvent. Amsar sourit sous le masque et se releva doucement. Cela faisait un cycle qu’elle gardait cette position, comme une réplique dans l’immobilité de la danse d’Erzulie.

Elle enleva son voile de nuit d’un bleu foncé et ne garda plus que la tunique de lin blanc qui lui couvrait intégralement le corps d’un voile de lin plissé. Car certaines métamorphoses doivent rester secrètes et n’être dévoilées qu’une fois le cycle accompli. Tel était l’enseignement de Mama Yshtar. Telle était la volonté de la Vie elle-même, qui restait dans l’écrin du ventre d’une femme jusqu’à la naissance. Alicia portait une tunique identique.

La Marabout porta les mains à son masque, mais renonça à l’enlever. Elle ne devait être plus rien qu’un canal, rien que le souffle de la Nuit, rien que la Danse d’Erzulie…

La Marabout se mit sur la pointe des pieds nus et s’inclina, touchant de ses doigts le sol, devant Erzulie la Danseuse. Puis tourna, soulevant les plus de la tunique. Et tourna autour du couple endormi. Comme le souffle de la Danse incarné.

Car le Rituel avait déjà commencé.


http://mythologica.fr/hindou/manu.htm





* * *
Deux autres personnes avaient écouté l’ancienne légende Nazaddi et regardaient pensivement la Danseuse au masque de nuit.

* * *
L’un épiait depuis les ombres d’un coin de la pièce.

Depuis cette discussion avec Amsar (puisque c’est ainsi qu’il l’appelait maintenant) dans la forêt aux abords d’Arkham, il n’était rassuré que sur un point : elle n’était pas un danger pour les Ashcroft. En tout cas pas dans l’immédiat et pas sciemment.

Mais il était encore plus intrigué qu’avant. Elle en savait beaucoup sur le Symbiotes. Shepard, qui avait réveillé son symbiote, selon elle, n’aurait pas pu lui dire tout ça. Alors qui ?

Elle était une sorcière. Pas encore accréditée, certes. Et différente de ce qu’il connaissait jusqu’ici, différente des Ashcroft.

Il lui avait remis le Death-book du Klan dans la forêt. Elle avait deux choix : le pardon ou la loi du Talion. Le détruire et arrêter les vengeances et les morts ; ou bien le donner aux siens, afin que les morts Nazaddi soient vengés. Et les Sicaires, quand il s’agissait de vengeance, étaient parfois plus terribles que les Humains : ces assassins fanatiques avaient un fort sentiment tribal ou primitif, et n’hésitaient pas à massacrer les familles entières.

Mais ce qu’a fait Amsar l’a surprit. Elle a passé plusieurs heures à méditer assise littéralement sur le livre. Puis elle s’est bandé les yeux et a commencé à psalmodier des chants Nazaddi, tout en tournant les pages. Et à chaque changement de rythme, elle arrachait, à l’aveuglette, une page, et la rangeait sur un linge noir. Lorsqu’elle eut terminé, elle a brulé le livre. Puis a replié le linge et a écrit dessus avec une craie blanche « Ainsi ont décidé les Etoiles »…
Sorte de justice aveugle : vengeance parcellaire et pardon incomplet, et pourtant suffisants pour, à la fois, ne pas mettre Arkham à feu et à sang et satisfaire le désir de vengeance. Ni démon ni ange…

* * *
La deuxième personne était l’Ange des Ashcroft, invisible, adossé à la droite de la statue d’Erzulie.

Il aimait regarder Amsar danser. Le nier aurait été mentir.

Elle n’avait pas rejoint les Sicaires. C’est ce que Simon lui avait affirmé. « C’est ce qu’Amsar a dit, » avait dit Simon, « elle ne mentait pas. Elle est d’une sincérité désarmante. Et il y a aussi en elle quelque chose de terrible, d’indéfinissable ou d’imprévisible ». Amsar. Ce n’était plus Mlle Souadou…

Il regretta qu’elle n’enlève pas son masque. Son visage avait quelque chose d’étrange et de gracieux. Comme celui de la Vierge noire. Oui, il avait déjà vu ces traits. Sur cette statue. Mais aussi sur une autre idole majestueuse et imposante par sa taille d’une bonne centaine de mètres, qui était gardée dans les sous sols. Une Reine Nazaddi, faite dans un aérolithe noir, rapportée d’un vaisseau lors des Guerres.

Il porta la main à son porte-cigarettes, mais se ravisa. Ce n’était pas une simple danse. Amsar faisait un rituel. Il n’avait jamais observé les rituels des Ashcroft, et même évitait de la faire. Mais les rituels marabouts avaient quelque chose d’étrange, d’envoutant. Du moins certaines parties. Comme cette danse. Comme ces bruissements d’ailes et les chants des fleurs flottantes appelés Séraphins.

Comme ce parfum ambiant, mélange de fragrances étranges, agréable et frais, mais qui faisait légèrement tourner la tête. Le venin d’Harmoniste avait des propriétés hallucinogènes, avait-il lu dans le rapport d’Amsar. Il sentit un regard darder sur lui : un Cobra enroulé sur le bras droit de la statue comme sur le pommier biblique avait glissé sa tête et, gonflant son capuchon, siffla.






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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 3 Oct - 18:53

Les Premiers-nés. Partie 3.

2ème Cycle.

Danse du Soleil et de la Nuit.




… et le Seigneur Soleil Couronné d’Or dévoila ses traits devant la Dame Nuit Couronnée d’Argent. Et Dame Nuit s’inclina devant lui et ôta un de ses voiles et le lui mit sur les yeux, car nu ne doit voir la nudité de ce qui est secret.

Puis elle posa les mains du Seigneur sur son corps et il brula un par un ses autres voiles. Et lorsqu’il n’en resta plus qu’un, il l’enveloppa de sa lumière et épousa son ombre. Et le dernier voile tomba sur leur étreinte comme un écrin.

Et lorsqu’une éternité était passée, la Nuit était consumée dans la lumière vive du Soleil, et le Soleil était éteint dans les ombres de sa compagne. Mais la couche n’était point vide : le voile recouvrait ce que leur danse avait engendré, ce qui était resté secret une éternité et ce qui devait être dévoilé au Ciel infini : un œuf tissé de lumière d’or et d’ombre.

Et un souffle invisible souleva alors le voile et l’œuf fut dévoilé. Et le Ciel le vit et les Etoiles chantèrent. Et les harmoniques de leurs chants ont fissuré la coquille. Et deux êtres sont sortis de l’œuf, deux Souverains du Ciel Infini.

Et leurs danses sur la Rivière des Etoiles engendrèrent une multitude…


La Marabout se dégourdit les membres. Alicia et Paul dormaient aux pieds de la statue d’Erzulie.

Amsar les droguait au suc d’Harmoniste à des doses infimes. Combiné avec les extraits de certaines plantes, il avait un effet relaxant. Et ils avaient besoin de ce repos. Ce n’était que le début. Et déjà Alicia commençait à ressentir des vertiges et des nausées. Elle-même en prenait à l’état pur : son Cobra Harmoniste était en telle résonnance avec son rythme qu’il suffisait d’un simple changement dans sa respiration pour qu’il plonge les crocs dans sa veine.

Elle les regarda dormir, l’un dans les bras de l’autre.

Une chaleur dans son flanc. Comme une légère brulure. Elle passa la main sur son ventre, au niveau du foie. C’est aussi à cela qu’elle aspirait. Non, pas aspirait, rêvait. Elle en rêvait. Et le rêve est comme un flocon de neige : nul ne peut le tenir dans ses mains…

Elle pensait pouvoir faire taire son cœur le temps de ce rituel. Mais dès les premiers instants, elle comprit qu’elle passerait plus de temps à combattre elle-même que canaliser les forces des souffles invisibles des étoiles. Alors elle se résigna devant cette volonté des astres. Peut être est-elle nécessaire à ce rituel ? Peut être cette douleur pourrait lui devenir une force…

Finalement, pourquoi « douleur » ? C’est elle qui ne cessait de couvrir les souvenirs si doux de ce voile de ressentiment quand l’Ange l’a rejeté alors qu’elle lui confiait son souhait de rejoindre la Ruche Ashcroft. Comment ce seul souvenir pouvait-il évincer tous ceux qui l’ont précédé ?

Leur rencontre, la première, il y a quelques années de cela, que le memento lui avait fait oublié, et celle, plus récente, qui a gravé à jamais les traits de l’Ange dans son cœur. Sa gentillesse. Leurs discussions. Le soir où l’Ange a réveillé son symbiote et sa mémoire de Sicaire. Le Mausolée et son monde à l’Astre mort… La nuit où Gladys était devenue une Etoile, et où il lui a dit, posant un baiser sur sa main, qu’il sera honoré de l’avoir à ses cotés…

Elle se plaça devant un miroir de bronze poli et dénoua la tunique. Elle avait le prix à payer, pour ces nuits blanches, pour cette concentration qu’elle ne pouvait relâcher. Elle savait qu’au fur et à mesure l’aide de son symbiote sera plus importante, et le prix sera plus lourd.

Elle prit une lame de cristal courbe, luminescente comme un pétale de Séraphin et tranchante comme un rasoir effilé. Le posa contre sa poitrine. Fit glisser le long d’une ligne à peine visible d’une autre cicatrice, esquissant le dessin d’un ange. Quelques gouttes écarlates perlèrent sur une peau d’onyx noir…





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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 4 Oct - 16:58

Les Premiers-nés. Partie 4.

3ème Cycle.

L’union du Sacrifice.



… Et le Seigneur des Etoiles Mori* Soma** partit au combat. Et la Dame Mori Agni l’attendit un cycle. Puis une éternité. Et elle pria ce cycle et cette éternité pour son retour.

Elle resta immobile, les mains jointes levées vers le Ciel, toute l’éternité que dura cette supplique. Et la pluie qui ruissela sur son corps se cristallisa en racines et l’encra au sol. Et le vent qui la fouetta déchira ses vêtements en des lambeaux qui s’envolèrent comme des feuilles mortes.

Et lorsque le Seigneur Mori Soma rentra, il découvrit que sa Dame n’était plus et qu’un arbre décharné l’accueillit de son silence. Alors de tristesse il l’entoura de ses bras, et s’ouvrit les veines, afin d’abreuver l’arbre de sa sève et de son sang. Afin de lui redonner vie, il s’offrit en sacrifice.

Et l’arbre qu’était devenu Dame Mori Agni accepta l’offrande et le dévora. Car il y a toujours le Dévoré et Celui qui dévore*** dans la Danse.

Et l’arbre fleurit. Car le Sacrificateur et le Sacrifié y furent unis. Car le Sacrifice fut complété et fusionné. Et les fleurs donnèrent des fruits…


* * *

*Mori = Marabout ; langue Bambara
**Soma = Sorcier en langue Bambara ; aussi nom d’une divinité hindoue
***cf Cosmogonie ; Soma et Agni ; Braâhmanas



* * *

Le troisième cycle touchait à sa fin. Le ventre d’Alicia s’était arrondi. Mais elle était toujours aussi gracieuse, si ce n’est plus.

Je l’avais laissé danser. Car bientôt, si son ventre continu à grossir aussi rapidement, elle ne pourra plus se lever. Nous l’avons regardé, avec Paul ; elle riait de joie sous son masque, nous montrant de profil son ventre de celle qui portait la vie.

Pour l’accompagner, j’ai chanté ce poème de l’Astronomicon, mais elle l’a trouvé triste. Et Paul a promis de ne pas partir au delà du Dôme combattre les Migos. Alicia devient très sensible et passe du rire aux larmes. Et aussi elle commence à s’essouffler rapidement.



* * *
Deux hommes, comme deux négatifs l’un de l’autre étaient assis au bar de l’étage désaffecté.

« Elle a l’air de tenir les nuits blanches. », dit l’homme au costume anthracite ; puis rajouta « Cette histoire Nazaddi m’a donné le bourdon... »

« Tu comprends la langue Nazaddi ? » s’étonna l’homme blond au costume crème.

« Nul besoin : elle parle en anglais. » L’homme sombre leva son verre et changea de sujet. « Trois fois 24 heures, c’est le maximum qu’elle a tenu jusqu’à présent. C’était la durée de son rituel des Séraphins »

L’homme blond haussa un sourcil. Il était certain qu’elle parlait dans sa langue natale à elle, avec son accent fluide, étirant certaines voyelles, comme en chantant.
Quant à la durée du rituel et aux conséquences, il préférait ne pas y penser à l’avance. Il ne se rappelait que trop bien l’état d’un Sorcier après un tel effort en général, et celui d’Amsar après le rituel d’hybridation des Séraphins en particulier.

« Shepard, tu devrais… » commença l’homme en costume sombre.

Le téléphone sonna. Le blond Shepard fit un sourire d’excuse et décrocha « J’arrive, Monsieur Ashcroft… » Puis se tourna vers son interlocuteur « Tu disais, Simon ? »

« Non, rien. Une prochaine fois, peut être… »




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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 4 Oct - 17:42

Les Premiers-nés. Partie 5.

4ème Cycle.

L’Etoile et la Reine.




…Et la Reine Yeelen-Su*, dont le nom signifie « Nuit de Lumière » ou « Lumière de la Nuit », pleura l’inéluctable. Mais nul ne peut enfreindre les lois du Grand Dharma. Alors elle prit ses larmes de lumière et tissa autour un écrin d’ombres.

Et elle cacha ce cocon dans son foie, pour n’offrir aux Prêtres du Livre-de-la-Non-vie-et-des-Ténèbres-Denses assoiffés de sang que son cœur d’étoile exsangue. Mais déjà toute lumière avait quitté ce cœur. Car la lumière avait coulé dans ses larmes et demeurait cachée en ses entrailles. Tout comme un papillon demeure caché dans la chrysalide le temps d’un cycle dans les entrailles du terreau.

Et elle monta sur la plus haute tour de son palais. Et elle chanta le Dernier Chant, qui fut inaudible car ce chant avait déchiré ses cordes vocales. Et une Etoile descendit du ciel. Et la Reine s’ouvrit son flanc de ses propres mains et offrit son foie avec la chrysalide à l’Etoile. Et l’Etoile accepta l’offrande et s’envola vers le ciel.

Et en ce monde ne restaient plus que des scories de lumière...

Et la Reine fit venir les Prêtres et leur offrit sa Dernière Danse. Et les Prêtres plongèrent leurs crocs dans le cœur et étouffèrent les scories de lumière.

Et la Reine Yeelen-Su prit le nom de Lahara-Su**, ce qui signifie « Nuit de l’Au-delà » ou bien « au-delà de la Nuit » et ne chanta plus et ne dansa plus. Elle resta immobile sur son trône, semblable à une statue d’onyx sombre.

Et son immobilité lui fut tombeau...


* * *

*Yeelen-Su = « Nuit de Lumière » ou « Lumière de la Nuit », langue bambara
**Lahara-Su = « Nuit de l’Au-delà » ou bien « au-delà de la Nuit », langue bambara


* * *

L’Ange passa la main sur son flanc. Le coté droit chauffait. Pulsait par vagues de chaleur.

Il n’a pu résoudre le mystère de la langue ; il continuait d’entendre les légendes, ou plutôt des poèmes, en langue nazaddi. Simon les entendait en anglais. Les enregistrements n’ont rien donné : seulement des grésillements inexploitables et des harmoniques étranges de Séraphins. Quand elle finira ce rituel, il lui demandera…

Cette dernière histoire l’intriguait.

Ça lui rappelait étrangement le monde Nécropole à l’Astre mort. Et le livre que les prêtres vénéraient serait le Nécronomicon…

Ce monde avait l’air si ancien ! Et pourtant Amsar connaissait des légendes le concernant… Son peuple était donc aussi ancien ?

L’Ange se tourna vers la statue d’Erzulie. Elle portait une couronne d’étoiles stylisées dans la pierre noire d’aérolithe. Un drapé lui recouvrait le flanc. Il tendit sa main et toucha la statue. Il aurait voulu l’enlever, vérifier si oui ou non elle avait cette cicatrice au flanc comme le sous-entendait la légende.

Une Reine Nazaddi symbiote ? Ou créatrice de symbiote ? Une Reine Nazaddi d’un monde sans lumière… Qui avait parlé par la bouche d’Amsar. Qu’Amsar avait laissé la posséder volontairement. Comme si elle la connaissait. Comme si cette Reine lui était familière d’une manière ou d’une autre…

Il frissonna. La voix de la Marabout, couverte par son masque, avait des harmoniques étranges.


* * *
Alicia ne peut plus danser. Et marche difficilement. Son ventre est devenu aussi rond que celui d’une femme Nazaddi presqu’au terme. Et nous ne sommes qu’à la fin du 4ème cycle…

Je l’ai installé sur la couche aux pieds d’Erzulie ; c’est juste en dessous de l’aérolithe du Cyclopean. Je commence à sentir ses pulsations, qui résonnent dans tout mon corps. Et alors c’est comme si les harmoniques passent, en moi, à travers moi…

La première fois où c’est arrivé, mon Cobra s’immobilisa, puis pulsa chromatiquement dans les couleurs chaudes. Puis sa peau est tombée et s’est enflammée toute seule.

Alicia dormait et n’a rien vu.

Je m’inquiète pour elle. Mais je ne montre rien. Je ne dois rien montrer.

Le Rituel doit continuer.






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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 4 Oct - 18:09

Les Premiers-nés. Partie 6.

5ème Cycle.

La Couronnée d’Etoiles.



… et les étoiles descendirent et dansèrent autour de la jeune épousée. Et son épousé tomba à genoux en adoration devant elle, devant ce qu’elle était et ce qu’elle devait devenir.

Et il renonça à la faire sienne en cette nuit de leurs épousailles. Car elle était choisie. Elle allait devenir un réceptacle de ce qui n’a pas encore pris de forme. Elle allait être le canal des forces qui s’incarneraient à travers elle et en elle. Et il tendit ses mains semblables à des branches d’arbres qu’il chérissait.

Et les étoiles glissèrent en dansant sur ses mains de charpentier. Et il posa ses mains sur le ventre de la Couronnée d’Etoiles et modela sa forme. Et dans le ciel sombre, une étoile brilla d’un feu invisible, qui se condensait en lumière intense, alors que le ventre de la femme s’arrondissait.

Et au terme du cycle, lorsque le caché devait être dévoilé, l’Etoile Nouvelle glissa du Ciel de Nuit et tourna autour du ventre de la Couronnée.

Et trois êtres la contemplèrent dans sa danse. Et leurs yeux furent brulés. Car ce fut leur première Offrande, leur premier Sacrifice. Et ils avancèrent à l’aveuglette sur les traces de l’Etoile. Et ils se prosternèrent devant l’Epousée de Chaire de l’Invisible.

Et de leurs mains ils déchirèrent son ventre rond. Et l’écho du Premier cri de l’Etoile Incarnée hurla en échos à travers leurs gorges. Et ce fut leur seconde Offrande, leur second Sacrifice.

Et l’Incarné tendit ses mains et les toucha au flanc. Et ils se recroquevillèrent à ses pieds quand il se nourrit de leurs âmes et la leur insuffla métamorphosée. Et ce fut leur troisième Offrande, leur troisième sacrifice.

Et ils s’en allèrent de part l’hélice du temps et les corridors des dimensions.
Et l’Epousé posa l’Incarné sur le sein de la Couronnée. Et il but à la Source de la Première Danse.

Et l’Epousé refermé le ventre déchiré de le Couronnée. Et il prit le lait qui coula et l’en enduit les déchirures béantes et elles se refermèrent.

Et la Nuit voila leurs traits à tous les trois. Et ils s’en allèrent de par les chemins inconnus et ignorés de tous. Car doit rester caché ce qui sera dévoilé.

Car telle était la volonté du Grand Dharma…



* * *

« Ça rappelle la Nativité biblique », dit pensivement Paul, caressant les cheveux de son Epousée, éparpillés sur les genoux de la Marabout.

« Si le Temps est une hélice, alors peut être que votre Nativité biblique est l’écho de cette légende. Ou le contraire. Ou qu’elles ont une source commune… » chuchota la Marabout masquée.

« Où que c’est la seule et même histoire, qui s’est répétée dans nos deux mondes… » rajouta la faible voix d’Alicia. « non, je ne dors pas. Samsara, mon ventre est énorme. Et pourtant je ne sens pas de mouvements. Rien. Ou plutôt comme des pulsations diffuses… Est-ce pour bientôt ? »


* * *
J’ai regardé Paul. J’ai senti ses yeux me fixer à travers nos deux masques.

Je n’ai aucune réponse à leur apporter.

Je ne sais rien moi-même.

Certains poèmes que je chante ne sont pas de moi. Je ne les ai pas lus dans mon exemplaire de l’Astronomicon. Ils me viennent comme soufflés par une autre voix, une autre volonté.

J’ai peur.

Alors je me répète : je suis un canal, je suis la danse, je suis le chant d’Erzulie…




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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 4 Oct - 19:24


Les Premiers-nés. Partie 7.

6ème Cycle.

Douleur.


Qu’en moi s’installe la Lumière !
En moi la Ténèbre ! En moi l’Invisible !
Oui, qu’en moi s’installent Toutes Choses ! *


*légende des Narayana, Brâhmanas

* * *

Le nouveau cri de douleur d’Alicia a fait sursauter Paul.

Elle répète depuis des heures cette litanie. Elle n’a pas su me dire d’où elle connaissait ce mantra. Je pense qu’il y a un lien avec les pulsations engendrées par les harmoniques de l’aérolithe du Cyclopean.

Elle dit que ça la brule. Puis qu’elle est glacée. Nous essuyions la sueur sur son front.

Pourtant je sens qu’elle est encore loin de la délivrance.

Paul m’adresse des regards suppliants. Pourtant je sens que le pire est à venir. Alicia a encore des forces. Elle doit tenir ce cycle.


* * *

Les hurlements de douleur de la femme Nazaddi l’ont réveillé à plusieurs reprises. Zack Simon se leva et s’assit à son bureau. Comme bon nombre d’employés du Cyclopean, il passait bon nombre de ses nuits au bureau.

Les cris de douleur continuaient. Impossible de se concentrer.

L’archanotech du Cyclopean était un amplificateur naturel des émotions. Il secoua la tête à l’idée que tous les Taggers présents en ce lieu devaient être témoins des souffrances de cette femme. Voire souffrir le martyr eux-mêmes.

Il avait déjà eu deux plaintes plus tôt dans la journée. Iris Church a demandé sa journée. Un autre de la Sécurité a eu un accès de folie : il hurlait que le Dôme était éventré au dessus du Cyclopean et que la lumière qui en tombait allait consommer toute chose. Il a été mis en quarantaine à l’infirmerie sous somnifères.

Heureusement que l’Ange n’était pas là pour entendre ces vociférations…

Impossible de se concentrer !

Le N°2 de la Sécurité Zack Simon referma le dossier.

Silence.

Il ouvrit la porte de son bureau.

Silence.

Il referma la porte, éteignit la lampe de bureau et disparut dans les ombres.
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 4 Oct - 20:14



Les Premiers-nés. Partie 8.

7ème Cycle.

Transfert. Invocation.



Dans la plus haute pièce du Cyclopean, la Marabout était assise aux pieds de la statue. Dans ses bras, elle tenait, berçant, la jeune Nazaddi au ventre distendu.

Le Tagger de la Ténèbre s’installa dans un coin sombre et observa.

De l’emprise de la Lune, je libère ta pensée ! Svāhā !
De l’emprise du Soleil, je libère ton œil ! Svāhā !
De l’emprise du vent, je libère tes souffles ! Svāhā !
De l’emprise des orients, je libère ton oreille ! Svāhā !
De l’emprise des eaux, je libère ton sang ! Svāhā !
De l’emprise de la Terre, je libère ton corps ! Svāhā ! *

*formules pour oblations de Libération hindous ; Brâhmanas.


La Marabout balançait au rythme de son chant.

Il ressentit confusément pour la première fois que ce n’était surement pas de l’anglais ; ni aucune autre langue qu’il connaissait. Pourtant il la comprenait parfaitement.

La Marabout avait posé ses mains sur le ventre énorme de la femme au masque de soleil de nuit et celle-ci semblait dormir, apaisée.

Au dessus de sa tête s’étaient rassemblés trois fleurs flottantes. Des Séraphins, se corrigea Simon. Ils flottaient comme une couronne d’étoiles fantomatiques dans la pénombre de la pièce.

« Merci… » chuchota l’Humain au masque Nazaddi.

« Ne me remercie pas, Tile-den » la voix d’Amsar tremblait.

Zack Simon se rapprocha dans les ombres et tendit l’oreille.

« Alicia dort, alors je peux te parler librement et d’égal à égal. Pas comme à son Epousé. Pas comme à un être de chaire. Comme à un Marabout. » la voix d’Amsar avait reprit son calme et résonnait limpide dans la pénombre silencieuse. « Je m’étais trompée… »

L’Humain sursauta. Puis se rassit car le cobra qui était lové autour du cou de la Marabout avait gonflé son capuchon en sa direction et émit un sifflement.

Zack Simon se gratta la joue. Lui non plu n’aimait pas la tournure que prenaient les événements. Pourtant elle avait réussi les deux premières hybridations ! Alors où était le souci ?

« Je m’étais trompée quant à la nature du Rituel. Il ne s’agit pas d’une Hybridation… C’est une Invocation !

Je le ressens maintenant. Je le ressens comme Alicia l’avait pressenti, lorsqu’elle nous parlait des harmoniques étranges. C’est l’aérolithe qui est au dessus de nous qui pulse…

Je le ressens si clairement, car il résonne en moi maintenant. Car j’ai transféré sur moi l’enfantement d’Alicia. Pas uniquement la douleur, qui, au début, ne sera que physique. Mais après, cette douleur emplira tout le réceptacle… Et ni elle ni moi n’avons les forces de contenir l’intégralité du portail qui s’ouvrira dans la chaire. Alors accepte que moi et ma sœur le partagions… »

L’Humain resta longtemps silencieux. Puis s’inclina « Que dois-je faire ? »

La Marabout tendit vers lui une de ses mains, gardant l’autre sur le ventre de la Nazaddi.

« Je ne pourrais plus me lever, tout comme Alicia. Je te demande de t’occuper d’elle et des enfants qui naitrons.

Car ce seront bien vos enfants, nés de son ventre et de ta semence. Ils seront de chaire, tout comme vous, car c’est vous qui les avaient engendrés. Mais ce seront aussi des Incarnés, car ils auront également été invoqués…

Je ne t’ai encore jamais parlé d’invocations, car ce sont des Chants terrifiants. Je ne te sens pas prêt pour ces Harmoniques. Alors je vais continuer seule.

Mais je te demande de revenir ici exactement dans trois Cycles. Tu entreras et tu prendras ton Epousée et tes enfants. Tu la soigneras si son état le nécessite. Et tu les emmèneras comme convenu et tu t’occuperas d’eux. »

« Et toi, Amsar ? » chuchota l’Humain.

« Je ne dois pas être ta priorité. Souviens-toi en ! Alicia et les enfants, ne pense qu’à eux… Si tu souhaites rester dans le Cyclopean, tu peux aller dans mon bureau. Mais sois discret et n’ôte jamais ton masque, même quand tu dormiras. Il est des choses qui doivent rester cachées », ajouta-t-elle d’une voix enjouée, « ton visage en ce lieu fait partie de ces choses. Et l’accouchement de ta femme en est une autre … »


* * *

Le N°2 de la Sécurité Zack Simon regarda l’homme prendre le pass d’Amsar et descendre par un escalier de secours dans le bureau de l’étage désaffecté. Il referma la porte à clef et s’assit dans la position du lotus sur un coussin ; s’alluma une cigarette.


* * *

Sous l’œil d’aérolithe gigantesque du Cyclopean, une Nazaddi borgne au visage couvert de masque de nuit étoilée s’ouvrit pleinement aux harmoniques étranges et pulsa de tout son être de chaire et d’esprit…



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 4 Oct - 22:29


Les Premiers-nés. Partie 9.

8ème Cycle.

L’Incarné Invoqué. Fusion.



…Et il est né, mais aussi Incarné. Et il est de chair, mais aussi de l’Intangible. Et il a été engendré, mais aussi Invoqué…

Lorsque les clous s’enfoncèrent dans ses membres et le lièrent au bois mort de l’arbre, son sang qui en coula appela à lui cette part qu’il ne sa connaissait pas et qui ne le connaissait pas. Mais il la désira. Et elle le chercha.

Et des mains posèrent sur son front la Couronne de Ronces. Et ses épines s’enfoncèrent dans sa chaire. Et il soupira de douleur et d’extase mêlées. Car sa douleur de Crucifié nourrissait la force de la Couronne. Car la Couronne était cette part qui lui manquait depuis toujours et dont il goutait à présent l’Union.

Et la Couronne se déploya en sa chaire. Et le cœur du Crucifié arrêta de battre. Et son souffle s’immobilisa. Son sang ne coula plus. Car il ne ressentait plus nul besoin en son corps, ni son cœur ni son âme.

Et l’Entase dura trois cycles.

Le premier cycle, il fut crucifié à la Lumière.

Le second cycle, il fut enseveli dans un caveau de Ténèbres.

Le troisième cycle, il connut la Fusion.

Et alors il eut le Choix.

Mais l’Incarné Invoqué Fusionné n’avait plus rien à désirer, car il n’avait nulle attache en ce monde, nul espoir et nul regret.

Alors son choix s’imposa à lui comme une évidence...


* * *
Paul Wilson n’arrivait pas à dormir.

Des chuchotements d’Amsar lui parvenaient, comme portés par l’Archanotech. Il se prosterna sur le sol sombre et écouta.

Jésus était donc un Incarné Invoqué. Comme le disent les Ecritures, le souffle de dieu fait chaire.

Est-ce cela qui nous attend ? Est-ce cela que seront ces enfants ? Nos enfants …


* * *
Stephen Shepard avait écouté attentivement le rapport de Zack Simon au sujet du Rituel. Et dès qu’il put, il monta dans la plus haute pièce du Cyclopean. Invisible et intangible. Car il était l’Ange.

Amsar était seule. Enfin, seule avec cette jeune Alicia eu ventre encore plus distendu que la veille et qui semblait endormie ou inconsciente. La Marabout, adossée à la statue de la Vierge Noire Erzulie offrant de son corps une couche à son amie, gardait en permanence ses mains sur le ventre dénudé de la jeune Nazaddi et y dessinait de ses doigts des arabesques invisibles.

Qui es-tu, Amsar ? Quel est ce Jésus qui tu souhaites faire naitre ?

L’Ange des Ashcroft n’avait jamais assisté à des invocations ; ou peut être que le memento le lui avait fait oublier. Mais il savait que les Ashcroft pratiquaient ce genre de rituels. Et qu’ils étaient considérés comme extrêmement périlleux. Dangereux.

Sais-tu ce que tu fais, Amsar ?

Est-ce toi qui raconte cette légende ? Où bien une autre volonté s’exprime à travers toi ? Pourquoi en ta présence mon flanc irradie de chaleur ? Et ces pulsations du symbiote en moi qui suivent le rythme de ta voix ?

Est-ce à moi qu’est destinée cette légende ?

Est-ce cela un Fusionné ?

Amsar, réponds !


Mais nulle question de l’Ange ne fut formulée à voix haute. Et il n’eut nulle réponse.

Amsar restait immobile. Tout comme la statue de la Vierge Nazaddi en pierre noire.

Cinq Séraphins, comme cinq fleurs flottantes lui formaient une couronne de lumière opalescente. Deux d’entre eux avaient déroulé leurs tiges et semblaient pousser sur ses épaules.

Le cobra enroulé autour des deux femmes gonfla son capuchon en direction de l’Ange. Puis reposa sa tête contre le cœur d’Amsar. Une dizaine d’autres cobras, de tailles plus petites, formaient une mandorle grouillante et pulsante de lueurs spectrales autour d’elles.

Amsar gardait le silence.

Seuls les Séraphins irradiaient de chants aux harmoniques étranges.





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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 4 Oct - 23:37


Les Premiers-nés. Partie 10.

9ème Cycle.

Harmoniques étranges de l’∞.



* * *

Laurens Wilson se réveilla en pleine nuit. Il descendit dans son bureau et se servit un verre de cognac.

Il avait rêvé d’elle.

Le Seigneur, ou plutôt la Princesse des Etoiles Al-Naïr.

Elle semblait si vivante, si proche… Elle dansait sur une route de poussière luminescente dans la nuit si sombre qu’on ne pouvait distinguer le sol et le ciel. Et ses longs cheveux d’un blanc argenté flottaient au rythme de ses mouvements…

Puis il a entendu son cri dans la nuit…

Mais lorsqu’il ouvrit les yeux, la nuit était silencieuse…

* * *

Art Mathers se retourna dans son lit. Heather dormait profondément. Il se leva doucement et alla se servir un verre. Ouvrit la fenêtre et frissonna à la fraicheur de la nuit. S’alluma une cigarette.

Au loin, dans la nuit limpide, se dressait le Cyclopean. Il repensa à Amsar. Elle devait y être, vue qu’elle travaillait pour les Ashcroft…

D’un coup, ses entrailles se serrèrent. Juste au dessus du Cyclopean, le Dôme sembla être transpercé d’un trait de lumière fantomatique l’espace d’un battement de cœur.

Comme si une lance opalescente avait percé le Dôme et l’œil d’aérolithe de son Phare qu’est le Cyclopean. Comme si une étoile fantôme était absorbée par l’aérolithe. Puis tout redevint normal.

Et il a entendu un hurlement. Pas uniquement physique, mais aussi « autre ».
C’était le hurlement d’Amsar.

Puis de nouveau le silence…



* * *

Zack Simon était en plein débriefing avec l’équipe de nuit du Cyclopean. L’ambiance de la réunion était professionnelle et plutôt détendue.

Tout à coup, en plein milieu de sa phrase, Iris Church se tut et s’écroula à terre, se bouchant les oreilles.

D’autres se recroquevillaient sur leurs chaises. Certains saignaient du nez.

Zack Simon resta immobile, les yeux écarquillés. Du sang s’écoulait de son nez et de ses oreilles.

Les ténèbres hurlaient tout autour de lui. Amsar hurlait.

Puis ce fut le silence.


* * *

Benedict Ashcroft priait dans le temple de Y.S.

Tout à coup il tomba à genoux car le sol vacilla et s’écroula sous la force de la vague qui déferla sur lui à travers les dimensions du temps et de l’espace. Cette vague était un hurlement.

Le hurlement d’Amsar Souadou.

Le temps d’un battement de cœur, il sentit tout son être basculer dans l’infini qui tourbillonnait.

Puis ce fut de nouveau le silence.


* * *

Stephen Shepard dormait sur un canapé dans l’aile réservée aux amis, au manoir des Ashcroft sur les Buttes d’Arkham.

Il s’était permis ces quelques heures de sommeil. Car d’une part Benedict Ashcroft n’avait plus besoin de lui cette nuit. Et d’autre part, il était passé au Cyclopean deux heures plus tôt et Amsar semblait aller bien. Elle n’avait pas bougé depuis la veille.

Il aurait aimé vérifier son état de plus prés, mais les Cobras dressaient une véritable barrière autour d’elle. Et ils semblaient le percevoir, d’une manière ou d’une autre.

Il avait toujours eu le sommeil fragile. Et ça le réveilla, mais il ne pu bouger. Il sentit le sang couler de ses oreilles, de son nez, de sa bouche.

Mais il était comme cloué par ce cri. Ce hurlement à la fois en lui et extérieur à lui.

Amsar.

Et puis ce fut de nouveau le silence.


* * *

Ils étaient une foule à chanter. Une foula à scander des hymnes dans une langue que nul ne comprenait, pas même eux. Et puis ils ont regardé vers le ciel et ils se sont tus.

Et puis ce fut le hurlement.

Hurlèrent ceux qui s’étaient ouvert les veines sur les arrêtes coupantes du mur sombre. Hurlèrent ceux qui s’étaient jetés contre les ronces du mur. Hurlèrent ceux qui s’étaient ouvert le ventre avec leurs propres ongles et qui regardaient leurs tripes répandus à leurs pieds…

Les murs d’Arkham Asilium en archanotech noire pulsèrent une fois, comme un cœur de ténèbres couvert de sang frais du sacrifice.

Puis ce fut le silence.

* * *

Tout était calme cette nuit dans l’Observatoire d’Arkham. Le télescope était pointé vers le soleil la plupart du temps dans la journée et les données étaient retravaillées la nuit.

Tout à coup, les capteurs s’affolèrent. Fatima Ben-Saïd, qui était d’astreinte, frotta ses yeux ensommeillés, et fut aveuglée par la pulsation soudaine que tous les écrans irradièrent à l’unisson.

Puis ce fut de nouveau le noir…

* * *

Dr John Boon travaillait tard dans son Laboratoire au Cyclopean sur le protocole expérimental d’adaptation de l’Homme au voyage sidéral longue distance. Il dodelina de la tête et finalement s’assoupit à son bureau.

Cassandre, confortablement installée dans un fauteuil dans la bibliothèque du Cyclopean, lisait un vieil ouvrage sur la cosmogonie hindoue. Le fauteuil était si confortable… Un bâillement. Puis un second.
Cassandre dormait, la tête posée entre les bras multiples de Kali dessinée sur une des pages de l’ouvrage.

Oscar Rivet meublait son nouveau bureau. Il posa son katana sur le reposoir en bois laqué noir. Puis s’assit sur coussin et se concentra sur sa respiration.
Mais soit le coussin était trop moelleux, soit la journée trop épuisante, car il bailla et décida que finalement les exercices respiratoires pouvaient attendre la matinée. Il s’allongea à même le sol et s’endormit.
.
.
.
.
Des vaisseaux gigantesques, d’une substance organique proche d’archanotech. Et ces vaisseaux vaguaient dans l’espace sidéral, vides. Vides ? Pas exactement.

Les consciences fusionnées de ceux qui autrefois étaient appelés « humains » habitaient ces vaisseaux.

Parfois ces vaisseaux se posaient sur des mondes. Y laissaient des traces de leur passage. Repartaient…

Puis les consciences fusionnées n’eurent plus besoin des vaisseaux pour voguer à leur guise dans l’espace. Et alors les dimensions n’eurent pus de secrets pour eux.

Et des éternités passèrent.

Et alors certaines de ces consciences voulurent engendrer à leur tour. Et créèrent. Et alors on les appela « dieux ».

Et puis s’exilèrent en dehors de leur création. Et alors on les appela « dieux extérieurs »…
.
.
.
.
Un hurlement sortit des gorges de Cassandre, du Dr Boon et de Mr Rivet. Un hurlement qui les traversa comme un souffle des espaces infinis.

Ils ouvrirent les yeux, hagards.

La nuit était de nouveau silencieuse.



* * *

Elijah Scott était au Nostromo. Amsar ne dansait pas ce soir ; elle avait pris des congés, pour une petite quinzaine.

Elijah s’installa dans un coin et sirotait son bourbon.

Une coupure de courant plongea la pièce dans l’obscurité totale. Au même instant un hurlement empathique vibra aux cinq sens d’Elijah. Et il sentit son Engel faire écho à ce cri.

La voix d’Amsar se tut et ce fut de nouveau le silence.



* * *
Samsara n’était pas venue ce soir au conseil des Anciens du Ghetto Nazaddi.

Les discussions allèrent bon train. Partager les dernières nouvelles, les inquiétudes et les joies…

Mama Shan montrait le Cobra Harmoniste et une fleur volante nommée Séraphin, les cadeaux de Samsara à sa fille Alicia et son Etoile-compagne Tile-den.

Soudain, Mama Shan se tut et posa la main sur son ventre. Et un cri muet défigura ses traits.

Et chacun entendit le hurlement. Chacun ressentit ses cordes vocales se tendre et se déchirer dans ce cri. Ce cri au delà du ciel et de la terre, au delà de la Nuit, au delà des espaces infinis.

Cela n’a duré que le temps d’un battement de cœur.

Et puis ce fut de nouveau le silence…




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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 5 Oct - 14:53

Amsar a trouvé à son éveil un complexe origami représentant un oiseau s’extirpant d’une cage.
Une fois déplié, cet origami est une lettre.

Chère Amsar.

Je voudrais dissiper un malentendu entre nous.

En suggérant que vous devriez réfléchir aux conséquences avant de rejoindre la ruche Ashcroft, j’ai peur de vous avoir blessé. Permettez-moi de m’expliquer.

L’être qui ne connait que trop bien ses chaines ne peut que gouter et aspirer à la liberté pour les autres créatures. Rejoindre les Ashcroft a été pour moi un salut et une servitude à la fois. Plus jamais je ne serai libre. Par un odieux rituel magique, Bénédicte Ashcroft m’a lié, ainsi que les autres taggers son service, corps et âme.
La liberté est le bien le plus précieux. Vous ne devez y renoncer sous aucun prétexte. Sans doute suis-je mal placé pour vous donner ce conseil, moi qui ai préféré ma survie à ma liberté.

Vous m’appelez l’Ange, j’en suis très flatté ; pourtant j’ai peur de ne pas mériter ce surnom ; a – t – on déjà vu un ange enchainé ?

Je vous supplie de réfléchir à cette lettre : je ne souhaite à aucun prix que vous rejoignez la ruche des sicaires nazzadis pour autant. J’ai trop versé le sang pour ignorer le prix qu’il faut payer de chaque mort que l’on donne ; c’est un peu comme si mon âme était maculée à jamais. Même si cela me répugne, il m’arrive encore de tuer pour le compte des Ashcroft. Cela me coute infiniment ; je préfère me considérer comme un gardien, un protecteur ; mais cela est aussi un mensonge ; je ne suis qu’un ustensile unique pour Benedicte. Le jour où je cesserai d’avoir mon utilité, il me jettera au rebus, et je rejoindrai la décharge que je n’aurais pas dû quitter.

Rien ne me plairait plus que de faire partie de votre ruche ; mais pas au prix de votre liberté ; je ne peux consentir à ce sacrifice. Bien au contraire, entravé, il me plait à penser qu’un peu de ma défunte liberté demeure en vous tant que vous n’abdiquerez pas aux promesses ensorcelées des Ashcroft. Grace à vous et en songe, je peux encore me prétendre un peu libre, même si ce n’est que par substitution.

Vous n’imaginez pas comme je vous apprécie.

N’en doutez pas.

Bien à vous

Stephen
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 5 Oct - 18:15

Les Premiers-nés. Partie 11.

L’Après.


Paul, chancelant, monta au plus haut étage du Cyclopean. Le hurlement résonnait encore et encore à ses oreilles.

Devant lui il n’y avait plus de porte, plus de couloir, plus de murs… Rien qu’un tourbillon luminescent, où un souffle sidéral ondulait en hélice, à la fois montant et descendant. Comme une barrière. Comme un écrin.

Des signes étranges, des écrits en langues oubliées ou pas encore apparues, naissaient et se réabsorbaient dans ce tourbillon. Des symboles… Des silhouettes… Des visages…

Il cru discerner la silhouette d’une danseuse… Alicia ? Ou Amsar ? Et de ses mouvements naissaient un chant.

J’ai déposé tous les mondes dans mon âme, et j’ai déposé mon âme dans tous les mondes !
J’ai déposé tous les dieux dans mon âme, et j’ai déposé mon âme dans tous les dieux !
J’ai déposé tous les chants dans mon âme, et j’ai déposé mon âme dans tous les chants !**


** inspiration d’une formule Brahmanique


Et la silhouette passa devant Paul et lui tendit sa main.

Puis tout s’évanouit. Tout. Plus de tourbillon. Plus de barrière. Seulement un couloir sombre. Et une porte.

Paul entra.

Alicia était assise sur les coussins aux pieds de la statue d’Erzulie la Danseuse. Elle n’avait pas de masque et Paul vit avec soulagement qu’elle avait les traits tirés, mais apaisés.

Elle chantonnait doucement une berceuse et sur ses genoux était posé un couffin. Lorsqu’elle vit Paul, elle lui sourit et posa un doigt sur ses lèvres, en signe de silence.

Il s’approcha. Elle releva un coin du voile blanc qui recouvrait le couffin, et il vit.

Alicia remit son masque et s’appui sur Paul pour se relever. Ils prirent le couffin et sortirent, refermant doucement la porte.


* * *

Le N°2 de la Sécurité du Cyclopean passait en revue toute la sécurité des Ashcroft, toutes les cameras, tous les systèmes, les enregistrements...

Rien d’anormal.

Le Dôme était intact.

Zack Simon envoya un premier rapport à Benedict Ashcroft et son frère Jacob.

Puis monta par ascenseur au plus haut étage. Quelque chose le rendait cette nuit méfiant envers les ombres. De plus, il se sentait affaibli…


* * *

Stephen Shepard reçut l’ordre immédiat de Benedict Ashcroft de se rendre au Cyclopean.

Il croisa sur le parvis principal un jeune homme accompagnant une jeune Nazaddi voilée. Ils portaient un couffin.

Il s’arrêta et les regarda descendre.

Lorsqu’ils montèrent dans le taxi de nuit qui les attendait, le vent souleva le voile de la femme. Alicia. La meilleure amie, la sœur d’Amsar. Elle croisa son regard et sourit.


* * *
Lorsque l’Ange arriva, la porte de la pièce du Rituel était entrouverte. Il entendit la voix de Simon lâcher un juron.

Il entra. Dans la pièce sombre flottaient les Séraphins, comme des fleurs-etoiles vibrant d’harmoniques étranges. Un parfum frais, fragrances de lotus, et de roses…

La silhouette sombre de Zack Simon bougea derrière l’idole de Vierge noire. Il s’approcha.

« Comment va-elle ? »

« Tu ne veux pas voir. » dit Simon d’une voix glacée, remettant une couverture sur le corps étendu sur le sol et la tirant pour couvrir la tête. « Mort clinique. Et elle continue de se vider de son sang… Je suis désolée, Shepard, crois-moi.»

L’Ange n’entendit pas les formules de politesse inutiles. Il s’agenouilla sur le sol. Il était humide. Les bords du linge blanc recouvrant le corps étaient teints de sombre. Et cette tache progressait. Une main desséchée d’un noir pale dépassait. Il tira le linge.

La peau d’un noir pale recouvrait des os saillants à travers une fine couche de muscles et d’organes qui semblaient comme desséchés. Comme fondus.

Un Séraphin juché dans le creux entre les cotes bruissa et s’envola. Sa tige se repliant laissa une trace de brulure sanguinolente sombre. D’autres traces de brulures semblables… Des traces de morsures de serpent sur les bras, la poitrine, les flancs… Ledit Cobra était lové auprès d’elle. Il leva la tête et observa la main blanche de Shepard s’avancer vers le corps de sa créatrice.

L’Ange enleva le masque. Deux yeux comme deux gemmes fixaient l’invisible. L’un était d’aérolithe noir. Le second n’était plus cyanosé. Il semblait transparent. Cristallin. Limpide comme un éclat de diamant sur un visage aux joues creuses. Un visage tellement amaigri qu’il semblait momifié. Immobile dans une paix et un détachement bouddhiques…

Il posa sa main sur le coté gauche. Le cœur ne battait pas. La seule chose qui pulsait était un cocon au niveau du foie. Il glissa sa main sur la peau brulante. L’affolement et la détresse du symbiote étaient presque tangibles.

« Elle vit ! » lâcha-t-il serrant les dents, « je la porte à l’infirmerie »

« Mon cousin travaille la nuit. Il saura la soigner. » renifla sceptiquement Simon. « Et puis c’est plus près : elle ne tiendra pas longtemps… » ajouta-t-il indiquant le mince filet de sang qui continuait à ruisseler le long de la jambe.

L’Ange hocha la tête et souleva ce corps que seul le symbiote affolé avait maintenu en vie. Ce dernier semblait se calmer. L’Ange ressentit une chaleur irradier de son flanc et serra Amsar contre lui.

Le cobra déplia ses anneaux et migra du corps inanimé vers une source d’harmoniques plus puissantes et qu’il reconnaissait ataviquement comme familières. Shepard fut surpris au contact de la peau sèche et douce comme le velours du serpent qui s’enroula placidement autour de ses épaules, mais le laissa faire.


* * *

Professeur West ne cacha pas sa déception. Il aurait été heureux, et même honoré, si le corps sans vie de Mlle Souadou lui était remis pour servir ses précieuses recherchent.

Mais Shepard et son cousin lui demandaient de la soigner. Soigner ! « Je suis un médecin légiste, pas un urgentiste », marmonna-t-il entre les dents, mais s’exécuta.

Cette gamine était une belle énigme scientifique. Elle était cliniquement morte, et pourtant en vie. Elle avait une sacrée hémorragie interne, comme après un accouchement, et pourtant elle était parfaitement vierge cliniquement parlant. Elle avait une fonte spectaculaire de la masse musculaire sans parler de la graisseuse, et même des organes internes, et pourtant il l’avait vu il y a une dizaine de jours de cela en pleine forme… Et puis il y avait cette … ce symbiote !

Professeur West jeta un regard oblique sur les N°1 et N°2 de la Sécurité, lorsque sa main se tendit toute seule pour composer un numéro. Simon haussa les épaules d’un air détaché. Shepard tapota doucement avec un doigt sur la boite qui contenait plusieurs seringues de memento.

Le Professeur retira sa main du combiné et se remit au travail.

« Elle dort. » dit-il au bout d’une bonne heure d’une voix maussade. « Vous pouvez l’amener à l’infirmerie. Sauf si vous préférez que je la garde dans ma chambre froide », ajouta-t-il d’un ton sarcastique.

« Permettez-moi de décliner une telle invitation, Professeur », répondit poliment Shepard.

« Comme vous souhaitez… » haussa les épaules Pr West et se retourna pour ranger ses instruments.

Il fit un pas puis s’écroula à terre. Shepard retira l’aiguille de son cou et jeta la seringue du memento vide dans la poubelle.



* * *

L’aube se levait. Les murs blancs de l’infirmerie se teignaient de bleu pastels et de dorés de l’aurore ensoleillée.

Une femme en blouse blanche, se frottant les yeux ensommeillés, finissait de brancher les appareils sur le corps endormi d’une jeune Nazaddi.

« Sommeil et nourriture. Voilà ce dont elle a besoin », avait-elle dit au Responsable de Sécurité d’un ton sévère, comme si c’était lui le responsable de l’état d’épuisement de cette patiente. « Vous aussi, vous devez vous reposer. D’ailleurs c’est une ordonnance. Un ordre, si vous préférez, Monsieur Shepard. » Elle lui montra un lit vide.

Stephen Shepard sourit et secoua la tête. Il approcha un fauteuil du lit d’Amsar et s’y installa, sans lâcher la main frêle d’un noir d’onyx.

Le cobra prit appui sur le dossier du fauteuil et glissa sa tête sur l’épaule gauche de l’homme endormi. Il appréciait ses pulsations calmes et régulières.
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Ven 5 Oct - 19:21



Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai été surprise par le soleil. Chaud. Agréable. Je n’étais pourtant pas si éblouie que ça… C’était lui qui me réchauffait. C’était si doux… Je me suis étirée sous les couvertures.

Vu les murs blancs, je devis être à l’infirmerie de Cyclopean. Je connaissais déjà ce lieu...

Je me suis assise sur le lit. Ou plutôt, je me suis laissée rouler sur le coté en essayant de me surélever sur l’oreiller. Des bip-bip furieux et dissonants des appareillages auxquels je me suis vue reliée par des fils creux et transparents ont réveillé mon Cobra qui siffla. Ça a aussi fait venir un Humain en blouse blanche qui poussa un petit couinement étouffé où l’on reconnaissait vaguement un « snaaaake » et qui sortit en courant.

J’en ai profité pour attraper l’origami posé sur la table de chevet, arrachant au passage quelques uns de ces fils transparents.

Une lettre de mon Ange !

J’ai dû afficher un tel sourire béat, voire bête, que l’Humaine en blouse blanche qui rentra à ce moment là abandonna son air sévère et éclata de rire en me voyant.

Elle me reconnecta avec ces fils à des machines étranges, tout en me détaillant son cours magistral sur les nutriments, les besoins physiologiques et le burnout, tout en offrant une souris grassouillette et somnolente au Cobra.

Je crois que j’ai oublié de la remercier. Ou bien j’avais voulu le faire, mais je n’ai pas pu…

* * *

Comme je le supposais, mes cordes vocales sont déchirées. Le traitement des médecins Humains m’a redonné un semblant de voix : un son roque et sifflant, comme un chuchotement forcé.

* * *
Ça y est. Je peux sortir de l’infirmerie. Mais je dois y pointer toutes les nuits, pour dormir et manger.

Je cours… Enfin, je marche vite, jusqu’à mon bureau. Il doit me rester le baume selon la recette de Mama Yshtar. J’espère qu’il me rendra ma voix.

Puis j’irai au Ghetto. J’ai hâte de voir Paul et Alicia. Et les enfants…

* * *
Ma voix est revenue. Enfin !

J’ai repris les cours. Apres trois semaines d’absence… Il faudra rattraper pas mal de choses…

Paul aussi a repris. Une semaine avant moi.

Alicia va bien. Les enfants aussi. Je n’ai jamais vi d’êtres aussi merveilleux…

Je dis « êtres » car ils ne sont ni Humains ni Nazaddi. Ils sont autre chose. En fait, ils semblent même être il/elle, même si chacun des jumeaux semble avoir une forme de prédilection… Et ils grandissent à une vitesse surprenante. Ils n’ont que quelques semaines, mais ils paraissent avoir l’air des enfants d’un an ou même plus…


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 10 Oct - 17:15

Cyclopean. Etage désaffecté. Pr West / Département de recherche médicale / Médecine légale / Morgue.

* * *

Cette vaste pièce du Service Médico-légal de Dr West était rejetée dans la pénombre. Sur le lit couvert d’un drap blanc immaculé, habitué à ne recevoir que des cadavres de plus ou moins longue date, était étendu un homme. Jeune, aux traits fins et gracieux, d’une pâleur cadavérique, que seule la respiration lente mais régulière distinguait d’un occupant standard de ces locaux.

Juchée sur un tabouret au chevet du lit, une jeune Nazaddi serrait contre son cœur la main de l’homme endormi. Elle lui parlait doucement, comme si elle ne souhaitait pas le réveiller, et pourtant, comme s’il pouvait l’entendre à travers son sommeil.

« Pardonne… Yafa ne ma !*… Yafa… Un présent des dieux extérieurs, dont j’aurais dû me méfier… Jeter ce parchemin, le détruire ! Voilà ce que j’aurais dû faire… Pourtant j’avais cet espoir… L’espoir qu’il ne serait pas un mirage mensonger… »

La Nazaddi porta la main de l’homme à ses lèvres, y chuchotant sa confession, sa supplique.

« « Ouvrez-le, si vous estimez qu’il vous appartient. Ou bien donnez-lui ce parchemin, si vous estimez lui appartenir », voici ce qu’il m’avait dit, ce Messager du mensonge ! Et j’ai été stupide assez pour le croire… Yafa ne ma ! Une liberté, voilà ce que ce devait être !

Le Sorcier avait trouvé l’asservissement ; je me devais de trouver une libération. Et j’ai ramené un mensonge. J’ai ramené la souffrance. J’ai ramené une cage de ténèbres denses sur toi, Etoile de mon ciel… Ce n’est pas le present que je souhaitais pour toi, Ange du soleil ! Pourquoi… Pourquoi je ne peux prendre sur moi ta douleur… C’est moi qui aurait dû être à ta place, mon Adoré… Yafa ne ma… »

« Dolo bɛ hakɛ yafa an ma**… », chuchota une voix faible mais claire, « les étoiles pardonnent nos erreurs, n’en doutez pas… Je vous remercie… d’être à mes cotés…»

La Nazaddi sentit la main de l’homme glisser sur sa joue. Elle se pencha sur le visage de l’Ange. Des yeux si bleus ! « Vous êtes le vrai ciel, mon Adoré… » chuchota-t-elle, « vous n’imaginez pas comme je vous apprécie… »


« Non !... Non et non ! »

Cette voix indignée appartenait au Professeur West. Il entra d’un pas décidé dans la pièce et l’interrupteur fit un « clic », inondant le bloc médical de lumière vive d’halogènes.

« Non, je vous dis ! Ayez au moins un peu de décence devant tous ces morts », continua le Pr West, faisant signe en direction des chambres froides et d’un autre lit, dont le contenu était couvert de drap blanc et étiqueté. « Et si vous continuez, Mademoiselle Souadou, à comprimer ainsi la cage thoracique de mon patient, il finira effectivement de mourir par asphyxie, ce dont je ne me serais point plaint… »

La Nazaddi se redressa d’un bond.

« … oui, car ici, c’est un service médico-légal, Mademoiselle. Et j’aurais été honoré de vous autopsier, Monsieur Shepard », Pr West se tourna vers l’homme qui s’était légèrement redressé, « Mais comme vous semblez parfaitement vivant du point de vue clinique… »

« Ce qui semble vous décevoir, Professeur. Mais permettez-moi de ne pas en en être désolé », réplica l’homme avec un sourire qu’il essayait de cacher pour ne pas offusquer davantage le médecin légiste et cousin de Zack Simon.

« Ce ne sera pas pour aujourd’hui… » Professeur West soupira et haussa les épaules, « Mais je vous assure, si vous continuez à vous exténuer au travail comme vous le faites, vous finirez en bel exemple du syndrome de burnout ! Et c’est valable aussi pour vous, Mademoiselle Souadou. Et maintenant, déguerpissez, jeune « chargée d’affaires culturelles ». Et vous aussi, Monsieur Shepard, puisque vous semblez suffisamment rétabli pour … enfin … Ici, c’est le temple du savoir ! De la recherche ! J’y mène des expériences de nature à révolutionner la conception de la vie et de la mort… »

Pouffant de rire face à l’indignation non feinte de Pr West, la Nazaddi aida l’homme à se relever et lui chuchota quelque chose à l’oreille.

« Professeur West, pourrais-je vous demander… »

« Naturellement, Monsieur Shepard, vous pouvez, du moment que votre demande entre dans la sphère de mes compétences ! » répliqua le professeur d’un air pincé.

« … un congé maladie pour motif de santé, je vous prie. Et puisque vous l’avez diagnostiqué, Professeur, le syndrome du burnout me parait approprié », Shepard, appuyé sur le bras de la Nazaddi, s’approcha du bureau de Pr West. « Je vous serai reconnaissant si vous pouvez le faire au nom d’Ams… de Mademoiselle Souadou », puis rajouta, se tournant vers la Nazaddi « Et pour moi également. »






* Ya fa ne ma ! = Pardonne-moi ! (langue bambara)
** Dolo bɛ hakɛ yafa an ma = Les Etoiles nous pardonnent nos erreurs (langue bambara)


Dernière édition par Jezabel Charlotte le Mer 10 Oct - 17:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 10 Oct - 17:17

sur le Burnout :

http://www.latribune.fr/blogs/mieux-dans-mon-job/20121009trib000723795/le-burn-out-grand-absent-des-maladies-professionnelles.html

Epuisement émotionnel

Pourquoi un tel vide juridique? Parce qu'il est extrêmement difficile de détecter ces facteurs dans une entreprise, de dénoncer un climat social délétère, de mobiliser un encadrement débordé et de cerner des objectifs contradictoires porteurs d'injonctions paradoxales.

Or le syndrome d'épuisement professionnel est incontestablement lié au travail. Il guette les salariés soumis à d'intenses pressions et un stress permanent. "C'est un sur-engagement professionnel caractérisé par un épuisement émotionnel, une perte d'estime de soi et la déshumanisation de la relation à l'autre", expliquait le Dr Agnès Martineau-Arbes, lors d'un récent colloque sur ce syndrome. Pour ce médecin du travail, le terme anglais résume bien l'état d'une personne qui "se consume, physiquement et moralement jusqu'à épuisement total, jusqu'à avoir brûlé toutes ses réserves". Il atteint des personnes "extrêmement engagées dans leur travail et qui veulent bien faire", précise-t-elle.

"Exposé à un stress permanent, le salarié n'arrive pas à décrocher, augmente les cadences (...) Il en fait de plus en plus pour des résultats de moins en moins bons. Pour finir, le salarié acquiert la conviction qu'il est devenu incapable de faire son travail", résume ce médecin. Les signaux d'alarme, désormais bien identifiés par la médecine du travail, sont, pêle-mêle: troubles du sommeil, fatigue, perte de mémoire et de concentration, symptôme dépressif, problèmes de dos, d'ulcères, hypocondrie, irritabilité et une anxiété qui peut aller jusqu'à la panique. Il y a aussi souvent abus d'alcool, de cigarettes et de drogues. Mais le dépistage est toujours extrêmement complexe, et une fois diagnostiqué, "le traitement est long et difficile", prévient le Dr Martineau-Arbes. "Le retour au travail peut parfois prendre des années. On ne sort pas indemne d'un "burn-out", on en garde des traces et des séquelles", conclut le médecin du travail.


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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Mer 10 Oct - 19:04

Extraits des lettres d’Amsar à l’attention de tout un tas de gens : Paul et Alicia ; Elijah et Art ; Oscar et Casandre et John Boon………


* * *
Nous avons quitté Arkham le soir même. Stephen était certes faible pour conduire sa moto, mais je crois que ni lui ni moi ne souhaitions rester une minute de plus dans cette ville morne, dans cette gangue de tenebres denses qu’est son archanotech.

Dans son certificat médical, Pr West préconisait un repos absolu et un climat chaud et ensoleillé du sud. Nous avons suivi ce conseil et sommes partis vers le nord. Vers les lacs. Vers Canada. Vers l’hiver et ses neiges d’une blancheur immaculée…


* * *
Parfois nous descendions dans de grands hôtels affichant plusieurs étoiles sur la plaque d’entrée dorée. Je m’amusais à devenir humaine pour ces quelques heures.

J’avais pris mon stock de crèmes Cinderella. Et de toute façon, l’une des deux boites communicantes était dans mon appart du Ghetto. Et Paul m’y remplaçait comme Marabout le temps de mes absences. Il vérifiait chaque jour la boite, et m’envoyait parfois des nouvelles fraiches. C’était une manière comme une autre de garder contact avec Arkham, avec le Ghetto…

Parfois nous roulions des heures et des heures, au milieu d’un no man’s land enneigé. Parfois nous dormions à la belle étoile, l’un contre l’autre, sans ressentir le froid. Et à l’aube lorsque nous repartions, je laissais mon sang, comme chaleur pourpre de notre passage, goutter dans la neige.


* * *

Jamais deux nuits de suite dans un même lieu. Le vent sifflant à nos oreilles, fouettant la peau de froid brulant et de flocons glacés. L’ivresse de la route qui jamais ne s’arrête…


* * *

C’est donc ça, le bonheur. Regarder le vrai ciel d’un bleu étincelant dans les yeux de mon Adoré. Respirer l’air qui porte son parfum. Sentir son cœur battre contre le mien…


* * *

Combien de temps nous reste-t-il encore ?

Je ne veux pas y penser. Chaque jour, chaque nuit, chaque minute, chaque instant, je veux les partager avec mon Adoré, mon Etoile-compagne !

Comme si c’étaient les derniers…

* * *

Les Ashcroft sont maudits. Ou plutôt, ils se maudissent eux-mêmes.

Le père ne vaut pas mieux que le fils. Et le fils n’a rien à envier au père.


* * *

Benedict Ashcroft se drape d’un voile de bienséance et de politesse pudique. Les apparences. C’est ce qu’il faut sauvegarder à tout prix. Mais les soirs il se prosterne devant l’idole de Y.S. et le nourrit d’offrandes, afin d’obtenir la grâce d’être dévoré en dernier.

S’il aurait tendance à s’approcher d’un Conservateur de ce monde, c’est parce qu’il voudrait préserver ce que lui a amassé et construit. On a pouvoir sur une chose lorsqu’on a la pouvoir de la détruire. L’instant où il perdra la raison et se sentira acculé, il pourra détruire dans un accès de folie tout ce qu’il s’était efforcé de préserver jusque là.


* * *

Et Jeremiah !... Empli de ressentiment envers son père qu’il a élargi au genre humain tout entier… Mais contrairement à Benedict, il ne s’en cache pas.

C’est comme s’il voulait surpasser son géniteur dans l’horreur et la haine. Et le mépris envers l’humanité. Car c’est bien cela que caractérise, aussi, les Ashcroft : le mépris envers ceux qui ne sont pas de leur lignage.

Et il y a réussi : la jeune génération qui a éclos sous les soleils des étranges éons est plus talentueuse que leurs aïeuls.

Il n’y a qu’à regarder Jeremiah, le sorcier le plus doué depuis Theresa la sauveuse du genre humain qui l’a maudit, trompée par les visions idylliques et mensongères du Messager aux mille masques. Il a rassemblé autour de lui Hugo et Céline des Ashcroft. Et aussi Wellington, l’ainé des fils Wilson.
Je verrais bien Jennifer Donners, l’orpheline du précédent maire le rejoindre aussi, maintenant qu’elle n’a ni père ni maitre. Je vais peut être le lui suggérer…


* * *

Il a raison, Jeremiah : ce qui doit advenir ne peut et ne doit être empêché. C’est la loi du Grand Dharma.

Mais il clame vouloir offrir cette Terre aux Ténèbres Denses. Donc les vouer à l’agonie éternelle des tombeaux dans la prison des ténèbres. Et ce n’est qu’après cette éternité que ces ombres pourront entre brisés, et la lumière invisible libérée de cette gangue, afin de créer autre chose …

Tandis que si la destruction était non pas dans la haine et le ressentiment, mais dans la continuité des Cycles, comme un mouvement d’une danseuse aveugle, ce qui fut créé reviendrait à la poussière d’étoiles, et les étoiles danseraient, détruisant ce qui doit être détruit et créant ce qui doit être recréé…

Je crois que c’est en partie mon désaccord avec sa vision du Grand Dharma.



* * *

si vous laissez des lettres à mon attention à mon adresse dans le Ghetto, elles me parviendront.

Amsar.
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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Jeu 11 Oct - 18:20

Extraits des lettres d’Amsar à l’attention de tout un tas de gens. SUITE



* * *

Mon Ange, mon Adoré !

Chaque instant je vous découvre. Chaque instant où je vous vois m’est émerveillement.

Je ne vous imaginais pas. Je ne m’attendais pas à vous. Je vous découvre et je vous apprécie tel que vous m’apparaissez.

Si l’on ne dit pas aux êtres que l’on aime qu’on les aime, alors à qui le dire ? Et comment ces êtres le sauraient sinon ?

Vous êtes mon soleil, ma lumière, le sens de mon incarnation présente. Vous êtes mon Etoile-compagne. Vous êtes ce que j’adore et ce que je voudrais protéger et chérir. Dans cette incarnation et dans celles passées et à venir dans la danse du Grand Dharma.

Je vous aime.

*

C’est ce que j’ai dit à l’Ange.

Nous étions face à Hudson Bay. Glacée, d’un blanc brulant de mille feux pales du soleil levant. Nous étions dans ce qui s’appelait jadis Polar Bear Provincial Park, à la pointe d’Ontario.

Autant dire nous étions au milieu d’un nulle part glacé et désert.

Comme au cœur d’un paradis vide de superflus et n’empli que d’un souffle invisible d’une pureté immaculée…


* * *

La nuit le Dôme avait fléchi plusieurs fois en étranges auréoles boréales. Etaient-ce nos vaisseaux qui flambaient ainsi, retombant en étoiles filantes sur leur monde natal ou d’adoption. Sur cette Terre qui devient un cimetière pour ses enfants les Humains…

Est-ce la folie des hommes qui est en train de la détruire ? Où est-ce ces Migos et Ceux des Profondeurs, émissaires des Anciens qui préparent la venue des Dieux Extérieurs ? Est-ce ces dieux extérieurs ?

Pourtant ils ne sont que voracité, anéantissement et forces stupides et incontrôlables. Ils n’ont pas de conscience, pas de volonté propre, si ce n’est celle de dévorer tout ce qui se trouverait sur leur passage.

L’on dit que le Marabout et le Guerrier Sacré sont l’intention et l’exécution de la volonté des Etoiles. Le Marabout est le messager des Etoiles qui lui chuchotent la volonté du Grand Dharma. Et le Guerrier est celui qui réalise cette volonté. Les humains appellent cela pouvoir spirituel et pouvoir temporel.

Seul peut être exécuté l’acte qui a d’abord été conçu en intention.


Et la Danse du Grand Dharma ? Y a-t-il une intention, une volonté définie ?


* * *

Jeremiah, vous êtes humain. Ou plutôt vous ne l’êtes plus. Mais en rejetant cette part de l’humain en vous, vous vous êtes construit par rapport à elle.

J’ai survolé votre religion monothéiste, et celle qui se définit en opposition. Ceux qui arborent les croix inversées et qui érigent les idoles à l’Adversaire ne sont rien d’autre que des croyants. Les deux sont les reflets l’un de l’autre dans un miroir. Les deux cotés d’une pièce de monnaie, si vous préférez. Mais c’est toujours la même pièce.
Vous avez rejeté votre père, et pourtant vous êtes un Ashcroft et vous le resterez, Jeremiah. Tout comme Hugo et Céline. Vous êtes modelés par vos aïeux et en les rejetant vous vous modelez encore par rapport à eux, mais en tant qu’un négatif du modèle.

Votre père a fait des actes innommables. Inhumains. Vous l’avez surpassé. Par vos talents occultes innés, par votre courage insensé et inconscient, surement. Par votre folie et votre désir de prédation et de destruction, peut-être.

Benedict Ashcroft protège ce qui lui appartient.

Avez-vous déjà cherché à connaitre ses motifs de ce qu’il a fait à votre mère et votre demi-frère ? Jalousie ? Colère ? Possessivité ? Haine et désir profond de destruction ?

Ce qu’il vous a fait à vous, vous interdisant l’accréditation, cette forme de reconnaissance de votre talent propre à votre famille et aux Humains ? Jalousie ? Car vous étiez plus doué, donc potentiellement dangereux ? Ou un désir de vous détruire, car il sentait qu’il ne pourrait vous contrôler, vous plier à sa volonté, vous enfermer dans une cage ?

Et vous, pourquoi vous souhaitez la destruction ? Celle de la terre, des Humains, celle de votre famille, mais aussi la votre, car vous êtes en train de vous détruire.

Puisque vous écrivez que l’humanité est une erreur, vous considérez-vous comme une erreur ? Auriez-vous souhaité n’être jamais né, Jeremiah ?

Je ne vous juge point. Qui suis-je pour vous juger ? Je ne saurai le faire. Et je ne dois le faire. Nous sommes non pas au-delà, mais en dehors des considérations morales.

Le véritable pouvoir est celui de détruire. Est-ce pour cela ?

Est-ce cela le veritable pouvoir ?



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MessageSujet: Re: Amsar "Samsara" Souadou   Sam 13 Oct - 10:19

Jezabel Charlotte a écrit:
Extraits des lettres d’Amsar à l’attention de tout un tas de gens. SUITE

Jeremiah, vous êtes humain. Ou plutôt vous ne l’êtes plus. Mais en rejetant cette part de l’humain en vous, vous vous êtes construit par rapport à elle.

J’ai survolé votre religion monothéiste, et celle qui se définit en opposition. Ceux qui arborent les croix inversées et qui érigent les idoles à l’Adversaire ne sont rien d’autre que des croyants. Les deux sont les reflets l’un de l’autre dans un miroir. Les deux cotés d’une pièce de monnaie, si vous préférez. Mais c’est toujours la même pièce.
Vous avez rejeté votre père, et pourtant vous êtes un Ashcroft et vous le resterez, Jeremiah. Tout comme Hugo et Céline. Vous êtes modelés par vos aïeux et en les rejetant vous vous modelez encore par rapport à eux, mais en tant qu’un négatif du modèle.

Votre père a fait des actes innommables. Inhumains. Vous l’avez surpassé. Par vos talents occultes innés, par votre courage insensé et inconscient, surement. Par votre folie et votre désir de prédation et de destruction, peut-être.

Benedict Ashcroft protège ce qui lui appartient.

Avez-vous déjà cherché à connaitre ses motifs de ce qu’il a fait à votre mère et votre demi-frère ? Jalousie ? Colère ? Possessivité ? Haine et désir profond de destruction ?

Ce qu’il vous a fait à vous, vous interdisant l’accréditation, cette forme de reconnaissance de votre talent propre à votre famille et aux Humains ? Jalousie ? Car vous étiez plus doué, donc potentiellement dangereux ? Ou un désir de vous détruire, car il sentait qu’il ne pourrait vous contrôler, vous plier à sa volonté, vous enfermer dans une cage ?

Et vous, pourquoi vous souhaitez la destruction ? Celle de la terre, des Humains, celle de votre famille, mais aussi la votre, car vous êtes en train de vous détruire.

Puisque vous écrivez que l’humanité est une erreur, vous considérez-vous comme une erreur ? Auriez-vous souhaité n’être jamais né, Jeremiah ?

Je ne vous juge point. Qui suis-je pour vous juger ? Je ne saurai le faire. Et je ne dois le faire. Nous sommes non pas au-delà, mais en dehors des considérations morales.

Le véritable pouvoir est celui de détruire. Est-ce pour cela ?

Est-ce cela le veritable pouvoir ?



Amsar,

Je vous remercie pour votre missive. Vous êtes un esprit supérieur, une authentique sorcière et je sens que nos destins seront mellés.

j'ai toujours eu ça en moi.
Je ne savais pas ce que c'était
Sans doute ça n'avait pas de nom, pas de forme.
La ténèbre.
Sans dimension, sans saveur, sans aspect
Elle recouvrera tout.
Très vite mon esprit a rejeté les prédications des prètres et les certitudes des savants pour embrasser avec lucidité la vérité.
Il n'y a pas de dieu providentiel aimant sa progéniture humaine.
Il n' y a pas de progrès scientifique; la science n'est pas au service de l'homme, mais elle nous aliène et nous avilie au contraire.
Quand à l'humanisme, vous m'excuserez de me railler face à ce culte au singe glabre : l'humain n'est ni bon, ni noble ni pur, en témoigne le spectacle lucide de la condition humaine
Que reste - t - il ?
Rien, tout juste un gestat bouillonnant de possibilités, suscitant au hasard des formes éphémères et des possibilités.
Ce maelstrom a un nom : Azatoth; il ne vaut pas d'être révéré, mais il est l'unique réalité
Vous êtes forte, Amsar; votre esprit peut appréhender ce dessein
Vous êtes jeune; vous pouvez rejeter la superstition des anciens
Vous êtes libre; vous pouvez rejeter les chaines des menteurs et des politiciens.
La vérité n'appartient qu'aux nobles d'esprits, aux prédateurs qui en solitaires marchent leur chemin, méprisants les beuglements de la foule.
Vous avez toutes les qualités pour rejoindre l'équipage du Necromancer.
A vous de voir.

Jeremiah
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Amsar "Samsara" Souadou
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